"L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète"
"L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète" L'eau est un élément essentiel pour tous les organismes vivants.Si les sciences démontrent que l’eau est indispensable à la vie, les religions la lient à la naissance, à la fécondité, à la purification. Compte tenu de son caractère vital, et de son in...
"L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète"
L’eau: à la source du Grand-Saint-Bernard
Les Eglises de Suisse se mouillent pour 'l'eau'
Le Jourdain: le fleuve de la Terre promise... et de la guerre
Innocent Himbaza: "Dans la Bible, l'eau est le symbole de la vie"
«Aqua Fons Vitae»: un plaidoyer de l’Eglise pour l’eau
Dinesh Suna: «Nous demandons des comptes au Forum mondial de l'eau»
Un baptistère paléochrétien érigé sur des thermes romains
"L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète"
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L’eau: à la source du Grand-Saint-Bernard
La source qui alimente en eau l’hospice du Grand-Saint-Bernard est intimement liée à son histoire. Au fil des siècles, elle a été à l'origine de maintes tergiversations techniques et querelles politiques.
Les Eglises de Suisse se mouillent pour 'l'eau'
La campagne "Une saison pour la Création", du réseau "oeco, Eglises pour l'environnement" 2021 a pour thème "Des fleuves d'eau vive". La pasteure et théologienne Nadine Manson, membre du groupe de travail liturgique d'oeco, explique l'importance de l'eau pour l'époque actuelle.
Le Jourdain: le fleuve de la Terre promise... et de la guerre
Face à la puissance du Tigre, de l’Euphrate ou encore au Nil, le Jourdain apparaît comme une modeste rivière à l’eau limoneuse serpentant paresseusement au fond d‘une vallée. Peu de cours d’eau ont néanmoins une valeur symbolique et politique aussi forte.
Innocent Himbaza: "Dans la Bible, l'eau est le symbole de la vie"
Dans la Bible, l'eau est le seul élément que Dieu semble ne pas créer. Il la met de côté pour faire émerger la Terre. Quelles sont les symboliques bibliques de cet élément essentiel à la vie de toute chose? Décryptage avec le bibliste Innocent Himbaza.
«Aqua Fons Vitae»: un plaidoyer de l’Eglise pour l’eau
Le Saint-Siège entend agir au niveau mondial pour une meilleure répartition de l'eau, qu'elle considère comme un bien commun universel. Tebaldo Vinciguerra, responsable de plusieurs dossiers environnementaux - dont celui de l’eau - au sein du Dicastère pour le développement humain intégral, revient...
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"L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète"
L'eau est un élément essentiel pour tous les organismes vivants. Si les sciences démontrent que l’eau est indispensable à la vie, les religions la lient à la naissance, à la fécondité, à la purification.
Compte tenu de son caractère vital, et de son inégale répartition sur Terre, l'eau est une ressource naturelle dont la gestion est l'objet de forts enjeux sociaux, économiques et géopolitiques. Avec les torrents, les tempêtes ou les inondations, elle est aussi parfois destructrice. Pour sa série d’été, cath.ch vous emmène sur sa trace. "L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète", écrit le poète et Prix Nobel mexicain Octavio Paz.
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L’eau: à la source du Grand-Saint-Bernard
La source qui alimente en eau l’hospice du Grand-Saint-Bernard est intimement liée à son histoire. Au fil des siècles, elle a été à l'origine de maintes tergiversations techniques et querelles politiques.
Bernard Hallet
La porte en bois trahit la bâtisse en pierre qui se confond avec le paysage minéral de montagne et d’herbe. D’apparence anodine, la maisonnette recèle pourtant la source qui alimente en eau toutes les habitations du col du Grand-Saint-Bernard. L’eau paisible reflète la statue de la Vierge qui veille sur la précieuse ressource, alors qu’au dehors les vents et les averses qui se succèdent battent les flancs de la montagne. Un peu plus bas, du côté italien de la frontière, la statue de saint Bernard brave les intempéries.
L’histoire de la source a commencé en contre-bas de son piédestal. Un segment de tuyau en plomb d’une quinzaine de centimètres atteste de la captation du point d'eau par les Romains, au premier siècle de notre ère.
L’artefact a été exhumé par les chanoines lors de fouilles archéologiques entreprises en 1872. «L’objet a été volé par un visiteur indélicat avant la réorganisation du musée en 1923», relève Jean-Pierre Voutaz, archiviste de l’hospice. Seul témoin du passé, un dessin quasi industriel, à l’échelle, du tuyau est conservé aux archives.
La victoire de Dieu
Un temple dédié à Jupiter et deux bâtiments qui formaient une auberge pour les voyageurs de l’antiquité, étaient logiquement situés à la verticale de la source. Un millénaire plus tard, en 1050, Bernard et ses compagnons décident d’édifier ce qui va devenir l’hospice sur le col du Mont Joux. Mais pourquoi avoir choisi un lieu si éloigné de la source? Des diverses conjectures, il est resté l’hypothèse que le saint a voulu manifester, avec l’altitude, la victoire de Dieu sur les idoles.
