Le réseau clunisien, l’internet du Moyen Âge
La via Cluny en Suisse romande La nouvelle exposition CLUNY #TOUSCONNECTÉS, à l’abbatiale de Payerne, met en valeur le réseau formé par les sites liés à la célèbre abbaye française. L’occasion pour cath.ch de vous proposer sa série d’été, qui fera découvrir diverses étapes de la «Via Cluny» en Suis...
Le réseau clunisien, l’internet du Moyen Âge 1/6
Quand les moines de Cluny montèrent dans les Préalpes 2/6
Sur les traces des moines clunisiens, entre deux lacs 3/6
Chemin de Cluny: deux temples «romans» 4/6
Via Cluny: de Baulmes, tous les chemins mènent à Romainmôtier 5/6
Via Cluny, les vestiges des prieurés ruraux de Bursins et Bassins 6/6
Le réseau clunisien, l’internet du Moyen Âge
La via Cluny en Suisse romande La nouvelle exposition CLUNY #TOUSCONNECTÉS, à l’abbatiale de Payerne, met en valeur le réseau formé par les sites liés à la célèbre abbaye française. L’occasion pour cath.ch de vous proposer sa série d’été, qui fera découvrir diverses étapes de la «Via Cluny» en Suis...
Le réseau clunisien, l’internet du Moyen Âge 1/6
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Quand les moines de Cluny montèrent dans les Préalpes 2/6
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Sur les traces des moines clunisiens, entre deux lacs 3/6
Le château de Villars-les-Moines (BE) et le Klosterhotel de l’Île St-Pierre (BE) sont deux anciens prieurés clunisiens ayant pris une orientation profane. Dans ces deux lieux séparés par des lacs, quelle subtile empreinte les moines ont-ils laissé de leurs vies consacrées à Dieu?
Chemin de Cluny: deux temples «romans» 4/6
Je trouve le temple au centre du village de Corcelles (NE), rue de la cure. On y accède, à l’est, par un escalier qui donne sur le jardin entouré de haies. Les employés de la voirie achèvent de toiletter les abords du temple, le gazon et les parterres de fleurs. La souffleuse finit par se taire et l...
Via Cluny: de Baulmes, tous les chemins mènent à Romainmôtier 5/6
Dans cette étape de la «Via Cluny», au départ de ce qui fut le prieuré Saint-Michel à Baulmes, plusieurs itinéraires sont proposés pour transiter par l’église de Montcherand, traverser les Gorges de l’Orbe et regagner l’abbatiale de Romainmôtier.
Via Cluny, les vestiges des prieurés ruraux de Bursins et Bassins 6/6
Au moment de me lancer sur la Via Cluny entre Bursins et Bassins, pour la dernière étape de la série proposée par cath.ch en cet été 2023, mes pensées s’envolent vers mes collègues qui m’y ont précédée. Chacun d’entre eux a marqué la route de son empreinte particulière. Quelle sera la mienne?
Le réseau clunisien, l’internet du Moyen Âge 1/6
La nouvelle exposition CLUNY #TOUSCONNECTÉS, à l’abbatiale de Payerne, met en valeur le réseau formé par les sites liés à la célèbre abbaye française. L’occasion pour cath.ch d’annoncer sa série d’été, qui fera découvrir diverses étapes de la «Via Cluny» en Suisse romande.
«Comment tous ces moines clunisiens ont-ils réussi à rester connectés les uns aux autres, sans les solutions offertes par nos réseaux de communication, de transport et d’information modernes?» Telle est l’une des questions auxquelles répond l’exposition CLUNY #TOUSCONNECTÉS, le réseau des sites clunisiens au Moyen Âge dont le vernissage a eu lieu le 16 juin 2023 à l’abbatiale de Payerne. Le complexe ecclésial du nord vaudois a en effet été une pièce maîtresse de ce réseau, du 10e siècle au 16e, époque où elle est passée à la Réforme protestante. En Suisse romande, ce réseau connectait d’autres sites bien connus tels que l’abbaye de Romainmôtier (VD), l’église de Montcherand (VD), ou encore le temple de Corcelles (NE).
Le réseau au Patrimoine mondial?
«Pour cet été, nous avons choisi de mettre l’accent sur le réseau clunisien afin mettre en valeur cet héritage encore quelque peu ignoré», explique Anne-Gaëlle Villet, directrice-conservatrice du Musée de l’abbatiale, qui fait visiter l’exposition à cath.ch. L’événement se place aussi dans le cadre de la candidature du réseau clunisien au patrimoine mondial de l’UNESCO, lancée en 2023. «Nous sommes persuadés que le réseau clunisien a toute sa place dans le patrimoine mondiale, au vu notamment de son importance dans l’histoire de l’Europe», relève la directrice du musée. «Les sites clunisiens constituent un système reconnaissable de monastères et de lieux (…) qui se sont répandus dans toute l’Europe du 10e au 18e siècle, et qui ont exercé une influence notable sur la religiosité et la culture de l’Europe, ainsi que sur sa politique et celle de ses Etats en formation», assure ainsi le site de la candidature du réseau clunisien.
L'abbaye de Cluny est une abbaye bénédictine en Bourgogne-Franche-Comté. Elle a été fondée en 910 (ou 909) par le duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne Guillaume Ier. Devenue le symbole du renouveau monastique en Occident, Cluny fut un foyer de réforme de la règle bénédictine et un centre intellectuel de premier plan au Moyen Âge classique.

L'abbaye de Cluny, en Bourgogne | © Olivier Duquesne/Flickr/CC BY-SA 2.0
Moines et «Fashion»
Pour faire connaître au public cette réalité, de grands panneaux explicatifs ont été disposés à l’entrée de l’abbatiale de Payerne et le long des majestueuses colonnades. L’exposition se veut discrète, pour ne pas gêner les autres manifestations qui ont lieu dans l’église. «Il fallait qu’elle se fonde dans le décor», précise Anne-Gaëlle Villet. Les panneaux sont de diverses couleurs, en fonction de différents thèmes développés, tels que l’histoire de Cluny, les sites clunisiens en Suisse, ou encore la comparaison 'avant-maintenant’.
Dans cette dernière section, un panneau intitulé «FASHION» explique: «Même en dehors de leur monastère, l’habillement est un moyen pour les moines d’affirmer visuellement leur appartenance à la communauté de Cluny et constitue donc un élément identitaire fort…Mais au Moyen Âge, pas de logos de marques, pas de grands couturiers, pas de défilés de mode pour montrer les nouvelles tendances».
