Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • DOSSIERS

    L’église de briques rouges Saint-Antoine de Padoue est la plus visitée d'Istanbul.

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Le pape Léon XIV s’est envolé le 27 novembre 2025 pour son premier voyage à l’étranger depuis son élection le 8 mai. En Turquie, il commémorera avec d’autres responsables chrétiens le Concile de Nicée qui a défini en l’an 325 les fondements de la foi chrétienne. Au Liban, il viendra soutenir un pays...

    Contenu du dossier
    L’église de briques rouges Saint-Antoine de Padoue est la plus visitée d'Istanbul.
    Actualités

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    A Istanbul, le pape Léon XIV visitera la mosquée bleu, comme avant lui Benoît XVI et François
    Actualités

    Quatre papes ont précédé Léon XIV en Turquie, pivot entre l’Occident et l’Orient

    Moines du monastère maronite de Mar Chaaya, Metn, Mont Liban, mars 2025
    Actualités

    Turquie et Liban: le panorama de l’Église catholique sur place

    La commémoration de l'explosion du port de Beyrouth, en août 2020, est le dernier événement prévu pour le voyage du pape en Turquie-Liban
    Actualités

    Le programme du pape en Turquie et au Liban

    Dans la Grande bibliothèque nationale de Turquie, le 27 novembre 2025, le pape Léon XIV a appelé le pays a encourager sa diversité
    Actualités

    Léon XIV souhaite que la Turquie honore la «dignité et la liberté de tous»

    | Wikimedia Commons/Manolis Pagalos/CC0 1.0
    Actualités

    Job Getcha: "La clarté théologique de Léon XIV plaît beaucoup aux orthodoxes"

    Le pape Léon XIV en visite à la cathédrale d'Istanbul
    Actualités

    Léon XIV en Turquie: «La petitesse est la véritable force de l’Église»

    A Nicée, le pape appelle à surmonter les divisions
    Actualités

    A Nicée, Léon XIV appelle à «surmonter le scandale des divisions»

    Le 29 novembre 2025, le pape Léon XIV a visité la Mosquée bleue d'Istanbul
    Actualités

    Léon XIV visite la Mosquée bleue et rencontre les chefs des Églises chrétiennes

    Le pape Léon XIV a participé à la Divine liturgie avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, le 30 novembre 2025 à Istanbul
    Actualités

    En Turquie, Léon XIV souhaite une mobilisation sur l’écologie et le numérique

    Le pape Benoît XVI à son arrivée sur le front de mer à Beyrouth pour célébrer une messe en plein air le 16 septembre 2012. Le pape en est à son dernier jour d'une visite de trois jours au Liban
    Actualités

    Les papes au Liban: un encouragement à un peuple martyr, mais résilient

    Le pape Léon XIV a visité, le 1er décembre 2025, le sanctuaire de Notre-Dame de Harissa, au Liban
    Actualités

    Léon XIV invite les catholiques du Liban à espérer malgré «le bruit des armes»

    Sur la Place des Martyrs, le 1er décembre 2025 à Beyrouth, le pape Léon XIV a appelé les Libanais à être des
    Actualités

    L’éloge d'un Liban où «minarets et clochers se dressent côte à côte»

    Le pape Léon XIV a prié pour les victimes de l'explosion du port de Beyrouth
    Actualités

    Sur les ruines du port de Beyrouth, le pape console un peuple en quête de vérité

    «Je pense que le Pérou me recevrait volontiers aussi», a souri le pape
    Actualités

    "J'espère aller en Algérie", confie le pape de retour du Liban

    Sr Maïa El Beaino (à g.) avec ses élèves au patriarcat d'Antioche des Maronites, à Bkerké
    Actualités

    Sœur Maïa: «La capacité d’écoute du pape m’a surprise»

    no_image
    L’église de briques rouges Saint-Antoine de Padoue est la plus visitée d'Istanbul. © Mathilde Warda

    Le pape Léon XIV en Turquie: comment vit la communauté catholique à Istanbul?

    Le premier voyage du pape Léon XIV à l’étranger aura lieu en Turquie à partir du 27 novembre 2025. Il rencontrera notamment les différentes communautés chrétiennes d’Istanbul, avant de se rendre à Iznik (anciennement Nicée), événement majeur pour la petite communauté catholique stambouliote. Comment les fidèles vivent-ils leur foi dans la ville la plus peuplée du pays? Reportage.

    Mathilde Warda, à Istanbul, pour cath.ch

    Une poignée de personnes sont installées dans les rangs pour assister à la messe en turc. Dans le fond de l’église de Saint-Antoine de Padoue, les portes restent ouvertes, des passants vont et viennent, certains restent quelques minutes pour écouter ou prennent des photos ou des vidéos.

    Dans l’église résonne l’orgue, joué par Can Sümbüloğlu. C’est aussi lui qui jouera, avec d’autres musiciens, pour le pape Léon XIV, lors de la messe célébrée à la "Volkswagen Arena" à Istanbul, durant sa visite en Turquie du 27 au 30 novembre. “Je suis doublement heureux, parce que je vais participer à la cérémonie, nous allons voir notre nouveau pape, et parce que je vais contribuer à la musique”, s’enthousiasme ce diplômé du conservatoire sur un banc après la messe, une croix autour du cou.

    | © Mathilde Warda
    | © Mathilde Warda

    Au milieu de l’avenue Istiklal, rue commerçante et très passante d’Istanbul, l’église de briques rouges est la plus visitée de la ville. Chaque jour, environ 7’000 personnes en semaine, et 10 à 15’000 le week-end, passent ses portes, d’après le Père  franciscain Andrew Hochstedler, vicaire paroissial, citoyen américain qui est né et a grandi à Istanbul.

    Parmi elles, certains sont les croyants catholiques qui vivent à Istanbul. “Nous avons quatre communautés linguistiques différentes”, explique le Père franciscain, une communauté de locuteurs du turc, de l’anglais, de l’italien et du polonais. Des messes sont célébrées dans chacune de ces langues.

    “Mais la majorité des personnes qui franchissent nos portes sont soit Turques, musulmanes ou laïques, non chrétiennes, soit des touristes qui se promènent dans la rue”, ajoute le prêtre.

    Un accent sur le dialogue interreligieux

    Au sein de l’église se rencontrent alors plusieurs confessions et pratiques religieuses. “Traditionnellement, et cela continue encore aujourd'hui, des milliers de Turcs non chrétiens viennent allumer une bougie. Il s'agit d'une pratique populaire très ancienne en Turquie”, remarque-t-il.

    Cette diversité nourrit un dialogue interreligieux, également entretenu par les prêtres. Tous les mardis, ils se relaient pour “s’asseoir dans l'église toute la journée, rencontrer les personnes et prier pour elles”, commente le Père Andrew. “Ce sont parfois des chrétiens, qui viennent se confesser, mais le plus souvent ce sont des Turcs qui viennent prier. De temps en temps, ils viennent d’autres villes, ils ont entendu dire que c’était ici qu’ils devaient venir. Parfois, même des imams les envoient ici”.

    | © Mathilde Warda
    | © Mathilde Warda

    La République turque est laïque, mais l’islam sunnite est largement majoritaire. Parmi la minorité chrétienne, les orthodoxes sont les plus nombreux, Léon XIV rencontrera d’ailleurs le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée. Orthodoxes, catholiques, latins, arméniens, syriaques… Une diversité de chrétiens ont habité la Turquie. Leur présence perdure même si elle a drastiquement diminué au siècle dernier, affectée notamment par le génocide arménien et les persécutions contre les Grecs orthodoxes. Aujourd’hui, “on parle de 25’000 catholiques latins en Turquie (voir encadré), dont plus ou moins 15’000 dans le vicariat d’Istanbul”, estime l’abbé Nicola Masedu, curé de la cathédrale du Saint-Esprit.

    Première église construite sous la République

    Les relations sont plus apaisées, même si l’Église fait toujours face à des difficultés, telles que son absence de statut juridique. En 2023, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a même inauguré une Église syriaque orthodoxe à Istanbul. Première église construite sous la République turque, fondée en 1923, elle est aussi au programme de la visite du pape.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    La protection des églises est aussi prise au sérieux, une voiture de police est postée devant l’église Saint-Antoine de Padoue, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et parfois également présente devant l’entrée de la Cathédrale. Les mesures de sécurité ont été renforcées en janvier 2024 après l’attaque de l’Église Santa-Maria, revendiquée par l’État islamique, qui a fait un mort – de confession musulmane. Près de deux ans plus tard, les croyants interrogés ne se sentent pas particulièrement en danger.

