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  • DOSSIERS

    Fête de Noël à Mossoul, au nord de l'Irak, en 2005

    Chrétiens d'Irak, une histoire entre grandeur et douleur

    Lors de son voyage en Irak, du 5 au 8 mars 2021, le pape François encouragera les chrétiens du pays. Une visite certainement salutaire pour cette communauté aux racines bimillénaires, aujourd'hui plus que jamais menacée.

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    Fête de Noël à Mossoul, au nord de l'Irak, en 2005
    Actualités

    Chrétiens d'Irak, une histoire entre grandeur et douleur (1/3)

    Partout dans les villages chrétiens de la Plaine de Ninive, en Irak, les terroristes de Daech ont mutilé les images du Christ
    Actualités

    Chrétiens d'Irak, une histoire entre grandeur et douleur (2/3)

    L'Eglise chaldéenne est celle qui compte le plus grand nombre de membres en Irak
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    Les chrétiens d'Irak: étapes d'une mosaïque (3/3)

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    Fête de Noël à Mossoul, au nord de l'Irak, en 2005 © KEYSTONE/AP Photo/Mohammed Ibrahim

    Chrétiens d'Irak, une histoire entre grandeur et douleur (1/3)

    Lors de son voyage en Irak, du 5 au 8 mars 2021, le pape François encouragera les chrétiens du pays. Une visite certainement salutaire pour cette communauté aux racines bimillénaires, aujourd'hui plus que jamais menacée. Une histoire en même temps riche et tragique que cath.ch retrace en deux épisodes.

    Thomas contemple la cité de Ninive, fumante, sous le soleil de plomb de la Mésopotamie. Au devant, s'écoulent les eaux bleues du Tigre.

    L'apôtre est parti apporter à ces populations rétives et fières d'Assyrie la lumière du Christ. Il a vaincu le doute qui le taraudait quatre ans auparavant, lorsqu'il refusait que Jésus de Nazareth ait pu vaincre la mort. Fort de sa conviction, il rallie une partie de la population juive de la région à la foi chrétienne et crée quelques églises sur cette terre qui s'appellera un jour l'Irak.

    Hanging_Gardens_of_Babylon
    Hanging_Gardens_of_Babylon

    C'est ainsi, dit-on, que le christianisme s'est implanté entre le Tigre et l'Euphrate. Cette tradition veut que deux autres disciples, Thaddée (Addaï pour les Syriaques) et Mari, aient participé à l'évangélisation de la terre du prophète Abraham.

    Première persécution

    Histoire vraie ou légende, les graines de foi semées étaient apparemment solides, car l'Eglise apostolique dite "de Perse" ne cesse, au fil des siècles, de grandir. Son dynamisme est tel qu'elle commence à inquiéter les puissants. En premier lieu l'empereur de Perse Chapour II (309-379), qui règne sur la Mésopotamie.

    Icône de saint Thomas apôtre
    Icône de saint Thomas apôtre @ DR

    Le conquérant n'était pourtant initialement pas hostile aux chrétiens installés dans son empire, menés par Mar Shimun Bar Sabbae, le catholicos de Séleucie-Ctésiphon. Mais les prêtres du zoroastrisme, alors religion officielle de l'Empire, voient d'un mauvais œil la concurrence chrétienne. Et la conversion de l'empereur romain Constantin Ier à cette nouvelle religion, au début du 4e siècle, fait des chrétiens des "agents" de l'étranger.

    La guerre entre Rome et l'Empire perse, dès 337, transforme cette méfiance en hostilité. Chapour II fait exécuter le catholicos en 341. Débute alors le "cycle des martyrs" pendant lequel les chrétiens seront massacrés par milliers.

    Une première persécution qui en inaugure bien d'autres pour les "enfants de Thomas", dont le martyre sera une sorte de fil rouge.

    Zèle missionnaire

    Le christianisme survit néanmoins dans l'Empire perse, alors que les Eglises locales, dans les premiers siècles, sont toujours rattachées à celle d'Antioche (Antakya, dans l'actuelle Turquie) et à Rome.

    Une union qui ne dure toutefois pas. Au 5e siècle, l'Eglise de Perse n'accepte pas les conciles successifs d'Ephèse et de Chalcédoine. Elle se détache d'Antioche et de Rome, devenant l'Eglise assyrienne d'Orient.

