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  • DOSSIERS

    25'000 fidèles étaient rassemblés place Saint-Pierre pour la messe d'ouverture du synode, le 4 octobre 2023

    «Le Synode n'est pas un parlement», rappelle le pape François

    Le Synode est appelé à bâtir «une Église qui a Dieu en son centre et qui, par conséquent, ne se divise pas à l’intérieur et n’est jamais dure à l’extérieur», a déclaré le pape François lors de la messe de lancement du Synode sur l’avenir de l’Église, sur la place Saint-Pierre, le 4 octobre 2023.

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    25'000 fidèles étaient rassemblés place Saint-Pierre pour la messe d'ouverture du synode, le 4 octobre 2023
    Actualités

    «Le Synode n'est pas un parlement», rappelle le pape François

    Le pape s'adresse aux participants au Synode
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    Synode: Le pape François réclame «le silence»

    Les tables rondes du Synode
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    Le pape invite à combattre la mondanité
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    25'000 fidèles étaient rassemblés place Saint-Pierre pour la messe d'ouverture du synode, le 4 octobre 2023 © Vatican Media

    «Le Synode n'est pas un parlement», rappelle le pape François

    Le Synode est appelé à bâtir «une Église qui a Dieu en son centre et qui, par conséquent, ne se divise pas à l’intérieur et n’est jamais dure à l’extérieur», a déclaré le pape François lors de la messe de lancement du Synode sur l’avenir de l’Église, sur la place Saint-Pierre, le 4 octobre 2023. En présence des cardinaux créés lors du consistoire quatre jours auparavant, il a rappelé que «l’Esprit Saint brise souvent nos attentes pour créer quelque chose de nouveau qui dépasse nos prédictions et notre négativité».

    S’adressant aux 464 membres et participants – cardinaux, évêques, prêtres, religieux et laïcs – de ce nouveau synode, ainsi qu’aux 25’000 fidèles rassemblés sur la place, le pape François a en premier lieu demandé dans son homélie d’écarter tout «regard immanent, fait de stratégies humaines, de calculs politiques ou de batailles idéologiques». «Nous ne sommes pas ici pour mener une réunion parlementaire ou un plan de réforme», a-t-il martelé, alors que les membres s’apprêtent à vivre un mois de réunion au Vatican pour discerner sur l’avenir de l’Église.

    Il a au contraire enjoint les pères et mères synodaux à «marcher ensemble sous le regard de Jésus (…) un regard qui bénit et qui accueille». Pour cela, il a demandé de cultiver la «sagesse spirituelle», celle d’une «une Église qui, avec un esprit joyeux, contemple l’action de Dieu et discerne le présent».

    Cette Église, «au milieu des vagues parfois agitées de notre temps, ne se décourage pas, ne cherche pas d’échappatoires idéologiques, ne se barricade pas derrière des convictions acquises, ne cède pas aux solutions faciles, ne se laisse pas dicter son agenda par le monde», a insisté le pontife, rappelant le discours de Jean XXIII au début du Concile Vatican II. Contre les défis et problèmes d’aujourd’hui, l’Église doit retrouver en Dieu sa communion «avec crainte et humilité », sans oublier qu’elle n’existe «que pour Le porter au monde».

    «La question fondamentale»

    Citant Benoît XVI, le pape a déclaré que si Dieu a «rompu le grand silence» dans l’histoire en s’incarnant et en s’adressant à l’humanité, il reste à l’Église de trouver comment «faire arriver cette réalité à l’homme d’aujourd’hui afin qu’elle devienne Salut». «Telle est la question fondamentale», a insisté le pontife, soulignant que la tâche première du Synode est de «recentrer notre regard sur Dieu», afin de bâtir «une Église qui a Dieu en son centre et qui, par conséquent, ne se divise pas à l’intérieur et n’est jamais dure à l’extérieur».

    L’Église catholique doit aussi être «hospitalière» et accueillante, a insisté le pontife, afin d’affronter les «nouveaux défis culturels et pastoraux» de son temps avec une «attitude intérieure cordiale et douce» pour permettre une confrontation «sans crainte». «Dans le dialogue synodal, dans cette belle “marche dans l’Esprit Saint” que nous entreprenons ensemble en tant que Peuple de Dieu, nous pouvons grandir dans l’unité et l’amitié avec le Seigneur pour regarder les défis d’aujourd’hui avec son regard», a-t-il avancé.

    Sortant de son texte, il a demandé de ne pas se limiter aux théologiens et aux spécialistes, se souvenant de la sagesse profonde d’une vieille dame analphabète qu’il avait rencontrée un jour dans une paroisse.

    Les trois grandes «tentations»

    Le pape François a mis en garde contre les trois grandes «tentations» qui peuvent menacer le Synode: «être une Église rigide, qui s’arme contre le monde et regarde en arrière; être une Église tiède, qui se soumet aux modes du monde; être une Église fatiguée, repliée sur elle-même». L’Église, au contraire, a «toujours besoin d’être purifiée, d’être “réparée”», a-t-il affirmé, «parce que tous nous sommes un Peuple de pécheurs pardonnés, qui ont toujours besoin de revenir à la source qu’est Jésus et de se remettre sur les chemins de l’Esprit» pour être en mesure de parler au monde.

    Le pontife a pris comme modèle la ‘réforme’ initiée dans l’Église par saint François d’Assise au XIIe siècle. Le Poverello «n’a critiqué ni critiqué personne, mais il a pris à bras le corps les armes de l’Évangile: l’humilité et l’unité, la prière et la charité», a-t-il rappelé.

    Dans le sillage de la retraite, avant la congrégation générale

    Les membres du synode étaient depuis trois jours en retraite spirituelle, guidée par une religieuse bénédictine, Mère Maria Ignazia Angelini, et un prêtre dominicain, Timothy Radcliffe. Ce dernier, lors de ces jours de méditations, a mis en garde sur la tentation, pendant le Synode, «d’appeler le feu du ciel sur ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord», les exhortant à «bannir ces pulsions destructrices de notre réunion».

    Le père Radcliffe a souhaité que les participants soient «libérés de toute concurrence les uns avec les autres». Le Synode sera «parfois douloureux», il y aura « des vérités que nous préférerions ne pas affronter», néanmoins «nous connaîtrons une telle joie que les gens nous envieront d’être ici et souhaiteront ardemment assister à la prochaine session du Synode», a-t-il promis.

    Le religieux dominicain a plaidé pour la tradition jésuite du discernement, glissant au passage que « la vérité n’est pas atteinte par un vote majoritaire, pas plus qu’un orchestre ou une équipe de football ne sont dirigés par un vote ». Au terme des travaux, les 365 membres seront appelés à voter un texte faisant la synthèse des discussions. Cet après-midi, ces travaux commenceront avec l’ouverture de la première congrégation générale. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Le pape s'adresse aux participants au Synode © Vatican Media

    Synode: Le pape François réclame «le silence»

    «Si l’Esprit Saint n’est pas parmi nous, le Synode ne portera pas de bons résultats», a averti le pape François lors de la première congrégation générale du Synode sur l’avenir de l’Église, ce 4 octobre 2023.

    Adressant un avertissement aux journalistes, il a regretté que les précédents synodes aient été pollués par des débats venus des opinions publiques et a dit souhaiter que le silence et l’écoute priment durant ce mois de travail.

    Dans la grande salle Paul VI du Vatican, les 365 membres du Synode ont participé cet après-midi à leur première congrégation générale. Dans un discours improvisé, le pape François a martelé que le «Synode n’est pas un parlement», reprenant une formule déjà utilisée quelques heures plus tôt lors de la grande messe d’ouverture du Synode place Saint-Pierre.

    Souhaitant donner quelques conseils à cette assemblée composée d’évêques, de religieux et de laïcs – hommes et femmes -, il a invité à refuser «les voix qui ne viennent pas de l’Esprit», «la mondanité» et puis les «médisances». «Si tu n’es pas d’accord avec ce que dit cet évêque, cette sœur, ce laïc… Dis-lui en face, car c’est un synode!», a insisté le pape.

    Dans un message adressé directement aux journalistes et aux communicants, il a déploré la manière dont les précédents synodes avaient été parasités selon lui par la pression médiatique. Évoquant la question des divorcés-remariés qui avait focalisé l’attention lors du Synode sur la Famille en 2014-2015, il s’est aussi souvenu du Synode sur l’Amazonie durant lequel le thème de l’ordination d’hommes mariés s’était imposé. «Nous étions entrés dans le Synode sous cette pression», s’est-il attristé.

    Au sujet du Synode actuel, il a fait remarquer que des «hypothèses» ont encore surgi du dehors, comme «le sacerdoce pour les femmes».

    «L’Église doit s’arrêter»

    Face à tous ces débats clivants, le pape a appelé à faire une «pause». «L’Église doit s’arrêter, comme les apôtres se sont arrêtés après le Vendredi Saint». «Eux, ils avaient peur, mais nous, nous n’avons pas peur», a assuré le pape avec ironie. Le successeur de Pierre a insisté sur l’importance de cette «pause de toute l’Église dans l’écoute», qui constitue en soi «le message le plus important».

    Il a demandé une «ascèse», un «jeûne» de la parole publique durant le temps du Synode. Ces propos s’inscrivent dans le sillage de ses déclarations lors de la veillée œcuménique du 30 septembre dernier. Après un long temps de silence observé par la foule rassemblée sur la place Saint-Pierre, François avait plaidé pour un climat de «silence» afin de ne pas se laisser influencer par les «idéologies» et les «polarisations». «La vérité n’a pas besoin de cris violents pour atteindre le cœur des hommes», avait-il assuré, entouré par les chefs d’autres Églises chrétiennes.

    Un règlement très strict concernant la communication

    Les paroles insistantes du pape pour faire régner un climat de silence et d’écoute se traduisent dans le Règlement transmis par le Bureau de presse du Saint-Siège quelques minutes après la prise de parole du pontife de 86 ans.

    «Afin de garantir la liberté d’expression de chacun sur sa pensée et d’assurer la sérénité du discernement en commun, tâche principale confiée à l’Assemblée, chacun des participants est tenu à la confidentialité et à la discrétion tant sur ses propres interventions que sur celles des autres participants. Ce devoir reste en vigueur après la fin de l’Assemblée synodale», est-il notamment exigé. «Il est interdit à tous les participants d’enregistrer, de filmer ou de divulguer leurs interventions dans les congrégations générales et dans les groupes de travail», peut-on lire par ailleurs.

    Quelques jours avant l’ouverture du synode, le préfet du dicastère pour la Communication, Paolo Ruffini, avait démenti toute volonté d’imposer un «secret» pour ce synode, préférant utiliser le mot de «confidentialité». Durant un mois, la plupart des congrégations générales et les groupes de partage se feront à huis clos. Les travaux synodaux ne seront pas diffusés afin de préserver «un espace sacré» pour les échanges entre les membres. Sont toutefois prévus des briefings officiels réguliers sur le déroulement des travaux et des conférences de presse.

    Cet appel au silence intervient quelques heures après les remous suscités par la publication lundi de cinq dubia – 'doutes’ en latin – émis en juillet par des cardinaux inquiets des orientations possibles du Synode. La réponse du Saint-Siège ne les ayant pas rassurés, ces cinq cardinaux conservateurs ont reformulé leurs questions qui portent notamment sur la bénédiction des couples homosexuels ou bien l’ordination des femmes. (cath.ch/imedia/hl/cv/mp)

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    Les tables rondes du Synode © Vatican Media

    Les objectifs du Synode exposés aux participants

    Une «feuille de route» qui indique les domaines de «consensus», mais aussi les domaines «où une réflexion plus approfondie est nécessaire». C’est le document que doivent produire les membres du Synode sur l’avenir de l’Église, au terme du mois de travaux qui s’est ouvert ce 4 octobre 2023 au Vatican, et qui implique 464 personnes, clercs, religieux et laïcs du monde entier.

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur général de cette assemblée, est intervenu lors de la session d’ouverture, rappelant une nouvelle fois aux participants que le Synode n’était pas un Parlement, où l’on amende un texte et où «certains ont le sentiment d’avoir gagné, et d’autres d’avoir perdu». «Il ne doit pas s’agir d’une bataille entre la position A et la position B», a-t-il insisté.

    Jusqu’au 29 octobre – date de la clôture de la rencontre – les participants alterneront entre moments de congrégations générales, de petits groupes de langues (circuli minores), et temps spirituels – notamment de longs temps de silence entre les interventions. Au terme de l’événement, les 364 membres avec droit de vote – dont 54 femmes, une première historique – doivent voter un texte appelé “Rapport de synthèse” qui sera remis au pape François.

    Le rapporteur a souhaité que ce document soit une «feuille de route pour l’année suivante». Une deuxième assemblée doit en effet suivre en octobre 2024. «Idéalement, a-t-il expliqué en anglais, cette feuille de route devrait indiquer les domaines dans lesquels nous estimons qu’un consensus a été atteint parmi indiquer où une réflexion plus approfondie est nécessaire et ce qui pourrait aider ce processus de réflexion», a-t-il ajouté.

    Pour parvenir à ce document, les groupes de partage vont d’abord faire remonter leur rapport sur les réflexions qui seront faites. Ils s’exprimeront «sur les points d’accord, mais aussi sur d’éventuelles divergences ou des questions sur lesquelles continuer la réflexion». Le groupe donnera son «accord» qui sera avant tout «une reconnaissance de ce que représente fidèlement le travail réalisé ensemble, dans le respect de toute personne», a précisé le cardinal jésuite.

    La disposition de la salle des travaux: tous égaux

    Le cardinal luxembourgeois a également parlé de la disposition particulière de la salle Paul VI. En congrégation générale, les membres se retrouvent assis autour de près de quarante tables rondes disposées dans la partie occidentale de l’Aula Paul VI, les tables étant dédiées à une des langues officielles du synode – anglais, français, espagnol, italien, portugais – et pouvant accueillir entre dix et douze personnes. Chaque table est équipée d’écrans et d’une caméra centrale pivotante qui permet à tous les membres de voir de face celui qui souhaite intervenir.

    Une seule table est légèrement surélevée par rapport aux autres: c’est celle du pape François. Le pontife est assis de sorte que lui seul peut avoir une vision d’ensemble sur la salle. À ses côtés se trouvent le cardinal Mario Grech, secrétaire du Synode des évêques, ses deux sous-secrétaires – dont sœur Nathalie Becquart – le cardinal-rapporteur Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, le patriarche copte-catholique Ibrahim Sedrak, président délégué du Synode, et les secrétaires spéciaux Giacomo Costa et Riccardo Battochio. Dans ce Synode où le discernement est central, ils sont quatre jésuites, pape inclus, à cette table ‘principale’.

    Sur les autres tables, les cardinaux sont assis face au pape. Les 54 femmes et les 43 laïcs ont été répartis dans tous les groupes.

    Cet aménagement, a expliqué le cardinal Hollerich, souligne que «nous ne sommes pas assis par ordre hiérarchique», afin de «refléter l’expérience du Peuple de Dieu dans le chemin synodal initié en 2021». Cette assemblée romaine fait suite à des réunions locales et continentales. «Aucun de nous n’est le protagoniste du Synode», un rôle réservé à «l’Esprit Saint», a-t-il asséné. (cath.ch/imedia/ak/cd/mp)

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    Synode, le cardinal Müller s'est exprimé dans la presse le 5 octobre 2023 malgré les recommandations du pape © Elke Wetzig/WikiMedia Commons/CC BY-SA 4.0

    Synode: pas de "punition" pour ceux qui s'expriment dans les médias

    Il n'y a pas de «gendarme» qui distribuerait des «punitions» aux membres du Synode sur l'avenir de l’Église qui s’expriment dans les médias, a assuré Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication, le 6 octobre 2023. La veille, Mgr Müller avait accordé un entretien à une chaîne de télévision américaine.

    Malgré les appels du pape François à faire une «pause de silence» durant les travaux du Synode, le cardinal Gerhard Müller, préfet émérite du dicastère pour la Doctrine de la foi, s'est exprimé le 5 octobre sur la chaîne de télévision américaine EWTN. «Nous devons attendre de savoir dans quelle direction cela va aller et quelles seront les décisions derrière le décor. C’est toujours le problème», a déclaré le cardinal Müller dans cet entretien d’une dizaine de minutes filmé en marge de l’assemblée synodale.

    L’ancien préfet, qui concède cependant que les premières discussions sont «très bonnes», souligne également que la «nature de l’assemblée» a changé puisque les votes sont désormais ouverts aux laïcs et non plus réservés aux évêques.

    Son intervention a été qualifiée par certains journaux de geste de «défiance» lancé au pape, alors que le règlement intérieur du Synode stipule que «chacun des participants est tenu à la confidentialité et à la discrétion tant sur ses propres interventions que sur celles des autres participants».

    Un appel au discernement de chacun

    Sans commenter les propos du prélat allemand, Paolo Ruffini a renvoyé chacun des membres au «discernement personnel». Il ne s’agit pas «de punir ou de ne pas punir», a-t-il affirmé, défendant la demande de discrétion du pontife argentin formulée à l’ouverture du Synode. Selon nos informations, il n’y a pas eu aujourd’hui de rappel à l’ordre public quant à la prise de parole dans des médias, suite à l’entretien du cardinal Müller.

