Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    Frère Mauro Gambetti, premier franciscain conventuel à être créé cardinal depuis 1861

    Frère Gambetti, un cardinal en robe de bure

    Les nouveaux cardinaux En vue du consistoire du 28 novembre 2020, I.MEDIA publie le portrait de chacun des neuf prochains cardinaux électeurs.

    Contenu du dossier
    Frère Mauro Gambetti, premier franciscain conventuel à être créé cardinal depuis 1861
    Actualités

    Frère Gambetti, un cardinal en robe de bure 1/9

    Cornelius Sim, évêque et vicaire apostolique de Brunei, sur l'île de Bornéo
    Actualités

    Le Cardinal Sim, pionnier de l’évangélisation 2/9

    Mgr Mario Grech est le secrétaire général du Synode des évêques
    Actualités

    Cardinal Mario Grech, l'étoile montante 3/9

    Mgr Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, Rwanda
    Actualités

    Mgr Kambanda, la pourpre du sang versé au Rwanda 4/9

    Le cardinal José Advincula est archevêque de Capiz, aux Philippines
    Actualités

    José Advincula, un cardinal de proximité 5/9

    Augusto Paolo Lojudice est archvêque de Sienne
    Actualités

    Augusto Paolo Lojudice: le cardinal des Roms 6/9

    Mgr Wilton Gregory, ancien archevêque de Washington
    Actualités

    Wilton Gregory, un cardinal pour guérir les blessures américaines 7/9

    Mgr Marcello Semeraro, nouveau préfet de la Congrégation pour les causes des saints, est un proche du pape François
    Actualités

    Cardinal Semeraro: fidèle zélé du pontife 8/9

    Mgr Celestino Aós Braco, a été archevêque  de Santiago du Chili
    Actualités

    Cardinal Celestino Aós Braco: simple servant de l’Église 9/9

    no_image
    Frère Mauro Gambetti, premier franciscain conventuel à être créé cardinal depuis 1861 © Wikimedia - Corriere Cesenate - CC BY-SA 3.0

    Frère Gambetti, un cardinal en robe de bure 1/9

    Père Mauro Gambetti sera, le 28 novembre 2020, le premier franciscain conventuel à recevoir la barrette rouge depuis 1861. C’est un homme de prière, pétri de la même sensibilité spirituelle que le pontife argentin, qui rejoint le Collège cardinalice.

    Le 25 octobre dernier, lorsque le Père Gambetti apprend sa nomination comme cardinal, c’est toute la communauté franciscaine qui célèbre cette nouvelle. Au son des cloches qui carillonnent, ses frères l’accueillent dans la salle du réfectoire en lançant des cris de joie. Au milieu de cette exaltation, le Custode est quand à lui saisi par le désir profond de s’agenouiller. "Je ne l’ai pas fait car je ne suis pas très porté par la théâtralité et je ne voulais pas gâcher l’atmosphère joyeuse, mais [j’ai eu la sensation] que je me tenais devant le Seigneur Jésus qui se manifestait encore une fois", a-t-il raconté lors de sa consécration épiscopale le 22 novembre 2020.

    "Je viens de la terre et je me sens pétri par l’humanité de tous, avec ses beautés et ses misères. Aujourd’hui, j’ai reçu un cadeau incommensurable… et maintenant je dois plonger en pleine mer", a ajouté le franciscain lors de son discours. "Je confie mon voyage à saint François et fais miennes ses paroles de fraternité", a déclaré le religieux à la presse. Selon lui, recevoir la barrette rouge est ni plus ni moins qu'un "cadeau à partager avec tous les enfants de Dieu dans un voyage d’amour et de compassion" envers le prochain.

    Douceur et fermeté

    Avec sa manière de s’exprimer, empreinte d’humilité et de poésie, le Père Mauro Gambetti semble partager une sensibilité commune avec le pontife argentin. Comme lui, il projette des rêves de paix et de fraternité. "Si nous repensons le travail, l’éducation, la santé, le vivre-ensemble, le commerce, l’entreprise, l’écologie avec ce rapport de fraternité, nous aurons résolu les problèmes du monde", confiait-il la veille de la venue du pape à Assise le 2 octobre dernier. Il avait salué la publication de la dernière encyclique du pape, qui insiste selon lui sur la "profonde  communion" à laquelle aspire tout homme.

    Son caractère paisible ne l’empêche cependant pas de se montrer ferme sur certains sujets, surtout lorsqu’il n’est pas d’accord. En remettant la lampe de la paix au président italien Sergio Mattarella en décembre 2019, le religieux s’était ainsi attristé devant la politique migratoire de son pays. "Pour affirmer son identité d’Italien, il n’est pas nécessaire de la crier", avait taclé le frère en appelant les dirigeants à se comporter en hommes "humbles et sages".

    Âgé de 55 ans, ce natif de l’Émilie-Romagne deviendra le 28 novembre prochain l’un des plus jeunes cardinaux du Sacré Collège. Rentré au couvent comme postulant en 1992 après avoir étudié la mécanique, il avait été ordonné en 2000 et choisi par ses frères comme supérieur de la province de Bologne en 2009. Quatre années plus tard, il avait été propulsé à la tête du Sacré Couvent comme Custode, soit le 'gardien' du couvent rattaché à la Basilique du Poverello.

    Le "cœur du Sacré-Couvent" d’Assise

    Le Père Gambetti a été un "cœur aimant, un cœur compréhensif" pour ce couvent, vante le Père Enzo Fortunato, son responsable de communication. Un cœur qui a selon lui réussi à "mettre ensemble les diversités" et à "faire vivre une fraternité extraordinaire" entre les religieux, malgré des sensibilités différentes.

