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    Le pape propose un retour aux fondamentaux de la foi

    Encyclique “Dilexit nos”, retour aux fondamentaux de la foi catholique

    "Nous devons redécouvrir l’importance du cœur" afin de résister à un monde "qui transforme les êtres humains en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence", explique le pape François dans sa quatrième encyclique, Dilexit nos, publiée le...

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    Le pape propose un retour aux fondamentaux de la foi
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    Encyclique “Dilexit nos”, retour aux fondamentaux de la foi catholique

    L'apparition  du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, église de la Visitation de Paray-le-Monial
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    'Dilexit Nos': "L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ"

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    Le pape propose un retour aux fondamentaux de la foi © Vatican

    Encyclique “Dilexit nos”, retour aux fondamentaux de la foi catholique

    "Nous devons redécouvrir l’importance du cœur" afin de résister à un monde "qui transforme les êtres humains en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence", explique le pape François dans sa quatrième encyclique, Dilexit nos, publiée le 24 octobre 2024 et consacrée à "l’amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ".

    Après deux encycliques sociales, Fratelli tutti et Laudato si’, le pontife argentin développe cette fois-ci un texte dense signalant un retour à un enseignement spirituel plus traditionnel. S’appuyant largement sur l’enseignement de Jean Paul II et de nombreuses figures de la spiritualité catholique – saint François de Sales, sainte Catherine de Sienne, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld… – le pape François développe dans ce texte d’une quarantaine de pages une large réflexion sur la nécessité pour les chrétiens de rendre leur cœur disponible pour contempler et recevoir l’amour de Dieu. Il s’inscrit dans une longue tradition des papes et des saints qui ont promu la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, une piété traditionnelle popularisée à partir des apparitions de Paray-Le-Monial (France) à la fin du XVIIe siècle.

    “Dilexit nos, Il nous a aimés”

    En partant d’une citation de saint Paul dans sa Lettre aux Romains – 'Dilexit nos’ en latin, soit 'Il nous a aimés‘ -, le pape de 87 ans débute cette encyclique par une ample réflexion sur le cœur au sens large, en s’appuyant à la fois sur la mythologie (Homère), sur la philosophie classique (Platon) et sur la Bible. La Parole de Dieu "nous parle ainsi d’un centre, le cœur, qui se trouve derrière toute apparence, même derrière les pensées superficielles qui nous trompent", explique-t-il, prenant l’exemple de l’émotion des disciples rencontrant le Christ ressuscité sur le chemin d’Emmaüs : "Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin ?".

    Tout en dénonçant les impasses de la "société liquide" actuelle, dans laquelle les personnes sont réduites au rang de consommateurs, le pape souligne que "la dévalorisation du centre intime de l’homme – du cœur – vient de très loin: on la trouve déjà dans le rationalisme grec et pré-chrétien, dans l’idéalisme post-chrétien et dans le matérialisme sous ses diverses formes", analyse-t-il.

    "Le cœur a peu de place dans l’anthropologie et il est une notion étrangère pour la grande pensée philosophique. D’autres concepts tels que la raison, la volonté ou la liberté lui ont été privilégiés", s’attriste le pontife, venu d’une Amérique latine qui a toujours gardé un regard critique sur l’excès de rationalisme présent dans la pensée occidentale, notamment à travers la philosophie des Lumières.

    Un pape inquiet de l’intelligence artificielle et de la guerre

    Avec des références très éclectiques, allant de Romano Guardini à Dostoïevski en passant par le philosophe allemand Martin Heidegger, le pape revalorise une approche de la relation humaine et de la relation à Dieu faisant une large place au cœur et aux émotions. "À l’ère de l’intelligence artificielle, nous ne pouvons pas oublier que la poésie et l’amour sont nécessaires pour sauver l’homme", insiste François.

    S’appuyant sur les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola et leur relecture par le jésuite français Michel de Certeau, le pape explique que les affections font partie intégrante de la vie spirituelle, et que les émotions du cœur doivent faire partie de la relation avec Dieu, dans la prière. "Le Seigneur nous sauve en parlant à nos cœurs à partir de son Sacré-Cœur", raconte François en s’appuyant sur la théologie du cardinal britannique John Henry Newman, prêtre anglican devenu catholique et qu’il a canonisé en 2019.