«Nous avons voulu faire le lien entre des éléments des sites clunisiens, notamment de la vie de moines, et des aspects familiers de notre monde actuel», remarque Anne-Gaëlle Villet. «Les visiteurs peuvent ainsi mieux entrer dans le sujet, et se rendre compte de tout ce que nous avons à disposition aujourd’hui.» Cet aspect ludique vise en particulier à attirer un public plus diversifié et plus jeune.
Une exposition «rassembleuse»
L’exposition met en lumière les similitudes entre le réseau clunisien, qui reliait l’abbaye-mère de Bourgogne à des centaines d’autres lieux en Europe et même jusqu’en Terre Sainte, et les réseaux électroniques actuels. «Les moines s’échangeaient beaucoup d’informations entre les différents sites, dans tous les domaines de la vie de l’époque. Le paradoxe était qu’en étant reclus dans leurs monastères, ils étaient plus informés sur ce qu’il se passait dans le monde que la population en dehors des murs, qui était libre de voyager. En fait, c’était un peu l’ancêtre d’internet.»
Un réseau de partage de connaissances et de biens qui a façonné l’Europe, eu égard au très important rayonnement de Cluny au Moyen Âge. «Mais c’est une réalité qui n’appartient pas seulement au passé, note la directrice-conservatrice. Car aujourd’hui encore, les sites clunisiens entretiennent d’étroites relations, notamment en Suisse romande.» Une Association des sites clunisiens de Suisse a ainsi été créée en 2022, qui s’engage bien sûr pleinement pour la candidature à l’UNESCO. «L’exposition est une démarche de rassemblement, assure Anne-Gaëlle Villet. Outre un renforcement des liens entre les sites clunisiens, notre but est d’associer la population payernoise à la candidature, ainsi qu’au patrimoine si riche et significatif que représente l’abbatiale.» (cath.ch/rz)
L’exposition 'CLUNY #TOUSCONNECTÉS, le réseau des sites clunisiens au Moyen Âge’ est visible jusqu’au 18 février 2024 à l’abbatiale de Payerne.
cath.ch sur la «Via Cluny»
En Suisse, neuf monastères médiévaux étaient aussi directement dépendants de Cluny. Plusieurs d’entre eux sont encore aujourd’hui des lieux préservés et visitables. Cet été, cath.ch vous propose de retrouver, dans une série d’articles, neuf étapes de la «Via Cluny», un itinéraire lancé depuis quelques années par l’abbaye de Romainmôtier. En texte et photos, le lecteur pourra découvrir les chemins reliant deux sites clunisiens de Suisse occidentale et une visite «guidée» des lieux. RZ
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Quand les moines de Cluny montèrent dans les Préalpes 2/6
“Je me réjouirai sur mon Peuple & on n’y entendra plus aucune voix de pleurs, ni aucune voix de crierie.” La grande Bible ancienne posée sur l’autel de l’église de Rougemont est ouverte sur cette promesse du livre d’Isaie (65.19). Loin des crieries du monde, les moines de Cluny ont remonté le cours de la Sarine pour s’établir vers 1080 sur les contreforts des Alpes.
Du hameau de Combes au dessus de Château d'Oex où le train du MOB m'a déposé, la marche au dessus du ravin de la Sarine n'est pas très longue. La rivière qui descend du glacier du Sanetsch charrie des eaux turquoises bouillonnantes. Les nuages et le soleil jouent à cache-cache autour des sommets environnants, faisant alterner les rayons de soleils et de brèves ondées. Pas de quoi mouiller ni décourager le promeneur. Le chemin serpente à travers les prés, en passant devant de nombreux chalets fleuris qui parsèment le plateau du Pays d'Enhaut. Dans les prés les 'modzons' paissent tranquillement. Dans le ciel chargé, les milans planent en lançant leur sifflement. En arrivant par le haut du village, j'attendais une jolie vue, mais un gros chantier, avec une immense grue, me cache le prieuré!
Posé à l’entrée du village, le clos monastique, ceinturé d’un mur, offre une bonne image de ce que pouvait être un prieuré clunisien au Moyen-Age dans une région reculée des Préalpes. Passé le portail recouvert d’un toit de bardeaux, je remonte loin dans le temps. Plus de 900 ans après sa construction, le visiteur est encore accueilli dans le calme, la simplicité et la clarté chaude de la petite église aux douze piliers comme les douze apôtres.
Fondé par le comte de Gruyère
“Le comte de Gruyère Guillaume 1er a fait donation de ce territoire aux moines de Cluny entre 1073et 1085” explique l’historienne des monuments Monique Fotannaz. A l’époque, la haute vallée de la Sarine, le Gessenay (Saaneland en allemand) est encore presque inhabité. Pour le comte, c’est le moyen de développer la région. Rougemont sera le premier et le seul établissement clunisien dans les Préalpes vaudoises.
Le centre spitiruel du Gessenay
Durant toute son histoire, le prieuré restera une fondation modeste. Au Moyen-Age, il ne comptait qu’un prieur, un sacristain et un troisième moine. Le prieuré comprenait l’église Saint-Nicolas, qui devient paroissiale dès 1228, le bâtiment conventuel, une grange construite en pierre en 1342, des étables et des greniers.
Modeste par sa taille, le prieuré de Rougemont est cependant le centre spirituel de la Haute-Gruyère. Il garde des liens étroits avec le prieuré de Payerne et ses prieurs jouent un rôle en vue à la cour du Comte de Gruyère. A la fin du XVe siècle, il possède une des premières imprimeries de Suisse.
Lorsque Berne prit possession de la Haute-Gruyère en 1555, après la faillite du comte de Gruyère, il supprima le prieuré et imposa la Réforme dans la région. Le bâtiment conventuel fut remplacé par un château qui devint la résidence du bailli du Gessenay. Quand le canton de Vaud s’émancipa de la tutelle bernoise en 1798, il récupéra le prieuré dont il reste propriétaire aujourd’hui.