    Les catholiques, une minorité multiple

    Être catholique en Turquie en 2025, c’est faire partie d’une minorité qui recouvre une multitude de situations. Tilda Çanlı, à la guitare et au chant pendant la messe à Saint-Antoine, est catholique syriaque. “Je fréquente cette église depuis mon enfance. Ma mère était très croyante, l'un des plus grands héritages qu'elle m'ait laissés est mon attachement à cette église”.

    | © Mathilde Warda
    | © Mathilde Warda

    Elle souligne le partage entre les Églises: “Nous sommes œcuméniques. Nous sommes tous ensemble. Nous le sommes aussi avec les autres Églises, avec les catholiques arméniens, les syriaques anciens. Nous avons beaucoup de liens”.

    Tilda Çanlı évoque sa foi et son église avec beaucoup d’enthousiasme. “Je suis aussi allée en Italie. J'ai été très impressionnée, mais je suis contente d'être en Turquie, d'être dans un pays musulman. C'est ici que je suis chez moi.”

    Quelques conversions par an

    Pour Tarkan, servant de l’autel à Saint-Antoine, qui s’est converti il y a quelques années, vivre sa foi semble plus difficile. “Ma mère ne le sait pas”, explique-t-il. “Il faut bien sûr cacher certaines choses. Vous ne pouvez pas porter votre collier aussi librement à l'extérieur. Vous devez le cacher à votre famille”, détaille Tarkan, même s’il assure se sentir en sécurité.

    Il y a quelques conversions par an, affirme le curé de la cathédrale du Saint-Esprit, avec une préparation qui dure entre deux à trois ans. Mais le prêtre salésien insiste toutefois, “nous ne faisons aucun prosélytisme”. Le prêtre constate aussi que ceux qui souhaitent se convertir rencontrent parfois des difficultés dans leur famille.

    La cathédrale, où le pape Léon XIV se rendra, est à moins de deux kilomètres de l’Église Saint-Antoine. Adossée à un lycée privé francophone, elle n’est pas visible depuis l’avenue. Là aussi, des messes ont lieu dans plusieurs langues: français, italien, anglais et turc, celle du dimanche en anglais est la plus fréquentée, explique l’abbé Masedu.

    Le passage des pèlerins

    Les pèlerins en Turquie sont aussi accueillis dans l’église et y célèbrent des messes. Cette année en particulier, avec le 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée, beaucoup de groupes viennent honorer cet évènement sur le lieu du concile, à Iznik. “Ils arrivent ou partent d’Istanbul, donc ils en profitent pour venir célébrer une messe ici ou à Saint-Antoine”, détaille le curé de la cathédrale. Parfois des messes ont lieu simultanément dans la chapelle et dans la cathédrale dans des langues différentes.

    Dans le quartier de Bomonti, à une trentaine de minutes à pied de la cathédrale, les Petites Sœurs des Pauvres dirigent une maison de retraite. Sur une ardoise à l’entrée de la salle à manger, la venue du pape dans l’établissement est annoncée. “La visite du pape dans cette maison est quelque chose d'extraordinaire, et nous en sommes très heureux”, se réjouit le médecin de la maison, Mario Rogenbuke, également responsable des communautés néo-catéchuménales à l’église Saint-Antoine.

    | © Mathilde Warda
    | © Mathilde Warda

    Parmi les catholiques de Turquie, on compte aussi les levantins. Comme Mario Rogenbuke, ce sont les descendants d’européens venus s’installer sous l’Empire ottoman, ils seraient aujourd’hui environ 1’000 à Istanbul, estime-t-il, avec une population vieillissante. Du côté de son père, sa famille est venue d'Allemagne dans les années 1850 et d’Italie au début XXᵉ du côté maternel.

    “Être catholique en Turquie est confortable”, soutient-il. “Nous ne rencontrons aucune difficulté à Istanbul. Au contraire, nos églises sont particulièrement défendues et protégées.” Il alerte cependant sur la nécessité de soutiens étrangers pour faire perdurer la présence chrétienne en Turquie.

    Chez les catholiques en Turquie, l’impatience est palpable. “Nous sommes une toute petite communauté, et pourtant, le pape, qui dirige toute notre Église dans le monde entier, vient ici pour son tout premier voyage, s’enthousiasme le Père Andrew. Cela vous procure un réel sentiment de joie et d'espoir”. (cath.ch/mw/bh)

    La Turquie, pays de 84 millions d’habitants, compte environ 90’000 chrétiens. On estime à 60’000 le nombre d’Arméniens, majoritairement (55’000) rattachés à l’Église apostolique arménienne autocéphale, et à 25’000 le nombre de catholiques, se partageant entre les quatre rites latin, arménien, syriaque et grec. On compte aussi de 2'000 à 3'000 grecs-orthodoxes et à peine 1'000 anglicans et protestants. BH

    Articles les plus lus

    no_image
    A Istanbul, le pape Léon XIV visitera la mosquée bleu, comme avant lui Benoît XVI et François © Pixabay

    Quatre papes ont précédé Léon XIV en Turquie, pivot entre l’Occident et l’Orient

    En posant le pied en Turquie le 27 novembre prochain, Léon XIV sera le cinquième pape à visiter ce pays, après Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et François. Le principal objectif de ces voyages a toujours été de manifester le dialogue fraternel entre Rome et Constantinople, et donc avec le monde orthodoxe, mais la dimension interreligieuse a pris une importance croissante dans le contexte très particulier de l’islam turc. I.MEDIA revient sur les enjeux des quatre précédents voyages.

    1967: Paul VI, le pape du rapprochement avec l’orthodoxie

    Le premier pape à se rendre en Turquie est Paul VI, les 25 et 26 juillet 1967. Ce cinquième voyage apostolique du pontife italien (après la Terre sainte, l’Inde, New York et Fatima) lui permet alors de poser de nouveaux jalons œcuméniques, dans la lignée du Concile Vatican II. L’enjeu principal est en effet sa visite au Phanar, le siège du patriarcat de Constantinople, pour y retrouver Athénagoras (1886-1972), patriarche avec lequel il a établi de spectaculaires avancées pour le rétablissement de la confiance entre catholiques et orthodoxes.

    Trois ans auparavant, sa rencontre historique avec Athénagoras à Jérusalem avait permis d’ouvrir la voie à la levée, l’année suivante, des excommunications réciproques entre Rome et Constantinople formulées 910 ans auparavant, lors du Grand Schisme de 1054. Sa visite de juillet 1967, qui précède celle d’Athénagoras à Rome quelques mois plus tard, est l’occasion de Paul VI de s’exprimer clairement en faveur d’un rétablissement de la communion avec l’Église orthodoxe.

    Paul VI rencontre le patriarche de Constantinople Athénagoras. Cette image fera le tour du monde
    Paul VI rencontre le patriarche de Constantinople Athénagoras. Cette image fera le tour du monde @ Vatican Media

    «Si l’unité de foi est requise pour la pleine communion, la diversité d’usages n’y est pas un obstacle, bien au contraire», déclare Paul VI durant sa visite au siège de ce patriarcat disposant d’une autorité symbolique sur l’ensemble du monde orthodoxe.

    «La charité nous permet de mieux prendre conscience de la profondeur même de notre unité, en même temps qu’elle rend plus douloureuse l’impossibilité actuelle de voir cette unité s’épanouir en concélébration, et nous incite à tout mettre en œuvre pour hâter la venue de ce jour du Seigneur», lance Paul VI, estimant qu’il incombe aux chefs des Églises de guider leurs fidèles «sur la voie qui conduit à la pleine communion retrouvée».