    "Ce n’est qu’à partir du cœur que nos communautés parviendront à unir leurs intelligences et leurs volontés, et à les pacifier pour que l’Esprit nous guide en tant que réseau de frères; car la pacification est aussi une tâche du cœur", explique François, alors que l’Église catholique est traversée par de nombreuses tensions.

    "Devant le Cœur du Christ, je demande au Seigneur d’avoir à nouveau compassion pour cette terre blessée qu’Il a voulu habiter comme l’un de nous", supplie le pape François. "Qu’Il répande les trésors de sa lumière et de son amour, afin que notre monde, qui survit au milieu des guerres, des déséquilibres socioéconomiques, du consumérisme et de l’utilisation anti-humaine de la technologie, puisse retrouver ce qui est le plus important et le plus nécessaire : le cœur", développe-t-il.

    "La dévotion au Cœur du Christ n’est pas le culte d’un organe"

    François développe ensuite une relecture des Évangiles en montrant les émotions de Jésus. "Qu’il est beau de savoir que si les autres ignorent nos bonnes intentions ou les choses positives que nous faisons, Jésus ne les ignore pas, au contraire Il les admire", martèle-t-il.

    "La dévotion au Cœur du Christ n’est pas le culte d’un organe séparé de la personne de Jésus. Nous contemplons et adorons Jésus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, représenté dans une image où son cœur est mis en évidence", explique le pape, dans la continuité de l’encyclique dédiée à ce thème par son lointain prédécesseur Pie XII, Haurietis aqua, publiée en 1956.

    Le Cœur du Christ est "le chef-d’œuvre de l’Esprit Saint", insiste François, dans l’une des nombreuses références à Jean-Paul II, qu’il a canonisé en 2014. C’est également en citant son prédécesseur polonais que le pape argentin rappelle que "la dévotion au Sacré-Cœur, telle qu’elle s’est développée en Europe il y a deux siècles, sous l’impulsion des expériences mystiques de sainte Marguerite-Marie Alacoque, a été une réponse au rigorisme janséniste qui avait fini par ignorer la miséricorde infinie de Dieu"

    "L’homme de l’an 2000 a besoin du Cœur du Christ pour connaître Dieu et se connaître lui-même ; il en a besoin pour construire la civilisation de l’amour", insistait Jean-Paul II dans une catéchèse prononcée en 1994.

    "Nous sommes confrontés aujourd’hui à une forte avancée de la sécularisation qui aspire à un monde libéré de Dieu", s’inquiète François, remarquant par ailleurs que "diverses formes de religiosité privées de références à une relation personnelle avec un Dieu d’amour se multiplient dans la société, et sont de nouvelles manifestations d’une ‘spiritualité sans chair’".

    "Je tourne mon regard vers le Cœur du Christ et je vous invite à renouveler votre dévotion. J’espère qu’elle pourra aussi toucher la sensibilité contemporaine et nous aider à faire face à ces dualismes anciens et nouveaux auxquels elle offre une réponse adéquate", explique le chef de l’Église catholique.

     Comment la dévotion au Sacré-Cœur s’est développée

    Reprenant la thématique de "la soif de Dieu" qui s’exprime dans les récits bibliques comme dans le développement progressif de la vie religieuse et des monastères au fil des siècles, le pape explique que "la dévotion au Cœur du Christ a progressivement dépassé la vie monastique et a rempli la spiritualité de saints maîtres, prédicateurs et fondateurs de congrégations religieuses qui l’ont répandue dans les régions les plus reculées de la terre".

    Le pape François donne l’exemple des missions de saint Jean Eudes en Normandie à la fin du XVIIe siècle, mais mentionne aussi la contribution de saint François de Sales. L’évêque savoyard "a souvent contemplé le Cœur ouvert du Christ qui nous invite à y demeurer dans une relation personnelle d’amour où les mystères de la vie sont éclairés", explique-t-il.

