130 questions pour dessiner l’Église de demain
Le rapport à l’autorité, la place des femmes ou l’intégration des minorités dans l’Église comptent parmi les sujets les plus saillants de l’Instrumentum laboris en vue du Synode sur l’avenir de l’Eglise du mois d’octobre 2023. Ce document d’une cinquantaine de pages et 130 questions a été rendu pub...
130 questions pour dessiner l’Église de demain
Le Synode n’a pas «d’agenda», se défendent les organisateurs
Synodalité: un synode 2023 en plusieurs phases
Ce que les mots de l'Instrumentum Laboris disent du Synode
Helena Jeppesen : "L'Eglise ne peut pas décevoir les croyants"
L’Instrumentum laboris éveille différentes sortes de scepticismes
130 questions pour dessiner l’Église de demain
Le rapport à l’autorité, la place des femmes ou l’intégration des minorités dans l’Église comptent parmi les sujets les plus saillants de l’Instrumentum laboris en vue du Synode sur l’avenir de l’Eglise du mois d’octobre 2023. Ce document d’une cinquantaine de pages et 130 questions a été rendu pub...
130 questions pour dessiner l’Église de demain
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Le Synode n’a pas «d’agenda», se défendent les organisateurs
Le Synode sur l’avenir de l’Église n’a pas «d’agenda» idéologique et il n’est pas voué à changer la doctrine. C’est la mise au point des organisateurs, le 20 juin 2023, en présentant l’Instrumentum laboris, document de travail qui servira de base aux travaux de l’assemblée d’octobre prochain qui ras...
Synodalité: un synode 2023 en plusieurs phases
Les travaux des 370 membres lors du synode en octobre 2023 auront lieu, à la différence des assemblées précédentes, dans la Salle Paul VI du Vatican, dont la capacité de 8’000 personnes permettra d’organiser les groupes de travail. Une dernière session aura lieu au plus tard en octobre 2024.
Ce que les mots de l'Instrumentum Laboris disent du Synode
«Église», «synode», «mission» ou «comment» sont les mots les plus employés de l’Instrumentum Laboris (IL) de l’assemblée synodale d’octobre prochain, publié ce 20 juin 2023.
Helena Jeppesen : "L'Eglise ne peut pas décevoir les croyants"
Présente lors de la Conférence de presse de présentation du document de travail du prochain synode, la Suissesse Helena Jeppesen-Spuhler est convaincue que l’assemblée d’octobre apportera des réponses. "L'Eglise universelle ne peut pas se permettre de décevoir les croyants", dit-elle. Elle saura le...
L’Instrumentum laboris éveille différentes sortes de scepticismes
Suite à la publication de l’Instrumentum laboris (le document de travail) du Synode sur la synodalité, le 20 juin 2023, des inquiétudes diverses se font entendre sur les résultats de l’assemblée des évêques d’octobre prochain. Si certains ont peur qu’il ne débouche sur aucune réforme majeure, d’autr...
130 questions pour dessiner l’Église de demain
Le rapport à l’autorité, la place des femmes ou l’intégration des minorités dans l’Église comptent parmi les sujets les plus saillants de l’Instrumentum laboris en vue du Synode sur l’avenir de l’Eglise du mois d’octobre 2023. Ce document d’une cinquantaine de pages et 130 questions a été rendu public le 20 juin 2023.
En vue de la première session du Synode sur l’avenir de l’Église prévue en octobre 2023, le Synode des évêques a publié son Instrumentum Laboris censé guider les 370 membres de l’assemblée dans leur réflexion pour une Église plus accueillante et missionnaire, moins cléricale et centralisée.
Cet instrument de travail, outil qui précède chaque assemblée générale du Synode des évêques, «n’est pas un document du magistère de l’Église, ni un rapport d’une enquête sociologique", précisent d’emblée ses auteurs. En outre, il ne faut pas y chercher dès à présent des indications opérationnelles. Au contraire, le document offre plus de 130 questions réparties en 15 fiches de travail sur lesquelles les membres de l’assemblée d’octobre prochain – évêques, religieux et laïcs – devront réfléchir.
Comment promouvoir les femmes dans l’Église ? Comment exercer l’autorité ou bien penser l’articulation des ministères ordonnés avec l’action des laïcs ? Comment intégrer les minorités blessées telles que les "personnes divorcées et remariées, les personnes polygames ou les personnes LGBTQ+" ? Comment repenser le rapport entre l’universel et le particulier, entre la culture occidentale et latine et les autres cultures ? À coup de questions, le document livre une plongée dans le vaste chantier lancé par le pape François pour réformer l’Église catholique.
Etre capable de marcher ensemble
Le texte, plus technique et moins incarné que le document préparatoire pour l’étape continentale, se divise en deux grandes sections. La première rappelle les "caractéristiques fondamentales" d’une Église synodale, et donc capable de "marcher ensemble". La seconde exprime sous forme de questions les éléments remontés avec les réflexions effectuées à partir de 2021 au niveau local puis continental.
