Infertilité: «Nous avons décidé de lâcher prise»
Des couples face à l'infertilité La discussion sur le mariage pour tous a ravivé le débat autour de la parentalité et notamment la question de la procréation médicalement assisté (PMA). L'infertilité des couples reste souvent un sujet tabou. Cath.ch est allé à la rencontre de quelques familles co...
Infertilité: «Nous avons décidé de lâcher prise»
«Ce bébé qui n’arrivait pas nous a ouverts à plus grand»
Margot, fruit de la NaproTechnologie et de la Madone
A Savièse, une chapelle pour confier son désir d’enfant
«La PMA nous a mis en porte-à-faux avec l’Église»
PMA: «L’Église doit apprendre à accompagner les zones grises»
Les couples sans enfant, parents pauvres de la pastorale familiale
«Catholiques, nous avons eu trois enfants par FIV avec donneuse»
Infertilité: «Nous avons décidé de lâcher prise»
Des couples face à l'infertilité La discussion sur le mariage pour tous a ravivé le débat autour de la parentalité et notamment la question de la procréation médicalement assisté (PMA). L'infertilité des couples reste souvent un sujet tabou. Cath.ch est allé à la rencontre de quelques familles co...
Infertilité: «Nous avons décidé de lâcher prise»
Des couples face à l'infertilité La discussion sur le mariage pour tous a ravivé le débat autour de la parentalité et notamment la question de la procréation médicalement assisté (PMA). L'infertilité des couples reste souvent un sujet tabou. Cath.ch est allé à la rencontre de quelques familles co...
«Ce bébé qui n’arrivait pas nous a ouverts à plus grand»
Anne-Sophie et Panayotis ont choisi de devenir famille d’accueil après avoir attendu en vain l’arrivée d’un enfant. En se lançant dans cette aventure, ce couple de Lausannois n’était pas au bout de ses surprises.
Margot, fruit de la NaproTechnologie et de la Madone
Aux premiers signes d’infertilité, on a proposé la fécondation in vitro à Virginie et Vincent. Ils ont préféré une approche plus douce qui répare la nature plutôt que de la remplacer, la NaproTechnologie. Mais c’est quand la Madone s’en est mêlée que Margot est arrivée…
A Savièse, une chapelle pour confier son désir d’enfant
Toute discrète à Savièse, la Chapelle des Corbelins accueille depuis des siècles la supplique des mères qui ont perdu un enfant. En septembre 2021, un pèlerinage remet ce sanctuaire à l’honneur: couples infertiles, parents endeuillés, chacun est invité à y confier sa peine et sa prière.
«La PMA nous a mis en porte-à-faux avec l’Église»
Joëlle et Loïc avaient joyeusement renoué avec la foi lors de leur préparation au mariage. Ils n’avaient pas de problème avec la doctrine catholique, allant jusqu’à voter contre l’extension de la PMA en 2015. Jusqu’à ce qu’eux-mêmes soient confrontés à l’infertilité…
PMA: «L’Église doit apprendre à accompagner les zones grises»
Longtemps enfermée dans la logique du permis-défendu, l’Église doit descendre dans la vie concrète des croyants, affirme l’éthicien Thierry Collaud. Notamment quand ceux-ci souffrent d’infertilité et sont mis devant le choix de la procréation médicalement assistée.
Les couples sans enfant, parents pauvres de la pastorale familiale
En Suisse romande, l’Église prévoit peu de choses pour accompagner les couples souffrant d’infertilité. Ils sont pourtant nombreux, mais demander de l’aide n’est pas forcément facile.
«Catholiques, nous avons eu trois enfants par FIV avec donneuse»
Jusqu’où aller pour avoir un enfant ? La question n’est facile pour personne. Croyants, Maxime et Stéphanie ont franchi plusieurs limites que pose l’Église. Pourtant, ils ne remettent pas en cause le bienfondé de la doctrine. Récit.
Infertilité: «Nous avons décidé de lâcher prise»
Après six ans de mariage et de nombreuses démarches médicales pour devenir parents, Cyril et Nathalie ont décidé de lever le pied. Sans enfants, ils expérimentent une autre manière d’être un couple chrétien dans le monde. Mais ils regrettent que l’Église s’intéresse peu aux situations comme la leur.
C’est une histoire qui commence tout en douceur. Cyril demande de temps en temps à Nathalie de lui envoyer un prospectus du cirque Knie, échos d’une époque où le Français venait passer ses vacances en Haute Savoie avec ses parents. Nathalie, qui habite Lausanne, y joint une plaque de chocolat. Malgré ces petites attentions et les fréquents coups de fil entre les deux trentenaires, Nathalie n’envisage pas de relation amoureuse avec ce garçon rencontré via un site catholique.
Un jour qu’elle suit une retraite au sanctuaire de Cotignac, dans le sud de la France, sur le thème «Mieux se connaître pour oser le mariage», elle est frappée par la remarque d’un intervenant: «On cherche toujours l’amour à l’extérieur de nos vies. Mais regardez autour de vous: n’y aurait-il pas quelqu’un qui est déjà là, qui vous fait signe régulièrement?»
Un mariage à Lausanne
Pour la première fois, c’est elle qui décroche son téléphone pour appeler Cyril. C’est décidé, ils se rencontreront en chair et en os. Ce n’est pas le coup de foudre, mais les deux jeunes gens apprennent à se connaître, se découvrent une sensibilité et des valeurs communes, une manière de prier semblable. Après quelques années de fréquentation, Cyril fait ses valises et quitte Toulon pour le canton de Vaud; ils se marient en 2015 à la basilique Notre-Dame, à Lausanne. Elle a 36 ans, lui 39.
Les enfants? Ils en avaient parlé pendant leurs fiançailles. Ils en veulent un ou deux. «Au début, on ne s’est pas pris la tête, raconte Nathalie, assise dans le canapé de son salon à Renens. On a laissé faire les choses, en se disant que ça viendrait quand ça viendrait. Mais après une année, je n’étais pas tombée enceinte. On a décidé de ne pas attendre pour investiguer, vu notre âge.»
Leurs témoins de mariage, qui sont passés par là, les aiguillent vers la doctoresse Tatjana Barras-Kubski, connue dans le milieu catholique romand pour aborder l’infertilité par le prisme de la médecine douce. «On a fait des prises de sang, elle nous a montré comment interpréter les courbes de température pour repérer les moments du cycle où je suis la plus fertile, j’ai pris un complément de progestérone, des vitamines, j’ai même testé le régime sans gluten», détaille Nathalie. Sans résultat.
Une amie leur parle alors de la NaproTechnologie, une approche qui vise, par l’observation des glaires cervicales notamment, à repérer des causes éventuelles d’infertilité et à soigner la source du problème. Mais après deux ans de suivi et une laparoscopie (intervention chirurgicale qui introduit une caméra dans la cavité abdominale), le verdict tombe: rien à signaler.
Le bal des piqûres
Cyril fait alors lui aussi des tests pour voir si tout va bien de son côté. «Pour l’ego, ce n’est pas évident, commente-t-il sobrement. En plus, les médecins demandent tellement d’examens! J’avais une franchise à 2'500 francs: les factures s’amoncèlent vite.» Au Centre de procréation médicalement assistée du Flon, le diagnostic est à nouveau le même: rien d’anormal.
On propose alors au couple de procéder à une insémination artificielle. «J’ai dû me faire des injections dans le ventre pendant plusieurs jours, c’était douloureux, se remémore Nathalie. Elle a beau être infirmière, c’est plus facile de piquer les autres, assure-t-elle… Le jour J, les conjoints sont tellement stressés que Cyril ne parvient pas à remplir l’éprouvette. «On s’est unis naturellement le jour-même, espérant qu’avec toutes ces hormones, ça marcherait quand même», raconte Nathalie. La nature en décide autrement: «ça a été tellement frustrant de voir mes règles arriver!»
L’assurance entre en matière
Le dernier gynécologue qu’ils consultent leur propose de jouer une ultime carte: la fécondation in vitro (FIV). La réserve ovarienne de Nathalie étant bonne, l’assurance maladie entre en matière, même si les chances de réussite sont limitées, vu leur âge.
«J’ai ressenti comme très violent de devoir à nouveau me faire des injections, tous les jours à la même heure, alors que j’ai des horaires irréguliers dans mon travail, poursuit Nathalie. Au fond de moi est monté: 'l’enfant doit être le fruit de l’amour'. Je n’étais pas à l’aise avec l’idée d’en 'fabriquer' un à tout prix en laboratoire. Si j’étais tombée enceinte de cette manière, comment aurais-je expliqué à mon enfant la façon dont il est venu au monde?»
Même si l’Église disait oui à la FIV, pour moi, ce serait quand même trop invasif.
Cyril acquiesce. «Moi qui suis très croyant, il me semble qu’un enfant est une mission qu’on reçoit du Seigneur. Faire une FIV, c’est un peu le considérer comme un dû: on paie, on y a droit.»
Dans quelle mesure la position de l’Église, hostile à la procréation médicalement assistée, a-t-elle influencé leur choix? «Je pense que les couples ont à écouter les différents avis, puis à discerner ce qui est bien pour eux ou non, explique Cyril. La position de l’Église nous a influencés, c’est certain, en ce sens que nous nous sommes renseignés sur les implications médicales et éthiques de la PMA. Mais au final, c’est nous qui avons pris les décisions.»