    De très nombreux thèmes abordés

    Dans la matinée de ce 6 octobre, les participants ont repris les congrégations générales après une journée de partage en groupes de langue – circuli minores – la veille. Autour des tables rondes de la salle Paul VI, 18 rapports de groupes ont été lus, et 22 interventions individuelles de 3 minutes chacune ont eu lieu, a indiqué Paolo Ruffini.

    Les membres du Synode, qui pratiquent cette méthode d’échange depuis deux ans, ont évoqué de nombreux thèmes, tels la formation de tous, aussi bien clercs que laïcs, l’imbrication entre le rôle des ministres ordonnés et celui des laïcs, notamment des femmes, le phénomène de la migration, le risque d’un accaparement du pouvoir, le cléricalisme et les abus, et l’Église souffrante dans certaines parties du monde, comme en Ukraine. Tous ces thèmes ont été abordés dans une ambiance très fraternelle et sous des angles très concrets, ont assuré les représentants du Synode.

    Dans l’après-midi, les «pères et mères synodaux» devaient poursuivre les lectures des rapports et les interventions libres. Lors d’un briefing précédent, Paolo Ruffini avait rappelé que cette assemblée n’était «qu’une étape» du chemin synodal initié en 2021 au niveau local. Le «rapport de synthèse» qui sera rédigé par les participants ne sera pas un «document final» et ne sera pas «délibératif», a-t-il répété. (cath.ch/imedia/lb)

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    Le pape invite à combattre la mondanité © Archdiocese of Boston/Flickr/CC BY-ND 2.0spirituelle

    Saints, pas mondains: le pape offre un livre aux membres du Synode

    Le 6 octobre 2023, au troisième jour du Synode sur l’avenir de l’Église, le pape François a offert son livre Saints, pas mondains aux participants de l’assemblée. Dans ce bref ouvrage (80 pages), dont seule la préface est inédite, le pontife invite ses lecteurs à «un combat intérieur pour vaincre la tentation de se refermer sur soi-même».

    Traduit en espagnol et en anglais seulement, le livre Santi, non mondani (LEV, 2023) est principalement constitué d’un article rédigé en 1991 par le pape François alors qu’il était prêtre et confesseur du diocèse de Cordoba (Argentine), intitulé Corruption et péché. En seconde partie de l’ouvrage se trouve une lettre adressée par le pape pendant l’été 2023 aux prêtres de son diocèse de Rome.

    Un objectif, la sainteté

    Dans sa préface de quatre pages, le pape explique que ces deux textes éloignés de 32 ans sont «unis par le souci, que je ressens comme un appel fort de Dieu à toute l’Église, de rester vigilants et de lutter avec la force de la prière contre toute concession à la mondanité spirituelle». Il encourage ensuite chaque lecteur à s’en saisir pour mener sa «bataille spirituelle» personnelle, avec pour seul objectif la sainteté.

    «La bataille que nous menons en tant que disciples de Jésus est d’abord une bataille contre la mondanité spirituelle, qui est une forme de paganisme en habits ecclésiastiques», insiste le pontife. Il a dénoncé cette attitude idolâtre» qui laisse l’homme en proie à ses «désirs capricieux».

    Le pontife affirme que cette bataille contre la mondanité n’est pas «vaine» parce que le Christ l’a déjà remportée par son sacrifice sur la Croix. Une victoire qui signifie pour les hommes qu’ils peuvent devenir «de nouvelles personnes», en choisissant la sainteté.

    La sainteté demande de «rester ouvert au ‘plus’ que Dieu nous demande», insiste le pape François. Pour marcher sur ce chemin de sainteté, le pontife enjoint dès lors à «être inquiets et jamais satisfaits» et met en garde contre la tentation de se réfugier «entre les murs de fausses certitudes» ou d’habiter une «opacité confortable».

    La corruption spirituelle, pire que le péché

    Après la préface vient l’article Corruption et péché de 1991, qui a été republié en 2005 à l’époque où l’actuel pape était cardinal-archevêque de Buenos Aires (la présentation du texte date de cette époque). Sous-titré Nous ne devons nous agenouiller que devant Dieu ou devant un enfant, cet essai est une longue mise en garde contre la corruption spirituelle dont découlent toutes les autres corruptions, notamment religieuses et politiques.

    Tout cœur est corrompu, affirmait le prêtre de Cordoba, quand, à force de pécher, le «trésor qui lui est attaché» n’est plus Dieu. Contrairement aux péchés, la «corruption» ne peut pas être pardonnée, soulignait-il encore, parce que l’homme corrompu, se croyant «auto-suffisant», ne ressent plus le besoin de demander pardon.

    Comme une mauvaise haleine

    Le Père Bergoglio comparait cette «ignorance» du corrompu à une «mauvaise haleine» : la personne corrompue ne sait pas qu’elle l’est. Il décrivait ensuite tous les symptômes de cette corruption: vantardise, triomphalisme, besoin de se justifier, frivolité, «faux optimisme» et prosélytisme.

    Dans le second texte, une lettre aux prêtres du diocèse de Rome, le pape François leur demandait d’être un «exemple» pour le monde en revenant «aux sources de l’Évangile» pour «insuffler un esprit nouveau dans les vieilles institutions ecclésiales». Dans cette lettre, il les mettait à nouveau en garde contre la mondanité spirituelle, mais aussi contre le cléricalisme. (cath.ch/imedia/lb)

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    Aux côtés du Pape François, le cardinal Fridolin Ambongo, archévêque de Kinshasa (RD Congo) et président du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar © Sceam

    Mgr Ambongo: «Le Synode ne va pas résoudre des problèmes particuliers»

    Le Synode sur l’avenir de l’Église ne va pas «apporter des solutions à tous les problèmes» mais il «va définir la nouvelle manière» pour l’Église de les aborder, a confié le cardinal Fridolin Ambongo Besungu lors d’un point presse au Vatican le 7 octobre 2023.

    «Ce synode n’est pas comme les trois autres auxquels j’ai participé», a confié d’emblée l’archevêque de Kinshasa, trois jours après l’ouverture de la première session romaine du Synode sur l’avenir de l’Église. Auparavant, a-t-il expliqué, «on savait plus ou moins comment les choses allaient se terminer…. Mais celui-ci: ‘Non’!». Qualifiant ce moment d’«historique», le prélat de 63 ans a assuré qu’il n’y avait «pas d’agenda» porté par les participants, mais bien une volonté d’écouter «la volonté de Dieu sur son Église».

    Un synode sur la synodalité avant tout

    Le cardinal africain a expliqué que les pères et les mères synodaux réunis à Rome tirent leur autorité de leur baptême. «Ce qui constitue l’autorité de tous ceux qui sont venus, ce n’est pas la nomination mais le baptême commun que nous partageons. C’est au nom de notre baptême que nous sommes là. Et puisque nous avons le même baptême, nous avons la même responsabilité vis-à-vis de l’Église.»

    Reconnaissant que «beaucoup d’attentes» ont été générées par ce synode qui traite de thématiques aussi sensibles que le diaconat féminin, le mariage des prêtres ou encore l’accueil des personnes homosexuelles, le cardinal a voulu rappeler qu’il s’agissait avant tout d’un synode «sur la synodalité».

    Le temps est à la méthode… non aux réponses

    «Je ne pense pas que sa finalité soit le traitement de tel sujet», a-t-il estimé. «C’est d’abord la nouvelle manière d’être de l’Église; un nouvel esprit.» Ce temps de discernement est, selon lui, l’occasion de mettre en place une méthode qui permettra à l’avenir de répondre aux questions importantes.

    Sur la thématique des personnes homosexuelles, par exemple, le cardinal considère que «le moment venu, c’est le Seigneur lui-même dans cette démarche de discernement collectif qui nous dira […] dans quelle direction il faut aller. Mais je ne souhaiterais pas, au point où nous en sommes, tomber dans ce que nous pourrions appeler l’opinion personnelle. Ce serait sortir de l’esprit de synodalité.»

    Interrogé sur la question des ministères ordonnés dans l’Église, le cardinal a fait la même réponse, rapportant que la thématique avait été abordée, mais que le moment d’apporter des solutions n’était pas venu. «Ce sera à l’issue de la deuxième session, en 2024, que nous serons peut-être en mesure de donner des réponses à telle ou telle question. Pour le moment nous les évoquons et nous nous mettons à l’écoute de l’Esprit saint.»

    Focus sur la méthode de discernement en cours

    Le cardinal Ambongo a détaillé la manière dont les 365 membres travaillent depuis l’ouverture du Synode pour se mettre à l'écoute de «la volonté de Dieu» pour son Église. Il a détaillé le «va-et-vient» dans la salle Paul VI du Vatican entre les petits groupes de travail et les temps de congrégations générales.

    D’abord, les membres du Synode sont répartis en groupe linguistique autour de tables rondes d’une douzaine de places. «Chacun s’exprime en toute liberté. Il y a un secrétaire du groupe, il y a un modérateur. On fait la synthèse et, autour de la table, vous vous prononcez sur le compte-rendu», a commencé par expliquer le cardinal. Cette synthèse doit être votée et acceptée par la majorité de la table.

    Puis, lors de la congrégation générale, un représentant du groupe dispose de trois minutes pour exposer le rapport devant tout le monde, y compris le pape. Ainsi, tout ce qui a été travaillé dans les petits groupes doit être entendu par l’ensemble de l’assemblée.

    «Le lendemain, vous vous retrouvez de nouveau dans le petit groupe pour réagir sur ce que vous avez retenu comme important, qui ne sortait pas de votre groupe. À l’issue de cela, un rapport est envoyé au secrétariat général», a poursuivi l’archevêque, qui écarte l’idée d’un contrôle par le secrétariat général du processus synodal. (cath.ch/imedia/lb)

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    Le Synode sur la synodalité est entré dans sa seconde semaine © Photo d'illustration/archives © Vatican Media

    La deuxième semaine du Synode commence sans le pape

    La deuxième semaine du Synode sur l’avenir de l’Église, qui bat son plein au Vatican tout le mois d’octobre, s’est ouverte ce lundi 9 octobre 2023. Alors qu’une quinzaine de membres – sur 365 – étaient absents, dont certains déclarés positifs au Covid. Le pape François n’a pas participé non plus à cette matinée, retenu par des «imprévus», a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège à l’agence I.MEDIA. Des participants ont notamment pu s’exprimer sur les différentes conceptions de la synodalité dans le monde.

    Les pères et mères synodaux ont d’abord participé à une messe en rite byzantin présidée dans la basilique Saint-Pierre par le patriarche d’Antioche des grecs-melkites, Youssef Absi. Dans son homélie, le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche d’Antioche des maronites, a énuméré tous les défis sur lesquels l’Église est appelée à se pencher. Il a cité entre autres le changement climatique, la lutte contre «un système économique qui produit exploitation et inégalité», la guérison des victimes des abus sexuels, de pouvoir et de conscience, la pastorale des couples divorcés-remariés, les personnes en mariage polygame.

    Le pape absent

    Tous se sont ensuite retrouvés autour des tables rondes installées dans la salle Paul VI du Vatican, pour la congrégation générale ouvrant le deuxième temps de ce mois de travail. Une quinzaine de membres étaient absents, dont cinq qui se sont excusés pour raison de santé, et parmi eux se trouvent quatre cas de Covid. Le pape François, dont la chaise est restée vide, était retenu «par des engagements imprévus» et n’a «pas le Covid», a précisé la communication vaticane.

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur général du Synode, a introduit les travaux en expliquant que les groupes de partage – Circuli Minores – avaient été réorganisés selon les langues et thématiques choisis par les membres. Parmi les questions abordées, ils se demanderont notamment «comment pouvons-nous vivre notre foi profondément dans notre propre culture sans exclure les personnes d’autres cultures?».

    Chez les orthodoxes, le Synode n’intègre pas les laïcs

    Dans son intervention, l’assistant spirituel du Synode, le prêtre dominicain Timothy Radcliffe, a invité à dépasser «les étiquettes faciles». «Ce qui nous isole tous, c’est d’être pris au piège de petits désirs, de petites satisfactions, comme celle de battre nos adversaires ou d’accéder à un statut», a-t-il lancé.

    Un représentant du patriarcat œcuménique de Constantinople, le métropolite Job de Pisidie, a pris la parole pour souligner les divergences entre «la compréhension de la synodalité dans l’Église orthodoxe» et celle de l’assemblée du Synode des évêques, où pour la première fois cette année, 43 laïcs ont droit de vote. Chez les orthodoxes, a-t-il argué, «un synode est une réunion délibérative d’évêques, et non une assemblée consultative de clercs et de laïcs». Se référant à la place particulière du pape François, qui ne prend pas part au vote et a le dernier mot sur les décisions, Job de Pisidie a précisé que dans l’Église orthodoxe, «le primat fait partie du synode; il n’a pas d’autorité supérieure au synode et n’en est pas exclu».

    A l'écoute de l'Asie

    Deux intervenants d’Asie ont présenté la manière de concevoir la synodalité dans leur région, où les catholiques représentent 3% de la population. Siu Wai Vanessa Cheng, laïque membre de la communauté des Focolari à Hong Kong, s’est faite l’avocate de «ceux qui se taisent pour une raison ou une autre». Et de citer les cultures asiatiques qui «ne favorisent pas le franc-parler pour diverses raisons, telles que la peur de commettre des impairs et de perdre la face, de ne pas être accepté par son cercle social, d’être identifié comme problématique, irrespectueux et provocateur devant toutes sortes d’autorités, etc». «De nombreux fidèles peuvent avoir tendance à rester silencieux au lieu d’exprimer leurs propres opinions et préoccupations», a-t-elle averti.

    Dans l’après-midi, l’assemblée élira les membres de la Commission pour le rapport de synthèse, et les membres de la Commission pour l’information, avant de former les groupes de partage. Suivront dans les prochains jours trois congrégations générales. (cath.ch/imedia/ak/rz)

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    Le cardinal Michael Czerny est préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral depuis 2022 © Jacqueline Straub

    Cardinal Czerny: "Les réformes sont en marche"

    Le cardinal Michael Czerny est convaincu que le Synode encouragera la participation dans l’Eglise. Il faut, selon lui, de "nouvelles voies" pour que les femmes puissent mieux s'impliquer. Le changement est en marche, assure le préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral.

    Jacqueline Straub, kath.ch/traduction et adaptation: Raphaël Zbinden

    Quel sens donnez-vous au processus synodal?
    Cardinal Czerny: Le Synode est un merveilleux défi pour nous en tant qu'Eglise. Ce n'est pas un exercice facile, mais il vaut la peine d'apprendre ensemble comment nous pouvons mieux fonctionner en tant qu'Eglise pour remplir la mission que Jésus-Christ nous a confiée.

    Quels sont vos espoirs?
    J'espère que nous apprendrons l'art d'écouter, de dialoguer et de trouver un consensus dans la prière et la fraternité. J'espère aussi que nous avancerons ensemble face à de nombreuses questions et divergences.

    Pensez-vous que cela puisse changer la structure de l'Église catholique à long terme?
    Nous verrons bien les changements que le Synode apportera. Mais ces changements seront le fruit de cette approche synodale. Nous avons besoin de temps. Les résultats ne seront pas visibles immédiatement.

    À la veille du synode de Rome, de nombreux pays ont réclamé l'égalité des droits pour les femmes. Qu'en pensez-vous?
    Cela montre que la question des femmes est une préoccupation à travers le monde. C'est aussi un exemple du processus synodal à l'œuvre. Le Synode n'est pas appelé à répondre à ces questions. Il est appelé à apprendre comment il fonctionne lui-même. C'est une forme d’expérience.

    "C'est notre tradition que les femmes ne puissent pas devenir prêtres. Mais la tradition est dynamique"

    Pensez-vous que le Synode renforcera le rôle des femmes dans l'Église?
    Le processus synodal l'a déjà fait. Parce que les femmes et les hommes y ont participé sur un pied d'égalité. En outre, les femmes et les hommes sont sur un pied d'égalité dans l'Église catholique.

    Pourquoi les femmes n'ont-elles alors pas la possibilité d'être ordonnées?
    L'égalité des sexes dans l'Église ne vient pas de l'accès au sacerdoce, mais du baptême. Le baptême fait de nous des membres égaux de l'Église, égaux dans tous les aspects de la participation.

    Cependant, les femmes qui en ressentent la vocation ne peuvent pas devenir prêtres.
    Je crois qu'il y a toujours une idée démodée selon laquelle un prêtre ou un évêque est supérieur aux autres. Votre question est une question sociologique à laquelle l'Eglise ne peut donner qu'une réponse limitée qui ne vous satisfera probablement pas. Nous sommes désolés. Mais j'espère que vous apprécierez toujours davantage la vie réelle, la véritable Église, dans laquelle les hommes et les femmes ont la même dignité et collaborent sur un pied d'égalité.

    "Le mot 'catholique' implique que tout le monde est englobé. Il ne s’agit pas d’une uniformité"

    Mais, alors que la vocation d'un homme pour la prêtrise est examinée par l'Église, celle d’une femme ne l’est pas. Il s'agit d'une discrimination structurelle.
    Non, ce n'est pas une discrimination structurelle, c'est notre tradition que les femmes ne puissent pas devenir prêtres. Mais la tradition est dynamique. Elle est continue. Elle n'est pas statique.