    Évoquant la diffusion de la dévotion du Sacré-Cœur à partir de l’expérience spirituelle vécue par sainte Marguerite-Marie Alacoque, à Paray-Le-Monial, le pape souligne le rôle fondamental du directeur spirituel de la sainte, le jésuite Claude La Colombière qui "offre une belle synthèse entre la riche et magnifique expérience spirituelle de sainte Marguerite-Marie et la contemplation très concrète des Exercices ignatiens".

    "Saint Charles de Foucauld et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont involontairement remodelé certains éléments de la dévotion au Cœur du Christ, nous aidant à la comprendre, toujours plus fidèlement à l’Évangile", explique enfin François, revenant largement sur l’héritage spirituel de ces deux saints français auxquels il a souvent fait référence, notamment en canonisant Charles de Foucauld en 2022, et en consacrant une exhortation apostolique à sainte Thérèse de Lisieux, C’est la confiance, en octobre 2023.

    Le pape revient sur la vie de l’ancien militaire et ermite français tué en 1916 dans le désert algérien en expliquant que "son amitié avec Jésus, cœur à cœur, n’avait rien d’une dévotion intimiste. Elle était la racine de cette vie dépouillée de Nazareth par laquelle Charles voulait imiter le Christ et se configurer à Lui".

    Et tout comme lui, "Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a respiré l’immense dévotion qui inonda la France au XIXème siècle", explique François. "Ma voie est toute de confiance et d’amour, je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre Ami", écrivait la religieuse normande dans une lettre à l’abbé Roulland, dans laquelle elle exprimait son incompréhension face à certains traités spirituels arides et préférait se plonger directement dans l’Ecriture Sainte. "Je vois qu’il suffit de reconnaître son néant et de s’abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu", expliquait la sainte normande, proclamée Docteur de l’Église par Jean-Paul II en 1997.

    Réparation, pardon et mission

    Dressant un vaste panorama de la place de la dévotion au Sacré-Coeur dans la pensée des jésuites et dans l’histoire de la spiritualité au sens large, le pape explique que "la réparation extérieure ne suffit ni au monde ni au Cœur du Christ. Si chacun pense à ses propres péchés et à leurs conséquences sur les autres, il découvrira que la réparation des dommages causés au monde implique également le désir de réparer les cœurs blessés, là où a été causé le dommage le plus profond, la blessure la plus douloureuse."

    Insistant sur le thème de de la réparation et du pardon, le pape martèle que l’Église a besoin de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus "pour ne pas remplacer l’amour du Christ par des structures dépassées, des obsessions d’un autre âge, adoration de sa propre mentalité, des fanatismes de toutes sortes qui finissent par prendre la place de l’amour gratuit de Dieu qui libère, vivifie, réjouit le cœur et nourrit les communautés".

    La conclusion de l’encyclique est une invitation du pape à une Église missionnaire. "Parler du Christ, par le témoignage ou la parole, de telle manière que les autres n’aient pas à faire un grand effort pour l’aimer, voilà le plus grand désir d’un missionnaire de l’âme", confie le pape François. Il n’hésite pas à tutoyer son lecteur et à l’interpeller intimement : "Le Christ te demande, sans négliger la prudence et le respect, de ne pas avoir honte de reconnaître ton amitié pour Lui. Il te demande d’oser dire aux autres qu’il est bon pour toi de L’avoir rencontré".

    Ce texte à l’allure de testament pour un pape de bientôt 88 ans, marque un retour à une piété catholique plus traditionnelle que dans ses encycliques précédentes. "Avec le Christ, nous sommes appelés à construire une nouvelle civilisation de l’amour sur les ruines que nous avons laissées en ce monde par notre péché. Telle est la réparation que le Cœur du Christ attend de nous", supplie le chef de l’Église catholique. (cath.ch/imedia/cv/mp)

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    L'apparition du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, église de la Visitation de Paray-le-Monial © DR

    'Dilexit Nos': "L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ"

    "On utilise souvent le symbole du cœur pour parler de l’amour de Jésus-Christ", relève le pape François en ouverture de son encyclique Dilexit nos, publiée le 24 octobre 2024. "Certains se demandent si cela a encore un sens aujourd’hui." Retour sur ce texte et sur la dévotion au Sacré-Coeur avec l’abbé François-Xavier Amherdt.

