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    «Le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture», alerte le pape dans son exhortation apostolique

    "Laudate Deum": le cri du pape François pour la Maison commune

    Huit ans après la publication de l’encyclique "Laudato si’", le pape François presse les dirigeants du monde à agir face à l’urgence du réchauffement climatique, dans l’exhortation apostolique "Laudate Deum", publiée ce 4 octobre 2023.

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    «Le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture», alerte le pape dans son exhortation apostolique
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    "Laudate Deum": le cri du pape François pour la Maison commune

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    Ce que les mots de «Laudate Deum» disent de la volonté du pape

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    L’exhortation 'Laudate Deum' en 15 passages clés

    Les experts du climats réunis dans les jardins du Vatican ont salué 'Laudate Deum'
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    Les organisations écologistes applaudissent "Laudate Deum"

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    «Le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture», alerte le pape dans son exhortation apostolique "Laudate Deum" © Pixabay

    "Laudate Deum": le cri du pape François pour la Maison commune

    Huit ans après la publication de l’encyclique Laudato si’, le pape François presse les dirigeants du monde à agir face à l’urgence du réchauffement climatique, dans l’exhortation apostolique Laudate Deum, publiée ce 4 octobre 2023. L’agence I.MEDIA décrypte ce texte très politique d’une vingtaine de pages que le pape a souhaité publier le jour de la saint François d’Assise, à quelques semaines de la COP 28 de Dubaï.

    1- Pourquoi le pape (re)tire-t-il la sonnette d’alarme?

    «Le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture». À bientôt 87 ans, le pape François reprend la plume pour alerter le monde de la «crise climatique globale» qui le menace. Pour lui, il n’est plus question de «nier», de «cacher», de «dissimuler» ou de «relativiser» les signes du changement climatique: «[ils] sont là, toujours plus évidents».

    Fustigeant les «opinions méprisantes et déraisonnables» qu’il dit rencontrer sur le sujet, "même au sein de l’Église catholique», le pape convoque un grand nombre de données scientifiques pour finalement affirmer: «On ne peut plus douter de l’origine humaine […] du changement climatique».

    Acidité des océans, fonte des glaciers, augmentation du niveau des mers, sécheresses… le pape énumère les signes d’une «maladie silencieuse» qui affecte l’humanité et redit que «l’évolution des températures moyennes à la surface ne peut être expliquée sans l’effet de l’augmentation des gaz à effet de serre».

    Constatant avec amertume que les «réactions sont insuffisantes», il prévient de nouveau: «Nous ne pouvons plus arrêter les énormes dégâts que nous avons causés. Nous avons juste le temps d’éviter des dégâts encore plus dramatiques».

    2- À qui s’adresse le pape François?

    Pour cette cinquième exhortation apostolique de son pontificat, le pape utilise une formule inhabituelle en adressant d’emblée ce texte «à toutes les personnes de bonne volonté». Si le pape assure à la fin de son texte qu’il ne veut pas «manquer de rappeler aux fidèles catholiques les motivations qui naissent de leur foi», il rappelle aussitôt que son exhortation s’adresse aussi aux «frères et sœurs d’autres religions». Sa cible n’est donc pas le lectorat catholique, mais bien l’ensemble des personnes concernées par le changement climatique… C’est-à-dire, tout le monde.

    Par comparaison, sa première exhortation Evangelii Gaudium (2013) était adressée «aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et aux fidèles laïcs». Le même public était visé par Amoris Laetitia (2016), avec l’ajout de la mention «aux époux chrétiens». Christus vivit (2019) était adressée « aux jeunes et à tout le peuple de Dieu». Enfin, Querida Amazonia (2020) était adressée «au peuple de Dieu et aux personnes de bonne volonté».

    Pour la première fois depuis 2013, le pape publie une exhortation qui n’est pas le fruit d’un Synode, mais d’une intuition personnelle, liée à l’échéance proche de la COP28. Le langage de ce document est donc délibérément laïc, plus proche des interventions des diplomates du Saint-Siège à l’Onu que de celui des précédents textes du pontificat, y compris Laudato si’ qui avait assumé une tonalité plus spirituelle et biblique, avec un appel à la conversion des modes de vie.

    Il s’agit ici plutôt d’un plaidoyer international, adressé en premier lieu aux décideurs, ainsi ‘exhortés’ à prendre des décisions concrètes dans le cadre d’une négociation multilatérale permettant à tous les États, mais aussi des acteurs non-étatiques, comme les ONG, de s’exprimer.

