2013-2023: François, un génie de la communication?
A l'occasion des 10 ans de l'élection du pape François, cath.ch revient sur différents aspects de son pontificat: la communication, les réformes, les grands gestes, les mots emblématiques et la lutte contre les abus, autant de thèmes que vous retrouvez dans ce dossier spécial.
2013-2023: François, un génie de la communication?
2013-2023: François, le pape qui a bousculé la Curie romaine
2013-2023: Comment François a lutté contre les abus dans l’Église
2013-2023: Dix mots emblématiques du pontificat de François
2013-2023: les 10 gestes du pape François qui éclairent son pontificat
Ce que le pape doit encore accomplir après 10 ans de pontificat
2013-2023: François, un génie de la communication?
A l'occasion des 10 ans de l'élection du pape François, cath.ch revient sur différents aspects de son pontificat: la communication, les réformes, les grands gestes, les mots emblématiques et la lutte contre les abus, autant de thèmes que vous retrouvez dans ce dossier spécial.
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2013-2023: François, le pape qui a bousculé la Curie romaine
Les dix premières années du pontificat du pape argentin ont profondément ébranlé le Vatican. Le pape François, premier pape non-européen depuis plus d’un millénaire, est entré en collision avec la culture de la Curie, marquée par des lenteurs contrastant avec les impulsions du pontife argentin.
2013-2023: Comment François a lutté contre les abus dans l’Église
Depuis son élection en 2013, et comme l’a fait son prédécesseur Benoît XVI, le pape François a souhaité mener une «bataille totale» contre les abus sexuels dans l’Église sur les personnes mineures et vulnérables. Mais durant ses 10 ans de pontificat, un certain nombre de dysfonctionnements dans la m...
2013-2023: Dix mots emblématiques du pontificat de François
Synodalité, périphérie, culture de la rencontre, cléricalisme… À l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de l’élection du pape François, le 13 mars 2023, l’agence I.MEDIA propose un florilège de 10 mots qui éclairent son pontificat.
2013-2023: les 10 gestes du pape François qui éclairent son pontificat
Le pape François a marqué les esprits dès les premières heures de son pontificat par ses gestes et ses paroles. Alors que le pontife argentin s’apprête à célébrer les 10 ans de son arrivée sur le siège de Pierre, l’agence I.MEDIA a sélectionné 10 gestes qui éclairent particulièrement le pontificat d...
Ce que le pape doit encore accomplir après 10 ans de pontificat
Après 10 ans de pontificat, le pape François a déjà opéré un certain nombre de réformes. Mais à 86 ans, le premier pape sud-américain de l’histoire doit encore conduire des chantiers stratégiques. L’agence I.MEDIA en a recensé dix.
2013-2023: François, un génie de la communication?
Depuis son élection en 2013, François a marqué d’une empreinte très personnelle la façon dont le Saint-Siège transmet son message à la Ville et au Monde. Sa communication, capable de susciter l’intérêt des non-chrétiens comme de soulever des stades de fidèles, a considérablement élargi la portée de la «parole» pontificale, mais a aussi parfois suscité de la confusion, notamment à l’intérieur de l’Église.
Dans son premier entretien accordé en 2013 au père Antonio Spadaro, l’influent directeur de la revue jésuite La Civilta Cattolica, le pape François témoignait de la difficulté que représentait pour lui son nouveau 'métier’: «Je suis capable de regarder des personnes individuelles, une par une, pour me connecter de manière personnelle avec celles qui sont devant moi. Je n’ai pas l’habitude des masses».
Ce qu’il décrivait alors comme une de ses faiblesses s’est révélée, dix ans plus tard, être une de ses plus grandes forces. Le pontife argentin a conservé son style simple, proche de l’oralité dans ses discours, imagé et accessible dans les textes de son magistère. Réputé austère à Buenos Aires, il s’est révélé jovial à Rome. Et sa bonhommie lui a souvent voulu la comparaison avec le «bon pape» Jean XXIII.
Après un pontificat de Benoît XVI marqué par le verbe concis de ce théologien rigoureux, la verve de François, adepte des improvisations et des réactions spontanées, souvent empruntes d’humour ou d’émotions, a touché le cœur de beaucoup.
Faisant souvent fi de l’étiquette, le pape a construit sa communication sur l’établissement d’une «proximité informelle» avec ses interlocuteurs. «N’oubliez pas, s’il-vous-plait, de prier pour moi», demande-t-il ainsi inlassablement, après chaque discours. Cette formule, la plus entendue pendant ces dix dernières années, est caractéristique du soin que met le pape à établir un véritable lien avec son audience. Ce «pont» qu’il jette entre lui et chaque interlocuteur se veut humain avant d’être magistériel.
Communiquer: entre geste et silence
Le chercheur colombien Ari Waldir Ramos Diaz note dans son essai Soyez authentiques, avec le pape François pour améliorer nos relations et notre communication, (Edizioni Lavoro, 2019) que François communique d’abord «à partir des gestes» parce que ces derniers constituent un «langage universel». Dans son style sud-américain, le pape parle régulièrement des «caresses» qu’il faut donner à un monde en souffrance.
Mgr Guido Marini, l’ancien cérémoniaire du pape, affirme dans un entretien publié en 2021 que François est un «génie de la scénographie». L’Italien avait assisté le pontife lors de la Statio Orbis du 27 mars 2020, cérémonie pendant laquelle le pape avait prié pour le monde, alors plongé dans le chaos de la pandémie. Plus que son discours ce soir-là, c’est la solitude d’un pape sur une place Saint-Pierre battue par la tempête dont beaucoup se souviennent.
Critique des commérages et de tous les parasitages, le pape François considère que «le monde est malade de bruit» et vante les mérites de la «présence silencieuse», étape indispensable pour se mettre à l’écoute de l’autre. Un principe qu’il a tenté de déployer au sein de sa diplomatie, très active pour favoriser le dialogue de paix dans de nombreux pays du monde. Mais c’est aussi le cas dans le domaine ecclésial avec le synode sur l’avenir de l’Église lancé en 2021, qui a pour but de relancer une culture de la synodalité, c’est-à-dire l’art de s’écouter pour avancer malgré les différences.
Une parole imprévisible
Réformateur, le pape François a poursuivi la modernisation, et notamment la numérisation de la communication du Saint-Siège, entamée par son prédécesseur. Même s’il s’est régulièrement montré très critique face aux risques de la communication virtuelle, il a néanmoins ouvert un compte Instagram et lancé une application de prière – Click to Pray. Il a aussi reçu au Vatican les principaux grands patrons des GAFAM. Sur Twitter, ses comptes, diffusés en de nombreuses langues, ont dépassé les 45 millions de followers.
François a aussi restructuré en profondeur la communication de la Curie en créant, en 2015, le dicastère pour la Communication, dans lequel il a rassemblé toutes les entités médiatiques du Vatican – Vatican News, Radio Vatican, L’Osservatore Romano (qu’il surnomme la «Pravda»), le Bureau de presse du Saint-Siège, la Librairie éditrice vaticane… Son but: une plus grande efficience, moins de dépenses, et une action concentrée sur l’annonce de l’Évangile.
