Diaconie: à l’Université des pauvres
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Diaconie: à l’Université des pauvres
Les personnes en précarité ont travaillé sur le thème de l’Université de la solidarité et de la diaconie qui se déroulera les 18 et 19 novembre prochains à Lausanne, à l'occasion de la Journée mondiale des pauvres. Au terme d’une expérience unique qu’elle qualifie volontiers de «synodale», Marie-Antoinette Lorwich, responsable de la diaconie de l’Eglise fribourgeoise, revient sur le processus qui a abouti au programme de cette université.
La deuxième édition de l’Université de la solidarité et de la diaconie va se dérouler à Lausanne. En quoi diffère-t-elle de la première édition de 2019?
Marie-Antoinette Lorwich: Lors de la première édition (à Fribourg, en 2019, ndlr) nous voulions organiser une rencontre entre des gens en précarité et des personnes «autorité» telles que des étudiants, les agents pastoraux, des séminaristes. Ceux qui lisent dans les livres et qui apprennent et ceux qui vivent ce que les premiers lisent dans les livres. Le but était de donner la parole aux «sans-voix» comme on les appelle. On parle d’eux, on écrit sur eux, mais rarement on les écoute. Ce sont donc les gens qui vivent la précarité qui ont travaillé le thème de cette université à partir de leur vie.
Pourquoi le terme «Université»?
Parce que à l’université, on va pour apprendre. On apprend avec les livres, mais le fait d’intituler cet événement «Université de la solidarité et de la diaconie», signifie que des personnes qui ne peuvent pas avoir accès à l’université, ont aussi un savoir. Nous avons voulu placer les deux catégories de personnes ensemble: celles qui apprennent avec des livres sans se rendre compte de la réalité du terrain et celles qui vivent cette réalité. Il s’agit de permettre de pouvoir faire vivre des mots qui sont dans des livres de les incarner avec ces personnes en précarité. L’université ne doit pas seulement être liée à des diplômes. Elle doit être liée à du savoir.
"Le fait d’intituler cet événement 'Université de la solidarité et de la diaconie', signifie que des personnes qui ne peuvent pas avoir accès à l’université, ont aussi un savoir."
Qui est impliqué dans l’organisation de cette université 2023?
En 2021, un an avant de commencer le travail sur cette deuxième université, nous avons créé un groupe de travail composé d’une douzaine de personnes en précarité: des personnes toxicomanes, des gens qui ont vécu dans la rue ou encore qui sont passées par la prison. Il y avait une personne âgée en difficultés et une autre handicapée et des Roms. Ils venaient de divers cantons. Certains ont assisté à plusieurs réunions, d’autres sont venus une fois. Cette première étape a duré à peu près un an, à travers une dizaine de réunions.
Quel était l’objectif de ces rencontres?
Il s’agissait de donner le choix du thème de la future université aux personnes en précarité. Nous nous sommes réunis la première fois à Lausanne. J’ai dit aux gens qui étaient présents: «On va faire une université. Je ne sais absolument pas quel thème on va choisir. Nous allons avancer ensemble et on verra». Nous avons pris beaucoup de temps pour nous présenter les uns aux autres, bien au-delà du simple «Je m’appelle untel et j’habite Lausanne». Rapidement, on est allé beaucoup plus loin dans nos récits de vie. Avec Martine Floret (responsable du Pôle entraides du Service solidarités de l’Eglise fribourgeoise, ndlr), nous avons écouté les gens qui se sont racontés très vite.
Comment s’est déroulé le processus?
Nous n’avons pas posé de ligne directrice. J’ai utilisé l’aspect méditatif avec un texte biblique. Nous avons eu l’idée de travailler avec des mots tirés de leurs récits de vie. Des mots percutants. La liste s’est allongée. Nous avons noté tous les mots qui venaient sur un tableau: positifs comme négatifs: «violence», «abus», «injustice» qui correspondaient à leur histoire de vie. On a décidé de réduire la liste au plus important, à ce qui leur correspondait le mieux. Nous sommes ainsi arrivés à une «short list»: Lumière, communion, abus, injustice et violence.
Des mots comme «abus», «injustice» et «violence», c’est dur pour une université.
Nous avons entendu beaucoup de témoignages durs. Je n’imaginais pas qu’on arriverait à quelque chose de lumineux. Je penchais pour «injustice» ou «abus». Je me voyais déjà annoncer aux professionnels qu’on allait travailler sur le mot «abus» comme thème de l’Université de la solidarité et de la diaconie… Au fur et à mesure, les discussions ont pris une tournure fraternelle. Les personnes étaient très heureuses de se retrouver et après nos séances de travail, nous partagions un repas. Je peux dire que nous avons créé une fraternité. En fait nous avons vécu des rencontres synodales.