    3- Que propose-t-il? 

    Dans sa lettre, le pape François mène une charge sans concession contre le «paradigme technocratique» qui a installé «l’idéologie» d’une «croissance infinie» et qui a confié à une «petite partie de l’humanité» tant de pouvoir. Il fustige alors les faiblesses du «multilatéralisme» qui ne devrait pas se confondre avec «une autorité mondiale concentrée sur une seule personne ou sur une élite au pouvoir excessif».

    Comme il le répète régulièrement dans ses discours aux ambassadeurs notamment, il prône dans cette lettre l’établissement d’une nouvelle autorité mondiale «efficace», régulée «par le droit» et qui ne dépende pas «des circonstances politiques changeantes ou des intérêts de quelques-uns».

    Il compte pour cela sur l’action de la société civile et des citoyens, et assure: «Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus».

    S’il reconnaît que «les solutions les plus efficaces ne viendront pas seulement d’efforts individuels, mais avant tout des grandes décisions de politique nationale et internationale», le pape souligne toutefois l’importance de la «nouvelle culture» induite par les comportements des ménages «pour polluer moins, réduire les déchets, consommer avec retenue». «Ces initiatives, ajoute-t-il, peuvent exercer une pression sur les facteurs de pouvoir» et avoir des «dynamiques efficaces que les Nations Unies ne peuvent pas atteindre», explique le pontife argentin.

    4- Qu’attend le pape de la prochaine COP 28? 

    La rédaction de l’encyclique Laudato si’ avait été accélérée pour qu’elle puisse être publiée en amont de la COP 21 de Paris. Cette fois, le pape François saisit l’occasion de la prochaine COP organisée aux Émirats arabes unis pour alerter les consciences. Il y consacre un chapitre entier avec ce titre: «Que peut-on espérer de la COP28 de Dubaï?».

    Relevant d’emblée que le pays du Golfe est un «grand exportateur d’énergies fossiles», le pape ne souhaite toutefois pas baisser les bras: «Dire qu’il n’y a rien à espérer serait un acte suicidaire qui conduirait à exposer toute l’humanité, en particulier les plus pauvres, aux pires impacts du changement climatique».

    Après avoir rappelé les réussites mais surtout les échecs des précédents sommets, il espère «un tournant» en décembre prochain et fixe des objectifs élevés: la mise en place de «formes contraignantes de transition énergétique». Elles devront être «efficaces, contraignantes et facilement contrôlables». «Ce n’est que de cette manière concrète qu’il sera possible de réduire notablement le dioxyde de carbone et éviter à temps les pires maux», prévient-il, arguant par ailleurs que de telles mesures rétabliraient «la crédibilité de la politique internationale».

    Il n’attend pas que des solutions purement technologiques soient trouvées pour mettre un terme à la crise. Au contraire, il prévient: «Supposer que tout problème futur pourra être résolu par de nouvelles interventions techniques est un pragmatisme homicide».

    5- Le cri d’un pape venu du Sud?

    Dans la lignée de nombreux discours et textes de son pontificat, le pape François se fait une nouvelle fois le porte-parole du Sud, dénonçant très fortement l’emprise des pays riches et de leur modèle de développement sur le reste du monde. «Dans une tentative de simplifier la réalité, certains attribuent la responsabilité aux pauvres parce qu’ils ont beaucoup d’enfants, et ils cherchent même à résoudre le problème en mutilant les femmes des pays les moins développés», s’insurge le pontife argentin, pointant les campagnes en faveur de la contraception et de l’avortement régulièrement menées par l’Occident.

    «La réalité est qu’un faible pourcentage des plus riches de la planète pollue plus que les 50% les plus pauvres», insiste François. «Comment oublier que l’Afrique, qui abrite plus de la moitié des personnes les plus pauvres de la planète, n’est responsable que d’une infime partie des émissions historiques?», demande le pape.

    En relevant que «les émissions par habitant aux États-Unis sont environ le double de celles d’un habitant de la Chine, et environ sept fois supérieures à la moyenne des pays les plus pauvres», François pointe directement la responsabilité de l’Occident dans le changement climatique. «Nous pouvons affirmer qu’un changement généralisé du mode de vie irresponsable du modèle occidental aurait un impact significatif à long terme», assure-t-il.