Une église clunisienne typique
L’église, construite vers 1080 est bâtie selon le modèle clunisien classique en croix latine, la nef haute, percée d’étroites fenêtres et rythmée par douze piliers massifs, s’appuie sur deux bas-côtés. Un chœur gothique reconstruit part les Bernois a remplacé au XVIe siècle l’abside et les deux absidioles romanes, sans dénaturer cependant les proportions d’origine. Un toit de bardeaux unique à forte inclinaison a remplacé les toits romans plus bas. De même le clocher a été été doté d’une coiffe pointue à la mode bernoise.
Une importante restauration dans les années 1920 a redonné son apparence première à l’intérieur de l’église. Selon l’usage de l’époque, on l’a entièrement débarrassée de son revêtement et on a reconstitué un décor peint en ocre rouge, en s’inspirant de motifs présents à Romainmôtier. La nef a été recouverte d’un vaisseau en bois. Le chœur fut alors doté de deux vitraux de Théodore Delachaux évoquant la donation aux moines de Cluny et la prédication de la Réforme par Pierre Viret.
Bien culturel d’importance nationale, l’église de Rougemont, outre le culte protestant, accueille régulièrement des spectacles et des concerts en particulier lors du festival de musique ancienne La Folia créé en 2001.
Rueggisberg sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle
Exactement à la même époque, vers 1075, de l’autre côté des Préalpes, le baron Lütold de Rümlingen, fit don de l’église Saint-Martin de Rueggisberg (BE) à l’abbaye de Cluny pour y fonder un couvent.
Le chemin pour s'y rendre part de la gare de Schwarzenburg, terminus de la ligne du BLS qui monte de Berne. Des hauts du village, la vue s'étend sur le plateau suisse avec le Jura pour horizon. Cette première crête des Préalpes offre de part et d'autre des panoramas saisissants. Pour atteindre Rueggisberg, il faudra franchir le profond ravin de la Schwarzwasswer (Eau Noire) puis son affluent le Schwandbach et remonter dans la forêt jusqu'au chemin de crête: '190 m de dénivelé', indique un panneau pour les cyclotouristes! A pied le chemin est raide, le soleil tape fort et ma bouteille d'eau presque vide. Après le dernier virage autour du sommet de l'Hubelhölzli et deux heures et demi d'efforts la route descend directement sur Rueggisberg. En toile de fond, mon regard devine les hautes Alpes bernoises dans leur manteau de nuages. Posé sur son replat au bas du village, le prieuré offre une vue exceptionnelle sur les montagnes.
Premier prieuré clunisien de l’espace alémanique, il présente encore une ruine impressionnante. Etape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, Rueggisberg voit passer de nombreux pèlerins.
L’église du prieuré, dédiée aux saints Pierre et Paul, fut construite à la fin du XIe siècle. Il n’en subsiste aujourd’hui qu’une croisée du transept. Mais elle donne une bonne idée de la taille imposante de l’édifice. Même si l’on considère que la construction s’arrêta après l’élévation du chœur et du transept et que la nef ne fut jamais construite faute de moyens et de nécessité puisque le village possédait sa propre église et que le prieuré ne regroupait qu’un prieur et deux à quatre moines.
Influences bourguignonne et italienne
Alors que le plan de base de l’église conventuelle trahit son origine bourguignonne, la construction présente de nombreux traits de l’art roman d’Italie du Nord, voire de Lombardie, que ce soit dans le travail de sculpture ou dans l’emploi de tuiles.
Outre le territoire de Rueggisberg, le prieuré disposait de propriétés foncières à Guggisberg (BE), Alterswil (FR), Planfayon(FR), Schwarzenburg (BE) ainsi que des vignobles sur les rives du lac de Bienne. Malheureusement, l’endettement, le pillage, les attaques et les détournements de fonds assombrissent l’histoire de ce repère de la région.
Monastère démantelé au XVI siècle
Au XVe siècle, la ville de Berne, puissance protectrice depuis 1244, renforça son influence et incorpora finalement Rueggisberg au chapitre de la collégiale Saint Vincent en 1484. Le monastère fut fermé et devint un presbytère et un domaine agricole. En 1534, après la Réforme, un grenier à blé fut installé dans l’église désaffectée et les autres bâtiments furent démantelés. Beaucoup des pierres ont servi pour la construction des bâtiments du village.
Remis en valeur dans les années 1940
L’intérêt de Rueggisberg a été remis en lumière entre 1938 et 1947. Une campagne de fouilles et des travaux de consolidation ont donné au site son aspect actuel. De nouvelles recherches ont été réalisées entre 2019 et 2022. Des panneaux explicatifs et des images (également en français) offrent une vision renouvelée de cet établissement clunisien. Dans un petit musée attenant, on peut découvrir une sélection de sculptures romanes. Mais l'ouvrier qui travaille autour de la fontaine m'annonce qu'il est aujourd'hui fermé! Qu'à cela ne tienne le site tout seul vaut largement le déplacement. L'ancien chemin qui dégringole vers Rohrbach me conduit jusqu'à l'arrêt du car postal qui ne ramènera par monts et par vaux à mon point de départ.(cath.ch/mp)
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Sur les traces des moines clunisiens, entre deux lacs 3/6
Le château de Villars-les-Moines (BE) et le Klosterhotel de l’Île St-Pierre (BE) sont deux anciens prieurés clunisiens ayant pris une orientation profane. Dans ces deux lieux séparés par des lacs, quelle subtile empreinte les moines ont-ils laissé de leurs vies consacrées à Dieu?
L’air est encore frais en ce début de matinée de juillet dans la campagne bernoise. Au détour d’une haute et longue muraille, je découvre la silhouette massive du château de Villars-les-Moines (Münchenwiler), alors que le soleil commence à darder ses rayons au-dessus du toit. Le lierre habillant les façades donne à l’endroit une allure romantique et paisible. Sa vocation hôtelière n’apparaît qu’à l’occasion de la sortie d’un couple de touristes de l’un des bâtiments. En s’approchant de l’entrée, je découvre la carte de menu du restaurant. Dans cette propriété passée au 16e siècle du statut de prieuré à celui de château, les nourritures terrestres ont bien pris le pas sur les nourritures célestes.
De prieuré à château
Le complexe a malgré tout gardé une aura religieuse, notamment avec la conservation de son église, érigée par les moines clunisiens il y a environ 930 ans. Elle est aujourd’hui utilisée pour diverses manifestations culturelles, mais accueille encore des célébrations protestantes. Dans l’édifice, l’oeil du visiteur est attiré par quatre grandes peintures à l’huile, qui ornent le chœur. Provenant de la chapelle aménagée dans le château en 1886 par la famille de Graffenried-Villars, elles représentent Saint Benoît de Nursie, père du monachisme occidental, ainsi que trois grands abbés de Cluny.
