Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
L’accueil des victimes d’abus sexuels dans le diocèse de Sion a été déficient et le suivi des dossiers lacunaire, voire absent. Les victimes, une fois entendues, n’ont pas été correctement informées de leurs droits ni bien accompagnées. C’est ce que révèle le rapport d’audit commandé par le diocèse...
Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
La lourde facture des abus dans le diocèse de Sion
Abus dans le diocèse de Sion: décryptage entre ombres et lumières
Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
L’accueil des victimes d’abus sexuels dans le diocèse de Sion a été déficient et le suivi des dossiers lacunaire, voire absent. Les victimes, une fois entendues, n’ont pas été correctement informées de leurs droits ni bien accompagnées. C’est ce que révèle le rapport d’audit commandé par le diocèse...
Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
L’accueil des victimes d’abus sexuels dans le diocèse de Sion a été déficient et le suivi des dossiers lacunaire, voire absent. Les victimes, une fois entendues, n’ont pas été correctement informées de leurs droits ni bien accompagnées. C’est ce que révèle le rapport d’audit commandé par le diocèse...
La lourde facture des abus dans le diocèse de Sion
En marge du rapport d’audit sur les abus dans le diocèse de Sion publié le 11 juin 2024, cath.ch a interviewé Mgr Lovey, évêque dudit diocèse, sur la question des lourds coûts humains et financiers découlant de ces affaires.
Abus dans le diocèse de Sion: décryptage entre ombres et lumières
Les 50 pages du rapport d’audit sur le traitement des abus sexuels dans le diocèse de Sion apportent un précieux éclairage sur la problématique des abus en Eglise, même si des zones d’ombre subsistent. Au-delà des accusations et des mea-culpa, il décortique avec précision des mécanismes souvent comp...
Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
L’accueil des victimes d’abus sexuels dans le diocèse de Sion a été déficient et le suivi des dossiers lacunaire, voire absent. Les victimes, une fois entendues, n’ont pas été correctement informées de leurs droits ni bien accompagnées. C’est ce que révèle le rapport d’audit commandé par le diocèse de Sion, présenté le 11 juin 2024.
L’évêque de Sion Mgr Jean-Marie Lovey et son Conseil épiscopal ont mandaté en octobre 2023 un cabinet indépendant pour effectuer un audit consacré à la gestion des abus sexuels en contexte ecclésial dans le diocèse. Les conclusions de l’audit effectué par Vicario Consulting,* présentées par Stéphane Haefliger, lors d’une conférence de presse, sont très sévères. «En clair, le diocèse n’a pas été à la hauteur», résume pour cath.ch, le vicaire général Pierre-Yves Maillard.
Objectifs de l’enquête
L’objectif de cet audit était d’établir les responsabilités institutionnelles et personnelles des dysfonctionnements possibles concernant l’accueil des victimes d’abus et le traitement formel de leurs dossiers par le diocèse, de 1960 à 2020 environ. Un appel à témoignages a été lancé.
«En clair, le diocèse n’a pas été à la hauteur»
Les auditeurs ont également analysé le respect des procédures de justice civile et de droit pénal ainsi que de droit canonique, et les raisons du retard, identifié par l’étude suisse, dans la mise sur pied de la commission neutre et indépendante Abus sexuels en contexte ecclésial (ASCE). Le type et la proportionnalité des démarches et sanctions mises en œuvre ont également été examinés.
Entretiens et analyse d’archives
L’enquête de Vicario Consulting a porté sur 15 dossiers. 29 personnes ont été entendues dans ce cadre. «Un corpus microscopique», a tenu à souligner Stéphane Haefliger, et dont les conclusions ne peuvent en aucun cas être généralisées». La plupart des abus signalés se rapportent au passé. «Le premier d’entre eux date de 1938. Je ne suis pas sûr qu’on ait découvert des situations nouvelles, mais on a mis à jour des fonctionnements défectueux.»
Ont été entendues et interrogées: 18 victimes (dont 3 couples parentaux) qui se sont annoncées suite à l’appel à témoigner; quatre responsables et collaborateurs du diocèse (Mgr Lovey, les vicaires généraux Pierre-Yves Mailard et Richard Lehner, et Philippe Genoud, du conseil épiscopal); Claude Bumann, président de l’ASCE; quatre membres des Groupe SAPEC (soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse) et de la CECAR (Commission Écoute, Conciliation, Arbitrage et Réparation) et deux chercheurs ayant œuvré à la rédaction du rapport concernant le Projet pilote sur l’histoire des abus sexuels dans le contexte de l’Église catholique romaine en Suisse depuis le milieu du 20e siècle, de l’Université de Zurich.