    “Lorsque nous sommes tentés de naviguer en surface, de vivre à la hâte sans savoir pourquoi, de nous transformer en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence, nous devons redécouvrir l’importance du cœur,” insiste le pape François.

    L’abbé François-Xavier Amherdt, ancien professeur de théologie pastorale à Fribourg, aujourd’hui curé de Savièse (VS) revient pour cath.ch sur quelques éléments centraux de ce texte.

    Ancien professeur à l'Université de Fribourg, François-Xavier Amherdt est désormais curé de Savièse (VS)
    Ancien professeur à l'Université de Fribourg, François-Xavier Amherdt est désormais curé de Savièse (VS) @ Maurice Page

    Le titre de l’encyclique Dilexit Nos (Il nous a aimés) est tiré de l’épitre aux Romains (8.37) Que nous dit-il?  
    François-Xavier Amherdt: À travers le titre déjà, le pape François veut nous centrer sur l’essentiel. L’amour et la tendresse de Dieu qui prennent visage en Jésus-Christ constituent l’élément central de notre foi chrétienne. Dans le langage biblique le cœur n’est pas que le siège de l’émotion, c’est le centre de la personne où se prennent les grandes décisions. Jésus se présente lui-même comme "doux et humble de cœur” (Mt 11,29).
    C’est une source de consolation pour tant d’hommes et de femmes marqués par les divisions, la maladie, la guerre, le découragement, le deuil. Cela peut parler à nos contemporains.

    Pour certains, la dévotion au Sacré-Cœur apparaît comme mièvre.
    Oui, il peut y avoir un côté un peu mièvre lorsqu’on parle de cœur. C’est le petit cœur rose en sucre, alors que la dévotion au Sacré-Cœur n’est pas douceâtre mais enflamme. Certains trouvent Thérèse de l’Enfant Jésus trop sentimentale, mais en fait, elle reprend avec ses mots puissants, la parole de l’évangile "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos" (Mt 11,28). Vivre la dévotion au Sacré-Cœur c’est rejoindre le mouvement même de Jésus vers les hommes.

    "Dans une famille, dans une société, quand on manque de cœur, tout s’écroule."

    L’encyclique dénonce ceux qui se moquent de la piété populaire.
    Populaire veut dire du peuple. Or la Bible est marquée par l’alliance de Dieu avec son peuple. Ce qui vient du peuple a ainsi une force de vérité et d’authenticité. On met du 'cœur à l’ouvrage’, du 'cœur à chanter à jouer’. Cette piété peut toucher toutes les expériences humaines. Dans une famille, dans une société, quand on manque de cœur, tout s’écroule.

    La fresque de l'église du Sacré-Coeur à Genève
    La fresque de l'église du Sacré-Coeur à Genève @ Facebook

    Le pape regrette le peu de place du cœur dans la philosophie et la théologie.
    La philosophie et la théologie doivent éviter un certain intellectualisme froid. Il s’agit aussi de prévenir un jansénisme moralisateur selon lequel il convient de s’attirer les bonnes grâces de Dieu par le respect du devoir. C’est une voie médiane entre esprit, volonté et émotion. On retrouve là une démarche typiquement jésuite, mais finalement très moderne dans sa conception de l’homme.
    C’est une vision très équilibrée où les émotions sont mises à leur place, sans les déconnecter de l’esprit et de l’intelligence. Les deux dimensions de la sensibilité et de l’engagement sont présentes chez Ignace de Loyola. Il faut savoir les choses, mais il faut aussi les sentir, les goûter intérieurement, dans la prière et la contemplation.

    Vers l'encyclique > Dilexit nos

    Le texte revient assez longuement sur la notion de cœur dans une perspective biblique. 
    On peut commencer avec le grand commandement de l’Ancien Testament: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.” (Dt 6,5) Le cœur est affirmé comme lieu de la réponse à l’appel du Seigneur: “Écoute Israël.” 
    Ce commandement est repris par Jésus lorsqu’on lui pose la question: "Quel est le plus grand des commandements?”. Cet amour fort et concret porte l’Ancien et le Nouveau Testaments. Jésus présente son cœur comme un havre de paix pour ceux qui cherchent un sens à leur vie.