L’abbaye bourguignonne est à l’origine du lieu. Elle y a érigé un prieuré en 1081, alors que les frères Giraldus et Rodulfus, seigneurs de Vilar (ancien nom de Villars-les-Moines), avaient légué l’entièreté de leur fortune et une partie de leurs biens, dont des terres, à Cluny, afin d’expier leurs péchés. Un destin clunisien interrompu par le pape Innocent VIII qui a détaché en 1485 Villars-les-Moines de l’abbaye pour la placer sous l’autorité de la Collégiale Saint-Vincent, à Berne.
Dans le cadre de la Réforme protestante, qui s’impose à Berne au 16e siècle, le prieuré passe à la propriété de l’Etat (1528). Le complexe devint un château en 1535, après que les deux exclaves de Villars-les-Moines et Clavaleyres furent vendues à Berne. Le lieu connaîtra ensuite plusieurs propriétaires, fera l’objet de nombreuses transformations, avant de devenir en 2002 un hôtel-restaurant.
Les restaurations qui se sont succédé sur le château ont mis en valeur le chœur et le transept de l’église romane, avec la tour construite à leur intersection. Les ailes sud et est du monastère sont conservées sur deux étages, avec la salle capitulaire et la partie sud du cloître, qui subsiste sous la forme d’une loggia.
Symphonie d’oiseaux le long du lac
Encore le temps d’admirer le joli jardin rappelant celui d’un cloître, qui borde le château, et me voilà reparti sur le tronçon de la 'Via Cluny’ qui relie Villars-les-Moines à l’Île St-Pierre, au cœur du lac de Bienne.
Avec ses toits ocres pointant au-dessus du lac, un autre château, celui de Morat, s’offre rapidement à ma vue. Le randonneur peut passer à ses abords pour rejoindre les berges du lac surplombé par le Mont Vully. A partir du camping Muntelier, au nord de Morat, la marche se fait particulièrement agréable. Un chemin pédestre longe le lac jusqu’au village de Sugiez. L’ombrage de la forêt m’apporte une fraîcheur bienvenue alors que la chaleur augmente. Ma marche est accompagnée par la symphonie des oiseaux, forestiers et lacustres.
En bordure du chemin de copeaux, des plateformes de bois sont disponibles pour l’observation de la faune. Des panneaux notent que l’endroit abrite beaucoup de sangliers. Mais ce ne sont que les habituels canards, cygnes ou encore foulques qui daignent se montrer.
Au sortir de la forêt, le marcheur se trouve moins bien loti, avec l’obligation de traverser la région plate du Seeland de Sugiez à Cerlier (Erlach), la «porte» de l’Île Saint-Pierre. L’on se trouve certainement excusé de vouloir éviter ce trajet dépourvu de couverture arborée, longeant des routes à grand trafic et sans réel intérêt esthétique. Ces considérations me portent personnellement à choisir le bus.
Poussière et roseaux avant St-Pierre
Cerlier est une petite cité médiévale assez charmante, avec des maisons anciennes. En ce début d’après-midi, je m’engage ainsi encore plein d’entrain sur la route qui relie la localité à l’Île Saint-Pierre. Car, pour les lecteurs non avisés, malgré son nom, il ne s’agit pas (ou plus) d’une île. Elle est devenue en 1873 une presqu’île, suite à la correction des eaux du Jura, qui a abaissé le niveau du lac de Bienne et formé une bande de terre entre l’île et Cerlier.
Le philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui y a vécu au 18e siècle, la rejoignait en bateau. Mais en ce début juillet, de nombreux touristes à pied ou à vélo empruntent la longue ligne droite poussiéreuse. Entouré de roselières, le promeneur croise de temps à autre un merle, un petit papillon blanc ou une libellule.
Alors que le soleil de plomb impose petit à petit son règne sur le paysage, la marche se fait plus ardue et je me sens bien dépourvu par rapport aux cyclistes qui me dépassent à grande vitesse. Tel un Richard III moderne, je me prends à souhaiter «mon royaume pour une bicyclette». Au retour à Cerlier, je constaterai d’ailleurs, avec une certaine amertume, que des vélos sont à louer au départ de l’île.
A la fin de l’isthme, une partie boisée marque le début de l’île à proprement parler. Je me dirige vers le flanc est pour découvrir un grand bâtiment en forme de 'U’ aux murs blancs. Il s’agit de l’ancien prieuré, aujourd’hui le Klosterhotel St.Peterinsel.
Une stèle devant le bâtiment donne des informations sur le lieu. Guillaume III de Bourgogne cède l’île à Cluny vers 1107. Une église prieurale y est alors construite, dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul, protecteurs de l’abbaye bourguignonne. En 1388, Berne reçoit la souveraineté sur le lac de Bienne et le pouvoir temporel sur le prieuré. L’histoire clunisienne du lieu s’arrête en 1484, lorsqu’il est annexé, à l’instar du couvent de Villars-les-Moines, par le chapitre Saint-Vincent. Les biens ecclésiastiques sont réformés et sécularisés en 1528. Après la Réforme, l’île est donnée à l’Hôpital des Bourgeois de Berne. L’église du prieuré est alors détruite. Les premières chambres d’hôte ont été proposées dès le début du 19e siècle.
L’héritage des moines
Au retour, le soleil accablant ne m’empêche pas de méditer sur les deux lieux visités. Deux destins similaires, témoins de la disparition progressive d’un mode de vie monacal aux dépens des aspirations profanes. Qu’est-il resté de toutes ces vies consacrées à Dieu, outre leurs marques dans le nom des localités? Et si les moines avaient simplement laissé aux générations futures les conditions d’un éloignement du monde, créé autant d’espaces hors du temps et du monde, où l’homme moderne, même en villégiature, peut se retrouver plus facilement avec lui-même?
Me revient ainsi une citation de Rousseau, qui avait fui en 1785 la France et son intense agitation politique pour se ressourcer: «De toutes les habitations où j’ai demeuré (et j’en ai eu de charmantes), aucune ne m’a rendu si véritablement heureux, aucune ne m’a laissé de si tendres regrets que l’île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne» (Rêveries d’un promeneur solitaire). (cath.ch/rz)
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L’entrée dans le temple procure une agréable sensation de fraicheur alors que la matinée est déjà chaude. Me voici au départ de l’étape Corcelles – Bevaix, sur le chemin de Cluny.