"Je pense que même si l’Église disait oui à la FIV, pour moi, ce serait quand même trop invasif, renchérit Nathalie. Mais c’est à chacun de discerner! Loin de moi de juger les autres."
«Tata, je t’aime!»
Avec ce renoncement, il a fallu regarder en face la possibilité de ne jamais avoir d’enfant. «On a vraiment traversé les étapes du deuil, confie Nathalie. Dépression, colère, révolte, épuisement… Là, on est dans une phase d’apaisement. Notamment parce que nous sommes sortis de toutes ces démarches médicales qui nous ont beaucoup stressés.»
Le couple apprend à regarder la vie avec ce qu’elle a de beau, même si cela ne correspond pas à son projet initial. «Par exemple, avant le Covid, on est allés voir la sœur de Cyril, se souvient Nathalie. Elle a une petite fille de six ans. J’ai passé une très belle semaine avec ma nièce, qui a senti que j’étais disponible pour jouer avec elle, et sa maman a pu se reposer. Quand elle me dit: 'Tata, je t’aime', ça me fait fondre! Même si ce n’est pas ma fille, ça m’aide de voir que je peux lui apporter quelque chose. Avec nous, elle est retournée à la messe pour la première fois depuis son baptême…»
Leur travail à tous deux, dans les soins, est aussi une belle manière de répandre du réconfort autour d’eux. Et l’infertilité est une école d’abandon: «Il y a une période où je voulais beaucoup contrôler, maîtriser; désormais, j’apprends à vivre un jour après l’autre», confie Nathalie.
«C’est pour quand?»
Sur ce chemin, il y a ceux qui aident: les amis qui promettent une prière, pas forcément pour un miracle, mais pour trouver le réconfort; il y a aussi le regard de certains, dans le milieu catholiques, habitués à ce qu'un couple de croyants ait forcément des enfants; il y a les réflexions sur le petit ventre de Nathalie: «C’est pour quand?», ou le très adroit: «Mais vous y pensez?» Il y a l’espérance qu’au prochain Noël, on pourra annoncer la bonne nouvelle à la famille, il y a Nouvel An où l’on se dit: «Cette année, peut-être…»
L’Église a des activités pour les familles, les jeunes, les vieux, mais pas grand-chose pour nous.
Et l’Église? Les deux époux jugent qu'elle n'offre pas beaucoup d’espace pour les couples en attente d’enfant. «Pourquoi ne pas créer des groupes de parole? Cela fait tellement de bien de sentir qu’on n’est pas seuls dans cette situation, lâche Nathalie. L’Église a des activités pour les familles, les jeunes, les vieux, mais pas grand-chose pour nous. Une de mes amies a écrit à l’évêque du Valais pour lui dire qu’elle se sentait bien seule face à sa situation.»
Avec ceux qu’on met de côté
La foi reste néanmoins d’un grand secours. «Je ne pense pas que Dieu veuille qu’on se rende malade à cause de ça, conclut Cyril. Ne pas avoir d’enfant ne m’empêche pas de vivre en chrétien dans le monde, dans mon couple, dans mon métier d’aide-soignant.»
Le quadragénaire estime que l’épreuve de l’infertilité l’a rendu plus attentif à la souffrance des autres. «Je juge moins facilement. Je me sens plus proche de ceux qu’on met de côté.» Quand il a dû lâcher sa vie d’avant pour venir en Suisse, trois mots l’ont aidé: «'aimer', 'perdre' (ma région, mes amis), 'grandir'. Ce que nous vivons, c’est pour grandir.» (cath.ch/cmc)
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«Ce bébé qui n’arrivait pas nous a ouverts à plus grand»
Anne-Sophie et Panayotis ont choisi de devenir famille d’accueil après avoir attendu en vain l’arrivée d’un enfant. En se lançant dans cette aventure, ce couple de Lausannois n’était pas au bout de ses surprises.
Christine Mo Costabella
Pendant le sermon de leur messe de mariage, l’abbé François Dupraz a fait rire l’assemblée en annonçant qu’Anne-Sophie et Panayotis auraient quatre enfants. Echo d’un souhait que les fiancés avaient exprimé.
La Valaisanne et le Lausannois d’origine grecque et espagnole se sont rencontrés plusieurs années auparavant dans un groupe de prière, sans être spécialement attirés l’un par l’autre. Panayotis, après un essai au séminaire, navigue entre Rome et Fribourg pour ses études de théologie. Anne-Sophie est souvent à l’étranger pour des missions humanitaires. Mais leur amitié finit par tourner en amour, et ils déposent leurs valises communes au Mont-sur-Lausanne. Elle a 31 ans, lui 34 quand ils se marient.
Pas de panique
Les tourtereaux ne sont pas pressés de devenir parents: ils n’ont pas vécu ensemble avant le mariage et veulent prendre le temps de construire leur couple. Quand ils se sentent prêts, un an plus tard, le bébé, lui, n’arrive pas. Mais pas de panique: les jeunes époux se sont mis d’accord pour faire confiance à la vie. S’ils accueillent un enfant, ce sera naturellement, sans recours à la technique.
Encore un an plus tard, grande joie: Anne-Sophie est enceinte. «Je sais exactement où nous avons conçu ce premier enfant. On était à Paris. Mais juste avant les trois mois, nous l’avons perdu…» Un stade trop tôt dans la grossesse pour avoir une image du fœtus. Pourtant, ils sont persuadés que c’était un garçon, et ils l’ont appelé Raphaël.
Comment beaucoup de couples, les époux vivent le deuil de cette fausse couche sans beaucoup de soutien, très peu de monde étant au courant. Et puis, il y a les commentaires: «Alors, c’est pour quand?» «Même de gens qui nous connaissaient assez peu, remarque Anne-Sophie. C’est gênant, car ça ne regarde personne. Il faut laisser les couples sans enfants tranquilles. Certains ne veulent pas d’enfants, ou pas tout de suite, certains luttent pour en avoir. Questionner, c’est rentrer dans l’intimité du couple.»
Une pression sociale qui n’aide pas à tomber enceinte? «Sans doute. En plus, j’avais opté pour une méthode naturelle de régulation des naissances. Ça implique d’être en permanence dans l’analyse de ce qui se passe dans son corps… Alors si les gens en rajoutent…». Dans bien des cas, observe-t-elle, les femmes tombent enceinte au moment où elles y ont renoncé et n’y pensent plus.
Faire grandir un enfant, quel qu’il soit
Après cette fausse couche, le couple se rend en pèlerinage à Cotignac, un sanctuaire dédié à la Sainte Famille dans le sud-est de la France. Ils y demandent d’être consolés et d’avoir le cœur ouvert… C’est là qu’ils prennent une décision qui germe depuis quelque temps, celle de devenir famille d’accueil.
«J’avais travaillé comme ergothérapeute au CHUV; j’intervenais parfois dans des foyers pour enfants. Et dans mon village, en Valais, il y avait des familles d’accueil. C’est une réalité que je connaissais et qui me touchait beaucoup», raconte Anne-Sophie. Elle et son mari ne souhaitent pas adopter, mais faire grandir des enfants qui en ont besoin et leur donner un maximum de cartes pour bien partir dans la vie.
"Ils veulent savoir où vous habitez, comment vous vivez, si vous avez un travail, si vous fumez…"
Il a fallu accepter de passer sous la loupe du service de protection de la jeunesse. «Ils veulent savoir où vous habitez, comment vous vivez, si vous avez un travail, si vous fumez… Autant de questions qu’on ne pose pas à des parents d’enfants biologiques!» Même si cette intrusion dans l’intimité des candidats est nécessaire pour garantir à des enfants déjà malmenés par la vie d’être bien accueillis, reconnaît Anne-Sophie.
Le couple signe pour un accueil à durée indéterminée. Il reçoit l’agrément en janvier, et en juin, Malory débarque dans leur foyer. C’est un nouveau-né qui sort à peine de l’hôpital après deux mois passés en couveuse. «Elle était tellement petite, dans sa grande couverture blanche, quand je l’ai déposée dans le maxi-cosi», se souvient sa maman.
Comment s’attacher à un enfant qui ne sera jamais tout à fait le sien? «Pour nous, la question ne s’est pas posée. Malory ne nous ressemble pas du tout, et on ne l’a même pas trouvée très jolie au départ; mais quand mon mari l’a prise dans ses bras, il a eu le même regard qu’il a posé plus tard sur nos enfants biologiques. On l’a aimée dès qu’on l’a vue.» Anne-Sophie se sent immédiatement devenir maman: «Ça me déchirait de la laisser pour aller travailler, même à mi-temps. On a vécu les nuits blanches, des rhumes, les joies des premiers sourires… Comme tous les parents!»
Avec un nerf en moins
Quand Malory souffle sa première bougie, Anne-Sophie et Panayotis se sentent près à ouvrir à nouveau leur porte. Ils pensent aussi à un accueil longue durée, mais voilà qu’on leur propose d’héberger un nourrisson pour trois mois seulement, le temps qu’on lui trouve une famille d’adoption. «Allez savoir pourquoi, on a tout de suite dit oui, alors que cela n’entrait pas dans nos projets.»