    Le Père Gambetti sera aussi le premier "prince" franciscain de l’Église depuis 1861. En lui conférant la barrette rouge, le pape met à l’honneur cet esprit franciscain qui guide son pontificat. Mieux, il place au centre de l’Église cette "minorité franciscaine" qu’il ne cesse de mettre en lumière. Aux franciscains, il aime à rappeler qu’un frère ne doit pas aspirer à revendiquer des 'droits' et doit aimer ses frères "avec respect, compréhension et miséricorde". Un esprit dont l’Église a bien besoin. (cath.ch/imedia/cg/gr)

    Articles les plus lus

    no_image
    Cornelius Sim, évêque et vicaire apostolique de Brunei, sur l'île de Bornéo © Wikimedia Common - paroissien de Brunei – DDP

    Le Cardinal Sim, pionnier de l’évangélisation 2/9

    Appelé à recevoir la barrette rouge des cardinaux des mains du pape François le 28 novembre 2020, l’évêque de Brunei, Cornelius Sim, pourrait se targuer de détenir d’impressionnants records. Il est, depuis 1989, le premier prêtre indigène ordonné dans le Brunei Darussalam – ou Sultanat de Brunei. Depuis 2004, il en est le premier vicaire apostolique. Désormais, il devient le premier cardinal de cette toute petite monarchie musulmane de l’île de Bornéo.

    Cette progression fulgurante du haut prélat, qui, à 69 ans, rejoint la plus haute sphère de l’Église romaine, est encore plus surprenante si on se penche sur son parcours singulier. Né en 1951 à Brunei, il est à moitié chinois et à moitié dusun, l’ethnie majoritaire du nord de Bornéo et de Brunei. Ses parents sont catholiques, et il lui est possible d’être élevé dans la foi. Cependant, il s’en écarte peu à peu en approchant de l’âge adulte. Bon élève, il part faire ses études en Écosse dans l’université de Dundee. Il veut être journaliste un temps, mais revient finalement au pays avec un diplôme d’ingénieur qui lui permet de diriger la succursale de Shell au Brunei, qui a de très importantes ressources pétrolifères. Il occupera ce poste de 1978 à 1985.

    Pendant cette période cependant, l’ingénieur redécouvre la foi grâce à la présence de mouvements charismatiques à Brunei, qui mettent plus l’accent sur une relation directe avec Dieu et moins sur la doctrine. Il en est transformé, et décide tout simplement de quitter son travail pour partir étudier la théologie dans l’université franciscaine de Steubenville, dans l’Ohio (États-Unis). Il retourne à Brunei et est ordonné prêtre en 1989. Il est lui-même encore surpris aujourd’hui de ce soudain renversement qui, en quatre ans, a fait basculer toute son existence. "Je n’ai jamais voulu être prêtre. J’ai été en quelque sorte détourné dans ce travail", déclarait-il au site anglophone Crux le 16 novembre dernier.

    Au service de son pays

    Il raconte qu’on lui a dit un jour: "Écoutez, nous avons besoin d’un prêtre, vous êtes le seul à avoir une sorte de formation théologique, alors ce sera vous". Le Brunéien aurait tout d’abord clairement refusé, puis après avoir réfléchi une nouvelle fois à la question lors d’une retraite, serait soudainement revenu sur sa décision. Il pensait alors ne pas avoir d’autre rôle que celui de prêtre, mais tout s’est passé autrement. On lui donne rapidement des responsabilités. En 2004, Jean Paul II décide de l’ordonner évêque, et le convoque à Rome pour lui remettre sa croix pectorale.

    Cependant, fier d’être (encore une fois) le premier évêque de son pays, il demande au pontife de pouvoir être ordonné chez lui au Brunei. Le chef de l’Église catholique accepte, et la cérémonie se tient le 21 janvier 2005 dans la pro-cathédrale Notre-Dame de l’Assomption dans la capitale Bandar Seri Begawan, présidée par Mgr Salvatore Pennacchio, nonce en Thaïlande et à Singapour mais aussi délégué apostolique au Brunei.

    Dialogue exemplaire avec l’Islam

    Le cardinal Sim sera, de plus, le plus haut dignitaire religieux catholique d’un pays où la religion officielle est l’Islam (pratiqué par 70% de la population) et où le catholicisme ne concerne que 20'000 âmes (4%). Le pays est cependant considéré comme un modèle de dialogue interreligieux, et le pape François souhaite très probablement s’appuyer sur son nouveau cardinal pour mettre en avant des modèles pratiques et opérant de la "fraternité universelle" dont il a fait son cheval de bataille depuis 2019.

    Les autres domaines dans lesquels le cardinal Sim souhaite s’investir pour faire valoir son expérience personnelle, a-t-il confié à Crux, sont "la question migratoire, la santé, et la promotion de la connaissance de la Bible". Mais les trois priorités aujourd’hui, semblent être pour lui la famille, l’environnement et les communications sociales. Ces dernières doivent passer par plus de proximité, défend-il. Quand à la famille, elle est "la clé de beaucoup, beaucoup de choses" selon lui.

    Si tous les chemins semblent l’avoir mené, parfois malgré lui, vers Rome, le cardinal Sim ne pourra pas se rendre dans la Ville Éternelle le 28 novembre prochain. La pandémie, les restrictions associées et le très long vol pour venir du petit pays insulaire jusqu’en Italie ont empêché tout déplacement. Il suivra le consistoire, comme beaucoup d’autres cardinaux par vidéoconférence. (cath.ch/imedia/cd/gr)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Mario Grech est le secrétaire général du Synode des évêques © Facebook

    Cardinal Mario Grech, l'étoile montante 3/9

    Le 25 octobre 2020, lorsque de la fenêtre du Palais apostolique du Vatican le pape François annonce l’élévation prochaine de treize hommes d’Église au rang de cardinal, le nom de Mgr Mario Grech sort en premier. Un honneur pour le prélat maltais qui, à 63 ans, devient sous le pontificat de François une figure déterminante de l’Église catholique.