"Nous avons entendu beaucoup de témoignages durs. Je n’imaginais pas qu’on arriverait à quelque chose de lumineux."
Un chemin synodal? En quoi?
Le fait de s’écouter permet de se connaître tout de suite. Dès qu’on s’écoute, on est différent, on est bousculé. Tout change, on lâche nos a priori et on se laisse porter. On a chaque fois prié, même si ces gens n’étaient pas croyants. On a invoqué l’Esprit-Saint pour nous guider, pour que ce thème soit utile ou nécessaire. Tout le monde a eu la parole, rien n’a été imposé. En fait, le thème s’est imposé au groupe de travail, non l’inverse.
Le travail s’est poursuivi…
Les participants ont commencé à réduire cette «short list» pour finalement choisir le mot «communion». Parce que l’un d’entre eux a dit: «Finalement, seul le fait d’être ensemble peut nous sortir de nos galères». L’une des personnes s’est opposée à ce mot, arguant que la communion engendrait aussi l’exclusion: «Oui, vous êtes l’Eglise, vous êtes en communautés, en communion, vous êtes entre vous et nous, dehors, nous ne sommes pas accueillis». Le mot a tout de même été gardé.
Vous êtes passés à la deuxième phase de préparation
Nous avons ensuite travaillé avec des professionnels: les responsable de la formation du CCRFE, notamment le diacre Philippe Hugo et Nicolas Blanc, qui portent en grande partie le projet. Ils ont collaboré avec les responsables de la diaconie de tous les cantons romands et avec quelques personnes en précarité. On a redéployé le fonctionnement de ce qu’on a vécu tout au long de l’année et on a retravaillé ensemble sur ce mot «communion».
Quand vous dites "redéployer", c’est une manière de concrétiser tout ce qui a été thématisé pour organiser cette université?
C’était aussi une manière d’impliquer les professionnels. Les bénéficiaires ne pouvaient pas décider de tout, tout seuls. Il fallait à nouveau avancer ensemble dans ce grand groupe. Nous avons redéployé la réflexion beaucoup plus rapidement pour arriver à un thème. Et il a fallu trouver le lieu. Après plusieurs recherches, la Haute Ecole du Travail Sociale (HETS), à Lausanne, nous a ouvert ses portes avec joie. Il y avait aussi ce désir d’impliquer les paroisses, de ne pas créer un événement en périphérie. A côté de la HETS, la paroisse de St Etienne accueillera les participants pour les repas et l’aspect festif de cette université. (cath.ch/bh)
Deux jours de rencontres
Répartie sur deux jours, les 18 et 19 novembre, l'Université de la solidarité et de la diaconie proposera divers ateliers. Le samedi, les participants seront répartis en groupes de discussion animés par une personne en précarité et une autorité ecclésiale qui se raconteront à partir de mots choisis préalablement. Des ateliers théâtre, peinture, dessin, chorale seront ouverts à tous. Le dimanche clown Gabidou proposera notamment un atelier qui sera suivi d'un repas "Journée mondiale des pauvres". Programme complet. BH
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Laurent, d’origine française, est arrivé à l’âge de 11 ans en Suisse. Aujourd’hui père de trois enfants, il a travaillé 25 ans. Un événement dramatique lui vaut une longue incarcération suivie de séjours en milieu fermé durant 7 ans. Grâce au service de la probation vaudoise, il rencontre Marie-Antoinette Lorwich, responsable de la diaconie de l’Eglise fribourgeoise, en 2019 au centre d’accueil «Le Roseau», qu’elle a ouvert en 2014 à Moudon (VD). Elle lui propose de participer au projet de l’Université de la diaconie.
Vous n’êtes pas baptisé.
Laurent: Je suis athée, je suis non-croyant par éducation. Mes parents ont suivi leur scolarité chez les jésuites et les religieuses et ont quitté l’Eglise, qu’ils ont assimilée à une secte. Apparemment, ça s’est mal passé pour eux. Donc je ne devais pas me faire baptiser ni entrer dans une Eglise. Je n’éprouvais pas de haine pour l’Eglise, simplement qu’elle n’existait pas pour moi.
Comment voyez-vous l’Eglise?