Mais le pontife s’est aussi montré très distant vis-à-vis de sa propre administration, court-circuitant souvent les canaux officiels de la communication du Saint-Siège – notamment son Bureau de presse – pour privilégier ses propres réseaux, beaucoup plus insaisissables et imprévisibles.
Une situation qui a créé un malaise au sein de la Curie, lequel est apparu au grand jour lorsqu’en 2021 le pontife a publiquement critiqué sa communication lors d’une visite des locaux de Radio Vatican. Les injonctions du pape à la prise d’initiatives alors que les structures établies par ses soins tendent à limiter la liberté d’action, ont révélé les problèmes de fond au sein de la communication du Vatican.
Contrairement à ses deux prédécesseurs qui pouvaient s’appuyer pleinement sur leur porte-parole, le pontife s’est voulu maître de toute sa communication, afin de ne pas voir sa parole utilisée par des groupes de pouvoirs agissant pour leurs intérêts au sein de l’Église. Ainsi, Matteo Bruni, actuel directeur du Bureau de presse, ne remplit pas le rôle de porte-parole.
Une communication libre
S’il accorde de nombreux entretiens dans lesquels il ne ferme la porte à aucun sujet, il arrive aussi souvent au pontife, dans la pure tradition jésuite, de ne pas aller là où l’emmène son interlocuteur. «Le pape ne répond pas toujours aux questions qu’on lui pose», note ainsi le sociologue Dominique Wolton, qui a mené 12 entretiens avec le pontife, publiés dans l’ouvrage Politique et société (2018).
Cette capacité du pape à prendre le contre-pied de son interlocuteur a été particulièrement observable lors des conférences de presse organisées dans chaque vol retour – et non plus vol aller, comme pour les deux précédents pontificats – de ses déplacements à l’étranger. Le pontife argentin a redonné toute son importance à ce moment de contact privilégié avec la presse que Benoît XVI avait ‘verrouillé’ au milieu de son pontificat après une polémique sur l’usage du préservatif.
Pendant les 40 vols retour effectués ces dix dernières années, François a permis à nouveau aux journalistes de poser librement leurs questions sur tous les thèmes. Il s’y est exprimé dans un style très spontané mais souvent débridé. On doit à ces séquences quelques formules clés de son pontificat, par exemple celle sur l’homosexualité – «Qui suis-je pour juger?».
«Bourdes» et divisions
La spontanéité du pape François a cependant parfois joué contre lui, par exemple lorsqu’il s’est embrouillé dans ses propos sur la renonciation de l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, ou qu’il a mis à mal les efforts de sa propre diplomatie en laissant entendre que les Bouriates et les Tchétchènes étaient responsables des massacres en Ukraine. Le style de communication du pontife a aussi régulièrement suscité la perplexité voire la colère dans ses propres rangs. «Vous êtes plus aimé […] chez les athées que chez les catholiques», lui faisait remarquer Dominique Wolton.
Dans l’Église, certaines voix ont souvent reproché au pape une forme de «populisme» brouillant les cartes sur la doctrine. D’autres, au contraire, se sont agacées de son style 'pastoral’ qui lui éviterait d’enclencher les grandes réformes qu’elles attendent de lui.
Le pape François, pour sa part, s’est à de nombreuse reprises élevé contre ce qu’il décrit comme une «polarisation». Contre les conflits binaires et idéologiques, il a encouragé les chrétiens à enrichir leur communion des «contrapositions» existantes dans l’Église, faisant de ce défi un des axes du grand processus du synode sur l’avenir de l’Église lancé en 2021. (cath.ch/imedia/cd/bh)
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2013-2023: François, le pape qui a bousculé la Curie romaine
Les dix premières années du pontificat du pape argentin ont profondément ébranlé le Vatican. Le pape François, premier pape non-européen depuis plus d’un millénaire, est entré en collision avec la culture de la Curie, marquée par des lenteurs contrastant avec les impulsions du pontife argentin.
Sur le plan administratif, près d’un an après la publication de la nouvelle Constitution apostolique Prædicate Evangelium, les employés de la Curie restent inquiets et ont de nombreuses incertitudes, notamment sur l’encadrement des contrats de travail. Les appels du pape François à travailler dans une dynamique de joie et de fraternité peinent à se concrétiser dans des structures marquées par de profonds clivages culturels et générationnels.
Dès son élection, le pape François a développé un discours d’une radicalité parfois abrupte, se créant des opposants dans une Curie qui fait habituellement de la discrétion et de la loyauté des valeurs intangibles. Son discours des 15 maladies lors des vœux à la Curie en décembre 2014 a marqué un tournant dans son pontificat, le pape dénonçant frontalement, devant des cardinaux médusés, «la maladie de la rivalité et de la vanité», la «schizophrénie existentielle», «l’Alzheimer spirituel», ou encore les «cercles fermés» qui marqueraient l’atmosphère au Vatican.
Multiplication des audits
Des améliorations ont été remarquées et appréciées, notamment au sein de la secrétairerie d’État, où le sens des relations humaines du cardinal Parolin, arrivé à l’automne 2013, a contribué à améliorer le climat de travail et les relations entre clercs et laïcs. Mais dans d’autres structures, la multiplication des audits est apparue pour certains comme une source de fatigue, de confusion et de dépenses plus que comme une source d’économies. «Rien de ce que nous avions proposé n’a été retenu», confie, amer, un ancien membre de la Commission Patten, instituée au début du pontificat pour restructurer les médias du Vatican, qui disposaient autrefois d’une forme d’autonomie mais qui font désormais partie à part entière de la Curie romaine.
Le 19 mars 2022, la publication de la nouvelle Constitution apostolique Praedicate Evangelium a donné à beaucoup la sensation d’un accouchement «au forceps», voire d’une forme de putsch interne au Vatican, le pape court-circuitant les institutions censées être à son service. Certaines évolutions sont saluées, notamment sur le plan de la prise de responsabilité des laïcs et de la féminisation des effectifs, mais beaucoup ont regretté le caractère encore confus de certains paragraphes de la Constitution, laissant libre cours à de vastes marges d’interprétation.
Le principe d’un contrat probatoire et d’un quinquennat éventuellement renouvelable pour les clercs devrait permettre, d’une part, d’éviter des phénomènes de ‘placardisation’ au Vatican de prêtres posant des problèmes en paroisse et, d’autre part, de ne pas éloigner trop longtemps des clercs de leur mission pastorale en diocèse. Mais la lutte contre le 'cléricalisme’ est parfois vécue comme une lutte contre les prêtres eux-mêmes, dont certains ont traversé de profondes dépressions après avoir été acculés à quitter leur charge. Toutefois, la difficulté à recruter des personnes compétentes dans des bureaux très spécialisés, comme par exemple au sein de la section latine de la secrétairerie d’État, laisse présager des assouplissements dans cette règle des contrats courts dont l’application reste confuse.