    Cet épisode est le premier d'une longue liste de séparations et de ralliements à la papauté. Ces mouvements "oscillatoires" formeront la mosaïque actuelle du christianisme en Irak, qui ne compte pas moins de douze Eglises.

    Le Christ entrant à Jérusalem, enluminure de manuscrit syriaque, vers 1220
    Le Christ entrant à Jérusalem, enluminure de manuscrit syriaque, vers 1220 @ KEYSTONE/THE GRANGER COLLECTION

    Suite aux conciles du 5e siècle, l'Eglise assyrienne d'orient, considérée comme schismatique et hérétique par Rome, se retrouve épuisée par des luttes intestines complexes et passionnelles. Elle subit une suite d’oppressions et de persécutions qui "ne seront que le premier mouvement du douloureux requiem du christianisme en Orient", écrit la journaliste et spécialiste du Moyen-Orient Marine de Tilly.

    Divisée et privée du soutien romain, certes, mais loin d'être à genoux, l'Eglise assyrienne d'Orient fait preuve d'un zèle missionnaire impressionnant. Il est connu qu'au Moyen Age, ni Rome, ni Byzance ne peuvent rivaliser avec elle dans ce domaine. Un temps, cette Eglise apostolique s’étend de l’Irak actuel aux rives de la Méditerranée, et jusqu’en Chine.

    Un travail d'évangélisation qu'elle réalise en dépit des multiples persécutions auxquelles elle doit faire face.

    Floraison médiévale

    Au 7e siècle, l'oppression zoroastrienne cède la place au joug de l'islam. Les Arabes, peuple de la Péninsule arabique récemment converti à cette religion, déferlent sur la Mésopotamie et la Syrie.

    Les Arabes ont envahi la Mésopostamie au 7e siècle
    Les Arabes ont envahi la Mésopostamie au 7e siècle @ DR

    Nouveaux et puissants maîtres, ils reconnaissent d’abord les juifs et les chrétiens comme «gens du Livre». Mais, irrésistiblement, les langues de ces derniers – le copte, le grec et le syriaque – se dissolvent dans l’arabe. L’Ancien et le Nouveau Testaments sont traduits, et on assiste à la naissance du christianisme de langue arabe.

    Pendant les siècles suivants la conquête musulmane, la population de la région reste cependant majoritairement chrétienne. Et les Eglises orientales connaîtront un essor artistique et culturel très important. Dès le 8e siècle, les fresques, icônes et manuscrits enluminés viennent enrichir le patrimoine des chrétiens de Mésopotamie. Dans cette époque médiévale, de beaux monastères comme Mar Benhām, Mar Matta ou Mar Rabban Hormizd, voient également le jour.

    Grandes invasions

    Avec les Croisades, entre le 10e et le 13e siècle, les chrétiens d'Orient sont à nouveau suspectés de connivence avec l'ennemi et opprimés.

    Les Croisés devant Jérusalem
    Les Croisés devant Jérusalem @ DR

    La démographie change en fait à partir du 13e siècle, où la population et la culture islamiques deviennent dominantes.

    Les invasions mamelouk et mongole font que le Moyen-Age est une période finalement très douloureuse pour les chrétiens de langue et de culture syriaques. La fin du 14ème siècle et le début du 15ème sont particulièrement dramatiques pour les fidèles de l’Eglise assyrienne d’Orient dans presque toute l’Asie. Pour le nouveau maître du continent, le conquérant mongol Tamerlan, l’islam est la seule religion acceptée: les chrétiens sont persécutés, les églises et les monastères dévastés. L’infrastructure de l’Eglise assyrienne d'Orient est presque entièrement détruite.

    Retour à Rome

    Suite à l'échec des Croisades, l'Occident change de stratégie. Il n'envisage plus de vaincre les Sarrasins ou de les convertir, mais cherche à faire revenir les chrétiens d'Orient dans le giron de Rome. Dès la fin du 12 siècle, plusieurs congrégations religieuses catholiques envoient leurs missionnaires en Orient afin de convertir les Syriaques au catholicisme. Un mouvement qui se poursuivra dans les siècles suivants. Il provoquera effectivement le ralliement à Rome d'Eglises schismatiques d'Orient, qui désireront pour beaucoup garder leurs rites et coutumes ancestraux.

