Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    Couples de même sexe

    Bénédiction des homosexuels: les cardinaux exposent leurs divergences

    Roma locuta causa finita (Rome a parlé, le débat est clos). L’adage de saint Augustin semble aujourd’hui bien révolu. Les contestations des cardinaux et des évêques après la publication de Fiducia Supplicans ouvrant la porte à la bénédiction des couples homosexuels démontrent un réel changement dans...

    Contenu du dossier
    Couples de même sexe
    Actualités

    Bénédiction des homosexuels: les cardinaux exposent leurs divergences (1/2)

    Les milieux catholiques LGBTQ américains ont reçu positivement l'autorisation par Rome de la bénédiction des couples homosexuels
    Actualités

    Bénédiction des homosexuels: les cardinaux exposent leurs divergences (2/2)

    no_image
    Couples de même sexe © © 2012 Danilo Urbina, Flickr, CC BY-NC-ND 2.0

    Bénédiction des homosexuels: les cardinaux exposent leurs divergences (1/2)

    Roma locuta causa finita (Rome a parlé, le débat est clos). L’adage de saint Augustin semble aujourd’hui bien révolu. Les contestations des cardinaux et des évêques après la publication de Fiducia Supplicans ouvrant la porte à la bénédiction des couples homosexuels démontrent un réel changement dans le gouvernement de l’Eglise. Un premier effet (inattendu?) de la synodalité voulue par le pape François?

    Maurice Page avec I.MEDIA

    En fait de synodalité, c’est plutôt une impression de cacophonie qui a suivi la publication, le 18 décembre 2023, de la déclaration Fiducia supplicans. Publié par le dicastère pour la Doctrine de la foi et approuvé par le pape François, le texte ouvre la voie aux bénédictions non liturgiques aux couples en situation jugée irrégulière par l’Église, comme les couples homosexuels ou les divorcés-remariés et les concubins.

    La proposition s’est vue opposer un refus massif notamment de la majorité des évêques africains. Nombre de cardinaux, probablement fâchés de ne pas avoir été consultés, ont eux aussi pris leurs distances avec Rome. Si cette levée de boucliers révèle les vives tensions qui traversent le catholicisme au sujet de la morale sexuelle, elle démontre aussi probablement un changement de paradigme dans le gouvernement de l’Eglise. Rome et le pape n’ont plus forcément le dernier mot.

    Même le fidèle numéro 2 du Saint-Siège, le secrétaire d’Etat Pietro Parolin a laissé transparaître quelques réticences, au-delà des termes très diplomatiques. Commentant à la mi-janvier la déclaration, il a confié que le document avait ‘touché un point très délicat, très sensible’ expliquant que des ‘approfondissements’ seraient nécessaires.

    "Fiducia supplicans peut admettre différentes modalités d’application, mais pas une négation totale ou définitive."

    Cardinal Víctor Manuel Fernández

    Le cardinal Víctor Manuel Fernández, nouveau préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, a évidemment défendu vigoureusement ‘son’ texte. Il a assuré dans de nombreuses interviews à la presse internationale que le document garantit la pérennité de l’enseignement de l’Église sur le mariage catholique, entre un homme et une femme. Fiducia supplicans ne change pas la doctrine, a-t-il martelé. Il a confié avoir reçu des menaces. Il a concédé finalement que la mise en œuvre du texte peut "admettre différentes modalités d’application" en fonction du contexte local, "mais pas une négation totale ou définitive".

    Son principal contradicteur n’est autre que l’un des ses prédécesseurs, le cardinal allemand Gerhard Müller, à la tête du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF)de 2012 à 2017. Le prélat a violemment critiqué le document et averti les prêtres d’un risque de "blasphème". Pour lui, l’enseignement de Fiducia supplicans est "contradictoire" et n’exprime pas simplement "une évolution" de la doctrine mais "un saut doctrinal", qui s’oppose à la dernière déclaration du même DDF établie en 2021, et qui interdisait formellement de bénir des couples de même sexe.