"Je ne suis pas sûr qu’on ait découvert des situations nouvelles, mais on a mis à jour des fonctionnements défectueux.»
A la question de cath.ch de savoir pourquoi d’anciens responsables d’Église n’ont pas été entendus, comme Mgr Norbert Brunner (évêque de Sion de 1995 à 2014), l’auditeur a expliqué qu’il y avait pensé de prime abord, mais que «l’objectif était de recueillir une parole vivante, de faire un état des lieux aujourd’hui, sur une base volontaire, et non pas d’établir un rapport historique exhaustif».
Les enquêteurs ont néanmoins eu accès aux archives secrètes du diocèse et à tous les documents disponibles relatifs aux cas d’abus dénoncés.
Un accueil des victimes déficient
Le cabinet Vicario Consulting relève un paradoxe. Les dossiers relatifs aux abus dans le diocèse de Sion sont bien tenus, alors que de nombreux dysfonctionnements sont dénoncés par les victimes. Stéphane Haefliger souligne que «l’inadéquation du premier contact direct avec un membre de l’Église, le manque de suivi dans la procédure ainsi qu’une attitude de déni ont blessé les victimes qui ont osé sortir de l’ombre».
Les victimes demandent une écoute bienveillante, la reconnaissance de leur souffrance, l’objectivation des faits, un soutien psychologique et une assistance administrative, des informations historiques et des mesures de protection, a-t-il insisté. Ce qu’elles n’ont pas trouvé.
Elles ont décrit l’accueil de leur plainte par le diocèse comme intimidant, peu soutenant, laborieux, fuyant... «Comme parents, nous avons vraiment l’impression que l’Église suisse ne nous écoute pas», a déclaré l’un des couples parentaux.
Six griefs principaux
A la suite de tous les témoignages recueillis, les auditeurs ont listé six griefs principaux: un déni et un manque d’écoute, une inertie institutionnelle et une absence de proactivité dans le traitement des données, une absence de responsabilité et d’anticipation et enfin une difficulté à gérer les situations RH conflictuelles.
Même si les dossiers sont bien tenus, que l’administration formelle est adéquate, c’est le ressenti des victimes qui doit primer. «Et c’est sur les victimes que le diocèse doit s’ajuster, en calibrant vers plus d’humanité, de communication dans le suivi des dossiers, de proximité», insiste-t-il, même en cas de récits confus, contradictoires, émotionnels ou hésitants.
Un désir de transparence de la part de l’évêché
Mgr Lovey, dans une volonté de transparence affirmée, a souhaité que l’intégralité du rapport soit rendu public. Les noms des personnalités publiques contemporaines impliquées (évêques, abbés, responsables ecclésiastiques) sont donnés. Le témoignage des victimes, par contre, reste pour sa part anonyme, en accord avec leurs propres exigences.
Du fait de cet anonymat, Stéphane Haefliger a expliqué qu’il n’est pas possible de vérifier si toutes les victimes qui se sont annoncées auprès du cabinet d’audit l’ont aussi fait auprès du diocèse. L’anonymisation des sources, telle que décrite dans le rapport des chercheurs zurichois, a aussi été retenue. Ces informations pourront être croisées avec celles de l’enquête de l’Université de Zurich, à condition que les victimes donnent expressément leur accord.
Un travail futur de prévention mais aussi de réconciliation
«J’accueille cet audit avec humilité et comme un précieux instrument de travail» qui nous permettra de «mieux baliser les chemins de justice et de réparation, d’une écoute et d’un accompagnement plus professionnalisé et d’une prévention active», a réagi Mgr Lovey. Et de citer Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église en France (CIASE): «Il ne peut y avoir d’avenir commun sans un travail de vérité, de pardon et de réconciliation et cela pour l’Église comme pour les institutions civiles.»
«J’accueille cet audit avec humilité et comme un précieux instrument de travail»
«Nous avons trop longtemps dissocié dans la catéchèse et la prédication miséricorde et justice, au risque d’encourir le cinglant reproche de Paul aux Romains: 'La colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice' (Rm 1,18).»
Plan d’action futur pour juguler les abus
L'abbé Paul Martone et l’abbé Pierre-Yves Maillard, respectivement responsables de la communication pour la partie germanophone et la partie francophone du diocèse de Sion, ont annoncé le plan d’action décidé par l’évêque et le Conseil épiscopal pour donner suite à cette recherche. En dehors des mesures annoncées au niveau suisse, auxquelles le diocèse s’associe, d’autres vont être prises par le diocèse de Sion pour mieux accueillir les victimes. Elles sont le plus souvent «déjà mises en route», précise l’abbé Maillard.