Les auteurs du texte préviennent : il n’élude pas les tensions. "Nous n’avons pas à nous en effrayer, ni à chercher à les résoudre à tout prix", assurent-ils, soulignant un peu plus loin qu’une Église synodale se caractérise aussi par la capacité à "gérer les tensions sans se laisser écraser par elles".
Ils annoncent par ailleurs que la session d’octobre ne devrait pas déboucher sur des propositions concrètes. "L’objectif de la première session sera avant tout d’esquisser des pistes d’approfondissement à mener dans un style synodal". C’est seulement après la seconde session, celle d’octobre 2024, que de telles propositions pourront être présentées au pape.
La conversation dans l’Esprit
Une proposition concrète néanmoins est présente dans l’Instrumentum Laboris : la présentation schématique de la manière d’opérer un discernement durant le Synode. Intitulée "la Conversation dans l’Esprit", cette méthode propose un parcours spirituel alternant temps de silence, de prière et d’écoute, et temps de dialogue et d’identification des "pas" que "l’Esprit Saint nous appelle" à faire ensemble.
L’agence I.MEDIA propose de revenir sur les grands points à retenir de cet Instrumentum Laboris.
Le casse-tête de l’autorité
Le souhait d’une Église synodale, avec plus de participation et de responsabilisation des laïcs, n’est pas sans se heurter à la question de l’autorité. Qui décide dans l’Église et comment ? Le texte est émaillé de cette question, et se retrouve dans de nombreuses ‘fiches techniques’. Les rédacteurs font de l’autorité l’une des trois priorités émergeant de l’étape continentale, formulant cette préoccupation : "L’autorité se présente-t-elle comme une forme de pouvoir dérivée des modèles offerts par le monde ou comme un véritable service ?".
L’enjeu de cette question n’est pas des moindres, alors que les assemblées continentales ont dénoncé "des phénomènes d’appropriation du pouvoir et des processus de décision", qui ont mené "aux différentes formes d’abus (sexuels, financiers, spirituels et de pouvoir)" venues au jour dans l’Église ces dernières décennies. "Les responsabilités dans le traitement des cas d’abus sont-elles individuelles ou systémiques ?", se demande le document, soulignant la nécessité de repenser la gouvernance.
L’appel à la transparence remet en effet en question "la manière dont le ministère de l’évêque est exercé". Comme en écho aux débats surgis au cours du chemin synodal allemand de ces dernières années, les membres du synode universel sont engagés à se pencher sur le "degré d’autorité doctrinale" à attribuer aux Conférences épiscopales, ou à une assemblée continentale. Il pourrait y avoir demain des "changements à apporter au droit canonique", laisse entendre le texte.
L’IL envisage aussi "les cas où l’autorité estime ne pas pouvoir confirmer les conclusions d’un processus de discernement communautaire et prend une décision dans un sens différent". Il se demande "dans quels cas un évêque pourrait-il se sentir obligé de prendre une décision qui diffère de l’avis réfléchi offert par les organes consultatifs" et interroge "le fondement d’une telle obligation". Comme lors du Synode continental à Prague en février dernier, le document se demande si les évêques doivent discerner "séparément des autres membres du peuple de Dieu".
Affirmer que "l’Église est à la fois synodale et hiérarchique" semble tenir d’une gageure, ou du moins soulève de nombreux dilemmes. Les rédacteurs n’excluent pas que cette thématique puisse modifier "la compréhension de l’autorité dans l’Église à différents niveaux, y compris celui de l’évêque de Rome". Ils envisagent les cas où des Églises locales prennent "des orientations différentes", invitant à réfléchir sur le rôle du pape pour sauvegarder "l’unité", ou sur la "place possible pour une diversité d’orientations selon les différentes régions".
Des espaces pour écouter les personnes blessées
L’Instrumentum Laboris souligne les "plaies ouvertes" révélées au sein de l’Église pendant les différentes étapes du synode et dresse une liste des catégories de personnes et minorités pouvant se sentir exclues de l’Église. Sont notamment citées les "personnes LGBTQ+", les personnes divorcées et remariées ou bien polygames ou encore les victimes de discrimination liées à l’identité ethnique ou raciale.
Le document invite à penser des espaces dans lesquels les "personnes mal accueillies" au sein de l’Église pourront "se sentir reconnues, accueillies, non jugées et libres de poser des questions". Pour les personnes qui se sentent exclues en raison de leur affectivité et de leur sexualité, les auteurs du texte rappellent que l’Église ne part pas de zéro, et que, par exemple, l’exhortation apostolique Amoris laetitia sur la famille devrait éclairer les futures réflexions.
À la lumière de l’exhortation du pape de 2016, les membres de l’assemblée synodale d’octobre pourront ainsi s’interroger sur les "mesures concrètes" nécessaires pour atteindre ces personnes.
Mettre les pauvres et les migrants au centre
L’Instrumentum Laboris met en avant la "place centrale des pauvres", en associant "le service de la charité, l’engagement pour la justice et le soin de la maison commune" dans la perspective d’une dynamique faisant des pauvres non pas les destinataires d’une assistance, mais des acteurs à part entière de la communion. Les pauvres sont "porteurs d’une Bonne Nouvelle que toute la communauté doit écouter : d’eux, l’Église a avant tout quelque chose à apprendre", est-il souligné.