Je me trouve à l’endroit où était autrefois établi un petit prieuré, fondé en 1092 par «un certain Humbert». La documentation décrit l’homme comme un «personnage important» qui fit don à l’abbé de Cluny, entre autres, de l’église qui se dressait là à l’origine, de l’usage des forêts, de terres agricoles, d’un droit de levée de filets dans le lac et de serfs.
Les bâtiments comprenaient l’église originelle et la maison du prieur qui se trouvait à l’emplacement de la cure actuelle. Là vivaient le prieur et une dizaine de moines. En 1220, le monastère passa au couvent de Romainmôtier. Les prieurs y résidèrent jusqu’au milieu du 15e siècle. Souvent absents, ils mirent leurs biens en amodiation (sous-traitance des activités liées au prieuré). Vers le 16e siècle, les bâtiments, sans véritable entretien, tombèrent en ruine.
Un curé devenu pasteur?
La réforme prêchée le 23 octobre 1530 par Guillaume Farel amena la sécularisation du monastère et ses biens furent partagés entre les sires de Neuchâtel, seigneurs du lieu, et ceux de Colombier. L’église devint un temple.
La légende veut que le dernier curé de Corcelles en fut aussi le premier pasteur. Une confusion sur le nom de Jean Droz en est sans doute à l’origine. La nomination par Farel, en 1532, de Jacques Lecoq comme pasteur est en revanche avérée. (Pour aller plus loin: Robert/Les 900 ans de la paroisse de Corcelles-Cormondrèche).
L’abside romane a été remplacée au 12ème siècle par un chœur quadrangulaire. Le clocher de l’église se dresse dans le village avec ses abat-sons. On peut aussi remarquer les fonts baptismaux romans. La nef a été complétée d’une chapelle due à la famille Barillier au 15e ou au début du 16e siècle. Vu de l’extérieur, le temple enchâssé dans le jardin et collé à la cure, paraît petit, l’intérieur est en fait assez spacieux.
Je quitte le temple pour laisser la voiture à la gare. Je me fie au gps de mon smartphone pour trouver un itinéraire qui s’approche le plus de celui proposé sur le site des Chemins de Cluny. Le chemin n’est pas balisé et je n’aurai pas le temps de parcourir les 15 km de cette étape. Je trouve 8,8 km en presque deux heures. Une bonne alternative… d’autant qu’il fait chaud. Le soleil ne se conforme pas à la météo qui le prévoyait faiblissant au fil de la journée.
Un beau panorama
A la sortie de Corcelles, le gps m’envoie sur la route cantonale. Fréquentée en ce début d’après-midi, elle est bruyante, certes, mais elle offre un beau panorama sur les vignes et le lac de Neuchâtel. La route file en parallèle du littoral. Je bifurque vers Colombier et j’y trouve un peu de calme. En direction de Boudry, je quitte rapidement Colombier, mais le trottoir laisse place à un talus, puis il faut marcher sur la chaussée. Cela se complique quand deux murs assez hauts, délimitant des parcelles de vignes, bordent la chaussée qui est devenue étroite. Je n’ai plus de visibilité dans les courbes et, surtout je ne suis pas vu des automobilistes. Trop dangereux. Je dois faire demi-tour.
Le gps s’obstine à me donner cet itinéraire. Un rapide examen de la carte ne donne pas d’autres solutions que de prendre le train pour éviter de refaire le chemin jusqu’à la route que j’ai quittée trois quarts d’heure plus tôt. En deux minutes, je suis dans les hauts de Boudry. Belle vue sur les vignes et les montagnes. Le chemin passe l’Areuse et serpente au milieu du vignoble où l’on s’active malgré la chaleur. Le bruit de l’eau qui s’écoule procure un peu de fraicheur. Le vert vif des feuilles tranche avec le ciel blanchâtre. L’itinéraire que je suis n’a quasiment pas de tronçon à l’ombre et, malgré un voile de nuages, le soleil tape. Une autre voie était possible au départ de Corcelles, plus à l’ouest et, semble-t-il, plus proche de la forêt. J’aurais peut-être eu moins chaud.
Une bonne montée, unique difficulté d’un parcours très facile, m’amène sur un plateau, au milieu des champs. Je longe la voie ferrée et j’entre à Bevaix vers 15h. Le gps n’a pas menti sur l’estimation du temps de trajet, malgré le détour.
Une abbaye en ruines
J’ai rendez-vous au café-restaurant du Cygne avec Jacques Laurent, le président du conseil de la paroisse réformée de Bevaix. Le jeune retraité, énergique et chaleureux, évoque d’emblée l’histoire du temple dont l’origine est étroitement liée à l’abbaye de Bevaix, historiquement antérieure, située à un kilomètre à l’est. Nous nous y rendons.
Ce qui est à l’origine un prieuré est fondé en 998 par Rodolphe, probablement apparenté à la famille des rois de Bourgogne. Après l'approbation du prieuré, dédié à saint Pierre puis plus tard à saint Étienne, par l'évêque de Lausanne, Rodolphe le remet à l'ordre de Cluny. Il dote ce prieuré d'importants territoires non seulement à Bevaix, mais également à l'entrée du Val-de-Travers, dans l'ancienne commune de Brot, ainsi qu'au Val-de-Ruz, à Saint-Martin.
Malgré les terrains et l’exploitation de vignes, le monastère ne connaît pas le développement espéré. En difficultés financières et sans protecteur fort, il est rattaché à l’abbaye de Romainmôtier vers 1139. Faute d’entretien, le prieuré tombe en ruines et demeure inoccupé à partir du XVe siècle. Un tremblement de terre en 1605, suivi d’un incendie, achève de ruiner les bâtiments.
Il ne reste quasiment rien de l’église, excepté un pan de mur rougi par la chaleur du feu. «C’est de la pierre d’Hauterive et cet aspect rougi atteste de l’incendie», indique Jacques Laurent. Il a appelé Alexandre Dubois, actuel locataire des lieux qui nous reçoit pour une visite au débotté. «Ce qui fut l’église est actuellement une grange qui a été construite en 1644», explique notre hôte. Le cloître a fait place à une cour d’entrée. En 1577, une maison est construite pour le vigneron. Elle sera reconstruite en 1894, puis fera place en 1949 à une belle salle de réception utilisée par le Conseil d’État neuchâtelois pour ses invités de marque. L’ensemble a gardé l’appellation d’abbaye.