    Accueil des migrants, divorcés-remariés, déchristianisation de l’Europe… l’ancien archevêque de Gozo (Malte) s’est illustré ces dernières années par son action et ses engagements sur des thématiques chères au pape François.

    En le nommant au poste stratégique de secrétaire général du Synode des évêques en septembre dernier et en l’élevant au rang de cardinal, le pontife argentin lui signifie toute sa confiance et ses encouragements.

    Tourner la page de "l’Église d’hier"

    Mario Grech est né en 1957 à Qala, sur l’île de Gozo, terre de 30'000 âmes qui compose l’archipel maltais. Entré au séminaire en 1977, il est ordonné prêtre sept ans plus tard avant de partir pour Rome terminer sa licence en droit canonique et en droit civil. Il réalise ensuite une thèse de doctorat à l’Angelicum sur "l’harmonisation des dimensions religieuse et civile des mariages canoniques à Malte". De retour à Gozo, il enseigne au séminaire et travaille au tribunal ecclésiastique du diocèse. Devenu curé en 2004, il est nommé un an plus tard par le pape Benoît XVI évêque de Gozo, son diocèse d’enfance. En tant que pasteur, il réalise que sur cette île autrefois conquise au catholicisme, la pratique de la religion est en déclin, comme partout en Europe.

    Ce constat oblige, selon lui, à une réaction forte: "si nous choisissons de rester 'l’Église d’hier', nous finirons par ne plus être pertinents pour la société, ni même remplir notre mission en temps qu’Église". Dépoussiérer l’Église et lui redonner le souffle de l’Evangile: Mgr Grech va s’y atteler dans un style et une méthode très similaires à ceux du pape François.

    Une voix pour les migrants

    "Nous sommes en présence de vingt-quatre corps humains non identifiés, mais nous savons que beaucoup d’autres, des centaines, reposent dans le grand cimetière qu’est devenu la Mare Nostrum". Le 23 avril 2015, devant vingt-quatre cercueils alignés, Mgr Mario Grech préside avec un imam un service funèbre. Quelques jours auparavant, la Méditerranée avait englouti la vie de dizaines de migrants. Un énième scandale pour l’archevêque de Gozo qui, reprenant les paroles du pape François, prévient alors que la "mondialisation de l’indifférence" adviendra si "nous manquons ce moment historique en choisissant de ne pas nous arrêter pour entendre le cri de nos frères et sœurs qui cherchent désespérément un refuge".

    Dénonçant l’aveuglement d’une Europe qui a perdu ses "valeurs chrétiennes" dans sa gestion de la crise des migrants, il n’hésite pas à monter au créneau à de nombreuses reprises. Quitte à bousculer par son franc parler les catholiques rétifs à l’accueil des migrants. "De manière ironique, alors que nous, catholiques, célébrions la Nativité de notre Seigneur rejeté dès sa naissance, l’Europe a refusé de donner refuge à 32 migrants", fustige-t-il par exemple début 2019 dans un message signé avec deux de ses frères évêques maltais. Une déclaration qui rappelle évidemment les nombreuses sorties de l’évêque de Rome sur le sujet.

    Une voie pour les divorcés-remariés

    C’est sans doute aussi sur le dossier des divorcés-remariés que Mgr Grech s’est tout particulièrement illustré. Sensible à cette question épineuse de part à sa formation, il publie début 2017 avec Mgr Scicluna, archevêque de Malte, une note à l’intention de ses prêtres pour proposer des "lignes directrices" d’applications concrètes du chapitre VIII de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia.

    "Dans l’exercice de notre ministère, nous devons veiller à ne pas tomber dans les extrêmes: dans l’extrême rigueur d’une part, et dans le laxisme d’autre part", peut-on lire dans ce document qui appelle les prêtres à manier "l’art de l’accompagnement" tout en gardant à l’esprit qu’ils ont "le devoir d’éclairer les consciences en proclamant le Christ et le plein idéal de l’Évangile". Insistant sur le fait que toutes "les situations ne sont pas les mêmes", les deux évêques maltais mettent en garde les ministres ordonnés contre la tentation d’appliquer des schémas: "Notre rôle n’est pas simplement d’autoriser ces personnes à recevoir les sacrements, ou d’offrir des 'recettes faciles', ou de se substituer à leur conscience. Notre rôle est de les aider patiemment à former et à éclairer leur propre conscience, afin qu’elles puissent elles-mêmes prendre une décision honnête devant Dieu et agir selon le plus grand bien possible".

    Longue d’une dizaine de pages, cette réflexion pratique est très certainement remontée jusque dans le bureau du pape. Quelques jours après sa publication, L’Osservatore Romano, journal officiel du Saint-Siège, en faisait un bon écho dans ses pages.

    L’enseignement du coronavirus: changer les modèles pastoraux

    La personnalité de Mgr Grech s’est peut-être un peu plus dévoilée au grand public lorsque, à peine nommé secrétaire général du Synode des évêques, il a lancé une charge sans retenue contre l’attitude de certains clercs et laïcs durant le confinement imposé par la crise sanitaire. Paru le 14 octobre 2020 dans la revue La Civilita Cattolica, son propos affirme sans langue de bois aucune que la crise a révélé une "analphabétisme spirituel", un "cléricalisme" et une "foi immature" dans une Église déchirée par la question de l’accès aux sacrements à l’heure du coronavirus.