C’est ainsi que Mathys, lui aussi grand prématuré, pousse ses premiers pleurs au Mont-sur-Lausanne. «Quand il est arrivé, c’était la même chose: on a été parents au premier coup d’œil.» Or, pendant ces trois mois, on découvre qu’il manque au bébé un nerf facial, ce qui lui confère un handicap permanent, quoi qu’esthétique uniquement. Aucune famille adoptive n’ayant accepté ce cas de figure, voilà Mathys inadoptable.
«Mon mari a dit à la tutrice qui s’occupait de lui: ‘Mais nous, on va l’adopter, cet enfant!’ Puis il s’est tourné vers moi: ‘N’est-ce pas, on va l’adopter?’ Nous n’en avions jamais parlé, mais c’était une évidence pour tous les deux!»
Cheveux blancs pour le service de tutelle
Pas si simple, dans les faits, car une famille d’accueil ne peut pas être en même temps adoptante. Vu la situation, cependant, le couple reçoit l’agrément, mais uniquement pour Mathys. «Pour couronner le tout, au moment où je m’y attendais le moins, je suis tombée enceinte.» Cheveux blancs garantis pour le service de tutelle, qui trouve très compliqué d’envisager une famille avec un enfant accueilli, un autre adopté et un dernier biologique. «Alors que pour nous, pas du tout! Je me présente comme la maman de quatre enfants, point!»
Quatre? «Oui: j’avais 38 ans quand Célestine est née, et notre petit dernier est arrivé pour mes quarante ans.» Et comment les deux premiers ont-ils vécu l’arrivée de ces deux enfants biologiques? «Quand j’étais enceinte de Célestine, Malory avait trois ans. Elle s’est vraiment sentie grande sœur, raconte Anne-Sophie. Elle posait sa tête sur mon ventre, elle exultait moindre coup de pied, elle lui parlait, plaçait même des écouteurs sur mon ventre pour lui faire entendre de la musique…»
Après l’accouchement, l’aînée assiste aux changements de couche, crème sa petite sœur et s’en occupe comme de sa poupée préférée. Mais la situation est beaucoup plus compliquée pour Mathys. «Pendant trois mois, il ne m’a pas regardée, se souvient Anne-Sophie. Il n’y en avait que pour son papa. Je ne pouvais ni le toucher, ni l’habiller. Il ne m’approchait pas, car il ne voulait pas voir ce bébé. Sauf quand il se croyait à l’abri des regards: alors, il montait sur un petit tabouret et regardait Célestine dans son berceau. Parfois il lui faisait une caresse…»
"Quand vous avez plus que trois enfants, vous devenez une sorte de bête curieuse!"
Avec le temps, le grand frère a compris qu’il n’avait pas à craindre un nouvel abandon. «C’est un garçon très doux. Plus tard, Célestine et lui ont passé un an dans la même classe. Je sais qu’il l’aidait à mettre ses chaussures, qu’il finissait son travail…» Et comme les trois premiers enfants sont arrivés en trois ans, ils forment désormais une bande très solidaire. Malory a encore des contacts avec ses parents biologiques, mais elle a décidé de son propre chef d’appeler Anne-Sophie et Panayotis «maman» et «papa». «Sauf quand elle était fâchée. Elle nous appelait par nos prénoms. Ça lui a passé.»
Le regard des autres
Et le regard des autres sur cette famille-puzzle? «On ne cache rien, mais beaucoup ne connaissent pas les détails de notre histoire. C’est plutôt en tant que famille nombreuse qu’on nous regarde avec un brin de condescendance; c’est étonnant, parce que quand vous êtes célibataire, les gens vous demandent pourquoi vous n’êtes pas en couple; quand vous êtes mariés, pourquoi vous n’êtes pas encore parents; et quand vous avez plus que trois enfants, vous devenez une sorte de bête curieuse (rire).»
Dans cette belle histoire, il reste des questions sans réponses. «Pourquoi avons-nous perdu un enfant? Sur le moment, c’est de la douleur et rien d’autre», affirme Anne-Sophie. Mais d’un autre côté, elle estime que s’ils avaient eu un bébé tout de suite, elle et son mari serait passés à côté de cette magnifique aventure. «Nous ouvrir à autre chose que ce que nous avions programmé nous a ouverts à infiniment plus grand». (cath.ch/cmc)
Vous pouvez retrouver les témoignages de cette série dimanche 28 novembre à la radio :
« PMA : la foi mise à l’épreuve » dans Babel, dimanche à 11h sur Espace 2
« Procréation spirituellement assistée » dans Hautes Fréquences, dimanche à 19h sur La Première
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Margot, fruit de la NaproTechnologie et de la Madone
Aux premiers signes d’infertilité, on a proposé la fécondation in vitro à Virginie et Vincent. Ils ont préféré une approche plus douce qui répare la nature plutôt que de la remplacer, la NaproTechnologie. Mais c’est quand la Madone s’en est mêlée que Margot est arrivée…
Christine Mo Costabella
Cela fait deux ans que Virginie et Vincent sont mariés quand ils se disent que, quand même, c’est bizarre qu’un bébé n’ait toujours pas pointé le bout de son nez. Elle a 34 ans, lui 31. «On n’était pas particulièrement anxieux, mais on souhaitait avoir des enfants, raconte Virginie, assise à côté de son mari dans leur salon à Savièse. C’est surtout Vincent qui se réjouissait de ressortir les Lego», dit-elle avec un sourire en direction de l’intéressé.
Sans se mettre trop de pression, les deux époux prennent rendez-vous à l’unité de fertilité de l’Hôpital du Valais à Sion. Histoire de s’assurer que tout va bien. Les médecins ne trouvent rien d’anormal, ni chez lui ni chez elle. «Mais comme depuis deux ans, je n’étais pas tombée enceinte, ils nous ont proposé directement une insémination artificielle, voire une fécondation in vitro».
Tuer une mouche au bazooka
Pour Virginie, qui s’attendait à une simple consultation pour avoir quelques pistes, c’est un choc. «Quand ils ont posé devant nous le catalogue de la FIV, je me suis mise à pleurer. La gynécologue m’a alors tendu la carte d’une psychologue. Elle devait se dire: 'La pauvre, ça doit vraiment être une grosse souffrance!’ En fait, je n’avais pas de problème à ne pas avoir d’enfant. Mais j’ai été sidérée que la première réponse qu’on nous donne, ce soit la FIV. Vincent a été très chevaleresque: il m’a fait sortir et m’a assuré qu’on ne remettrait jamais les pieds dans ce service.»
Qu’est-ce qui était si choquant pour eux? «La disproportion entre le problème et la réponse, affirme Vincent. Ils ont sorti l’artillerie lourde pour tuer une mouche. C’est comme si j’avais une jambe cassée et qu’on me disait: 'Pas de problème, on va vous mettre un exosquelette’. Ça marche! Mais ce n’est pas proportionné.» Pour lui, qui est charpentier, c’est le symptôme d’une société de consommation et du tout technologique. «Vous n’arrivez pas à tomber enceinte? Aucun souci, nous pouvons le faire à votre place.»
L'intraveineuse au dessert
L’opposition de l’Église à la procréation médicalement assistée a-t-elle également joué, pour eux qui sont catholiques pratiquants? «Je crois que naïvement, pour moi, ce n’était tout simplement pas comme ça que l’on faisait les enfants, répond Virginie. Bien sûr, j’avais entendu la position de l’Église. Mais je n’ai pas pleuré parce que je voulais faire une FIV et que l’Église me l’aurait interdit; j’ai pleuré, parce que pour moi – sans jugement pour ceux qui pensent autrement –, faire un enfant sans faire l’amour, c’était comme être invité à un repas où l’on vous nourrit par intraveineuse.»
Le couple entend alors parler de la NaproTechnologie par des amis français. La méthode, dont le nom signifie «Natural Procreative Technology», ou technologie de procréation naturelle, est aussi «médicalement assistée». «Mais l’idée est de comprendre pourquoi un couple en âge de procréer n’y parvient pas et d’y remédier, explique Vincent. On répare la nature, on ne fait pas à sa place.»
Le cycle féminin sous la loupe
Concrètement, une fois que l’on s’est assuré que tout allait bien chez l’homme, il faut observer le cycle de la femme. «L’état des glaires, de l’humeur, la longueur des cycles… C’était impressionnant, parce qu’en un seul mois d’observation, la monitrice napro – qui n’était même pas médecin – a repéré trois causes possibles d’infertilité», souligne Virginie.
Après trois cycles sous la loupe, le couple se rend à Lugano consulter une des rares gynécologues spécialisées en NaproTechnologie en Suisse, Dr Raffaella Pingitore. Les trois diagnostics pressentis par la monitrice sont confirmés: manque de progestérone, inflammation de l’utérus et ovaires polykystiques. La doctoresse relève encore des trompes voilées et une multiple adhérence. «Des choses assez basiques que n’avaient repéré ni la gynécologue qui me suivait, ni l’institut de fertilité de l’hôpital», relève Virginie.