Lourdeurs bureaucratiques et erreurs de casting
Avec la création d’une direction des ressources humaines mise sous la tutelle du secrétariat pour l’Économie, les nouvelles embauches ont pris l’allure d’un parcours du combattant, nécessitant de longs mois de tractations kafkaïennes entre différentes instances, certains candidats jetant l’éponge alors que leur contrat allait être finalisé. Quant aux personnes réellement embauchées, certaines arrivent en décalage avec la réalité du travail au Vatican, à laquelle elles n’ont pas été préparées. Pour beaucoup, l’énergie déployée sur la compilation de documents administratifs devrait plutôt être orientée sur la formation et sur la définition de fiches de poste et de lettres de mission.
«Les dernières embauches ont été dirigées vers des jeunes de moins de 30 ans, des 'millennials‘ qui n’ont pas le sens de l’institution, qui ne savent même pas comment parler à un évêque», s’étonne une employée du dicastère pour le Service du développement humain intégral. Elle apprécie toutefois le caractère «visionnaire» du pape, qui situe ses réformes sur le temps long, sans en attendre forcément un bénéfice immédiat. L’une des phrases structurantes de la pensée du pontife argentin, «le temps est supérieur à l’espace», trouve dans la réforme de la Curie l’une de ses manifestations les plus concrètes.
Au sein des dicastères pour la Communication, pour les Laïcs, la famille et la vie et pour le Service du développement humain intégral, la fusion des différentes entités préalables se vit toutefois encore dans la douleur, et avec des inerties parfois incompréhensibles pour les employés les plus jeunes. La lourdeur des procédures administratives pour des gestes a priori anodins, comme la réponse à un simple mail ou la commande d’un taxi, entre en contradiction avec la forme orale utilisée pour des décisions essentielles, comme la nomination d’un responsable de service, apprise par un simple coup de téléphone ou au détour d’un échange de couloir.
Les relations personnelles, réelles ou supposées, de certains employés des dicastères avec le pape François sont également un sujet de frictions. L’exercice de l’autorité hiérarchique sur un employé mettant en avant son contact amical avec le pontife peut ainsi s’avérer difficile en cas de manquements, par crainte d’un arbitrage défavorable. L’autorité hiérarchique d’un laïc vis-à-vis d’un prêtre, ou d’un prêtre vis-à-vis d’un cardinal, peut également poser de grandes difficultés. La volonté du pape François de «secouer le cocotier» et de rompre avec les préséances habituelles ne se vit pas sans douleur dans le travail quotidien. Par ailleurs, des difficultés relationnelles liées aux différences de générations, de nationalités et de cultures existent dans tous les dicastères.
Re-sacraliser la figure du pape?
«Le drame aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus le respect de l’homme en blanc», regrette un prêtre français travaillant à la Curie. La crainte et le respect qu’inspiraient les prédécesseurs de François, malgré toutes leurs différences de caractère, constituaient une clé de voûte du fonctionnement du Vatican. Le caractère informel et parfois badin du pape François – qui lui vaut grande popularité à l’extérieur – est parfois vécu au contraire comme une forme de désinvolture pour la Curie, et suscite une certaine perplexité jusque dans la population de Rome.
«Il va trop loin dans la désacralisation», regrette ainsi Tomaso, un Romain de 96 ans, qui avait connu personnellement Pie XII lorsqu’il faisait partie de la jeunesse étudiante catholique, au temps de Mussolini. Bien que devenu communiste par la suite et athée, cet ancien journaliste et écrivain manifeste l’attachement paradoxal d’une partie non-croyante de la population de Rome à la figure du pape, perçue comme l’incarnation d’une permanence, d’une stabilité rassurante, dans la continuité avec l’Empire romain.
Mais c’est bien contre cette cristallisation, qu’il semble assimiler à une forme de paganisme ou d’hérésie, que le pape François se dresse. Le successeur de saint Pierre veut dépouiller la papauté de son imperium et de ses attributs temporels pour se concentrer sur le témoignage de l’Évangile. Une démarche parfois incomprise. «Il est facile de détruire les institutions. Ce sera plus difficile de les reconstruire», estime un cardinal, nostalgique de l’éclat de la papauté qu’il avait constaté en arrivant à Rome comme jeune prêtre avant le Concile Vatican II.
Pour d’autres figures de la Curie, la «grâce d’état» qui entoure le pape, d’où qu’il provienne, doit justifier une obéissance absolue, et une confiance totale dans les intuitions du pontife. Mais entre la nécessité d’une mise en mouvement de structures construites sur des modèles dépassés, et celle d’une certaine stabilité institutionnelle nécessaire à leur efficacité, un savant dosage demeure à trouver.
Un pontificat «prophétique» et «chaotique»
Après un pontificat perçu parfois par les mêmes interlocuteurs comme «prophétique» et «stimulant» mais aussi «confus» et «chaotique», une certaine re-sacralisation de la figure du pape leur apparaît nécessaire pour empêcher une dislocation de l’appareil. L’actuelle crise de gouvernance au sein de la Communion anglicane constitue à ce titre un signal d’alarme pour certains membres de la Curie, inquiets de voir le processus synodal actuel légitimer une fracturation de l’Église catholique en Églises continentales ou nationales. La discrétion du pape face au Synode allemand suscite ainsi des incompréhensions.
Le recul historique permettra de savoir si le pontificat de François aura marqué le début d’un effondrement institutionnel masqué par une certaine popularité externe, à la manière de Gorbatchev en URSS, ou au contraire l’émergence prophétique d’une papauté renonçant à sa position de surplomb pour situer l’Église catholique dans une dynamique de fraternité avec le reste du monde, et ainsi continuer à pouvoir exprimer le message de Jésus dans un contexte de minorité et de pluralisme religieux. (cath.ch/imedia/cv/bh)
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2013-2023: Comment François a lutté contre les abus dans l’Église
Depuis son élection en 2013, et comme l’a fait son prédécesseur Benoît XVI, le pape François a souhaité mener une «bataille totale» contre les abus sexuels dans l’Église sur les personnes mineures et vulnérables. Prônant une politique de «tolérance zéro», il a mis en place dès 2014 une commission chargée de lui proposer «les initiatives les plus opportunes» afin que ces crimes «ne se répètent plus». Mais durant ses 10 ans de pontificat, un certain nombre de dysfonctionnements dans la manière de gérer les abus à Rome et dans le monde, ont fait surface.
Pour le prêtre missionnaire d’Afrique Stéphane Joulain, consultant sur la prévention des abus auprès de congrégations religieuses, le bilan de l’action du pape est «positif». François a fait progresser l’Église notamment dans «l’attention aux victimes» et «la réforme du droit de l’Église», souligne l’expert contacté par I.MEDIA.
Le cléricalisme, à la source des abus
En août 2018, alors que des révélations se multiplient, le pontife publie une Lettre au peuple de Dieu dans laquelle il désigne le cléricalisme comme étant une cause majeure des abus et appelle les catholiques au jeûne et à la prière. Cette lettre est suivie par la convocation, en février 2019, d’un sommet exceptionnel sur les abus à Rome, avec tous les présidents des conférences épiscopales du monde.