    Parmi les nombreuses et vives critiques, Mgr Grech juge "curieux que beaucoup de gens se soient plaints de ne pas pouvoir recevoir la communion et célébrer les funérailles à l’église, mais pas autant qu’ils se sont préoccupés de la manière de se réconcilier avec Dieu et le prochain, d’écouter et de célébrer la Parole de Dieu et de vivre une vie de service". Rappelant néanmoins que l’Eucharistie est bien la "source et le sommet de la vie chrétienne", le prélat souligne qu’elle n’est pas la seule possibilité dont dispose le chrétien pour rencontrer Jésus. Pour lui, l'"activité pastorale" a trop souvent cherché à conduire aux sacrements et non à conduire – par les sacrements – à la vie chrétienne. Il s’agit donc selon lui de réagir en prenant cette crise comme une opportunité de changer de modèles pastoraux, et en réhabilitant notamment "l’Église domestique".

    Ces mots, extrêmement forts, sont prononcés dix jours seulement avant l’annonce par le pape de la création de treize nouveaux cardinaux. Preuve est-il que la liberté de parole dont use le prélat maltais ne semble pas contrarier le pontife argentin. Les mois prochains donneront l’occasion d’entendre le nouveau cardinal puisque l’évêque de Rome lui a confié la délicate mission de conduire le fameux "Synode sur la synodalité" prévu en octobre 2022. (cath.ch/imedia/hl/gr)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, Rwanda © Grégory Roth

    Mgr Kambanda, la pourpre du sang versé au Rwanda 4/9

    Rescapé du génocide du Rwanda, Mgr Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, est une figure forte de la réconciliation dans un pays martyr. À travers lui, le pape élève le pardon en vertu cardinale.

    «Je n’avais jamais rêvé d’être cardinal. C’est le Seigneur qui l’a voulu", s’est réjoui Mgr Kambanda au micro de Vatican News le 25 octobre 2020 en apprenant sa nomination. Une telle fonction lui donnera "l’opportunité de travailler beaucoup plus pour le Seigneur", s’est-il exclamé, conscient que ce titre lui permettra de partager son expérience avec d’autres communautés souffrant de conflits violents.

    Il faut dire que l’archevêque de Kigali, premier Rwandais de l’Histoire à recevoir la pourpre cardinalice, porte sur ses épaules un héritage très lourd. Rejoindre le Sacré Collège lui offrira l’occasion de mettre en lumière son pays, déchiré par l’un des plus grands génocides du XXème siècle. Plus de 800'000 personnes, principalement issues de l’ethnie des Tutsis, à laquelle il appartient, y ont laissé la vie.

    Le pardon est une grâce

    Le cardinal désigné a vécu ce massacre dans sa chair puisqu’à l’exception de son frère, résidant à présent en Italie, l’ensemble de sa famille a été assassiné en 1994. Cette plaie encore ouverte est d’autant plus douloureuse pour le haut prélat qu’elle déchire également sa famille d’adoption: l’Église. De nombreux chrétiens ont en effet été impliqués dans ces massacres.

    Alors que le pays a commémoré les 25 ans de ce génocide en 2019, l’archevêque de Kigali confie travailler d’arrache-pied à la réconciliation. Par le biais d’un synode local, il a notamment encouragé au dialogue entre les familles persécutées et leurs bourreaux ; un travail long qui suppose une écoute mutuelle. "Chacun a une histoire de souffrance", confiait-il à KTO en janvier 2020.  Mais "quand vous écoutez [la souffrance de quelqu’un], vous vous mettez à sa place. Et là commence la compassion".

    Cette lente reconstruction du pays a nécessité plusieurs étapes, déclarait-il encore à la chaîne française: elle suppose d’abord de porter secours aux survivants, d’offrir des enterrements "dignes" à ceux qui n’en n’ont pas reçus, ou encore de prendre soin des orphelins, a-t-il égrené. Le pardon, "mot clef du Rwanda", est avant tout une "grâce" pour le haut prélat. En choisissant Mgr Kambanda comme cardinal, le pape place donc le chemin de compassion au cœur de l’Église.

    Ordonné par Jean Paul II

    Né en 1958, Antoine Kambanda est très tôt sensibilisé aux conflits ethniques puisque sa famille est contrainte de s’exiler pour cette raison un an après sa naissance. Ayant fait ses études au Burundi et au Kenya, il retourne au pays et rentre au séminaire de Rutongo en 1984 puis poursuit des études de théologie morale à Rome.

    En 1990, c’est le pape Jean Paul II, alors en visite au Rwanda, qui l’ordonne prêtre. Nommé évêque du diocèse de Kibungo en 2013, il est élevé au rang d’archevêque de Kigali en 2018 par le pape François. À noter qu’il est élu par la Conférence épiscopale de son pays pour participer au synode sur la famille de 2015.

    Au cœur des préoccupations de l’Africain, figurent encore l’éducation de la jeunesse et la lutte contre les injustices et la pauvreté. Le haut prélat veut en effet inviter les jeunes de son pays à "regarder en avant" sans s’empêtrer dans des logiques ethniques. Son insistance sur l’éducation de la jeunesse s’explique également par l’influence des sectes protestantes dans ce petit pays.

    Une nomination diplomatique?

    Sa nomination comme cardinal a sans doute aussi une résonance diplomatique, les relations entre le Vatican et le Rwanda n’ayant pas toujours été au beau fixe. L’État africain a en effet longtemps demandé des “excuses officielles” de Rome en raison de la proximité de l’Église avec l’ancien pouvoir. Si la situation semble s’être rétablie avec la visite de Paul Kagame au Vatican en 2017 – le pape François ayant à cette occasion imploré "le pardon de Dieu" pour les crimes commis – jamais l’Église catholique n’a impliqué la responsabilité du Vatican dans ce drame. (cath.ch/imedia/cd/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le cardinal José Advincula est archevêque de Capiz, aux Philippines © DR

    José Advincula, un cardinal de proximité 5/9

    A 68 ans, José Advincula, archevêque de Capiz n’est pas un prélat médiatique, à l’instar d’un cardinal Tagle ou de l’actuel président de la Conférence des évêques des Philippines, le jeune Mgr Pablo Virgilio David, mais le profil pastoral du futur cardinal est reconnu par beaucoup.