"Les mouvements migratoires sont un signe de notre temps" et constituent "une chance d’expérimenter la diversité de l’Église", notamment à travers la diaspora des chrétiens orientaux, est-il rappelé. Les participants à l’assemblée synodale sont invités à se pencher sur la place des communautés de migrants dans la vie pastorale ordinaire et sur les liens à tisser entre pays de départ et pays d’arrivée. L’accélération des mouvements migratoires doit amener à "gérer de manière constructive les tensions et les malentendus qui peuvent surgir entre fidèles de cultures et de traditions différentes".
L’Église est ainsi invitée à jouer "un rôle de témoignage prophétique dans un monde fragmenté et polarisé". "La communauté chrétienne sait-elle cheminer avec l’ensemble de la société dans la construction du bien commun ou se présente-t-elle comme un sujet intéressé par la défense de ses propres intérêts ?", est-il demandé. L’Instrumentum Laboris pose également la question des "critères de discernement" qui doivent motiver l’engagement des chrétiens dans la vie politique et leur éventuelle participation à des coalitions.
Pour une Église ‘dés-occidentalisée’ ?
"Le mouvement de l’Esprit franchit toute frontière pour entraîner tout le monde dans son dynamisme", souligne l’Instrumentum Laboris, en martelant que "la communion n’est pas un rassemblement sociologique de membres d’un groupe identitaire" mais "un don du Dieu trinitaire et, en même temps, une mission jamais terminée de construction du ‘nous’ du Peuple de Dieu".
Le texte demande donc que les traditions des Églises orientales "puissent être mieux entendues et reconnues dans un contexte de réflexion ecclésiologique et théologique souvent dominé par les voix latines/occidentales". L’œcuménisme est aussi présenté comme un "laboratoire de la synodalité". Dans le cadre de la relation avec les Églises orthodoxes, l’Instrumentum Laboris invite à réfléchir sur "des processus spirituels de repentance, de pardon et de réconciliation, dans un dialogue de conversion qui peut conduire à une guérison de la mémoire".
Le dialogue avec les autres religions est abordé sans idéalisme, le document mentionnant "des luttes et des limites, des signes de méfiance, des conflits religieux et même des persécutions, directes ou indirectes". Les participants à l’assemblée synodale sont donc appelés à "aborder de manière franche, prophétique et constructive les relations entre la culture occidentale et les autres cultures, y compris au sein de l’Église, en évitant les formes de néocolonialisme".
Le diaconat féminin sur la table
L’IL insiste tout particulièrement sur l’invitation "unanime, même si les perspectives de chaque continent diffèrent", des assemblées continentales à promouvoir "la dignité baptismale des femmes" en prêtant plus attention à "l’expérience, au statut et au rôle" des femmes dans l’Église. Est notamment souligné le désir d’une "présence des femmes à des postes de responsabilité et de gouvernance". La "coopération" entre hommes et femmes est mise en avant.
Le document invite dès lors à travailler pour trouver des solutions à ces revendications, notamment en cherchant des façons de lutter contre "toutes les formes de discrimination et d’exclusion" ainsi que d’abus dont les femmes sont victimes dans l’Église et en dehors. Il pose aussi la question de l’inclusion des femmes dans les "ministères à tous les niveaux de l’Église", et envisage en particulier que "la question de l’accès des femmes au diaconat soit réexaminée".
Cette réflexion pour un diaconat féminin semblait avoir été écartée par le pape dans l’exhortation apostolique Querida Amazonia en février 2020. Le pontife avait toutefois demandé à une nouvelle commission de plancher sur la question en avril de la même année.
Viri probati et formation synodale des séminaristes
Le document incite à un investissement dans la formation – le terme apparaît 35 fois dans le texte – à la méthode synodale, et notamment à la "Conversation dans l’esprit". Le but est "d’avoir des personnes capables d’accompagner les communautés dans cette pratique", est-il indiqué.
L’IL promeut par exemple une formation au "discernement culturel" qui soit capable de prendre en compte les spécificités locales. Le document invite aussi à une réflexion sur une formation contre le cléricalisme et à l’exercice de l’autorité, et plus précisément à une "formation ministérielle qui ne se réduise pas au ministère ordonné".
Le document réintroduit sous la forme d’une question une des demandes qui avait le plus été commentée lors du synode sur l’Amazonie en 2019, celle de l’ordination des hommes mariés – sous le nom de ‘viri probati‘. Cette requête n’avait pas été retenue par le pontife dans son exhortation apostolique Querida Amazonia (2020). Le document s’interroge néanmoins une nouvelle fois sur la possibilité d’"ouvrir une réflexion" sur les modalités de "l’accès au presbytérat d’hommes mariés".
Le besoin de formation est décrit comme "urgent". Il doit, insiste l’IL, être dispensé de manière "intégrale, initiale et permanente pour tous les membres du Peuple de Dieu", mais en particulier aux séminaristes. Ces derniers "doivent être formés à un style synodal et une mentalité synodale", cette formation étant décrite comme le "cœur du renouveau de l’Église". Elle pourrait enfin contribuer à mieux lutter contre les abus, souligne enfin le document.