"Quand ça devenait difficile pour Virginie, je lui rappelais qu’on était en train de traverser l’océan."
Commence alors un traitement assez lourd: absorption d’hormones très dosées, prises de sang plusieurs fois par mois, régime alimentaire sans gluten ni produits laitiers afin d’endiguer l’inflammation provenant de l’intestin, sans compter toute une panoplie de médicaments choisis pour leurs effets secondaires intéressants. «Il fallait prendre un quart de pastille, un jour sur deux, entre tel et tel jour du cycle, se remémore Vincent. C’était contraignant, mais on appréciait cette manière de voir le corps humain comme une machine à réglage fin.»
Vincent s’implique à sa manière: c’est lui qui coupe les pilules en quatre – «le couteau à sushis convient très bien» –, aide Virginie à suivre les consignes et surtout, l’encourage. «La Napro insiste sur le fait que c’est le couple qui est infertile. L’implication de l’homme est très importante. Quand ça devenait difficile pour Virginie, je lui rappelais que nous étions en train de traverser l’océan. C’était normal qu’à un certain stade, nous ne voyions plus le rivage, et pas encore le port d’arrivée.»
Des milliers de bavettes
Après une année à ce régime, Virginie se plaint à la gynécologue de ne toujours pas être enceinte. La méthode ne marcherait-elle pas? "Bien sûr que ça marche, rétorque la praticienne. Regardez les magnifiques cycles que vous avez retrouvés!" «Elle, c’est tout ce qui l’intéressait! Le bébé, c’était à nous de le faire. Son boulot à elle, c’était de rétablir de beaux cycles menstruels.»
En allant la consulter à Lugano en février 2019, Vincent et Virginie font halte dans l’immense sanctuaire de Notre-Dame de Re, dans la partie italienne des Centovalli. En entrant dans l’église, qu’ils ne connaissaient pas, ils sont saisis par les milliers de bavettes suspendues partout sur les murs. «Un vieux prêtre s’est approché de nous et nous a demandé si nous étions des touristes, raconte Virginie. Nous avons dit que non, que nous étions sur la route pour voir notre gynécologue, car nous n’arrivions pas à avoir d’enfant.»
Le prêtre leur dit sans détour: «Eh bien, je vais prier pour vous, et vous reviendrez ici pour rendre grâce». Virginie pense alors qu’il est bien gentil, mais qu’il y a déjà beaucoup de monde qui prie pour eux. Le vieux curé insiste: «Alors, quand est-ce que vous revenez pour remercier?» Surpris par son insistance, Virginie et Vincent regardent leur agenda: le prochain rendez-vous avec la gynécologue est fixé au 29 avril. «Parfait, répond le prêtre, c’est justement le jour de la fête de Notre-Dame de Re!»
Une coïncidence? Le couple décide en tout cas de prendre des petites images de la Madone et de les distribuer à leurs proches pour qu'ils prient Notre-Dame de Re.
"Ils nous ont tendu un marteau en disant: 'Allez le mettre où vous voulez'."
Un mois plus tard, Virginie tombe enceinte. «Quand nous sommes revenus en avril, il y avait une grande foule, nous n’avons pas pu voir le prêtre, poursuit la jeune femme. Mais on a remercié Marie! Puis quand Margot est née, je me suis mise au point de croix et j’ai brodé une bavette. On s’est présentés au bureau du sanctuaire avec Margot dans les bras et on a dit tout fiers: 'On vient enregistrer notre miracle et mettre un ex-voto!' Ils nous ont tendu un marteau en disant: 'Allez le mettre où vous voulez.' Ils n’ont même pas pris notre nom. Apparemment, c’était la chose la plus banale du monde!»
La joie immense de recevoir une petite vie dans leur foyer éclipse le souvenir des heures d’attente et d’incertitude. «Notre curé nous disait souvent que la plus grande souffrance qu’il rencontrait dans son ministère, c’étaient les couples infertiles ou confrontés à des fausses-couches, raconte Virginie. Je ne comprenais pas très bien, parce que nous, nous n’avions pas trop mal vécu la période durant laquelle nous n’avions pas d’enfants. Mais cette année, nous avons perdu deux bébés par fausse-couche... Devant cette douleur, on s’est dit qu’il fallait absolument faire quelque chose.»
C’est ainsi qu’en septembre 2021, Virginie a relancé avec quelques personnes le pèlerinage aux Trois Marie, qui relie l’ermitage de Longeborgne, près de Bramois, à Notre-Dame de Valère à Sion pour finir à la chapelle des Corbelins, sur la commune de Savièse. «Un pèlerinage pour tous nos enfants du Ciel: ceux qui y sont retournés et ceux qui sont encore dans le cœur de Dieu.» (cath.ch/cmc)
Cath.ch vous racontera l’histoire de ce pèlerinage dans le prochain épisode de cette série sur l’infertilité.
Vous pouvez retrouver les témoignages de cette série dimanche 28 novembre à la radio :
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A Savièse, une chapelle pour confier son désir d’enfant
Toute discrète à Savièse, la Chapelle des Corbelins accueille depuis des siècles la supplique des mères qui ont perdu un enfant. En septembre 2021, un pèlerinage remet ce sanctuaire à l’honneur: couples infertiles, parents endeuillés, chacun est invité à y confier sa peine et sa prière.
Christine Mo Costabella
La légende dit qu’une statue de la Vierge ne cessait de disparaître du village de Chandolin, sur la commune de Savièse. Elle réapparaissait un peu plus loin dans le rocher en dehors du hameau. C’est pour cela que la chapelle Notre-Dame des Corbelins a été construite à flanc de falaise, sur la route qui mène au Col du Sanetsch, alors que son clocher, lui, se trouve au centre du village.
Cette chapelle excentrée, construite au 17e siècle, est pourtant très fréquentée. En témoigne la dizaine de luminions allumés quand on y passe un après-midi en pleine semaine. «C’est qu’il y a ici une longue tradition de pèlerinage», explique Virginie, une Saviésanne qui nous sert de guide. La chapelle des Corbelins était en effet le terminus du pèlerinage «aux trois Marie», tombé en désuétude dans les années 1950. Il reliait trois sanctuaires mariaux: l’ermitage Notre-Dame de Longeborgne à l’entrée du Val d’Hérens, Notre-Dame de Compassion à Plan-Conthey et Notre-Dame des Corbelins à Chandolin.
Des bébés qui ressuscitent
«Il faut s’imaginer à l'époque une foule de mamans, fatiguées par une journée de marche, égrainer ici leur chapelet en demandant la guérison d’un enfant ou suppliant qu’un bébé leur naisse», raconte Virginie.
Tout tourne ici autour de la maternité. La chapelle est depuis des siècles un sanctuaire à répit, c’est-à-dire un lieu où les parents d’enfants morts sans baptême venaient demander un miracle. Pendant la messe, la tradition voulait que certains bébés donnent des signes de vie, ce qui permettait de les baptiser et de leur donner une sépulture. Une grande consolation pour les parents, car avec le baptême s’ouvrait les portes du paradis pour ces petits dont on craignait que, sans le sacrement, ils errent pour toujours dans les limbes.
«Quand la chapelle a été rénovée l’an dernier, le curé, Jean-François Luisier, a voulu lui redonner sa vocation première. Il nous a souvent dit que les plus grandes souffrances qu’il rencontrait dans son ministère étaient liées à la perte d’enfant par fausse-couche ou à l’infertilité», raconte la trentenaire, qui a été confrontée à ces deux épreuves.
Une réelle attente
Avec une amie, Virginie a pris la balle au bond. «On aimait marcher, on aimait Marie et on avait besoin de consolation.» Le 12 septembre 2021, elles ont donc relancé officiellement le pèlerinage aux trois Marie.
«Quand on en a parlé autour de nous, de nombreuses personnes nous ont dit: ‘Enfin!’. Il y a une réelle attente autour de ces thématiques. Mais le jour J, nous n’étions pas très nombreux. Ce sont des souffrances très intimes. Notre but était de donner de la visibilité à ce sanctuaire, mais c’est très bien si les gens font le pèlerinage de leur côté, dans l’intimité.» Tous les dépliants présentant l’itinéraire, déposés au fond de la chapelle, ont d’ailleurs été emportés.
Bien des Valaisans vous diront: 'Je suis un enfant de Longeborgne’.
Le 12 septembre, le départ s’est donc fait de l’ermitage Longeborgne, où les couples venaient traditionnellement demander la grâce d’avoir un enfant. «Bien des Valaisans vous diront: ‘Je suis un enfant de Longeborgne’», affirme la Saviésanne. Dans ce sanctuaire creusé dans la falaise, les pèlerins du jour ont écrit les sujets qu’ils étaient venus confier.
Puis la petite troupe a marché environ 1h30 jusqu’à la basilique de Valère, à Sion, qui a remplacé pour ce pèlerinage l’ancienne chapelle de Plan-Conthey, qui n’existe plus. Durant la dernière étape, d’environ 2h30, les marcheurs ont grimpé à travers les vignes et les taillis jusqu’à la chapelle des Corbelins. Une ascension rythmée par la prière et les témoignages.