    Invitant donc à des changements radicaux, le pape exprime sa sympathie pour les 'happenings’ menés par des mouvements écologistes. «Lors des Conférences sur le climat, les actions de groupes fustigés comme ‘radicalisés’ attirent souvent l’attention. Mais ils comblent un vide de la société dans son ensemble qui devrait exercer une saine 'pression’; car toute famille doit penser que l’avenir de ses enfants est en jeu», insiste le pape. (cath.ch/imedia/bh)

    > Téléchargez ICI l'exhortation Laudate Deum <

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    Comme dans "Laudato si’", le terme le plus récurent est l’adverbe «plus». © Vatican Media

    Ce que les mots de «Laudate Deum» disent de la volonté du pape

    «Plus», «pouvoir», «monde» ou encore «nous» sont les mots qui reviennent le plus dans l’exhortation apostolique Laudate Deum, publiée le 4 octobre 2023. Afin de proposer une autre lecture de ce texte de 26 pages, I.MEDIA a sélectionné et remis dans leur contexte et analysé les occurrences de ce texte, en les comparant notamment à celle de l’encyclique Laudato si’.

    «Plus»: 65 occurrences
    Comme dans Laudato si’, le terme le plus récurent est l’adverbe «plus». Le pape demande plus d’action dans un monde où «l’impact du changement climatique sera de plus en plus préjudiciable à la vie». Il souligne la situation des pays les plus favorisés et des plus défavorisés, considérant que la situation est «plus urgente» aujourd’hui que jamais alors que les manifestations du dérèglement climatique se font plus visibles.

    «Pouvoir» (et dérivés): 53 occurrences
    Le pontife consacre une grande partie de son texte à dénoncer une obsession contemporaine, celle d’«22. accroître au-delà de l’imaginable le pouvoir de l’homme». Il invite à «repenser» l’usage du pouvoir dans le monde moderne, notamment au niveau multilatéral pour sortir du paradigme d’un « pouvoir grandissant». Comme dans Laudato si’, il s’agit de la seconde occurrence lexicale la plus récurrente, signe d’un texte tourné entièrement vers les potentialités d’action qu’implique l’urgence climatique pour l’humanité.

    «Humain» (et dérivés): 45 occurrences
    Comme dans Laudato si’ (3e occurrence), le pape met en garde contre les projets contemporains qui prône un «humain qui prétend prendre la place de Dieu», fruit du «paradigme technocratique». «L’homme est nu, exposé à son propre pouvoir», met-il en garde, invitant à le considérer comme partie prenante de la Création plutôt que de le nier par volonté d’un pouvoir illimité.

    «Monde» (et dérivés): 43 occurrences
    Le «monde qui nous entoure» mais «qui s’effrite», est comme dans Laudato si’ (le 5e le plus employé), un des objets centraux du texte. L’importance de la dimension mondiale semble même accentuée dans Laudate Deum, le pape plaçant sa réflexion écologique à une échelle plus globale et politique qu’individuelle et spirituelle. «Les solutions les plus efficaces ne viendront pas seulement d’efforts individuels, mais avant tout des grandes décisions de politique nationale et internationale», insiste ainsi le pape. Il invite à ne pas comprendre le monde, devenu «multipolaire», comme un «objet d’exploitation», mais comme une «zone de contact» dont il faut prendre soin.

    «Nous» (et dérivés): 30 occurrences
    Plus encore que dans Laudato si’ où la troisième personne du pluriel était déjà omniprésente – 6e occurrence lexicale la plus fréquente – le pape adopte une attitude inclusive pour évoquer la question écologique. «Nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles», insiste-t-il. Le texte est d’ailleurs adressé uniquement «à toute les personnes de bonne volonté», s’affranchissant de la dimension ecclésiale et spirituelle qui était centrale dans Laudato si’.

    «Changement» et «climatique»: 21 occurrences
    Alors que ces deux termes ne faisaient pas partie des occurrences les plus fréquentes dans Laudato si’, le problème du changement climatique est au cœur de cette exhortation apostolique, qui aborde notamment sa perception dans la société et dans l’Église. «L’impact du changement climatique sera de plus en plus préjudiciable à la vie et aux familles de nombreuses personnes», met en garde le pontife, le décrivant à nouveau comme un des principaux défis pour l’humanité. C’est pourquoi l’urgence climatique réclame un «changement culturel».