Développer de nouveaux langages
Le document de travail enjoint aussi clairement à "renouveler le langage utilisé par l’Église", pour rendre "plus accessibles et attrayantes" la tradition et la "profondeur du mystère proclamé par l’Église". "Beaucoup se sentent exclus par le langage adopté dans les milieux ecclésiastiques", est-il affirmé. Il incite dès lors à une "recherche de nouveaux langages" dans différents domaines, dont la liturgie, la prédication, la catéchèse, et toutes les formes de communication, dans une dynamique d’ "inculturation".
L’Instrumentum Laboris valorise notamment l’apport du synode numérique, une consultation en ligne de 110.000 personnes du monde entier, effectué pendant la première phase du processus synodal et porté par des ‘influenceurs catholiques’. Il invite à une réflexion sur le numérique, son "potentiel" en termes d’évangélisation, de discernement synodal et de dialogue œcuménique et interreligieux, sans oublier les "défis anthropologiques" qu’il pose. (cath.ch/imedia/cd/mp)
La « Conversation dans l'Esprit », méthode du prochain Synode
Présentée comme la manière de procéder pour l’Église synodale, la «Conversation dans l’Esprit» est la méthode promue par l’Instrumentum Laboris (IL) pour guider le déroulement des prochaines étapes du Synode sur l’avenir de l’Église.
La Conversation dans l’Esprit, souligne l’IL, a été découverte pendant la première phase du Synode. «De tous les continents, vient la demande que cette méthode anime et informe de plus en plus la vie quotidienne des Églises ». En tant que pratique elle doit favoriser la communion et est parfois appelée «moment de Pentecôte», méthode synodale ou encore conversation spirituelle.
La Conversation dans l’Esprit ne se veut pas un simple échange d’idées, mais une dynamique dans laquelle la parole prononcée et écoutée génère une familiarité qui permet aux participants et participantes de devenir intimes les uns avec les autres, souligne l’IL. Cette écoute commune permet d’expérimenter le goût du discernement et de dépasser les désaccords et de se mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint.
On ne peut parler de Conversation dans l’Esprit que s’il en surgit «une direction précise, souvent innatendue, qui mène à l’action concrète », insiste l’IL. Il est demandé de ne pas suivre le schéma à la lettre mais de s’adapter en fonction des situations rencontrées. CD
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Le Synode sur l’avenir de l’Église n’a pas «d’agenda» idéologique et il n’est pas voué à changer la doctrine. C’est la mise au point des organisateurs, le 20 juin 2023, en présentant l’Instrumentum laboris, qui servira de base aux travaux de l’assemblée d’octobre prochain qui rassemblera à Rome 370 représentants de toute l’Église. Le document invite notamment à réfléchir sur l’opportunité d’avancer notamment dans l’accueil des personnes LGBT, sur le diaconat féminin.
La «plus grande préoccupation» du secrétariat du Synode a été de «toujours respecter ce qui émergeait des étapes du processus synodal», a affirmé le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, récusant l’idée selon laquelle «les conclusions du Synode ont déjà été écrites». Ainsi le texte reflète les réflexions de l’étape locale et de l’étape continentale de ce grand chantier ouvert par le pape François en octobre 2021, a-t-il expliqué.
«Nous n’avons pas d’agenda», s’est défendu le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur général de la prochaine assemblée. «Il n’y a pas eu de réunion de conspiration entre deux cardinaux avec d’autres personnes pour voir comment ajouter des éléments progressistes à l’Église», a-t-il glissé au passage.
Les questions proposées dans l’Instrumentum Laboris consistent seulement en «des points possibles de discussion», a poursuivi le prélat luxembourgeois, précisant que le pape François avait «approuvé» ces questions. «Peut-être que d’autres questions seront soulevées et d’autres réponses seront apportées… Nous faisons cela en toute transparence», a-t-il argué.
Ce n’est pas un synode sur l’homosexualité
Les responsables du Synode ont également balayé les craintes que ce processus ne mène à un changement doctrinal. «C’est un synode sur la synodalité; ce n’est pas un synode sur l’homosexualité, ni sur le mariage et le divorce», a rappelé fermement le cardinal Hollerich, en assurant que «nous ne parlons pas de l’enseignement de l’Église, ce n’est pas notre tâche, ce n’est pas notre mission».
Le cardinal Grech a critiqué la tendance à polariser le débat entre «conservateurs» et «progressistes». «Nous nous hâtons de juger les personnes… laissons le jugement au Seigneur», a-t-il lancé, en soulignant que la mission de l’Église était avant tout «de conduire les individus à Jésus».
Quant à la possibilité de prendre des mesures concrètes à l’issue de l’assemblée, le cardinal maltais a répondu que la priorité était d’apprendre à vivre de la synodalité. «Une fois que la synodalité sera renforcée, pratiquée, nous serons en mesure de répondre à toutes ces questions de l’homme d’aujourd’hui», a-t-il estimé, prévenant cependant que les prises de décisions ne se feraient pas «en 2023 ou 2024».