L’Eglise, je l’ai toujours vue à travers ces hommes en robe, avec des 'toques' et des bagues qui prennent la parole. Je les ai sentis un peu hors sol. En Eglise, il faut qu’une petite oreille écoute les gens en précarité, peut-être que cela n’a pas été souvent le cas. Je suis d’accord pour que des gens dont c’est le métier «tiennent la baraque», c’est quand même des gens qui ont étudié et c’est leur travail. Mais je pense que le 90% de l’Eglise, c’est le peuple, or si l’on n’écoute pas le peuple, il y a un souci. Je n’en fais pas une affaire personnelle sur l’air du «on ne m’a pas écouté, j’ai été un enfant maltraité, j’ai fait de la prison, etc…». Entre temps, j’ai eu une vie de père de famille. J’ai travaillé. J’ai eu ma part de belle vie. J’ai trouvé que ce projet d’université de la diaconie valait vraiment la peine de s’engager.
Pensez-vous que cette Université de la diaconie peut servir l’Eglise?
Cette Université de la diaconie a du sens si l’Eglise veut se faire entendre avec un vrai discours. J’ai l’impression qu’il y a des décennies qu’on n’écoute plus l’Eglise. Pourquoi est-elle devenue inaudible? Peut-être parce que son discours ne correspond plus à ce qu’on vit au quotidien. Même pour un non croyant comme moi – et ce n’est pas parce que je ne suis ni croyant ni pratiquant que je ne l’écoute pas et que je ne la respecte pas.
"Cette Université de la diaconie a du sens si l’Eglise veut se faire entendre avec un vrai discours."
Et le fait que cette démarche vienne de l’Eglise, cela vous a-t-il surpris ?
Ce n’est pas l’Eglise qui est venue me chercher. Je pense que je ne serais pas venu. C’est la justice à travers la probation vaudoise et la proposition, dans le cadre d’un projet de vie, de rencontrer Marie-Antoinette qui m’a amené à ce projet. J’ai été mis en contact avec le centre d’accueil Le Roseau où j’ai rencontré Marie-Antoinette. A travers des discussions, j’ai découvert ce fameux esprit de communion dont je ne connaissais que le mot. Je n’avais jamais expérimenté cette sensation de communion, de pouvoir rencontrer des gens simples en précarité et vivre en communion avec eux. La précarité, que ce soit la prison, ce que j’ai vécu dans mon enfance et mon adolescence, je la vivais seul. Je m’en sortais seul. Le fait de rencontrer d’autres personnes venant d’univers différents avec des histoires différentes et de pouvoir être écouté et écouter sans jugement, c’était apaisant et de fil en aiguille, j’ai eu un déclic: c’est tellement plus évident et logique que ça se passe ainsi. Dans mon logiciel, à 47 ou 48 ans, j’ai découvert cette façon de communier. Alors qu’avant je communiais… seul!
Qui a participé aux réunions?
Lorsqu’on m’a dit «précarité», ne venant pas du milieu de la rue, j’ai pensé qu’’il y aurait des SDF et des mendiants. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait de gens qui avaient traversé des déserts pour se retrouver là. Il y avait un homme en chaise roulante, des toxicomanes avec des vies cabossées, des migrants, des SDF, des Roms. Un curé qui était proche de nous a participé aux réunions. Et quand j’ai compris que «précarisés» était une mosaïque de ces situations, j’y ai vu une force. Je me suis retrouvé avec des gens qui avaient des histoires d’une richesse incroyable à raconter!
Malgré toutes les différences, nous n’avons pas eu de désaccords. La plus belle chose, que je ne m’explique pas: nous n’étions pas catholiques et nous avons pourtant réussi à choisir le mot «communion»! Au début de la réflexion, nous nous étions pourtant dit que nous n’allions pas choisir un mot «bigot». On avait un peu peur que l’équipe nous force à mettre un mot ecclésiastique, mais ce ne fut pas le cas. Nous avons bossé, mais nous n’avons pas transpiré parce que nos réflexions sont sorties du cœur. On n’a pas eu l’impression de réfléchir, cela s’est passé à travers des discussions et le témoignage de notre vécu. A plusieurs, nous avons eu l’impression que nos parcours de vie se rejoignaient, malgré de grandes différences.
"La plus belle chose, que je ne m’explique pas: nous n’étions pas catholiques et nous avons pourtant réussi à choisir le mot «communion»!"
Comment avez-vous procédé?
A partir de nos récits de vie, nous sommes partis avec une cinquantaine de mots parmi lesquels «souffrance», «enfance», «traumatisme», «lumière», «abus», etc. Nous avons abouti au mot «communion».