    Un livre sera publié prochainement dans la région hispanophone, dans lequel de très nombreuses femmes racontent leur vocation sacerdotale. Avez-vous déjà rencontré une femme ressentant un appel à devenir prêtre?
    Sans doute. J'ai rencontré des femmes qui y réfléchissent ou qui participent à un tel débat.

    "Il est important que les femmes se sentent chez elles dans l'Eglise"

    Le Synode permettra-t-il des solutions décentralisées?
    Oui, je pense que certaines différences locales seront soulignées. Nous avons déjà de grandes différences au sein de l'Eglise universelle. Par exemple, les fidèles africains célèbrent l'Eucharistie différemment de ceux d'Europe. Le mot "catholique" implique que tout le monde est englobé. Il ne s’agit pas d’une uniformité. Il s’agit d’inclure tout le monde.

    Comment est-ce possible?
    Nous vivons déjà la dimension "catholique", qui est la diversité dans l'unité. Certaines différences vont peut-être s'accentuer à l'avenir et d'autres vont peut-être s'atténuer. Le Synode peut faire des propositions ou prendre des décisions à ce sujet.

    Vous êtes préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral. La moitié de votre équipe est composée de femmes. Pourquoi est-ce important pour vous?
    Il convient de recruter les personnes les plus aptes à remplir les fonctions, indépendamment du sexe.

    Votre dicastère s'occupe des droits humains. Comment améliorer le rôle des femmes dans l'Église?
    Tout d'abord, il est important que les femmes se sentent chez elles dans l'Eglise. Il faut trouver de nouvelles et meilleures façons de les impliquer dans l'institution.

    "Le programme de réforme est la croissance, la vie de l'Eglise elle-même"

    Dans le Nouveau Testament, il y a l'apôtre Junia, transformée au Moyen Âge en un homme, Junas. Marie-Madeleine était appelée dans l'Église primitive "l'apôtre des apôtres" et le pape François l'a reconnue comme telle et l'a valorisée liturgiquement. En même temps, le Vatican dit qu'il n'y avait pas d'apôtres femmes. Qu'est-ce que cela signifie pour la femme d'aujourd'hui?
    Quand on dit que Marie-Madeleine était "l'apôtre des apôtres", c'est tout un changement de perspective qui se reflète ainsi dans la liturgie. Le changement est donc en cours.

    Le Concile Vatican II décrit l'Église comme semper reformanda. Ce principe est-il encore valable aujourd'hui?
    Oui, l'Eglise est toujours en train de se réformer. Le programme de réforme n'est pas un moment où quelqu'un décide de changer une règle. Le programme de réforme est la croissance, la vie de l'Eglise elle-même, et cela se reflète dans son enseignement. La réforme n'a pas cessé, elle est en cours. Il y aura de nouveaux résultats. Mais quand on est au début d'un processus, comme le Synode sur la synodalité, on ne peut pas dire ce qui en sortira à la fin.

    La croix que vous portez au cou est originale. Quelle est son histoire?
    Le bois de la croix provient d'un bateau de réfugiés réduit en miettes qui s’est échoué sur une plage de Lampedusa. Cela me rappelle toujours de mettre l'accent sur les personnes qui appellent à l'aide – comme Jésus l'a fait. (cath.ch/kath/js/rz)

    Michael Czerny est jésuite et cardinal depuis 2019. Il est né en République tchèque et a grandi au Canada. Il a travaillé en Amérique latine, en Afrique et à Rome pour la doctrine sociale de l'Eglise et la justice sociale. En avril 2022, le pape François l'a nommé préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral. JS

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    Les Eglises africaines craignent que le synode néglige leurs préoccupations © DR

    Synode: faire écouter la voix de l’Afrique, entre hésitation et repli

    Alors que les Eglises occidentales cristallisent le débat autour des couples homosexuels, de l’ordination de femmes ou du fléau de la pédophilie, l’Afrique insiste sur la lutte contre la pauvreté, la polygamie ou encore le syncrétisme. Mais peine à se faire entendre, malgré ses 67 participants. Certains craignent que le déphasage des préoccupations entre le Nord et le Sud ne précipite des ruptures ou un repli sur soi.

    Max-Savi Carmel, à Rome

    Mi-août 2023, Nairobi. Venus de tout le continent, une cinquantaine de cardinaux, évêques, prêtres et laïcs se bousculent au Kenya. Objectif "harmoniser les priorités, confronter les positions et préparer l’implication active et fructueuse du continent au synode", déclarait le Père Rafael Simbine. Le secrétaire général du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) insistait sur le besoin de "relecture du document synodal africain et de l'Instrumentum Laboris". Cette rencontre a été l’occasion pour de nombreux présidents de Conférences épiscopales nationales de constater que le synode "n’a pas suffisamment intégré les préoccupations africaines" à cause du déphasage entre le Nord et le Sud.

    Dès son arrivée à Rome début octobre, face à l’impression que l’Afrique risque de ne pas être suffisamment écoutée, le président de la Conférence des évêques du Kenya a planté le décor. "Nous devons faire écouter la voix de l’Afrique" a lancé Mgr Martin Kivuva Musonde. De nombreux prélats craignent en effet "que les conflits théologiques des Eglises occidentales n’empêchent les délégations africaines de défendre l’essentiel".

    Conflits, migrations, colonialisme économique…

    Pour la religieuse sénégalaise Anne-Béatrice Faye, docteure en philosophie, "il faut que l’assemblée générale du synode prenne à cœur toutes les préoccupations" sans négliger aucune région. Membre de l’Association des théologiens africains (Ata), elle insiste sur les préoccupations du continent notamment "la résolution des conflits, la lutte contre le colonialisme économique et l’exploitation illégale des ressources, la promotion de la bonne gouvernance, ou encore l’inculturation".

    Des thèmes bien éloignés des sujets qui préoccupent les Eglises européennes et nord-américaines. Ces dernières cristallisent une large part du débat autour du mariage homosexuel, du remariage des divorcés, de l’ordination des femmes…"Ces conflits idéologiques vont nous perdre du temps", déplore un délégué de la République démocratique du Congo, le pays le plus catholique du continent. "Nous faisons face aux guerres, au néocolonialisme, à l’émigration", des urgences qui, selon lui, "ne préoccupent guère les autres".

    La cathédrale de Ouagadougou, au Burkina Faso
    La cathédrale de Ouagadougou, au Burkina Faso @ wikimedia commons Sputniktilt CC BY-SA 3.0

    Un sentiment partagé par Mgr Antony Muheria. Pour l’évêque du diocèse de Nyeri (centre du Kenya), "les fidèles nous demandent de nous pencher sur la polygamie" rappelle-t-il. Experte synodale, Sœur Anne-Béatrice rallonge la liste, par "la situation des femmes, la protection de l’enfance, la pauvreté…", des thématiques que les délégués africains tentent d’imposer, vaille-que-vaille.

    Profiter de la forte présence africaine

    Face au pessimisme de tout un continent quant à l’issue du synode, le très influent cardinal congolais Fridolin Ambongo tempère. Il a fait remarquer aux délégués du continent que l’Afrique n’a jamais été autant bien représentée dans un synode et exprime au pape "une forte gratitude.

    Sur 464 participants, l’Afrique en compte 67 dont 5 cardinaux, 48 évêques, 12 prêtres et religieuses et 2 laïcs, "c’est à eux de porter dignement notre voix" a martelé le cardinal réputé proche du pape François.

    "Nous aurions pu avoir des synodes pour chaque continent avant une rencontre de synthèse à Rome" observe un jésuite ivoirien, étudiant en Italie qui préconise qu’après les débats et d’ici octobre 2024, "le pape ne se penche sur des préoccupations par zone géographique". Car, craint-il, "ce synode ne doit pas donner l’impression de privilégier l’Europe et l’Amérique". A la suite de deux synodes consacrés à l’Afrique notamment en 1994 par Jean Paul II et 2009 par Benoît XVI, le jésuite pense que les "synodes régionaux sont plus efficaces et plus fructueux". Un avis largement partagé par la plupart des présidents de conférences épiscopales nationales présents actuellement à Rome.

    Une Afrique hésitante

    Une première surprise a eu lieu dès l’ouverture du synode, selon diverses indiscrétions, les délégués africains "ont exprimé une certaine souplesse sur la question de l’accès à la communion" pour les divorcés-remariés. "Une manière de faire des concessions afin d’obtenir l’opposition totale au remariage sacramentel", prédit un évêque africain. A en croire ce président de la conférence épiscopale de son pays, "la radicalité sur les questions éthiques risque d’isoler les délégués du continent". "Mieux vaut faire des concessions afin de faire passer notre position sur l’essentiel".

    L’essentiel pour ce prélat,déjà présent aux deux synodes sur la famille (2014 et 2015), "c’est la clarification du synode sur les sujets spécifiques aux Eglises d’Afrique". Selon lui, la question du mariage homosexuel "n’a même pas sa place en Afrique" d’autant qu’elle "ne nous concerne pas, c’est une affaire occidentale". A peine concède-t-il une possible bénédiction des personnes homosexuels. Quant à l’ordination de femmes, "diacres ou prêtres, il n’en est pas question", tranche ce prélat de l’Afrique centrale pourtant jeune et réputé progressiste.

    Entre la peur de repli et l’espoir

    Malgré les divergences, les délégués africains sont restés discrets, notamment dans les médias. Une posture encouragée par le cardinal Ambongo. Peu avant la Congrégation générale du 13 octobre, l’archevêque de Kinshasa a rappelé la nécessité de rester "ouverts à l’Esprit-Saint" lors d’une messe célébrée à la basilique Saint Pierre et qui a rassemblée les participants africains au Synode.

    Malgré les difficultés et craintes, le président du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar a exhorté les uns et les autres à "combattre courageusement le Malin, en utilisant les armes de la synodalité, qui exigent l'unité".

    Aux côtés du Pape François, le cardinal Fridolin Ambongo, archévêque de Kinshasa (RD Congo) et président du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar
    Aux côtés du Pape François, le cardinal Fridolin Ambongo, archévêque de Kinshasa (RD Congo) et président du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar @ Sceam

    Unité plus que jamais indispensable d’autant que des effritements sont apparus au sein de la délégation africaine, entre ceux qui ne veulent faire aucune concession et les rares prélats progressistes majoritairement promus par le pape François. Fridolin Ambongo a réitéré avec insistance son espoir de "la nouvelle Pentecôte, qui renouvellera certainement l'Église".

    Quant à cet autre expert de l’Afrique australe présent à la messe, "on a l’impression qu’on nous presse", s’agace-t-il, espérant que d’ici la rencontre finale d’octobre 2024, "le pape comprenne que rien n’est urgent et que l’Eglise a toujours su prendre son temps". Ce dernier craint d’ailleurs que l’hégémonie des thèmes qui s’éloignent trop des réalités africaines "ne crée un repli sur soi des Eglises du continent". Une crainte face à laquelle le cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque de Ouagadougou, également présent à Rome appelle ceux qu’il rencontre dans la ville éternelle "à la prière".  (cath.ch/msc/mp)

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    Le pape reçoit Mgr Jean-Claude Hollerich, alors président de la COMECE © Twitter COMECE

    Le cardinal Hollerich expose la marche à suivre jusqu’à octobre 2024

    Le cardinal Jean-Claude Hollerich a expliqué ce 18 octobre 2023 aux membres du Synode réunis à Rome la « double tâche » qu’ils devront mener d’ici à la session d’octobre 2024. Les membres devront présenter le « rapport de synthèse » de ce mois de travail au niveau local et « planifier le recueil des réactions » afin de préparer la dernière session romaine de ce Synode initié en 2021.

    Les principes de ce rapport de synthèse ont été approuvés à une quasi-unanimité dans la matinée lors du premier vote de ce Synode qui inclut désormais des laïcs.

    « Nous approchons de la fin. Mais attention : cela ne doit pas devenir une raison pour réduire notre engagement dans notre travail, comme s’il s’agissait de la dernière semaine d’école ». C’est ainsi que le cardinal Hollerich, rapporteur général du Synode sur l’avenir de l’Église, a introduit son propos devant près de 350 membres réunis dans la salle Paul VI du Vatican. Depuis ce le 18 octobre, ils abordent le dernier module – sur la participation – de l’Instrument de travail, ce document qui synthétise les réflexions et questions soulevées dans l’Église catholique depuis deux ans au niveau local et continental.

    Le cardinal luxembourgeois a expliqué que cette fin de session romaine – officiellement le 29 octobre – coïncidait avec le début d’une phase « tout aussi importante » dans le processus synodal : la période entre les deux sessions. Le pape François a en effet souhaité que ce Synode se déroule en deux sessions romaines espacées d’une année. Il s’agit de laisser mûrir les réflexions – dont certaines portent sur des points très sensibles – dans un jeu d’aller-retour entre Rome et les Églises locales.

    Grandes attentes de changements

    Le cardinal Hollerich a rappelé aux membres du Synode que cet événement suscitait des attentes importantes, notamment du côté des grands médias, « surtout ceux qui sont les plus éloignés de l’Église » et qui s’intéressent « aux changements possibles sur un nombre très limité de sujets ». Mais il a aussi parlé des attentes des chrétiens engagés qui « se demandent ce qui va changer pour eux » et comment la « coresponsabilité » de tous les baptisés pourra être expérimentée. « Nous sommes bien conscients que ce Synode sera évalué sur la base des changements perceptibles qui en résulteront », a-t-il souligné.

    S’exprimant en anglais depuis sa table ronde installée aux côtés des 34 autres dans la vaste salle Paul VI, le rapporteur a fixé le cap que les membres devront suivre sitôt cette première session achevée. Il s’agira d’abord pour eux de « restituer » au niveau local « les fruits de notre travail rassemblés dans le rapport de synthèse ». Cela passera par l’implication des « conférences épiscopales », la réunion des « équipes synodales », la communication dans les médias, la préparation de « chemins d’expérimentation et d’approfondissement que nous identifierons ensemble comme étant appropriés », a détaillé l’archevêque de Luxembourg.

    La deuxième tâche consistera à « commencer à planifier le recueil des réactions des Églises locales, les fruits des échanges et les pistes d’expérimentation et d’approfondissement ». L’objectif est « d’arriver ‘préparés’ à la deuxième session, c’est-à-dire chargés d’une conscience plus claire du Peuple de Dieu sur ce que signifie être une Église synodale ».

    À quoi ressemblera le « rapport de synthèse » ?

    Au terme de la congrégation générale, le cardinal Hollerich a donné aux membres du Synode des informations concernant les travaux de la commission pour le rapport de synthèse. Le texte sera relativement bref, a rapporté Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication du Saint-Siège, lors d’un briefing avec les journalistes accrédités.

    Le rapport comportera les points sur lesquels les pères et mères synodaux sont parvenus à un consensus et puis ceux sur lesquels un désaccord subsiste. Cette feuille de route devrait présenter des « questions ouvertes » qui nécessiteront un approfondissement du point de vue canonique, théologique et pastoral.

    Ce rapport de synthèse n’est ni un « document final » ni même « l’Instrumentum Laboris [Instrument de travail] » de la prochaine assemblée d’octobre 2024. « L’objectif de ce document sera d’accompagner la prochaine phase », a encore insisté Paolo Ruffini, confiant par ailleurs que la commission souhaitait aussi rédiger une lettre pour raconter à tous les chrétiens l’expérience vécue par les membres du Synode durant ce mois.

    En accord avec le pape, la proposition a été soumise au vote de l’assemblée qui l’a adoptée à une très grande majorité : 335 votes favorables contre 11 défavorables sur 346 votants. C’est la première fois que l’assemblée votait, et donc que 45 laïcs pouvaient exercer leur droit de vote au sein du Synode des évêques, une institution créée après le Concile Vatican II et composée originellement d’évêques.

    Les membres planchent désormais sur la participation

    Les membres du Synode ont inauguré ce matin le cycle de réflexion sur la « participation », une thématique cruciale puisqu’elle implique de s’attaquer à la conception même de l’autorité dans l’Église catholique, et à la juste articulation des pouvoirs en son sein. Le cardinal a assuré qu’il ne s’agissait pas de « remettre en cause l’autorité des ministres ordonnés » mais de comprendre comment les laïcs pouvaient aussi participer à la mission de l’Église et en être « coresponsables », en vertu de leur baptême.

    Au sujet du cléricalisme, qui désigne l’abus de pouvoir par des membres du clergé et que le pape François veut éradiquer, le cardinal Hollerich a prévenu : « Là où règne le cléricalisme, il y a une Église qui ne bouge pas, une Église sans mission ». Comme le répète souvent le pontife argentin, il a souligné que le cléricalisme pouvait aussi affecter les laïcs, « lorsqu’ils prétendent être en charge pour toujours ».

    Ce Synode doit lutter contre toutes les formes de cléricalisme, et donc bouger les lignes. Car « les cléricalistes ne veulent que maintenir le ‘statu quo‘ », a-t-il analysé, un statu quo qui « cimente leur pouvoir ».