    Le cardinal suisse Kurt Koch n’a pas exprimé d’avis personnel sur la déclaration mais a confié les réactions qu’elle avait provoquées chez d’autres confessions chrétiennes. "J’ai reçu une longue lettre de toutes les Églises orthodoxes orientales. Ils veulent avoir des explications et des éclaircissements sur ce document", a déclaré le préfet du dicastère pour l’Unité des chrétiens.

    Le cardinal Mario Grech – qui, comme secrétaire général du Synode sur l’avenir de l’Église, devient l’une des grandes voix dans l’Église – a plaidé à plusieurs reprises pour que la question de la bénédiction des couples de même sexe ne se limite pas aux préoccupations doctrinales, mais prenne également en compte l’aspect pastoral.

    "Nous ne pouvons pas être le promoteur d’une déviation sexuelle. Qu’ils le fassent chez eux, mais pas chez nous".

    Cardinal Fridolin Ambongo 

    Pas de bénédiction des homosexuels en Afrique

    En tant que président du Sceam, qui regroupe les conférences épiscopales d’Afrique, le cardinal Fridolin Ambongo a répondu au nom de l’Afrique en expliquant qu’il n’y aurait pas de bénédiction pour les couples homosexuels sur le continent. L’archevêque de Kinshasa, membre du conseil des cardinaux, et donc proche du pape, a convaincu ce dernier de ne pas faire appliquer le texte en Afrique, faisant valoir le risque de "confusion" et de "contradiction directe" avec la culture des communautés locales. Le cardinal s’en est pris durement à un Occident "en perte de vitesse en termes de valeur". "Nous ne pouvons pas être le promoteur d’une déviation sexuelle. Qu’ils le fassent chez eux, mais pas chez nous".

    En tant que président de la conférence des évêques d’Afrique du Nord, l’archevêque de Rabat, Cristobal Lopez, lui a fait une réponse plus nuancée."Quand des personnes en situation irrégulière viennent ensemble demander une bénédiction, on pourra la donner à condition que cela n’entraîne pas de confusion". Mettant en avant "le risque de positions tranchées et d’instrumentalisation susceptibles de mettre en péril l’unité de l’Église", il a estimé que la question des bénédictions "mériterait d’être réexaminée de manière apaisée dans le cadre de la dynamique synodale en cours dans l’Église universelle".

    "La prière ne peut jamais être détournée pour devenir une légitimation du péché."

    Cardinal Robert Sarah

    Le ton est a peu près semblable pour le cardinal Stephen Brislin, archevêque du Cap, en Afrique du Sud, soulignant que la bénédiction ne devait pas être "un rituel émis" par l’évêque ou d’autres autorités, mais que c’était au "pasteur" de décider.

    Autre cardinal africain influent, Robert Sarah, fait partie, sans grande surprise, des plus critiques. Le préfet émérite de la congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements a dénoncé Fiducia Supplicans en soulignant que "le manque de clarté et de vérité et la division ont troublé et assombri la fête de Noël cette année". Allant jusqu’à parler “d’hérésie" il a martelé que la prière "ne peut jamais être détournée pour devenir une légitimation du péché".

    (à suivre...)

    Articles les plus lus

    no_image
    Les milieux catholiques LGBTQ américains ont reçu positivement l'autorisation par Rome de la bénédiction des couples homosexuels © photo d'illustration © Ted Eytan/Flickr/CC BY-SA 2.0

    Bénédiction des homosexuels: les cardinaux exposent leurs divergences (2/2)

    Roma locuta causa finita (Rome a parlé, le débat est clos). L’adage de saint Augustin semble aujourd’hui bien révolu. Les contestations des cardinaux et des évêques après la publication de Fiducia Supplicans ouvrant la porte à la bénédiction des couples homosexuels démontrent un réel changement dans le gouvernement de l’Eglise. Un premier effet (inattendu?) de la synodalité voulue par le pape François?

    Maurice Page avec I.MEDIA

    L’Europe soutient modérément le pape François

    Les cardinaux européens se sont eux prudemment alignés derrière le pape et le cardinal Fernandez. Mais le soutien n’est pas inconditionnel ni massif.