    «Pays»: 21 occurrences
    Le texte Laudate Deum s’adresse plus aux pays qu’aux individus, insistant sur l’obligation d’un changement d’approche sur le plan multilatéral. Le terme «pays», qui ne faisait pas partie des occurrences les plus importantes de Laudato si’, permet aussi au pape de distinguer les défis qui opposent pays pauvres et pays riches, insistant en particulier sur la grande responsabilité de ces derniers.

    «Vie»: 18 occurrences
    Comme dans Laudato si’ (7e occurrence), le terme «vie» revient à de nombreuses reprises dans Laudate Deum. Le pape souligne les dangers que pose la crise climatique pour la vie de nombreuses personnes et de nombreux êtres vivants. «La vie humaine est incompréhensible et insoutenable sans les autres créatures», insiste-t-il. Il demande en conséquence une évolution urgente des modes de vie.

    «2023»: 13 occurrences
    Laudate Deum est un texte particulièrement ancré dans le présent, en s’appuyant notamment sur les derniers rapports d’experts scientifiques pour expliquer l’urgence climatique. Alors que Laudato si’ apporte une réflexion spirituelle intemporelle sur le rapport des sociétés humaines à leur environnement, l’exhortation apostolique semble toute tournée vers l’échéance de la COP28 de Dubaï, demandant qu’elle soit «historique».

    «Temps»: 12 occurrences
    Huit ans après Laudato si’, le pape confie s’être rendu «compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes». Insistant sur l’urgence actuelle, il affirme que l’humanité a «tout juste le temps d’éviter des dégâts plus dramatiques» et doit donc réagir «à temps».

    Les autres termes clés
    Parmi les termes qui reviennent régulièrement, on retrouve celui de «personnes», dont l’avenir est en jeu, celui de «terre» ou encore celui de «COP», dont le pontife fait le bilan. Le terme de «Dieu» apparaît seulement dix fois dans l’exhortation apostolique, là où il était le quatrième terme le plus employé dans Laudato si’ (avec 173 occurrences, ce texte étant tout de fois beaucoup plus long). Autres termes moins récurrents: ceux de «nature», d’«environnement» ou de «développement», signe d’un texte moins contemplatif et plus tourné vers l’action immédiate. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Dans de nombreux pays, les changements climatiques mettent en danger les rendements agricoles © photo d'illustration © Rod Waddington/Flickr/CC BY-SA 2.0

    L’exhortation 'Laudate Deum' en 15 passages clés

    Le pape François a publié, le 4 octobre 2023, date de la fête liturgique de saint François d’Assise, la cinquième exhortation apostolique de son pontificat. Laudate Deum. I.MEDIA a sélectionné 15 extraits particulièrement significatifs dans ce texte marqué par un sentiment d’urgence et de radicalité.

    Présentée comme une mise à jour de son encyclique de 2015 Laudato si’, dédiée à la protection de la maison commune, elle dresse un constat dramatique des conséquences du changement climatique et invite la communauté internationale à réagir vigoureusement, dans la perspective de la COP28 qui se réunira à Dubaï, aux Émirats arabes unis, du 30 novembre au 12 décembre prochains.

    Constat de l’accélération du changement climatique

    « Huit années se sont écoulées depuis que j’ai publié la Lettre encyclique Laudato si’, voulant partager (…)  mes profondes préoccupations concernant la sauvegarde de la Maison commune. Mais je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture. (…) L’impact du changement climatique sera de plus en plus préjudiciable à la vie et aux familles de nombreuses personnes. Nous en ressentirons les effets dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’accès aux ressources, du logement, des migrations forcées, etc…»

    « Nous avons beau essayer de les nier, de les cacher, de les dissimuler ou de les relativiser, les signes du changement climatique sont là, toujours plus évidents. Nul ne peut ignorer que nous avons assisté ces dernières années à des phénomènes extrêmes, à de fréquentes périodes de chaleur inhabituelle, à des sécheresses et à d’autres gémissements de la terre qui ne sont que quelques-unes des expressions tangibles d’une maladie silencieuse qui nous affecte tous. »

    Le danger d’un point de non-retour

    « Nous savons qu’à ce rythme nous dépasserons dans quelques années seulement la limite souhaitable de 1,5 °C et que nous pourrions atteindre en peu de temps 3 °C, avec le haut risque d’atteindre un point critique. Même si nous n’arrivons pas à ce point de non-retour, il est certain que les conséquences seraient désastreuses et que des mesures devraient être prises hâtivement, avec des coûts énormes et des conséquences économiques et sociales extrêmement graves et intolérables. Si les mesures que nous prenons maintenant ont des coûts, ceux-ci seront beaucoup plus lourds si nous attendons encore plus longtemps. »