    Dans la section de l’Instrument de travail consacrée à la participation se trouvent une soixantaine de questions très variées que les membres du Synode doivent désormais aborder. Le document interroge notamment sur la manière de favoriser la participation des femmes, des jeunes ou des minorités dans l’Église et pose la question de l’adaptation des structures ecclésiales à un style de gouvernance synodale.

    Il donne aussi à réfléchir sur le degré d’autorité doctrinale des conférences épiscopales ou bien sur la juste attitude du pape dans les cas où les autorités locales prendraient des orientations différentes. (cath.ch/imedia/hl/mp)

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    Le cardinal Aveline a souhaité «revenir avec des possibilités d’embarquer plus de monde dans cette dynamique synodale, pour ne pas rester sur un petit échantillon» © Diocèse de Marseille

    Une semaine "décisive" s'ouvre pour le Synode, estime J.M. Aveline

    «On est devant une semaine assez décisive», a assuré le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, lors d’un briefing organisé au Saint-Siège le 23 octobre 2023, alors que vient de s’ouvrir la dernière semaine de la première session du Synode sur l’avenir de l’Église, grand chantier de réflexion qui rassemble 464 participants du monde entier à Rome tous le mois.

    Le cardinal Aveline, seul cardinal de l’Hexagone présent parmi les membres choisis personnellement par le pape, a confié à la presse les quatre sentiments qui l’ont habité depuis le début des travaux le 4 octobre, à commencer par la joie et la curiosité. «Et je n’ai pas été déçu», a-t-il glissé.

    Le prélat de 64 ans s’est dit aussi traversé d’un sentiment de «gravité», faisant observer que si «déjà en arrivant le monde était en crise, pendant qu’on était là les crises se sont aggravées». Le 7 octobre, trois jours après l’ouverture du Synode, les participants apprenaient l’attaque du Hamas contre Israël, qui a transformé le conflit latent en guerre ouverte. «Les soucis du monde nous rappellent qu’on ne va pas discuter 20 ans sur des petites choses, il faut aussi que l’Église prenne sa responsabilité et serve l’amour que Dieu porte au monde», a-t-il lancé.

    "Les soucis du monde nous rappellent qu’on ne va pas discuter 20 ans sur des petites choses."

    Jean-Marc Aveline

    Enfin, le cardinal Aveline a parlé de son sentiment «d’appréhension», lié au fait qu’en France, «on a beaucoup de marge de progression» quant à la participation à ce grand Synode ouvert au niveau des diocèses en 2021. Il a souhaité «revenir avec des possibilités d’embarquer plus de monde dans cette dynamique synodale, pour ne pas rester sur un petit échantillon». S’il a reconnu avoir apprécié la «liberté de parole» dans les échanges, il a cependant mis en garde au passage contre la tentation de la «lutte pour être sûr d’avoir le leadership».

    Envisageant la dernière semaine de ce Synode, l’archevêque de Marseille a estimé que «ce qu’on a maintenant à vivre est assez important». Il s’agit de «se mettre d’accord sur les points auxquels nous arrivons, sur les questions qui restent ouvertes, qu’il faut que nous travaillions, sur des divergences qu’il faut que nous explorions mieux». «Il y a beaucoup de travail», a ajouté le cardinal, voyant les 11 mois à venir, avant la prochaine session – deuxième phase du chantier – en octobre 2024 comme «un temps de germination».

    Le 25 octobre, sera publié un premier texte de cette assemblée, un «message au peuple de Dieu», qui doit accompagner le rapport de synthèse – document final. Ce message se veut raconter «au plus de personnes possibles l’expérience que les membres du Synode ont vécu», a expliqué Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication.

    Le texte du Rapport de synthèse sera quant à lui approuvé par les membres ayant droit de vote – qui sont au total 365, dont près d’un quart de non-évêques, religieux, ou laïcs – samedi soir, 28 octobre.

    Catéchisme de l’Église catholique et communauté LGBT

    Répondant à une question sur la possibilité de modifier le Catéchisme de l’Église catholique qui qualifie les actes homosexuels d’«intrinsèquement désordonnés», le cardinal autrichien Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a rappelé que seul le pontife pouvait décider d’un changement sur ce texte.

    Depuis sa promulgation en 1992, «il y a un seul changement qui est intervenu avec le pape François sur la peine de mort», a expliqué celui qui a été le secrétaire de rédaction du catéchisme. Le cardinal Schönborn a alors révélé que Jean-Paul II «voulait déjà qu’il y ait une condamnation explicite de la peine de mort», et que Mère Teresa de Calcutta en avait fait la demande «avec insistance». «Est-ce qu’il y aura d’autres changements dans le catéchisme? Je ne sais pas», a-t-il poursuivi.

    Quant au discours de l’Église sur l’homosexualité, le théologien a donné une clé de lecture utilisée par le pape François, en se référant à la question de «l’imputabilité». Cette question envisage que «quelque chose qui objectivement ne correspond pas au dessein de Dieu» peut avoir «subjectivement une imputabilité réduite ou même non-existante». «Le principe, c’est de tenir ces deux éléments, et ce sera toujours comme ça, il y a un ordre objectif et il y a les personnes humaines, qui ont toujours droit au respect, même si elles pèchent», a-t-il explicité en français.

    Citant Jean XXIII, le cardinal Schönborn a également redit «l’immutabilité de la doctrine», mais «l’approfondissement de la compréhension» de celle-ci.

    Enfin, évoquant les divisions entre les chrétiens, l’archevêque de Vienne a laissé entendre que «peut-être que Dieu permet cette honte du manque d’unité parce que nous ne sommes pas encore capables de faire bon usage de notre unité pour le bien de l’humanité». Il y a en effet «une unité de force, militaire, politique, économique», qui n’est pas celle de l’Évangile, a-t-il averti. (cath.ch/imedia/bh)

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    Mgr-Christoph-Schonborn

    Mgr Schönborn: la modification du catéchisme est l'affaire du pape

    Qu'en est-il d'une modification de l'enseignement officiel de l'Eglise sur l'homosexualité vécue? Selon le cardinal viennois Christoph Schönborn, c'est uniquement l'affaire du pape, rapporte le site katolish.de le 23 octobre 2023. Le catéchisme a déjà été modifié une fois sous François. Le cardinal autrichien a par ailleurs fait l'éloge de la méthode de travail du synode.

    Selon le cardinal viennois Christoph Schönborn, une modification de la doctrine officielle de l'Eglise sur l'homosexualité vécue est du seul ressort du pape, explique le site Katholisch.de. En réponse à une question à ce sujet, le cardinal Schönborn a déclaré le 23 octobre au Vatican qu'il n'y avait eu jusqu'à présent qu'une seule modification du catéchisme en vigueur datant de 1992.

    En 2018, le pape François a ajouté le bannissement de la peine de mort dans le manuel de l'Eglise catholique. La question de savoir s'il y aura d'autres modifications dépend uniquement du pape, qui proclame le catéchisme et le met en vigueur, a déclaré le cardinal, qui a participé à la formulation du catéchisme en vigueur il y a plus de 30 ans.

    Au sujet de l'homosexualité et du péché, Mgr Christoph Schönborn a fait remarquer que François a souvent parlé de la question de la culpabilité de l'individu. Il y a un fossé entre l'ordre objectif prédéfini et le niveau subjectif de l'individu, qui est toujours pécheur. L'Eglise doit respecter et accompagner chaque être humain avec ses limites et son histoire.

    Lors du synode mondial qui s'est tenu au Vatican, il a été question à plusieurs reprises de la manière dont l'Eglise catholique devrait à l'avenir traiter les personnes qui vivent dans des relations homosexuelles. Plusieurs pères synodaux avaient demandé un changement sur ce point. Interrogé sur le rôle de la théologie et de la pensée des fidèles dans le développement de la doctrine de l'Eglise, Mgr Schönborn a souligné que la doctrine de l'Eglise était immuable. Mais il y a un développement et un approfondissement dans la compréhension et la présentation de la foi, a-t-il ajouté.

    Éloge de la méthode de travail du synode

    Le cardinal Schönborn a ensuite fait l'éloge de la méthode de travail du Synode mondial. La méthode de la synodalité est "clairement juste et nécessaire", a déclaré l'archevêque. Lors de l'assemblée, l'écoute est prioritaire; il s'agit en outre d'un discernement commun. Cette approche change profondément la situation. Le cardinal autrichien a ajouté qu'il avait récemment parlé du synode avec l'économiste et conseiller politique américain Jeffrey Sachs. Celui-ci a dit que le Conseil mondial de sécurité devrait lui aussi travailler selon la synodalité; il y aurait alors peut-être un peu plus de paix dans le monde. Au Conseil de sécurité, personne n'écoute vraiment, a critiqué Mgr Schönborn. Les représentants y exposent les directives de leurs gouvernements sans vraiment entrer en contact les uns avec les autres.

    Le pape François appelle les Pères et Mères du Synode romain à pratiquer «l’apostolat de l’oreille», à savoir une attitude d’écoute réciproque dans le respect et la bienveillance
    Le pape François appelle les Pères et Mères du Synode romain à pratiquer «l’apostolat de l’oreille», à savoir une attitude d’écoute réciproque dans le respect et la bienveillance @ Vatican Media

    Le prélat autrichien, 78 ans, a déjà participé à huit synodes des évêques. Lors de l'actuel synode mondial au Vatican, il est membre avec droit de vote du conseil synodal, une sorte de conseil des anciens. La méthode de travail de cette assemblée est la meilleure qu'il ait jamais connue, a déclaré le cardinal. La synodalité est pour lui le moyen de vivre la communion; "l'Eglise est communion", a déclaré Mgr Schönborn.

    Il a rappelé le Concile Vatican II (1962-1965) et le document Lumen gentium sur une nouvelle conception de l'Eglise en tant que communauté de croyants. A la fin de Vatican II, il était un étudiant en théologie de 20 ans, a-t-il rapporté. Le théologien Karl Rahner (1904-1984) avait alors déclaré que tout le Concile serait vain s'il n'en ressortait pas un surcroît de foi, d'espérance et de miséricorde. "Je dirais la même chose pour ce synode", a déclaré le cardinal.

    Les Eglises locales européennes à la traîne

    Mgr Schönborn a en outre souhaité une collaboration plus visible entre les évêques au niveau européen. Le Conseil des Conférences épiscopales d'Europe (CCEE) n'a pas réussi à développer le même potentiel que les conseils épiscopaux continentaux d'Asie ou d'Amérique latine, a déclaré le cardinal. "Nous sommes restés un peu à la traîne dans la synodalité vécue entre les Eglises locales en Europe. Je pense que nous avons besoin d'être stimulés pour aller encore plus loin". Par exemple, les conférences épiscopales en Europe n'ont pas réussi jusqu'à présent à formuler une parole commune sur le drame de la migration, a déploré Mgr Schönborn. C'est triste, d'autant plus que la politique n'est pas capable d'une prise de position commune, a-t-il ajouté. (cath.ch/tmg/kna/bh)

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    Ce message doit exprimer ce qui a été vécu dans tout le mois de travaux © Vatican Media

    Synode: la Lettre au peuple de Dieu est votée aujourd'hui

    Alors que s’achèvera dimanche la première session romaine du Synode sur l’avenir de l’Église, un premier document – une «Lettre au peuple de Dieu» – doit être voté par l’assemblée ce 25 octobre 2023. Le «rapport de synthèse» – document final –, dont le brouillon d’une quarantaine de pages a été diffusé aux participants, sera débattu dans les prochains jours et voté samedi 28 octobre.

    Sheila Leocádia Pires, secrétaire de la Commission pour l’Information du Synode, a expliqué lors d’un briefing que le projet de la “Lettre au peuple de Dieu” avait été accueilli par «des applaudissements» le 23 octobre. Cependant, l’assemblée ayant formulé des «suggestions», le texte a été modifié, et doit être lu dans l’après-midi de ce 25 octobre, puis voté – sous anonymat – par les 364 membres. Ce message doit exprimer ce qui a été vécu dans tout le mois de travaux. Selon les informations d'I.MEDIA, la teneur de ce texte n’a pas fait l’unanimité dans les débats.

    Ce mercredi matin, a aussi informé le préfet du dicastère pour la Communication, Paolo Ruffini, le document final de 40 pages a été distribué aux participants. Afin de bénéficier de plus de temps pour l’amender, une congrégation générale ultérieure a été ajoutée au programme le 27 octobre au matin – qui était initialement une journée de pause. Soumise au vote, cette décision l’a emportée avec 252 scrutins favorables contre 95 opposés.

    Le texte définitif de ce rapport de synthèse sera lu samedi matin, 28 octobre, et voté samedi après-midi, a précisé Paolo Ruffini en rappelant que la nature de cette assemblée était «consultative» et non pas décisionnaire. Le rapport doit être ensuite remis au pape.

    Ce Synode n’est «pas un instrument de changement»

    Interrogé par la presse, le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui en République centrafricaine, a reconnu que ce Synode avait «pris une trajectoire différente» des Synodes précédents. Mais les sujets abordés – dont certains concernent des points brûlants de l’actualité de l’Église, comme le rôle des femmes ou l’accueil des personnes LGBT – n’ont «pas besoin d’une réponse immédiatement», a-t-il estimé. Et de glisser: ils peuvent être laissés «sur la table» pour une réflexion mûrie, et non pas prise «sous pression».

    Le cardinal Robert Francis Prevost, préfet du dicastère pour les Évêques, a rappelé pour sa part que ce Synode n’avait pas pour objectif de «revoir les structures de l’Église». Ce chantier initié en octobre 2021 au niveau des diocèses est plutôt consacré à «la dimension charismatique, spirituelle de l’Église», a-t-il précisé.

    Moins de 1% des catholiques ont participé au processus

    Ce Synode n’est «pas un instrument de changement» des structures, a renchéri Mgr Timothy Broglio, ordinaire militaire – évêque préposé aux Armées – des États-Unis. Le président de la Conférence des évêques des États-Unis a noté que le spectre de «quelque chose de dramatique», diffusé dans les débats autour du Synode, avait créé «de grandes attentes et de grandes peurs».

    Cet ancien diplomate du Vatican a regretté que seulement moins de 1% des catholiques du monde aient participé au processus depuis deux ans, et qu’il n’y ait pas davantage de «curés de paroisse» dans l’assemblée. Pour le prélat, il faut «trouver des façon d’attirer des gens» sur ce chemin. (cath.ch/imedia/ak/bh)

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    "L’Église a absolument besoin de se mettre à l’écoute de tous, en commençant par les plus pauvres», ont indiqué les membres du synode © Vatican Media

    L'Eglise doit écouter les exclus, disent les membres du synode

    Les membres du Synode ont voté à une large majorité mercredi 25 octobre 2023 la publication d’une lettre à destination du «peuple de Dieu» dans laquelle ils expriment leur état d’esprit alors que s’achèvera dimanche la première session romaine du Synode sur l’avenir de l’Église. La lettre de deux pages et demi ne comporte pas d’annonce concrète mais enjoint les chrétiens à «se mettre à l’écoute des plus pauvres".

    Réunis depuis le 30 septembre à Rome pour réfléchir à l’Église de demain, les membres du Synode des évêques – dont un quart ne sont pas évêques – ont tenu à rendre compte de leur expérience aux chrétiens du monde entier avant de se séparer à l’issue de cette première session de travail qui doit accoucher d’une synthèse samedi. La lettre a été soumise aux votes. 336 membres l’ont approuvée sur les 348 présents. 12 ont donc voté contre.

    «Ce fut une expérience inédite», assurent-ils dans cette lettre dont le cardinal Jean-Marc Aveline a, selon nos informations, été l’un des principaux artisans. «Pour la première fois, à l’invitation du pape François, des hommes et des femmes étaient conviés, en vertu de leur baptême, à siéger à la même table pour prendre part non seulement aux délibérations mais aussi aux votes», insistent-ils en préambule, pour souligner le caractère historique de cette assemblée.

    Retraçant brièvement la manière dont ils ont travaillé, à l’aide «de la méthode de la conversation dans l’Esprit» notamment, les membres soulignent la «place importante» accordée «au silence» afin de favoriser l’écoute et le respect. Ils reconnaissent que les «défis sont multiples et les questions nombreuses» mais ne les abordent pas dans cette lettre. «Le rapport de synthèse de la première session précisera les points d’accord auxquels nous sommes parvenus, soulignera les questions ouvertes et indiquera la manière dont nous devrons poursuivre le travail».

    Sans donc citer aucun des sujets sensibles qui ont été discutés durant ce mois  – place des femmes, autorité des évêques, accueil des personnes LGBT, migrations, etc. – et qui ont pu être source de tensions, les membres du Synode assurent que «la soif d’unité grandit dans la contemplation silencieuse du Christ crucifié».

    Prenant le soin de préciser qu’un synode n’est pas une «idéologie», ils rappellent aussi que «la vocation de l’Église est d’annoncer l’Évangile non pas en se centrant sur elle-même, mais en se mettant au service de l’amour infini dont Dieu aime le monde».

    Écouter les exclus, les victimes, les laïcs ou bien les prêtres

    Se projetant vers octobre 2024 et la session conclusive de ce synode initié en 2021 et qui a déjà vécu une phase locale puis continentale, les pères et mères synodaux expliquent que pour «progresser dans son discernement, "l’Église a absolument besoin de se mettre à l’écoute de tous, en commençant par les plus pauvres». Et de citer les «exclus», les «personnes victimes du racisme», les «peuples indigènes dont les cultures ont été bafouées».