    "Se brancher sur le cœur du Christ, c’est accepter de faire la vérité sur nous-mêmes."

    Je ressens en pastorale, surtout pour les malades et les personnes en deuil, combien se rapprocher du cœur de Jésus avec Marie peut être important. Au-delà d’un faux sentimentalisme, nous sommes rejoints dans nos tripes, nos entrailles. Quelle plus belle imitation du Christ que d’ouvrir notre cœur à la souffrance des autres?

    Le pape dénonce une spiritualité 'sans chair'. 
    Dans Evangeli gaudium , le pape François définissait la pastorale comme 'un constant corps à corps'. Nous sommes appelés à 'toucher' la chair de l’autre c’est-à-dire ce qui fait son humanité. Dans notre monde de réseaux sociaux, d’algorithmes, d’intelligence artificielle, ce rappel me semble bienvenu. Dans ce monde virtuel, revenir au cœur est aussi revenir à la vérité. Se brancher sur le cœur du Christ, c’est accepter de faire la vérité sur nous-mêmes.

    Le pape y voit aussi un antidote contre la mentalité actuelle où tout s’achète et se vend, y compris la dignité humaine.
    Le cœur et la chair représentent par excellence l’unicité inviolable de la personne, sa dignité 'indépassable'. Blesser et briser le cœur d’un enfant constitue le sommet de la violence. C’est exactement le contraire de ce que le Christ veut pour nous. C’est un antidote à la marchandisation et l’exploitation de l’être humain sous toutes ses formes.

    "Le Sacré-Coeur sonne juste parce que les gens ont besoin d’un Dieu proche."

    La dévotion au Sacré-Cœur n’a donc rien d’anachronique. 
    Elle sonne juste parce que les gens ont besoin d’un Dieu proche, d’une Église proche. On revient au centre, loin d’un catalogue de dogmes ou de listes de choses permises ou défendues. Nous ne sommes pas dans une dogmatique froide ni un moralisme impitoyable, mais dans une spiritualité existentielle. L’essentiel est le cœur à cœur avec le Christ, dans le silence.

    La dévotion au Sacré-Coeur s'est développé au XVIIe siècle
    La dévotion au Sacré-Coeur s'est développé au XVIIe siècle @ domaine public

    Durant les dernières décennies, on a eu souvent au sein de l’Église un peu de mépris pour cette dévotion comme une forme de superstition, de pensée magique.
    Le pape François propose un bel équilibre entre la théologie et l’invitation à la vivre dans le concret de l’existence. Les recherches anthropologiques actuelles sont revenues d’un rationalisme structuraliste étroit. Je constate dans ma pastorale, combien il est important, notamment pour les jeunes, d’avoir non seulement une réflexion et des paroles, mais aussi des gestes et des images. Nous pouvons encore évoquer l’importance des racines puisque cette piété populaire nous vient à travers les siècles. Nous renouons ainsi avec nos racines, pour mieux résister aux vents contraires de notre monde.

    "À quoi servent des structures qui ne sont pas animées par un cœur et l’oraison amoureuse?"

    L'encyclique critique les communautés et les pasteurs concentrés sur les réformes de structures.
    Il faut évidemment des structures et une réflexion sur les modalités de gouvernance de l’Eglise, mais sans jamais oublier l’essentiel qui reste de favoriser la relation personnelle avec Dieu. À quoi servent des structures qui ne sont pas animées par un cœur et l’oraison amoureuse? Avec cette encyclique le pape remet de la chair et un cœur sur le squelette. C’est en vivant une spiritualité forte que les agents pastoraux pourront la communiquer à d’autres, sinon cela reste cérébral, extérieur.

    Comment faire vivre ou revivre la dévotion au Sacré-Cœur dans la pastorale?
    La dévotion traditionnelle de la messe du 1er vendredi du mois et de l’adoration pourrait être restaurée ou revalorisée. Nous avons aussi la fête du Sacré-Cœur célébrée le troisième vendredi après la Pentecôte qui pourrait être encore mieux soulignée. Une autre piste peut être de retenir un ou l’autre paragraphe de l’encyclique à discuter en groupes et à diffuser largement aux fidèles.

