La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours'
Après la décision du pape François de restreindre la célébration de la messe selon le rite tridentin, les milieux traditionalistes ont vivement exprimé leur indignation. Mais en quoi la messe de saint Pie V serait-elle la 'messe de toujours' au détriment de celle de saint Paul VI?
La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours' 1/2
Messe de Pie V et messe de Paul VI: rupture ou continuité? 2/2
La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours'
Après la décision du pape François de restreindre la célébration de la messe selon le rite tridentin, les milieux traditionalistes ont vivement exprimé leur indignation. Mais en quoi la messe de saint Pie V serait-elle la 'messe de toujours' au détriment de celle de saint Paul VI?
La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours' 1/2
Après la décision du pape François de restreindre la célébration de la messe selon le rite tridentin, les milieux traditionalistes ont vivement exprimé leur indignation. Mais en quoi la messe de saint Pie V serait-elle la 'messe de toujours' au détriment de celle de saint Paul VI?
Messe de Pie V et messe de Paul VI: rupture ou continuité? 2/2
Quels changements concrets le missel de Paul VI a-t-il apporté à la célébration de la messe? Dans ce second article, cath.ch revient pas à pas sur le déroulement de la liturgie. Toujours autour du mot d’ordre de la participation active des fidèles.
La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours' 1/2
Après la décision du pape François de restreindre la célébration de la messe selon le rite tridentin, les milieux traditionalistes ont vivement exprimé leur indignation. Mais en quoi la messe de saint Pie V serait-elle la 'messe de toujours' au détriment de celle de saint Paul VI?
En 1903, le pape Pie X souhaitait déjà que l’on puise le «véritable esprit» de la liturgie «à sa source première et indispensable: la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Église», rappelle le Père Olivier de Cagny, professeur de liturgie à Paris.
Cette notion de "participation active" exprime un des principaux objectifs du “Mouvement liturgique”, terreau de la réforme de Vatican II dont l’objectif est que «tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques»
La participation active des fidèles
Pour le journaliste Nicolas Senèze, auteur de La crise intégriste, on a là un des nœuds du problème: «Il existe une différence essentielle entre les deux missels: «Le Missel de Trente prévoit la manière dont le prêtre doit dire "sa" messe, souligne un théologien. Celui de Vatican II, pour sa part, commence par ces mots: "Lorsque le peuple est rassemblé..." En d'autres termes : autrefois, les fidèles «assistaient» à la messe, aujourd'hui ils y «participent».
Messe face au peuple
La célébration face au peuple - déjà possible avec l'ancien missel - est évidemment étroitement liée à cette participation des fidèles. La présentation du missel de Paul VI précise: «Il convient, partout où c’est possible, que l’autel soit érigé à une distance du mur qui permette d’en faire aisément le tour et d’y célébrer face au peuple. On lui donnera l’emplacement qui en fera le centre où converge spontanément l’attention de toute l’assemblée des fidèles.»
Pour les traditionalistes, cette insistance sur la dimension communautaire et la participation active des fidèles aurait abouti à gommer la présence du sacrifice de la croix et l'adoration envers la présence réelle, qui seraient mieux exprimées dans la messe tridentine.
Buts et moyens de la réforme liturgique
Après avoir exprimé la nécessité de cette participation, le décret conciliaire Sacrosanctum Concilium explicitait en 1963 les buts et les moyens de la réforme. Si la liturgie «comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine», elle comporte aussi «des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées» (21).
Le texte conciliaire pose trois principes pour la réforme. Le premier est la simplicité des rites. Ils «manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre.» (34) Dans le même ordre d’idées, les paroles du prêtre seront prononcées clairement et à haute voix, pour qu’elle soient écoutées attentivement par tous. Par conséquent, pendant que le prêtre les prononce, il n´y aura pas d´autres prières ni d´autres chants, l´orgue et les autres instruments resteront silencieux.
Plus de place à la Bible
Le deuxième principe est la référence plus directe à la Bible reçue comme la Parole de Dieu. C’est pourquoi «on restaurera une lecture de la Sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée.» Dans le même élan, la prédication aura en premier lieu sa source dans la Bible.
Le troisième principe est le respect de l’Église pour les qualités des divers peuples. Elle ne désire pas «imposer la forme rigide d’un libellé unique: bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples.» (37) Elle considère que si l’usage du latin doit être conservé l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple. (36)
Des années de travail
Forts de ces principes, les liturgistes mettront encore plusieurs années pour établir un nouveau missel. Lors de sa promulgation en 1969, le pape Paul VI peut dire: «Il ne faudrait pas croire, cependant, que cette révision du Missel romain a été improvisée: les progrès que la science liturgique a effectués dans les quatre derniers siècles lui ont, sans aucun doute, ouvert la voie.(...) L'étude «des vieux manuscrits» de la Bibliothèque vaticane et d'autres (...) a beaucoup servi à la révision du Missel romain, depuis lors les sources liturgiques les plus anciennes ont été découvertes et publiées, tandis que les formules liturgiques de l'Eglise orientale étaient mieux connues.»
Le Missel de Paul VI restaure également la concélébration par plusieurs prêtres, attestée dès l’Antiquité chrétienne et manifestant l’unité du sacerdoce. (cath.ch/mp)
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Messe de Pie V et messe de Paul VI: rupture ou continuité? 2/2
Quels changements concrets le missel de Paul VI a-t-il apporté à la célébration de la messe? Dans ce second article, cath.ch revient pas à pas sur le déroulement de la liturgie. Toujours autour du mot d’ordre de la participation active des fidèles.