    Ils ajoutent que l’Église doit «surtout » écouter les «personnes victimes d’abus commis par des membres du corps ecclésial» et s’engager «concrètement et structurellement» pour que cela ne se reproduise pas.

    Puis viennent les laïcs, «femmes et hommes, tous appelés à la sainteté», les «catéchistes», les «enfants», les «jeunes» et les «familles». Comme le faisait remarquer devant la presse ce mercredi au Vatican Mgr Timothy Broglio, président de la Conférence des évêques des États-Unis, l’Église doit aussi être attentive à l’expérience des prêtres, «dont le ministère sacramentel est indispensable à la vie» de l’Église. La lettre cite encore les diacres et puis les religieux engagés dans la «vie consacrée» et enfin les personnes qui ne partagent pas la foi chrétienne «mais cherchent la vérité». (cath.ch/imedia/hl/bh)

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    «En retournant à Tokyo, je veux introduire cet esprit synodal dans notre Église également, en en faisant un état d’esprit commun à toutes les paroisses», a indiqué Mgr Kikuchi, ici en 2028 © KNA

    Synode: Mgr Kikuchi veut introduire l'esprit synodal au Japon

    «Les pays asiatiques sont toujours très cléricaux: c’est le clergé qui décide. Et nous devons au contraire permettre aux personnes laïques de s’impliquer davantage dans les décisions», a confié aux journalistes Mgr Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo, le 19 octobre dernier. L’évêque japonais s’est également demandé comment introduire l’esprit d’hospitalité asiatique dans la vie de l’Église.

    Au cours de la session du synode à Rome, durant les échanges quotidiens organisés cette semaine avec les journalistes, il y a eu différentes interventions significatives d’évêques asiatiques, qui ont partagé des points de vue intéressants selon leur propre expérience pastorale.

    Mgr Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo, a notamment souligné l’importance de la méthode de la «conversation dans l’Esprit» – adoptée par le Synode – afin de laisser émerger les traits particuliers de chaque culture, rappoprte le site Eglises d'Asie.

    «Nous, les Japonais, nous aimons le silence»

    «Vous savez que nous, les Japonais, mais aussi tous les peuples d’Asie de manière générale, nous aimons le silence. C’est très difficile pour nous de parler franchement, de nous exprimer ouvertement. C’est pourquoi ces petits groupes de discussion sont très importants», a-t-il expliqué. «En tant qu’Asiatiques, quand nous parlons de synodalité dans l’Église catholique, nous nous attendons à ce que chaque culture locale soit respectée. La synodalité, cela ne signifie par l’uniformité: nous devons travailler ensemble tels que nous sommes, selon nos propres cultures.»

    À ce propos, Mgr Kikuchi, qui a été nommé président de Caritas Internationalis il y a quelques mois, a justement cité l’exemple de Caritas: «Vous savez que nous rassemblons 160 organisations à travers le monde, chaque organisation étant indépendante.» «Chacune d’entre elle a sa propre identité catholique et travaille avec ses partenaires, en démontrant également sa nature œcuménique et interreligieuse», a-t-il expliqué.

    «Dès le début, Caritas a été une organisation synodale, non seulement au niveau exécutif mais aussi au niveau local: nous allons là où c’est nécessaire, nous rencontrons les gens, et nous ne contentons pas d’apporter de l’aide. Nous voulons défendre la dignité humaine de chaque personne, pour qu’elle soit respectée et que l’espérance dans l’avenir puisse jaillir du fond du cœur de chacun.»

    Introduire l’esprit d’hospitalité asiatique dans la vie de l’Église

    Mgr Kikuchi a également évoqué la question de la participation des personnes laïques dans les prises de décisions dans l’Église. «En retournant à Tokyo, je veux introduire cet esprit synodal dans notre Église également, en en faisant un état d’esprit commun à toutes les paroisses», a-t-il ajouté. Cependant, l’archevêque de Tokyo a déploré le manque d’activités en présentiel dans son pays à cause de la pandémie: «Les gens ont toujours peur, en particulier les personnes âgées, donc nous n’avons pas tant d’opportunité de rassembler les gens ensemble pour participer à ce processus synodal.»

    De plus, a-t-il poursuivi, «les pays asiatiques sont toujours très cléricaux: c’est le clergé qui décide. Et nous devons au contraire permettre aux personnes laïques de s’impliquer davantage dans les décisions», poursuit-il. «La difficulté, c’est que nous devons réfléchir sérieusement à la façon dont nous pouvons impliquer les hommes et les femmes laïcs, qui ont peu de temps à cause de leurs vies déjà bien remplies et qui doivent s’occuper de leurs familles», a-t-il confié.

    «D’abord accueillir tout le monde: enlevez vos chaussures, entrez, ne restez pas dehors mais entrez dans ma maison, et parlons de votre vie.»

    «Mais nous devons aussi trouver les bonnes méthodes pour cela. Par exemple: comment demander à des personnes laïques qui travaillent de poser leurs outils et de venir à Rome pour un mois d’échanges? C’est impossible. Si nous voulons vraiment impliquer les laïcs dans les décisions de l’Église, nous devons aussi prendre en compte leur vie quotidienne, leurs familles. C’est quelque chose que nous recherchons encore.»

    Mgr Kikuchi, qui est également secrétaire général de la FABC (Fédération des conférences épiscopales d’Asie), a ajouté qu’il voudrait introduire l’esprit d’hospitalité asiatique dans la vie de l’Église, ainsi qu’il a été exprimé dans le rapport continental asiatique du Synode. Une culture d’accueil qui demande par exemple aux gens d’enlever leurs chaussures «et de se libérer de leurs inquiétudes et de leurs préoccupations quotidiennes avant d’entrer chez vous», a-t-il expliqué.

    «C’est vrai qu’en Asie, dans l’Église catholique, nos structures, sont très occidentales, mais il est possible d’introduire notre esprit d’hospitalité dans les activités paroissiales», a-t-il assuré. «D’abord accueillir tout le monde: enlevez vos chaussures, entrez, ne restez pas dehors mais entrez dans ma maison, et parlons de votre vie.» (cath.ch/eda/bh)

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    Mgr Felix Gmür et Claire Jonard facilitatrice ont participé au synode à Rome en 2023 © Maurice Page

    Felix Gmür: “Au synode, il n'y a pas de catégorie de personnes”

    Après un mois d’intenses discussions, la première phase du synode sur la synodalité s’achève le 29 octobre 2023 à Rome. Même si elle laisse ouvertes de nombreuses questions, cette expérience inédite marquera à jamais le fonctionnement de l’Eglise. Mgr Felix Gmür, président de la Conférence des évêques suisses et Claire Jonard, facilitatrice ont livré leurs impressions à cath.ch.

    Maurice Page, cath.ch, envoyé spécial à Rome

    La lettre au peuple de Dieu de l'assemblée synodale met l'accent sur l’expérience inédite de faire asseoir à la même table tous les baptisés.
    Felix Gmür:
     C’est décisif, nous sommes assis les uns en face des autres, autour d’une même table. Nous nous voyons, nous sommes proches, nous nous écoutons sans jugement. C’est très différent des autres séances du synode des évêques dans une aula où chacun montait au pupitre pour un discours de trois ou quatre minutes.

    "On ne dit pas quelque chose pour se faire bien voir de tel ou tel. La parole des évêques ne domine pas."

    Claire Jonard

    Claire Jonard: Mon rôle de facilitatrice consiste à permette que chacun-e puisse prendre la parole de manière équitable. C’est un service d’écoute et de discernement pour une parole libre. Ce qui me frappe est que tout le monde peut tout dire. On ne dit pas quelque chose pour se faire bien voir de tel ou tel. La parole des évêques ne domine pas.
    Pour chaque table, il y a un facilitateur ou une facilitatrice, un secrétaire et un rapporteur élu par le groupe. Cette méthode permet un vrai échange. Pour moi, la fonction de facilitatrice tient un peu de celle d’accompagnatrice spirituelle. Il y a quelque chose que l’on entend, que l’on reçoit que l’on garde, qui grandit, qu’il faut parfois reformuler. Ce qui demande une certaine ascèse pour ne pas orienter le débat.

    Le constat principal reste celui de la grande diversité de l’Eglise. 
    F.Gmür: Pour la durée du synode, nous avons changé quatre fois de table, quatre fois de rapporteur et quatre fois de facilitateur. Donc on peut vraiment parler d’un mélange et d’une grande diversité.

    Mgr Felix Gmür déplore les menaces de Lucerne
    Mgr Felix Gmür déplore les menaces de Lucerne @ Maurice Page


    La méthode consiste a d’abord écouter le témoignage de chacun. Ensuite nous constatons les convergences ou les divergences, sans porter de jugement. Par exemple, nous avons voté pour dire que tous étaient d’accord sur le constat des divergences.
    A partir de là, nous déterminons les questions qui restent ouvertes, en vue d’élaborer des propositions.

    La vision de la salle du synode avec les personnes disposées en cercle autour de 35 tables a été aussi très symbolique.
    C. Jonard
    : Je me plais à reprendre la symbolique de la table, celle sur laquelle on partage la parole, mais aussi le pain de l’eucharistie. Nous avons partagé comment l’Evangile est vécu dans tous les pays du monde. C’est quelque chose de fort.

    Un autre aspect, peut-être plus inattendu, est l’importance accordée au silence.
    F. Gmür:
     Chaque personne dispose de trois à quatre minutes pour s’exprimer ou donner son témoignage à partir de sa réalité vécue. Après trois ou quatre prises de paroles, au lieu de répondre ou de contredire, nous prenons un temps de silence de 3 ou 4 minutes pour recevoir, intérioriser et digérer ces témoignages.
    Lorsque nous recevons le témoignage d’un pays en guerre ou en conflit, d’un peuple souffrant de la faim, il faut prendre le temps de l’assimiler pour l’aborder à l’aune de la mission de l’Eglise, à savoir le salut en Jésus-Christ. Ce peuple participe à la croix du Christ et les souffrances du monde sont très présentes dans la salle du synode, évidemment avec le conflit entre la Palestine et Israël qui a rebondit au début du synode.

    "Le pape François a voulu un synode des évêques 'élargi’. Personne ne regarde si son interlocuteur est laïc homme ou femme ou un évêque."

    Mgr Félix Gmür

    Une des grandes nouveauté est la présence de laïcs, hommes et femmes. Mais dans une assemblée formée de deux tiers d’évêques comment ont-ils pu s’exprimer?
    F. Gmür
    : Le pape François a voulu un synode des évêques 'élargi’. Personne ne regarde si son interlocuteur est laïc homme ou femme ou un évêque. Je pense que chacun et chacune a pu s’exprimer et être écouté. A mon avis, il devrait y avoir encore plus de femmes.

    Lors de la phase préparatoire, les catholiques de Suisse ont présenté des 'revendications’ portant sur la bénédiction des couples homosexuels, l’ordination sacerdotale des femmes et l’abandon du célibat obligatoire pour les prêtres. Comment ont-elles été portées et entendues?
    F. Gmür
    : Dès le départ, nous savions que cette assemblée n’était pas là pour prendre des décisions, mais plutôt pour discerner les questions ouvertes sur lesquelles le synode devra discuter à l’avenir. Nous avons tout mis sur la table pour se rendre compte s’il s’agissait d’un thème ou non. L’accueil des personnes homosexuelles, la place des femmes et le célibat des prêtres en font partie.

    Claire Jonard
    Claire Jonard @ Maurice Page

    C. Jonard: Nous sommes pas dans la phase finale du synode mais seulement dans sa première mi-temps. Le chemin reste à faire. Ce n’est pas un point final, mais une étape. Nous n’avons pas eu du tout deux blocs antagonistes qui se sont affrontés. Nous sommes toujours restés capables d’admettre les désaccords et même d’en rire ensemble. Je pense que cela nous a tous transformés.

    Aux yeux de certains, le synode risque bien de s’égarer en route?
    F. Gmür:
    Je n’ai pas du tout cette impression. Mais de temps en temps, il faut se garer pour se ressourcer.

    A votre retour en Suisse, qu’allez vous dire aux personnes qui attendent des réponses concrètes et rapides à leurs demandes?
    F.Gmür:
     Cela reste à déterminer. Nous allons d’abord partager l’expérience vécue et travailler au niveau local.

    Une des solutions envisagée serait la décentralisation de l’Eglise, par continent, régions ou conférence épiscopale.
    F. Gmür
    : Je l’ai déjà suggéré. L’analyse a toujours été ancrée dans des situations concrètes régionales et nous avons constaté un grand degré de diversité. La question est de gérer cette diversité tout en préservant l’unité. Mais l’expérience vécue me rassure et m’édifie.

    Pour certains commentateurs, la lettre au peuple de Dieu rédigée par l’assemblée du synode est un geste d’autonomie, voire de défiance envers le pape François.
    C.Jonard: Non pas du tout, d’ailleurs le pape était présent lors de la discussion et des votes, et il a signé la lettre au peuple de Dieu. Pour moi, cette lettre est précisément un signe de la synodalité que nous recherchons. (cath.ch/mp)

    “Le message libérateur de Jésus est nécessaire de toute urgence”

    Malade, la troisième déléguée suisse, Helena Jeppesen-Spuhler n’a pas pu participer à l’entretien avec cath.ch. Elle avait répondu la veille, avec Mgr Gmür, aux questions de kath.ch. En voici quelques extraits:

    Annalena Müller, kath.ch / traduction adaptation Maurice Page

    Quelle est l'ambiance au synode?
    Helena Jeppesen-Spuhler
    : L’ambiance est bonne. Même s'il y a bien sûr aussi des phases de tension. Car sur certains sujets, les positions sont très différentes. Mais l'ambiance est toujours multiculturelle. Et c'est agréable. (...)

    Quelle est l'importance de la ligne de démarcation - les laïcs d'un côté, les évêques de l'autre ?
    Cette ligne de démarcation n'existe pas. Les positions divergentes ne se basent pas sur les laïcs et les évêques. Ce sont plutôt des aspects culturels qui jouent un rôle. Nous avons tous le même temps de parole. Même si certains évêques n'y sont pas habitués. Il leur arrive de parler sept minutes au lieu de quatre...

    Le document final sera avant tout un résumé des discussions et des points de vue. Le synode se déroule-t-il aussi harmonieusement parce qu'on ne doit rien décider cette année?
    Oui. Je m'attends néanmoins à des moments difficiles. Par exemple, si l'un des thèmes centraux - comme le rôle des femmes dans l'Église - devait faire l'objet d'un vote bizarre. C'est déjà un sujet clé ici. Et je pense que le document final mettra les Églises locales face à leurs responsabilités. (...)

    Mgr Felix Gmür et Helena Jeppesen entourent la pape François | DR

    L'ouverture à la diversité est une chose qui distingue le pape François. Ce pluralisme d'opinion est-il un pas radical du point de vue de la politique ecclésiale?
    C'est peut-être difficile à imaginer pour beaucoup de jeunes, mais c'est déjà une petite révolution en termes de politique ecclésiale. Il n'y a pas de sujets tabous. Cela n'a pas toujours été le cas. Sous Jean Paul II (1978-2005), l'admission des femmes aux ministères ordonnés était un sujet qui ne pouvait pas être discuté. (...)
    Nous parlons beaucoup ici de la mission de l'Église. (...) Le message libérateur de paix, de justice et de réconciliation de Jésus de Nazareth est nécessaire de toute urgence! Nous devons pouvoir le transmettre de manière crédible. Et pour cela, nous devons entreprendre des réformes. MP

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    Paolo Ruffini a rappelé que l'abstention n'est pas possible © Anna Kurian/I.Média

    Synode: plus de 1’000 amendements demandés sur la synthèse finale

    La première session romaine du Synode sur l’avenir de l’Église, à laquelle participent 364 personnes du monde entier, est en train de finaliser la synthèse de 40 pages, qui doit être amendée avant le vote du 28 octobre, a expliqué le préfet du dicastère pour la Communication Paolo Ruffini lors d’un briefing le 27 octobre.

    La matinée de ce 27 octobre a été dédiée aux interventions libres sur le rapport de synthèse. Ce texte d’une quarantaine de pages a vu 1'125 demandes de modification collectives, venus des groupes linguistiques et 126 demandes individuelles. Toutes seront prises en considération, a assuré Paolo Ruffini.

    C'est "oui" ou "non", l’abstention n’est pas recevable

    Le texte sera voté à la majorité absolue par la Commission pour le rapport de synthèse, puis en milieu de matinée le 28 octobre, il sera envoyé aux membres en anglais et en italien. Ceux-ci voteront paragraphe par paragraphe, sur leurs tablettes électroniques, de façon anonyme et à majorité des deux tiers, dans l’après-midi. Les membres peuvent voter “oui” ou “non” mais l’abstention n’est pas recevable, a précisé Paolo Ruffini.

    Le préfet du dicastère pour la Communication a aussi rapporté certaines propositions formulées par les membres, demandant notamment que la prochaine assemblée synodale – prévue en octobre 2024 – soit plus courte, qu’elle soit précédée de temps dans les diocèses, ou par régions, et que soit rédigée une synthèse du document final, en particulier plus adaptée pour les jeunes.