«Le lieu a été repris par l’État de Neuchâtel en 1665 qui en a fait un fermage. Différentes familles s’y sont succédé. Notre famille exploite le domaine depuis 1864», précise Alexandre Dubois en faisant le tour des bâtiments. La vue sur le lac et les vignes en contre-bas est imprenable.
Une église issue du prieuré
En revenant au temple de Bevaix, on fait un nouveau saut dans le temps. Ce qui est devenu un temple au passage à la réforme, en 1631, fut bâti entre 1505 et 1506 au moment où le prieuré est tombé en ruine. Les pierres ont notamment servi à l’édification de l’église et des éléments ont été réutilisés: «le baptistère, une niche, des arcs de voûte, la clé de voûte du chœur et le beau portique d’entrée de style roman proviennent de l’église du prieuré», précise Jacques Laurent. Le village s’est ensuite développé autour de l’église.
En quittant le lieux, mon hôte fait remarquer que la grille qui donne accès au jardin, autrefois un cimetière, date de 1760 et des murs d’enceinte ont été ajoutés. Mon périple s’achève à la gare de Bevaix. Le train me ramène à Corcelles, point de départ de mon étape. (cath.ch/bh)
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Via Cluny: de Baulmes, tous les chemins mènent à Romainmôtier 5/6
Dans cette étape de la «Via Cluny», au départ de ce qui fut le prieuré Saint-Michel à Baulmes, plusieurs itinéraires sont proposés pour transiter par l’église de Montcherand, traverser les Gorges de l’Orbe et regagner l’abbatiale de Romainmôtier.
Arrivé de bon matin à la gare de Baulmes, il faut ascensionner toute la petite bourgade pour atteindre le temple, qui surplombe la localité. Le cadre est magnifique. De là, au pied du Jura, la vue offre une étendue de l’est, sur la fin du lac de Neuchâtel, à l’ouest, sur la Plaine de l’Orbe et au sud, les Alpes. Entourée par le cimetière de la commune, l’église est aménagée pour le culte de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.
Un coup de fil permet d’ouvrir le temple de Baulmes
En semaine, elle est malheureusement fermée pour éviter les actes de vandalisme, ce qui n’arrange pas le recueillement spontané des pèlerins de la «Via Cluny». Toutefois, pour celles et ceux qui souhaitent vraiment entrer, un coup de fil à la commune ou à la paroisse permet d’obtenir une visite dans le quart d’heure. Pour ma part, c’est le sacristain du lieu qui m’a ouvert les portes et donné quelques renseignements sur l’église.
Beaucoup de mystères persistent sur l’histoire de ce qui fut le prieuré clunisien de Baulmes, attaché à celui de Payerne à la fin du premier millénaire. A partir de la mention d’une église en bois en 627, les chercheurs supposent que les moines se trouvaient à l’emplacement de la cure actuelle, à une centaine de mètre de l’église, reconnaissable à ses volets rayés aux couleurs vaudoises. Et le temple actuel serait l’emplacement d’une deuxième église, construite du temps du prieuré, au 11e siècle, dédiée à l’office des paroissiens.
L’église subit de multiples transformations
Malgré de grandes transformations au 19e siècle, l’église a gardé son clocher avec fenêtres gothiques, et son arc en ogive par lequel on pénètre dans l’édifice. «Et derrière l’église, vous pouvez également apercevoir deux fenêtres de style roman, qui sont vraisemblablement d’origine», m’indique Philippe Blanc, le sacristain du lieu. Une curiosité: l’orgue Walcker, de 1871, est l’un des plus anciens du canton de Vaud et donne lieu à des concerts occasionnels.
Me voilà en partance de Baulmes pour Montcherand. Deux itinéraires «Via Cluny» sont proposés. Comme la température commence à grimper, je choisis la voie forestière, via Six-Fontaines, L’Abergement et la forêt de Chassagnes.
Après quelques pas, un petit yorkshire m’aboie dessus. Le chiot s’était échappé de chez ses maîtres, qui s’empressent de le ramener à la maison en s’excusant. Pas de quoi paniquer, mais je me demande tout de même s’il ne serait pas opportun de me munir d’un bâton de pèlerin. J’y renonce finalement pour garder une main sur l’appareil photo et l’autre pour consulter ma carte topographique.
Quelques gouttes de pluie tombent par instants. En cette matinée d’août, les forêts sont calmes. Même les oiseaux ne semblent pas vouloir donner de grands concerts. De temps à autre, le silence est interrompu par le bruit de sciage des bûcherons et de quelques véhicules lointains.
Montcherand et ses fresques quasi-millénaire
J’arrive peu avant midi à Montcherand, accueilli par le son de cloches de son église, qui date du 11e siècle et qui fut placée sous la dépendance du prieuré de Baulmes. Cette église a acquis une grande renommée artistique lorsqu’en 1902 sont découvertes des fresques parmi les plus anciennes de Romandie. «Le trésor que contenait cette église a été, pour ainsi dire, ignoré jusqu’au 20e siècle», m’avait expliqué Jean-François Tosetti, fondateur de l’Association pour l’église romane de Montcherand, à l’occasion d’une visite antérieure.
De Montcherand, proche croisement des Via Jacobi et Via Francigena, je m’engouffre dans les Gorges de l’Orbe, que je traverserai au niveau du petit pont bleu, avant de remonter la rive droite. A la sortie des Bois de Fives, la chaleur de la plaine en direction de Croy se fait sentir. Je ne suis pas mécontent de traverser rapidement Bretonnière pour me réfugier dans les Bois de Forel, dernière étape rafraîchissante avant de redescendre sur Romainmôtier et son abbatiale.
Romainmôtier, le rare héritage entièrement clunisien
Sur place, je rencontre Michel Gaudard, spécialiste des vestiges clunisiens, qui me propose une petite visite guidée du site abbatial, en commençant par la salle d’exposition des maquettes de l’évolution de Romainmôtier: du premier monastère de Saint-Romain, en 450, et des différentes étapes architecturales de prieurés successifs, inspiré de «Cluny II», jusqu’à l’invasion bernoise et le passage à la Réforme.