Le diocèse va mieux jouer son rôle d’aiguilleur pour les victimes, pour les amener à s’adresser aux commissions adéquates, internes ou externes, comme la Commission diocésaine ASCE, la CECAR, le groupe SAPEC ou les centres LAVI, reconnues comme compétentes par la Commission d’indemnisation des évêques. Au vu de l’ancienneté de nombre de dossiers, la seule action possible pour le diocèse est en effet souvent celle de l’accompagnement des victimes.
Trop de portes d’entrée?
Il ressort aussi du rapport d’audit que la multiplication des points d’entrée (13 répertoriés) qui s'offrent aux victimes peut embrouiller celles-ci. Il est d’autant plus important de bien les orienter et de renforcer les relations entre les diocèses et ces associations. Ce que l’évêché de Sion a décidé de faire. «L’abbé Maillard a établi un contact avec le SAPEC depuis le début de l’année» a confirmé à cath.ch Marie-Madeleine Zufferey-Sudan, vice-présidente du groupe. «Et c’est très positif.»
Une nouvelle équipe mieux formée
Parmi les autres mesures annoncées, ressort celle de la formation à une écoute active professionnelle des collaborateurs en charge des dossiers d’abus. Richard Lehner, vicaire général pour la partie germanophone du diocèse et responsable de la Commission abus sexuel en contexte ecclésial du diocèse de Sion entre 2015 et fin 2021, est dessaisi du dossier. Il avait déjà dû se retirer en novembre dernier, pour les besoins de l’enquête, de tous les organismes, instances et thématiques concernant les abus à la demande de l’évêque. L’abbé Stefan Roth le remplace.
Côté francophone, Sœur Adrienne Barras et l’abbé Pierre-Yves Maillard sont nommés responsables 'prévention abus' sur le plan diocésain et chargés du suivi au conseil épiscopal. Ils vont tous deux suivre une formation «Abus et bientraitance» à l’Institut catholique de Paris, avec d’autres membres de la Conférence des ordinaires de la Suisse romande (COR). Des moyens vont aussi être accordés à la préservation de la mémoire, et donc à l’archivage professionnel.
Enfin, le diocèse annonce la création d’une nouvelle commission de prévention et la promulgation d’un code de bonnes pratiques pour toutes les personnes engagées dans le diocèse. Jean-Raphaël Kurmann sera engagé pour accompagner les agents pastoraux et les équipes pastorales. (cath.ch/lb)
* Le cabinet d’audit romand, Vicario Consulting, mandaté pour mener les investigations, a été accompagné par Isabelle Python, ancienne Bâtonnière de l’Ordre des avocats fribourgeois, et par Philippe Spoerri, ancien chancelier de l’État du Valais.
11/06/2024
La lourde facture des abus dans le diocèse de Sion
En marge du rapport d’audit sur les abus dans le diocèse de Sion publié le 11 juin 2024, cath.ch a interviewé Mgr Lovey, évêque dudit diocèse, sur la question des lourds coûts humains et financiers découlant de ces affaires.
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
La lourde facture des abus dans le diocèse de Sion
En marge du rapport d’audit sur les abus dans le diocèse de Sion publié le 11 juin 2024, cath.ch a interviewé Mgr Lovey, évêque dudit diocèse, sur la question des lourds coûts humains et financiers découlant de ces affaires.
La question des abus sexuels en Église entraîne pour les diocèses un coût financier important: compensations, audit externe, personnel formé à l’écoute, comme annoncé aujourd’hui... Cela va-t-il réduire chez vous la part dévolue à la pastorale?
Mgr Jean-Marie Lovey: Tout cela a un coût bien sûr. En France, le diocèse de Nanterre (en région parisienne, ndlr)a dû vendre certains de ses biens pour payer les frais d’enquête, de recherche, de compensation, d’indemnisation, etc. Chez nous, on n’a diminué aucun poste, au contraire. On a créé de nouveaux postes, au niveau de la communication notamment, grâce à nos réserves.
Des coûts financiers supplémentaires d’un côté, de l'autre, des sorties d’Église consécutives aux questions d’abus?
Il y en a peu et elles sont rarement motivées par les abus. Du moins à ma connaissance. Ces sorties d’Église ne vont pas nous impacter directement sur le plan financier, puisque la loi Église-État du canton prévoit que les communes politiques assurent les budgets des paroisses.