    "Qui est Mgr José Advincula?" Telle est la question que se sont posés nombre de Philippins le 25 octobre 2020 en découvrant son nom sur la liste des prochains cardinaux, rapporte UCANews. L’archevêque de Capiz n’est en effet pas un prélat médiatique, mais son profil pastoral est reconnu par beaucoup.

    Né le 30 mars 1952 à Capiz, José Advincula est ordonné prêtre en 1976, et poursuit des études de psychologie. Envoyé à l’université pontificale Angelicum à Rome, il y obtient une licence de droit canonique. De retour dans son pays, il est nommé en 1999 curé de paroisse dans son diocèse d’origine. En 2001, le pape Jean Paul II le nomme évêque de San Carlos, au centre de l’archipel, charge qu’il occupe jusqu’à sa nomination à Capiz en 2011 par Benoît XVI.

    Un évêque proche de son troupeau

    Après l’annonce de son élévation au cardinalat par Rome, son compatriote Mgr David a tenu à saluer le sens de la compassion qui caractérise selon lui son confrère. Le nouveau cardinal, affirme-t-il, s’est distingué par son action pendant la crise sanitaire, alertant sur l’augmentation du nombre de cas de dépressions voire de suicides dans son diocèse. Un sujet, semble-t-il, qui tient à cœur à l’ancien élève de psychologie. Dans une lettre pastorale envoyée pendant le confinement Mgr Advincula avait sonné l’alarme: "en tant qu’Église, nous sommes appelés à cultiver la culture de la présence […] Lorsque nous connaissons quelqu’un qui souffre de dépression, nous devons lui tendre la main, même si nous ne sommes pas des experts en santé mentale"».

    Cette attention au prochain, telle est la volonté qui anime le nouveau cardinal philippin. Un pasteur, selon lui, doit se placer au plus près de tous les membres de son troupeau, surtout quand ils sont accablés. Le pape François, qui ne cesse d’appeler à une présence silencieuse auprès de ceux qui souffrent, doit apprécier cette sensibilité.

    Proche du peuple et des souffrants, le cardinal désigné considère que sa nomination était une façon d’ouvrir le collège cardinalice aux personnes des périphéries: "J’ai toujours pensé que l’Église doit être plus proche des gens, en particulier de ceux de la périphérie", confiait-il au lendemain de sa nomination à Vatican News. Cela veut dire être conscient des joies, des angoisses et de la vie des pauvres.

    Droits de l’Homme, pauvreté, éducation

    Le futur cardinal aura à cœur de s’investir sur un thème qui lui est très cher : celui des Droits de l’Homme. Dans un pays miné par la pauvreté et la violence, ils doivent être au cœur de la mission de toute l’Église. Et d’insister sur le rôle de l’éducation, qui est "la manière d’élever les gens pour qu’ils puissent gagner plus afin de vivre une vie plus décente".

    Avec sa nomination, le nombre de cardinaux philippins est porté à quatre. Cependant, le cardinal Advincula sera le seul en activité dans son pays, deux cardinaux étant à la retraite et le cardinal Tagle dirigeant désormais à Rome la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Afin de se faire un relais efficace entre l’archipel et le Vatican, le nouveau cardinal pourra compter sur son expérience de terrain, lui qui a travaillé, comme prêtre puis comme évêque, dans trois diocèses ruraux des Philippines. (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Augusto Paolo Lojudice est archvêque de Sienne © Wikimedia Commons

    Augusto Paolo Lojudice: le cardinal des Roms 6/9

    Un an seulement après son installation comme archevêque de Sienne, en 2019, Mgr Augusto Paolo Lojudice a été choisi par le pape François pour faire partie des nouveaux cardinaux. Une surprise pour ce prélat italien de 56 ans qui s’est illustré par son apostolat auprès des plus démunis, à Rome surtout, diocèse dont il fut évêque auxiliaire de 2015 à 2019.

    Dimanche 25 octobre 2020, alors qu’il travaille à son bureau de l’archevêché de Sienne (Toscane), un collaborateur entre pour annoncer à Mgr Lojudice la nouvelle: le pape François vient de proclamer les noms des nouveaux cardinaux… et il en fait partie. «Une blague ?!», réagit mécaniquement le prélat qui avait été reçu par le pontife une semaine auparavant sans que jamais cette possibilité n’ait été évoquée. Comme il le raconte au journal italien La Voce Alessandrina, à l’issue de la rencontre, le pontife lui avait toutefois demandé l’air de rien ce qu’il ferait le dimanche suivant. Mgr Lojudice apprendra plus tard – de l’aveu même d’un pape François hilare – qu’il s’agissait d’une question banale pour savoir s’il serait libre au moment de l’annonce du prochain consistoire.

    Un prêtre "des périphéries"

    Il faut dire que s’est nouée entre les deux hommes d’Eglise une amitié sincère qui remonte au mois d’octobre 2015, à l’occasion d’un rassemblement international du peuple Rom. Mgr Lojudice, tout juste nommé évêque auxiliaire de Rome, est évidemment présent. Depuis son entrée au séminaire pontifical romain, il porte une grande attention à ce peuple marginalisé et se rend très régulièrement dans les camps de Roms, en périphérie de la Ville éternelle. Un apostolat qui lui a valu d’être souvent affublé du surnom de “prêtre des Roms”.

    Lors du rassemblement donc, une femme interpelle le pontife argentin et lui demande le baptême. Touché, il lui demande alors quel est le prêtre qui l’a accompagnée sur ce chemin. «Don Paolo», lui répond la femme. C’est ainsi que le successeur de Pierre et son évêque auxiliaire organiseront ensemble le baptême de cette Rom, le 26 décembre suivant, au Vatican. «Depuis lors, à chaque fois que nous avons l’occasion de nous parler, il me demande des nouvelles de cette dame et de sa famille», confie le nouveau cardinal.