    Oppression ottomane

    Au 16e siècle, les Turcs ottomans deviennent maîtres de la Mésopotamie. Certes protégés, tout en étant soumis, dans leur statut de 'dhimmis', les chrétiens sont libres de pratiquer leur religion. Ils sont cependant considérés comme des citoyens de seconde zone et doivent s'acquitter d'un impôt particulier.

    Le génocide assyro-chaldéen a fait plus de 250000 morts
    Le génocide assyro-chaldéen a fait plus de 250000 morts @ DR

    Dans les siècles qui suivent, les chrétiens de l'Empire vivent dans une relative paix et connaissent une croissance démographique importante. En 1900, un habitant sur quatre de la 'Sublime Porte' (l'Empire ottoman) est chrétien.

    Mais les chrétiens assyriens, syriaques et arméniens sont encore une fois considérés comme une "cinquième colonne" par la politique ottomane, au tournant des 19e et 20e siècles. En octobre 1895, les massacres de masse des Assyriens, des Syriaques et des Arméniens débutent à Diyarbakir, dans le Kurdistan turc actuel, et se répandent dans tout l'Empire.

    L'ère des génocides

    Entre 1914 et 1920, la population chrétienne du nord de la Mésopotamie est déplacée de force et massacrée par les troupes ottomanes. Le génocide des Assyro-Chaldéens, également connu sous le nom de "Seyfo" (épée, en syriaque), fait plus de 250'000 morts. Le génocide des Arméniens, en 1915-1917, provoque l'arrivée de réfugiés chrétiens de cette confession dans le nord de la Mésopotamie.

    En 1920, l'Empire ottoman est démantelé et l'Irak devient un territoire du Mandat britannique. Beaucoup espèrent alors que, sous cette nouvelle entité, le sort des chrétiens va durablement s'améliorer. L'histoire ne leur donnera pas raison. (cath.ch/arch/rz)

    Retrouvez la seconde partie de cet article sur notre site, le 2 mars!

    Les chrétiens d’Irak à la veille de la visite du pape François
    Dans le cadre des conférences de carême de l’Unité pastorale Sainte-Trinité (paroisses de Belfaux, Grolley et Courtion), Jacques Berset, ancien journaliste à cath.ch et spécialiste du Moyen-Orient, va parler de la difficile situation des chrétiens d’Irak – des chrétiens présents en Mésopotamie dès les premiers siècles de notre ère – à la veille de la visite historique du pape François dans ce pays martyrisé. Elle a lieu le mardi 2 mars 2021 à 20h sur Zoom

    Marche à suivre : connectez-vous su le site de l’UP Sainte-Trinité dès 19h45 www.upsaintetrinite.ch. Ensuite : cliquez sur le lien https://zoom.us/j/96677101796, puis cliquez sur «lancer la réunion», choisissez ensuite "télécharger maintenant» (installation de l’application) ou «rejoignez depuis votre navigateur» (participation à la conférence sans installation de l’application), puis inscrivez votre prénom ou pseudonyme, cliquez ensuite sur «rejoindre» et attendez un instant que le responsable vous donne l’accès à la conférence. RZ

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    Partout dans les villages chrétiens de la Plaine de Ninive, en Irak, les terroristes de Daech ont mutilé les images du Christ © Jacques Berset

    Chrétiens d'Irak, une histoire entre grandeur et douleur (2/3)

    Les chrétiens d'Irak, que le pape va rencontrer début mars 2021, sont les héritiers d'une histoire bimillénaire. Un chemin marqué autant par une floraison spirituelle et culturelle que par de multiples persécutions. A cet égard, l'époque moderne, malgré ses promesses de civilisation, sera toute aussi cruelle que les siècles précédents.

    Les chrétiens d'Irak se retrouvent dans un Etat indépendant dès 1932, alors que le Mandat britannique s'achève. La monarchie hachémite qui règne sur le pays jusqu'en 1958 leur témoigne une franche hostilité. Notamment parce qu'elle les pense de mèche avec l'ancienne puissance coloniale.