Se mettre en route, ressentir la fatigue du chemin, cela a du sens pour Virginie: "Le pèlerinage nous fait vivre quelque chose dans notre corps, ce corps qui subit bien des souffrances. Notre chair est mise à contribution pour sortir de soi et aller de l'avant".
Les secrets des pèlerins déposés dans l’urne
Les pèlerins du 12 septembre ont été accueillis par l’abbé Jean-François Luisier et une vingtaine de villageois venus pour la bénédiction du nouvel espace dédié à la consolation de la chapelle. Les petits papiers portant les intentions de prière ont été déposés dans une urne transparente spécialement prévue pour recevoir les confidences des visiteurs. «Tous les vendredis matin, un groupe de paroissiens célèbre la messe dans la chapelle et prie pour les petits mots que les gens viennent déposer ici», assure Virginie.
Près du chœur, on trouve aussi différentes prières à emporter. L’une pour les parents qui n’arrivent pas à avoir de bébé, une autre pour ceux qui ont perdu un enfant, une troisième pour confier à Dieu un enfant suite à un avortement. À droite, la statue d’un ange gardien, bras tendus vers le haut, présente au Ciel tous les petits êtres qui manquent ici-bas.
La chapelle est ouverte jour et nuit. Tout le monde y est le bienvenu, quelle que soit sa foi, assure l’abbé Jean-François Luisier. Un pèlerinage collectif devrait désormais avoir lieu chaque année le dimanche qui tombe entre le 8 et le 15 septembre. Des dates symboliques: la première commémore la Nativité de la Vierge. La seconde, la compassion de Marie au pied de la croix. (cath.ch/cmc)
Prochaine édition du pèlerinage le dimanche 11 septembre 2022. Plus d'informations: les3marie@bluewin.ch
Prière pour les couples sans enfant à la chapelle Notre-Dame des Corbelins
«Nous venons vers toi Seigneur dans la souffrance et la tristesse de cet enfant que nous désirons et qui ne vient pas. Nous te supplions, dans ton infinie tendresse, de faire jaillir en nous la vie. À travers des femmes comme Sarah, mère d’Isaac, Rachel, mère de Joseph ou encore Elisabeth, mère de Jean Baptiste, tu as montré que tu es source de toute vie.
Comble notre attente d’espérance et de joie féconde pour le monde. Garde notre couple uni, aide-nous à surmonter ensemble cette épreuve, à ne pas nous laisser gagner par le vent de la révolte, mais plutôt à nous abandonner avec confiance à ta volonté. Eloigne-nous, Seigneur, de la jalousie envers ceux qui connaissent le bonheur d’être parents.
Nous te confions nos amis, nos proches, nos connaissances, qui vivent aussi cette lourde attente. Toi le seul consolateur, nous te prions aujourd’hui pour que notre couple porte du fruit. Sainte Vierge Marie, notre maman du Ciel, prie pour nous et soutiens notre espérance. Amen»
Vous pouvez retrouver les témoignages de cette série dimanche 28 novembre à la radio :
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«La PMA nous a mis en porte-à-faux avec l’Église»
Joëlle et Loïc avaient joyeusement renoué avec la foi lors de leur préparation au mariage. Ils n’avaient pas de problème avec la doctrine catholique, allant jusqu’à voter contre l’extension de la PMA en 2015. Jusqu’à ce qu’eux-mêmes soient confrontés à l’infertilité…
«Je venais de me faire larguer. J’ai écrit une lettre à sainte Thérèse pour lui demander de pouvoir donner l’amour que j’avais dans le cœur», raconte Joëlle à la table de sa salle à manger, à Flanthey (VS). La petite carmélite de Lisieux a dû écouter la jeune femme, car peu de temps après, celle-ci rencontre Loïc lors d’une soirée au théâtre. Elle a 18 ans, lui 22.
Très vite, ils parlent d’avoir des enfants. «Pour moi, jeunesse rimait avec grossesse», affirme Joëlle. Les deux Valaisans laissent cependant passer les études. Ils se marient six ans après leur rencontre, et une fois le master de Joëlle en poche, ils estiment le temps venu de devenir parents. «Dans le projet de vie que nous avons écrit pour notre préparation au mariage, les enfants venaient en premier», relève Loïc.
Rien d’alarmant
Un, deux, trois mois s’écoulent… et rien ne se passe. D’un naturel soucieux, Joëlle consulte rapidement son généraliste. Celui-ci propose des tests malgré leur jeune âge – elle a 26 ans, lui 30 –, car Loïc a subi une chimiothérapie durant son adolescence qui aurait pu nuire à sa fertilité. Mais les examens ne révèlent rien d’alarmant ni chez lui ni chez elle. Les médecins proposent alors de commencer par une «simple» stimulation hormonale.
«En réalité, rien n’est simple, affirme Joëlle. Il faut se faire des injections tous les jours à la même heure, prendre rendez-vous pour une échographie tous les deux jours sur les horaires de travail; des bleus apparaissent, le corps change, l’humeur aussi. Les unions sexuelles sont encore naturelles à ce stade, mais elles sont programmées. Pour le couple, c’est éprouvant!»
Le traitement ne donne pas les résultats escomptés. Joëlle et Loïc optent alors pour l’insémination artificielle. L’assurance-maladie rembourse trois tentatives: le couple affronte trois échecs. Ils savent que du point de vue de l’Église, ils sortent de ce qui est autorisé, la doctrine catholique refusant qu’on sépare procréation et relations conjugales.
Le sujet était tabou
Les époux ne confient pas tout de suite leurs difficultés à un prêtre, même s’ils ont renoué avec la pratique religieuse lors leur préparation au mariage. «En fait, on n’en parlait à personne, pas même à nos familles, raconte Joëlle. On souffrait, mais le sujet était tabou.» Il leur faudra trois ans de tentatives infructueuses et une fausse couche pour que la chape de plomb saute et qu’ils commencent à s’ouvrir, notamment au sein de leur équipe Notre-Dame.
Leur tiraillement intérieur s’intensifie quand ils envisagent la fécondation in vitro (FIV). «Je savais que l’Église était contre, raconte Joëlle. Je suis allée chercher des vieux textes comme Humanae Vitae ou Donum Vitae… J’imaginais bien ce que j’allais y trouver. Pour moi, c’était la double peine: je ne pouvais pas avoir d’enfant, et en plus, ma religion était la plus restrictive en matière de procréation médicalement assistée.»
"C’était comme si toute la communauté ecclésiale nous rejetait. Je l’ai pris en pleine face."
A cette époque, Loïc se souvient d’avoir été très blessé par un sermon. «Le prêtre a fait un grand geste de la main en disant à propos des techniques procréatives: ‘ça, nous, on le rejette!’. Ce ‘nous’, c’était comme si toute la communauté ecclésiale nous rejetait. Je l’ai pris en pleine face.»
Quelques fois, pourtant, les époux parviennent à s’ouvrir à un prêtre en confession. «C’étaient parfois des prêtres âgés, mais ils ont su accueillir notre parole. On s’est sentis consolés», se remémore Joëlle. S’ils ne trouvent pas la validation qu’ils étaient confusément venus chercher, ils repartent avec l’idée que c’est à eux de discerner en conscience jusqu’où ils veulent aller.
Un discernement compliqué. En 2015, ils avaient voté contre l’extension de la PMA en Suisse. Mais c’était avant d’envisager eux-mêmes la fécondation in vitro comme une possible planche de salut. Près de deux ans plus tard, Joëlle et Loïc font leurs valises pour tenter une FIV en République tchèque, la loi suisse, acceptée par le peuple, n’étant pas encore entrée en vigueur.
«Il y avait quelque chose d’absurde. Sans être farouchement écolos, nous essayons d’acheter local, confie Joëlle; et là, nous allions à l’étranger profiter d’une pratique contre laquelle nous avions voté chez nous. J’allais confier mon corps, et possiblement ma vie, à des médecins que nous ne connaissions pas. Je devais subir une anesthésie générale, et comme j’ai un petit problème au cœur, j’avais écrit une lettre à Loïc au cas où je ne me réveillais pas.»
Tenus en haleine comme dans un feuilleton
Une fois le prélèvement des ovocytes effectué, le couple a la possibilité d’appeler la clinique une fois par jour entre 13h et 14h pour savoir où en est le développement des embryons. «On est tenu en haleine comme dans un feuilleton, raconte Joëlle. J’avais prié pour qu’il n’y ait aucun embryon surnuméraire, je n’aurais pas pu vivre avec. J’ai été exaucée au-delà de mes espérances: aucun embryon ne s’est développé.»
Le couple pense être au bout de ce qu’il s’autorise à faire pour avoir un enfant. Mais fin 2017, l’extension de la PMA entre en vigueur en Suisse. Toujours tiraillés intérieurement, les époux recommencent une FIV à Lausanne, plus proche de chez eux. «Ça a été affreux. Ils ont perdu tous mes ovocytes, mais nous ne l’avons su que plus tard, raconte Joëlle. Sur le moment, je l’ai pris très personnellement, comme si le destin me signifiait que je n’étais pas faite pour porter la vie.»
Ce n’est que quatre mois plus tard, après une hospitalisation en raison d’un épuisement physique et psychique pour Joëlle, que le service de PMA leur communique qu’il y a très probablement eu un problème technique.