La place de la femme, une question de «crédibilité»
Helena Jeppesen-Spuhler, membre de la délégation suisse à l’assemblée continentale de Prague et présente à Rome pour la présentation du document, a exprimé son soulagement de constater que toutes les assemblées continentales soulignaient la nécessité de promouvoir le rôle des femmes. «En Suisse, dans certains diocèses, nous avons des femmes qui coordonnent des paroisses, des théologiennes bien formées, aussi bien que les curés de paroisses, qui peuvent faire l’homélie. Cela reflète ce qui peut être possible dans notre Église et ce dont on a besoin», a-t-elle jugé, sans toutefois évoquer la question du diaconat féminin, mentionnée dans l’Instrumentum laboris.
Le rôle de la femme, qui occupe une large place dans ce document, est aussi «une question de crédibilité» au sein des organisations catholiques internationales, a déclaré Helena Jeppesen-Spuhler. «Des choses peuvent être faites au niveau local, d’autres au niveau universel», a-t-elle ajouté, estimant qu’il ne fallait pas attendre «toutes les réponses de Rome». Parmi les 80 non-évêques qui participeront à l’assemblée d’octobre – sur 370 membres –, au moins la moitié seront des femmes et auront le droit de vote au même titre que les évêques. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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Synodalité: un synode 2023 en plusieurs phases
Les travaux des 370 membres lors du synode en octobre 2023 auront lieu, à la différence des assemblées précédentes, dans la Salle Paul VI du Vatican, dont la capacité de 8’000 personnes permettra d’organiser les groupes de travail. Une dernière session aura lieu au plus tard en octobre 2024.
Comme annoncé précédemment, l’assemblée sera introduite par une veillée œcuménique de prière ouverte à tous le 30 septembre sur la place Saint-Pierre, avec des représentants de diverses Églises et de jeunes Européens de 18 à 35 ans. Le pontife a annoncé lui-même cette veillée lors de l’angélus du 15 janvier dernier. Après la veillée, les membres du Synode vivront trois jours de retraite prêchée par le dominicain Timothy Radcliffe non loin de Rome, du 1er au 3 octobre.
La messe inaugurale de l’assemblée synodale aura lieu le 4 octobre, ouvrant la première phase, la plus courte, du 4 au 7 octobre. Cette phase des travaux, a expliqué le Père Giacomo Costa, consulteur du secrétariat général du Synode, a pour but d’approfondir «les caractéristiques fondamentales et la façon de procéder d’une Église synodale», abordées dans la première partie du document de travail.
Echanges en petits groupes
Puis après un jour de pause, les membres du Synode se pencheront sur les «trois questions prioritaires» de l’assemblée, du 9 au 21 octobre. Ces trois priorités s’articulent autour des thèmes «communion, mission, participation», et sont aiguillées par des fiches techniques dressant une liste fournie de questions. Il s’agira d’échanger sur ces questions en petits groupes (circuli minores) d’une dizaine de personnes. Confrontés les uns aux autres, évêques, religieux, laïcs, devront, en dernière analyse, identifier «des pas concrets» à accomplir pour «grandir comme Église synodale», et élaborer «des propositions à divers niveaux, du local à l’universel».
Enfin, durant la dernière phase, du 23 au 28 octobre, les membres synodaux rédigeront un texte avec le bilan des travaux, y compris en citant les propositions «concrètes» dans la mesure où elles se révèlent «réalisables». Le texte, qui n’est pas «une conclusion», se sont défendus les organisateurs, sera voté par les membres, et approuvé. Une dernière session aura lieu un an plus tard, en octobre 2024. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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Ce que les mots de l'Instrumentum Laboris disent du Synode
«Église», «synode», «mission» ou «comment» sont les mots les plus employés de l’Instrumentum Laboris (IL) de l’assemblée synodale d’octobre prochain, publié ce 20 juin 2023. Afin de proposer une autre lecture des grandes lignes de ce document de 52 pages, I.MEDIA a sélectionné, remis dans leur contexte et analysé les occurences les plus fréquentes.
Église, ecclésial: 501 occurences.
«Le but de ce processus synodal est d’aider l’Église à se connaître mieux elle-même», a affirmé le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, lors de la présentation de l’instrument. Dans ce synode «sur l’avenir de l’Église», l’Église est à la fois sujet et objet, en tant que «peuple de Dieu» uni par le même baptême et capable de marcher ensemble. Il en va de même de l’IL qui n’est «pas un document du Saint-Siège, mais de toute l’Église», a souligné le cardinal maltais.
Synode, synodal, synodalité: 358 occurences.
Difficile à définir, sinon comme un mode de fonctionnement ou «modus vivendi» de l’Église, la synodalité, ce «marcher ensemble», est une réalité inspirée des premiers temps du christianisme et relancée par le pape Paul VI après le Concile Vatican II. Le synode désigne dès lors une institution, le Synode des évêques, assemblée constituée par le pape au niveau de l’Église universelle pour étudier un sujet précis et lui soumettre des propositions. Un synode peut aussi se déployer au niveau national ou diocésain. La nouveauté, avec ce «Synode sur la synodalité», tient dans le pari de François de forcer l’Église à questionner son propre fonctionnement et ses propres structures.