    Dans le massacre de Simelé, au nord-est de l'Irak, en août 1933, plus de 3'000 villageois assyriens et chaldéens sont exécutés par les forces gouvernementales et des Kurdes. A cette époque, la population arabe sunnite se renforce au bénéfice d'un régime préférentiel bâti aux dépens des autres groupes ethniques et religieux.

    Un char irakien détruit lors de la Guerre du Golfe
    Un char irakien détruit lors de la Guerre du Golfe @ Piqsels

    En 1968, beaucoup espèrent que l'arrivée au pouvoir du parti Baas de Saddam Hussein va changer la donne pour les chrétiens d'Irak.

    S'amorce effectivement une période de relative tranquillité et prospérité pour cette minorité. L'islam est religion d'Etat, mais la liberté religieuse est la règle. Le parcours de Tarek Aziz reflète cette intégration réussie. Le chrétien assyrien de Mossoul devient ministre des Affaires étrangères de l’Irak en 1983, et vice Premier ministre en 1991.

    Le tournant de l'invasion américaine

    La Guerre du Golfe (1991) ne provoque pas, comme l'espère la coalition internationale, la chute de Saddam Hussein. Ce dernier, pour rassembler le peuple derrière lui, fait de plus en plus appel à une rhétorique islamiste. En comparant notamment les Occidentaux à des "nouveaux croisés", il suscite un processus de stigmatisation des chrétiens du pays.

    Le règne de Saddam Hussein a pris fin en 2003
    Le règne de Saddam Hussein a pris fin en 2003 @ domaine public

    En 2003, les Américains mettent fin au règne de Saddam. C'est un tournant paradoxalement dramatique dans l'histoire des communautés chrétiennes du pays. "L’ironie de l’histoire veut en effet que ce soit ces groupes qu’on suspectait autrefois d’entente avec les Occidentaux qui aient compté parmi les grands perdants de la chute du régime de Saddam Hussein", souligne Nicolas Hautemanière, spécialiste des interactions entre monde musulman et chrétien.

    Terrorisme chronique

    Au sud du pays, autour de Bassorah, les affrontements entre les chiites et les forces gouvernementales soutenues par les Américains conduisent les chrétiens à quitter la région. Dans les grandes villes du pays, une vague d’attentats sans précédent vise leurs lieux de culte. De 2004 à 2008, 30 attaques sont perpétrées contre les principales Eglises d’Irak.

    Celle du 26 janvier 2006 marque particulièrement les esprits: quatre explosions ont lieu simultanément à Bagdad, Bassorah, Mossoul et Kirkouk. Le climat généralisé d'insécurité mène encore davantage les chrétiens d’Irak à un exode qui a commencé il y a plusieurs décennies.

    Le terrorisme antichrétien devient chronique dans le pays. De nouveaux attentats surviennent en 2008, puis en 2010. Le 31 octobre 2010, un commando djihadiste tue notamment plus de 50 personnes dans la cathédrale Notre-Dame de-l'Intercession de Bagdad.

    En même temps, les chrétiens commencent à être marginalisés politiquement. Le signe le plus clair en est «l’islamisation constitutionnelle» qui marque la transition politique de 2003-2005. Tout en reconnaissant la liberté des minorités religieuses, la Constitution irakienne fait de l’islam la «source principale du droit».

    Présence chrétienne menacée

    Pour Nicolas Hautemanière, c’est à l’aune de ce double processus de recrudescence des violences interreligieuses et de marginalisation politique des chrétiens qu’il faut comprendre les actes perpétrés par l’Etat islamique (EI) durant l’été 2014. Les djihadistes s'emparent alors des principales terres d'Irak où résident des chrétiens. L'organisation terroriste a été créée et est dirigée par d'anciens résistants à l'occupation américaine, dont certains ex-officiers de Saddam Hussein.

    Traces de l'occupation par Daech des villages chrétiens de la Plaine de Ninive
    Traces de l'occupation par Daech des villages chrétiens de la Plaine de Ninive @ Jacques Berset

    Dans les territoires sous drapeau noir, les chrétiens doivent souvent choisir entre l'exil et la mort. Avant d'être chassé en 2016-2017, Daech vandalise, profane, incendie ou détruit la plupart des lieux de culte chrétiens sous son contrôle.