    Un fidèle de François… et de Benoît XVI

    Né en 1964 dans le quartier romain de Torre Maura, Augusto Paolo Lojudice a toujours eu le désir de prendre «le parti des derniers», rapporte Vatican News. Familles en difficulté, jeunes filles esclaves de la prostitution, personnes de la rue ou encore migrants isolés: celui qui fut ordonné prêtre en 1989 s’est mis un point d’honneur à appliquer avec ces “périphéries” la radicalité de l’Évangile.

    L’arrivée en 2013 du cardinal Bergoglio sur le trône de Pierre est en ce sens une bénédiction pour le prêtre romain. Même si, pour lui, «son pontificat et son magistère sont la conséquence logique de celui du pape Benoît», confie-t-il au média italien In Terris, considérant même que "tout le programme de François se trouve dans sa première encyclique, Evangelii Gaudium», un texte très largement inspiré et rédigé par son prédécesseur.

    «Les pauvres ne vont pas en vacances, donc la charité n’y va pas non plus»

    Directeur spirituel du Grand séminaire romain pontifical jusqu’en 2014, le Père Lojudice est nommé en mars 2015 par François pour être un de ses évêques auxiliaires. Au sein de la Conférence épiscopale italienne, il s’implique alors particulièrement dans la commission pour les migrants, instance dont il prendra la présidence de 2017 à 2019. Cette année-là, le pape le nomme archevêque de Sienne. «Notre destin d’auxiliaires de Rome est ainsi: quelques années de service à la maison et puis nous partons pour une autre terre», relève-t-il dans un dernier message adressé à ses diocésains romains.

    En Toscane, l’arrivée de cette personnalité souvent décrite comme «humble» et «simple» est très bien perçue. Homme d’action, il organise avec la Caritas un réseau de solidarité d’urgence pour répondre à la pandémie de coronavirus qui frappe le nord de l’Italie. «Les pauvres ne vont pas en vacances, donc la charité n’y va pas non plus», commente-t-il alors, dans un style très bergoglien.

    La liberté de n’avoir rien demandé

    L’annonce de son élévation au cardinalat, le 25 octobre dernier, a très vite suscité à Sienne la crainte de le voir repartir pour Rome à un poste de Curie – l’archidiocèse de Sienne n’étant pas traditionnellement un siège cardinalice. Mais le cardinal-désigné a rapidement fait taire les rumeurs sur un prétendu départ. «Je resterai à Sienne», affirme-t-il à Vatican News, expliquant que «s’il y a une chose que nous avons comprise [pendant le pontificat] de Sa Sainteté, c’est la capacité de bouleverser tous les plans, de décider par lui-même».

    En lui conférant la barrette cardinalice un an seulement après son arrivée à Sienne, le pape François révèle effectivement sa grande liberté dans sa composition du collège cardinalice – le siège de Sienne n’avait pas eu l’honneur de compter un haut prélat depuis 220 ans. Il montre aussi et encore vouloir récompenser les évêques de terrain, ceux qui n’hésitent pas à délaisser les “ors” des palais pour se rendre aux périphéries. Un apostolat qu’entend poursuivre le nouveau cardinal.

    Au journaliste de La Voce Alessandrina qui lui demandait ce que son changement de statut occasionnerait, il répondait ainsi: «Être cardinal est un service rendu à l’Église, une grâce qui appelle une plus grande responsabilité, et non un honneur ou une 'médaille' dont on peut se vanter. Je ressens aussi la liberté de n’avoir rien demandé: je n’ai rien demandé, et ce cadeau est arrivé». (cath.ch/imedia/cd/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Wilton Gregory, ancien archevêque de Washington © archidiocèse d'Atlanta

    Wilton Gregory, un cardinal pour guérir les blessures américaines 7/9

    La présence du nom de Mgr Wilton Gregory, archevêque de Washington, sur la liste des futurs cardinaux est probablement celle qui a été le plus remarquée lors de l’annonce du consistoire le 25 octobre 2020. Dans une Eglise américaine blessée et divisée, le choix de cette personnalité de dialogue est important.

    Dans un contexte marqué par les élections américaines et précédé, quelques mois auparavant, par l’assassinat de George Floyd, le choix d’élever l’archevêque de Washington à la pourpre cardinalice – une première dans l’histoire pour un afro-américain – a été perçue par beaucoup comme un symbole. Dans une Église catholique américaine blessée par les scandales d’abus, en particulier par le cas McCarrick, prédécesseur de Gregory à Washington, et divisée par les questions sociales et politiques, la nomination de cette personnalité très attachée au dialogue et engagée dans l’apaisement social semble par bien des aspects significative.

    Wilton Gregory est né en 1947 dans une famille afro-américaine non-catholique dans les quartiers populaires de Chicago. Après le divorce de ses parents, il est élevé par sa mère et sa grand-mère, qui l’inscrivent dans une école catholique. Cette simple décision va bouleverser sa vie : six semaines plus tard, le jeune garçon veut devenir prêtre, une décision qui ne le quittera plus. Cette conversion à onze ans, belle et radicale, le pousse à se faire baptiser en 1959 et l’accompagne jusqu’au 9 mai 1973, jour de son ordination à l’âge de 25 ans.

    Devenu prêtre, le Père Gregory étudie tout particulièrement la liturgie, à Chicago puis à Rome. Il se retrouve aussi à cette époque, lors de ses premières missions pastorales dans plusieurs paroisses, sous la protection d’une personnalité importante, le cardinal Joseph Bernardin, archevêque de Chicago entre 1982 et 1996. C’est probablement sous son impulsion que le prêtre est nommé évêque de Belleville par Jean Paul II en 1993.