    Outre cette étape à Istanbul, Paul VI se rend aussi à Ephèse, pour visiter la maison de la Vierge Marie. Ce sanctuaire, à la fois visité par les chrétiens et les musulmans, est le fruit d’une tradition assyrienne – probablement symbolique – selon laquelle Marie fut emmenée dans ce lieu par l’évangéliste Jean après la crucifixion du Christ afin de fuir les persécutions à Jérusalem.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Ce voyage lui donne aussi l’occasion de saluer les autorités et d’exprimer son soutien à la population de la Turquie, affectée peu avant le voyage par un violent tremblement de terre. Paul VI bénéficie d’une certaine proximité de la Turquie avec le Saint-Siège, liée au parcours de son prédécesseur Jean XXIII. Mgr Angelo Roncalli avait en effet occupé la charge de délégué apostolique en Turquie entre 1935 et 1944, un rôle dans lequel il s’était déployé avec un charisme inattendu. Il avait choqué ses propres supérieurs à Rome en assumant de demeurer en civil, compte tenu des règles de laïcité en vigueur en Turquie, et en intégrant la langue turque dans certaines séquences liturgiques.

    1979: Jean Paul II lance la tradition du voyage de la Saint-André

    Après le très bref pontificat de Jean Paul Ier qui, naturellement n’eut pas le temps de voyager malgré son vif intérêt pour les questions œcuméniques, Jean Paul II choisit la Turquie comme destination de son quatrième voyage apostolique, du 28 au 30 novembre 1979. La date du 30 novembre correspond à la Saint-André, patron de l’Église de Constantinople: ce calendrier sera également choisi par les successeurs de Jean Paul II qui se rendront en Turquie au début de leur pontificat.

    Dans la continuité de Paul VI, le pontife polonais est reçu par le successeur d’Athénagoras, le patriarche Dimitrios Ier (1914-1991) et lui confirme le désir de «marcher ensemble vers cette pleine unité que de tristes circonstances historiques ont blessée, surtout au cours du deuxième millénaire». Dans une déclaration commune, Jean-Paul II et Dimitrios Ier appellent à une «purification de la mémoire collective de nos Églises» et instituent la commission mixte catholique-orthodoxe pour le dialogue théologique. Jean-Paul II se rend aussi à Ephèse pour y célébrer une messe, et salue les autorités turques à Izmir.

    2006: Benoît XVI, un voyage parasité par la controverse de Ratisbonne

    Si l’enjeu œcuménique est naturellement prégnant aussi pour la visite de Benoît XVI du 28 novembre au 1er décembre 2006, l’attention médiatique se déplace vers la question brûlante du dialogue avec l’islam, quelques semaines après son discours prononcé à Ratisbonne, en Allemagne, dans lequel il avait cité un empereur byzantin assimilant l’islam à la violence. De violentes manifestations s’étaient alors produites dans certains pays à majorité musulmane, conduisant même à l’assassinat, en Somalie, de la religieuse italienne Leonella Sgorbati, qui sera béatifiée en 2018.

    Malgré des manifestations hostiles à sa venue, Benoît XVI parvient à désamorcer la tension lors de sa rencontre avec les autorités musulmanes, et en prenant l’initiative de visiter la Mosquée Bleue à Istanbul, alors que cette étape ne figurait pas dans le programme initial. Les images du pape se déchaussant et prenant un temps de méditation auprès du mufti d’Istanbul, Mustafa Cagrici, représentent un signe de respect très apprécié par la population musulmane turque. Le pape allemand visite aussi la basilique Sainte-Sophie, qui était alors un simple musée.

    30 novembre 2006: Visite de Benoît XVI à la Mosquée Bleue d'Istanbul,  Alessia Guiliani CPP/CIRIC
    30 novembre 2006: Visite de Benoît XVI à la Mosquée Bleue d'Istanbul, Alessia Guiliani CPP/CIRIC

    Un aspect original de ce voyage sera aussi l’éloge inattendu formulé par Benoît XVI à l’égard du modèle turc de laïcité. «Sans doute est-il utile de rappeler que le Père de la Turquie moderne, Kemal Atatürk, avait devant lui la Constitution française, comme modèle de reconstruction de la Turquie», déclare Benoît XVI dans l’avion le conduisant vers Ankara, première étape de ce voyage. «À l’origine de la Turquie moderne figure le dialogue avec la raison européenne et avec sa pensée, sa façon de vivre, pour être réalisé de façon nouvelle dans un contexte historique et religieux différent», déclare le pontife allemand avec une délicatesse perçue avec étonnement en Turquie.

    Le pape se rendit aussi à Ephèse et à Istanbul, où l’enjeu œcuménique fut naturellement un point central de ce voyage. Le patriarche Bartholomée Ier reçoit Benoît XVI au Phanar, dans une ambiance fraternelle mais avec là encore les tensions internationales en filigrane. «Nous encourageons l’établissement de rapports plus étroits entre les chrétiens et d’un dialogue interreligieux authentique et loyal, en vue de lutter contre toute forme de violence et de discrimination», déclarèrent les deux chefs d’Église dans une déclaration commune.

    Ils promirent de persévérer dans «la marche vers la pleine unité» avec l’objectif de rétablir «la pleine communion», tout en confirmant le mandat confié à la commission mixte catholique-orthodoxe, après quelques années de suspension des travaux, pour traiter les «questions encore controversées».

    2014: François et le cap vers l’Orient

    Huit ans plus tard, c’est le regard tourné vers un Moyen-Orient à feu et à sang que François s’envole vers la Turquie. Ce voyage, organisé du 28 au 30 novembre 2014, met en lumière le choix posé par le Saint-Siège de s’appuyer sur la Turquie comme interlocuteur incontournable pour affronter les défis géopolitiques de la région, l’accueil des migrants en fuite de la Syrie et de l’Irak, quelques mois après l’offensive de Daech sur Mossoul et la plaine de Ninive.

    Reçu par le président Recep Tayyip Erdogan à Ankara dans un palais présidentiel où il est est le premier chef d’État étranger à visiter, François se rend le lendemain à Istanbul et visite Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, avant de célébrer une messe en la cathédrale catholique du Saint-Esprit puis de rencontrer le patriarche Bartholomée Ier à deux reprises.

    Le pape François, patriarche d'Occident et le patriarche oecuménique Bartholomée, ici en 2014, discutent dans la perspective des 1700 ans du Concile de Nicée, en 2025
    Le pape François, patriarche d'Occident et le patriarche oecuménique Bartholomée, ici en 2014, discutent dans la perspective des 1700 ans du Concile de Nicée, en 2025 @ Wikimedia Commons

    Les deux chefs d’Église signent une déclaration commune. «Nous exprimons notre sincère et ferme intention, dans l’obéissance à la volonté de Notre Seigneur Jésus Christ, d’intensifier nos efforts pour la promotion de la pleine unité entre tous les chrétiens et surtout entre catholiques et orthodoxes», écrivent François et Bartholomée, qui s’étaient retrouvés à Jérusalem six mois auparavant. Les deux hommes développeront une forte amitié au fil de la décennie.

    «Nous ne pouvons pas nous résigner à un Moyen-Orient sans les chrétiens qui y ont professé le nom de Jésus pendant deux mille ans», avertissent le pape et le patriarche dans ce texte marqué par la situation dramatique des chrétiens d’Irak et de Syrie. «L’Église restera à vos côtés et continuera à soutenir votre cause à la face du monde », promet François dans ses derniers mots prononcés sur le sol turc, devant des réfugiés pris en charge par les religieux salésiens.

    Si son état de santé le lui avait permis, François serait probablement revenu une seconde fois en Turquie au printemps dernier afin de participer à la commémoration du Concile de Nicée, initialement prévue pour la fin du mois de mai. Avec six mois de décalage, le premier voyage de Léon XIV sera donc une occasion de «boucler la boucle» en assumant le dernier engagement international prévu par le pape François. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Articles les plus lus

    no_image
    Moines du monastère maronite de Mar Chaaya, Metn, Mont Liban, mars 2025 © Lucienne Bittar

    Turquie et Liban: le panorama de l’Église catholique sur place

    Abonnés

    Lors du premier voyage apostolique de son pontificat, qui le mènera en Turquie et au Liban du 27 novembre au 2 décembre 2025, Léon XIV trouvera deux réalités très différentes en ce qui concerne les communautés catholiques locales.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    La commémoration de l'explosion du port de Beyrouth, en août 2020, est le dernier événement prévu pour le voyage du pape en Turquie-Liban © Jacques Berset

    Le programme du pape en Turquie et au Liban

    Abonnés

    Deux jours avant le premier voyage du pape Léon XIV en Turquie et au Liban, du 27 novembre au 2 décembre 2025, le Saint-Siège a détaillé le programme de Léon XIV lors d’une conférence de presse.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Dans la Grande bibliothèque nationale de Turquie, le 27 novembre 2025, le pape Léon XIV a appelé le pays a encourager sa diversité © Vatican Media

    Léon XIV souhaite que la Turquie honore la «dignité et la liberté de tous»

    Abonnés

    «Il est fondamental d’honorer la dignité et la liberté de tous les enfants de Dieu», a plaidé le pape Léon XIV devant les autorités civiles turques, rassemblées dans le complexe du palais présidentiel d’Ankara, le 27 novembre 2025.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    | Wikimedia Commons/Manolis Pagalos/CC0 1.0

    Job Getcha: "La clarté théologique de Léon XIV plaît beaucoup aux orthodoxes"

    Abonnés

    Le 28 novembre 2025, à l’invitation du patriarcat œcuménique de Constantinople, le pape Léon XIV participera à la commémoration du Concile de Nicée, devant le lac d’Iznik (Turquie), en présence de plusieurs représentants d’Églises chrétiennes. L’archevêque Job Getcha, métropolite de Pisidie, dont le...

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape Léon XIV en visite à la cathédrale d'Istanbul © Hugues Lefèvre I.MEDIA

    Léon XIV en Turquie: «La petitesse est la véritable force de l’Église»

    Abonnés

    La force de l’Église «ne réside pas dans ses ressources ni ses structures», a assuré le pape Léon XIV le 28 novembre 2025 lors du deuxième discours de son voyage en Turquie, devant les évêques, prêtres, diacres, consacrés et agents pastoraux de l’Église locale, rassemblés en la cathédrale du Saint-E...

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    A Nicée, le pape appelle à surmonter les divisions © Vatican Media

    A Nicée, Léon XIV appelle à «surmonter le scandale des divisions»

    C’était le point culminant du voyage de Léon XIV en Turquie: le 28 novembre 2025, 1700 ans après le Concile de Nicée, Léon XIV, entouré d’une trentaine de représentants d’Églises chrétiennes, orthodoxes et protestantes, a fait mémoire de cet événement qui a défini les bases de la foi chrétienne, sur les lieux mêmes où il s’est déroulé. Tous ont récité solennellement d’une même voix le “Credo”, profession de foi des chrétiens.

    Durant cette rencontre d’une heure, qui a mis en relief aussi la cartographie encore divisée des chrétiens – par l’absence du patriarcat de Moscou notamment –, le pape a lancé un plaidoyer pour la fraternité universelle et s’est élevé contre le fanatisme religieux.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Au deuxième jour de son voyage apostolique en Turquie et au Liban, Léon XIV a quitté Istanbul pour franchir en hélicoptère les 150 kilomètres le séparant d’Iznik. Cette ville construite au bord du lac du même nom, fut le site du premier concile qui en 325 rassembla plus de 300 évêques d’Orient et d’Occident. Après un survol des ruines de la basilique Saint Néophyte construite sur les lieux qui qui hébergèrent cet événement historique, le pape a atterri non loin.

    | © Vatican Media
    | © Vatican Media

    Accueilli par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, Léon XIV s’est dirigé en procession sur une passerelle, vers la plateforme construite pour l’occasion, surplombant les fouilles archéologiques de l’ancienne basilique. Au son d’hymnes en diverses langues, les responsables religieux présents se sont placés les uns à côté des autres devant deux icônes du Christ et du Concile pour un temps de prière.

    Cette rencontre œcuménique regroupait les représentants des cinq Églises du premier millénaire (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem). À leurs côtés, étaient présents divers délégués d’Églises issues de la Réforme ou d’autres séparations (luthériens, réformés, anglicans, méthodistes, baptistes, mennonites, pentecôtistes, évangéliques et vieux catholiques…), qui reconnaissent également Nicée. L'absence de représentants du patriarcat de Moscou s'est néanmoins faite cruellement ressentir.

    Léon XIV souligne le lien qui unit les disciples de Jésus 

    En cette période «dramatique», où l’humanité est «affligée par les conflits et les violences», le pape a vu un signe d’espoir dans cette réunion historique : la reconnaissance de la divinité de Jésus, proclamée à Nicée, est «un lien profond qui unit déjà tous les chrétiens», a-t-il assuré. La profession de foi – le «Credo» – qui fut constituée à ce moment-là, et qui est encore récité aujourd’hui dans les églises chrétiennes, affirme notamment que Jésus partage la «même nature que le Père». Le concile avait été d’ailleurs convoqué pour s’opposer au courant de l’arianisme, qui niait la divinité de Jésus, le concevant comme inférieur à Dieu le Père.

    Tous les participants ont allumé une bougie
    Tous les participants ont allumé une bougie @ Vatican Media

    Devant les chefs des Églises, Léon XIV a assuré que la foi en la divinité de Jésus revêtait «une importance fondamentale dans la marche des chrétiens vers la pleine communion», en tant qu’elle est partagée par toutes les communautés chrétiennes dans le monde. L’enjeu de Nicée est encore actuel, a-t-il aussi glissé en mettant en garde contre le risque «de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme». Ce que Benoît XVI avait qualifié de 'nouvel arianisme'.

    L’évêque de Rome a invité les chrétiens à «surmonter le scandale des divisions», faisant noter que leur foi «en un seul Dieu, le Père» s’accompagne d’une responsabilité envers tous les êtres humains. «Il existe une fraternité et une sororité universelles, indépendamment de l’ethnie, de la nationalité, de la religion ou de l’opinion», a-t-il déclaré, estimant que les religions «sont dépositaires de cette vérité».

    Le pontife s’est aussi élevé contre «toute forme de fondamentalisme et de fanatisme». «L’utilisation de la religion pour justifier la guerre et la violence […] doit être rejetée avec force», a-t-il insisté, recommandant le «dialogue» et la «collaboration».

    Les participants ont ensuite récité d’une même voix en anglais le Credo, la première confession chrétienne. Pour préserver l’unité, cette version ne contenait pas la mention du Filioque, qui signifie «et du Fils». Contrairement aux orthodoxes, les catholiques considèrent que l’Esprit Saint, troisième personne de la Trinité, procède de Dieu le Père «et du Fils», expression ajoutée après les conciles de Nicée et de Constantinople (381). La prière s’est terminée par la récitation du Notre Père – chacun dans sa langue.

    | © Vatican Media
    | © Vatican Media

    Nicée, cartographie de l’état de l’unité des chrétiens

    Au bord des ondes bleues du lac, devant les ruines de la basilique antique longtemps immergée, la commémoration se voulait un symbole d’unité. Mais elle offrait aussi une photographie des différends existant entre les Églises, avec l’absence d’une partie de l’orthodoxie. Le patriarcat de Moscou notamment n’était pas représenté dans l’assemblée.

    «Ici ce n’est pas l’ONU du christianisme», relativisait à I.MEDIA le frère Claudio Monge, dominicain vivant à Istanbul. «Cet événement ne célèbre pas le chemin réalisé jusqu’à présent mais ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir», confiait-il, sur la plage du lac d’Iznik. Le religieux italien ne cachait pas les grandes difficultés qui existent actuellement au sein du monde orthodoxe, notamment depuis l’échec du concile panorthodoxe en 2016 et la rupture de la communion entre Moscou et Constantinople en 2018, déchirure accentuée avec la guerre en Ukraine. «Mais l’unité est un défi aussi au sein des Églises catholiques!», avançait le religieux. (cath.ch/imedia/mp)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le 29 novembre 2025, le pape Léon XIV a visité la Mosquée bleue d'Istanbul © Vatican Media

    Léon XIV visite la Mosquée bleue et rencontre les chefs des Églises chrétiennes

    Abonnés

    Le samedi 29 novembre 2025, au troisième jour de son voyage en Turquie, le pape Léon XIV a passé un quart d’heure dans la mosquée du Sultan Ahmet, aussi connue sous le nom de Mosquée bleue d’Istanbul.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape Léon XIV a participé à la Divine liturgie avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, le 30 novembre 2025 à Istanbul © Vatican Media

    En Turquie, Léon XIV souhaite une mobilisation sur l’écologie et le numérique

    Abonnés

    Le dernier rendez-vous public de Léon XIV en Turquie avait à nouveau une teinte œcuménique: le pape a participé à la «Divine liturgie» – messe orthodoxe –, en l’église Saint-Georges du patriarcat de Constantinople, le 30 novembre 2025.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape Benoît XVI à son arrivée sur le front de mer à Beyrouth pour célébrer une messe en plein air le 16 septembre 2012. Le pape en est à son dernier jour d'une visite de trois jours au Liban © Keystone/EPA/Ciro Fusco

    Les papes au Liban: un encouragement à un peuple martyr, mais résilient

    Le Liban, pays qui fait l’objet d’une attention particulière de la part du Saint-Siège, recevra du 30 novembre au 2 décembre prochains, la quatrième visite d’un pape sur son territoire. Léon XIV, qui tenait à accomplir dès le début de son pontificat ce voyage que François n’avait pas pu concrétiser, marchera sur les pas de Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI. L’agence I.MEDIA revient sur ces précédents voyages apostoliques réalisés dans le Pays du Cèdre entre 1964 et 2012.

    1964: la courte escale de Paul VI

    Parfois oublié dans le décompte des pays traversés au cours de son pontificat, le Liban ne fait pas l’objet d’une réelle visite officielle de Paul VI mais son avion se pose néanmoins à Beyrouth le 2 décembre 1964, sur le chemin du Congrès eucharistique de Bombay, en Inde. Ce bref passage au Liban constitue ainsi un complément à son voyage historique en Terre Sainte effectué au mois de janvier précédent.

    Malgré le caractère très bref de cette escale, une foule très nombreuse se masse autour de l’aéroport de la capitale libanaise afin de tenter d’apercevoir le pape. Accueilli par le président Charles Hélou, le pontife italien délivre une brève allocution en soulignant que le pays du Cèdre tient «avec honneur sa place dans le concert des nations».

    «Son histoire, sa culture, le caractère pacifique de ses habitants lui valent, on peut le dire, l’estime et l’amitié générales», déclare Paul VI, dans un contexte où le Liban fait figure d’îlot de relative stabilité et prospérité au Moyen-Orient. Ce moment demeure associé un âge d’or de ce pays alors indépendant depuis une vingtaine d’années et parfois surnommé «la Suisse du Moyen-Orient».

    1997: Jean Paul II au chevet d’un pays martyr

    Plus de trois décennies après le passage de Paul VI, l’ambiance est très différente lorsque Jean Paul II se rend à Beyrouth les 10 et 11 mai 1997, dans un pays meurtri par quinze années de guerre civile (1975-1990) et toujours occupé par l’armée syrienne. Pour cette courte visite, concentrée sur la capitale libanaise, le pontife polonais doit faire preuve de tact diplomatique pour éviter de raviver des plaies encore vives, dans le contexte d’une occupation syrienne qui se sera abolie qu’en 2005.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Un an et demi auparavant, du 26 novembre au 14 décembre 1995, Jean Paul II avait convoqué à Rome un Synode spécial sur le Liban, impliquant toutes les Églises libanaises mais aussi des délégués musulmans. Les participants à cette assemblée inédite avait mentionné le Liban comme pays de «pluralisme culturel», réclamant l’instauration d’une «démocratie consensuelle» et souhaitant «le départ des troupes syriennes». Les pères synodaux avaient affirmé que «rien n’est plus démoralisant pour le peuple libanais que le sentiment qu’il n’est plus plus maître de son destin».

    Dans les semaines précédant l’arrivée de Jean Paul II, la visite du pontife polonais ne fait pas consensus dans la classe politique. Dans une prise de position virulente évoquée par le quotidien L’Orient-Le Jour, le leader druze Walid Joumblatt invite ainsi à «se méfier du Vatican, en tant qu’État qui a par le passé appuyé la dictature au Salvador et au Brésil, qui a agi en Pologne contre le communisme et qui est contre la gauche sociale dans le monde».

    Climat politique oppressant

    Durant son cours séjour à Beyrouth, organisé dans un climat politique morose et oppressant, Jean Paul II, bien qu’affaibli physiquement, parvient tout de même, à poser des gestes et des mots d’encouragement qui contribueront à la reconstruction du Liban. Il utilise alors l’expression «pays-message», un terme fréquemment évoqué par la suite quand le Saint-Siège cherchera à soutenir le Pays du Cèdre.

    «Il vous appartient de faire tomber les murs qui ont pu s’édifier pendant les périodes douloureuses de l’histoire de votre nation; n’élevez pas de nouveaux murs au sein de votre pays», demande-t-il aux jeunes Libanais, dont beaucoup participeront trois mois plus tard aux Journées mondiales de la Jeunesse de Paris. «Il vous revient de construire des ponts entre les personnes, entre les familles et entre les différentes communautés. Dans votre vie quotidienne, puissiez-vous poser des gestes de réconciliation, pour passer de la méfiance à la confiance!», leur lance-t-il.

    Cette visite du pape permet aussi au patriarche maronite d’alors, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir (1920-2019), de renforcer son autorité morale et unificatrice dans ce pays fracturé.

    2012: le dernier voyage de Benoît XVI

    En septembre 2012, le pontife allemand se rend au Liban pour un voyage faisant suite au Synode des Églises orientales organisé deux ans auparavant à Rome. La signature formelle de l’exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente est la principale raison de ce voyage. Le 14 septembre, en la fête de la Croix glorieuse, il remet ce texte aux patriarches orientaux rassemblés en la basilique Saint-Paul de Harissa, dans un contexte de grandes inquiétudes pour la survie des communautés chrétiennes de la région.

    Entre 2010 et 2012, les révolutions arabes ont bouleversé la géopolitique régionale. La chute des régimes autoritaires en Égypte, en Libye et en Tunisie soulève autant d’enthousiasme en Occident que de scepticisme chez bon nombre de chrétiens d’Orient, qui s’inquiètent de voir les islamistes combler le vide politique.

    Rumeurs d'annulation du voyage

    Au Liban, surtout, les échos de la guerre civile syrienne alors en cours d’extension suscitent naturellement une vive inquiétude et font planer, à la fin de l’été 2012, quelques rumeurs d’annulation du voyage papal. Mais c’est finalement avec une grande chaleur que Benoît XVI est accueilli, y compris dans les quartiers tenus par le Hezbollah.

    Ce voyage rencontre un réel succès populaire, bien au-delà des seules communautés chrétiennes. «Il est temps que musulmans et chrétiens s’unissent pour mettre fin à la violence et aux guerres», lance le pape allemand lors de sa rencontre avec les jeunes rassemblés au patriarcat maronite, à Bkerké, en présence du chef de l’État, Michel Sleiman.

    Cette visite au Liban constitue le dernier voyage apostolique de Benoît XVI avant sa renonciation. Le fait d’y avoir rencontré le cardinal Sfeir dans un rôle inhabituel de 'patriarche émérite’, celui-ci s’étant retiré à 91 ans alors que la charge de patriarche maronite était théoriquement assumée à vie, aurait joué un rôle dans la décision du pontife allemand de prendre sa retraite à son tour quelques mois plus tard.

    François: le voyage manqué

    Le pape François, pour sa part, n’a pas pu se rendre au Liban malgré un projet de voyage envisagé pour juin 2022 et qui avait été annoncé par les autorités locales. Outre la dégradation de son état de santé, les difficultés politiques liées au non-remplacement du président Michel Aoun à l’échéance de son mandat le 31 octobre suivant l’ont empêché de concrétiser ce projet.

    L’élection à la présidence de Joseph Aoun, le 9 janvier 2025, a permis au nouveau chef de l’État de lancer une invitation à Léon XIV dès leur entrevue après la messe d’installation du nouveau pontife, le 18 mai dernier.

    En se rendant au Liban dès son premier voyage apostolique, du 30 novembre au 2 décembre prochains, le pape Léon XIV adresse donc un signal fort de son attention à la spécificité libanaise et au maintien de la présence chrétienne au Moyen-Orient, dans la lignée de ses prédécesseurs. Il porte aussi dans une région très instable son message de paix «désarmée et désarmante», des paroles qui ont marqué sa première intervention sur la loggia de Saint-Pierre, le jour de son élection. (cath.ch/imedia/cd/bh)

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape Léon XIV a visité, le 1er décembre 2025, le sanctuaire de Notre-Dame de Harissa, au Liban © Vatican Media

    Léon XIV invite les catholiques du Liban à espérer malgré «le bruit des armes»

    Recommencer à «croire en l’avenir». C’est l’exhortation de Léon XIV lors de sa rencontre avec le clergé, les religieux et les forces vives de l’Église catholique du Liban, le 1er décembre 2025, au sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa. Plus tôt, le pape a imploré la paix devant la tombe de saint Charbel.

    Au lendemain de son arrivée au pays du Cèdre, le pape s’est rendu à Harissa, dans le district de Kesrouan, pour visiter l’un des sanctuaires mariaux les plus importants du Moyen-Orient. Sis au sommet d’une colline qui domine la baie de Jounieh, Notre-Dame du Liban a été inauguré en 1908. Il offre à la vue une statue de Marie en bronze de 15 tonnes et 8,50 mètres de haut, fondue en France. Traditionnellement, les nombreux pèlerins – y compris musulmans – qui y viennent empruntent pieds nus l’escalier en colimaçon creusée dans la tour de 21 mètres qui soutient la statue de la Vierge couronnée.

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    30/04/2025

    Cardinal Koch: 1700 ans du Concile de Nicée, opportunités et défis 1/5

    Le premier Concile œcuménique de l’histoire de l’Église s’est tenu à Nicée, en Asie mineure, en 325. 1700 ans plus tard, les questions doctrinales et disciplinaires que les quelque 300 évêques présents abordèrent ont encore un écho.

    Visite à la Vierge

    C’est dans une grande ferveur populaire que le pape était attendu à Harissa. Le long des routes, étaient dressés des panneaux publicitaires à l’effigie du pontife, et de nombreuses vitrines de commerçants s’étaient parées des couleurs du Vatican. Une foule de plus de 2000 personnes attendait sa papamobile dans le sanctuaire. Quelques groupes l’ont salué dehors malgré les intempéries qui persistent depuis l’atterrissage de l’avion papal à Beyrouth.

    Le pape Léon XIV effectuant une bénédiction, le 1er décembre 2025, au sanctuaire marial libanais de Harissa
    Le pape Léon XIV effectuant une bénédiction, le 1er décembre 2025, au sanctuaire marial libanais de Harissa @ Vatican Media

    Le pape a présidé la rencontre dans la basilique construite en forme de proue de navire phénicien, au pied d’une copie de la statue de la Vierge de Lourdes, bénie par Jean Paul II au Vatican en 1992. Dans ce haut-lieu animé par la congrégation des Missionnaires Libanais, Léon XIV a vu un «signe d’unité pour tout le peuple libanais».

    Léon salue la cohabitation pacifique entre Libanais et réfugiés syriens

    Dans son discours prononcé en français, le pontife a réagi à divers témoignages qui avaient ouvert la rencontre. Il a notamment évoqué celui du Père Youhanna-Fouad Fahel, un prêtre marié exerçant dans une paroisse à la frontière nord libano-syrienne, dans le village de Debbabiyé. «Là-bas, malgré l’extrême pauvreté et sous la menace des bombardements, chrétiens et musulmans, Libanais et réfugiés venus de l’autre côté de la frontière, cohabitent pacifiquement et s’aident réciproquement», a salué Léon XIV.

    «C’était terrible de voir les bombes au-dessus de nos têtes» - Sœur Geneviève

    Le prêtre marié – comme autorisé par l’Église catholique orientale maronite – avait confié que «dès le début de la guerre en Syrie, ce village a beaucoup souffert, notamment des bombardements venus du côté syrien». Il s’était fait la voix d’un peuple qui souffre de la crise libanaise, et d’un autre, le peuple syrien, «encore plus dissimulé, qui endure la persécution et l’exil». Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, de nombreux chrétiens ont fui leur pays. Les réfugiés syriens au Liban sont actuellement estimés à 1,1 million, soit un sixième de la population.

    La peur des bombardements israéliens

    Ce témoignage, qui n’abordait pas les frappes d’Israël ayant touché le sud du pays, pouvait toutefois résonner comme un écho discret à cette autre frontière éprouvée, que le pontife semblait avoir à l’esprit sans y faire référence explicite. Léon XIV a d’ailleurs glissé dans son texte un encouragement à «croire en un avenir différent», même «lorsque le bruit des armes gronde alentours». Dans l’assemblée, était en outre présent le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, venu de Terre sainte. Ce dernier avait reçu, deux semaines plus tôt, un doctorat honoris causa à l’Université de Fribourg.

    Sœur Geneviève, installée au Sud-Liban, a dû fuir les bombardements israéliens
    Sœur Geneviève, installée au Sud-Liban, a dû fuir les bombardements israéliens @ Hughes Lefèvre / I.MEDIA

    Sur les bancs du sanctuaire, certains prêtres ou religieux subissaient la crainte des bombardements. C’était le cas de Sœur Geneviève, de la communauté des Sœurs du Rosaire, installée au Sud-Liban, près de Saïda. Le collège qu’elle gère avec une autre religieuse a dû fermer trois mois l’an passé, à cause des bombardements d’Israël sur le Hezbollah. Les 330 élèves, la moitié musulmane, l’autre chrétienne, ont dû suivre des cours depuis chez eux, via internet. «C’était terrible de voir les bombes au-dessus de nos têtes», s’est souvenu la religieuse qui s’est alors réfugiée à Beyrouth. Cette année, l’école a dû fermer deux jours à cause de la guerre.

    Recommencer à espérer

    Devant les responsables catholiques, Léon XIV a exhorté à ne pas rester «écrasé par les injustices et les abus, même lorsque […] on est trahi par des personnes et des organisations qui spéculent sans scrupules sur le désespoir de ceux qui n’ont pas d’alternative». Alors que la population libanaise subit une situation économique dramatique, le pape a martelé son appel à «recommencer à espérer en l’avenir, malgré la dureté d’un présent difficile à affronter».

    Le chef de l’Église catholique a particulièrement souligné la «responsabilité» de la nation vis-à-vis des jeunes, recommandant de «promouvoir leur présence, y compris dans les structures ecclésiales» et de «leur offrir des perspectives concrètes et réalisables de renaissance et de croissance pour l’avenir».

    «Que ceux qui frappent à la porte de nos communautés ne se sentent jamais rejetés»

    En guise d’exemple, le pontife a salué le témoignage de Sœur Dima Hebib, directrice d’école à Baalbek. «Face à l’explosion de la violence, elle a choisi de ne pas abandonner le terrain, mais de garder l’école ouverte en faisant de celle-ci un lieu d’accueil pour les réfugiés», s’est-il réjoui en engageant à «aimer au milieu de la haine». Et de lancer, suscitant les applaudissements de l’assemblée: «Aimons sans craindre de perdre ce qui passe, et donnons sans mesure».

    Que personne ne soit plus contraint de fuir son pays

    Le 267e pape a aussi eu une pensée pour les migrants, revenant sur l’intervention d’une réfugiée des Philippines, venue comme travailleuse domestique au Liban. Le pontife a déploré «l’horreur de ce que la guerre produit dans la vie de tant de personnes innocentes». Il a souhaité «que personne ne soit plus contraint de fuir son pays en raison de conflits absurdes et impitoyables», et «que ceux qui frappent à la porte de nos communautés ne se sentent jamais rejetés».

    Enfin, le pape a tenu à appuyer l’œuvre des catholiques dans le domaine de l’éducation. D’après les statistiques du Vatican, l’Église catholique au Liban administre 750 établissements scolaires. De la maternelle à l’université, ses instituts sont fréquentés par 243’500 élèves. Il a demandé au monde éducatif de venir en aide «surtout à ceux qui sont dans le besoin et n’ont pas de moyens, à ceux qui se trouvent dans des situations extrêmes».

    La visite du pape «un point de bascule positif»?

    Après son discours, le pape a remis une rose d’or au pied d’une statue de la Vierge Marie près de l‘autel. L’objet précieux, composé d’une base en marbre blanc, d’un vase en argent orné des armoiries papales, et d’une branche de roses en or, est un présent traditionnel des pontifes en visite dans des sanctuaires mariaux.

    "Quel est l’héritage de saint Charbel, qui n’a rien écrit, qui a vécu caché et silencieux?"

    «On entend que la situation va se dégrader après la visite du pape Léon XIV», a témoigné pour sa part à l’agence I.MEDIA le Père Maher, prêtre du Chemin Neuf, installé à Jounieh,. «Mais cette visite peut faire l’effet d’un point de bascule positif. Le pape vient nous donner le courage et l’espérance.» «On espère que cette visite laissera une empreinte positive pour un Liban meilleur, qu’elle sonne comme un réveil», a confié Mazen, 25 ans, professeur d’Histoire. «C’est un moment historique pour le Liban, et spécialement pour nous, les jeunes, touchés par la crise économique.»

    «Il n’y pas de paix sans conversion des cœurs», martèle Léon XIV devant la tombe de saint Charbel

    «Pour le monde, nous demandons la paix. Nous l’implorons tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant», a exhorté le pape Léon XIV en se rendant dans la matinée sur la tombe de saint Charbel Makhlouf. Il est ainsi devenu le premier pape à se rendre en pèlerinage sur la tombe du saint au monastère de saint Maroun à Annaya, où vécut cet ermite du XIXe siècle.

    Plusieurs milliers de fidèles brandissant des drapeaux du Vatican et du Liban étaient présents autour du sanctuaire très populaire dans le Pays du Cèdre. Ils ont pu voir le pape lors de son parcours au papamobile. Venu en voiture de la nonciature située dans l’agglomération de Beyrouth, à une quarantaine de kilomètres.

    Saint Charbel (1828-1898), moine ermite de l’Ordre libanais maronite béatifié en 1965 et canonisé par Paul VI en 1977, est au centre de nombreux phénomènes extraordinaires et de miracles qui en font une figure centrale de la piété populaire au Liban et au-delà. Sa tombe est visitée chaque année par des milliers de fidèles venus du monde entier, particulièrement le 22 de chaque mois.

    Après s’être recueilli devant la tombe de saint Charbel, le pape a pris la parole en français pour la première fois de son voyage. Il s’est exprimé devant les quelques personnalités présentes dans cette petite chapelle du sanctuaire, parmi lesquelles le président de la République Joseph Aoun et son épouse. Léon XIV a expliqué que ses prédécesseurs «auraient beaucoup souhaité» venir, notamment saint Paul VI, qui avait béatifié et canonisé ce moine dans le contexte douloureux de la guerre civile libanaise.

    Un héritage à contre-courant

    «Quel est l’héritage de cet homme qui n’a rien écrit, qui a vécu caché et silencieux, mais dont la renommée s’est répandue dans le monde entier?», s’est interrogé le pape, en rendant hommage à un saint ermite qui enseigne, à contre-courant des tendances du monde, «la prière à ceux qui vivent sans Dieu», «le silence à ceux qui vivent dans le bruit», «la modestie à ceux qui vivent dans le paraître», et «la pauvreté à ceux qui recherchent les richesses».

    Léon XIV a prié devant la tombe de saint Charbel, le 1er décembre 2025, au Liban
    Léon XIV a prié devant la tombe de saint Charbel, le 1er décembre 2025, au Liban @ Vatican Media

    «Sa cohérence, radicale et humble, est un message pour tous les chrétiens», et en particulier pour les évêques, prêtres et consacrés, a insisté le pape. «Déjà, pendant sa vie terrestre, beaucoup venaient vers lui pour recevoir du Seigneur réconfort, pardon, conseil. Après sa mort, tout cela s’est multiplié et est devenu comme un fleuve de miséricorde», a expliqué le pape.

    Une lampe pour marcher dans la lumière du Christ

    Léon XIV demandé à saint Charbel d’intercéder pour «la communion, l’unité» dans l’Église, et pour «la paix» pour le monde, et «tout particulièrement pour le Liban et pour tout le Levant». Le sud du Liban et même la capitale Beyrouth ont encore été récemment ciblés par des bombardements israéliens visant des responsables du Hezbollah, malgré le cessez-le-feu signé en novembre 2024 et censé mettre fin aux hostilités entre Israël et le mouvement chiite.

    «Que saint Charbel nous aide donc à nous tourner vers Dieu et à demander le don de la conversion pour chacun de nous», a demandé Léon XIV en soulignant qu’il n’y a «pas de paix sans conversion des cœurs». Le pape a symboliquement offert au sanctuaire une lampe, confiant «à la protection de saint Charbel le Liban et son peuple, afin qu’ils marchent toujours dans la lumière du Christ».

    Centenaire de la présentation de la cause au pape Pie XI

    Dans son mot d’accueil prononcé également en français, le Père abbé Hady Mahfouz, supérieur général de l’Ordre libanais maronite, a chaleureusement remercié le pape pour sa visite «devant le tombeau de cet ermite humble et brûlant d’amour». Reprenant les termes du discours de Léon XIV devant les ermites d’Italie, le 11 octobre dernier, il a présenté saint Charbel comme un moine qui a su «chercher Dieu, l’écouter, le louer et l’invoquer, jour et nuit, dans le secret du cœur».

    Il s’est réjoui du fait de cette visite du pontife, au terme de cette année 2025, corresponde au 100e anniversaire de la présentation, en 1925, de la cause de béatification et de canonisation de saint Charbel au pape Pie XI par le Père Ignace Daher, alors supérieur général de l’Ordre libanais maronite.

    Après avoir prononcé la bénédiction, Léon XIV a visité le petit musée dédié au saint ermite. Le soleil étant revenu au terme de cette visite, le pape a pris le temps de saluer les fidèles rassemblés dans la cour du sanctuaire et de participer à une photo de groupe avec les moines de la communauté.

    La journée du pontife se poursuit avec son déplacement au sanctuaire Notre-Dame du Liban à Harissa, situé à une quarantaine de kilomètres. Il doit y rencontrer les évêques, prêtres, consacrés et agents pastoraux des Églises du Liban. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

    Articles les plus lus

    no_image
    Sur la Place des Martyrs, le 1er décembre 2025 à Beyrouth, le pape Léon XIV a appelé les Libanais à être des "artisans de paix" © Vatican Media

    L’éloge d'un Liban où «minarets et clochers se dressent côte à côte»

    Abonnés

    «Le peuple libanais, bien qu’il adhère à différentes religions, nous rappelle avec force que la peur, la méfiance et les préjugés n’ont pas le dernier mot», a déclaré le pape Léon XIV, le 1er décembre 2025.

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Le pape Léon XIV a prié pour les victimes de l'explosion du port de Beyrouth © Vatican Media

    Sur les ruines du port de Beyrouth, le pape console un peuple en quête de vérité

    Abonnés

    Le pape Léon XIV a prié en silence sur le site de l’explosion du port de Beyrouth, dans la matinée du 2 décembre 2025. Sa visite constituait un appui à la population libanaise frustrée par la paralysie de la justice face aux zones d’ombre entourant cette catastrophe, plus de cinq ans après la puissa...

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    «Je pense que le Pérou me recevrait volontiers aussi», a souri le pape © Vatican media

    "J'espère aller en Algérie", confie le pape de retour du Liban

    Abonnés

    Destinations de prochains voyages, regard sur l’islam dans les sociétés occidentales, bras de fer entre Venezuela et États-Unis, diplomatie vaticane, situation de l’Église allemande… Dans l’avion qui le ramenait de Beyrouth à Rome le 2 décembre 2025, Léon XIV a répondu pendant près d’une demi-heure...

    Article réservé aux abonnés

    Cet article est réservé à nos abonnés. Connectez-vous ou abonnez-vous pour lire la suite.

    Articles les plus lus

    no_image
    Sr Maïa El Beaino (à g.) avec ses élèves au patriarcat d'Antioche des Maronites, à Bkerké © DR

    Sœur Maïa: «La capacité d’écoute du pape m’a surprise»

    Au cours de son voyage au Liban, le pape Léon XIV a eu l’occasion de rencontrer des jeunes sur le parvis du patriarcat d’Antioche des maronites, à Bkerké. Sœur Maïa, présente avec une quarantaine de jeunes de l'école qu'elle dirige, a pu rencontrer le pontife. Au-delà de la joie de cette rencontre en privé, elle témoigne de la difficulté de vivre dans un village proche de la frontière avec Israël, en pleine guerre, avec le souci de voir les chrétiens déserter le sud Liban.

    Luc Balbont, pour cath.ch

    «Il [le pape] nous a posé des questions sur notre situation et nous a demandé comment nous vivions cette guerre", témoigne Sœur Maïa El Beaino, directrice de l'école des Saints-Cœurs. A l’invitation lancée par le comité d’organisation du voyage papal au Liban, les Saints-Cœurs de Ain Ebel ont répondu positivement, et la directrice de l’établissement s’est inscrite aussitôt pour la rencontre du 1er décembre au patriarcat de Bkerké entre le pape Léon XIV et la jeunesse libanaise. Une rencontre qui, sans conteste, reste pour beaucoup d’observateurs - avec sans doute la messe finale du 2 décembre, sur le port de Beyrouth, lieu de la terrible explosion du 4 août 2020 - le seul contact entre le pape et les citoyens, forces vives du monde de demain.

    Les Libanais ont fui le sud du pays

    Sœur Maïa, 45 ans, dirige l’École des Sœurs des Saints-Cœurs depuis 2020 à Ain Ebel, au sud Liban. Un village de 1’500 habitants situé à cinq kilomètres seulement de la frontière israélienne. «1’500 âmes l’hiver, mais plus de 2’000 l’été», précise la religieuse. Une région en pleine tourmente, minée par une guerre entre Israël et les islamistes palestiniens du Hamas et du Hezbollah libanais, qui n’en finit pas, malgré un soi-disant cessez-le feu signé en octobre 2025. Maisons détruites, villages rasés, deuils en série. «Chaque jour, des innocents meurent, notamment des femmes et des enfants. Si l’école des Sœurs des Saints-Cœurs de Ain Ebel devait fermer ses portes, les chrétiens déserteraient la région», prévient-elle.

    Puis, d’une voix alerte et sur un ton dynamique, Sœur Maïa énonce deux chiffres ... qui font froid dans le dos: «Notre école qui comptait plus de 1’000 élèves, moitié chrétiens, moitié musulmans chiites avant la guerre ouverte en octobre 2023 - entre Israël et les islamistes du Hamas en Palestine et ceux du Hezbollah au Liban –, a vu fondre la moitié de son effectif." Elle ne compte plus que 500 élèves aujourd’hui, «car beaucoup de villages de notre région ont été rasés par les drones et les obus israéliens, et les habitants ont dû se reloger précipitamment au nord Liban, dans leur famille ou chez des amis», s’émeut Sœur Maïa.

    Photo souvenir des jeunes qui ont suivi la Sœur Maïa El Beaino à la renocnter du pape
    Photo souvenir des jeunes qui ont suivi la Sœur Maïa El Beaino à la renocnter du pape @ DR

    Rencontre entre le pape et plus de 10'000 jeunes

    Depuis son indépendance en 1943, le Liban a souvent été une étape obligée pour les papes. Successivement, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et aujourd’hui Léon XIV, élu en 2025, sont venus au Pays du Cèdre. Pour des raisons politiques (gouvernement libanais vacant, guerres et état de santé délicat), le pape François qui voulait tant venir n’a pas pu s’y rendre. La raison majeure de cette attirance de Rome pour ce petit pays, c’est que le Liban est le seul pays arabe en Orient où les chrétiens ont encore un certain pouvoir, une liberté d’action politique et sociétale, une parole qui compte.

    «Nous sommes partis de l’école le 1er décembre au matin avec 40 élèves, filles et garçons âgés de 16 à 18 ans, raconte la religieuse. Nous avions choisi deux groupes, dont celui inspiré par l’encyclique Fratelli tutti du pape François, rendu publique en octobre 2020 et portant sur la fraternité. Trois heures de route jusqu’à Beyrouth.»

    Le soir, vers 18 heures, plus de 10’000 jeunes (12’000 selon certaines sources) et leurs accompagnateurs se sont rassemblés autour du patriarcat. Faute de place, un grand nombre n’ont pas pu rentrer pour voir le pape, et surtout écouter son message d’espérance, de paix et de vivre ensemble.

    "Demandez-vous pourquoi le Liban n’a jamais désespéré»

    «Sur cette terre libanaise, et notamment au Sud, affirme Sœur Maïa, les chrétiens et les musulmans ont toujours vécu ensemble. Dans notre école chrétienne, la moitié de nos élèves sont musulmans chiites, leurs parents apprécient notre mission, nos valeurs et la qualité de notre enseignement.» Mais ce qui a le plus étonné la directrice de l’école d’Ain Ebel, c’est la manière dont le pape à amener ces jeunes à s’interroger avec cette simple demande: «Depuis le début de son histoire, a-t-il lancé, le Liban a traversé des périodes souvent dramatiques: guerres civiles, occupations étrangères, crises économiques, épidémies, et pourtant, il s’est toujours miraculeusement reconstruit. Vous êtes-vous demandé pourquoi?»

    Une rencontre privée

    Grâce à l’entremise du nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia, le pape Léon a accepté de recevoir en privé la religieuse et quatre de ses élèves. Sœur Maïa a porté son choix sur deux filles et deux garçons, venus de quatre villages chrétiens différents: Eddy Abou Elias du village de Kawzah, Hadi Naddaf de Debel, Celia Hajj de Rmeich et Jana Andraos de Zin Ebel.

    Grâce à l'intervention du nonce, Sr Maïa a pu rencontrer le pape en privé avec 4 de ses élèves
    Grâce à l'intervention du nonce, Sr Maïa a pu rencontrer le pape en privé avec 4 de ses élèves @ DR

    Une rencontre sans tapage, sans présence de la presse, intime. «Il nous a posé des questions sur notre situation, confie la sœur, et nous a demandé comment nous vivions cette guerre; j’ai été surprise par sa connaissance sur les gens du Sud; le nonce avait dû sans doute l’informer. C’est aussi sa capacité d’écoute qui m’a surprise. Tout ce que j’espère c’est que sa visite aura un effet positif sur notre Liban et sur les chrétiens de la région. Au final, cette visite aura montré combien Rome est sensible à notre situation.»

    Durant sa visite, Léon XIV ne s’est pas rendu au Sud, à cause sans doute de l’insécurité régnante dans la région. Beaucoup lui ont reproché cette absence. A l’heure où un grand nombre de jeune libanais émigrent à l’étranger, et où le pays perd une grande partie de sa jeunesse si talentueuse, l’accueil des élèves de l’école des Sœurs des Saints-Cœurs est le signe d’un soutien qui redonne de l’espérance.

    Les élèves de Sœur Maïa sont revenus de Beyrouth pleins de souvenirs heureux. Mais en passant près de l’aéroport de la capitale, d'où le pape devait repartir le 2 décembre pour Rome, «les visages se sont à nouveau assombris en entendant les avions et les drones israéliens survoler le ciel libanais», a déploré Sœur Maïa. (cath.ch/lbo/bh)

    Une vie dévouée à l’enseignement
    Sœur Maïa El Beaino est née en 1980, dans la région de Jounieh, près de Beyrouth, au sein d’une famille maronite très croyante. Licenciée en informatique, en sciences religieuses, en travail social, et titulaire également d’un master en gestion scolaire, elle prononce ses vœux définitifs, à l’âge de 23 ans, avec deux modèles: saint François d’Assise et Mère Teresa. Au plus fort des combats, un ordre écrit de l’armée israélienne tombé sur les réseaux sociaux le 1er octobre 2024, donne 40 minutes aux habitants d’Ain Ebel pour quitter leur village. Elle se réfugie alors dans un lieu plus sûr. Un exil de courte durée, puisqu’elle reprend très vite son poste de directrice, pressée qu’elle est de poursuivre sa mission, qu’elle qualifie d’existentielle. LBo

    Articles les plus lus