L’acheminement de l’eau jusqu’à l’hospice nécessite l’installation d’une canalisation qui suit une pente douce naturelle et amène l’eau jusqu’à la cave de l’hospice, en fait l’ancienne cuisine. Ainsi naît la promenade des chanoines, qui descend vers le col. Du moins on le suppose: l’iconographie confirme l’existence de ce chemin seulement depuis la fin du XVIIIe siècle. La promenade permet l’installation de la canalisation et son entretien, tout en la protégeant des avalanches.
Premier bisse du Valais?
A l’origine, la canalisation est en bois, «du mélèze précisément, ce qui en fait le plus ancien bisse du Valais», sourit Jean-Pierre Voutaz. Un tronçon de 1,5 m a en effet été retrouvé dans le remblais de la promenade des chanoines par des archéologues. «L’abattage de l’arbre dont on a fait ces canalisations remonte à 1437».
L’installation nécessite un entretien constant, notamment durant l’hiver. Ainsi, en témoigne le prieur Ballalu, dans une chronique datée de 1700: «A cause de la longueur du traiet et du nombre des canaux, il arrive souvent durant l’année que quelques uns se fendent sous la neige ou que l’eau gèle dans ces canaux».
En 1895, un tuyau de métal enterré remplace la structure en bois. «Cela permet d’éviter le gel et occasionne moins de travaux d’entretien. Il existe peu d’archives au sujet de cette installation». En 2016 toutefois, une canalisation moderne synthétique est finalement installée à la faveur de travaux de rénovation.
«Il y a bien deux autres sources», remarque le chanoine. L’une a été déconnectée du canal principal. Suite à une pollution, l’eau n’est plus potable. L’autre, à l’entrée du col côté suisse, a un débit trop faible pour être exploitée.
Source de secours
Cette dernière fut captée comme source de secours en cas de rupture d’approvisionnement de la source principale. Le prieur Ballalu raconte en 1709: «On a toujours été obligé de recourir à la source d’une fontaine qui est du côté du Valley éloignée de la maison environ de cent vingt pas, qu’on appelle la fontaine duplomb avec beaucoup de peine sur tout dans les mauvais temps en hyver(…). Cette fontaine couloit goute a goute. On n’en pouvoit avoir que trois barrils par jour, quoy qu’on prit beaucoup de soin de la ramasser toute ensemble».
La source et sa canalisation sont un trésor dont il faut prendre particulièrement soin. En effet il n’y a pas de réseau d’eau à une telle altitude. «Pas d’eau, pas de vie sur le col», résume l’archiviste. Outre l’entretien constant dus aux aléas du climat, le fait que les chanoines aient cherché à exploiter les deux autres sources moyennant d’importants travaux, la source alimentant l’hospice se trouve, dès le XVe siècle, au centre du conflit qui oppose le Valais et la Savoie.
Une source âprement disputée
Le 13 novembre 1475, les Valaisans remportent la bataille de la Planta qui les oppose à la maison de Savoie dans le contexte des guerres de Bourgogne. L’hospice devient valaisan, comme le reste du pays. Dès lors la Savoie, chassée du Bas-Valais, conteste une frontière qui n’est pas vraiment déterminée, particulièrement au XVIIIe siècle.
Les cartes dessinées à l’époque en témoignent, situant l’hospice tantôt en Savoie, tantôt en Suisse. D’un bord comme de l’autre, la frontière englobe systématiquement la source. Et la dispute va durer plus de quatre siècles. A Turin, aux archives de l’Etat, se trouvent des cartes topographiques dessinant différentes possibilités de délimitation de la frontière, mais dans tous les cas, la Savoie revendique la source. Sans succès.
Côté suisse, on en fait autant en plaçant systématiquement l’hospice et sa source en Valais. La dispute va se poursuivre ainsi à coup de cartes, de décrets et de tentatives d’appropriation. En 1720, la Savoie essaie de dévier la source en construisant un local d'une dizaine de mètres en aval de la source pour la capter. L’opération se solde par un échec.
Un accord en 1906
Même le congrès de Vienne, qui redéfinit les frontières européennes en 1815, ne tranche pas la question. Il faut attendre 1906 pour qu’un accord italo-suisse marque la frontière et laisse finalement la source et l’hospice en Suisse.
A l’abri des tempêtes, de la neige, du froid et des conflits, la source continue de couler, immuable, depuis au moins l’an 50. En 2021, elle emprunte, à quelques mètres près, le même itinéraire qu’ont aménagé Bernard et ses compagnons il y a bientôt 1000 ans. (cath.ch/bh)
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Les Eglises de Suisse se mouillent pour 'l'eau'
La campagne "Une saison pour la Création", du réseau "oeco, Eglises pour l'environnement" 2021 a pour thème "Des fleuves d'eau vive". La pasteure et théologienne Nadine Manson, membre du groupe de travail liturgique d'oeco, explique l'importance de l'eau pour l'époque actuelle.
En cette chaude matinée de début d'été, joggeurs et promeneurs flânent lascivement sur les rives du lac de Bienne qui scintille sous le soleil. Ils ont été naturellement attirés par l'eau, cet élément aux multiples utilités, aussi bien pour le corps que pour l'esprit. Une thématique "de choix", donc, pour la campagne "Une saison de la Création" (du 1er septembre au 4 octobre 2021), relève Nadine Manson.