En fait, par rapport au missel de 1962, promulgué par Jean XXIII, celui de Paul VI ne comporte pas de changements fondamentaux. Comme l’a voulu le concile, sa ligne est d'une 'noble simplicité', au sens qu’il supprime de nombreux doublons, gestes et prières ajoutés au cours du temps. Une sobriété que l’on retrouvera dans les vêtements et les objets liturgiques, aussi bien que dans l’aménagement et le décor des églises, ou encore la musique. Les prières récités par les servants de messe (ou ministres) sont remises à la voix de l’assemblée.
Une des différences importantes entre les deux formes est l'apparition de la messe dialoguée comme un mélange entre la messe lue et la messe chantée. L'ancien rite distingue en effet la 'messe basse' dans laquelle toutes les prières figurent, mais sont uniquement lues, de la messe chantée (missa cantata). Une messe chantée est une messe solennelle (ou messe haute) lorsqu'elle est célébrée avec l'assistance d'un diacre et d'un sous-diacre.
Lorsque le peuple est assemblé
Si la messe commence toujours par la procession d’entrée suivie du signe de croix, les prières au pied de l’autel sont remplacées par la salutation liturgique et une préparation pénitentielle (confiteor) simplifiée.
Le chant du Gloria, dont certains liturgistes avaient prôné la suppression à cause de son caractère répétitif, est maintenu par respect de la tradition, surtout musicale, qui lui est attachée.
Après une oraison, alors que l’ancien missel ne prévoit que l’épitre, le nouveau impose pour les dimanches et les fêtes deux lectures, dont généralement une de l’Ancien Testament, entrecoupées d’un Psaume qui remplace, pour les messe lues, le graduel (hymne grégorienne maintenue pour les messes chantées). Le chant de l'alleluia et la lecture de l’Evangile suivent. Selon la prescription du Concile qui ordonnait de lire au peuple la partie la plus importante des Saintes Ecritures, l'ensemble des lectures du dimanche est désormais réparti sur un cycle de trois ans (A,B,C) au lieu du rythme annuel précédent.
L’homélie remplace le sermon
Le sermon, volontiers assimilé à une leçon de morale ou de catéchisme dans l’ancien rite, devient l’homélie qui doit expliquer un aspect des lectures. Après le Credo, la nouvelle liturgie réintroduit la prière des fidèles ou prière universelle où l’assemblée prie aux intentions de l’Eglise et du monde. Le rite de l’offertoire est largement raccourci et simplifié.
Retour de prières antiques
C’est surtout sur le Canon de la messe que les changements sont les plus sensibles. La nouvelle liturgie offre un choix élargi de préfaces.
À l’unique prière eucharistique jusque-là admise – le Canon romain, qui devient la première prière eucharistique – la liturgie de Paul VI en ajoute trois nouvelles qui sont des adaptations de très anciennes formulations. Ainsi la Prière eucharistique II est-elle la transposition quasi-intégrale de la Tradition apostolique de saint Hippolyte de Rome, écrite vers 215. (Pour certains chercheurs la tradition apostolique de saint Hypolite n'est probablement pas romaine, mais antiochienne ou alexandrine ndlr). La Prière eucharistique III emprunte aux traditions gallicane (France) et mozarabe (Espagne), la IV est une adaptation des anaphores orientales, notamment celle de saint Basile. En 1975, Paul VI en ajoutera cinq nouvelles: trois pour les assemblées d’enfants et deux pour la réconciliation.
Le 'dernier évangile' disparaît
La prière commune du Notre Père suit le canon de la messe. L’oraison du prêtre qui la prolonge est là aussi réduite et simplifiée. Le nouveau rite introduit à cet endroit le baiser de paix. Après la communion du prêtres puis des fidèles, la nouvelle liturgie ne retient plus qu’une seul oraison avant la bénédiction finale et l’envoi. Le 'dernier évangile' reprenant le prologue de Jean disparaît.
Le latin est-il réservé à l'ancien rite ?
Dans cette réforme la question du latin n’est pas essentielle. Même si l’usage des langues locales s’est imposé presque partout, le latin reste, en quelque sorte, la «langue officielle» de l'Église. Ainsi tout prêtre peut légitimement célébrer la messe en latin selon le missel de Paul VI. Ce qui est d’ailleurs souvent le cas lors de rassemblements internationaux. Le pape François, comme ses prédécesseurs, l’utilise régulièrement.
Tout ce qui, diffère du Missel Romain de saint Pie V, est puisé aux sources les plus anciennes de la tradition occidentale, en particulier dans les sacramentaires romains du premier millénaire, reconnaît la communauté traditionaliste Saint Martin, dans un article sur l’histoire du Missel romain. Avant de conclure «d’où vient, alors, l’idée diffuse chez beaucoup depuis quarante ans, ou même revendiquée d’un bord comme de l’autre, que ce Missel ne serait pas dans la continuité de la liturgie antérieure?»
La messe reflet d’une théologie
En 2007, à l’occasion du motu proprio Summorum pontificum, l’abbé Frédéric Mounier, prêtre du diocèse de Saint-Denis, osait quelques interrogations incisives: «Quelles sont les différentes motivations des fidèles qui n’entendent pas le latin et qui réclament la célébration selon la « forme extraordinaire»? Comment éviter de favoriser le réflexe païen «moins on comprend, plus c’est sacré»? Qu’est-ce que le sacré en christianisme? Pourquoi la demande que la messe puisse être célébrée selon l’ancienne forme vient-elle en bonne partie du milieu francophone, infime partie du catholicisme? Pourquoi d’un milieu sociologique et politique si déterminé? Tient-on compte du fait que le rite est le reflet d’une théologie ?» Avec Traditionis Custodes, le pape François a désormais tranché. (cath.ch/mp)
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