"Mettre un terme à nos tentatives était une question de survie."
Les médecins proposent une troisième FIV, mais c’en est trop. «Mettre un terme à nos tentatives était une question de survie, confie Joëlle. Car on peut aller toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus cher… On aurait pu retourner à l’étranger, avoir recours à des donneurs… ça m’a demandé un gros travail sur moi-même de m’imposer cette limite, mais nous avions besoin de retrouver un plancher sous nos pieds.»
L’argent remboursé suite à l’erreur technique, le couple l’utilise pour meubler son salon, autrement dit sa pièce à vivre. «J’étais sous antidépresseurs, dans un état lamentable, il me fallait retrouver goût à la vie», reprend Joëlle. La jeune femme doit également renouer avec son travail d’enseignante spécialisée, après une période où le contact avec les enfants lui était devenu difficile.
Impossible de voter sur le Mariage pour tous
Aujourd’hui, le couple a fait une croix sur son parcours de procréation médicalement assistée. Mais il reste très marqué par le rejet de l’Église face à leur chemin. «Si la PMA avait marché pour nous, nous en serions les premiers défenseurs», avoue la jeune femme. Loïc renchérit: «Il nous est désormais impossible de donner notre avis de façon tranchée. Lors des dernières votations sur le Mariage pour tous, nous nous sommes abstenus. Nous savons ce que c’est que de se heurter au réel.»
Leur pratique religieuse n’est plus aussi régulière qu’au début de leur mariage. «Malgré tout, on s’accroche, continue Joëlle. Quand on s’est mariés, on avait beaucoup aimé cette image de l’ombre de Jésus qui se mêle à celle des époux. On voulait s’engager à trois.» Alors ils gardent contact comme ils peuvent, via un parcours Alpha, par exemple, même s’ils décrivent leur foi comme chaotique et tâtonnante.
Quelqu’un leur a dit un jour qu’ils ne voyaient pour l’instant que le Christ mort. «Mais peut-être que la vraie foi n’existe pas tant que tout va bien, estime Joëlle. Peut-être sommes-nous en train de trouver la vraie foi, même si nous ne distinguons pas encore le Christ ressuscité.»
"Ils sont où, dans l’Église, les douze pourcents de couples infertiles?"
Aujourd’hui, quand elle évoque sa situation dans l’Église, la Valaisanne trouve en face d’elle davantage d’embarras que de jugement. «Par exemple quand je dis que rien n’est prévu pour nous; ils sont où, dans l’Église, les douze pourcents de couples infertiles? Pour trouver une paroisse pour couples en espérance d’enfants, nous avons dû aller jusqu’à Paris. Ici, c’est le désert!»
La jeune femme s’est aussi inscrite à une chaîne de prière pour futurs parents sur internet, parrainée par la maman de Bienheureuse Chiara Luce, que ses parents ont attendue pendant dix ans. «Mais j’aurais aimé ne pas avoir à tout chercher moi-même!»
Les époux, qui auraient souhaité entendre parler d’infertilité pendant leur préparation au mariage, se sont engagés à témoigner auprès des fiancés qui se marient à l’Église. «Avec un grand complexe d’illégitimité, parce que nous ne vivons pas encore de cette espérance joyeuse que nous voyons sur d’autres couples de croyants dans notre situation», commente Joëlle. Mais il arrive que même des couples avec enfants soient touchés par leur témoignage. «Tant que ce sera le cas, nous aurons notre place dans le parcours préparation au mariage de l’Église.» En attendant, espèrent-ils, de trouver la paix intérieure. (cath.ch/cmc)
L’adoption, une alternative, vraiment?
Durant ses recherches sur la procréation médicalement assistée, Joëlle a constaté que l’Église encourageait les couples infertiles à se tourner vers l’adoption comme une alternative généreuse. «Mais d’abord, c’est une vocation très spécifique que tout le monde n’a pas. Ensuite, quand on se confronte au réel, ce n’est pas si simple éthiquement…»
Loïc et elle ont en effet entamé une procédure d’adoption. Comme pour la PMA, la jeune femme s’est plongée dans des livres pour mieux en comprendre les enjeux. «Là aussi, il y a des violences systémiques. C’est l’extrême pauvreté qui pousse les femmes à placer leurs enfants. Dans certains pays, les orphelinats sont plus soutenus que les programmes pour mères célibataires. En déposant une demande, nous sommes devenus participants de ce système. L’adoption aussi répond à la loi de l’offre et de la demande. Quand je m’en suis rendu compte, ça a été un choc très dur à encaisser», confie la Valaisanne. CMC
Dans le prochain article de cette série sur l’infertilité, le théologien Thierry Collaud expliquera les raisons de l’opposition de l’Église à la PMA.
Vous pouvez retrouver les témoignages de cette série dimanche 28 novembre à la radio :
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PMA: «L’Église doit apprendre à accompagner les zones grises»
Longtemps enfermée dans la logique du permis-défendu, l’Église doit descendre dans la vie concrète des croyants, affirme l’éthicien Thierry Collaud. Notamment quand ceux-ci souffrent d’infertilité et sont mis devant le choix de la procréation médicalement assistée.
Christine Mo Costabella
En Suisse, l’infertilité touche un couple sur dix, et plus d’un couple sur quatre après trente ans. Dans une série de témoignages, cath.ch donne la parole à des catholiques qui racontent comment ils font face à cette épreuve. Place cette fois-ci à un théologien: Thierry Collaud, professeur d’éthique sociale chrétienne à l’Université de Fribourg, nous explique la position de l’Église catholique sur la procréation médicalement assistée (PMA).
Pourquoi l’Église est-elle contre la PMA?
Thierry Collaud: Historiquement, cette opposition est liée à son attitude face à la contraception. L’Église catholique pense qu'il n'est pas juste de casser l’unité entre la sexualité et la procréation. Mais assez rapidement, d’autres difficultés morales sont apparues avec le développement des techniques médicales. Il y en a principalement trois.
Lesquelles?
D’abord, le respect de l’embryon. Si on développe plusieurs embryons en laboratoire, mais qu’on n’en implante qu’un ou deux, que fait-on des autres? Va-t-on les congeler en attendant qu’ils répondent à un projet parental? Les donner à la recherche? Les détruire? C’est une question morale qui interpelle bien au-delà de l’Église.
Ensuite, il y a la question du diagnostic préimplantatoire. Celui-ci est une extension quasi inévitable de la procréation médicalement assistée. Car une fois qu’on a créé plusieurs embryons, lesquels choisir? Le problème est perceptible dans la question: l’être humain n’est pas un objet qu’on sélectionne en fonction de ses qualités ou de défauts jugés rédhibitoires.
Enfin, il y a la question des donneurs. Pour l’Église, l’enfant naît d’un couple. Faire intervenir un tiers qui fournit le spermatozoïde ou l’ovule, cela fait éclater l’unité de l’origine de l’enfant.
Vous évoquez les embryons surnuméraires. Pourtant, dans la nature, de nombreux embryons ne se développent pas… Le processus de sélection n’est-il pas le même?
Oui et non. En laboratoire, on sélectionne l’humain de manière consciente, contrairement à la nature qui agit aveuglément. Si l’on suivait votre raisonnement, on s’autoriserait un tas d’actions qu’on s’interdit habituellement, avec pour seule justification que cela se produit dans la nature. La nature est ambiguë. L’humain est là pour la penser et la dépasser.
Que fait-on de l’autre qui n’est pas comme on voudrait qu’il soit? Lui ferme-t-on la porte, le renvoie-t-on? C’est la même problématique avec les réfugiés. En éthique sociale comme en éthique médicale, la cohérence du discours de l’Église consiste à dire que le petit, le faible, le cabossé a toujours sa place dans notre monde, alors que la sélection naturelle aurait tendance à l'éliminer.
On a l’impression que l’Église s’oppose sans nuances à la PMA. Pourtant, une insémination artificielle au sein d’un couple ou une fécondation in vitro avec donneurs de gamètes, voire avec mère porteuse, cela ne pose pas les mêmes questions éthiques…
Sans doute, mais faut-il commencer à catégoriser les pratiques par des oppositions «une étoile», «deux étoiles», etc.? Je crois qu’il faut réfléchir autrement. L’Église doit donner des clés de discernement, pas distribuer des interdits.
On devrait parler de balises. Quand vous vous promenez dans la forêt, il y a des petits panneaux jaunes qui vous indiquent un chemin sûr. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait aucun autre itinéraire possible! On peut prendre une variante, mais il y a des chemins de traverse qui sont très caillouteux, d’autres qui longent des précipices... Si l’Église ne signalait pas ces difficultés, elle ne serait pas dans son rôle. Mais c’est aux personnes de choisir en conscience leur itinéraire. Et le rôle de l’Église est également d’accompagner ceux qui ont transgressé et qui, peut-être, se sont blessés en chemin.
Mais il est compliqué de chercher un accompagnement si l’Église dénonce la voie qu’on a choisie…
C’est toute la difficulté! Il faut que l’Église dise ce qu’elle pense des techniques de PMA. En même temps, face aux situations concrètes, elle ne peut pas tenir le même discours que dans un cours ex cathedra. La prédication n’est pas l’accompagnement. Nous sommes assez forts, dans l’Église, pour dire ce qui est noir et ce qui est blanc. Mais nous devons devenir créatifs pour accompagner les zones grises, car c’est souvent là que se trouve l’humain.
En 1968, l’encyclique Humanae vitae condamnait la pilule contraceptive. Cela a poussé beaucoup femmes à tourner le dos à l’Église. Avec le problème croissant de l’infertilité, la condamnation de la PMA ne risque-t-elle pas de creuser à nouveau l’écart avec les couples?
Si l’Église catholique n’adapte pas son langage, oui! Ce qui ne veut pas dire qu’elle doive verser dans le relativisme. Bien des couples engagés dans un parcours de procréation médicalement assistée témoignent de leurs difficultés dans la jungle médicale. Tout n’est pas rose dans la PMA. Dire: «Faites comme vous voudrez» ne résoudrait pas le problème.
Ensuite, vous mentionnez Humanae vitae: cette encyclique ne parle pas que de contraception! Elle aborde le rapport de l’homme et la femme, la sexualité,… C’est en partie le regard extérieur sur l’Église qui la pousse à simplifier ses positions. Dès qu’il y a une votation, des journalistes viennent me demander si l’Église est pour ou contre telle ou telle pratique. Il est difficile de faire exister la nuance dans le débat public.
La doctrine est rédigée par des hommes, et des hommes célibataires qui ne sont pas en prise directe avec les questions qu’ils traitent. Le problème ne vient-il pas également de là?
Pour réfléchir au statut de l’embryon, à la légitimité de trier ou non les êtres humains, je ne vois pas en quoi des hommes célibataires seraient moins légitimes – même si, par ailleurs, je pense qu’il y en a trop dans la hiérarchie de l’Église.
Mais une fois qu’on a fourni des outils de réflexion, il faut redescendre dans le réel. Que fait-on des couples stériles? Comment souffrir avec eux? Comment les accompagner avec compassion, même si on n’est pas d’accord avec leurs choix?
Peut-être que des couples qui ont vécu des situations semblables sont en effet mieux placés pour pratiquer l’accompagnement. Nous, moralistes, devons à tout prix écouter ces gens. Que fait-on avec des histoires vraies? Au lieu de se demander uniquement que faire avec ce qui est écrit dans les livres. (cath.ch/cmc)
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Les couples sans enfant, parents pauvres de la pastorale familiale
En Suisse romande, l’Église prévoit peu de choses pour accompagner les couples souffrant d’infertilité. Ils sont pourtant nombreux, mais demander de l’aide n’est pas forcément facile.
Christine Mo Costabella
«L’infertilité? On en parle lors de la préparation au mariage. On dit aux fiancés de ne pas trop attendre pour envisager un enfant, car si tout ne se passe pas comme prévu, cela peut vite devenir un sujet de tensions.» Florence Gabioud est responsable de la pastorale de la famille du diocèse de Sion avec son mari Casimir. Elle connaît de nombreuses situations de couples en attente d’enfants, mais elle avoue que rien n’est prévu pour eux dans le diocèse.
«Il faut reconnaître que jusqu’à présent, on était plutôt sur le champ de la régulation des naissances que sur la procréation. Avec les mariages plus tardifs, ces situations d’infertilité deviennent plus fréquentes… Mais on n’est pas prêts! Il nous faut réagir…» Pourtant, explique-t-elle au téléphone, il est rare que des gens concernés viennent toquer directement à la porte de la pastorale de la famille. «Ce n’est pas facile de dire: ‘Voilà, on ne peut pas avoir d’enfant’. C’est comme les conflits de couple! On ne va pas le crier sur les toits.»
Lors d’un apéro
Même constat dans le canton de Vaud. «Les gens ne viennent pas à la pastorale de la famille pour parler de leurs problèmes d’infertilité. Généralement, cela sort plutôt dans une discussion informelle, après un cours, ou lors d’un apéro, observe Monique Dorsaz, coresponsable de la pastorale familiale vaudoise. Mais c’est pareil pour le remariage ou l’homosexualité. En fait, sur ces questions, les gens n’attendent pas grand-chose de l’Église, dont le discours est assez fermé.»
Les couples concernés ont pourtant besoin d’une parole d’encouragement; ils souffrent d’une image écornée d’eux-mêmes, ils se sentent réduits à leur difficulté à donner la vie. «Ils ont besoin de se sentir accompagnés pour choisir en couple comment faire face à cette épreuve et discerner vers quoi leur conscience les pousse. Depuis Amoris Laetitia, c’est cette approche que nous privilégions», commente Monique Dorsaz.
«Les deux conjoints découvrent parfois qu’ils n’ont pas du tout la même vision des choses.»
Pour elle, on ne peut se contenter d’asséner aux couples en mal d’enfants les interdits sur la procréation médicalement assistée formulés en 1987 par Donum Vitae, le document de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
«D’ailleurs, pour la plupart des gens que nous rencontrons, le premier réflexe concernant la sexualité n’est pas de savoir ce qu’en pense l’Église, mais de trouver une solution qui leur convienne tout de suite, même s’il s’agit d’utiliser la pilule, le préservatif ou de procéder à une PMA, renchérit Florence Gabioud. Ce que nous conseillons aux fiancés, c’est d’en parler ensemble avant que le problème se présente. Si le bébé n’arrivait pas, que feraient-ils? Les deux conjoints découvrent parfois qu’ils n’ont pas du tout la même vision des choses.»
Impossible, dans tous les cas, de servir des discours tout faits. «Je me souviens d’un cours que je donnais sur l’histoire d’Abraham et de Sarah qui, selon la Genèse, ont enfanté Isaac pendant leur vieillesse, raconte Monique Dorsaz. J’avais alors trente ans et j’étais déjà maman. A la fin du cours, je me suis faite incendier par une dame qui me demandait: ‘La Bible parle uniquement des situations d’infertilité qui se terminent bien: pourquoi?’ Elle était manifestement très blessée. Et je pense à cette fille que je connais, conçue par fécondation in vitro: une fille merveilleuse! Mais ses parents ne mettent plus les pieds à l’église, ils ont été trop blessés d’avoir été jugés.»
La PMA, pas une panacée
Même si les couples se passent de la bénédiction de l’Église pour affronter l’infertilité comme ils l’entendent, la procréation médicalement assistée est loin d’être la panacée. «C’est le parcours du combattant. Pour certains couples, c’est l’ultime recours pour aller vers un plus de vie. Mais pour d’autres, ça ne marche pas», constate Monique Dorsaz.
Certaines personnes émettent le souhait de rencontrer d’autres couples dans la même situation pour échanger. Des offres existent en ce sens en France, notamment les week-ends Esperanza (voir encadré). «Nous sommes ouverts à mettre en place quelque chose de similaire ici. Cependant, il me semble que les Suisses préfèrent l’accompagnement individuel», estime l’agente pastorale.
En attendant, la pastorale de la famille met à disposition sur son site des lectures ou des vidéos pour approfondir le sujet. «Il faut que les gens puissent découvrir que leur fécondité dépasse la famille au sens stricte. C’est également vrai pour les gens qui ont eu des enfants! Quelle que soit notre situation familiale, la Bible nous invite tous à être comme des arbres qui portent du fruit.» (cath.ch/cmc)
Quelques ressources proposées par la Pastorale de la famille
Accompagnement
- Le Chemin Neuf propose un week-end pour couples en espérance d'enfant du 4 au 6 mars 2022. A suivre depuis chez soi.
- Au cœur des mamans est une association fribourgeoise consacrée aux femmes ayant vécu ou vivant des difficultés liées à la périnatalité, recommandée par la Pastorale de la famille du diocèse de Sion.
- Les week-ends Esperanza sont proposés aux couples sans enfants qui veulent passer un moment fraternel dans la joie et l’espérance.
- L’AVIFA (Amour, vie, famille) en Valais a proposé par le passé des formations sur la Naprotechnologie.
- À Genève, Elise Cairus a fait sa thèse sur l’accompagnement spirituel à la naissance. Elle offre des services d’accompagnement autour de cette thématique.
Vidéos
- Cana, mission de la communauté du Chemin Neuf, a organisé une soirée pour les couples en espérance d’enfant pendant le confinement. Cette soirée est disponible en replay ici.
- Témoignage d’Erico et Fracesca, qui ont adopté, puis eu des enfants biologiques, sur Vatican News.
Livres
- Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… ou pas. Livre-témoignage de Claire S2c, sous forme de bande dessinée, paru en juin 2020 aux éditions Mame. Voir l’interview de l’auteur.
- Attendre et espérer, d’Olivier Mathonat, qui a fondé les week-ends Esperanza avec son épouse Joséphine, aux éditions Emmanuel.
- Quand l’enfant se fait attendre, de Michel et Marie Mornet, aux éditions de du Parvis.
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Jusqu’où aller pour avoir un enfant? La question n’est facile pour personne. Croyants, Maxime et Stéphanie ont franchi plusieurs limites que pose l’Église. Pourtant, ils ne remettent pas en cause le bienfondé de la doctrine. Récit.