"L'eau est un élément très important pour notre époque, matériellement, mais aussi symboliquement", souligne Nadine Manson. "Premièrement, avec le réchauffement climatique, c'est une denrée qui va devenir de plus en plus rare". "Ici, en Europe, on ne pense pas qu'il est possible de manquer d'eau", relève-t-elle, le regard tourné vers la grande nappe d'eau qui s'étend aux pieds du Jura.
Une ressource qui ne coule pas de source
La pasteure sait de quoi elle parle, ayant a été témoin de la cruelle réalité de pays où cet élément est tout sauf anodin. Des images, parfois très dures, sont ainsi restées gravées dans sa mémoire. Lors d'un séjour à Madagascar, le pays de ses parents, elle a croisé le regard terrible d'un enfant, dans la rue, en train de mourir de faim et de soif. "J'ai été profondément choquée par les conditions de vie de certaines populations malgaches, qui n'ont pas l'eau courante et un accès très difficile à l'eau potable". Elle a été indignée par le comportement des classes aisées de l'île-continent qui s'accaparent les ressources hydriques, aux dépens des plus pauvres.
Au-delà de la politique
Il lui tient donc d'autant plus à cœur de conscientiser la population suisse. Les Eglises ont, pour Nadine Manson, un rôle important à jouer dans cette démarche.
Si elle ne souhaite pas commenter les résultats de l'initiative "Eau potable propre", largement rejetée par le peuple, le 13 juin dernier, elle souligne qu'oeco a une approche qui dépasse les clivages politiques. "Il s'agit principalement pour les Eglises de rappeler que la terre, ainsi que l'eau et toute la Création, ont été données par Dieu. C'est notre rôle de remettre la Création au centre, mais sans parti pris, en rappelant surtout le besoin pour l'humanité de développer la fraternité et la solidarité face à un bien universel".
Déluge et débordements
"L'eau, c'est quelque chose d'incroyable", lance-t-elle. "Mais qui n'a pas qu'un aspect positif. On peut s'y baigner, mais aussi s'y noyer. Dans la Bible, c'est un élément autant bienfaisant que destructeur. C'est le propre même de la vie, quelque chose qui fait du bien, mais qui blesse en même temps. Le Christ n'est pas venu pour mettre fin à la souffrance. L'eau, élément souvent incontrôlable, reflète cette nature que nous ne voudrions peut-être pas. Mais Dieu n'a pas dit: 'Il y a du bon et du mauvais'. Tout ce qui est 'est', et il faut vivre avec".
Pour la pasteure, cet aspect de l'eau peut même nous en apprendre sur les relations humaines, notamment amoureuses: "Si on n'attend de l'autre que des moments merveilleux qui nous font du bien, on court à la désillusion. Dans un couple, il faut apprendre à accepter le conjoint dans ses 'débordements'".
Soif de l'essentiel
L'eau est un élément tellement omniprésent - en tout cas dans les pays occidentaux - que l'on ne sait plus l'apprécier. "C'est un peu comme la spiritualité, note Nadine Manson. C'est pour ça que la Bible parle de la 'soif' de Dieu. Lorsque tout va bien dans notre vie, l'on n'a pas besoin d'y penser, mais quand ça tourne mal, on se rend compte qu'il nous manque l'essentiel. C'est ce qui arrive à certaines personnes riches et célèbres qui se retrouvent soudain sans aucun sens à leur vie et se suicident. Ils n'ont pas trouvé cette 'eau vive' qui aurait pu leur apporter la véritable joie".
oeco se "romandise"
La pasteure n'est que depuis peu dans le groupe de travail d'oeco, Eglises pour l'environnement, un réseau qui met en lien depuis 1986 des chrétiens de Suisse engagés pour la sauvegarde de la Création. Elle est la première personnalité francophone à jouer un rôle à ce niveau de l'organisation. Il est vrai qu'oeco (en allemand Oeku), jusqu'ici surtout présente en Suisse alémanique, a la volonté de s'orienter davantage vers la Suisse romande.
"Dans un couple, il faut apprendre à accepter le conjoint dans ses 'débordements'"
Un aspect manifesté par l'un des événements phares de la campagne annuelle: une célébration œcuménique, le 2 octobre, qui se déroulera à la cathédrale Saint-Pierre de Genève. D'importantes personnalités des Eglises protestantes, catholique romaine et catholique chrétienne y sont conviées. L'événement déploiera de nombreuses interventions sur le thème de l'eau, telles que des prières, des allocutions et un "mapping", une diffusion d'images géantes sur les murs de la cathédrale. "Ce sera magnifique", se réjouit Nadine Manson.
Journée de la Création au bord de l'eau
L'autre événement central, germanophone cette fois-ci, aura lieu le 4 septembre sur les rives du lac de Constance. Il rassemblera des représentants des Eglises protestantes et catholique d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche qui célébreront une "Journée de la Création" également sur le thème de l'eau.
Mais, comme d'habitude, le cœur d'une "Saison de la Création" sera la distribution de matériel didactique, principalement destiné aux paroisses. Le matériel, en version trilingue (français, allemand, italien) déclinera le thème de l'eau sous plusieurs aspects, aussi bien écologique que théologique. Divers événements, au cours de ce "mois de la Création", s'adresseront aux plus jeunes comme aux moins jeunes, précise Nadine Manson.
S'étant déplacée au bord de l'eau, la pasteure espère que la campagne pourra contribuer à faire évoluer les mentalités. Effleurant de ses doigts la surface du lac, elle doute cependant que l'être humain puisse réellement un jour faire de l'eau le bien universel qu'elle devrait être. "Mais nous, les Eglises, pouvons juste essayer de faire ce qu'on peut, là où l'on est. Et quand on jette un caillou dans l'eau, qui sait jusqu'où vont les vagues?" (cath.ch/rz)
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Le Jourdain: le fleuve de la Terre promise... et de la guerre
Face à la puissance du Tigre, de l’Euphrate ou encore au Nil, le Jourdain apparaît comme une modeste rivière à l’eau limoneuse serpentant paresseusement au fond d'une vallée. Peu de cours d’eau ont néanmoins une valeur symbolique et politique aussi forte.
La fascination qu'exerce le Jourdain est due tant à ses extraordinaires caractéristiques physiques qu'aux associations historiques et symboliques qu'il suggère. Ici, la géographie et l’histoire contiennent toute une théologie! Et l’eau que le fleuve transporte reste un élément vital pour ses riverains.
Dans cette terre, sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, les cartes se sont superposées au gré de l’histoire. Mais aujourd’hui comme aux temps bibliques, le fleuve marque une frontière, celle de la 'Terre promise'.
Une rivière, cinq pays
Le bassin du Jourdain est partagé entre quatre Etats: Liban, Syrie, Israël et Jordanie, auxquels il faut ajouter les territoires palestiniens de Cisjordanie. Il prend sa source dans le Mont Hermon, au Liban, qu’il parcourt sur 21 km. Il passe la frontière israélienne et arrive au lac Houleh, aujourd’hui asséché, où il reçoit trois affluents, les rivières Hasbani, Banias et Dan. Ensuite, il parcourt 17 km de gorges étroites et arrive au lac de Tibériade. Le Jourdain rencontre ensuite la rivière Yarmouk arrivant de Syrie, puis décrit des méandres sur 320 km (109 km à vol d’oiseau) pour atteindre la mer Morte. Il traverse une plaine humide à la végétation subtropicale, dominée des deux côtés par des terrasses sèches et ravinées.
Le Jourdain est une rivière au flux modeste. Il n’atteint que 1,5m à 3,5 m de profondeur et se traverse facilement. A l’époque biblique, on ne comptait pas moins de 54 gués ou bacs sur son cours inférieur. La véritable barrière n'étant pas le fleuve lui-même, mais l'abrupte dépression géologique dans laquelle il coule, une faille naturelle qui part des grands lacs en Afrique et remonte par la Terre Sainte. A 400 mètres au-dessous du niveau de la mer, c’est le lieu terrestre le plus bas de la planète.
Dans le texte hébreu de l'Ancien Testament, le mot Jourdain (Yardên) dérive du verbe yârad: descendre. Suivant une deuxième opinion, Jourdain dériverait de l'arabe ouarada: descendre vers l'eau, pour le bétail surtout, et l'on aurait «l'abreuvoir» ou «le gué». En arabe moderne, le Jourdain s'appelle toujours ech-Cherîa, l'abreuvoir.
La voie vers le paradis
Historiquement, le Jourdain est une frontière naturelle qui sépare la Terre promise du désert où, selon la Bible, le peuple élu a erré pendant 40 ans avec Moïse. Son passage marque l’entrée dans le pays de Canaan où coulent le lait et le miel.
L'association intime entre le Jourdain et l'histoire politique et religieuse des Hébreux fit de ce fleuve un lieu tout indiqué pour les baptêmes qu'administrait Jean-Baptiste. En s’y faisant baptiser, Jésus récapitule l'histoire de son peuple et entre comme lui en Terre promise.
Théologiquement, cette frontière symbolise la séparation entre la mort et la vie. En s’y plongeant, Jésus quitte le monde la mort et ouvre la voie vers le «Royaume» et la plénitude de la Vie. Pour les chrétiens, le baptême devient l’entrée dans une vie nouvelle, où la mort n’est plus crainte comme le terme de la vie.
Au lieu du baptême, la carte politique est aujourd’hui la plus perceptible, au sens qu’il est toujours interdit de traverser le Jourdain qui marque la frontière entre deux pays naguère ennemis, Israël et la Jordanie.
Le site du baptême de Jésus à ‘Béthanie au-delà du Jourdain’ ou Wadi al Kharrar (la vallée mélodieuse), à 25 kilomètres de la capitale Amann, est un parc naturel touristique créé par la Jordanie autour des fouilles archéologiques réalisées à partir de 1996. Les découvertes, avec pas moins de neuf églises et chapelles, plusieurs monastères, des piscines baptismales, des bassins et des aménagements hydrauliques, datant des époques romaine et byzantine, ont été si abondantes et si riches qu’une remise en valeur de l’endroit s’imposait.
Un site jordanien
Détruit par les guerres successives et les tremblements de terre, couvert d’alluvions, envahi par les marais et la forêt de tamariniers, le site était tombé dans un oubli quasi-total depuis des siècles. Durant près de trente ans de 1967 à 1994, il fut même totalement interdit d’accès puisque situé sur la ligne de démarcation de deux Etats alors en guerre. La signature d’un traité de paix en 1994, suivie du déminage de la zone, a permis les premières fouilles qui ont vite persuadé une majorité de chercheurs qu’ils se trouvaient bien sur le lieu même où Jésus fut baptisé par Jean-Baptiste. Le site a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2015.
Le sentier se faufile dans le bosquet dense de tamariniers pour aboutir jusqu’à la ‘chapelle sur le Jourdain’. Les archéologues ont mis au jour un vaste escalier de marbre du V-VIe siècle descendant d’une grande basilique, qui pourrait être l’église de Jean Baptiste décrite par les voyageurs antiques, jusque dans le lit de la rivière. Le Jourdain capricieux a depuis déplacé ses méandres quelques dizaines de mètres plus loin, mais la preuve archéologique est assez convaincante
Un site palestinien
Certes le site de 'Qasser El Yehud', légèrement plus au nord, sur l’autre rive du Jourdain, en territoire palestinien, sous l’obédience de l’Eglise orthodoxe grecque et de la Custodie franciscaine de Terre Sainte, prétend toujours détenir la palme de l’authenticité. Le débat pourra-t-il être tranché un jour en faisant fi de tout nationalisme? Rien n’est moins sûr. Les papes Jean Paul II en 2000, Benoît XVI en 2009 et François en 2015 se sont rendus sur les deux sites, histoire de ne privilégier personne.
Au coeur du conflit israélo-arabe
Enjeu symbolique, le Jourdain est surtout un enjeu économique. Les ressources hydrauliques qu’il fournit sont en effet vitales pour les Etats riverains. L’eau est une des clés des rapports entre Israël et ses voisins. Le fleuve a ainsi été le théâtre de conflits nombreux et violents.
Les tensions autour de son eau se sont développées dès la création de l’Etat d’Israël en 1948, pour culminer à la Guerre des Six-Jours, en 1967. Face au risque de conflits, le gouvernement américain avait proposé, en 1953, une médiation pour résoudre les contentieux sur le bassin du Jourdain. Cela avait abouti au ‘Plan Johnston’, qui donnait 52% de l’eau à la Jordanie, 31% à Israël, 10% à la Syrie, 3% au Liban. Mais Israël le rejeta.
Dès 1953, Israël a commencé l’aménagement unilatéral du lac Houleh, au nord de Tibériade, entraînant des escarmouches avec la Syrie. En 1959, l’Etat hébreu entame le chantier de l’Aqueduc national (National Water Carrier) pour détourner les eaux du lac de Tibériade vers le reste de son territoire.
Avec la guerre des Six Jours, Israël s’approprie l’eau
A partir de 1965, le Liban, la Jordanie et la Syrie amorcent, en réaction au projet israélien, des travaux de détournement du Jourdain et de ses affluents (Hasbani, Wazzani, Yarmouk), privant ainsi Israël d’une partie de ses ressources. L’armée israélienne bombarde alors les travaux syriens de détournement du Hasbani et du Banias dans le Golan, et détruit les installations jordaniennes du canal du Ghor occidental.
La Guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967) aura des conséquences importantes sur la question de l’eau. Elle modifie profondément la donne géopolitique du bassin, puisque Israël occupe la Cisjordanie et le Golan. De pays en aval, Israël passe à la position de pays en amont, lui permettant d’acquérir le contrôle de vastes ressources hydriques. De plus, l’occupation de la Cisjordanie lui permet d’en contrôler les importantes nappes phréatiques.
Aujourd’hui encore la politique israélienne reste largement guidée par la volonté de contrôler les ressources en eau. La consommation d’eau est fixée selon des quotas qui affectent les Palestiniens: les 7 millions d’Israéliens ont une consommation par personne quatre fois supérieure aux 4,2 millions de Palestiniens. Les frustrations occasionnées par cette situation peuvent engendrer de la violence à l’encontre des soldats ou des colons israéliens.
A coup sûr, le Jourdain n’as encore fini de faire parler de lui. (cath.ch/mp)
Down by the Riverside
Le Jourdain occupe une place significative dans l’imaginaire juif et chrétien. De très nombreuses expressions artistiques en témoignent à toutes les époques. Une des plus célèbres est le negro spiritual Down by the Riverside. Ce cantique qui date d'avant la guerre civile américaine, est un des plus anciens du genre.
Il est centrée sur l'idée d'abandonner le pessimisme et l'agressivité, et de revêtir de nouveaux vêtements, au bord d'une rivière avant de la traverser. La rivière peut représenter le baptême, qui, dans l'Église baptiste du Sud, implique de porter une robe blanche et d'être immergé dans l'eau. Elle fait référence aussi au Jourdain, qui était le dernier passage pour les Hébreux avant d'entrer en Terre promise.Le refrain "ain't gonna study war no more" (littéralement: on ne va plus étudier la guerre) fait référence aux paroles de l'Ancien Testament. Ce grand et vieux spiritual et son imagerie pacifiste peuvent prendre un nouveau sens chaque fois qu'il y a un conflit dans le monde. C'est pourquoi il a souvent été utilisé comme chanson de protestation notamment contre la guerre du Vietnam. MP
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Par Grégory Roth
L’eau est avant tout symbole biblique de vie…
Innocent Himbaza: L'humain boit de l'eau. S'il n'en boit pas, il meurt. Il se lave et se baigne dedans, il en a besoin pour la vie de tous les jours et pour cultiver la terre. L’eau est un symbole de bénédiction, de fertilité, de purification et de revitalisation. Elle est aussi un symbole de mort ou de destruction, comme dans le célèbre récit du déluge (Genèse 6-9).
L'eau sert aussi à décrire l’état de quelqu’un: en colère "comme l'eau d'un torrent" (Osée 5), être fidèle comme "un arbre près de l'eau" (Psaume 1). Certains livres (Psaumes, la Sagesse ou Proverbe) utilisent un langage symbolique : le danger assimilé à "de l'eau profonde", l'âme peut "fondre comme de l'eau". L'aspect liquide de l'eau est associé à "perdre courage". L'eau qui s'évapore est comparée à la peur. Les ennemis sont vaincus "comme l'eau qui s'évapore".
Vous dites que dans les récits de Création (Genèse 1-2), Dieu semble ne pas créer l'eau...
Dieu crée, mais on a l'impression que l'eau est déjà là. En revanche, contrairement aux religions du Proche-Orient ancien, l'eau n’est pas une divinité.
"Dans la Bible, on a le sentiment que Dieu et l’humain expérimentent la force destructrice de l'eau"
En fait, Dieu sépare les eaux d'en bas et les eaux d'en-haut: la Terre est entourée par l'eau. Si Dieu enlevait le firmament, la Terre serait simplement engloutie. Dieu permet que la vie terrestre puisse se développer en mettant l'eau de côté. Il contrôle la chute des pluies, et lorsqu'il est fâché, il ouvre les écluses et le monde est inondé (cf. le déluge). On a le sentiment que Dieu et l’humain expérimentent cette force destructrice.
L'eau sert aussi de barrière ou frontière naturelle infranchissable si l'on veut fuir. Mais, par l'action de Dieu, elle devient franchissable, comme la séparation des eaux de la mer des Joncs (Exode 14) ou la traversée du Jourdain (Josué 3).
Dans la Bible, Dieu est présenté comme celui qui dispense l’eau…
Le livre du Deutéronome (Dt 11, 10-15) explique qu'Israël n'est pas comme l'Égypte, qui est irriguée par le Nil. Israël dépend des pluies que Dieu donne. "Parce que vous me serez fidèles, je vous donnerai l'eau nécessaire pour survivre".
"En quittant l’Égypte, le peuple d'Israël va vivre dans un pays qui dépend de Dieu pour survivre"
En quittant l’Égypte, le peuple d'Israël va vivre dans un pays qui dépend de Dieu pour survivre. S'il est infidèle, il n'aura pas l'eau. L'eau est perçue comme une récompense ou une menace. Quand Dieu ouvre les écluses du ciel, c'est le déluge (Genèse 6-9). Mais cela peut aussi être une bénédiction, s’il s’agit de la pluie nécessaire (Malachie 3, 10). Le même terme hébreu (écluses du ciel) est employé, une fois pour la mort et une fois pour la vie.
Avec l'action de Dieu, l'eau devient un symbole spirituel…
Il y a effectivement un passage important, dans lequel l'eau et l'esprit sont pratiquement identiques (Isaïe 44, 2-3). Donner de l'eau, c'est le même geste que de donner l'esprit. Quand Dieu donne de l'eau, le désert est irrigué. Quand Dieu donne l'esprit, le désert intérieur de l'humain est irrigué.
Une autre image (Isaïe 32, 15-20): le désert deviendra un verger, et dans le verger s'établira la justice. Le symbolisme naturel devient un symbolisme divin, à l'image du Psaume 1: "Le chemin du juste est comme un arbre au bord du ruisseau. Alors que le chemin du méchant se perdra". De même (Ézéchiel 36, 25): "je répandrai de l'eau pure et vous serez purs. Je vous purifierai de toute vos iniquités et de toutes vos idoles". La purification du corps est à l’image de celle de l'esprit. Cette démarche est reprise dans le Nouveau Testament: Jean-Baptiste purifie avec de l'eau et Jésus va purifier par l'esprit.
Le Nouveau Testament introduit une évolution…
Dans les Évangiles, l'eau est souvent liée à un enseignement. Jean-Baptiste baptise avec l'eau (Luc 3) et annonce aussitôt que celui qui viendra après lui fera différemment. Quand Jésus arrive au bord de la mer de Galilée (Luc 5), il rencontre des pêcheurs de poissons et veut en faire des pêcheurs d'hommes. Quand Jésus marche sur l'eau (Matthieu 14, 22-33) et que les disciples ont peur, il leur parle de leur foi. De même quand Jésus apaise la tempête (Marc 4, 35-41), il instruit les disciples sur la foi.
A Cana, Jésus change l'eau en vin (Jean 2). Les convives et le maître de cérémonie ne savent pas ce qu'il se passe. Mais le lecteur de la Bible est orienté vers la messianité de Jésus. Dans sa rencontre avec la Samaritaine (Jean 4), Jésus demande à boire de l'eau, et propose ensuite de l'eau que quiconque boira n'aura plus jamais soif.
Le baptême de Jean-Baptiste avec l'eau du Jourdain fait partie de cette évolution?
Au 2e siècle avant Jésus, on connaît déjà le 'miqweh': bain rituel pour la purification et la repentance, dont la pratique est réservée a ceux qui en ont besoin pour être en conformité avec la Torah. On en a trouvé des exemples à Qumrân. Chez les juifs, l'idée que l'eau fait davantage que de purifier la saleté est déjà répandue. Mais on pense que c'est Jean qui va démocratiser cette pratique juive au Jourdain. La nouveauté est que tout le monde est invité à être baptisé.
Quel aspect du baptême deviendra spécifiquement chrétien?
On est baptisé "au nom de Jésus". La personne de Jésus est intégrée dans le symbolisme de l'eau. On associe l'eau du baptême à la mort et à la résurrection de Jésus (Romains 6, 1-11). Ce n'est plus seulement un élément de purification physique par l'eau et de purification intérieure par l'esprit – déjà connus dans l'Ancien Testament–, mais c’est surtout un signe d'adhésion à la personne de Jésus. Le baptême devient mystère de la mort et de la vie, qui dépasse le simple geste de l'eau.
L'Église va en faire son premier "sacrement", un élément incontournable. Le baptême fait des chrétiens des membres d'une même communauté. Il devient un élément identitaire qui, dans le christianisme, équivaut à la circoncision dans le judaïsme ancien.
D'autres pratiques chrétiennes se développent à partir de l'Ancien Testament?
Oui, les aspersions d'eau bénite, par exemple. Un verset d’un psaume dit "ôte mon péché avec l'hysope" (Ps 51, 9). L'hysope est une plante dont on fait un bouquet que l'on trempe dans l'eau ou le sang, et avec lequel on asperge les gens, les maisons, les objets (Exode 12, 22 ; Lévitique 14, 4-7.49-52).
Pareil pour l'eau et ses vertus médicinales. Des pèlerinages sur les lieux de martyres des premiers chrétiens se sont développés: on se baigne ou on boit de l'eau, comme au Jourdain ou à Lourdes, plus récemment. Ces gestes modernisés et christianisés ont leur origine dans la Bible. (cath.ch/gr)
Eau: quelques récits bibliques bien connus
Innocent Himbaza: "Certains passages sont célèbres, parce qu'ils sont impressionnants. Le déluge (Genèse 6-9), mais aussi l'eau du Nil changée en sang (Exode 7, 14-24). C'est la première plaie d'Égypte, c'est-à-dire le premier élément avec lequel Dieu frappe le peuple égyptien. Il y a aussi, comme déjà évoqué, la traversée de la mer des Joncs (Exode 14) et la traversée du Jourdain (Josué 3). On peut encore évoquer le récit de Jonas qui est jeté à la mer et qui passe trois jours dans le ventre du poisson.
D'autres passages sont connus, mais moins impressionnants. Ils concernent tout simplement la purification et le lavement, comme dans le Lévitique, par exemple. Les prêtres doivent se laver avant d'offrir des sacrifices (Lv 8-9), toutes celles et ceux qui sont impurs se lavent (Lv 15). De même, au jour du grand pardon, celui qui envoie le bouc émissaire dans le désert doit se laver (Lv 16).
Usages insolites de l'eau
C'est assez rare, mais l'eau peut être un symbole de jugement. Dans le livre des Nombres, par exemple (Nb 5, 11-31), si un homme soupçonne sa femme d'infidélité, il l'amène auprès du prêtre. Le prêtre écrit des imprécations de malédiction qu'il fait fondre dans l'eau et il fait boire le liquide à la femme. Si la femme a vraiment été infidèle, son ventre va gonfler, sinon l'eau va passer sans problème. Ce rituel paraît évidemment très étonnant aujourd'hui.
Lorsque Gédéon doit aller faire la guerre (Juges 7), son peuple est trop nombreux. Alors Dieu lui dit d'aller faire boire les hommes à la rivière. Il choisit les 300 guerriers qui ont lapé l'eau avec la main, et tout ceux qui se sont agenouillés pour boire avec la bouche sont disqualifiés.
L'eau comme démarche de foi
Quand le général syrien Naaman (2 Rois 5) est atteint de lèpre, on lui dit que quelqu'un en Israël peut le guérir. Il va alors chez le prophète Elisée, mais ce dernier, avant même de le recevoir, l'envoie se laver au Jourdain. Le général proteste d'abord, mais finit par s'y baigner et guéri.
En Ézéchiel 47, il y a une vision où Jérusalem et le Temple sont reconstruits. Du Temple sort une rivière qui irrigue toute la plaine. Cette vision eschatologique présente le Temple comme le symbole un Dieu source de vie. Cette image est reprise dans l'Apocalypse (Apoc 22, 1)". GR
Innocent Himbaza
Formé au Rwanda, à Fribourg et à Jérusalem, Innocent Himbaza enseigne au département d’études bibliques de l'Université de Fribourg depuis 2001. Maître d'enseignement et de recherche (MER) à partir de 2003, il devient professeur titulaire d'Ancien Testament et d'Hébreu biblique depuis 2018. Il est également curateur de l'Institut Dominique Barthélemy et collabore à l'édition de la Biblia Hebraica Quinta (BHQ).