    Un exode qui continue

    Depuis, les chrétiens sont partiellement revenus, mais de nombreux ont aussi choisi la voie de l'exil. Il restait, en 2020, 400'000 chrétiens en Irak, alors qu'ils étaient encore 1,5 million en 2003.

    La préservation de la présence chrétienne sera sans nul doute un message central du voyage du pape. Il invitera probablement les chrétiens d'Irak à se pencher sur leur histoire, aussi prestigieuse que douloureuse. En se souvenant notamment, comme le souligne l'historien français Gérard-François Dumont, qu'ils sont "redevables d’une sorte de 'droit du sol'".

    Le pontife soulignera aussi certainement la résilience extraordinaire dont les chrétiens d'Irak, d'hier et d'aujourd'hui, ont fait preuve. Il rappellera peut-être finalement que, Thomas, l'évangélisateur supposé de la Mésopotamie, est le patron des croyants qui persévèrent dans la foi, à travers les affres du doute. (cath.ch/arch/rz)

    Retrouvez la troisième et dernière partie de cet article sur notre site, le 3 mars!

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    L'Eglise chaldéenne est celle qui compte le plus grand nombre de membres en Irak © Ameer Al Mohammedaw/dpa (KEYSTONE/DPA/Ameer Al Mohammedaw)

    Les chrétiens d'Irak: étapes d'une mosaïque (3/3)

    Il existe actuellement en Irak douze dénominations chrétiennes. Elles sont le fruit d'une histoire mouvementée, marquée notamment par une suite de séparations et de retours vers Rome. Vue d'ensemble des épisodes historiques qui ont construit cette mosaïque.

    A la fin du 4e siècle, le christianisme est devenu la religion officielle de l'Empire romain, qui règne sur une bonne partie du monde connu. Rome est le centre de la chrétienté, et même si elles ne sont pas d'accord sur tout, les Eglises d'Occident et d'Orient marchent main dans la main.

    La nature du Christ divise

    Une première anicroche survient cependant en 431, suite au Concile d'Ephèse, dans l'actuelle Turquie. Le ton de cette réunion tourne à l'aigre quand il s'agit d'aborder un point théologique précis. Le patriarche de Constantinople, Nestorius, se refuse à nommer Marie mère de Dieu (Theotokos), ne voulant voir en elle que la mère du Christ. Ne nie-t-il pas ainsi l'unité de la personne du Christ? Conscient de ce danger, l'évêque Cyrille d'Alexandrie obtient la condamnation des thèses de Nestorius et l'exil de ce dernier en Egypte.

    Mais de nombreuses Eglises d’Orient, dont celle de Mésopotamie, doutent de la sagacité du Concile. Elles décident de suivre Nestorius, fondant des Eglises considérées comme hérétiques et donc détachées de Rome. L’actuelle Eglise assyrienne d’Orient est l’héritière de cette branche "nestorienne".

    De nouveaux "hérétiques"

    Une autre pièce vient s'ajouter à la mosaïque en 451. Un nouveau concile (de Chalcédoine) écarte une nouvelle branche jugée hérétique. Et la pierre d'achoppement est une nouvelle fois la nature du Christ. L'assemblée condamne les monophysites, qui ne reconnaissent qu’une nature au Christ. Les catholiques d’Orient qui refusent cette condamnation constituent, dans la Syrie d’alors, une Eglise chrétienne autonome dénommée jacobite ou, aujourd’hui, syriaque-orthodoxe.

    Le prieur et évêque Moussa al Shamani avec un groupe de visiteurs syriaques-orthodoxes au monastère Mar Matta, en avril 2017
    Le prieur et évêque Moussa al Shamani avec un groupe de visiteurs syriaques-orthodoxes au monastère Mar Matta, en avril 2017 @ Pascal Maguesyan

    Mais le 5e siècle n'en a pas fini avec les divisions. Reflétée par le conflit entre Cyrille et Nestorius, une querelle d'influence existe depuis un certain temps entre Alexandrie et Byzance. L'orgueilleuse cité égyptienne accepte mal l'autorité de la ville sur le Bosphore. Elle décide de prendre son indépendance en formant l'ensemble religieux "copte". Cette Eglise fait partie de la mosaïque irakienne suite à divers mouvements de migrations de l'Egypte vers le Moyen-Orient.