    «Beaucoup craignent le Synode parce qu’ils ne le comprennent pas"

    Le Père Timothy Radcliffe a salué un processus «profondément transformateur». Beaucoup de gens regardent ce Synode avec une attente massive de changements. Mais il s’agit d’abord d’un Synode pour «voir comment on peut être Église d’une nouvelle façon, plutôt que pour voir quelles décisions on devrait prendre». «Beaucoup craignent le Synode parce qu’ils ne le comprennent pas», a-t-il aussi glissé.

    Le prédicateur dominicain, qui a guidé l’assemblée par ses méditations durant tout le mois, a aussi souligné que la critique permanente du «cléricalisme» pouvait avoir éloigné des prêtres du processus synodal. Il faut que l’Église s’applique à donner une image «positive» de la prêtrise, a-t-il insisté. Il a aussi repoussé l’idée d’une confrontation «d’idéologies» au Synode, préférant parler de différences culturelles.

    Par ailleurs, le dominicain a répondu à une question sur l’accès des personnes homosexuelles au sacerdoce. «Les personnes avec des tendances homosexuelles n’ont jamais été interdites [de séminaire] par le Vatican», a-t-il précisé, expliquant que le problème concernait ceux «qui font de cela le centre de leur identité». «Chez quiconque qui s’apprête à vivre une vie de célibat, l’identité sexuelle ne devrait pas être la partie la plus importante de l’identité. Et cela est vrai, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels», a ajouté le père Radcliffe.

    En 2005, une instruction du Vatican expliquait que l’Église ne pouvait admettre «au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui pratiquent l’homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou soutiennent ce qu’on appelle la culture gay». (cath.ch/imedia/ak/bh)

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    Il est un détail technique qui a marqué à l’unanimité les participants, qui l’ont répété à l’envi: les fameuses tables rondes autour desquelles se déroulaient les travaux. Le Synode était conçu en effet pour effacer les différences hiérarchiques © Vatican Media

    Ce qu’on peut d’ores et déjà retenir du Synode

    Dimanche 29 octobre 2023, le pape célébrera la messe de clôture de la première session romaine du Synode sur l’avenir de l’Église. La veille, les 364 membres de ce synode qui inclut des laïcs hommes et femmes auront voté un rapport de synthèse censé préciser les points d’accord auxquels ils sont parvenus, souligner les questions encore ouvertes et indiquer la manière dont ils entendent poursuivre le travail jusqu’à la session d’octobre 2024. En attendant la publication de ce texte d’environ 40 pages, l’agence I.MEDIA propose de revenir sur certains enseignements de ce mois de travail synodal.

    I – Un synode sur la méthode et non sur la doctrine

    Le Synode sur l’avenir de l’Église ne va pas «apporter des solutions à tous les problèmes», mais il «va définir la nouvelle manière» pour l’Église de les aborder. Comme le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, de nombreux membres du Synode ont répété aux médias cette antienne. Lancée en 2021 au niveau local puis continental, cette grande consultation a fait remonter à Rome quantité de questions – l’Instrument de travail sur lequel ont planché les membres comporte 309 points d’interrogation. Pour certains même, ces questions n’étaient qu’un «prétexte» pour «tester» la nouvelle culture synodale que le pape entend mettre en place à tous les échelons de l’Église.

    Durant un mois, les 365 membres – pape compris – ont ainsi expérimenté une méthode de discernement inspirée en partie des jésuites, celle de la «conversation dans l’esprit», où les étapes très codifiées donnent la primeur à l’écoute, au silence et à la prière. Avec elle, chacun dispose du même temps de parole et peut s’exprimer librement sans jamais être critiqué frontalement.

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    Le choix même de la forme et de la disposition des tables dans la salle Paul VI a là aussi manifesté une volonté d’ériger en principe l’égalité des membres. «Il n’y a plus de protocole au Vatican», témoigne un membre, un brin désorienté après s’être retrouvé par hasard à dîner en face du secrétaire d’État Pietro Parolin lors de la retraite de lancement.

    Cette méthode, critiquée par certains pour sa rigidité ou sa tentation de vouloir «canaliser l’Esprit saint», a pour d’autres la vertu d’obliger les opposants à s’écouter dans un climat apaisé. Une photo postée sur X (ex-Twitter) en témoigne: celle du jésuite James Martin, très engagé pour l’inclusion des personnes homosexuelles, aux côtés du cardinal Gerhard Müller, ancien préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, conservateur sur la question de l’homosexualité et critique du Synode.

    II – Un Synode aux préoccupations éclectiques

    Les participants ont été invités à vivre cette assemblée sous la forme d’une retraite spirituelle théoriquement détachée de toute pression médiatique. Lors d’un point presse, le cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, a expliqué que lors du précédent synode, dédié à l’Amazonie, le pape avait trouvé la discussion «trop politique et pas assez spirituelle et théologique». Il avait alors entendu «beaucoup de voix mais ce n’était pas possible d’écouter la voix du Saint Esprit». La méthode synodale ne se situe pas sur un plan «démocratique et politique», a insisté le cardinal suisse.

    Les conversations se sont toutefois situées en résonance avec l’actualité et les évolutions de la société, dépassant donc le simple périmètre d’un «Synode sur la synodalité». Parmi les thèmes les plus sensibles, la question des droits des 'LGBTQ+’ a été abordée, avec l’utilisation désormais banalisée de cet acronyme. Certaines critiques ont pu porter sur la coloration trop 'occidentale’ du Synode. Des membres venus d’Afrique ou bien d’Asie ont pu exprimer des attentes ou des conceptions de la synodalité différentes.

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    Un évêque oriental souligne ainsi l’épuisement de son pays face à l’afflux de migrants: «le discours des responsables catholiques européens sur l’accueil doit prendre en compte la réalité de la migration partout dans le monde», remarque-t-il. Dans le contexte actuel de guerre en Terre Sainte, cet évêque aurait souhaité voir le Synode se concentrer sur les questions existentielles, comme «la guerre et la paix» ou encore «la protection de la vie de la naissance à la mort».

    La place des femmes, dont 54 ont pu pour la première fois voter à un synode, a constitué un enjeu central de cette assemblée. La seule intervention rendue publique du pape dans le cours des débats a porté sur la place des femmes, dont il a rappelé qu’elles étaient pionnières dans la transmission de la foi. Faisant allusion à une intervention d’une des membres du Synode, la religieuse colombienne Liliana Franco, le pape a dénoncé les attitudes «machistes et dictatoriales» des personnes qui outrepassent leur ministère, «maltraitent» le peuple de Dieu et «défigurent» l’Église.

    Le thème d’une présence plus incisive des laïcs et des femmes en particulier de l’Église a semblé faire l’objet d’un relatif consensus, au nom d’un principe de 'co-responsabilité’ déjà à l’œuvre dans certains diocèses. Lors d’un point presse, Mgr Jean-Marc Eychenne (Grenoble) a notamment insisté sur l’importance de la place des femmes dans les conseils épiscopaux. La question du diaconat féminin, plus complexe dans ses implications canoniques et historiques, devrait aussi figurer dans le rapport de synthèse, mais sans forcément ouvrir une voie explicite dans le sens de son adoption.

    III- Des tensions en sourdine et un enjeu crucial

    Les premiers jours d’octobre promettaient la tempête sur le Synode. Le 2 octobre, le pape a fait le choix de publier une réponse aux dubia – doutes, en latin – de cinq cardinaux conservateurs sur des thèmes aussi sensibles que l’ordination des femmes ou bien la bénédiction des couples homosexuels. «Ce fut une manière habile d’évacuer le sujet en proposant des réponses pastorales», note un observateur, qui assure que les membres du Synode n’ont pas été obnubilés par ces sujets durant le mois de travail. Sur demande expresse du pape, ils étaient par ailleurs tenus au «silence». Une consigne globalement respectée.

    À l’intérieur de la Salle Paul VI toutefois, des tensions ont pu apparaître – les organisateurs ont toujours préféré user du mot «différences». Parmi les plus réformistes, certains se sont montrés inquiets devant la force d’inertie de l’Église sur les questions sensibles. «C’est un Synode sur la synodalité mais on ne peut jamais avancer seulement sur la 'forme’, on doit aussi pouvoir avancer sur 'du fond’», confie un évêque germanophone. «Les Allemands se font discrets dans la salle, ils agissent plus en sous-main», s’agace de son côté un évêque d’un autre pays, conscient que les Allemands sortent à peine de leur chemin synodal durant lequel un vaste plan de réformes a été voté.

    «Le caractère épiscopal de l’assemblée n’apparaît pas compromis par la présence de membres qui ne sont pas dotés du munus épiscopal»

    Cardinal Mario Grech

    Signe d’une certaine fébrilité, la question de l’autorité même de ce synode inédit dans sa forme a perduré tout au long du mois. Cette dernière semaine, le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, a senti le besoin de rappeler la légitimité de sa composition alors que certains s’inquiétaient encore de la présence de femmes parmi les membres de cette institution traditionnellement composée d’évêques.

    «Le caractère épiscopal de l’assemblée n’apparaît pas compromis par la présence de membres qui ne sont pas dotés du munus épiscopal», a-t-il insisté, citant la constitution du pape François Episcopalis communio de 2018 qui a réformé l’institution. Il a démontré que la présence notamment des laïcs – hommes et femmes – formait «la mémoire du processus d’écoute et de discernement qui a impliqué le saint peuple de Dieu» depuis 2021, année de lancement du Synode au niveau local.

    Ce rappel par le secrétaire du Synode souligne combien la question de l’autorité et du pouvoir dans l’Église est cruciale et décisive pour l’avenir. Elle pourrait se résumer ainsi: 'Qui décide dans l’Église, pourquoi et comment?’. Dans son discours improvisé de mercredi, le pape a lourdement insisté sur la nécessité pour l’Église d’avancer avec «le saint peuple fidèle de Dieu». Il est «infaillible» lorsqu’il croit, a-t-il assuré.

    IV- Un synode sans «star»

    Il est un détail technique qui a marqué à l’unanimité les participants, qui l’ont répété à l’envi: les fameuses tables rondes autour desquelles se déroulaient les travaux. Le Synode était conçu en effet pour effacer les différences hiérarchiques. Ainsi les cardinaux côtoyaient les catéchistes laïcs, les archevêques étaient assis à côté des religieuses. Et si le premier jour, les prélats portaient leur barrette rouge, ou leur calotte violette, très vite, ces attributs ont été abandonnés pour le simple clergyman.

    De fait, dans ces échanges sur un pied d’égalité, aucune personnalité, ou presque, ne s’est dégagée. Certains noms ont pu ressortir cependant au fil des jours: le cardinal français Jean-Marc Aveline, qui selon plusieurs sources a été la plume de la “Lettre au peuple de Dieu” publiée le 25 octobre, et qui fait partie de la commission qui supervise la rédaction du document final. Le cardinal congolais Fridolin Ambongo également s’est fait remarquer dans ses interventions. «Il est l’une des grandes voix de l’Afrique», note un observateur qui souligne que la parole de ce continent a été prise en compte lors de cette session.

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    Le prédicateur officiel du Synode, le dominicain Timothy Radcliffe, a quant à lui stimulé au quotidien les réflexions. Ses méditations, teintées de nuances, de profondeur et d’humour, sont parvenues à rallier les voix les plus opposées dans cette assemblée, ont confié plusieurs membres.

    Le pape François était le seul à tenir une place particulière, tout se faisant sous son autorité et sa présidence. Au fil du mois, le pontife de bientôt 87 ans s’est fait relativement présent. «Il arrive une demi-heure à l’avance dans son fauteuil roulant, se tient là, et on peut accéder à lui librement», assurait l’un des participants à la mi-parcours. D’après nos sources, le pape a pris la parole à plusieurs reprises. Seule son intervention du 25 octobre, à la suite de la lecture de la Lettre au peuple de Dieu, a été rendue publique.

    V- Le temps du monde et le temps de l’Église

    Ce Synode est inédit dans sa forme. Inauguré en 2021 au niveau local puis continental, il ne se conclut pas avec cette première assemblée romaine mais est d’ores et déjà tourné vers la seconde session d’octobre 2024. «Le temps est supérieur à l’espace», affirme régulièrement le pape. Les organisateurs ont ainsi veillé à laisser du temps aux participants pour écouter et s’exprimer. Leur travail va désormais se poursuivre pendant les onze prochains mois au niveau local.

    Le rapport de synthèse qui sera publié samedi doit donner le cap. Un membre américain confie «être impatient» de ramener chez lui toutes les «expériences directes des gens, ancrées dans la réalité» qu’il a entendues pendant ces quatre semaines. Il s’agira d’un «temps de germination» pendant lequel les membres continueront à travailler, souligne pour sa part le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille.

    "Ce Synode déçoit, car ce n’est pas un synode duquel va sortir quelque chose de très concret»

    Mgr Patrick Valdrini

    Une autre spécificité de ce Synode est le «jeûne» de la parole publique demandé par le pape aux membres. Globalement respectée par les membres, la demande a créé une sorte de fossé autour de la Salle Paul VI où se réunit l’assemblée, les briefings organisés par le Saint-Siège n’offrant à la presse qu’une vision synthétique et désincarnée des réflexions internes. «Le temps du synode n’est pas le temps du monde extérieur», souligne un évêque français, qui considère à rebours que le traitement médiatique n’a que peu influencé les discussions.

    «Peut-être que le public a l’impression qu’il ne se passe presque rien», s’interrogeait la Suissesse Helena Jeppesen-Spuhler dans un entretien accordé à la presse germanophone, mettant en garde contre le fait que le Synode reste une «pure bulle». D’une certaine manière, ce Synode «déçoit, car ce n’est pas un synode duquel va sortir quelque chose de très concret», souligne le canoniste et observateur Mgr Patrick Valdrini. Il estime cependant que les questions abordées par l’assemblée «ne sont pas traitées pour elles-mêmes», parce que le but premier de ce «Synode culturel» est selon lui de faire changer les mentalités. (cath.ch/imedia/bh)

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    Le rapport de synthèse rendu par les membres du synode propose des pistes qui vont être débattues dans les diocèse avant la prochaine session en octobre 2024 © Vatican Media

    Synode: des pistes pour une Eglise plus participative

    Les membres du Synode sur l’avenir de l’Église ont voté dans la soirée du 28 octobre 2023 un Rapport de Synthèse qui doit guider l’Église catholique dans sa réforme jusqu’à la prochaine et dernière session du Synode en octobre 2024. Le texte d’une quarantaine de pages propose des pistes pour rendre l’Église catholique plus participative et avance des propositions concrètes sur des sujets parfois brûlants.

    La remise en cause du pouvoir exclusif de l'évêque au profit d'une «coresponsabilité» du gouvernement ecclésial avec les laïcs, une plus large ouverture pour donner des responsabilités aux femmes, mais dont le statut reste à définir, pas de bénédiction pour les couples homosexuels et un report à long terme de la question du célibat sacerdotal obligatoire pour les prêtres. Ce sont les principales propositions du rapport de synthèse de la première étape du synode sur l'avenir de l'Église, qui a été présenté samedi soir à Rome.

    Lors d’une conférence de presse organisée peu après la diffusion du rapport en italien, le cardinal Jean-Claude Hollerich, rapporteur du Synode, a insisté sur le fait que la totalité des 273 paragraphes ont été votés à la majorité des deux tiers par les 344 membres du Synode présents dans la salle, dont des laïcs hommes et femmes.

    La place des femmes et la question ouverte du diaconat féminin

    C’est la question qui aura sans doute été la plus débattue par les pères et mères synodaux. Près de 20% d’entre eux (69 sur 277) se sont par exemple opposés à l’article mentionnant des «positions diverses concernant l’accès des femmes au ministère diaconal». Au fil du document, l’assemblée se demande comment l’Église pourrait «insérer plus de femmes dans les rôles et les ministères existants», et, «s’il faut de nouveaux ministères, à qui revient le discernement, à quel niveau et selon quelles modalités?».

    Conscients qu’il s’agit là d’un des grands enjeux de ce synode qui a fait remonter les préoccupations de fidèles du monde entier, les membres souhaitent «garantir que les femmes puissent participer aux processus décisionnels et assumer des rôles de responsabilité dans la pastorale et dans le ministère». Quitte à «adapter le droit canon en conséquence», écrivent-ils.

    Sur le sujet brûlant du diaconat féminin, l’assemblée est partagée entre ceux qui considèrent que ce serait «inacceptable car en discontinuité avec la Tradition», ceux qui estiment que cela «rétablirait une pratique de l’Église des origines», ou encore ceux qui y voient «une réponse appropriée et nécessaire aux signes des temps». D’autres enfin craignent «une dangereuse confusion anthropologique, où l’Église s’aliénerait à l’esprit du temps».

    Parmi les propositions concrètes, le document souhaite que «l’on poursuive la recherche théologique» sur cette question, en s’appuyant notamment sur les résultats des commissions instituées par le pape en 2016 puis 2020, ainsi que des recherches théologiques, historiques et exégétiques déjà réalisées. Ils souhaitent que les résultats soient présentés à la prochaine session de l’assemblée, laissant entendre que ce chantier pourrait donc avancer.

    Enfin, d’autres demandes en faveur des femmes sont soulevées: mettre fin aux «rémunérations iniques» en particulier imposées aux consacrées, l’utilisation d’un langage qui souligne l’égalité entre hommes et femmes dans les textes liturgiques et les documents de l’Église, la participation de femmes comme «juges dans tous les procès canoniques» ou encore la présence des femmes formatrices dans les séminaristes.

    Un ministère de l’écoute des personnes se sentant exclues de l’Église

    Les membres du Synode étaient attendus sur la question sensible de l’accompagnement des personnes homosexuelles notamment. Selon nos informations, le terme «LGBTQ+» faisait partie de la première mouture, mais n’a pas été retenu dans le rapport final.

    Les membres ont parlé plus généralement des «personnes qui se sentent marginalisées ou exclues de l’Église en raison de leur situation matrimoniale, de leur identité et de leur sexualité [et qui] demandent également à être entendues et accompagnées, et à ce que leur dignité soit défendue».

    Ils assurent que «l’écoute requiert un accueil inconditionnel», mais précisent immédiatement que cela ne signifie pas renoncer à la «clarté dans la présentation du message de Salut de l’Évangile, ni approuver une opinion ou une position».

    Les pères et mères synodaux proposent «d’instituer un ministère de l’écoute et de l’accompagnement fondé sur le baptême, adapté aux différents contextes». Le document ne fait aucune mention de possibilité de bénédictions pour les couples de même sexe, une demande qui avait été portée par le chemin synodal allemand notamment.

    La richesse des prêtres et la question du célibat

    La question de «l’obligation disciplinaire» du célibat des prêtres est soulevée, surtout concernant les régions où «les contextes ecclésiaux et culturels la rendent plus difficile». Ce thème «demande d’être ultérieurement repris», est-il indiqué. Avec 55 votes contre, cette question a été l’une des moins consensuelles parmi les participants au Synode.

    Le rapport souligne toutefois «la valeur chargée de prophétie et le témoignage de conformation au Christ» apporté par le célibat sacerdotal. Il exprime la «gratitude» des participants au Synode à l’égard des diacres et des prêtres, «qui peuvent expérimenter solitude et isolement». Il est demandé aux communautés chrétiennes de les soutenir par «la prière, l’amitié, la collaboration». Au sujet des diacres, les membres invitent à faire une évaluation sur la mise en œuvre de ce ministère après le Concile Vatican II.

    Le document insiste sur l’importance de la lutte contre le «cléricalisme», fruit d’un «malentendu» conduisant à vivre le sacerdoce comme «un privilège» plus que comme un «service». La formation du clergé doit donc «éviter les risques du formalisme et de l’idéologie qui amènent à des attitudes autoritaires et empêchent une vraie croissance vocationnelle».

    Des conseils épiscopaux obligatoires et des évêques sous contrôle

    Actuellement, deux conseils de l’évêque sont obligatoires, celui pour les affaires économiques, sociales et juridiques et le conseil presbytéral qui représente l’ensemble des prêtres du diocèse. Le Synode souhaite aussi rendre obligatoires le «conseil épiscopal», composé des vicaires généraux et des vicaires épiscopaux, ainsi que le «conseil pastoral» censé représenter tout le diocèse en mêlant clercs, religieux et laïcs.

    De même, il réclame que «des structures et des processus» puissent être mis en place pour la vérification régulière du travail de l’évêque, en ce qui concerne le style de son autorité, l’administration financière des biens du diocèse, le fonctionnement des organes participatifs et la protection contre tout type d’abus.

    «Une culture de la responsabilité fait partie intégrante d’une Église synodale qui promeut la coresponsabilité et constitue une garantie possible contre les abus», insistent-ils.

    En expliquant que l’évêque vit «une surcharge d’engagements administratifs et juridiques» et doit affronter «une crise de son autorité» dans les sociétés sécularisées, le rapport rappelle que «la question délicate de la gestion des abus pose de nombreux évêques face à la difficulté de concilier le rôle de père et celui de juge». Le texte invite à «évaluer l’opportunité de confier la responsabilité judiciaire à une autre instance, à préciser canoniquement».

    La sélection des évêques révisée, le travail des nonces évalué

    «L’Assemblée appelle à une révision des critères de sélection des candidats à l’épiscopat, en équilibrant l’autorité du nonce apostolique et la participation de la conférence épiscopale», écrivent les membres du Synode, alors que le travail des «ambassadeurs du pape” dans le monde est jugé parfois trop opaque.

    Le Synode plaide pour une consultation plus large pour le choix des évêques, «en écoutant un plus grand nombre de laïcs, hommes et femmes, consacrés et non consacrés, et en veillant à éviter les pressions inappropriées».

    Par ailleurs, une courte proposition pourrait impliquer un vaste changement de culture au sein de la diplomatie vaticane si la mesure voyait le jour. Les membres jugent «opportun de prévoir des formes d’évaluation du travail des représentants pontificaux par les Églises locales des pays où ils accomplissent leur mission, afin de faciliter et de perfectionner leur service ». Actuellement, les nonces apostoliques ne rendent de comptes qu’à Rome.

    Vers un renforcement des conférences épiscopales

    Reprenant un thème abordé par le pape François dès le début de son pontificat, le rapport appelle à un «approfondissement de la nature doctrinale et juridique des conférences épiscopales, en reconnaissant la possibilité d’une action collégiale aussi par rapport à des questions de doctrine qui émergent au niveau local».

    Certains sujets pourraient être pris en charge au niveau continental. Un exemple concret d’attribution thématique concerne le Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), invité à «promouvoir un discernement théologique et pastoral sur le thème de la polygamie et sur l’accompagnement des personnes en unions polygames qui se rapprochent de la foi». Cette question très spécifique et complexe a suscité 43 oppositions.

    Des laïcs prédicateurs et un ministère pour les couples mariés?

    Le Synode plaide pour «une plus grande créativité dans l’institution de ministères sur la base des exigences locales». Il suggère d’élargir les charges du ministère de lecteur – que le pape François a ouvert aux femmes en janvier 2021 –, qui pourrait devenir «un véritable ministère de la Parole de Dieu» pouvant inclure «la prédication». À lire le rapport de synthèse, des laïcs pourraient peut-être un jour prêcher l’homélie, réservée jusqu’à présent aux clercs.

    En outre, les pères et mères synodaux envisagent un nouveau ministère dont les couples mariés pourraient être investis, afin de «soutenir la vie familiale» et «accompagner les personnes qui se préparent au sacrement du mariage».

    Rendre l’eucharistie compréhensible par les cultures locales

    Le rapport de synthèse rappelle que «la célébration de l’eucharistie, surtout le dimanche, est la première et fondamentale forme avec laquelle le Saint Peuple de Dieu se réunit et se rencontre». Cette expérience relie plusieurs dimensions: «unité de l’Église et multiplicité des communautés chrétiennes; unité du mystère sacramentel et variété des traditions liturgiques; unité de la célébration et diversité des vocations, des charismes et des ministères».

    Dans la lignée du Synode de 2019 sur l’Amazonie est rappelée l’importance de «rendre le langage liturgique plus accessible aux fidèles et plus incarné dans la diversité des cultures», en donnant plus de responsabilités aux conférences épiscopales pour proposer des adaptations locales, sans pour autant «mettre en discussion la continuité avec la tradition». Le rapport souligne aussi la valeur des simples célébrations de la Parole et de la piété populaire, notamment la dévotion mariale.

    Des assemblées continentales pérennes

    Le rapport se penche sur les différents modèles d’assemblée expérimentés ces dernières années, mentionnant notamment «la première Assemblée ecclésiale d’Amérique latine et des Caraïbes», «les organismes du Peuple de Dieu au Brésil», ou encore «le Concile plénier australien», mais aucune mention n’est faite du Chemin synodal allemand.

    Le rapport soulève par ailleurs la nécessité d’une «configuration canonique» des assemblées continentales afin d’intégrer «la variété du peuple fidèle de Dieu». Les organismes de coordination entre évêques de différents pays sont également encouragés, avec par exemple la création de provinces ecclésiastiques internationales.

    Une date de Pâques commune et un Synode œcuménique sur la mission

    Plusieurs propositions sont élaborées aussi dans le domaine œcuménique. L’assemblée a ainsi exprimé un «vif désir» de parvenir à trouver une date commune pour la fête de Pâques, afin que toutes les confessions chrétiennes célèbrent la résurrection du Christ le même jour. Pour l’heure, les catholiques suivent le calendrier grégorien, et les orthodoxes le calendrier Julien.

    Autres propositions œcuméniques: impliquer des chrétiens d’autres confessions dans le Synode, mais aussi convoquer un «Synode œcuménique sur la mission commune dans le monde contemporain», et constituer un martyrologe œcuménique. Un pas a déjà été fait en ce sens par le pape qui a annoncé en mai dernier l’ajout des martyrs coptes de Libye dans le martyrologe catholique.

    La synodalité, un programme chargé pour l’avenir

    En vue de la seconde session prévue en octobre 2024, le Synode – dont la composition devrait être la même – propose l’institution d’une «commission intercontinentale de théologiens et de canonistes» afin d’éclaircir «les implications de la synodalité» en termes de droit canonique.

    Il est aussi souhaité de poursuivre un discernement communautaire sur «les questions doctrinales, pastorales et éthiques qui sont controversées». Un programme chargé pour les 11 mois à venir, que les organisateurs du Synode comptent bien tenir, car «la perspective synodale représente l’avenir de l’Église», affirme la synthèse. (cath.ch/imedia/ak/cv/hl/bh)

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    Les participants suisses au synode: Helena Jeppesen, Claire Jonard, Felix Gmür, ici en 2023 © Maurice Page

    Le Synode vu des Suisses: “Une chance à saisir pour l'avenir!”

    “Au cours des quatre semaines d’échanges intenses au synode, nous avons beaucoup appris, partagé et souffert avec les témoignages des victimes de la guerre et de la violence dans trop de pays du monde”, a relevé Mgr Felix Gmür lors d’un point de presse à Rome à l’issue de la messe de clôture, le 29 octobre 2023.

    Maurice Page, cath.ch, envoyé spécial à Rome

    Les trois participants suisses au Synode: Mgr Felix Gmür, président de la Conférence des évêques suisses, Helena Jeppesen-Spuhler, représentante des laïcs pour l'Europe, et Claire Jonard, experte et facilitatrice ont livré quelques éléments de leur expérience vécue et leurs toutes premières impressions sur le rapport intermédiaire voté dans la soirée de la veille.

    Pour Helena Jeppesen, le rapport intermédiaire aurait pu être plus courageux
    Pour Helena Jeppesen, le rapport intermédiaire aurait pu être plus courageux @ Maurice Page

    "Avoir été l'une des premières femmes à avoir le droit de vote lors d'un synode des évêques me réjouit profondément et me remplit de gratitude, a souligné Helena Jeppesen-Spuhler. De nombreuses personnes dans le monde entier, et en Suisse, ont travaillé depuis des décennies pour qu'une plus grande participation aux processus de décision de l'Église soit possible. Maintenant, nous avons fait un pas en avant dans l'Église catholique."

    Helena Jeppesen revient aussi sur l’accent mis dans le rapport de synthèse sur la 'surveillance’ des évêques désormais appelés à rendre des comptes non seulement au Vatican, mais aussi à la communauté des croyants. “J’en ai été surprise mais je pense que la pression liée à la crise des abus sexuels a permis cette prise de conscience salutaire.”

    Sur la place de la femme dans l’Eglise, la délégué trouve le rapport moins 'courageux’ que les discussions en assemblée. Mais des pistes de réflexions existent et des portes sont ouvertes. Charge aux Églises locales d’y travailler.

    Dans l’échange entre Églises, Helena Jeppesen met en avant aussi les expériences synodales que l’Eglise en Suisse vit depuis déjà bon nombre d’années et dont les autres pourraient profiter.

    Pas de bénédiction pour les couples homosexuels

    Mgr Felix Gmür plaide pour une décentralisation
    Mgr Felix Gmür plaide pour une décentralisation @ Maurice Page

    La question de la bénédiction des couples homosexuels qui figurait dans les demandes de nombreuses Églises occidentales, dont la Suisse, n’a pas été retenue dans le rapport intermédiaire. Le terme LGBT ne s’y trouve pas, le texte fait seulement mention des discriminations liées à l’orientation sexuelle. Pour Mgr Gmür, il s’agit d’un point typique sur lequel les différences culturelles sont profondes. Il conviendrait donc de trouver des solutions pastorales à un autre niveau. Le rapport cite par contre la polygamie qui n’est pas une réalité pour les Églises en Occident.

    Une Église aux côtés des ceux qui souffrent

    Claire Jonard, qui en tant que facilitatrice ne participait pas aux votes, s’est penchée surtout sur la méthode. Elle retient les termes de conversion, conversation et circularité mais aussi d’écoute, de souffrance et d’urgence. Elle a aussi été frappée par la découverte des Églises des autres continents. Parfois très minoritaires, elles ont apporté un autre visage. L’Eglise en Occident n’ pas été le centre de tout. Claire Jonard insiste aussi sur le regard de compassion pour les réfugiés. L’Eglise doit être au côté de ceux qui souffrent.

    “Adorer Dieu et aimer nos frères”

    "Ce synode m'a transformée", dit Claire Jonard @ Maurice Page

    A son retour en Suisse, Mgr Gmür souhaite apporter l’image d’une Église qui chemine ensemble pour l’annonce du Royaume de Dieu. Ou comme l’a dit le pape François dans son homélie du jour: «Adorer Dieu et aimer nos frères de son amour, voilà la grande et durable réforme». (cath.ch/mp)

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    Le cadinal Cristobal Lopez est archevêque de Rabat, au Maroc © Maurice Page

    Mgr Lopez: "Insignifiante, l’Eglise au Maroc a beaucoup à dire!"

    “Avec ses quelque 30’000 fidèles, l’Eglise catholique au Maroc est 'insignifiante’ en termes de nombre et de puissance”, admet le cardinal Cristobal Lopez. Mais pour l’archevêque de Rabat, elle a un message à faire passer: Vivre en minorité ramène à l’essentiel qui consiste à marcher à la suite de Jésus. Il l’a dit aux participants du synode sur la synodalité.

    Maurice Page, cath.ch, envoyé spécial à Rome  

    A l’occasion de la clôture de la phase intermédiaire du synode sur l’avenir de l’Eglise à Rome, le cardinal Cristobal Lopez a livré à cath.ch, le 27 octobre 2023, ses impressions sur ce rassemblement inédit pour l’Eglise catholique.

    La présence catholique au Maroc et en Afrique du Nord est très ténue.
    Mgr Cristobal Lopez: Notre Eglise du Maroc avec ses quelque 30’000 fidèles est 'insignifiante' mais significative car elle a un message à faire passer. Le premier est l’appel à vivre la foi dans la minorité. Les Eglises occidentales perdent beaucoup de fidèles et ont tendance à sombrer dans la dépression. Nous vivons cette minorité dans la joie et l’enthousiasme. 'Etre peu n’est pas le problème’, nous a expliqué le pape François, lors de son voyage dans le pays en 2019. Le problème est que le sel perde sa saveur et que la lumière soit cachée sous le boisseau. Le fait pour la petite Eglise du Maroc de compter plus de 100 nationalités est en outre un signe important de catholicité. Nous montrons que la communion reste possible à travers une grande diversité.

    L’Eglise du Maroc, à l’instar de nombreuses autres, vit au sein d’une très large majorité musulmane.
    C’est le deuxième message: musulmans et chrétiens peuvent vivre ensemble en fraternité. Beaucoup cherchent la confrontation entre les uns et les autres. Nous sommes les témoins qu’il est possible de vivre ensemble. Je ne dit pas que c’est facile, il faut un effort, il faut avoir de la patience et maintenir l’espérance.
    Quand je suis arrivé au Maroc en tant que prêtre, ce fut comme une nouvelle naissance. Je ne connaissais personne, ni la langue française, ni la culture, ni l’histoire, ni le pays, ni le peuple marocain. Cela m’a demandé deux ans de travail, mais finalement je suis chez moi dans ce pays, je cherche a devenir Marocain parmi les Marocains. Je venais du Paraguay, un des pays les plus catholiques d’Amérique latine, où l’Eglise avait absolument tout. Au Maroc elle n’a rien.

    Le message de l’Evangile passe alors par le témoignage de la vie.
    Cela vaut pour tous et pas seulement au Maroc. Ce n’est pas seulement parce que nous n’avons ni journal, ni radio, ni télévision, ni expression publique de la foi. Le témoignage constitue la fondation du bâtiment. Sans fondement on peut construire beaucoup d’étages mais tout viendra à bas à la première tempête. J’ai le sentiment que certaines Eglises occidentales ont beaucoup d’étages, mais des fondations trop peu profondes. Et que la rencontre personnelle avec le Christ n’est pas centrale.
    Prenons l’exemple de la fête de Noël. Au Maroc, nous la vivons sans signes extérieurs, sans guirlandes, sans sapins, sans cadeaux, sans jours fériés. Nous sommes contraints alors d’aller à l’essentiel, sans accessoires, ce qui est d’ailleurs le sens de la naissance de Jésus dans une étable à Bethléem. C’est beaucoup plus authentique que le Noël commercial des pays de tradition chrétienne.

    "J’ai le sentiment que certaines Eglises occidentales ont beaucoup d’étages, mais des fondations trop peu profondes."

    La foi des musulmans peut aussi être un témoignage qui interpelle.
    C’est un déclic comme cela le fut pour Charles de Foucauld qui a retrouvé sa foi chrétienne en voyant les musulmans prier. Un espace de dialogue existe dans la vie quotidienne sur ce qui nous unit, avant ce qui nous sépare. L’expérience de ce partage de foi est très belle avec des questions comme: 'Qui sont Jésus et Marie pour toi? (puisque les deux personnes sont cités dans le Coran). Qu’elle est l’importance de la Parole de Dieu? Comment je prie? Ce n’est pas généralisé bien sûr, mais cela existe.
    Le dialogue oecuménique et interreligieux dérive de l’être trinitaire de Dieu. C’est une matière obligatoire. L’Eglise se fait 'conversation’ selon le mot de Paul VI. Cette idée remonte déjà à Vatican II, mais peut-être ne l’a-t’on pas encore assimilée.

    L’islam est aussi traversé de courants radicaux extrémistes.
    Chaque semaine ou presque, la police marocaine annonce avoir démantelé une cellule de musulmans radicalisés. Mais cela reste très minoritaire. D’ailleurs le radicalisme existe dans toutes les religions.

    “La participation des femmes et des laïcs ne passe pas par la sacristie”

    Un des thèmes essentiels discutés durant le synode a été la place des femmes et des laïcs dans l’Eglise.
    Je suis un ardent défenseur de cette participation. Mais je suis convaincu que cela ne passe pas par la sacristie, mais par le monde. Il s’agit de porter l’Evangile dans la société, dans l’économie, dans les médias etc. Il ne faut pas cléricaliser les laïcs. Nous cherchons des laïcs pour distribuer la communion, faire des lectures, s’occuper de l’entretien de l’église, animer la liturgie, faire la catéchèse, c’est pas mal, mais cela n’est pas la particularité des laïcs. Ils doivent sortir dans le monde.
    J’utilise volontiers l’image du vestiaire d’un club sportif: Le match ne se joue pas dans le vestiaire, mais sur le terrain. Ce qui se passe dans le vestiaire avec l’équipement, l’échauffement, le conseil et les consignes de l’entraîneur est important, mais ne sert à rien si l’équipe ne monte pas sur l’aire de jeu. Le pape François dénonce une Eglise 'auto-référencée’, préoccupée uniquement d’elle même. Il veut une Eglise pour changer le monde.
    J’ai choisi comme devise épiscopale Adveniat Regnum Tuum (que Ton Règne vienne). L’Eglise n‘est pas le Royaume de Dieu, mais son signe. Comme Jean-Baptiste qui désigne Jésus en disant: “Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue”. Jésus nous a donné de continuer sa mission de construire le Royaume.

    “La diminution du pouvoir, de l’argent de la notoriété publique ne peut que nous ramener à l’essentiel”  

    Dans la plupart des pays occidentaux, l’Eglise reste forte et puissante à tous les points de vue. La crainte d’être ébranlée par les multiples crises domine.
    C’est là que Jésus nous dit: “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.” Nous ne devons pas avoir peur. Je l’ai vécu personnellement en passant du Paraguay au Maroc. Ce que nous devons changer ce ne sont pas les structures, mais le cœur et la tête. La diminution du pouvoir, de l’argent de la notoriété publique ne peut que nous ramener à l’essentiel.

    D’autres craignent de voir l’Eglise se perdre en chemin.
    Ils n’ont pas la foi en l’Esprit-Saint! On ne connaît pas le point d’arrivée, mais l’important et de faire le chemin avec le Christ et à sa suite. Le problème serait d’y aller pour notre compte en perdant de vue Jésus, en s’écartant de lui. Ecoutons-nous la voix de l’Esprit-Saint ou la nôtre?  Jésus nous dit: “Je suis l’alpha et l’omega, le premier et le dernier, le chemin, la vérité, la vie.” Si tu marches avec Lui, tu n’as rien à craindre.(cath.ch/mp)

    "Le jeûne de parole que nous a demandé le pape a été bénéfique.”

    L’expérience est nouvelle et inédite pour trois motifs, explique le cardinal Cristobal Lopez. “D’abord la durée avec deux assemblées précédées chacune de consultations sur le terrain. C’est un processus et non pas un événement. Le deuxième aspect est la participation de tous les chrétiens et pas seulement quelques-uns. La troisième est la présence aux côté des évêques de laïcs, hommes et femmes, de religieuses et religieux et de prêtres.  
    J’y ajoute l’ambiance spirituelle. Nous avons commencé par trois jours de retraite et toute l’assemblée a été accompagnée de temps de silence et de prière. Cela m’a fait beaucoup de bien. Enfin l’organisation circulaire a mis tout le monde sur un pied d’égalité. Dans le même groupe il y avait un cardinal, des évêques, des prêtres, des laïcs hommes et femmes. La parole a été totalement libre.
    Sans la présence des journalistes - je l’ai été moi-même - la parole a pu être plus libre car on ne craignait pas de créer la polémique ou la controverse. Devant un journaliste on choisit ses mots. Le jeûne de parole que nous a demandé le pape a été bénéfique.” MP

    Cristóbal López Romero

    Cristóbal López Romero est né le 19 mai 1952 à Vélez-Rubio en Espagne. Il entre chez les Salésiens en 1964. Il est ordonné prêtre en 1979. Il est également diplômé en sciences de l'information, section journalisme, à l'université autonome de Barcelone.
    Il a occupé divers postes au sein de son ordre et comme curé de paroisse, en Espagne, en Amérique latine et au Maroc. Il a été provincial des Salésiens au Paraguay et en Bolivie.
    Il est nommé archevêque de Rabat, au Maroc, le 29 décembre 2017. Il est créé cardinal en octobre 2019. En 2022, il est élu pour un mandat de trois ans à la présidence de la Conférence épiscopale régionale d'Afrique du Nord. C’est à ce titre qu’il participé au synode. MP

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    Dom Mauro Lepori, Abbé général des cisterciens © Maurice Page

    Dom M.-G. Lepori: “La synodalité est dans l’ADN de l’Église”  

    “Au synode ont convergé quasiment tous les visages de l’Église, toutes les origines tous les lieux, tous les continents, tous les états de vie”, rappelle Dom Mauro-Giuseppe Lepori. Pour l’Abbé général des cisterciens, “la synodalité est dans l’ADN de l’Eglise.”

    Maurice Page, de retour de Rome

    Que retenez-vous comme message principal du Synode sur la synodalité qui s’est réuni à Rome du 4 au 29 octobre 2023, avec plus de 460 participants? 
    Dom Mauro-Giuseppe Lepori: Pendant ce mois, nous avons fait l’exercice de la synodalité. C’est la chose la plus importante que nous devons ramener dans tous les coins de l’Église durant l’année qui nous sépare de la prochaine session. Pour moi le fruit et le résultat sont là. Que toute l’Église devienne plus synodale, pas seulement en théorie, mais dans sa vie quotidienne. Cela passe notamment par la formation pour tous les états de vie.
    Je crois que tout le monde est désormais convaincu que c’est la bonne méthode. Ce n’est pas un schéma ou une technique, mais une manière d’être. Le synode n’était pas là pour produire des papiers ou prendre de décisions, mais pour permettre à tous de se sentir unis dans le mystère de l’Église que l’Esprit-Saint guide.

    Depuis saint Benoît et sa Règle rédigée au VIe siècle, les moines et les moniales ont une très longue expérience de la synodalité.  
    Comme Abbé d’Hauterive (entre 1994 et 2010, NDLR) j’ai beaucoup insisté sur ce partage structuré et soigné de manière à ce que les frères puissent vraiment se connaître, s’écouter. Nous avons appris à vivre les conflits dans la communion et le dialogue, c’est-à-dire des divergences d’opinions, jamais de personnes.

    "Saint Benoît recommande que les forts ne soient pas freinés dans leur élan et que les faibles ne soient pas découragés par la course des autres"

    Je l’ai vécu ensuite au niveau de tout l’Ordre cistercien comme Abbé général depuis 2010. C’est plus grand et moins facile, car toutes les communautés n’ont pas fait ce chemin. La Règle de saint Benoît demande à l’abbé de veiller à ce que tout le troupeau avance ensemble, que les forts ne soient pas freinés dans leur élan et que les faibles ne soient pas découragés par la course des autres.
    La tradition cistercienne a neuf siècles. Ce sont les cisterciens qui ont inventé le chapitre général qui réunit les supérieurs de tous les monastères chaque année pour vivre un synode, s’écouter, se corriger, se convertir. On peut encore remonter jusqu’aux Actes de apôtres et aux premiers temps de l’Église qui sont pleins de synodalité. Pour moi, cette méthode fait partie de l’ADN de l’Église.

    "Marcher ensemble n’efface rien de chaque fonction, de chaque ministère. L’évêque reste l’évêque, le pape reste le pape"

    Certains craignent un risque de dérive qui pourrait remettre en cause l’autorité des évêques dans l’Eglise.
    Si on comprend mal cette méthode, dans un sens seulement 'démocratique', elle ne respecte pas la nature apostolique de l’Église avec la primauté de Pierre. Mais j’ai fait l’expérience que lorsque l’on favorise une vraie écoute, un vrai échange, une vraie synodalité, l’autorité du pasteur est toujours soutenue et affirmée. Il ne s’agit plus de commander des choses, mais de mettre en œuvre et accompagner les choix mûris en communauté.
    Marcher ensemble n’efface rien de chaque fonction, de chaque ministère. L’évêque reste l’évêque, le pape reste le pape. Mystère de communion, l’Église est un corps avec ses différents membres, comme l’illustre l’apôtre Paul.

    Dom Mauro Lepori, Abbé général des cisterciens
    Dom Mauro Lepori, Abbé général des cisterciens @ Maurice Page

    Une des thématiques importantes durant le synode a été la place et le rôle des femmes.
    Une autre chose vécue au niveau des cisterciens est la synodalité entre hommes et femmes. Depuis que les abbesses participent avec nous au chapitre général ou dans les divers conseils, leur apport se révèle essentiel. La complémentarité masculin-féminin, surtout quand elle n’est pas effacée ou nivelée, permet de prendre soin de la vocation et de la mission de l’Église d’une manière beaucoup plus intégrale et efficace.
    Lorsque, par exemple, j’effectue une visite canonique dans un monastère avec une abbesse, la fécondité en est bien plus grande. Cela enrichit la vie de l’Ordre.
    Je crois que l’Église doit encore mieux le comprendre. Ce n’est pas la question d’accéder à certains ministères, mais que les femmes participent, soient présentes et écoutées. Cela ne nécessite pas forcement des changements de structures. Je ne vois pas pourquoi, elles ne pourraient pas être encore davantage présentes au Saint-Siège ou dans les institutions ecclésiastiques.

    “Je ressens une certaine méfiance face à des idées et des opinions qui tendent à s’imposer comme dans un parlement, alors qu’elles restent superficielles”

    Pour la première fois, des laïcs, hommes et femmes, ont participé au synode avec le droit de vote. Qu’ont-elles apporté de spécifique?
    Chaque participant au Synode a siégé autour de quatre tables différentes. Sur deux de ces tables j’ai eu une facilitatrice. C’était très positif. Il y a un charisme féminin que j’ai aussi constaté dans les interventions. Je ne pense pas que l’on puisse revenir en arrière sur ce mode de fonctionnement. Le synode des évêques peut rester un synode des évêques aussi avec la présence de non-évêques et de laïcs hommes et femmes.
    L’évêque a le rôle de pasteur et de responsable, mais cela ne veut pas dire qu’il doit se réunir uniquement avec ses confrères. L’Église n’y est pas encore habituée, il y a aussi une question de culture. Dans bien des endroits, la femme a peu de droit de parole et de pouvoir de décision. Mais je n’ai pas senti de résistance face à cette évolution.

    Vous admettez aussi que le changement peut susciter des peurs.
    Moi aussi je partage certaines peurs. Ou plutôt une certaine méfiance face à des idées et des opinions qui tendent à s’imposer comme dans un parlement, alors qu’elles restent superficielles et peu approfondies au plan théologique.
    Ces thèmes importants, mais aussi difficiles, ne peuvent pas être tranchés par la voie de la majorité. En outre, le synode n’est pas le lieu pour le faire, il faudrait un concile. Si l’on avance par slogans ou sous l’influence des médias ou de la mentalité du monde, on risque de s’écarter de l’universalité de l’Église.
    Nous ne pouvons pas considérer que la conscience de certains thèmes que nous avons en Europe est la bonne simplement parce que nous sommes Européens. Elle est peut être très différente ailleurs.

    "On entend dire que les jeunes ne comprennent pas le célibat des prêtres. Certes, mais est-ce que les jeunes ont vraiment ce problème?"

    En Suisse, la phase préliminaire du synode a fait émerger des revendications sur la bénédiction des couples homosexuels, l’ordination des femmes et la fin de l’obligation du célibat des prêtres. Or le rapport n’en parle pas ou peu et aucune décision n’a été prise. Les catholiques risquent d’être frustrés et déçus.
    Il faut aussi avoir peut-être l’humilité de faire un pas en arrière et de se demander pourquoi de telles attentes. Par exemple, on entend dire que les jeunes ne comprennent pas le célibat des prêtres. Certes, mais est-ce que les jeunes ont vraiment ce problème? Ne faudrait-il pas d’abord leur donner le Christ ? Leur donner le sens de la vie? Les aider à discerner leur humanité?
    Le non-mariage des prêtres dans le rite latin est-il vraiment le problème de l’Église et de l’humanité? Pas mal d’Africains ressentent cela comme du néo-colonialisme. Je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, mais en rester aux polémiques ne conduit pas à grand chose. L’Église est mater et magistra (mère et maîtresse) elle doit prendre le temps d’aller en profondeur, de respecter sa tradition.

    Saint Pierre garde les clés de l'Eglise
    Saint Pierre garde les clés de l'Eglise @ Maurice Page

    Le synode a pourtant insisté sur la possibilité de parler de tout.
    Oui, mais pourquoi? Le premier rôle de l’Église est d’accomplir sa vocation, selon le décret conciliaire Lumen Gentium §1, d’être “le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain”. Cela a été maintes fois répété dans assemblée synodale. C’est à partir de là que nous devons tout discerner. L’abolition du célibat obligatoire des prêtres peut-elle aider à cette mission? Si oui, fort bien faisons-le ! Si l’Église accomplit ce discernement, elle pourra être ensuite en paix avec elle-même, parce qu’elle a agi non pas pour suivre une mode ou une obligation, mais pour répondre à la mission que son Seigneur lui confie.

    "Avec les migrations, les télécommunications, internet ou les réseaux sociaux, il n’y a plus dans l’Église de milieux 'étanches'.

    Une des idées suggérées pour trouver des solutions est celle d’une décentralisation de l’Eglise, avec plus de pouvoirs donnés aux continents, aux régions et aux conférences épiscopales.
    Ce thème a été beaucoup discuté. La question est que l’Église ne perde pas sa catholicité, tout en admettant une certaine diversité. C’est la grande richesse de l’Église et la grande découverte du Concile Vatican II que nous n’avons peut-être pas assez approfondie.
    Avec les migrations, les télécommunications, internet ou les réseaux sociaux, il n’y a plus dans l’Église de milieux 'étanches’. Nos églises sont remplies d’Africains, d’Asiatiques, nous sommes désormais des 'métis'. Le grand risque est de combattre pour des causes en 'se mettant à part’. On gagne un ou des 'droits’ mais on perd la communion avec l’Église universelle. On devient comme un couple âgé qui se retire dans son petit monde où les enfants qui dérangent ne sont plus les bienvenus.

    Le synode a aussi été marqué par la crise des abus sexuels commis par des prêtres.
    Je me permets de partager un petit témoignage. A la sortie du synode, j’ai été abordé par une dame qui a demandé poliment à me parler. C’est une Allemande qui avait subi des abus et des violences psychologiques. Elle avait décidé de venir à Rome pour accompagner le synode à sa façon. Elle avait écrit une lettre qu’elle m’a remise. Nous avons parlé à plusieurs reprises et nous sommes ainsi devenus un peu amis. J’ai pensé à la veuve importune de l’évangile. Mais elle insistait avec douceur, et m’a ainsi rejoint et m’a aidé à écouter en elle tant de détresses sans voix qui s’élèvent de l’humanité.
    Cela pour dire que les plaintes et les détresses, même silencieuses, sont bien arrivées jusqu’au synode. Nous avons entendu le cri des victimes d’abus et celui des peuples palestinien, israélien, ukrainien et tant d’autres. (cath.ch/mp)

    Mauro-Giuseppe Lepori est né en 1959 à Lugano, dans le canton du Tessin en Suisse. Moine cistercien, il a été 59e Père-Abbé de l'abbaye d'Hauterive de 1994 à 2010. Il est 12e Abbé général de l'ordre cistercien de la commune observance depuis 2010.

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