    Le pape se penche aussi sur les notions de réparation et de consolation. Dans la dévotion traditionnelle au Sacré-Cœur, il s’agit de consoler le Christ et de compléter ses souffrances. Ce qui ne paraît pas très concevable dans la vision actuelle.
    Réparation et consolation sont deux notions différentes. La réparation signifie que par le cœur du Christ, nous pouvons réparer et soigner les blessures faites aux êtres humains. Parfois la réparation est un peu ambiguë, si on la considère comme un calcul ou un décompte d’une dette que l’on devrait à Dieu. Non, le don de Dieu est gratuit et nous pouvons y répondre en soignant gratuitement ceux qui souffrent. N’entrons pas dans la logique du donnant-donnant.
    La consolation du Christ rappelle que le Christ pleure de voir toutes les abominations commises par les êtres humains. L’Évangile raconte que Jésus pleura sur Jérusalem. (Luc 19,41). Vouloir consoler Jésus, c’est lui dire: 'Nous pleurons avec toi. Nous travaillons à ton œuvre pour que ton corps soit restauré.'
    Le jésuite François Varillon parlait de la joie et de la souffrance de Dieu. Jésus nous est si proche qu’il a en quelque sorte 'besoin' d’être consolé par notre attitude, notre réponse, notre engagement.

    N’y a-t-il pas une nécessité de revoir les représentations souvent surannées du Sacré-Cœur?
    Oui pourquoi ne pas susciter la créativité des artistes pour trouver de nouvelles formes? Nous pourrions aussi nous inspirer de représentations d’autres continents pour former une nouvelle esthétique. En Suisse romande même, où de nombreuses églises sont dédiées au Sacré-Cœur, nous trouvons également de belles représentations plus modernes dans des vitraux ou des mosaïques.

    "Cette encyclique est un plaidoyer pour l’unité. C’est une invitation à nous unir autour de l’essentiel." "

    Peut-on voir dans cette encyclique le testament du pape François?
    À mon avis, cette encyclique est un plaidoyer pour l’unité. C’est une invitation à nous unir autour de l’essentiel. Le pape a publié cette encyclique juste au moment où s’achevait le synode sur la synodalité à Rome. Car pour lui, c’est dans le cœur du Christ que nous pouvons trouver une source de communion au-delà des diverses positions ecclésiales.
    Il est très intéressant aussi que le pape François la publie après deux encycliques plus sociales, Laudato si’ sur la sauvegarde de la ‘maison commune’ et Fratelli tutti sur la fraternité humaine. Ce texte explicitement spirituel sous-tend les deux autres. Enfin rappelons qu’il n’y a chez lui aucune opposition avec les papes précédents. La forme est peut-être différente, mais le message est le même. (cath.ch/mp)

    Vous-même avez été marqué par la dévotion au Sacré-Cœur dès le plus jeune âge.
    J’ai grandi et été formé dans la paroisse du Sacré-Cœur à Sion. Comme petit chanteur de la Schola de Notre-Dame de Valère, j’ai tôt ressenti cet amour de Jésus. Le sang et l’eau qui jaillissent de son cœur me fascinaient. Le chant avait une dimension corporelle et esthétique au service d’une liturgie globale qui prenait tout l’être.
    C’est la source de ma vocation de prêtre. Je me sentais appelé à donner cet amour du Christ et à me donner. Je ressentais aussi cette combinaison à travers mes parents, enseignants et tous les deux enracinés dans la foi. J’habitais à côté de l’école du Sacré-Cœur et mon père chantait dans la Schola. Tout cela se rassemblait dans la paroisse, la chorale et l’eucharistie. Si je puis dire, j’ai expérimenté en famille ce Sacré-Cœur vivant. Je n’ai jamais eu d’autres envies professionnelles que celle de devenir prêtre. C’est un cadeau, une pure grâce. Je sentais que par ce don personnel, je pouvais toucher l’absolu du don qui est le Christ.
    J’ai appris aussi que cette spiritualité populaire se retrouvait partout dans le monde et avait un caractère universel. Tout homme, toute femme, tout enfant sent vibrer son cœur lorsque quelque chose d’important pour lui se passe. MP

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