    Le cardinal Matteo Zuppi, président de la Conférence épiscopale italienne a expliqué que ce document "s’inscrit dans l’horizon de la miséricorde, du regard aimant de l’Église sur tous les enfants de Dieu, sans toutefois déroger aux enseignements du magistère". Gardant une approche prudente, il a aussi mis en garde contre des "malentendus" possibles.

    Ton aussi assez prudent pour le cardinal Jean-Marc Aveline. Membre du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, l’archevêque de Marseille a signé aux côtés de neuf autres évêques français un communiqué invitant les "pasteurs à bénir généreusement les personnes qui s’adressent à eux en demandant humblement l’aide de Dieu", mais ne mentionnant pas la bénédiction pour les couples homosexuels, comme le fait le texte romain.

    "Si la demande de bénédiction n’est pas un spectacle, si elle est honnête, alors elle ne doit pas leur être refusée."

    Cardinal Christoph Schönborn

    Le nouveau cardinal corse François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio, a jugé "dommage" le fait de réagir à ce texte de Rome avec la logique du monde, "un peu comme sur Facebook : ‘j’aime’, ‘j’aime pas’". “Dans la tradition de l’Église, on propose toujours des solutions bienveillantes à des situations douloureuses et difficiles", a-t-il expliqué.

    Prudence encore pour le cardinal Christoph Schönborn. L’archevêque de Vienne ne s’est pas  exprimé publiquement après Fiducia supplicans. En 2021 déjà, il avait relevé que "si la demande de bénédiction n’est pas un spectacle, […] un rituel extérieur, si la demande de bénédiction est honnête, si c’est une demande de bénédiction du chemin que deux personnes essaient de suivre, alors elle ne doit pas leur être refusée."

    Son voisin hongrois, le cardinal Peter Erdö a estimé avec les évêques de Hongrie que, "compte tenu de la situation pastorale" du pays, les prêtres peuvent bénir "individuellement" toutes personnes mais doivent "toujours éviter la bénédiction commune pour les couples qui vivent ensemble".

    Une coutume d’Amérique latine

    Le cardinal Juan José Omella, archevêque de Barcelone et président de la Conférence des évêques d’Espagne, a reconnu qu’il s’agissait d’un "changement de mentalité pour l’Europe, parce qu’il est difficile pour nous de comprendre cette façon, qui ne se faisait pas auparavant, de demander des choses à Dieu". "Il s’agit d’une bénédiction spontanée qui se pratique en Amérique latine et qui a atteint l’Europe grâce aux immigrants. Si nous la comprenons ainsi, nous comprendrons Fiducia supplicans."

    Le jeune cardinal archevêque de Madrid, José Cobo Cano, a regretté les commentaires hostiles de certains curés de son diocèse sur les réseaux sociaux, et il leur a demandé de renoncer à toute prise de parole publique qui manifesterait une opposition frontale au pape François.

    "Si nous nous en tenons à l’étymologie de 'dire du bien', pensez-vous que Dieu puisse jamais 'dire du mal' à propos de deux personnes qui s’aiment ?"

    Cardinal Jean-Claude Hollerich

    Le cardinal Hollerich en pointe pour la reconnaissance des homosexuels

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg et rapporteur du Synode sur l’Avenir de l’Église, n’est pas revenu spécifiquement sur Fiducia supplicans, mais ses opinions sont connues. En 2022, il avait ainsi défendu l’initiative de bénédictions de couples homosexuels des évêques flamands de Belgique. "Si nous nous en tenons à l’étymologie de ‘bene-dire’ [‘dire du bien’], pensez-vous que Dieu puisse jamais ‘dire-mal’ [dire du mal] à propos de deux personnes qui s’aiment ?", avait-il lancé. Le cardinal avait précisé qu’il n’envisageait pas "un mariage sacramentel entre personnes du même sexe". "Mais cela ne signifie pas que leur relation affective n’a pas de valeur", avait-il ajouté. Le rapporteur du Synode sur l’avenir de l’Église a aussi qualifié d’"erronée" la conception des relations homosexuelles comme un péché, et il a souhaité une révision du catéchisme de l’Église catholique à ce sujet.