    En première ligne face aux abus sexuels

    Ce diocèse de l’Illinois, à proximité de St. Louis, est marqué par de très graves affaires d’abus sexuels, qu’il combat avec ténacité. Alors que l’Église américaine traverse à cette période une très éprouvante crise dans ce domaine, sa capacité à prendre le problème à bras le corps ne passe pas inaperçue. Elle n’est en tout cas pas étrangère au fait qu’en 2001, il devienne le premier afro-américain à prendre la tête de la Conférence des évêques des États-Unis. Pendant cette période, il contribue à façonner la politique dite de “tolérance zéro” pour répondre aux très nombreux scandales des abus sexuels.

    Reconnu par ses pairs et sa hiérarchie, le pape François lui confère la charge prestigieuse et souvent cardinalice d’archevêque de Washington. Un archidiocèse qu’il récupère alors que son prédécesseur, le cardinal Donald Wuerl, a démissionné après avoir été accusé par un jury de Pennsylvanie d’avoir couvert des abus, et sur lequel plane surtout l’ombre du très controversé cardinal Theodore McCarrick, archevêque de Washington de 2000 à 2006. Ce dernier, condamné pour de nombreux abus sexuels sur de jeunes séminaristes, a été réduit à l’État laïc en 2019.

    À la lecture du récent rapport du Vatican sur McCarrick, Mgr Gregory a fait part de sa honte, sa tristesse et sa colère, appelant à soutenir la guérison de ceux qui ont été blessés. Il a part ailleurs reconnu le chemin restant à parcourir : «Quel pas énorme et tenace reste-t-il à faire face aux innombrables personnes que nous avons déçues !»

    Dialoguer avec les minorités

    Homme de dialogue, il est nommé en 2004 archevêque d’Atlanta, en Géorgie, par le pontife polonais. Sur place, il se distingue par une attention importante accordée à la communauté LGBT, comme le souligne le New York Times. « Ces hommes et ces femmes sont les fils et les filles de l’Église, et pourtant, dans de trop nombreux cas, ils ne se sont pas sentis accueillis ou respectés », déclare-t-il publiquement.

    Installé à Washington durant le mandat du président Donald Trump, il hérite d’une Amérique divisée sur les questions raciales. Dès lors, il lance de nombreux appels à l’apaisement dans un pays où les tensions sont exacerbées, notamment en juin 2020 après la mort de George Floyd, un noir américain tué par des policiers.

    Quelques semaines plus tard, lors d’une commémoration de la “Marche sur Washington” de Martin Luther King de 1963 – au cours de laquelle ce dernier prononça son fameux « I have a dream » – Mgr Gregory a livré un plaidoyer pour l’unité. « Nous avons la tâche et le privilège de faire avancer les objectifs qui ont été si éloquemment exprimés il y a 57 ans », déclarait-il. « Des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des personnes de toute origines raciales et ethniques sont nécessaires dans cet effort. »

    Un cardinal pour l’après-Trump?

    Les relations entre l’archevêque Gregory et le président Donald Trump ont souvent été tendues. En juin, il avait reproché au locataire de la Maison Blanche d’instrumentaliser une visite au sanctuaire national Saint Jean Paul II, un jour après d’importantes manifestations de Black Lives Matter devant la résidence présidentielle. « Je trouve déconcertant et répréhensible qu’une institution catholique se permette d’être si manifestement mal utilisée et manipulée d’une manière qui viole nos principes religieux », avait-il déploré.

    Après l’élection à la présidence des États-Unis du catholique Joe Biden, l’archevêque de Washington s’est montré plus conciliant, tout en soulignant que sur de nombreux points, le président démocrate divergeait de l’enseignement catholique. « Il y a des domaines où nous ne serons pas d’accord », a-t-il insisté dans un entretien avec le site jésuite America, mentionnant notamment la question de l’avortement. «J’espère que ce sera un vrai dialogue, parce que je pense que c’est le mantra du pape François  – que nous devrions être une Église en dialogue, même avec ceux avec qui nous avons de sérieux désaccords», a-t-il expliqué. Critique mais ouvert à la discussion, c’est sur cette voie que compte s’engager le futur cardinal de Washington. (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Marcello Semeraro, nouveau préfet de la Congrégation pour les causes des saints, est un proche du pape François © Vaticannews.va

    Cardinal Semeraro: fidèle zélé du pontife 8/9

    Deux aspects caractérisent le profil du cardinal Marcello Semeraro, appelé le 25 octobre 2020 à rejoindre le Collège cardinalice. Très actif à la Curie romaine, il est aussi un proche du pontife argentin. Les deux hommes se sont connus en 2001, quand Mgr Semeraro était secrétaire spécial et Mgr Jorge Mario Bergoglio rapporteur général du Synode des évêques dédié au ministère épiscopal. Dès son élection, le pape François avait choisi à nouveau de collaborer étroitement avec lui, et l’avait placé au cœur du pouvoir romain.

    Le pape avait dès 2013 confié à Mgr Semeraro la tâche délicate et centrale de devenir le secrétaire du Conseil des huit cardinaux. Une institution en charge des «questions les plus importantes», chargée de superviser la réforme de la Curie et la rédaction de la prochaine constitution apostolique, expliquait-t-il à l’hebdomadaire La Vie en 2018. Ce sont les grandes orientations du pontificat qu’il a donc accompagnées pendant des années, dans l’ombre, mettant l’accent sur le fait que «l’Église en mouvement» demandée par le pape devait se distinguer par son «attention envers les personnes».