En mai 2019, le motu proprio Vos estis lux mundi est une étape importante dans cette lutte, obligeant par exemple tous les clercs et religieux à dénoncer les abus dont ils auraient connaissance. La nouvelle législation contraint chaque diocèse du monde à mettre en place des «dispositifs stables et facilement accessibles» afin de permettre le signalement d’abus sexuels sur mineurs. Il met aussi sur pied une procédure pour enquêter sur des évêques ou supérieurs soupçonnés de crimes ou de couverture de crimes.
Abolition du secret pontifical
François ne s’arrête pas là. En décembre 2019, il abolit le secret pontifical couvrant les procédures en matière de pédo-criminalité. Et en mai 2021, il opère une révision majeure d’un chapitre du code de droit canon portant sur les sanctions graves. Les crimes sur des mineurs y sont enfin inscrits. Par ailleurs, la parution en 2020 d’un rapport inédit sur l’ex-cardinal McCarrick – coupable de nombreux abus sexuels – manifeste la volonté du pontife de faire toute la vérité sur les failles du Saint-Siège qui durant des années n’a rien fait pour freiner l’ascension du prélat américain.
Le pontife «a eu des prises de conscience, assumé des responsabilités, pris des décisions», constate encore le père Joulain, lui-même accompagnateur de victimes et d’auteurs d’abus sexuels. Il n’est pas resté «passif par rapport à ce qu’il a découvert». En 2018, le pape a saisi à bras-le-corps les dissimulations d’abus généralisées dans l’Église au Chili, après avoir reconnu ses propres aveuglements dans cette affaire. «J’ai commis de graves erreurs», s’accuse-t-il alors qu’il avait défendu un évêque soupçonné d’avoir couvert un prêtre pédophile – ce qu’un rapport confirmera.
L’affaire chilienne marque un tournant important dans la gestion des abus par le pape François. La Lettre au Peuple de Dieu, le sommet sur les abus ou bien le fameux Motu prorio Vos estis lux mundi suivront d’ailleurs de quelques mois ce qui restera comme une des crises importantes du pontificat de François.
Peu de résultats concrets
Le pontificat souffre toutefois de certaines critiques, des victimes dénonçant une certaine lenteur ou tiédeur dans la prise de décision. La Commission pour la protection des mineurs, analyse le Père Joulain, est restée pendant longtemps «une vitrine» avec peu de résultats concrets, hormis «quelques guides» et une journée de prière pour les victimes.
«Pour que cette commission soit crédible, il faut plus de propositions concrètes», estime l’expert. De même, le rapport annuel sur l’état de la lutte contre les abus commandé par le pape à la commission est «important» mais difficile à réaliser dans les faits. «La remontée d’information prend du temps», explique celui qui a participé à un audit sur ces questions-là dans sa congrégation.
Le Père Blanc salue cependant de récentes initiatives de la commission vaticane, entre autres de nouvelles nominations d’experts régionaux pour épauler les conférences épiscopales. Le Vatican a fait des efforts sur la communication, reconnaît-il aussi, malgré «une culture du secret sur les affaires, pour respecter tout le monde et ne blesser personne.»
Des pistes d’amélioration
Selon le Père Joulain, il reste encore des pistes d’amélioration, notamment dans le domaine du Droit canonique. «Les abus sont classés aujourd’hui comme des crimes contre le 6e commandement («Tu ne commettras pas l’adultère»). Mais un adulte qui viole un enfant n’est pas une question d’adultère. Ce serait plutôt de l’ordre de ‘tu ne tueras pas ton prochain’», analyse-t-il. Il souhaite également davantage de transparence dans la Justice. La question de la «responsabilité» des évêques mérite de «passer des textes aux procédures et aux actions concrètes.»
Dans l’Église, certains s’étonnent aussi du manque de moyens alloués au traitement des dossiers qui remontent à Rome. En 2020 par exemple, plus de 1.000 nouveaux cas étaient parvenus sur les bureaux de la section disciplinaire du dicastère pour la Doctrine de la foi. Or, cette section compte moins d’une vingtaine d’employés.
La question française
Au sujet des affaires qui ont défrayé la chronique ces dernières années, le Père Joulain juge que le pape François est «très mal conseillé» sur le dossier français. En 2021, le pontife a dit sa honte devant les résultats du rapport de la Ciase sur les abus sexuels commis dans l’Église en France. Mais alors qu’il devait rencontrer les membres de la commission Sauvé, le rendez-vous a été finalement ajourné sine die.
Certains verront dans cette annulation un camouflet pour la Ciase dont les conclusions seraient allées trop loin pour Rome. Mais certains conseillers du pape dans cette affaire ont créé «une cabale sans aucun fondement scientifique», en refusant «d’accepter le réel», tance le missionnaire d’Afrique, assurant que la Ciase a fait «un excellent travail». Dans les mois suivants, l’affaire Santier et l’affaire Ricard ont révélé à nouveau des dysfonctionnements dans le traitement des abus, notamment au niveau de la transparence des sanctions. Sur cette question sensible, le pape François n’a pas encore apporté de réponse concrète.
Le Père jésuite Hans Zollner, président du Centre pour la protection de l’enfance de l’Université pontificale grégorienne et membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, a récemment dénoncé des failles dans l’application de Vos estis lux mundi. Ainsi les voies de recours pour les victimes fonctionnent mal. En outre, la définition de «personne vulnérable» susceptible d’être victime d’abus est «trop large», selon lui.
Pour le Père Zollner, l’Église doit faire du soutien aux survivants une priorité absolue. «Aujourd’hui, c’est notre mission d’écouter les survivants et cela signifie investir de l’espace, du personnel, de la formation», martèle celui qui vient d’être nommé consultant au bureau du diocèse de Rome chargé de cette lutte. Le pape François, tout comme son prédécesseur, a d’ailleurs rencontré à plusieurs reprises des victimes, en Irlande, aux États-Unis, et à Rome. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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2013-2023: Dix mots emblématiques du pontificat de François
Synodalité, périphérie, culture de la rencontre, cléricalisme… À l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de l’élection du pape François, le 13 mars 2023, l’agence I.MEDIA propose un florilège de 10 mots qui éclairent son pontificat.
1. Périphérie
“Les périphéries existentielles sont le centre du cœur de Dieu. Jésus a voulu venir dans nos périphéries existentielles. Lui-même s’est fait périphérie existentielle.” (21 mai 2020)
Lors des réunions pré-conclave en mars 2013, un cardinal s’est distingué en souhaitant une Église en sortie dans les “périphéries géographiques et existentielles”. Élu 266e pape, Jorge Mario Bergoglio a façonné tout son pontificat avec cet appel. Aujourd’hui, n’a-t-il cessé de répéter, renversant la parabole du Bon Berger, le pasteur ne peut se contenter de peigner la brebis restée dans la sacristie, mais doit aller chercher les 99 brebis égarées. Joignant le geste à la parole, pour ses voyages, il privilégie des destinations à l’écart, à faible majorité catholique, évitant les grands pays traditionnels. Il donne des entretiens à des personnes athées, reçoit des groupes de personnes transsexuelles, accueille des SDF en collocation à Sainte-Marthe pendant quelques jours. Jusqu’à être surnommé «le pape des périphéries».