    Pour le cardinal allemand de sensibilité progressiste Reinhard Marx, le Vatican ne va pas assez loin. Prenant Fiducia supplicans sous l’angle des couples divorcés-remariés, l’archevêque de Munich à qualifié de "contradiction" le fait que soit autorisée la bénédiction des "couples en situation irrégulière" mais pas leur union.

    "Les mots choisis doivent montrer clairement qu’il ne s’agit pas d’une bénédiction ou d’une confirmation d’une relation irrégulière."

    Cardinal Wim Eijk

    Connu pour son opposition aux orientations progressistes du chemin synodal allemand, le cardinal archevêque de Cologne Rainer Woelki, s’est montré nuancé invitant à façonner la pastorale "en unité avec l’Église universelle". Cette réaction peut nourrir l’interprétation selon laquelle la publication de Fiducia Supplicans serait en réalité un contre-feu face aux demandes du chemin synodal allemand portant sur une reconnaissance de l’union homosexuelle en tant que telle.

    Sous l’impulsion du cardinal Wim Eijk, archevêque d’Utrecht et primat des Pays-Bas, la conférence épiscopale néerlandaise a pris une distance critiques avec la déclaration. Les évêques expliquent qu’il est certes "possible de dire une prière à propos de croyants individuels qui vivent dans une relation irrégulière", mais que les mots choisis doivent montrer clairement qu’il ne s’agit pas d’une "bénédiction ou d’une confirmation d’une relation irrégulière".

    Les Américains suivent le pape François

    Membre du Conseil des cardinaux, le capucin Sean O’Malley, archevêque de Boston, a remercié le pape François pour "son amour et son soin de toutes les personnes dans le troupeau". "Nous rappelons que le Saint-Père n’a pas approuvé le mariage homosexuel, mais qu’il a reconnu que tous les catholiques, y compris ceux dont les unions ne sont pas reconnues par l’Église, ont également besoin de la grâce et de l’amour de Dieu".

    "C’est un thème controversé qui est en train de créer des divisions à l’intérieur de l’Église."

    Cardinal Daniel Fernando Sturla

    Le cardinal Daniel Fernando Sturla, archevêque de Montevideo, en Uruguay, se place à l’inverse en opposant à cette déclaration doctrinale dont il a jugé la publication inopportune à moins d’une semaine de Noël. "C’est un thème controversé qui est en train de créer des divisions à l’intérieur de l’Église", a-t-il, regretté.

    Connu comme l’un des défenseurs les plus actifs des orientations pastorales du pape François, le cardinal Óscar Rodríguez Maradiaga, archevêque émérite de Tegucigalpa, a assuré que Fiducia Supplicans n’était "pas hérétique" mais offrait une "contribution innovante" sur la pratique des bénédictions, qui peuvent ainsi exprimer "la proximité de l’Église" avec des personnes placées dans des situations difficiles.

    Au Brésil, le cardinal Odilo Scherer, archevêque de São Paulo a dénoncé les interprétations fautives: “ Soyons honnêtes intellectuellement. Il y a ceux qui lisent et ne comprennent pas. Et il y a ceux qui lisent et veulent comprendre autre chose…".

    "Attribuer une bonté intrinsèque à ce qui est un péché grave est une hérésie."

    Cardinal Joseph Zen

    Asie: des avis contrastés

    Du côté de l’Asie, le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Mumbai et membre du Conseil des cardinaux, a souligné qu’en Inde, Fiducia supplicans était "un fait naturel", car les bénédictions font partie de la spiritualité populaire, marquée par "l’inclusion", regrettant que la déclaration du DDF soit "mal comprise". "Jésus n’a refusé aucune bénédiction", a-t-il insisté.

    Enfin, sans prendre de gants, l’ancien évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, a estimé que le cardinal Fernández avait attribué une "bonté intrinsèque" à ce qui est "un péché grave" et commettait ainsi une "hérésie". Il est même aller jusqu’à suggérer que le préfet devait "démissionner ou être licencié".

    Alors que jusqu’à présent les cardinaux était surtout présents pour donner leur quitus au pape, un vent de liberté, certains diront de fronde, semble désormais souffler sur le collège, comme un premier fruit de la synodalité voulue par le pape François. D’aucuns le jugeront amer.  (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus