Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.1/6
L'année saint Joseph 2020-2021 Avec la Lettre Apostolique Patris corde (avec un cœur de père), le pape François rappelle le 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle. À cette occasion, une «année spéciale saint Joseph» se tient du 8 décembre 2020 au...
Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.1/6
Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.2/6
Saint Joseph a le bras long 2/6
Saint Joseph, ce gardien paternel des mystères du salut 3/6
Saint Joseph: aucune parole, mais des actes qui parlent 4/6
Saint Joseph, un modèle décliné par les papes depuis 1870
Joseph patron des travailleurs, ou comment le père a remplacé le fils
Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.1/6
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L'année saint Joseph 2020-2021 Avec la Lettre Apostolique Patris corde (avec un cœur de père), le pape François rappelle le 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle. À cette occasion, une «année spéciale saint Joseph» se tient du 8 décembre 2020 au...
Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.2/6
La situation peut sembler paradoxale. Joseph, l'homme qui a été le plus proche de la Vierge Marie, le père nourricier de Jésus ne bénéficie pas d'un culte officiel dans l'Eglise latine avant le XVe siècle. Retour sur la 2e partie de la longue histoire d'une dévotion qui a fait d'un témoin taciturne...
Saint Joseph a le bras long 2/6
Le 19 mars 2021 a été lancée l'année saint Joseph, voulue par le pape François. Un saint pour lequel la dévotion est discrète mais que de nombreux fidèles invoquent fréquemment dans leurs soucis matériels ou de famille. Florilèges en Suisse romande.
Saint Joseph, ce gardien paternel des mystères du salut 3/6
Les catholiques occidentaux célèbrent saint Joseph, le 19 mars. Quelles sont la place et l’image de l’époux de Marie dans les textes liturgiques? La liturgie présente Joseph comme un serviteur sage, fidèle et discret, chargé d’une une tâche unique: garder le Fils de Dieu, avec un amour de père, expl...
Saint Joseph: aucune parole, mais des actes qui parlent 4/6
Dans la Bible, saint Joseph ne dit mot. Toutefois, ses actions et sa relation avec Marie ont beaucoup à nous dire. Portrait du père terrestre et "précurseur" de Jésus, dressé par le bibliste Philippe Lefebvre, à la lumière de l'Ancien Testament.
Saint Joseph, un modèle décliné par les papes depuis 1870
La figure de saint Joseph a inspiré les papes, de Pie IX qui le proclama Patron de l’Eglise universelle en 1870, jusqu’à la lettre apostolique de François Patris Corde (Avec un cœur de père), publiée le 8 décembre 2020, où le pape argentin a rendu hommage au saint charpentier, figure de silence et d...
Joseph patron des travailleurs, ou comment le père a remplacé le fils
Saint Joseph fait partie des quelques saints à avoir deux fêtes au calendrier: le 19 mars, qui est sa fête principale, et le 1er mai où les catholiques sont invités à contempler le travailleur Joseph. L'histoire de l'institution de cette fête en 1955 est cependant assez surprenante.
Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.1/6
La situation peut sembler paradoxale. Joseph, l'homme qui a été le plus proche de la Vierge Marie, le père nourricier de Jésus ne bénéficie pas d'un culte officiel dans l'Eglise latine avant le XVe siècle. Retour sur la longue histoire d'une dévotion qui a fait d'un témoin taciturne le no 2 dans la hiérarchie des saints.
Le récit des évangiles de Matthieu et de Luc sur le personnage de Joseph est très succinct. On apprend qu'il est de la lignée de David, qu'il est charpentier, qu'il est l'époux de Marie et qu'il vit à Nazareth. Matthieu ajoutera le qualificatif d'homme juste. Sa biographie officielle est donc très sommaire.
Insatisfaite des silences des Évangiles sur l'enfance de Jésus, la piété populaire prit plaisir à la lecture des apocryphes, où l'imagination et la fantaisie ont une large place. Dans le Protévangile de Jacques, datant du II° siècle, Joseph apparaît comme un vieillard avec un certain relief. Le récit détaille son mariage avec Marie, parle des frères de Jésus, fils du veuf Joseph…
Un personnage secondaire dans l'ombre de la Vierge
Les auteurs ecclésiastiques le nomment fréquemment, tandis qu'ils commentent les récits de l'enfance de Jésus. Au IV° siècle, lorsque des hérétiques attaquent la virginité perpétuelle de Marie, saint Ambroise, saint Jérôme ou saint Augustin ripostent énergiquement. L'éloge à saint Joseph est incontestable. Mais il ne s'agit que d'une réfutation. Pour ces Pères, comme pour leurs contemporains, Joseph reste un personnage secondaire, dans l'ombre du rayonnement de la Vierge. N'ayant certainement pas vécu la mort et la résurrection du Christ, il appartient encore au monde de l'Ancien Testament. Ni apôtre, ni martyr, il ne figure pas au rang des saints.
Développement de la dévotion en Orient
En Orient, Ephrem (+313) ou Jean Chrysostome (+407) portent un regard nettement plus affectueux sur le père de Jésus. Ce que certains ont interprété comme l'écho d'une dévotion populaire naissante. La raison de la dignité de Joseph dérive essentiellement de ses relations avec Marie et Jésus dont il est père dans un sens très réel, explique Ephrem. Pour Jean Chrysostome, Joseph est le témoin de la virginité de Marie et de la divinité de son Fils, un témoin sûr et déjà auréolé de la lumière du Christ qui allait venir au monde.
Avec l'Histoire de Joseph le Charpentier, les apocryphes prennent à nouveau le relais. Il s'agit d'une prétendue relation, faite par le Christ lui-même, de la vie et de la mort de saint Joseph. Le texte, connu par deux versions coptes des VIe et VIIe siècles, remonterait à un original grec, peut-être de la seconde moitié du Ve siècle. Joseph, âgé de cent onze ans, se serait éteint dans les bras de Marie et de Jésus qui donnent ensuite des instructions pour sa vénération. Ce récit donne à penser qu'une dévotion, voire un culte à Joseph existaient à cette époque dans les Eglises d'Orient.
"Joseph eut l'honneur de le porter le Christ dans ses bras, de le conduire par la main, de le presser sur sa poitrine, de le couvrir de ses baisers, de le nourrir et de veiller à sa garde"
Porter Jésus dans ses bras, le tenir par la main
En Occident, jusqu'au XII siècle, la dévotion à saint Joseph ne connaît que quelques attestations éparses et locales en Italie, en Angleterre ou en Allemagne. En France, saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) reprend et enrichit la pensée de ses devanciers. Grâce à lui, saint Joseph sort de la pénombre. Il décrit de manière touchante la relation entre Joseph et l'enfant Jésus :"Bien mieux que de le voir et de l'entendre, il eut l'honneur de le porter dans ses bras, de le conduire par la main, de le presser sur sa poitrine, de le couvrir de ses baisers, de le nourrir et de veiller à sa garde », Mais pour lui, comme un peu plus tard pour Albert le Grand (1200-1280) ou Thomas d'Aquin (1225-1274), Joseph n'existe que dans l'ombre de la Vierge. Sa présence n'est justifiée que par la nécessité de lui donner une aide et un époux légitime aux yeux des Juifs.
A la fin du XIIIe siècle, l'essor des franciscains ouvre une tradition de mise en valeur de vertus paternelles de Joseph. On assiste à l'émergence d'une piété de nature plus affective liée à l’humanité du Christ. La dévotion à la Sainte famille et les efforts pour honorer la famille comme une institution chrétienne amènent à dresser un tableau renouvelé des vertus de Joseph. Les prédicateurs le décrivirent comme un père bon et tendre envers Jésus. Joseph le protecteur et le nourricier devint un saint de renom. Lors de leur chapitre général tenu à Assise, en 1399, les frères mineurs adoptent la fête de saint Joseph et prescrivent sa célébration dans l'Ordre tout entier.
La ceinture de saint Joseph arrive en Champagne
S'y ajoutent les influences orientales. Notamment les reliques de saint Joseph, rapportées par les pèlerins et les croisés. En 1254, le sire de Joinville, en Champagne, rapporta une précieuse relique: c'était, disait-on, une ceinture de saint Joseph. Il la déposa dans une chapelle qu'il fit construire tout exprès. Il voulut être inhumé auprès d'elle à sa mort en 1319. Authentiques ou non, ces reliques traduisent un sentiment populaire de dévotion.
"Dans l'art du Moyen-Age Joseph est identifié à un paysan assez lourdaud, à un vieillard fatigué et mal habillé"
Au XVe siècle, en France, Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, se fait l'apôtre de la dévotion à saint Joseph. Le 17 août 1413, il adresse une lettre à toutes les églises pour leur proposer une fête en l'honneur du mariage de Marie et de Joseph. Au concile de Constance, où il représente le roi de France et l'Université de Paris, Gerson en profite pour exprimer sa vision de saint Joseph. Il compose le Josephina, poème de trois mille vers divisé en douze chants.
Pour clore cette phase, le pape franciscain Sixte IV (1471-1484), introduit officiellement le culte de saint Joseph dans l'Eglise avec sa fête le 19 mars.
Un Joseph qui fait rire de lui?
Parallèlement à l'expansion de sa dévotion, la représentation de Joseph se multiplie aussi dans l'art. Le personnage a une position singulière dans l'imagerie médiévale: omniprésent dans les scènes de l'enfance du Christ, il apparaît souvent en marge, comme un contrepoint humain au mystère divin, un personnage en apparence sans relief. On trouve des images surprenantes où Joseph est identifié à un paysan assez lourdaud, à un vieillard fatigué et mal habillé qui s'occupe modestement des tâches matérielles ou contemple d'un air las l'arrivée des rois mages. Certains critiques y ont vu une façon de se moquer de l'époux de la Vierge et, à travers lui, de l'institution du mariage. Pour d'autres, le caractère un peu 'ridicule' de Joseph peut au contraire devenir une valeur, lorsqu'elle est vue comme l'humilité du premier homme à avoir touché de près le Fils de Dieu, en étant son père terrestre.
Ce Joseph qui fait rire de lui se rattache aussi aux mystères joués au parvis des églises. Dans ces mises en scène, Joseph, qui ne dit mot dans la Bible, est un grand bavard. C'est lui qui raconte l'histoire, plaçant là où il faut l'anecdote qui attirera les rires du public au détriment du mari trompé. (cath.ch/mp)
Retrouvez la suite dans l'article à paraître le 21 mars 2021
Quand le pape François rend hommage à saint Joseph
Le pape François rend hommage au «père dans l’ombre» qu’est saint Joseph dans la lettre apostolique Patris Corde, rédigée à l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de l’époux de la Vierge comme patron de l’Église universelle par Pie IX, le 8 décembre 2020. Dans ce texte le pape salue «l’humble charpentier» qui eut «le courage d’assumer la paternité légale de Jésus».
Le protévangile de Jacques
Le protévangile de Jacques, apocryphe du 2e siècle, fait le récit suivant des épousailles de Marie et Joseph. Il servira très souvent de source pour l'iconographie de Joseph.
VIII: "Et voici que l’ange du Seigneur se présenta, lui disant: Zacharie, Zacharie, sortez, et convoquez les veufs du peuple ; et qu’ils apportent chacun une verge; et elle [Marie] sera donnée en garde pour femme à celui à qui Dieu aura montré un signe. […]
IX. Or, Joseph, ayant jeté sa hache, sortit au-devant d’eux; et s’étant assemblés ils s’en allèrent au grand prêtre, ayant pris leurs verges. Ainsi recevant d’eux leurs verges, il entra dans le temple, et pria. Et ayant achevé l’oraison, il prit les verges et sortit. Alors il les rendit à chacun d’eux, et il n’y apparut aucun signe. Mais Joseph reçut la dernière verge, et voici qu’une colombe sortit de la verge, et vola sur la tête de Joseph. Et le grand prêtre dit à Joseph: Vous êtes choisi par le sort divin pour prendre la vierge du Seigneur en garde chez vous. Joseph s’en défendait, disant: J’ai des fils, et je suis vieux; mais elle est très-jeune: de là je crains de devenir ridicule aux enfants d’Israël. Mais le grand prêtre dit à Joseph: Craignez le Seigneur votre Dieu.
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Joseph: de l'antichambre au pinacle 1.2/6
La situation peut sembler paradoxale. Joseph, l'homme qui a été le plus proche de la Vierge Marie, le père nourricier de Jésus ne bénéficie pas d'un culte officiel dans l'Eglise latine avant le XVe siècle. Retour sur la 2e partie de la longue histoire d'une dévotion qui a fait d'un témoin taciturne le no 2 dans la hiérarchie des saints.
Maurice Page
Joseph a les faveurs de Thérèse d'Avila
Au XVIe siècle, la dévotion à Joseph gagne les familles religieuses. Ignace de Loyola en parle avec modération, mais dans la Compagnie de Jésus, sa dévotion sera désormais associée à celle de Marie. Dominicains et jésuites avaient été devancés par les carmes. Un nom domine tous les autres, celui de Thérèse d'Avila (1515-1582). La réformatrice du Carmel se fit l'ardente propagatrice de la dévotion à saint-Joseph. Elle placera les deux-tiers de ses fondations sous son patronage. "Les grandes faveurs que Dieu m’a faites par l’intermédiaire de ce bienheureux saint sont chose stupéfiante, ainsi que les périls dont il m’a sauvegardée, corps et âme", écrit-elle.
A partir du Concile de Trente, sous l'influence de l'esprit critique humaniste et des attaques protestantes, l'iconographie de saint Joseph change. On se débarrasse de traditions difficiles à défendre. L'âne familier disparaît des tableaux qui représentent la fuite en Egypte. Le grand peintre espagnol Murillo (1617-1682), illustre la simplicité de la Sainte famille et de Joseph dans son atelier. Le charpentier de Nazareth, étudié désormais pour lui-même, devient un homme de chez nous, nettement plus jeune.
A la cour de France
Le nom de François de Sales (1567-1622) est également important dans l'histoire de la dévotion à saint Joseph. Le saint évêque de Genève lui consacre l'un de ses célèbres Entretiens spirituels. Les Visitandines héritèrent de la dévotion de leur père pour l'époux de la Vierge.
C'est dans cette lignée qu'il faut situer les célèbres panégyriques de Bossuet devant la cour de France en 1661. Sur les instances d'Anne d'Autriche, qui avait imploré le saint pour obtenir un descendant masculin, la France est consacrée à saint Joseph, par Louis XIV.
Le XVIIIe siècle voit paraître un grand nombre d'ouvrages savants ou populaires sur le culte de saint Joseph. Le cardinal Prosper Lambertini, devenu plus tard le pape Benoît XIV (1740-1758), lui consacre une savante dissertation historique et théologique.
Rempart contre le communisme et l'athéisme
A peine freiné par la Révolution française, la dévotion à saint Joseph reprend de plus belle au XIXe. D'innombrables congrégations, institutions, écoles se placent sous son patronage. Face à la révolution industrielle, à l'émergence du communisme ou de l'athéisme, Joseph apparaît comme le puissant intercesseur des classes laborieuses.
Alors que le monde catholique traverse une période critique après la chute des États pontificaux, Pie IX, le 8 décembre 1870, proclame solennellement saint Joseph patron de l'Église universelle. Les papes suivants affirment à leur tour leur dévotion à saint Joseph. Notamment Pie X qui porte le prénom de Giuseppe.
En 1955, Pie XII a établi une fête supplémentaire destinée à célébrer Saint Joseph travailleur, fixée au 1er mai afin de coïncider avec la Journée internationale des travailleurs instaurée par la IIe Internationale socialiste. Joseph éjecte alors de cette date les apôtres Philippe et Jacques.
Ainsi au cours de l'histoire, de personnage secondaire n'existant que pour attester de la virginité de Marie et de la divinité du Christ, Joseph aura gravi tous les échelons de la hiérarchie des saints, pour en devenir le no 2, placé immédiatement après la Vierge, son épouse. (cath.ch/mp)
Joseph patron de la bonne mort
A partir des XVIe et XVIIe siècles, au moment où sa dévotion se répand largement saint Joseph est invoqué comme le patron de la bonne mort. Trois raisons principales poussent à reconnaître le saint comme l'avocat des mourants. Sa mort paisible entre les bras de Jésus et de Marie et de Jésus, selon la tradition, est le trépas le plus heureux qu'on puisse souhaiter. Sa qualité de père adoptif du Christ lui donne une autorité particulière au moment où le Père jugera du salut éternel du fidèle, vers le paradis ou vers l'enfer. Enfin, on lui attribue une puissance formidable contre les démons qui au moment de la mort donnent leurs derniers assauts. Cette dévotion privée se développera aussi à travers les confréries de la bonne mort notamment promues par les jésuites. MP
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Saint Joseph a le bras long 2/6
Le 19 mars 2021 a été lancée l'année saint Joseph, voulue par le pape François. Un saint pour lequel la dévotion est discrète mais que de nombreux fidèles invoquent fréquemment dans leurs soucis matériels ou de famille. Florilèges en Suisse romande.
Christine Mo Costabella (article déjà paru le 18 mars 2019)
Quand le pape François a des soucis, il glisse un billet sous sa statue de saint Joseph. Au grand saint de prier pour le problème, racontait le pontife lors de son voyage aux Philippines en 2015.
En Suisse romande aussi, des catholiques confient leurs soucis au charpentier et père de famille. Avec des résultats étonnants.
Un camion inattendu
A Epinassey, près de Saint-Maurice (VS), la communauté Eucharistein vit de ce qu’elle reçoit. «Il y a quelques années, on s’est retrouvé franchement à court de produits frais, raconte sœur Delphine, responsable de l’intendance. Mais le jour de la saint Joseph, le 19 mars, en rentrant de la messe, nous avons trouvé un camion des ‘Tables du Rhône’ devant notre porte. Cette association redistribue des invendus. Nous étions très étonnés de les voir là, car le 19 mars est férié en Valais!
En fait, un magasin d’Aigle – donc vaudois – avait appelé l’association pour donner ses invendus. Comme les ‘Tables du Rhône’ n’ont trouvé aucune autre organisation ouverte en Valais ce jour-là, notre chambre froide s’est remplie de légumes, de fruits, de fromage et de charcuterie!»
Etrange machine
«J’ai découvert un jour l’existence de machines à mettre les aliments sous vide, se souvient sœur Delphine. Je n’ai pas écrit ce souhait sur la 'liste saint Joseph’ que nos amis peuvent consulter pour savoir comment nous aider, car on peut très bien vivre sans! Mais j’ai dit à saint Joseph: 'Si tu penses que c’est bien, donne-nous une de ces machines’".
Quelques jours plus tard, une personne est décédée et nous avons débarrassé sa bibliothèque. Il y avait là un petit engin électrique. Nous pensions que c’était un genre de scanner, car on l’a trouvé au milieu des livres. Il a traîné chez nous des semaines sans que personne ne s’y intéresse. J’ai fini par aller voir sur internet ce qu’était cette marque: c’était une machine à mettre les aliments sous vide!»
Pas un distributeur automatique
«Saint Joseph donne parfois, mais pas toujours, remarque sœur Delphine. Pendant toute une période, je lui demandais de la nourriture, mais rien ne venait. C’était troublant. Il restait bien quelques légumes dans la chambre froide, mais ils étaient en train de se gâter. Je ne les cuisinais pas, car ils étaient défraîchis et ne suffisaient pas pour toute la communauté. J’ai finalement pensé qu’il fallait aller voir ces vieux légumes de plus près, trier ce qui restait et mettre de l’ordre dans la chambre froide. Au moment où je donnais le dernier coup de panosse, une camionnette pleine de victuailles est arrivée! Il est gentil, saint Joseph, mais il attend qu’on coopère. Qu’on ne laisse pas se perdre les choses qu’il nous donne.»
Apprendre à partager
«J’ai remarqué que quand on reçoit beaucoup, il faut partager; sinon, on ne reçoit rien la fois suivante, affirme sœur Delphine. Saint Joseph nous éduque à être généreux nous aussi. Quand il y a un gros arrivage, nous partageons avec des familles dans le besoin ou avec une association.»
Un toit pour le bébé
Une jeune femme enceinte était accueillie à Epinassey, il y a quelques années. Les frères et sœurs lui cherchaient un lieu où elle puisse s’installer après la naissance. «Comme on ne trouvait rien, on a écrit une lettre à saint Joseph, raconte sœur Delphine. On lui a dit très clairement nos critères!». Il fallait notamment quelque chose de proche, pour que la communauté puisse continuer à soutenir la jeune femme.
«Quelques semaines avant l’accouchement, on a trouvé un appartement dans le village voisin d’Epinassey. Saint Joseph est spécialiste des femmes enceintes sans logement!»
Un coup de hache délicat
«Nous avons dû abattre un grand peuplier dans notre jardin. il y a une dizaine d’années, raconte Claire, jeune septuagénaire lausannoise. Notre voisin se plaignait des feuilles mortes qui tombaient sur sa maison. Cela tendait nos relations déjà difficiles avec lui. Mon mari s’était mis en tête d’abattre cet arbre tout seul, au motif qu’il avait bûcheronné pendant son école de recrue! Je n’étais pas rassurée. Je suis montée au deuxième étage de notre maison et j’ai installé une icône de saint Joseph en face du peuplier. Non seulement l’arbre est tombé parfaitement droit, mais notre voisin est venu donner un coup de main pour l’ébranchage!»
Un job pour l’architecte
«J’ai perdu mon emploi d’architecte en octobre 2018 suite à une restructuration, confie Mariella Maguiña, 58 ans. A vrai dire, j’étais plutôt contente, car j’avais surtout des contacts avec mon ordinateur et ça me pesait! Dans mon groupe de prière, à Genève, une amie m’a proposé de faire une neuvaine à saint Joseph. On m’a dit qu’il fallait formuler des critères précis: alors j’ai demandé un travail accessible en transports publics, car je n’aime pas conduire, un bureau qui utilise un programme de dessin que je connaisse et des collègues agréables. Quelques jours plus tard, j’ai postulé à un poste à l’Etat que j’étais sûre de ne pas avoir. En fait, j’ai été prise! Je me rends au travail en dix minutes à pied, j’ai beaucoup plus d’interactions et mes collègues sont adorables. Pour le remercier, je récite la prière à saint Joseph tous les jours!»
Libéré de la bouteille
«Quand en 1996, on nous a demandé d’accueillir une personne avec des problèmes d’alcool dans notre maison de Venthône (VS), j’ai dit à saint Joseph qu’il allait devoir s’en occuper, se souvient Père Jean-Marie Cettou, frère de la communauté des Béatitudes et curé de la paroisse Sainte-Thérèse, à Lausanne. De fait, en deux mois, Bernard a été libéré de la bouteille. Cela fait 22 ans qu’il est abstinent. Lui-même a contribué à construire notre chapelle dédiée à saint Joseph; et devant la maison, il a gravé dans la pierre 'Merci saint Joseph’!»
Un mur un peu spécial
«Je me suis beaucoup occupé des chantiers à la communauté de Venthône, où je vis toujours, explique également Bernard Dayer. Je prie saint Joseph chaque fois que j’ai des besoins pour les travaux; la plupart du temps, j’arrive à les réaliser à peu près gratuitement. Un jour, je devais faire un mur un peu spécial, je ne savais pas comment m’y prendre. J’ai prié saint Joseph et l’idée m’est venue d’un coup, alors que j’étais dans mon lit. Il est toujours très présent dans ma vie. C’est un homme silencieux, mais il parle beaucoup sans rien dire. J’aime rester à l’écouter.»
Maître de vie intérieur
«Beaucoup demandent des grâces à saint Joseph pour les choses matérielles; mais il nous aide avant tout à renouveler nos âmes, renchérit le Père Jean-Marie. Pour moi, il est un maître de vie intérieure; ce que Jésus a dit dans sa prédication, ses paraboles, c’est ce qu’il a appris auprès de saint Joseph.» (cath.ch/cmc)
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Saint Joseph, ce gardien paternel des mystères du salut 3/6
Les catholiques occidentaux célèbrent saint Joseph, le 19 mars. Quelles sont la place et l’image de l’époux de Marie dans les textes liturgiques? La liturgie présente Joseph comme un serviteur sage, fidèle et discret, chargé d’une une tâche unique: garder le Fils de Dieu, avec un amour de père, explique Marco Gallo, professeur de sacramentaire à l’Institut supérieur de sciences religieuses de Fossano (I).
Davide Pesenti
La paternité de saint Joseph est modèle pour toute paternité humaine. Et les textes de la messe de cette solennité le rappellent, mettant en exergue sa mission de «veiller sur Jésus comme un père», lui, le «serviteur que le Seigneur a établi sur sa famille».
Quelle image offre la liturgie eucharistique de la figure de Joseph?
Don Marc Gallo: Dans les textes propres à l’Eucharistie, comme dans la liturgie des Heures, on retrouve les traits les plus délicats et les plus beaux de cet homme précieux et doux.
Les textes de la messe présentent Joseph comme un gardien attentionné (collecte). Ils évoquent son caractère discret et fidèle dont témoignent les récits bibliques. Dans la préface, il est décrit comme un homme juste, un serviteur sage et fidèle, une personne placée à la tête de la Sainte Famille avec pour tâche de garder le Fils de Dieu. La liturgie sollicite aussi son intercession pour l’Église – dont il est le patron universel. Et en invoquant le don de la coopération fidèle dans l’accomplissement de l’œuvre de salut, on demande aux chrétiens d’incarner cette même attitude.
"La fête du 1er mai, introduite par Pie XII en 1956, place 'Joseph artisan' comme protecteur et modèle pour le monde du travail"
Des traits que l'on retrouve également dans la Liturgie des Heures…
Les hymnes de la liturgie des Heures sont ceux dédiés à la Sainte Famille et placent ainsi Joseph dans le cadre de ses relations affectives. D’une part, le riche formulaire de toutes les heures permet de retracer les passages de son existence. D’autre part, l’Office des lectures le place parmi les saints «pères dans la foi», offrant aussi une belle page spirituelle de saint Bernardin de Sienne, dans laquelle émerge clairement son rôle de pont entre la première et la deuxième Alliance.
Que révèlent les textes bibliques du jour?
Nous y trouvons la promesse de Dieu à David, par le biais du prophète Nathan, de placer un de ses descendants sur un trône éternel. Joseph est donc celui qui permet à la parole de Dieu de s’accomplir en Jésus.
La même alliance est chantée dans le psaume 88 choisi pour la messe du jour. L’épitre aux Romains reprend le thème de la paternité dans la foi –. Le rêve trouble mais décisif pour le discernement dans l’évangile de Matthieu, et l’épisode de la perte (et la découverte) de Jésus au temple à l’âge de douze ans, confirment son caractère fidèle et discret chanté dans la liturgie. Ils montrent Joseph présent aux côtés de Jésus et Marie, sans toutefois qu’il ne prenne la parole.
Mais Joseph n’est pas seulement célébré le 19 mars. Où rencontrons-nous encore sa figure au cours de l’année liturgique?
Dans le respect de la longue histoire des textes liturgiques, la figure de Joseph trouve sa place naturelle au cours de l’Avent et du temps de Noël. Son travail de tutelle, raconté dans les évangiles de l’enfance, est particulièrement mis en évidence lors de la fête de la Sainte Famille. Il faut également mentionner la fête du 1er mai, introduite par Pie XII en 1956, où « Joseph artisan » est placé comme protecteur et modèle pour le monde du travail.
A quand remonte l'introduction de la solennité du 19 mars?
Les origines de la fête remontent à la liturgie orientale, en particulier chez les coptes monophysites qui le célébraient le 20 juillet. En Orient, on trouve des témoignages d’une riche liturgie en son honneur déjà au Xème siècle.
Et dans l’Eglise d’Occident?
En Occident, les traces les plus anciennes remontent encore plus loin, au VIIIème siècle. Elles témoignent du fait que le saint était célébré dans les cercles monastiques, le 19 ou le 20 mars. Le plus ancien manuscrit est justement suisse, de l’abbaye de Rheinau dans le canton de Zurich. On rencontre aussi d’autres dates : 9 février dans la tradition anglaise ; à l’octave de la purification de Marie ; ou encore, lors de l’institution de la fête du Mariage de Marie et Joseph en 1537 par les Franciscains – fête supprimée en 1961.
"L’Occident projette sur Joseph les questions qui lui tiennent le plus à cœur, selon les différentes époques"
D’où viennent ces différences entre Orient et Occident?
En ligne générale, l’Orient est plus attentif à garder la figure de Joseph dans le cadre des mystères de l’Incarnation. L’Occident, en revanche, a tendance à projeter sur Joseph les questions qui lui tiennent le plus à cœur, selon les différentes époques. En ce sens, on peut saisir la beauté d’une sensibilité spirituelle qui change avec le temps, tout en approfondissant une donnée antique, mais certainement toujours fertile.
"On retrouve Joseph dans les quatre principales prières eucharistiques du Missel Romain"
Finalement, pourquoi a-t-on retenu le 19 mars?
La date du 19 mars est entrée dans le missel et le bréviaire en 1479; d’abord en tant que fête romaine seulement. Elle a été rendue universelle seulement en 1642. Finalement, elle est devenue une solennité (le plus haut degré de célébration liturgique NDR) grâce à Pie IX pendant le Concile Vatican I en 1870 C’est finalement Jean XXIII, en nommant Joseph protecteur du Concile Vatican II, qui a inséré son nom dans le Canon romain. Voilà la raison pour laquelle, on le retrouve aujourd’hui encore dans les quatre principales prières eucharistiques du Missel Romain.
La piété populaire s'est aussi beaucoup développée autour de saint Joseph
Comme toujours, la liturgie et ses textes font preuve d’une sobriété substantielle et exemplaire. La piété populaire, en revanche, possède une profonde richesse affective. Elle distingue certains aspects de la figure de ce saint avec une grande finesse qui touche en profondeur la sensibilité humaine. Contrairement à d’autres aires culturelles, en Suisse et en Italie le fait d’associer cette solennité à la fête des pères permet de proposer des réflexions très précieuses sur la paternité. Et le sujet n’a jamais été aussi urgent qu’à nos jours. (cath.ch/dp)
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Saint Joseph: aucune parole, mais des actes qui parlent 4/6
Dans la Bible, saint Joseph ne dit mot. Toutefois, ses actions et sa relation avec Marie ont beaucoup à nous dire. Portrait du père terrestre et "précurseur" de Jésus, dressé par le bibliste Philippe Lefebvre, à la lumière de l'Ancien Testament.
"Un homme qui se tait et qui écoute, c'est assez rare. Joseph en fait partie", constate le dominicain Philippe Lefebvre, la Bible en main. "Joseph ne parle pas. Aucun discours direct n'est rapporté dans les évangiles. Mais il entend la Parole de Dieu et la met en pratique: en rencontrant sa femme Marie et en accueillant son enfant". Deux fonctions "habituelles" pour un mari et un père, mais qui ne sont pas toujours si évidentes, estime le professeur de l'Université de Fribourg. Interview.
Dans les évangiles, Joseph ne semble occuper qu'une place secondaire?
Philippe Lefebvre: Si l'on prend en compte tous les versets du Nouveau Testament (NT), ils ne parlent de Joseph uniquement pendant 0,45%, d'après mes calculs. C'est très peu. A première vue, on pourrait qualifier Joseph de personnage secondaire. J'aime bien rappeler ce passage de la première lettre aux Corinthiens: "Ce qui est faible, petit, méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi (1 Co 1, 27-28)". Ce sont des versets qui collent assez bien à Joseph, dont on parle peu. Mais ce peu, c'est en fait vraiment beaucoup. Et sa place – notamment du fait qu'il soit cité au début de l'évangile de Matthieu – fait de lui le premier personnage de tout le NT.
"Joseph, fils de David, est un 'précurseur' de Jésus, fils de David"
Joseph est un des personnages qui introduit Jésus…
Par rapport à Jésus, Joseph est un 'précurseur'. A côté de Jean-Baptiste dont les textes parlent beaucoup, Joseph est aussi un précurseur. La généalogie, chez Matthieu, présente Jésus comme 'fils de David', et très rapidement, l'Ange qui s'adresse en songe à Joseph le nomme aussi 'fils de David'. Joseph est une sorte de relai entre l'Ancien Testament (AT) et le Nouveau et la figure de Jésus. Les évangélistes Matthieu et Luc misent beaucoup sur Joseph. Il est présenté chez eux de manière assez rapide, mais si l'on regarde de plus près, Joseph est un personnage riche et complexe.
En quoi Joseph est-il complexe?
Il est à la fois héritier de différentes traditions de l'AT et héritier de l'expérience des humains dont la Bible parle très souvent. Pour un homme, par exemple, le fait d'être avec une femme ou de s'occuper d'un enfant. Les récits bibliques sont truffés d'expériences de l'humain qui vit avec Dieu. Joseph en est dépositaire. Il est le premier à concentrer sur sa personne des expériences de l'AT et le premier à participer à l'accomplissement des Écritures que le Christ va mener à son terme. En d'autres termes, Joseph va amener le 'Christ parmi nous' dans ce monde humain et juif, héritier d'une tradition si ancienne.
Que dit la Bible de cette expérience de Joseph d'être avec une femme?
La première expérience de Joseph, c'est la rencontre d'une femme qui se retrouve enceinte avant qu'ils aient cohabité. Selon la loi (Dt 22, 23ss), une femme dans cette situation doit être lapidée. Dans un premier temps, Joseph veut la répudier, mais en secret, pour ne pas faire d'histoires. Dans la Bible, quand un homme est confronté à une situation qui le dépasse, il dort! C'est là que l'Ange vient le visiter. On passe, avec Joseph, d'un premier mouvement de répudiation – qui est prévu par la loi – à un mouvement de rencontre et retrouvailles avec Marie. Et d'acceptation d'une situation difficile.
"Joseph et Marie: un cheminement qui passe d'une possible répudiation à une rencontre nuptiale"
Cette rencontre fait écho à d'autres scènes bibliques…
Cette scène inaugurale, nous la retrouvons au début de la Bible. Lorsque l’homme, Adam, est endormi, Dieu lui prélève une côte pour en "bâtir" une femme (Gn 2, 21). De manière générale, les rencontres d'un homme et d'une femme sont toujours des aventures incertaines. Dans le cas de Joseph et Marie, c'est un cheminement qui passe d'une possible répudiation à une rencontre nuptiale. Cette dynamique se retrouvera avec Jésus, dans ses rencontres avec une ou plusieurs femmes. Avec la Cananéenne (Mt 15, 21ss), par exemple. Les disciples veulent que Jésus la 'renvoie' – du grec ἀπολύειν / 'apoluein': renvoyer, qui est employé pour la répudiation de Marie (Mt 1, 19) –. Mais Jésus laisse venir la femme, la rencontre, et, avec elle, guérit sa fille.
Joseph aussi a ses précurseurs dans l'Ancien Testament…
Ce n'est pas un hasard si Joseph a beaucoup de rapport avec des personnages de l'Ancien Testament. C'est parce que ces rapports sont voulus et présentés comme tels par les évangélistes: il s'inscrit dans une histoire. Il y a bien sûr le premier Joseph, celui de la Genèse, le fils préféré vendu comme esclave par ses onze frères… Saint Joseph ressemble à celui de la Genèse – tout en étant "retravaillé". Son histoire a des similitudes. Joseph a lui aussi un père qui s'appelle Jacob. Avec Marie, Joseph doit fuir en Égypte. Dans la Genèse, Joseph est vendu et va se retrouver en Égypte.
"La mission de Joseph est de faire vivre"
Joseph de la Genèse prend soin des autres. D'abord chez son maître égyptien, 'il sait y faire'. Puis en prison, il s'occupera des autres prisonniers. Plus tard chez pharaon, il recommandera de prendre des décisions pour la survie du peuple, avant que n'arrivent les sept années de vaches maigres. La mission qui est associée à Joseph est de "faire vivre". Il en va ainsi dans les évangiles de Matthieu et Luc: Joseph prend soin de sa femme Marie, puis de son enfant Jésus.
Que dire de Joseph comme "père de Jésus"?
Quand Jésus a 12 ans, ses parents le prennent à Jérusalem pour la Pâque (Lc 2, 41ss). Sans prévenir ses parents, Jésus reste à Jérusalem. Ses parents le cherchent pendant trois jours, avant de le retrouver au Temple. Marie dit: "Ton père et moi, nous t’avons cherché", alors que l'on sait parfaitement dans l'évangile de Luc qu'il n'est pas le père biologique. Alors qu'est-ce qu'un père? Un père est celui à qui un fils est donné, qu'il l'ait procréé lui-même ou non. Un père a un fils qui lui est donné par Dieu. Comme le dit de Prologue de Jean: il ne s’agit pas de naître de chair et de sang, mais de Dieu".
Joseph est père parce qu'il a "reçu" un fils…
Oui, tout comme un fils est fils, parce qu'il est confié à son père. Mais il n'est pas pour autant sa propriété. Car il a déjà un Père auprès duquel il doit demeurer. Et Joseph est témoin de cela. En ce sens, la Sainte Famille présente une situation très particulière, mais parlante: un fils n'est pas une sorte de produit de nécessité. Il est toujours donné par Dieu. Et Joseph est comme un père qui témoigne devant son fils de ce que c’est qu’être fils devant Dieu. (cath.ch/gr)
A lire: Philippe Lefebvre, Joseph. L'éloquence d'un taciturne, Salvator, 2012.
2021: une année spéciale saint Joseph
Dans cette année dédiée à Joseph, que préconisez-vous pour mieux le connaître?
La meilleure manière de le (re)découvrir est de se replonger dans les textes bibliques (notamment le début de Matthieu et Luc). Joseph fait partie de ces croyants qui vont et viennent au pas de Dieu. Hérode et tous ceux qui l’entourent restent sur place (cf. Mt 2). Joseph au contraire est un homme en mouvement avec Dieu: il part avec les siens en Égypte, puis revient et part s’établir à Nazareth.
Pour certains, la piété envers Joseph risque de faire de l'ombre à Marie…
Joseph pourrait être davantage promu dans cette richesse théologique et biblique dont il est dépositaire, comme 'précurseur du Christ'. Et cela ne fait pas d'ombre à Marie. Car quand on vit vraiment avec Dieu, on ne fait de l'ombre à personne. Comme Jésus le rappelle en Mt 19, l'homme et la femme ne forment qu'une seule chair (citant Gn 2, 24). Ainsi en est-il pour Marie et Joseph – même s’ils n’ont pas connu l’amour charnel. Ce qui fait naître l'unité, c'est l'Esprit Saint qui, de deux, fait une seule chair. C'est ce que chaque croyant vit avec le Christ, quand il reçoit son Corps (lors de l'Eucharistie). Joseph et Marie faisant une seule chair est une des voies qu'il faudrait promouvoir en théologie et dans la piété.
Joseph n'est-il pas méconnu?
Pendant longtemps, nous n'avons effectivement pas su comment 'caser' Joseph, à côté de Jésus (Fils de Dieu) et Marie (Mère de Dieu). Il était traité un peu comme l'ami de la famille, qui faisait la tambouille et cantonné à des choses accessoires: comme dans la dévotion, on lui demande s'il est possible d'avoir ceci ou cela. Mais il y aurait, dans la foi active des chrétiens, à penser théologiquement la relation entre Joseph et Marie, voire entre Joseph et Jésus.
A contrario, comment répondre à un risque d'une piété excessive durant cette année?
En prenant vraiment en compte l'action de Dieu, les choses sont replacées dans cette "santé évangélique" que les textes nous transmettent. Il y a bien sûr Jésus, Fils de Dieu, qui est au centre, mais qui ne naît pas sans tout cet accompagnement humain, composé de gens qui participent à ce qu'il est: les personnages bibliques et nous-même, croyants, qui prenons part à cette intimité avec Jésus. GR
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Saint Joseph, un modèle décliné par les papes depuis 1870
La figure de saint Joseph a inspiré les papes, de Pie IX qui le proclama Patron de l’Eglise universelle en 1870, jusqu’à la lettre apostolique de François Patris Corde (Avec un cœur de père), publiée le 8 décembre 2020 où le pape argentin a rendu hommage au saint charpentier, figure de silence et de discrétion, dont les papes ont décliné l'exemplarité dans des encycliques, lettres ou exhortations apostoliques.
Camille Dalmas/I.MEDIA avec Bernard Hallet
L’année 2021 sera l’année de saint Joseph, avait annoncé le Saint-Siège le 8 décembre dernier. Un choix singulier, qui doit favoriser la conversion demandée par le pape François après une douloureuse année 2020. Le monde de demain, celui qui doit apprendre les leçons de la crise globale, a «besoin de pères" , a insisté le pontife dans sa lettre apostolique Patris corde - Avec un cœur de père - publiée le même jour.
Joseph, constate-t-il, sans être un père biologique, a joué ce rôle paternel souvent négligé auprès du jeune Jésus. La paternité divine du Christ ne doit pas faire oublier celle dont peut se prévaloir le charpentier. De Bethléem jusqu’à Nazareth en passant par l’Égypte ou Jérusalem, Joseph a toujours été un père. Par son éducation, sa protection et son amour, il a agi même comme une «ombre de l’unique Père céleste», estime l’évêque de Rome.
Saint Joseph est «un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés». Image d’une sainteté invisible, celle du quotidien ou «de la porte d’à côté», cette figure révèle son rôle quand tout va mal, et vient réconforter et secourir. En ce sens, Joseph a «un rôle inégalé dans l’histoire du salut».
Un saint aimé du peuple et des papes
La dévotion à saint Joseph est ancienne, et se retrouve partout où l’Église s’est enracinée. Mais Joseph est une figure que les papes, depuis Pie IX, ont particulièrement mise en avant. « Après Marie, Mère de Dieu, aucun saint n’a occupé autant de place dans le Magistère pontifical que Joseph, son époux », reconnaît d’ailleurs le pape François qui voue lui-même une affection toute particulière au patron de l’Église universelle.
En 1956, la difficile reconstruction de l’Europe, ravagée par la guerre, était placée sous la protection de l’Époux de la Vierge. En 2020, le pape François avait confié les personnes perdant leur travail ou éprouvant des difficultés à cause de la crise sanitaire.
La plus sûre espérance chrétienne après la Vierge
Pie IX (1846-1878) a été le premier pape moderne à mettre en avant le rôle du père nourricier du Christ. Un an après son élection, le pontife italien avait en effet établi la fête de Saint Joseph au troisième dimanche après Pâques, soulignant le rôle de celui qu’il avait décrit en 1854 comme «la plus sûre espérance de l’Église après la Sainte Vierge». Le statut de Joseph dans les évangiles est peu détaillé et s’efface nettement derrière la Vierge Marie et le Christ. Mais cette place discrète justifie paradoxalement selon Pie IX le choix d’en faire, en 1870, le patron de l’Église universelle.
Et une fois de plus, c’est lors d’une période de crise – en l’occurrence celle de la perte des États pontificaux – qu’un pontife se place sous la protection du saint charpentier. 150 après, le pape François renouvelle lui aussi l’acte de dévotion de son prédécesseur, faisant de Joseph l’artisan de la nouvelle charpente de nos sociétés.
En 1889, dans son encyclique Quamquam pluries, le pape Léon XIII (1878-1903) avait éclairé le statut de patron de l’Église universelle défini par Pie IX sous une lumière nouvelle et particulièrement belle. Pour le pontife de la Doctrine sociale de l’Eglise, «la divine maison que Joseph gouverna avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Église naissante».
Joseph, explique-t-il, est le pape d’une fécondation créative qui participe du plan de Dieu. A la manière de Marie devant l’Ange ou de Jésus à Gethsémani, Joseph «a su prononcer son “fiat“», déclare le pape François dans sa lettre. Et montre combien pour Joseph, «être père signifie introduire l’enfant à l’expérience de la vie, à la réalité”, c’est-à-dire “ne pas le retenir, ne pas l’emprisonner, ne pas le posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs».
La valeur chrétienne du travail
Benoît XV (1914-1922), dans Bonum sane (1920), avait quant à lui loué la noblesse de l’artisan-charpentier: «Joseph, de sang royal, uni par le mariage à la plus grande et la plus sainte des femmes, réputé père du Fils de Dieu, passa sa vie à travailler, et gagna par le labeur de l’artisan le soutien nécessaire de sa famille.» Dirigeant l’Eglise en une période marquée par de nombreuses pulsions révolutionnaires – notamment en Russie – Benoît XV répondit aux dérives de la société industrielle comme aux utopies marxistes et anarchistes en clamant qu’à l’exemple de Joseph, «la condition des humbles n’a rien de honteux».
Une réflexion qu’a poursuivie son homonyme Benoît XVI, en 2006. Le pape allemand a déclaré, au cours d’une homélie qu’il “faut vivre une spiritualité qui aide les chrétiens à se sanctifier à travers le travail, en imitant saint Joseph qui, chaque jour, a dû pourvoir aux besoins de la Sainte Famille de ses propres mains et que, pour cette raison, l’Église indique comme Patron des travailleurs». Le pape allemand avait confié au saint protecteur «les jeunes qui parviennent avec difficulté à s’insérer dans le monde du travail, les chômeurs et ceux qui souffrent des problèmes dus à l’importante crise de l’emploi».
Un père, ministre du salut
«Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était soumis à Joseph». En 1989, avec son encyclique Redemptoris Custos, Jean Paul II a, lui aussi, consacré un texte à l’importance de Joseph. Il souligne «l’exemple de saint Joseph qui s’est consacré tout entier à servir le Verbe incarné». Sept ans auparavant, en 1982, il lui avait accordé le titre de «gardien du Rédempteur», que justifiait selon lui sa «foi héroïque à toute épreuve».
Non seulement gardien du rédempteur, mais aussi père ordinaire de Jésus à travers ses obligations, souligne Jean Paul II: avec le recensement, Joseph accomplit à l’égard de l’enfant la tâche importante et significative d’inscrire officiellement le nom de «Jésus, fils de Joseph de Nazareth». Cette inscription, précise le pape polonais, manifeste clairement l’appartenance de Jésus au genre humain. La circoncision, premier devoir religieux du père. «Par ce rite, Joseph exerce son droit et son devoir à l’égard de Jésus». La présentation de l’enfant au temple est un autre rite auquel Joseph soumet son fils.
Un rôle de père mis en avant par le pape François dans sa récente lettre apostolique. «Père dans la tendresse regardant Jésus grandir jour après jour, en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 2, 52)». Il résulte, souligne le pape argentin que Joseph a été appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus en exerçant sa paternité. «C’est bien de cette manière qu’il coopère dans la plénitude du temps au grand mystère de la Rédemption et qu’il est véritablement ministre du salut».
Les papes ont puisé dans la riche personnalité du silencieux Joseph pour nourrir leurs réflexions. Qu’il soit pour eux père protecteur, père travailleur, père éducateur ou tout simplement père humain du Christ, ils ont enrichis par son intercession la compréhension du mystère de la Sainte Famille par l’Eglise. (cath.ch/imedia/cd/bh)
En quelques dates
Saint Joseph a été proclamé Patron de l'Église en 1870 par le pape Pie IX.
En août 1889, Léon XIII a été le premier pape à consacrer une encyclique entière, Quamquam Pluries, à saint Joseph.
Pie X a approuvé les litanies de saint Joseph et invité les fidèles à l'honorer le jour du mercredi qui lui est dédié.
Benoît XV a dédié, le 25 juin 1920, le motu proprio Bonum Sane à Saint Joseph.
Pie XII a institué en 1955 la fête de St. Joseph Artisan le 1er mai, et Jean XXIII l'a nommé patron du Concile Vatican II.
Jean Paul II a consacré l'exhortation apostolique Redemptoris Custos en août 1989, tandis que Benoît XVI a souligné à plusieurs reprises l'excellence des vertus dans ses homélies, ses livres ou encore ses catéchèses. BH
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Joseph patron des travailleurs, ou comment le père a remplacé le fils
Saint Joseph fait partie des quelques rares saints à avoir deux fêtes au calendrier: le 19 mars, qui est sa fête principale, et le 1er mai où les catholiques sont invités à contempler le travailleur Joseph. L'histoire de l'institution de cette fête en 1955 est cependant assez surprenante.
Pour cette deuxième fête, Joseph artisan a évincé de leur place rien moins que deux des douze apôtres de Jésus, Philippe et Jacques le mineur. La date du 1er mai ne doit bien sûr rien au hasard. Elle coïncide avec la fête du travail célébrée d'abord par les ouvriers américains en mémoire de la répression sanglante de la grève du 1er mai 1886 à Chicago, avant d'être reprise par les socialistes et les communistes du monde entier.
Le dimanche 1er mai 1955, le pape Pie XII, s'exprimant devant la foule réunie sur la place Saint-Pierre de Rome, déclare: "Nous avons le plaisir de vous annoncer notre détermination d’instituer la fête liturgique de Saint Joseph Artisan, en la fixant précisément au premier mai.» Son discours est tout à fait explicite sur les sens qu'il attribue à cette solennité.
Lutter contre le socialisme et le communisme
«Car ces principes erronés sont à l’œuvre. Combien de fois avons-Nous affirmé et expliqué l’amour de l’Église envers les ouvriers! Et, cependant, on propage largement l’atroce calomnie que «l’Église est alliée au capitalisme contre les travailleurs!" "Depuis longtemps malheureusement, l’ennemi du Christ sème la discorde dans le peuple italien, sans rencontrer toujours et partout une résistance suffisante de la part des catholiques. Spécialement dans le milieu des travailleurs, il a fait et fait tout le possible pour diffuser de fausses idées sur l’homme et le monde, sur l’histoire, sur la structure de la société et de l’économie."
Si l'intention et les objectifs du pontife sont tout à fait clairs, l'origine de la fête est plus surprenante. En 2020, la Civilta cattolica, organe officieux du Vatican, est longuement revenue sur cette histoire. L'idée provient de l'Action catholique des ouvriers italiens (ACLI). Les organisations ouvrières chrétiennes n'avaient presque jamais célébré la fête du 1er mai car elle était née dans un contexte socialiste et anticlérical. Elles préféraient, du moins en Italie, célébrer la fête le 15 mai, date anniversaire de la publication de l'encyclique Rerum novarum par Léon XIII en 1891.
L'ACLI, désireuse de promouvoir un esprit unifié afin de mettre en valeur la conception chrétienne du travail, avait décidé de donner au 1er mai une tonalité différente. Cette idée correspondait aussi à la réalité selon laquelle Jésus, pendant les années de sa vie à Nazareth, avait partagé le travail de charpentier de son père terrestre Joseph. Influencées par ce courant, de nombreuses paroisses italiennes érigées dans les années d'après-guerre s'étaient placées sous le vocable de 'Jésus Divin Ouvrier'.
A l'occasion de son 10e anniversaire, l'ACLI avait donc demandé au pape Pie XII d'instituer la fête liturgique de 'Jésus Divin Ouvrier' le 1er mai. A cette fin, elle avait commandé une statue de bronze pour la bénédiction du pape.
Une manifestation spectaculaire
Une grande manifestation fut convoquée pour le 1er mai 1955, avec une forte participation des ouvriers catholiques de tout le pays qui arrivèrent à Rome avec des bus et des trains spéciaux. Une immense procession traversa la ville jusqu'à la place Saint-Pierre où la messe en plein air fut célébrée. Enfin Pie XII s'adressa à la foule pour lui annoncer que le 1er mai serait dédié à… saint Joseph artisan.
Comment le père avait-il remplacé le fils? Bien qu'acquis à l'idée d'honorer le travail par une fête liturgique, Pie XII avait finalement suivi les réserves des théologiens du Saint Office et des liturgistes sur l'opportunité d'appliquer à Jésus la définition de "Divin Ouvrier". Pour les prélats de la curie, malgré une intention louable, Jésus ne pouvait pas être associé ainsi à une classe sociale aux détriments des autres. Et mettre un accent trop exclusif sur la vie cachée du travailleur Jésus risquait de porter une ombre sur sa vie publique et son enseignement. Incontestablement Joseph, dont il avait partagé l'activité professionnelle, ferait mieux l'affaire. Pie XII adopta et imposa ce point de vue.
Jésus s'envole en hélicoptère
Les dirigeants de l'ACLI n'en furent pas tout à fait convaincus. L'année suivante, elle tenta à nouveau d'organiser une fête à "Jésus Divin Ouvrier". Avec une mise en scène spectaculaire et grandiose. A l'occasion du 1er mai, elle rassembla ses troupes à Milan. 200'000 ouvriers et 20 délégations étrangères répondirent à l'appel. L'archevêque de la ville, Mgr Jean-Baptiste Montini, futur pape Paul VI, bénit la statue de "Jésus Divin Ouvrier"en bronze doré, réalisée par l'artiste Enrico Nell Breuning.
Jésus fut alors enlevé au ciel attaché à la structure d'un hélicoptère. Il quitta la Piazza del Duomo de Milan pour arriver sur le parvis de la basilique Saint-Pierre, toujours en hélicoptère accueilli par Pie XII lui-même, à la fenêtre de son appartement. (En réalité, la statue avait été transportée à l'aéroport de Milan-Linate, et de là envoyée à l'aéroport de Rome-Ciampino et à nouveau soulevée par un autre petit hélicoptère pour arriver au cœur de Rome).
L'événement impressionna beaucoup les spectateurs. Les actualités filmées lui consacrèrent un reportage de plus de cinq minutes. Il faut rappeler qu'en 1956, les hélicoptères volent seulement depuis une dizaine d'années. L'appareil "qui vole telle une libellule" est un Bell 47 américain que les Italiens d'Agusta construisent sous licence. Le cinéaste Fellini s'en inspirera pour une des scènes cultes de son film La dolce vita en 1960, où le Christ se balance suspendu sous un hélicoptère.
Jésus ou Joseph?
Le 2 mai 1956, une "délégation intercontinentale" de travailleurs se rendit à une audience avec le pape pour la bénédiction de la statue qui fut saluée par le pontife comme une image… de saint Joseph. Suite à une clarification courageuse de Mgr Luigi Civardi, un des dirigeants de l'ACLI, Pie XII concédera: "Oui, le Divin Ouvrier peut être accepté".
Destinée au départ à une église qui devait être érigée à Rome, dédiée précisément à 'Jésus Divin Ouvrier', la statue se retrouva finalement au siège national de l'ACLI où elle fut vénérée pendant des décennies sous le vocable de… saint Joseph.
Ce n'est que le 23 mai 2015, lors d'une rencontre dans l'Aula Paul VI avec le pape François, que le pontife est revenu bénir cette statue que l'ACLI a définitivement désignée comme une représentation du Christ Ouvrier. (cath.ch/mp)
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