2. Ecologie intégrale
«Malheureusement la mentalité mondaine pollue aussi l’écologie, la réduit, la rend idéologique et superficielle. Au contraire l’horizon de Dieu est celui d’une écologie intégrale, qui réunit toujours la dimension environnementale et la dimension sociale, le cri de la Terre et le cri des pauvres». (24 mars 2022)
Le pape François a consacré l’encyclique Laudato Si’ – Loué sois tu – à l’écologie intégrale, et ce thème est aussi un cheval de bataille d’un dicastère du Vatican refondé dans le cadre de la réforme de la Curie romaine. Le «cri de la terre», estime le pape, est un appel à «une profonde conversion intérieure». «Il n’existe pas de planète B», scande-t-il en fustigeant la «gloutonnerie de ressources naturelles», mais aussi la tendance à «se perdre en bavardages» au niveau international, sans passer suffisamment à l’action. Le pontife suggère aussi d’introduire dans le Catéchisme de l’Église catholique la notion de “péché contre l’écologie”.
3. Cléricalisme
“Ne tombez pas dans le cléricalisme, qui est l’une des pires perversions. Faites très attention, le cléricalisme est une forme de mondanité spirituelle.” (28 novembre 2022)
Le pape François a déclaré la guerre au cléricalisme. À temps et à contretemps, il dénonce ce «fléau» qui place « une caste de prêtres «au-dessus» du peuple de Dieu, et qui sévit y compris chez «les laïcs cléricaux». Un mot qui, pour le pape, va de pair avec «la rigidité», et sous lequel on trouve toujours «de la pourriture», comme celle des abus. Ce cléricalisme englobe ceux qui utilisent «la religion pour s’occuper de leurs affaires, abusant de leur autorité et exploitant les pauvres». Le remède au cléricalisme, c’est marcher au milieu du troupeau pour sentir «l’odeur des brebis»; c’est la vie avec le peuple, autre réalité très présente dans la pensée de l’ancien archevêque de Buenos Aires qui au Saint-Siège a nommé des laïcs à des postes clés.
4. Synodalité
“Je répète que le Synode n’est pas un parlement, que le Synode n’est pas une enquête d’opinions; le Synode est un moment ecclésial, et le protagoniste du Synode est l’Esprit-Saint. S’il n’y a pas d’Esprit, il n’y aura pas de Synode.” (9 octobre 2021)
Comment faire participer tous les baptisés à la vie de l’Église catholique? La synodalité comme style de vie de l’Église est l’un des grands leitmotivs du pontificat de François. Un thème qui fait l’objet d’un grand chantier depuis octobre 2021, et sur lequel se sont penchés les diocèses du monde entier, puis les Églises continentales, avant les assemblées synodales prévues à Rome en octobre 2023 et octobre 2024. Ce grand mouvement de fond doit, pour François, éduquer l’Église à la synodalité: écoute de l’autre, marche commune, malgré les différences. Le pape veut en cela promouvoir la décentralisation et la coresponsabilité entre prêtres et laïcs, tous baptisés.
5. Miséricorde
“Dans l’Église, aujourd’hui et toujours, le pardon doit ainsi nous rejoindre, à travers l’humble bonté d’un confesseur miséricordieux, qui sait qu’il n’est pas le détenteur d’un pouvoir quelconque, mais un canal de miséricorde. […] Dieu pardonne tout, tout et toujours. Nous sommes ceux qui en ont assez de demander pardon, mais Il pardonne toujours.” (24 avril 2022)
Le pape François prononçait ces mots quelques jours après son élection au siège de Pierre. Et il n’a cessé de les répéter durant cette décennie, jusqu’à lancer un Jubilé de la miséricorde sur l’année 2016. On ne compte plus le nombre de fois où le pontife argentin s’est référé à la parabole du Fils prodigue, comme archétype d’un Dieu qui ne cesse d’attendre l’homme. «Une fois? Non. Deux fois? Non. Trois? Non. Toujours. Chaque fois que tu vas mal, le Seigneur tend sa main», insiste-t-il. Le pape qui a pris pour devise “Miserando atque eligendo” – «Choisi parce que pardonné» – en est persuadé: même si l’on fait «toujours les mêmes choses», Dieu «oublie tous nos péchés».
6. Culture de la rencontre
“Il y a une culture de la rencontre, qui nous protège de n’importe quelle forme de culture du rejet.” (29 mai 2016)
La culture de la rencontre est une expression forgée par le pontife argentin, qui se dessine derrière ses multiples initiatives pour la paix. Le pape a dressé l’architecture de cette culture dans son encyclique Fratelli tutti (2020) sur la fraternité et l’amitié sociale. Le texte s’inspire de l’un des grands gestes de son pontificat: la signature du Document sur La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune effectuée à Abou Dhabi avec le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb, en 2019. Autre corollaire de la culture de la rencontre: la culture du soin.
7. Pauvres
“Comme je voudrais une Église pauvre, pour les pauvres.” (16 mars 2013)
François a choisi son nom de pape «pour les pauvres», et ce sont eux qu’il a souhaité mettre au centre de son pontificat. Sans pour autant tomber dans le paupérisme, se défendait-il en 2020. Il s’agit de «ne pas être esclaves des richesses, ne pas vivre pour les richesses» qui «sont un empêchement pour avancer». Parmi les plus pauvres, l’un des sujets de préoccupation du pape sont les migrants, autour desquels il a dédié plusieurs de ses voyages, dont le premier, à Lampedusa. L’homme en blanc qui s’est rendu deux fois à Lesbos (Grèce) pour dénoncer « un naufrage de civilisation» en Méditerranée, ne cesse de secouer les consciences du Vieux continent, s’opposant aux discours nationalistes, exhortant à surmonter les «ghettoïsations», «la paralysie de la peur» et «le désintérêt cynique».
8. Crise
“Dans la vie, souvent, les pas en avant les plus importants se font précisément à l’intérieur de certaines crises, de situations d’épreuve, de perte de contrôle, d’insécurité.” (13 novembre 2022)
Crise sanitaire, crise éducative, crise environnementale… Le pape François se préoccupe de l’état d’un monde confronté à «un changement d’époque». Mais la crise, pour l’Argentin, «est une opportunité et offre des occasions de croissance». À condition cependant qu’elle ne se transforme pas en conflit car «le conflit est toujours fermé, sans horizon et sans issue». Pour éviter cette impasse, le pontife préconise d’éduquer les jeunes «à vivre la crise et à la surmonter ensemble».
9. Colonisation idéologique
“Combien de colonisations politiques, idéologiques et économiques reste-t-il dans le monde, poussées par la cupidité, la soif de profit, sans tenir compte des populations, de leurs histoires et de leurs traditions, pas plus que de la maison commune de la création.” (1er avril 2022)
Le pape dénonce régulièrement les «colonisations idéologiques». Encore récemment, lors de son traditionnel discours de nouvelle année au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège en 2021, le pape François a déploré une «colonisation idéologique qui ne laisse pas la place à la liberté d’expression» dans les institutions publiques. Il n’est pas rare qu’il dénonce à ce titre les pratiques de certaines organisations internationales mettant aux pays pauvres des conditions “législatives et colonialistes” pour l’octroi de crédits. Pour le pontife de 86 ans, cette colonisation prend aussi «la forme de la cancel culture».