Mission, missionnaire: 162 occurences.
La «mission» est un des trois concepts clés qui accompagne la réflexion sur l’Église synodale: «communion, participation, mission». Dans l’IL, le terme mission a été replacé au centre, entre communion (51 occurences) et participation (55 occurences), cette réalité de l’Église étant, selon le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur du Synode, «présente autant dans la communion que dans la participation» et donc vouée à lier ces deux dimensions. Il s’agit pour l’Église de mieux poursuivre sa mission, et donc d’être plus «missionnaire», c’est-à-dire plus ouverte au monde afin de pouvoir lui annoncer la Bonne Nouvelle.
Comment: 160 occurences.
Une des spécificités de ce document est le grand nombre de questions qu’il invite à se poser – près de 300 points d’interrogation émaillent le texte de 52 pages – pour trouver des solutions sur un certain nombre de sujets. Il s’agit de trouver «comment» faire, «comment» améliorer telle ou telle situation rencontrée par l’Église… Un autre point important de l’IL est sa dimension méthodologique, qui s’attelle à expliquer «comment» discerner et agir pour vivre une plus grande synodalité.
Plus: 121 occurrences.
L’Instrumentum Laboris demande à l’Église d’être plus présente… Elle doit penser plus largement, être plus efficace, plus ouverte, plus profonde et impliquer «de plus en plus» de personnes, en particulier les plus petits et les plus pauvres. En bref, l’IL invite l’Église à être «plus synodale».
Esprit, spirituel, spiritualité: 115 occurences.
Comme le répète régulièrement le pape François, le Saint-Esprit est le «protagoniste» de toute démarche synodale. C’est d’autant plus le cas pour ce Synode qui s’interroge justement sur son propre fonctionnement synodal, dans une démarche qui se veut d’abord spirituelle avant d’être structurelle. Pour cela, l’IL met en place une méthode, la «Conversation dans l’Esprit», afin d’apprendre au Peuple de Dieu à se tourner avec plus de confiance vers la troisième personne de la Trinité.
Discernement, discerner: 107 occurences.
Fortement ancré dans la spiritualité jésuite, le Synode en cours pousse l’Église et chacun de ses membres à discerner et évaluer de manière créative les solutions possibles aux défis qu’elle rencontre. Pour faire vivre cette expérience, l’IL invite chaque lecteur à se confronter à de nombreuses «questions de discernement» qui sont rassemblées dans la seconde partie du document.
Autre, autrement: 103 occurrences.
Le synode veut encourager le chrétien à apprendre de l’autre et donc à s’ouvrir à l’autre en l’écoutant, qu’il soit chrétien ou non-chrétien. Le but est d’inciter les personnes à se confronter sur leur vision de l’Église afin de les pousser à avancer ensemble, avec les autres. L’IL invite aussi à se tourner vers les autres Églises dans une dynamique œcuménique et vers les autres religions, afin de nourrir le dialogue interreligieux.
Dieu: 100 occurences.
L’Église avance dans ce Synode en tant que Peuple de Dieu, communauté qui fonde sa démarche dans la filiation divine de chacun de ses membres de par leur baptême. L’Esprit de Dieu y est à l’œuvre et doit être invoqué par les participants. Le terme de Dieu est plus employé que le nom de «Jésus», qui apparaît seulement 10 fois, et de «Christ», qui est retenu 38 fois.
D’autres termes reviennent très régulièrement dans l’IL : «processus» (86 fois), «vie» (82 fois), «ensemble» (62 fois), «autorité» (60 fois), et «peuple» (71 fois). (cath.ch/imedia/cd/bh)
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Helena Jeppesen : "L'Eglise ne peut pas décevoir les croyants"
Présente lors de la Conférence de presse de présentation du document de travail du prochain synode, la Suissesse Helena Jeppesen-Spuhler est convaincue que l’assemblée d’octobre apportera des réponses. "L'Eglise universelle ne peut pas se permettre de décevoir les croyants", dit-elle. Elle saura le 30 juin si elle sera également à Rome en octobre.
Annalena Müller, kath.ch / traduction adaptation Maurice Page
Comment se fait-il que vous ayez assisté à la présentation du document de travail à Rome ?
Helena Jeppesen-Spuhler: Je dois faire un bref retour en arrière. En Suisse, nous prévoyons depuis longtemps une petite consultation sur le document de travail. Il s'agit de recueillir les réactions des différents groupes qui font partie de l'Église. Les délégués s'en serviront comme boussole pour le Synode mondial. Le bureau du synode était au courant de ce plan et a estimé que cette approche suisse devait être présentée plus largement.
Avez-vous pu consulter le document avant de rédiger votre déclaration ?
Non. Je n'ai vu le document que le jour-même. A ce moment-là, j'avais déjà rédigé ma déclaration.