Il existe différentes instances d’aide aux victimes d’abus en Église. Avez-vous l’impression que l’évêque reste LA personne de référence encore pour elles?
J’ai rencontré beaucoup de personnes concernées par les abus. Je n’ai pas le sentiment que celles qui choisissent le créneau «Église» évitent de s’adresser à l’évêque. A contrario, j’entends très souvent des gens me dire, «ça doit être difficile, on prie pour vous, continuez», et ça m’aide.
En dehors des personnes directement concernées, la question des abus sexuels ferait des victimes collatérales parmi les membres du clergé?
Je ressens cela parfois. J’étais sur le perron de l’évêché, avec deux personnes. Arrivent deux gamins de dix ans, et le premier nous pointe du doigt en disant: 'Il ne faut pas aller dans cette maison, parce que c’est dangereux, il y a des curés'. Alors oui, c’est dur.»
Il faut dire que la communication de l’Église à ce sujet est souvent lacunaire et même mauvaise. D’où le fait que vous avez renforcé l’équipe communication?
Oui, bien sûr.
Vous avez réintroduit le chanoine de l’Abbaye de St-Maurice Gilles Roduit dans sa fonction de curé de St-Maurice (VS). Une décision mal comprise, par le groupe SAPEC notamment. La justice pénale a prononcé un non-lieu, mais votre diocèse peut-il s’en tenir à une approche légaliste? Ne serait-ce pas là un cas type dont pourrait se charger un tribunal pénal ecclésiastique interdiocésain (dont la création est assujettie à l’autorisation du Vatican)?
Vos questions sont contradictoires. Un tel tribunal réglerait la question juridique. Or, comme vous l’avez dit, l’aspect pastoral est aussi extrêmement important. Que faire en cas d’abus sur mineurs quand les faits sont prescrits sur le plan de la justice civile? La justice canonique peut prendre le relais et décider de l’imprescriptibilité du crime.
Dans le cas que vous soulevez, reconduire la personne dans sa fonction est une décision qui relève du plan juridique, c’est-à-dire d'un non-lieu et du refus des autorités judiciaires d’accepter le recours. Pastoralement parlant, il faudrait pouvoir clarifier les raisons présentées par la plaignante. Il faudrait assurer un accompagnement et pour elle et pour l’auteur présumé. (cath.ch/lb)
11/06/2024
Le diocèse de Sion n’a pas été à la hauteur dans la gestion des abus
L’accueil des victimes d’abus sexuels dans le diocèse de Sion a été déficient et le suivi des dossiers lacunaire, voire absent. Les victimes, une fois entendues, n’ont pas été correctement informées de leurs droits ni bien accompagnées. C’est ce que révèle le rapport d’audit commandé par le diocèse...
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
Abus dans le diocèse de Sion: décryptage entre ombres et lumières
Les 50 pages du rapport d’audit sur le traitement des abus sexuels dans le diocèse de Sion apportent un précieux éclairage sur la problématique des abus en Eglise, même si des zones d’ombre subsistent. Au-delà des accusations et des mea-culpa, il décortique avec précision des mécanismes souvent complexes, parfois kafkaïens. Et propose quelques pistes de solutions.
Entre écoute, compassion, méandres administratifs, administration de la justice et réparation, le chemin des victimes est long et semé d’obstacles. Eléments d’analyse.
En faisant prévaloir la parole des victimes d’abus sexuels, le rapport démontre, parfois cruellement, le manque d’empathie et d’intelligence émotionnelle des divers responsables ecclésiaux. Le document refuse cependant de généraliser, du fait, surtout, du faible nombre de personnes interrogées.
Une parole complexe
Les auditeurs de Vicario Consulting constatent d’abord le grand écart entre le récit des victimes et leur traitement par l’autorité ecclésiale. “Les deux faces de la même pièce ne s’ajustent pas aisément”, relèvent-ils.
La parole des victimes peut elle-même être complexe. “Parfois les récits sont confus, contradictoires, émotionnels, polymorphes, hésitants et il devient difficile pour l’Eglise de reconstruire les faits et d’objectiver les situations.” C’est pourtant son rôle d’accueillir cette parole avec respect et professionnalisme. Ce qui exige des moyens et des compétences qui ont souvent manqué.
Pour les auditeurs, les victimes attendent de l’Eglise une écoute bienveillante, une objectivation des faits, un éventuel soutien psychologique, une assistance administrative, des informations historiques et plus simplement de la compassion ou des excuses institutionnelles. Elles ont eu souvent le sentiment de se heurter à un labyrinthe administratif sans fin, qui ne fait que redoubler leur souffrance et leur méfiance envers l’institution.