On s’arrête un moment dans la chapelle St-Michel, érigée au-dessus du narthex, avant d’entrer dans l’église abbatiale, dont les structures, les voûtes et la nef rappellent que Romainmôtier offre aujourd’hui encore un rare exemplaire d’édifice entièrement clunisien.
Après la visite, je me détends sur la terrasse de la Maison du Prieur, dans l’enceinte de l’abbatiale, en dégustant une petite bière artisanale, brassée sur place. Laissant un instant les 'vieilles pierres’ de côté, je rêvasse sur la tradition de ce breuvage que les moines et les abbayes ont perpétuée à travers les âges. Mais trêve de rêveries… le bus est déjà là, prêt à me redescendre à la gare de Croy, d’où un prochain train va me ramener chez moi. (cath.ch/gr)
https://www.cath.ch/newsf/montcherand-des-fresques-quasi-millenaires/
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Via Cluny, les vestiges des prieurés ruraux de Bursins et Bassins 6/6
Au moment de me lancer sur la Via Cluny entre Bursins (VD) et Bassins (VD), pour la dernière étape de la série proposée par cath.ch en cet été 2023, mes pensées s’envolent vers mes collègues qui m’y ont précédée. Chacun d’entre eux a marqué la route de son empreinte particulière. Quelle sera la mienne?
Accompagnée de deux amies, je pars à la découverte des prieurés des villages vaudois de Bursins et de Bassins. Tous deux font partie du réseau des sites clunisiens de Suisse et seuls 8,4 km de vignes et de bois les séparent.* Le premier pourtant sera rattaché à Romaimôtier et le second à Payerne.
Les vignobles convoités de Bursins
Situé le long de l’importante voie romaine qui reliait la France à l’Italie, convoité déjà au 10e siècle pour ses vignobles, le village de Bursins (750 habitants) est resté très viticole. Floriane Beetschen nous y attend, sur la place des Tilleuls, devant l’église Saint-Martin qui jouxte la cure protestante et ses traditionnels volets aux couleurs vaudoises. Blanc et vert donc.
Historienne de formation et vice-présidente du conseil communal, cette bursinoise accepte volontiers de jouer les guides à l’occasion.** Elle nous ouvrira un peu plus tard les portes de la maison-forte habituellement fermée aux visiteurs, mais qui peut se visiter sur demande. Le bâtiment est classé au patrimoine national. Avec l’église, ils constituent les deux témoins majeurs de l’histoire clunisienne du village.
Un domaine monastique protégé de remparts
En 1011, Rodolphe III, roi de Bourgogne, fait don de l’église paroissiale de Bursins au prieuré de Romainmôtier, rattaché alors à Cluny. «Très vite les moines ont compris le potentiel économique que représentaient les vignobles», déclare Floriane Beetschen. En 1260, le prieur de Romainmôtier y construit un complexe monastique, avec une maison-forte derrière l’église, un cellier (sur l’emplacement actuel de la cure) et un pressoir. Le domaine est entouré d’un rempart et de tours pour le défendre, notamment de la convoitise de l’évêque de Genève. Le rattachement définitif au prieuré de Romainmôtier est prononcé en 1329 par l'abbé de Cluny, à condition que «le culte divin n’y soit pas négligé». Dans les faits, peu de moines y vivent.
Au 16e siècle, le vent de la Réforme souffle sur les lieux. «Suite au morcellement du duché de Bourgogne, Bursins a été rattaché à la Maison de Savoie, résume Floriane Beetschen. Quand cette dernière s’est trouvée en conflit avec Genève, les Bernois ont volé au secours de la ville, s’emparant au passage des terres vaudoises qui ne faisaient pas encore partie de la Confédération. En 1536, toutes les propriétés monastiques sont passées entre leurs mains et l’église a été affectée au culte réformé. Trente pauses de vignes (14 hectares) sont ainsi tombées dans l’escarcelle des Bernois.» Les vignes, encore...
Le représentant du bailli s’installe dans la maison-forte, en face de la Grange de la dîme. Les Bernois resteront sur les lieux jusqu’à la révolution vaudoise de la fin du 18e siècle.
Trois chapelles, trois époques
À la suite de notre guide, je pénètre dans l’église, accessible tous les jours entre 7h00 et 19h00. De l’église romane primitive, il ne reste que quelques traces. Le bâtiment a connu plusieurs rénovations et agrandissements, notamment à la fin du 14e siècle et début du 15e.
L’église abrite trois chapelles. La plus ancienne (au fond face à l'entrée), la chapelle absidiale Saint-Sébastien, date de la première construction en 1011. La deuxième, dédiée à St Jean-Baptiste (à droite de l’allée centrale), a été financée par des nobles de Dully et par Pierre de Senarclens, seigneur du lieu, désireux de s’attirer les bonnes grâce du Ciel. «Durant les offices, les familles des nobles se rassemblaient dans 'leur' chapelle, rappelle Floriane Beetsche. L’église était un lieu où on affichait son importance. D’ailleurs le sous-sol du complexe abrite 150 tombeaux de seigneuries.» La troisième chapelle (à gauche de l’entrée), dédiée à Saint-Nicolas, date du début du 16e siècle et s’ouvre sur la nef par une ample arcade.
Les restaurations successives n’ont pas toujours été faites dans la dentelle, affirme la conseillère communale. Des parties des murs ou du mobilier ont été inopinément mises au rebus. Comme ce bout de colonne sculpté, sur lequel reposait probablement un bénitier, heureusement récupéré par un habitant, qui a retrouvé sa place dans la chapelle St-Sébastien.
Au-dessus du lac, au milieu des vignobles
Je pourrais écouter encore longtemps Floriane Beetschen conter, non sans humour, les aventures du prieuré de Bursins, mais il est temps de se mettre en route pour Bassins. Nous avons de la chance, la météo est clémente. Pas de pluie, pas de grandes chaleurs, et quelques nuages intermittents pour donner au ciel des reliefs colorés.
Le chemin goudronné que nous empruntons longe la maison-forte et se poursuit en direction du village de Vinzel, au milieu des vignobles et leur raisin encore vert. La vue depuis les hauteurs sur les Alpes, le lac Léman, avec le jet d’eau de Genève tout au bout, et le Salève est imprenable. Quelques rares ouvriers dans les vignes, quelques marcheurs, le chemin est peu fréquenté. En arrière-fond sonore, la circulation de l’autoroute.
Un peu avant Luins (VD), nous coupons à travers les vignes pour rejoindre plus haut un sentier de terre qui longe les bois. Il mène directement au centre de Begnins. Nous sommes à mi-parcours. L’idée est d’acheter de quoi pique-niquer, mais c’est sans compter avec les vacances d’été. Tous les commerçants semblent s’être donné le mot! Je repars bredouille, un peu dépitée d’avoir raté l’occasion de goûter au fameux lard de Begnins. Il faut en plus remonter la route de St-Cergue, en plein travaux et sans trottoir. La partie la moins plaisante du trajet.
Dans le parc naturel du Jura vaudois
À hauteur de la Cézille, nous quittons avec soulagement le bitume. Nous nous arrêtons pour déjeuner sur une terrasse, même si le trajet n’est plus très long. Bien nous en a pris. Faute d’indications précises, dans la forêt qui sépare Arzier-Les Muids et Bassins (une forêt dont les deux communes se disputèrent longtemps la possession), nous raterons un peu plus tard «la bonne sortie» pour Bassins, rallongeant le trajet de plus de deux kilomètres.
En attendant, je goute au plaisir de suivre ce sentier bordé de chênes, d’épicéas, de noisetiers, noyers, érables et autres arbres inconnus de moi. Sans conteste, la forêt est bien entretenue. De la route un peu plus en hauteur, parvient le bruit régulier des voitures. Il est quasi impossible dans notre petit pays de trouver des lieux détachés de toute empreinte sonore humaine. Les oiseaux pour leur part se font plutôt discrets. C’est l’heure de la sieste! Ici ou là, une buse, un pic épeiche ou un merle donne de la voix. Quant au ruisseau de la Combe, il est malheureusement complètement asséché. Nous suivons son lit, avant de retrouver la route, bien trop au-dessus de Bassins.
Derrière l’église de Bassins, une vue panoramique
Au détour d’une rue partant de la fontaine centrale du village, perchée sur un promontoire, surgit la petite église Notre-Dame, avec sa tour romane surmontée d’un clocher de style bourguignon. Isabelle Court, la pasteur de la paroisse, et Gilbert Auberson sont déjà là. Si le prieuré de Bassins a intégré la Via Cluny, assure la pasteure, alors même que le village ne se trouve pas sur la voie romaine, c’est grâce à ce passionné d’histoire, délégué de la commune auprès de la Fédération européenne des sites clunisiens.
Nos guides nous invitent à faire le tour de l’église. Une vue panoramique à plus de 200 degrés et portant jusqu’en France s’offre à nous. Le lac jouxté par les Alpes, les champs cultivés, les forêts du Jura… Un lieu stratégique sur le plan militaire sans nul doute!
Un petit prieuré rural du 11e siècle
Quand le prieuré de Bassins rejoint au Moyen-Âge la constellation clunisienne, relate Gilbert Auberson, les forêts du Haut Jura ne sont guère occupées que par les chartreux d’Oujon (Arzier), les clunisiens de Romainmôtier et les prémontrés du Lac de Joux. Les cisterciens de Bonmont, au pied de la Dôle, viendront compléter ce paysage monastique en 1123.
C’est probablement à la suite d’une donation faite par Humbert Ier, sire de Cossonay et de Prangins, que l’église Notre-Dame de Bassins a été placée au 11e siècle sous la dépendance du monastère de Payerne. «On ne peut pas en être sûr, explique Gilbert Auberson, car tous les actes relatifs au prieuré se trouvaient dans le couvent de Payerne quand celui-ci a brûlé, vers 1235.» Les moines du prieuré - ou plutôt le moine selon toute probabilité - supervisent l’exploitation agricole du domaine. Dans un acte datant de 1336, Aymon de Montagny, prieur de Payerne, accorde à Nicolas de Joulens, seul moine de Bassins dont on ait retrouvé le nom, le droit de jouir du lieu. Payerne gardera toutefois jusqu’à la Réforme protestante une forte emprise sur Bassins.
Le cœur, entre les mains d'artistes du début du 20e siècle
Seul vestige de ce prieuré rural, l’église du village est accessible sept jours sur 7sept de 8h à 20h, grâce à un bouton sur le côté. «Il ne faut pas hésiter à pousser fort», nous dit la pasteure joignant la parole à l’acte.
Le bâtiment a connu diverses adjonctions entre le 12e et le 16e siècle et a été restauré une première fois en 1878. Au centre, sur l’ambon, trône une grande Bible de 1779, offerte à la paroisse par un habitant.
La partie la plus ancienne, le chœur, avec sa voûte en berceau, a été embellie en 1934 par une fresque murale d’Alfred Ramseyer représentant «un berger en adoration devant l’étoile annonciation du Messie», ainsi que par deux vitraux de Marcel Poncet. Symbolisant la communion, l’un présente une grappe de raisin entourée du soleil et de l’alpha, l’autre une gerbe de blé entre la lune et l’oméga.
Y flotte aussi, depuis mars 2016, la bannière brodée en 40 carrés illustrant l’histoire clunisienne de Bassins (on en trouve une autre dans l’église de Bursins), réalisée dans le cadre d’un projet européen.
Aux cotés du Saint-Esprit, Marie
L’église compte deux chapelles. Murée par les Bernois pour servir de grenier à blé, celle du Saint-Esprit sur la gauche (15e siècle) a été rouverte en 1934. Un orgue, financé par la population, y occupe l’espace depuis 1984. Plus surprenant dans une église protestante, la chaire du pasteur est ornée d’un tissu représentant la Vierge Marie. «Nous sommes très œcuméniques, lance la pasteure. J’ai refait de la place pour une chapelle dédiée à Marie, là où en 1406 a été fondée la Chapelle de la Vierge. Des catholiques viennent parfois s’y recueillir.» Le prieuré d’ailleurs n’est-il pas de toujours consacré à Notre-Dame?
La porte de la petite église se referme sur cette note de réconciliation religieuse. De quoi méditer sur le chemin de retour. (cath.ch/lb)
* Les chemins de Cluny en Suisse, éd. Yverdon-les-Bains Région: présentation de chaque site, avec résumé historique et carte topographique pour chaque étape.
** Pour une visite guidée du prieuré de Bursins, s’adresser à la commune: greffe@bursins.ch
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