"La synodalité est une pratique vécue depuis longtemps en Suisse"
Tant le document de travail que les déclarations des participants à la conférence de presse sont restés plutôt généraux. Vos avez proposé quelque chose de concret en parlant du système dual suisse (avec une structure civile qui complète la structure ecclésiale NDLR). Ce système est-il un modèle pour l'Église universelle?
Chaque Eglise locale est appelée à concevoir une Eglise participative dans son contexte spécifique. Le système dual s'est développé historiquement dans le contexte démocratique suisse, qui connaît un fort esprit coopératif et associatif. Cela a pour effet que la synodalité est une pratique vécue depuis longtemps en Suisse. Mais je doute que cela puisse être appliqué tel quel à d'autres pays et cultures.[...]
Le contenu du document de travail reste vague. Espériez-vous davantage?
Oui, j'aurais souhaité que le document soit un peu plus court et surtout plus précis. Le thème de l'inclusion des personnes queer et l'ordination des femmes ne sont pas ou peu présents dans le document. Mais la structure du document, avec les questionnaires annexés, permettra de bonnes discussions.
Lors de la conférence de presse, le cardinal Hollerich a esquivé la question d'une journaliste qui voulait savoir comment concilier l'inclusion des personnes queer et le respect du magistère. Comment l’avez-vous ressenti?
Le comportement méprisant et la question de la journaliste très traditionaliste lors de la conférence de presse ont été pour moi bien plus problématiques que la réponse évasive du cardinal Hollerich.
En octobre, des solutions doivent être trouvées à des problèmes concrets. Mais dès que l'on pose la question, les responsables reculent. De telles contradictions vous inquiètent-elles?
Je ne trouve pas mauvais que l'on parle d'abord des structures synodales et aussi des restrictions du droit ecclésiastique. Mais ces thèmes ne pourront pas être mis entre parenthèses en octobre. Le synode doit en fin de compte rester fidèle aux résultats de la consultation mondiale. Les thèmes figurent dans le questionnaire du document de travail.
"L'Eglise universelle ne peut pas se permettre de décevoir les croyants".
Vous estimez donc qu'il y aura des résultats concrets en octobre?
Oui. C'est sur cette base que travailleront de nombreuses personnes engagées dans le processus synodal. La convocation du processus synodal par le pape François a finalement aussi suscité des attentes chez les fidèles. L'Eglise universelle ne peut pas se permettre de les décevoir.
Vous avez assisté à l'Assemblée continentale à Prague. Serez-vous également présente au synode mondial à Rome?
Je ne le sais pas encore. Lors de la conférence de presse, il a été dit que la liste des 80 laïcs qui seront présents en octobre sera présentée le 30 juin. J'espère qu'il y aura beaucoup de noms de jeunes et plus de 50% de femmes. Mais je ne saurai pas non plus avant le 30 juin si mon nom y figure. (cath.ch/kath.ch/mp)
* Helena Jeppesen-Spuhler travaille pour l'œuvre d'entraide Action de Carême. Elle est également active au sein de l'alliance "Gleichwürdig Katholisch" et du "Catholic Women's Council".
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L’Instrumentum laboris éveille différentes sortes de scepticismes
Suite à la publication de l’Instrumentum laboris (le document de travail) du Synode sur la synodalité, le 20 juin 2023, des inquiétudes diverses se font entendre sur les résultats de l’assemblée des évêques d’octobre prochain. Si certains ont peur qu’il ne débouche sur aucune réforme majeure, d’autre craignent des menaces pour le dépôt de la foi.
Quelle place pour les femmes, les laïcs, les LGBT, dans l’Eglise? Comment repenser l’autorité, le rapport entre l’universel et le particulier? Autant de questions cruciales pour l’Eglise abordées par l’Instrumentum laboris (IL) du Synode, rendu public le 20 juin 2023.
Le document a déjà provoqué diverses réactions au sein de l’Eglise du monde entier. Certains craignent tout d’abord que la montagne n’accouche que d’une souris. C’est le cas de Mgr Erwin Kraütler, évêque autrichien officiant au Brésil, connu comme un fervent partisan de réformes profondes. L’évêque de Xingu, au nord-est du Brésil, avait été l’une des chevilles ouvrières du Synode sur l’Amazonie, en 2019.
"Il me semble que la seule différence entre le Synode mondial en cours et le Synode panamazonien est qu'il s'agit maintenant d'un sondage mondial et que les thèmes abordés seront justement discutés et des propositions faites dans tous les diocèses du monde", écrit Mgr Kräutler dans une interview au journal allemand Herder Korrespondenz (21 juin 2023), relayé par le site katholisch.de.
L’espoir ruiné des 'viri probati’
L’évêque autrichien avait en effet mis dans ce synode de grands espoirs, notamment en permettant à des hommes mariés (les 'viri probati’), d’accéder à la prêtrise. Mais cette proposition inscrite dans l’Instrumentum laboris (document de travail) du synode de 2019 n’avait pas été reprise dans l’exhortation apostolique du pape François qui a suivi (Querida Amazonia, 2020).