Mgr Brunner, cité mais pas audité
Cela a été le cas en particulier sous l’épiscopat de Mgr Norbert Brunner, de 1995 à 2014, “considéré par les victimes comme une ère glaciaire dont Mgr Lovey a hérité”. “Tant que c’était l’évêque Brunner, je savais que c’était inutile d’aller le voir”, explique le témoignage de Germaine (prénom fictif).
Cité à plusieurs reprises dans le rapport - de même que son vicaire général Bernard Brocard -, l’ancien évêque de Sion n’a curieusement pas été confronté à ces accusations par les auditeurs. La réponse donnée à cette question en conférence de presse, n’était pas satisfaisante.
De fait, l’analyse des auditeurs se limite à l’épiscopat de Mgr Jean-Marie Lovey, soit les dix dernières années, même si le témoignage le plus ancien se réfère à des faits commis en 1938.
Richard Lehner, principal visé
C’est surtout le vicaire général Richard Lehner qui est tancé pour son manque d’empathie, sa non-capacité à entendre la souffrance de l’autre, sa volonté de défendre l’Eglise plutôt que les victimes, son manque de sens diplomatique. “Je ne vois pas pourquoi je devrais vous demander pardon, car je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé”, dira-t-il à une victime. Même si d’autres louent au contraire son accueil aimable et respectueux.
L’autre reproche principal concerne sa réticence à mettre en place une commission indépendante pour traiter les abus (ASCE). Membre de la première commission d’experts instaurée par Mgr Brunner en 2009, Richard Lehner a gardé la main sur la gestion des abus sexuels jusqu’en 2022. D’abord mis en retrait en novembre 2023, il est aujourd’hui dessaisi de la question.
Mgr Lovey, empathique mais trop spirituel
Mgr Lovey n’est pas exempt de reproches. Les témoignages s’accordent sur sa bienveillance, sa disponibilité et son intégrité. “Plusieurs courriers de pardon souhaités par les victimes et rédigés par l’évêque démontrent clairement sensibilité, empathie, respect et volonté de soutenir les victimes.”
Mais les témoins lui reprochent une approche trop théologique et spirituelle: “Je vais prier pour vous”, alors qu’elles attendaient des mesures administratives concrètes. Pour les auditeurs, les victimes investissent l’évêque de la toute-puissance qui inclut un haut degré de moralité, d’exemplarité et de surveillance de ses prêtres. Alors que de fait l’Eglise “rencontre mille difficultés à résoudre les drames humains commis sous sa responsabilité mais hors de son contrôle”.
Manque de communication
Autre point épinglé par l’audit le “manque d’articulation entre les demandes des victimes et les actions du diocèse, notamment sous l’angle de la communication et de l’information du suivi des procédures”. Dans de nombreux cas, l’autorité ecclésiale a agi, tout en omettant d’informer les victimes ou la communauté ecclésiale, donnant ainsi l’impression de ne rien faire.
L’audit s’attarde entre autres sur un des récents scandales valaisans où un prêtre abuseur (renvoyé depuis de l’état clérical) n’a pas respecté les sanctions imposées par l’évêque. Faute d’une communication adéquate, l’Eglise a ainsi semblé tolérer les errements de ses membres.
Simplifier les points d’entrée
Au chapitre des recommandations, l’audit en apporte une assez inattendue: il faudrait clarifier et simplifier les points d’entrée afin de permettre aux victimes de témoigner. “Beaucoup de témoignages montrent que la multiplicité des points d’entrée - a priori davantage de possibilités pour les victimes - pose aujourd’hui difficulté.” Une simplification et une meilleur coordination favoriseraient une meilleure prise en charge.
Qu’est-ce qu’un évêque?
La deuxième recommandation originale de l’audit invite à revenir à la dimension étymologique du terme évêque: “Episcopus contient en sa racine grecque la notion de surveillant, supérieur , chef, gardien, magistrat”. Que celui qui a des oreilles entende. (cath.ch/mp)
Enquête sur la paroisse de Fully
Les auditeurs ont recueilli “plusieurs témoignages concomitants troublants qui laissent à penser qu’au sein de la paroisse de Fully, entre 1929 et 1983 sous l’égide du curé des problématiques d’abus sexuels auraient pu être perpétrées.” L’audit suggère au diocèse de lancer une enquête formelle en conséquence. MP
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.