    Toujours au même siècle, en 491 plus exactement, c’est au tour des Arméniens de s’opposer aux conclusions du concile de Chalcédoine. Ils forment alors une Eglise chrétienne séparée, appelée "arménienne orthodoxe". Elle est présente dans l'Irak actuel suite aux vicissitudes de l'histoire et notamment de l'exil qui a accompagné le génocide arménien de 1915.

    Byzance fait bande à part

    Il faudra ensuite attendre quatre siècles avant une nouvelle division, cette fois plus massive, avec le "grand schisme d'Orient". L'éloignement, à la fois pour des raisons théologiques et politiques, des Eglises d'Orient et d'Occident en arrive, en 1054, à un point de rupture qui mène à la création de la branche orthodoxe de la chrétienté. Cet épisode explique la présence en Irak d’une Eglise grecque orthodoxe de rite byzantin.

    Ces grandes pièces de la mosaïque chrétienne irakienne vont ensuite se diviser à l'interne. Principalement dans un mouvement général de retour dans le bercail romain.

    Dans la seconde moitié du deuxième millénaire, de nombreuses démarches sont entreprises pour effacer les effets du 5e siècle, note Gérard-François Dumont, professeur à l'Université Paris-Sorbonne, dans son texte La mosaïque des chrétiens d'Irak. Elles ne convainquent cependant, dans chaque église, qu’une partie des fidèles. Ces derniers veulent bien revenir dans le giron de Rome, mais désirent garder leurs traditions, notamment liturgiques.

    Le grand ralliement

    Les premiers fidèles à franchir le pas se trouvent dans l’Eglise assyrienne d’Orient. Ils forment en 1552 une Eglise réunie à Rome dénommée l’Eglise chaldéenne. Cette Eglise catholique de rite oriental connaîtra un grand succès, en s'exportant largement hors d'Irak. Elle regroupe aujourd’hui les deux tiers des chrétiens d’Irak et compte actuellement plus d'un million de fidèles, également en Iran, en Syrie, en Turquie, au Liban, en Jordanie, ainsi que dans la diaspora occidentale.

    Mourad Vartanian, maire de la communauté arménienne de Havresk, en aout 2017
    Mourad Vartanian, maire de la communauté arménienne de Havresk, en aout 2017 @ Pascal Maguesyan

    Même scénario, au 17e siècle, avec des fidèles de l’Eglise syriaque orthodoxe, dite jacobite. Mais, s'ils veulent bien se rattacher à Rome, ils souhaitent rester fidèles, eux aussi, à leur histoire et à leur tradition. Ils n’envisagent donc pas de rejoindre l'Eglise chaldéenne et composent une Eglise syriaque-catholique.

    En 1709, c’est au tour de fidèles de l’Eglise grecque orthodoxe de rite byzantin de souhaiter le ralliement à Rome. Ils créent alors une Eglise grecque-catholique (ou melkite), tandis que subsiste en Irak une Eglise grecque-orthodoxe de rite byzantin regroupant tous ceux qui n’approuvent pas cette démarche.

    Enrichissement tardif

    En 1740, l’Asie occidentale est à nouveau touchée par le souci d’un rapprochement avec Rome, cette fois parmi les Arméniens grégoriens. Naît alors une église arménienne catholique dont la présence en Irak s’explique, comme l'Eglise arménienne orthodoxe, par diverses migrations.

    Enfin, en 1742, c’est au tour des certains coptes de pencher en faveur d’un ralliement partiel à Rome. L'Eglise copte catholique qui en résulte, bien que présente actuellement en Irak, reste très minoritaire.

    Parmi tout ce mouvement, certains chrétiens irakiens ont renoncé à leur héritage culturel, et ont créé de leur côté une petite Eglise catholique de rite latin.

    Finalement, la chrétienté d’Irak s'est encore enrichie du fait de la colonisation britannique, de 1920 à 1932. Les Eglises protestantes représentent moins d'1% de la population irakienne et une petite communauté anglicane regroupe environ 200 personnes. (cath.ch/rz)

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