10. Corruption
“La corruption est une forme de blasphème (…). Il n’y a pas Dieu mais il y a le Dieu argent, le Dieu bien-être, le Dieu exploitation.” (24 novembre 2016)
Encore récemment, lors de son voyage en Afrique en février dernier, le pape François a appelé les jeunes Congolais à ne «jamais céder aux flatteries, séductrices mais empoisonnées, de la corruption». «Pas de corruption», a-t-il fait répéter à la foule en français, depuis le stade de Kinshasa. Pour le pape, le «corrompu» est celui qui mène une double vie. Ainsi en va-t-il de celui «qui se vante d’être chrétien mais ne mène pas une vie de chrétien». «Pécheurs oui, corrompus, non», a-t-il souvent scandé lors d’homélies. (cath.ch/imedia/ak/bh)
10 ans de pontificat dans l'émission "Babel"
Le 13 mars 2013, l’Argentin Jorge Mario Bergoglio est élu pape et prend le nom de François. Réformes de la Curie et du Synode, lutte contre la corruption et les abus sexuels, place des femmes et des laïcs, défense des migrants, diplomatie vaticane… après dix ans de pontificat, c’est l’heure du bilan, avec Loup Besmond de Senneville, correspondant à Rome du quotidien La Croix. Une proposition de Carole Pirker.
> Babel, le 12 mars sur RTS Espace 2, à 11h
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2013-2023: les 10 gestes du pape François qui éclairent son pontificat
Le pape François a marqué les esprits dès les premières heures de son pontificat par ses gestes et ses paroles. Alors que le pontife argentin s’apprête à célébrer les 10 ans de son arrivée sur le siège de Pierre, l’agence I.MEDIA a sélectionné 10 gestes qui éclairent particulièrement le pontificat du premier pape sud-américain de l’histoire.
1. Le pape François s’incline devant les fidèles le soir de son élection (13 mars 2013)
Le nouveau pape vient d’apparaître sur le balcon de la basilique Saint-Pierre et déjà son style tranche avec celui de ses prédécesseurs. Arrivé en simple soutane blanche, le pape argentin fait une demande inhabituelle: «Je vous demande de prier le Seigneur afin qu’Il me bénisse». Joignant le geste à la parole, le premier pape à prendre le nom de François s’incline devant la foule des fidèles massés par centaines de milliers place Saint-Pierre et sur la via della Conciliazione. Durant une quinzaine de secondes, le silence s’invite dans cette soirée historique. Huit ans plus tôt, le pape Benoît XVI avait marqué les esprits en se présentant comme «l’humble serviteur dans la vigne du Seigneur». Son successeur en a fait de même; à sa manière.
2. Des fleurs jetées à la mer pour les migrants noyés à Lampedusa (8 juillet 2013)
Le pape François n’est installé sur le trône de Pierre que depuis quelques semaines qu’il décide, pour son premier déplacement, de se rendre sur la petite île italienne de Lampedusa afin de «pleurer les morts» de l’immigration. Face à la mer, après un long moment de recueillement, il jette une couronne de fleurs à la mémoire des milliers de personnes noyées dans la Méditerranée, une mer devenue avec la crise un «grand cimetière» – de 2014 à 2020, plus de 20'000 migrants sont morts en Méditerranée selon l’ONU.
3. Le pape se confesse publiquement (28 mars 2014)
Ce n’était visiblement pas prévu. Dans la basilique Saint-Pierre, le pape François est guidé par son cérémoniaire pour entrer dans un confessionnal et confesser des fidèles. Mais au lieu de se plier à l’exercice, le pontife argentin s’avance vers un autre confessionnal où patiente un prêtre. Durant plusieurs minutes, et pour la première fois dans l’histoire, caméras et photographes peuvent immortaliser cette scène d’un pape qui se confesse. L’objectif est clair: encourager les catholiques à retrouver le goût de ce sacrement durant lequel l’Église enseigne que Dieu pardonne tous les péchés. C’est aussi dans cette perspective que le pape lancera l’année suivante un Jubilé de la miséricorde.
4. L’accolade du pape et patriarche russe à Cuba (12 février 2016)
Près de mille ans après le grand schisme de 1054, le chef de l’Église catholique rencontre pour la première fois le patriarche orthodoxe de Moscou. Ces retrouvailles historiques qui ont lieu à l’aéroport de Cuba scellent le réchauffement des relations entre les deux Églises. Devant un grand crucifix de style byzantin, les deux hommes se donnent l’accolade en s’embrassant sur les joues. Le lent rapprochement entre les deux Églises s’interrompra brutalement avec la guerre en Ukraine. Les désaccords générés par le conflit éclatent au grand jour, le pape François demandant à Cyrille de ne pas devenir «l’enfant de chœur de Poutine».
5. Le pape ramène 12 réfugiés de Lesbos dans son avion (16 avril 2016)
«Nous sommes tous des migrants». Avril 2016, le pape François veut marquer les consciences européennes. Alors que la Méditerranée est encore le lieu de drames humains et que des milliers de réfugiés se retrouvent dans des centres que le pontife dénoncera comme étant des «camps de concentration», François se déplace en Grèce et visite un camp de réfugiés à Lesbos avec le patriarche de Constantinople Bartholomée et de Ieronymos, l’archevêque orthodoxe d’Athènes et de toute la Grèce. À son retour, il crée la surprise en faisant monter 12 migrants dans son avion, dont six enfants. Les 3 familles musulmanes viennent de Syrie.
6. Le pape François embrasse le Grand imam d’Al-Azhar (4 février 2019)
Ce n’est pas leur première accolade. Mais celle d’Abou Dhabi, le 4 février 2019, dans la Péninsule arabique, est historique. Depuis plusieurs mois déjà, le pape François et le Grand imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb préparent une déclaration sur la Fraternité humaine. 800 ans après la rencontre entre François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kamil, les deux chefs religieux se retrouvent pour signer un texte qui prône la paix et condamne les justifications de la violence commise au nom de Dieu. Un acte fort qui a lieu à la fin d’une décennie marquée notamment par les violences de Daech. En mars 2021, le pape François rencontrera en Irak la plus grande autorité spirituelle des musulmans chiites, le grand ayatollah Ali al-Sistani.
7. Le pape François à genoux pour la paix au Soudan du Sud (11 avril 2019)
Le 266e pape à genoux devant les deux responsables du Soudan du Sud, leur embrassant les pieds pour appuyer sa supplication de paix. En ce mois d’avril 2019, l’image hors du commun fait le tour du monde. Par cette action qui a surpris jusqu’à ses plus proches collaborateurs, le pape François met un coup de projecteur sur la situation tragique d’un pays qui n’a connu que la guerre depuis sa création en 2011. Dans le sillage de ce geste, le pape se rendra au Soudan du Sud en février 2023 avec l’archevêque de Canterbury et le modérateur de l’Église d’Écosse pour réitérer un appel à la paix.
8. Le pape bénit la place Saint-Pierre à l’heure du Covid-19 (27 mars 2020)
C’est une image qui restera probablement dans les livres d’histoire. Le 27 mars 2020, alors qu’une large partie du monde est confinée et que résonnent les cloches des églises de Rome, le pape François se présente seul devant une place Saint-Pierre vide et battue par la pluie. Des millions de personnes connectées à leurs écrans le regardent délivrer une bénédiction Urbi et orbi, 'à la ville et au monde’ dans une atmosphère de fin du monde. Quelques jours plus tôt, il avait confié la ville de Rome à la sainte Vierge Marie, tandis que l’Italie subissait de plein fouet les effets d’un virus inconnu et que les services d’urgence du nord de la Péninsule saturaient.
9. Le pape François se rend à l’ambassade de Russie (25 février 2022)
C’est un geste inédit que le pape réalise au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le 25 février, il décide de se rendre en personne à l’ambassade de Russie près le Saint-Siège pour s’entretenir avec l’ambassadeur russe. «C’est une décision que j’ai prise au cours d’une nuit de veille en pensant à l’Ukraine», racontera-t-il plus tard, disant son souci absolu de pouvoir faire quelque chose «pour qu’il n’y ait pas un mort de plus en Ukraine».
D’autres actions suivront tout au long de l’année. En pleine audience générale, le 6 avril, il embrasse le drapeau ukrainien qu’on venait de lui faire parvenir de la ville de Boutcha. Là-bas, des cadavres, dont certains avaient les mains liées dans le dos, venaient d’être découverts après le retrait des troupes russes.
10. L’adieu du pape François au cercueil de Benoît XVI (5 janvier 2023)
L’image est inédite puisque jamais dans l’histoire récente un pape n’avait enterré son prédécesseur. Sur la place Saint-Pierre, la messe des funérailles se termine à peine et déjà le pape François rebrousse chemin. Mais après quelques pas en direction de la basilique Saint-Pierre, il se retourne pour attendre le cercueil de Benoît XVI. Le pontife argentin le bénit dans un premier temps. Puis, il pose sa main droite sur le cercueil en bois de cyprès, et s’incline. «Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix (celle de Dieu le Père, ndlr) définitivement et pour toujours!» Telle était la prière de François pour son prédécesseur en conclusion de l’homélie qu’il avait prononcée quelques minutes plus tôt. (cath.ch/imedia/hl/ic/bh)
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Ce que le pape doit encore accomplir après 10 ans de pontificat
Après 10 ans de pontificat, le pape François a déjà opéré un certain nombre de réformes. Mais à 86 ans, le premier pape sud-américain de l’histoire doit encore conduire des chantiers stratégiques. L’agence I.MEDIA en a recensé dix.
1- Achever le Synode sur la synodalité
Le Synode sur la synodalité – que le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur général, préfère appeler “Synode sur l’avenir de l’Église” -, devrait constituer le sceau d’un pontificat réformiste durant lequel de nombreuses portes ont été ouvertes, mais avec des chantiers toujours en cours. Le principe de la coresponsabilité des laïcs dans la vie de l’Église, y compris avec une visibilité liturgique, a déjà été formalisé avec l’institution des ministères de catéchistes, lecteurs et acolytes, qui mettra encore plusieurs années à infuser dans les diocèses. À Rome, les assemblées synodales d’octobre 2023 et 2024 constitueront des étapes importantes pour mettre en application le Concile Vatican II et développer une culture de coopération plus dynamique entre clercs et laïcs. Il pourrait ensuite publier une exhortation apostolique scellant un nouveau mode d’organisation du pouvoir dans l’Église.
2- Mettre en œuvre la réforme de la Curie romaine
La mise en application concrète de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium sur l’organisation de la Curie romaine demeurera un chantier majeur pour le pape François mais aussi, selon toute vraisemblance, pour son successeur. La réécriture des statuts, du règlement et de l’organigramme de chaque dicastère pourrait prendre encore plusieurs mois, voire plusieurs années, avec une nouvelle culture du travail qui pourrait susciter quelques tensions, notamment sur le plan des contrats à durée déterminée pour les nouveaux employés. La prise de responsabilité des laïcs devrait notamment s’incarner dans la première nomination d’une femme à la tête d’un dicastère. Une hypothèse plausible serait la promotion comme préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie de l’une des deux sous-secrétaires, Gabriella Gambino ou Linda Ghisoni. Cette nomination pourrait intervenir après les JMJ de Lisbonne. Le préfet actuel, le cardinal américain Kevin Farrell, a en effet déjà dépassé le terme théorique de son mandat depuis l’automne 2022.
3- Honorer un certain nombre de voyages
Alors que le pape fête ses 10 ans de pontificat et déjà une quarantaine de voyages à son actif, des projets restent sur la table. Deux destinations sont pour l’heure confirmées: la Hongrie du 28 au 30 avril et le Portugal en août prochain, pour les Journées mondiales de la jeunesse de Lisbonne. Le pontife a lui-même dit qu’il se rendrait à Marseille – sans que ce ne soit une visite d’État en France – en septembre 2023, lors d’un voyage qui pourrait aussi inclure la Mongolie. Plusieurs pays sont en attente, tels le Liban, où un voyage était prévu en juin 2022 puis annulé au dernier moment, et l’Asie du Sud-Est (Timor oriental, Papouasie Nouvelle-Guinée et Indonésie), voyage prévu en septembre 2020 mais annulé en raison de la pandémie. Le pape a également confié qu’il pensait aller en Inde en 2024 et en Turquie en 2025 pour le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée. Et il a répondu positivement à des invitations de la Croatie et du Monténégro. À cela s’ajoutent des voyages que l’évêque de Rome aurait à cœur de faire, mais dont la réalisation s’avère difficile : l’Ukraine et la Russie, ainsi que la Corée du Nord.
4- Trouver une sortie de crise avec Moscou
13/03/2023
Le Kremlin n'exclut pas une visite du pape François en Russie
Interrogé sur une visite du pape François dans la région de Vladivostok à l’automne, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré ne pas être informé du projet et attendre une déclaration officielle du Vatican, rapporte l’agence RIA Novosti, le 13 mars 2023.
Quitte à susciter un profond agacement en Ukraine et dans certains pays directement confrontés à la menace de Moscou, comme la Pologne, le pape François a tenu à maintenir des canaux de communication avec la Russie malgré l’offensive déclenchée par Vladimir Poutine chez son voisin, où il menait déjà une guerre larvée depuis 2014. La diplomatie pontificale a maintenu des contacts avec l’État russe, et elle poursuivra ce lien, même ténu, Rome n’ayant jamais pris l’initiative d’une rupture des relations diplomatiques avec quiconque. L’autre axe de dialogue, peut-être encore plus complexe, se situe sur le plan du dialogue œcuménique avec le patriarcat de Moscou. L’alignement du patriarche Cyrille sur le Kremlin a heurté les promoteurs de ce dialogue au Vatican, mais les ponts ne sont pas coupés pour autant. Le voyage du pape en Hongrie, du 28 au 30 avril, pourrait ainsi constituer une occasion de contact discret avec l’orthodoxie russe, le métropolite Hilarion, autrefois responsable des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, étant désormais en poste dans ce pays d’Europe centrale.
5- Répondre à la voie allemande
Dans sa Lettre au peuple de Dieu en marche en Allemagne diffusée en 2019, le pape François avait encouragé le processus lancé par l’épiscopat allemand pour lutter contre la crise traversée par l’Église catholique, notamment celle des abus. S’il a épisodiquement critiqué la direction prise par le chemin synodal, il n’a jamais directement commenté les propositions très réformistes défendues en Allemagne afin de ne pas interférer, au contraire de son appareil curial qui s’est à de nombreuses reprises confronté aux évêques allemands. Avec la fin prochaine du chemin synodal, le 11 mars, le pontife va retrouver sa liberté d’action, mais nul ne sait comment il va réagir. Pourrait-il mettre un frein aux différents projets portés par le processus? Ou laisser une liberté d’action aux évêques allemands, au risque de choquer une partie conséquente du monde catholique dans le reste du monde? Ou réussira-t-il à empêcher les évêques allemands de faire aboutir les dossiers les plus polémiques? La tâche s’annonce délicate, d’autant plus qu’une intervention trop nette de sa part pourrait mettre à mal la crédibilité du Synode sur l’avenir de l’Église, actuellement en cours.
6- Conclure le procès de l’affaire de l’immeuble de Londres
14/03/2023
Immeuble de Londres: les trois «affaires» du grand procès du Vatican
L’affaire dite de «l’immeuble de Londres» a engendré un procès hors norme qui a dépassé le cap des 50 audiences le 9 mars 2023. Dix prévenus dont l’ancien substitut de la secrétairerie d’État du Vatican, le cardinal Angelo Becciu, se trouvent sur le banc des accusés. La justice vaticane tente de dém...
Grand scandale financier du pontificat, l’affaire dite «de l’immeuble de Londres» commence par l’acquisition d’un bien immobilier dans la capitale britannique par la secrétairerie d’État en 2014. Le grand procès qui en découle et qui s’est ouvert en juillet 2021 par la justice vaticane, est sans doute la plus grande épreuve affrontée par le pontife dans sa mission de normalisation et de rationalisation de l’économie du Saint-Siège. On peut dès lors considérer que ce scandale a permis au pontife de mettre progressivement en place son plan de réforme, notamment en séparant distinctement les différentes fonctions économiques et en réduisant au minimum l’autonomie financière des structures curiales, notamment celle de la secrétairerie d’État. Il a aussi supprimé beaucoup de privilèges des ‘princes de l’Église’, acceptant même qu’un cardinal – Angelo Becciu – soit envoyé devant la justice civile. Cependant, ce procès montre ses limites: le manque de moyens de l’appareil judiciaire du Vatican fait peser le risque d’un règlement insatisfaisant du procès, quelle qu’en soit l’issue. Conclure cette affaire judiciaire serait assurément ôter au prochain pape une épine de son pied.
7- Sortir du casse-tête chinois
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Mgr Gallagher: l'accord Chine-Vatican n'est pas «le meilleur possible»
Mgr Paul Richard Gallagher, le ministre des Affaires étrangères du Vatican a déclaré que l'accord entre le Vatican et la Chine n'était pas "le meilleur accord possible" et que des négociations étaient en cours pour le rendre "plus efficace", rapporte Catholic news Agency (CNA) le 15 mars 2023.
C’est l’un des dossiers les plus controversés de ce pontificat. L’accord secret tissé en 2018 avec le gouvernement chinois à propos des nominations des évêques fait l’objet de très nombreuses critiques, à Rome et au sein de la communauté catholique chinoise. Pour beaucoup, cette entente est une trahison pour l’Église clandestine chinoise – les catholiques qui refusent d’obéir à l’association catholique créée par le Parti communiste. Le pari de la diplomatie du Saint-Siège sous François est mis à rude épreuve et le Vatican reconnaît lui-même des difficultés. Seules six nominations d’évêques ont pu aboutir depuis 2018. Et des divergences ont éclaté publiquement en novembre dernier, le Saint-Siège exprimant pour la première fois sa surprise et son regret suite à l’installation d’un évêque non reconnu par Rome. Malgré la volonté personnelle du pape de garder les canaux ouverts, il s’avère compliqué pour la diplomatie vaticane de contourner la stratégie de sinisation opérée par le président chinois Xi Jinping et son refus des ingérences étrangères.
8- Trancher le dossier épineux du diaconat féminin
Parmi les chantiers ouverts, figure celui de la nouvelle commission d’étude sur le diaconat féminin lancée le 8 avril 2020. Composée de 10 membres, dont cinq femmes – parmi lesquelles la théologienne française Anne-Marie Pelletier –, cette commission a été constituée après l’échec d’un premier groupe d’étude lancé par le pontife en 2016 sur la question – à la demande de l’Union internationale des supérieures générales (UISG). Le résultat “n’est pas extraordinaire”, avait estimé le pape en 2019, relevant qu’il n’y avait pas d’unanimité entre les membres du groupe. D’après une source proche du dossier, le pape François serait en possession des travaux réalisés par la seconde commission. Reste à savoir quelle suite il décidera de leur donner, et quand.
9- Appliquer la réforme du diocèse de Rome
Au lendemain de l’enterrement de Benoît XVI, le 6 janvier dernier, une nouvelle constitution pour le diocèse de Rome est tombée sans préavis. Le pape y réforme en profondeur l’organisation de son diocèse pour le rendre plus missionnaire et synodal. Renforçant considérablement son rôle dans la direction du diocèse – autrefois déléguée largement au cardinal vicaire de Rome -, le pape devrait même s’impliquer désormais jusque dans le choix des curés de la Ville éternelle. Le pontife institue par ailleurs deux organismes pour lutter contre les abus sur mineurs et renforcer la transparence financière. Pour certains observateurs, le pape entend avec cette constitution faire de Rome un diocèse modèle pour les autres évêques. Mais à l’instar de sa constitution réformant la Curie, cette nouvelle gouvernance pourrait mettre du temps à s’imposer.
10- Préparer le grand Jubilé de 2025
Dans deux ans, Rome célébrera un grand événement orchestré quatre fois par siècle: le Jubilé de 2025, annoncé par le pape François en février 2020 et qui aura pour thème “Pèlerins d’espérance”. La Ville éternelle doit voir affluer des millions de catholiques du monde entier, qui franchiront la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre de Rome en vue d’une indulgence extraordinaire – c’est-à-dire des remises des peines de leurs péchés. Les préparatifs de cette année particulière ont déjà commencé, coordonnés par le dicastère pour l’Évangélisation. Il s’agirait du deuxième jubilé du pontificat de François, après celui de l’Année de la Miséricorde en 2016, qui avait été déployé dans l’ensemble des diocèses du monde. (cath.ch/imedia/bh)
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