    Peu friand de la lumière des médias

    En octobre 2020, le remplacement au pied levé du cardinal Angelo Becciu – écarté par le pontife de sa charge de préfet de la Congrégation pour les causes des saints – montre encore la proximité qui l’unit au pontife. Dans un contexte marqué par les polémiques, cette nomination est un signe indubitable de la confiance de l’évêque de Rome.

    «Timide et peu friand de la lumière des médias», selon certains journalistes italiens, le futur cardinal Semeraro semble en revanche tout à son aise au sein des institutions catholiques. Il est ainsi membre du Dicastère pour la communication, consulteur de la Congrégation pour les Églises orientales, président de la Conférence épiscopale du Latium, président de la Commission régionale pour la Doctrine de la foi, l’annonce et la catéchèse, ou encore membre de la même commission au sein de la Conférence épiscopale italienne (CEI), ou encore président du Conseil d’administration du quotidien Avvenire, le journal officiel de la CEI.

    Un soutien infaillible du pontife

    Travailleur infatigable et zélé, il devenu un des plus proches collaborateurs du pape François au fil des ans. En témoigne une visite du pontife le 22 décembre 2017, dans son diocèse d’Albano, pour assister à une fête d’anniversaire organisée pour ses 70 ans. Le pape était revenu dans sa ville lors d’un autre déplacement en septembre 2019.

    La proximité entre les deux hommes s’observe également dans les déclarations publiques du cardinal désigné. Récemment, après la phrase polémique du pape François sur les unions civiles entre les personnes de même sexe, le prélat avait été le premier à s’exprimer publiquement.«Il faut aussi faire attention à ce que le pape ne dit pas» dans l’entretien, il «ne va pas au-delà de ce que l’Église a toujours dit et réaffirmé», avait alors souligné l’évêque italien. Le pontife «ne déforme pas la doctrine, il y est fidèle [car] pour l’Église, le mariage n’est pas seulement un contrat juridique, c’est bien plus que cela. Ici, le pape ne nie pas cette autre chose qu’est le mariage lui-même». Peu nombreux sont ceux qui peuvent se faire porte-parole du pape pour déminer des sujets aussi sensibles.

    Indulgence pour les divorcés remariés

    Dans un entretien accordé en 2018 au quotidien local Nuovo Quotidiano di Puglia, Mgr Semeraro avait aussi abordé la question des divorcés remariés, confirmant ainsi la position du pape François sur ce sujet dans Amoris laetitia (2015). «Si les divorcés veulent se remarier, avait-il alors déclaré, c’est tout de même une bonne chose: cela signifie qu’ils n’ont pas perdu la foi dans le mariage. Et puis aujourd’hui l’Église est très attentive à l’aspect subjectif de la question, elle doit être évaluée au cas par cas». «Les temps changent», avait-il conclu. (cath.ch/imedia/cg/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Mgr Celestino Aós Braco, a été archevêque de Santiago du Chili © Nibaldo Pérez www.iglesiadesantiago.cl

    Cardinal Celestino Aós Braco: simple servant de l’Église 9/9

    Le consistoire qui s’est tenu le 28 novembre 2020 a vu la nomination de neuf nouveaux cardinaux. Nous terminons la série de portraits avec Celestino Aós Braco.

    En à peine cinq années, le cardinal espagnol Celestino Aós Braco a réalisé une ascension hors du commun. En 1983, ce simple prêtre capucin est d’abord envoyé dans un diocèse rural du sud du Chili. Détenteur d’un diplôme en psychologie, il offrait alors des consultations à des personnes modestes qui n’avaient pas les moyens de consulter un psychologue.

    Il a ensuite été appelé en 2014 à 69 ans pour diriger le diocèse ouvrier de Copiapó au nord. En mars 2019, à 74 ans, le prélat est alors nommé par le pape administrateur apostolique de l’archidiocèse de Santiago, le plus important du Chili. «Il a contribué à calmer les eaux turbulentes du diocèse», confie à I.MEDIA un prêtre chilien. «Il est arrivé pour faire ce qu’il pouvait, conscient de son âge avancé».

    Un geste d’encouragement envers l’Église au Chili

    « Tout le monde le voyait alors comme un homme de transition », explique-t-il. Mais en décembre 2019, Mgr Aós est nommé à 74 ans et 8 mois (soit quatre mois avant l’âge théorique de la retraite canonique) archevêque de Santiago. « Il faut interpréter cette décision du pape comme un geste d’encouragement adressé à l’Église au Chili » après des années marquées par les scandales d’abus sexuels, souligne ce bon connaisseur de l’Église au Chili.

    À son arrivée, le capucin a d’abord été très sollicité par les médias, raconte cette source. « Mais ce n’était pas du tout naturel pour lui, il a aussitôt repris une attitude plus discrète », explique le chilien, « ce qui n’a pas vraiment profité à l’Église, absente lors des récentes révoltes sociales qui ont secoué le pays ».

    Ni idéologue, ni ambitieux

    C’est un « homme très simple sur le plan des rapports humains, ce n’est pas du tout un idéologue ni un ambitieux », témoigne le prêtre. « Il est juste très fidèle à l’Église » et semble avoir accepté chacune de ses charges avec beaucoup de docilité, déclare-t-il encore. Une simplicité qui transparait sur son apparence puisque Mgr Aós, est systématiquement en habit de capucin quand il n’est pas en civil avec sa croix pectorale autour du cou.

    Après la nomination en 2010 du cardinal italien Riccardo Ezzati à Santiago, et maintenant d’un Espagnol, le Saint-Siège ne parvient toujours pas à confier le plus grand diocèse du pays à une figure chilienne. Le profil du cardinal Aós rompt toutefois fortement avec celui de ses prédécesseurs : si le cardinal Javier Errázuriz (1998-2010) était issu de l’aristocratie chilienne, Mgr Aós vient quant à lui d’une famille espagnole particulièrement modeste.

    Articles les plus lus