C’est le plus beau résultat de nos réflexions. Et on a réussi à remettre ce mot en cause: lorsqu’on a expliqué que le mot «communion», qui n’est pas si «angélique» que ça, qu’il signifiait aussi exclusion. Nous, les gens en précarité, on vit la communion comme une exclusion. Nous ne sommes pas toujours acceptés dans la communion, mais on a tout de même choisi ce mot parce que nous nous sommes dit, en prenant du recul, en faisant preuve de réflexion et d’introspection, que seule la communion nous sauvera de nos galères. Même si parfois, au quotidien je me sens exclus, je ne désespère pas. Il n’y a que dans ce milieu-là que j’ai vécu une telle expérience de partage. Je n’ai pas ressenti de telles sensations dans le monde professionnel ou celui des copains.
"S’il n’y a pas de communion, le reste ne peut pas aller."
Le mot communion a-t-il été choisi à l’unanimité?
Lors de la dernière réunion, il y a eu un consensus autour de ce mot qui «résolvait» tous les autres. «Abus», «injustice», «lumière», etc. S’il n’y a pas de communion, le reste ne peut pas aller. Nous ne voyons pas la communion comme les gens «normaux». On a rarement été en communion dans nos vies. Quand tu es en prison, en fondation fermée, quand tu vis à l’hôtel, chacun chez soi, quand tu vis seul, on ne parle pas de la communion. Plus de communion dans la société résoudrait beaucoup de problèmes: la solitude, l’injustice sociale, l’indifférence. On ne pense pas à la communion comme vous qui êtes en Eglise. Cette définition de la communion prend un tout autre sens parmi les personnes en précarité. Nous devons favoriser la rencontre car l’Eglise ne peut pas tout faire non plus. Elle ne peut pas faire se parler les voisins entre eux.
Y a-t-il eu des moments forts lors de cette expérience?
On a partagé un repas à l’évêché avec Mgr Charles Morerod. C’était un grand moment! Il nous a écouté attentivement. Cela faisait partie de la finalité de la démarche: lui présenter le projet. Je m’attendais à quelqu’un d’austère, pas marrant. Pas du tout! Il nous a écoutés, il a accepté les critiques et les remarques qu’on lui a faites sur l‘Eglise. Non seulement il a eu une écoute sur le moment, mais aussi il a traduit cette écoute lors du discours de la Fête-Dieu (Mgr Morerod a prononcé son homélie sur ce qui s’est dit au cours de ce repas à l’évêché, ndlr). Je me suis dit: «chapeau!». Il a repris quelque chose de très important de nos discussions en disant à ses chers paroissiens: «Vous venez le dimanche à la messe, mais sachez que pour certaines personnes, le mot 'communion’ peut vouloir dire 'exclusion’».
"On vient de nulle part, on nous a donné la chance de prendre la parole avec nos mots. C’est une bénédiction."
Cette rencontre avec Mgr Morerod vous a-t-elle fait changer d’avis sur l’Eglise?
Je me suis dit: «Il y a des gens très haut placés qui écoutent et qui vont peut-être accepter d’évoluer». Comme ces personnes braquées contre l’Eglise qui ont participé à nos réunions et qui ont fait du chemin. Je sais que Mgr Morerod cite encore ce repas. On vient de nulle part, on nous a donné la chance de prendre la parole avec nos mots. C’est une bénédiction. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je sortais de prison, j’étais au fond du trou. Après tout, peut-être qu’en Eglise, vous avez besoin de nous. Après on sait que ça va bouger de 1%, mais ce n’est pas grave. Cela avance pierre après pierre, ça prendra deux siècles pour évoluer, mais je suis super fier d’avoir eu la chance de faire cette démarche avec les autres. (cath.ch/bh)
Deux jours d'ateliers et de dialogue
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A la veille de l’Université de la Solidarité et de la diaconie qui se tiendra à Lausanne, Pascal Bregnard, directeur de Caritas Fribourg, donne un éclairage sur la Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre 2023. Paradoxalement, cette Journée mondiale ne devrait pas exister, estime-t-il, les pauvres devant être naturellement au cœur des préoccupations de l’Eglise.
Quelle est l’origine de cette journée mondiale?
Pascal Bregnard: Le jubilé de la Miséricorde, en 2015 et 2016. Une de ces journées se situait autour de la thématique de la pauvreté. A cette occasion, nous sommes partis à Rome avec l’association Fratello pour fêter ce jubilé. A la fin de la messe de clôture, les personnes présentes ont demandé à l’Eglise l’instauration d’une Journée mondiale des pauvres. Elles voulaient lui rappeler qu’elle devait être inclusive. La première Journée mondiale des pauvres a été instaurée par le pape François l’année suivante. On célèbre cette journée chaque dernier dimanche du temps ordinaire avec un thème différent. Cette journée se déroule en tournus en paroisses puis dans les diocèses et l’année suivante au niveau continental.