Mgr Kraütler a ainsi du mal à croire que le pape François, à 86 ans, ait encore le courage d'abolir le célibat obligatoire. Selon l’évêque de Xingu, la seule avancée que le Synode sur la synodalité pourrait mettre en place est le diaconat féminin. «Avec le Synode sur l'Amazonie, une grande chance a été manquée de satisfaire ces deux exigences (le diaconat féminin et la suppression du célibat obligatoire, ndlr), au moins ad experimentum pour l'Amazonie, assure le prélat. Si cela avait été fait, il y aurait eu une condition préalable lors du synode mondial pour réfléchir au niveau mondial à l'évaluation des expériences en Amazonie et autoriser ensuite les mêmes réformes pour des régions avec un contexte similaire".
"Même à notre époque, l’Esprit de Dieu ne cessera pas de montrer de nouvelles voies"
Mgr Kraütler se demande encore aujourd’hui pourquoi François a refusé d'approuver les propositions pour l'Amazonie, pourtant adoptées à plus d'une majorité des deux tiers par le synode. "Pourquoi a-t-il convoqué un synode panamazonien en tant que forum pour chercher 'de nouvelles voies pour l'Eglise' et a-t-il ensuite subitement mis un frein à cette démarche?».
L’Amazonien d’adoption ne veut toutefois pas abandonner ses espoirs de changement. «Même à notre époque, l’Esprit de Dieu ne cessera pas de montrer de nouvelles voies. Ce n’est certainement pas encore la fin du monde.»
Signe des temps ou signe du monde?
L’Instrumentum laboris suscite d’autres types de questionnements dans les cercles plus conservateurs. «Je me méfie aussi beaucoup d'une sorte de compréhension rampante du plus petit dénominateur commun de l'Église et de sa mission», relève ainsi Stephen White, fondateur et directeur exécutif du Projet catholique à l'Université catholique d'Amérique (washington DC). «J'espère que le synode aidera l'Église à devenir davantage ce qu'elle est déjà - un signe et un instrument de salut - plutôt que de la conduire à essayer d'être ce que le monde attend d'elle», poursuit le laïc américain dans le journal National Catholic Register.
La méthode de discernement elle-même suscite quelques interrogations. Si l'IL, selon Sœur Sara Butler, explique comment les participants seront invités à partager leur expérience, il ne dit pas comment la méthode de discernement sera soumise à la "Parole de Dieu". «Les fiches de travail ne précisent pas de quoi il s'agit et ne suggèrent pas de 'textes’ pour encadrer les questions», note la religieuse, professeure émérite de théologie dogmatique à l'Université Sainte-Marie-du-Lac de Mundelein (Illinois).
"Le document est très préoccupé par la façon dont les gens se sentent, sont amenés à se sentir ou aimeraient se sentir"
«Il est clair que l'appel à la 'Parole de Dieu’ scripturaire n'a pas empêché les chrétiens d'autres communautés ecclésiales de souffrir de graves divisions au sein de leurs assemblées synodales. Aux États-Unis, nous avons vu comment leurs réunions ont abouti à de multiples divisions concrètes, par exemple sur la question de l'admission des femmes dans le ministère ordonné et de la bénédiction des 'mariages’ homosexuels, malgré leurs engagements répétés de 'marcher ensemble’. En tant que catholiques, nous nous en remettons au Magistère pour interpréter la foi apostolique, ce qui implique son jugement autorisé sur de telles questions».
Juste des «réunions de baby-boomers»?
Des questions surgissent quant au sens même de la «synodalité». «La synodalité peut être essentielle à la vie de l'Église si nous voulons vivre l'appel universel à la sainteté et l'expérience universelle du service, du culte et du témoignage», affirme Terence Sweeney dans le National Catholic Register. Mais «s'il s'agit d'un plus grand nombre de comités, de réunions et de rassemblements de baby-boomers qui parlent 'd'être l'Église’, je pense qu'il (le Synode, ndlr) échouera», avertit le théologien au Collegium Institute de l'Université de Pennsylvanie.
Stephen White regrette que le texte fasse «peu mention du salut ou de la rédemption et aucune mention du péché». Pour le laïc, «le document est très préoccupé par la façon dont les gens se sentent, sont amenés à se sentir ou aimeraient se sentir. On parle beaucoup de 'dynamisme’, de 'discernement’, etc. — ce qui est très bien, dans la mesure où tout se passe correctement — mais c'est une chose d'affirmer des qualités aussi excellentes et une autre de les démontrer».
Vatican II (1962-1965) semble toutefois rassembler les sensibilités en tant que modèle d’assemblée. Dans le Herder Korrespondenz, Mgr Kraütler rappelle que le Concile est devenu "malgré toutes les prédictions de la curie romaine, l'événement ecclésial le plus décisif du XXe siècle, qui a donné un nouveau visage à l'Église".
«L'intelligence de Vatican II a été de donner des orientations sur la manière de vivre cette mission, assure ainsi Terrence Sweeney, de sorte que tous les catholiques soient censés vivre la foi avec une participation pleine, active et consciente. Si le synode s'inscrit dans cette perspective, il peut contribuer à dynamiser l'Église». (cath.ch/katholisch/omnes/ncr/rz)
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