    Dénonciation du climatoscepticisme

    « Je suis obligé d’apporter ces précisions, qui peuvent sembler évidentes, à cause de certaines opinions méprisantes et déraisonnables que je rencontre même au sein de l’Église catholique. Mais nous ne pouvons plus douter que la cause de la rapidité inhabituelle de ces changements dangereux est un fait indéniable : les énormes changements liés à l’intervention effrénée de l’homme sur la nature au cours des deux derniers siècles. »

    L’impasse idéologique de la toute-puissance de l’homme

    « Le plus grand problème est l’idéologie qui sous-tend une obsession : accroître au-delà de l’imaginable le pouvoir de l’homme, face auquel la réalité non humaine est une simple ressource à son service. Tout ce qui existe cesse d’être un don qu’il faut apprécier, valoriser et protéger, et devient l’esclave, la victime de tous les caprices de l’esprit humain et de ses capacités. »

    « Supposer que tout problème futur pourra être résolu par de nouvelles interventions techniques est un pragmatisme homicide, comme un effet boule de neige. »

    La décadence éthique du pouvoir

    « La décadence éthique du pouvoir réel est déguisée par le marketing et les fausses informations, qui sont des mécanismes utiles aux mains de ceux qui disposent de plus de ressources afin d’influencer l’opinion publique. »

    « Il reste regrettable que les opportunités créées par les crises mondiales soient perdues alors qu’elles seraient l’occasion d’apporter des changements salutaires. »

    Les défis de la COP28

    « Les Émirats Arabes Unis accueilleront la prochaine Conférence des Parties (COP28). C’est un pays du Golfe Persique qui se définit comme un grand exportateur d’énergies fossiles, bien qu’il ait fait d’importants investissements dans les énergies renouvelables. Pendant ce temps, les compagnies pétrolières et gazières ambitionnent de réaliser de nouveaux projets pour augmenter encore la production. Dire qu’il n’y a rien à espérer serait un acte suicidaire qui conduirait à exposer toute l’humanité, en particulier les plus pauvres, aux pires impacts du changement climatique. »

    « Si l’on veut sincèrement que la COP28 soit historique, qu’elle nous honore et nous ennoblisse en tant qu’êtres humains, on ne peut qu’attendre des formes contraignantes de transition énergétique qui présentent trois caractéristiques : efficaces, contraignantes et facilement contrôlables ; cela pour parvenir à initier un nouveau processus radical, intense et qui compte sur l’engagement de tous. »

    La légitimité de l’activisme écologiste

    « Finissons-en une bonne fois avec les moqueries irresponsables qui présentent ce sujet comme étant uniquement environnemental, ‘vert’, romantique, souvent ridiculisé par des intérêts économiques. Acceptons enfin qu’il s’agit d’un problème humain et social aux multiples aspects. C’est pourquoi le soutien de tous est nécessaire. Lors des Conférences sur le climat, les actions de groupes fustigés comme ‘radicalisés’ attirent souvent l’attention. Mais ils comblent un vide de la société dans son ensemble qui devrait exercer une saine ‘pression’ ; car toute famille doit penser que l’avenir de ses enfants est en jeu. »

    Remise en cause du mode de vie occidental

    « Si nous considérons que les émissions par habitant aux États-Unis sont environ le double de celles d’un habitant de la Chine, et environ sept fois supérieures à la moyenne des pays les plus pauvres, nous pouvons affirmer qu’un changement généralisé du mode de vie irresponsable du modèle occidental auraient un impact significatif à long terme. »

    La responsabilité des croyants

    « Je ne veux pas manquer de rappeler aux fidèles catholiques les motivations qui naissent de leur foi. J’encourage les frères et sœurs des autres religions à faire de même, car nous savons que la foi authentique donne non seulement des forces au cœur humain, mais qu’elle transforme toute la vie, transfigure les objectifs personnels, éclaire la relation avec les autres et les liens avec toute la création. »

    « La vision judéo-chrétienne du cosmos défend la valeur particulière et centrale de l’être humain au milieu du concert merveilleux de tous les êtres, mais aujourd’hui nous sommes obligés de reconnaître que seul un ‘anthropocentrisme situé’ est possible. Autrement dit, reconnaître que la vie humaine est incompréhensible et insoutenable sans les autres créatures. »