Christine Mo Costabella
C’était lors d’un dîner en tête à tête avec sa maman. Pour la première fois, Stéphanie a formulé ce qui la travaillait depuis des mois: «Ça fait un an qu’on essaie. Et je ne suis toujours pas enceinte.»
Le parcours était pourtant tout tracé. Maxime et elle se sont rencontrés à vingt ans en école d’ingénieur, mis en couple à 24, mariés à 27. Français installés à Lausanne, tous deux viennent de familles catholiques pratiquantes. Le papa de Stéphanie, en particulier, a une foi très profonde. «Moi je suis plutôt comme ma mère. J’ai beaucoup de moments de doutes sur ma foi, mais je tiens beaucoup à la vie spirituelle», commente la jeune femme de 38 ans. Maxime, lui, est le seul de ses frères à encore pratiquer, confie-t-il, assis dans le salon familial à Pully. «Le scoutisme a beaucoup fait pour mon chemin de foi.»
Après un an sans grossesse, commence donc le bal des gynécologues et des tests médicaux. Sur le papier, rien d’anormal. Mais les inséminations artificielles ne fonctionnent pas. Peu à peu, l’infertilité devient le centre autour duquel tout gravite: «Je connaissais par cœur la sonnerie de téléphone de ma gynéco, raconte Stéphanie. Je choisissais les chantiers que je dirigeais en fonction de leur proximité avec son cabinet, pour pouvoir m’absenter facilement.»
Uniquement des familles de cinq enfants
En France, c’est la période des «Manifs pour tous» contre le mariage homosexuel. «Nous avons participé à l’une des premières manifs, notamment parce que des pays comme la Russie menaçaient de se fermer à l’adoption pour les Français si la loi passait. Mais assez vite, je ne me suis plus sentie à ma place, se souvient Stéphanie. J’avais l’impression de voir uniquement des familles de cinq enfants qui ne savaient pas ce que c’était que d’être en marge de la société ou d’attendre un enfant qui ne vient pas. J’étais trop en souffrance pour me positionner clairement.»
L’Église, dans ce moment difficile, est bien présente à leurs côtés. Les époux s’inscrivent à un week-end de retraite pour couples en attente d’enfants avec la communauté de l’Emmanuel. Enfin, ils se sentent dans un milieu sécurisé où ils peuvent parler de leur souffrance. Ils rencontrent d’autres couples infertiles, réalisant qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation. «Les organisateurs nous chouchoutaient: j’avais l’impression d’être entaillée de partout, et qu’ils mettaient de la crème sur toutes mes plaies.»
"Comment expliquer à un petit être marqué par l’abandon que sa mère ne voulait pas de lui ?"
Les différentes possibilités (NaproTechnologie, procréation médicalement assistée (PMA), adoption…) sont passées en revue, assorties du point de vue de l’Église. La jeune femme est également touchée par la présence à ce week-end de religieuses, des femmes qui ont fait le choix de renoncer à la maternité. «Cela nous a aidés à comprendre la différence entre fertilité et fécondité, se souvient Maxime. Nous-mêmes, nous avons pu percevoir ce qui dans notre vie était déjà fécond: le fait d’être plus disponibles pour nos amis célibataires, par exemple.»
La douleur, cependant, est trop grande, surtout pour Stéphanie. «J’en voulais à mon corps de ne pas être capable d’enfanter. Chaque fois que mes règles arrivaient, c'était le cauchemar et la perspective de devenir maman était encore reportée au mois d'après.... »
Après deux tentatives de fécondation in vitro (FIV) infructueuses, les ovocytes de Stéphanie ne mûrissant pas, on leur fait comprendre que leurs seules chances de devenir parents se situent au niveau de l’adoption ou de la FIV avec don d’ovocytes. « Nous sommes allés à une séance d’information sur l’adoption, se souvient Stéphanie. Mais je ne me sentais pas la force de faire le deuil de la maternité et d’élever un enfant à ce point différent de moi. Et comment expliquer à un petit être marqué par l’abandon que sa mère ne voulait pas de lui ?»
Les époux participent alors à un groupe de parole pour couples en questionnement sur le don d’ovocyte. «Une femme du groupe a glissé qu’une personne sur dix environ avait des doutes quant à l’identité de son père… ça m’a aidé à accepter l’idée d’une donneuse», raconte Stéphanie. L’autre chose qui la conforte, c’est que chacun des époux aurait une part active dans la conception: Maxime en donnant son patrimoine génétique, elle en portant les enfants.
Cinq ans de liste d'attente
En France, le don d’ovocyte est légal et remboursé. Mais la liste d’attente est de cinq ans. On les aiguille donc sur l’Espagne ou la République tchèque, où les délais sont plus courts. Et les donneuses, rémunérées… un problème? «Il y a un défraiement, mais rien de faramineux comparé à l’effort que cela demande pour être donneuse», commente Maxime.
Avant de se rendre en République tchèque, les jeunes gens suivent une retraite chez des jésuites. «Nous nous sommes ouverts à un couple d’animateurs. Ils nous ont dit qu’eux-mêmes avaient hésité à avorter à un moment de leur vie pour protéger leur famille… ce qu’ils n’ont finalement pas fait. Pour eux, l’Église conseille, mais c’est toujours au couple de décider en son âme et conscience.»
La veille de leur départ en République tchèque, Stéphanie informe son père de sa démarche. «Contre toute attente, il s’est montré très compréhensif et encourageant !», assure la jeune femme. Dans la clinique tchèque, quatre des huit ovocytes fécondés se développent en embryons. Deux sont implantés dans le ventre de Stéphanie: des jumeaux naîtront neuf mois plus tard, une immense joie pour le couple après cinq ans d’attente. Après deux ans, un troisième embryon transféré donne naissance à un petit garçon. Et le quatrième?
«C’est une question lancinante, répond Maxime. Jusqu’à présent, on ne l’a pas tranchée; nous avons simplement repoussé le problème. Nous ne nous sentons pas prêts à accueillir un quatrième enfant. Mais en fait, celui-ci existe déjà: il nous attend au congélateur...» Débrancher la prise? Donner à d’autres cet embryon qui est biologiquement l’enfant de Maxime? La question est en suspens et n’a rien d’évident.
Le couple n’entretient pas de secret et pense même emmener ses enfants l’an prochain dans la clinique tchèque pour leur montrer un morceau de leur histoire. «Pour l’instant, on ne sait pas vraiment ce qu’ils comprennent, affirme Stéphanie. Ils auront sans doute des questions à l’adolescence sur leur mère biologique, qui est restée anonyme…»
«Ne pas distinguer les traits de Stéphanie sur le visage de nos enfants, oui, c’est une souffrance»
Les époux ne nient pas les difficultés. «Ne pas distinguer les traits de Stéphanie sur le visage de nos enfants, oui, c’est une souffrance», reconnaît Maxime. Mais ces trois naissances restent pour eux miraculeuses. Ce qu’elles ont changé? «Tout, répond Stéphanie. Ça a donné un sens à ma vie. Peut-être que dans dix ans, ils me diront: 'De toute façon, tu n’es pas ma mère!’ Ce sera difficile, mais je leur ai toujours assuré que quoi qu’ils me disent, je les aimerai toujours.» «Devenir parents, c’est un bouleversement complet, abonde Maxime. Ça remet en cause notre position dans le monde, ça nous décentre de nous-mêmes.»
Et leur foi? «Ce choix nous a mis en décalage avec une certaine catégorie de gens très attachés aux dogmes, répond Maxime. Mais cette faiblesse de l’infertilité, que nous portons toujours en nous, nous a ouverts à la fragilité et à la souffrance des autres.»
Quant à l’Église, ils ont apprécié sa présence sur le chemin. «Ce n’est pas la doctrine qui nous a accompagnés, mais des prêtres et des croyants», estime Stéphanie. Le couple, d’ailleurs, ne critique pas la position de l’Église sur la PMA. «Le fait qu’elle ne soit pas d’accord avec certaines pratiques nous pousse à nous interroger, reconnaît la jeune femme. C’est important qu’elle prévienne des risques que nous encourons. L’Église affirme que la procréation doit procéder d’un acte d’amour. Que la médecine, en s’en mêlant, vient violer l’intimité du couple: elle a raison! C’est la réalité.»
Assumer ou non le danger
Pour elle, l’Église doit poser la limite et avertir des dangers de la transgression. Mais in fine, c’est au couple de savoir s’il est prêt à assumer ce danger. «Lors de nos retraites, poursuit la jeune femme, nous avons rencontré des couples qui disaient: 'Nous n’irons pas plus loin, nous nous en tiendrons à ce que propose l’Église'. Je respecte beaucoup cette attitude! Nous, nous n’étions peut-être pas assez forts, ou pas assez convaincus.»
Ce qu’ils attendraient de l’Église, c’est qu’elle ouvre un espace de parole autour de ces questions, surtout en Suisse où l’infertilité leur semble plus taboue qu’en France. «Le rôle de l’Église n’est pas de dire: 'Allez-y, faites des FIV’, commente Maxime. Mais d’offrir une porte à laquelle frapper. Qu’elle rappelle la doctrine, puis qu’elle nous aide à discerner.» C’est dans cette religion que Maxime et Stéphanie souhaitent élever leurs trois enfants. (cath.ch/cmc)
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