Concrètement, qu’est-ce qui a été mis en place à la suite de la proclamation de cette journée mondiale?
La Journée mondiale des Pauvres n’est pas un point de départ, mais une étape. En fait, le mouvement de l’Eglise vers les pauvres est antérieur à la création de la Journée mondiale des pauvres. En Suisse Romande, un jalon important de ce retour aux sources dédié à la personne en situation de précarité, c’est «Diacona 2013», ce grand rassemblement qui s’est déroulé à Lourdes. A partir de cet événement, Etienne Grieux, théologien jésuite du Centre Sèvre, a porté cette idée que les pauvres ont quelque chose à dire à l’Eglise. C’est une redécouverte de l’expérience de saint François d’Assise.
Un des fruits, notamment, de cette dynamique est l’Université de la diaconie dont la première édition s’est déroulée en 2019, à Fribourg. Cette démarche a abouti à la deuxième édition de cette Université de la diaconie qui se déroulera ce week-end. L’idée de créer un événement avec une moitié de personnes en situation de pauvreté et l’autre moitié de personnes dites en «non-précarité» se concrétise. En fait, nous avons tous nos fragilités, qui se rencontrent et se partagent dans un enrichissement mutuel.
Et au-delà de cette université, quelque chose s’est-il mis en place dans des pastorales locales?
Un autre fruit est le développement, encore insuffisant, de la diaconie dans les diocèses romands. On voit ce mouvement dans l’Eglise locale romande, où les services de solidarité et de diaconie se développent à leur propre rythme et selon leurs moyens. C’est un mouvement qui est né dans les années 2000 qui s’est prolongé et s’est intensifié. Le pape n’y est pas pour rien, notamment avec ses slogans: «Une Eglise pour les pauvres» et «aller aux périphérie». Cette prise de conscience que les pauvres ont quelque chose à dire de Dieu à l’Eglise et à la société s’est renforcée. Ils ne sont pas simplement des consommateurs de notre aide, même si elle est importante.
"Le problème, c’est justement qu’il y ait une Journée mondiale des pauvres."
Dans le canton de Fribourg, cette volonté de réunir Caritas Fribourg et le service de la diaconie, procède de cette dimension importante: l’entraide matérielle et l’accompagnement spirituel des personnes en précarité. Cela contribue ainsi à la création et à l’évangélisation de liens entre l’Eglise et les pauvres. On vit quelque chose de l’ordre de l’Evangile. Dans tous les cantons, l’idée que la diaconie doit prendre sa vraie place a fait son chemin. Par exemple, en 2017 Mgr Jean-Marie Lovey a réactivé le service de la diaconie du diocèse de Sion. Cette pastorale, même si elle se développe, est encore le parent pauvre. Il suffit de voir les forces qui y sont consacrées. Ce n’est pas pour rien que le pape insiste toujours autant sur une Eglise qui doit aller aux périphéries. Cela prend du temps, comme beaucoup de choses en Eglise.
C’est un outil important pour rappeler l’existence de la précarité
Le problème, c’est justement qu’il y ait une Journée mondiale des pauvres. Le fait qu’on doive instaurer une telle journée, cela veut dire a contrario que l’Eglise a tendance à l’oublier. Or cela devrait être naturel. C’est l’Evangile! Jésus n’a pas passé son temps dans les synagogues, il était soit en vadrouille, un peu SDF quand même, soit dans la vie des gens qui avaient le plus besoin de lui. L’Eglise doit se rendre compte que ça ne peut pas s’arrêter à une journée dans l’année. L’Esprit-Saint doit souffler durant 365 jours. Mais nous sommes ainsi faits qu’on a besoin de points de repère dans l’année pour pouvoir se rappeler.
Certe, ce n’est peut-être pas suffisant, mais c’est marquant.
Oui les pauvres ont reçu cette reconnaissance à Rome. Pour eux, cela représentait beaucoup. Pour une fois, ils ont été accueillis à leur juste place en Eglise: au premier rang. Ils ont été extrêmement touchés. Des gens nous parlent encore aujourd’hui du pèlerinage de la Miséricorde de 2016. Ce fut une expérience lumineuse pour eux. L’Eglise leur a donné la place qui leur est due dans le Royaume. (cath.ch/bh)
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Réalisation Pierre Pistoletti
"C'est que de l'empathie, c'est que de l'écoute, c'est que des sourires, c'est que des regards... Il n'y a pas beaucoup d'endroits où vous allez passer deux jours avec 250 personnes où ça va être comme ça pendant 48 heures", explique Laurent.
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