    « ‘Louez Dieu’ est le nom de cette lettre. Parce qu’un être humain qui prétend prendre la place de Dieu devient le pire danger pour lui-même. » (cath.ch/imdeia/cv/mp)

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    Les experts du climats réunis dans les jardins du Vatican ont salué 'Laudate Deum' © Vatican Media

    Les organisations écologistes applaudissent "Laudate Deum"

    Au lendemain de la publication de l’exhortation apostolique écologique Laudate Deum, des scientifiques et activistes climatiques du monde se sont retrouvés dans les jardins du Vatican le 5 octobre 2023, pour appuyer le texte du pape François, relevant sa brûlante actualité.

    Si le message du pontife suscite pour l'heure moins de réactions que son précurseur, l’encyclique Laudato si’, il a toutefois été salué par les principaux organismes dédiés à la lutte contre le changement climatique.

    Le pape François « souligne que nous sommes en face d’un problème énorme », nécessitant des « interventions décisives », qui auront des coûts « colossaux, économiques et sociaux », mais qui sont nécessaires pour la survie de l’humanité. Un grand soleil d’octobre baigne les Jardins du Vatican, sur le Largo della Radio surplombant la coupole de Saint-Pierre, tandis que le Prix Nobel de Physique 2021, Giorgio Parisi, rend hommage au texte de François.

    Comme le physicien italien, une dizaine d’intervenants, sur place et en messages vidéo retranscrits sur grands écrans, dénoncent l’inefficacité des politiques gouvernementales et supranationales. Parmi les voix qui se lèvent en hommage à l’exhortation apostolique, deux Français, Benoît Halgand, co-fondateur du collectif “Pour un réveil écologique”, ainsi que le réalisateur Yann Arthus-Bertrand, ambassadeur de l’ONU pour le climat.

    Trop de personnes politiques, regrettent les intervenants, essaient de « cacher ces faits » qui sont pourtant « sous les yeux de tous », par « intérêt économique ». Et d’applaudir la critique du pape François contre les négationnistes et les climatosceptiques.

    Réactions contrastées dans le monde

    Sur internet, plusieurs organisations mondiales ont exprimé leur soutien au texte du pontife. Le réseau “Fossil Fuel Non-Proliferation Treaty Initiative” s’est ainsi réjoui de cette publication, dans un tweet publié le jour-même. Manuel Pulgar-Vidal, responsable mondial du WWF pour le climat et l’énergie, s’est fait l’écho de la charge du pontife contre « les pays qui placent leurs intérêts nationaux au-dessus du bien commun mondial ». L’ONG Greenpeace Italia a mis en avant les mots du pape dénonçant les responsabilités des entreprises d’énergie fossiles.

    Gilberto Pichetto, ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, a commenté « une réflexion à la fois très élevée et très concrète sur les impacts du changement climatique ». Huit ans après l’historique Laudato si’, cette exhortation constitue « un nouveau point de référence », a-t-il estimé.

    Dans un entretien à La Vie, l’ancienne ministre et femme politique écologiste, présidente d’Oxfam France, Cécile Duflot, a souligné que Laudate Deum est « beaucoup plus opérationnel » que Laudato si’, parce que « la situation s’aggrave ». Face aux climatosceptiques, « on sent presque une forme d’agacement, une dureté contre les hommes de pouvoir… Le pape est en colère », a-t-elle glissé.

    Depuis la salle Paul VI du Vatican où l’archevêque Justin Welby participait à l’ouverture du Synode sur l’avenir de l’Église, le primat de la Communion anglicane a lui aussi appuyé cet « appel de la bouche du pape à une humanité unie », qui arrive « à un moment de défi unique » pour le monde.

    Sur Twitter, des voix critiques se sont fait néanmoins entendre, comme un journaliste espagnol qui a regretté que ce document ne comporte que « trois fois le mot Jésus », « deux fois le mot catholique », et « zéro fois le mot Evangile ou Vierge Marie ». « Je viens de finir Laudate Deum… je me demande ce que ce texte vient faire dans le magistère », estimait pour sa part un prêtre du diocèse de Bordeaux.

    Le pape a cependant adressé son exhortation apostolique « à toutes les personnes de bonne volonté », sans se confiner au lectorat catholique, car pour l’évêque de Rome, tout le monde est concerné par « le point de rupture » vers lequel se dirige l’humanité. (cath.ch/imedia/ak/mp)

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