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«Aqua Fons Vitae»: un plaidoyer de l’Eglise pour l’eau
Le Saint-Siège entend agir au niveau mondial pour une meilleure répartition de l'eau, qu'elle considère comme un bien commun universel. Tebaldo Vinciguerra, responsable de plusieurs dossiers environnementaux - dont celui de l’eau - au sein du Dicastère pour le développement humain intégral, revient sur les objectifs du document Aqua Fons Vitae («L’eau source de vie»), publié par le Dicastère en mars 2020.
Quel est le but d'Aqua Fons Vitae?
Tebaldo Vinciguerra: Il s’agit d’offrir à l’Eglise locale dans les divers pays des propositions d’action sur les questions liées à l’eau et plus généralement au développement intégral, aux conditions qui rendent possible la vie sur Terre. Cette publication est organisée en chapitres qui mêlent de façon synthétique l’analyse de la situation, des propositions de plaidoyer et des propositions très concrètes que peuvent mettre en œuvre les organisations de l’Eglise. C’est-à-dire ce que peut faire une conférence épiscopale, une paroisse, un monastère, une Caritas… Nous avons souhaité aller vers un document assez concret plutôt que vers une nouvelle élaboration de grands principes qui pourraient avoir un sens si l’on s’adressait à la communauté internationale ou aux Nations Unies.
Un deuxième objectif est d’arriver à présenter en un seul document les questions de droit humain d’accès à l’eau potable et à l’assainissement; les questions hydriques plus larges telles que la bonne santé de l’environnement, l’agriculture, mais aussi la paix et les questions institutionnelles liées à la gouvernance de l’eau. Nous y avons inclus les questions maritimes à savoir la sauvegarde des océans et la problématique des pêcheurs. Souvent, on tend à faire une distinction dans le domaine de l’eau: l’eau douce, l’eau potable, les océans. Or «tout est lié»: la façon dont nous polluons nos rivières, a, à terme, un impact sur la santé de nos océans.
"Nous avons souhaité aller vers un document assez concret plutôt que vers une nouvelle élaboration de grands principes."
Concrètement quels sont ses moyens d’action?
L’Eglise peut agir notamment à travers l’éducation et la pédagogie à plusieurs niveaux: école, collège et lycée, monde associatif, sans oublier le rôle primordial des familles: il est possible de sensibiliser à la contemplation et à la compréhension de la création à son respect. Cela peut commencer avec la réalisation d’un pluviomètre pour les plus petits, des campagnes de nettoyage de rivières ou de plages par des jeunes. N’oublions pas que l’eau a une place très importante dans la culture, l’histoire, la liturgie. L’Eglise – à travers ses centres techniques divers et ses universités – forme des professionnels.
Ensuite, je mentionnerais le rôle de plaidoyer. J’ai à l’esprit des paroisses du Pérou, qui se battent farouchement pour que les autorités locales installent des structures permettant l’acheminement de l’eau courante dans telle ou telle banlieue pauvre. Des religieux qui, en Afrique, analysent la qualité de certaines rivières et demandent des explications au gouvernent local lorsque des taux inhabituellement élevés de pollution sont détectés, tout en en informant la population locale. Des commissions Justice et Paix nationales ou appartenant à des congrégations religieuses mènent des actions de défense des droits humains. Par exemple, elles dénoncent le fait que, dans une région donnée, la population n’a pas accès à l’eau potable car ses sources traditionnelles d’approvisionnement sont désormais polluées, ou pour des raisons d’insécurité, ou encore de discrimination frappant des minorités ethniques.
"L’Eglise peut agir notamment à travers l’éducation et la pédagogie à plusieurs niveaux: école, collège et lycée, monde associatif, sans oublier le rôle primordial des familles."
Un engagement concret, dans le quotidien et dans la durée, par des projets agricoles constitue un bel axe d’action. Parfois en Europe, et plus encore en Amérique latine, en Afrique, l’Eglise essaye de bien construire et de bien de gérer des infrastructures hydriques en milieu agricole. L'Eglise essaye également d'assurer la distribution d’eau potable aux populations lors de catastrophes ou dans des camps de réfugiés. Je pense enfin à un dernier moyen d’action: la célébration! Comme lors de la bénédiction d’un nouveau puits par un évêque, ou encore l’accompagnement pastoral des paysans ou des pêcheurs dans le cadre de la Mission de la Mer.
Comment pensez-vous concrétiser ces propositions?
Une réflexion est très souvent nécessaire sur la dimension économique et financière d’un nouveau projet d’accès à l’eau et à l’assainissement. Comment garantir la viabilité économique d’un projet qui a probablement commencé grâce à des dons, et ce à une époque où on parle de plus en plus de ces questions d’investissements éthiques? Où se situe la juste frontière entre un effort économique responsabilisant qui contribue à faire démarrer et durer des systèmes d’approvisionnement en eau potable, d’une part, et une manière cynique de s’enrichir aux dépens des usagers en créant une dépendance malsaine générée par des cycles d’appauvrissement et d’endettement des populations locales, d’autre part? Il s’agit après tout de bien commun, de droits humains!
Justement, un autre axe de réflexion sur lequel travaille le Dicastère - avec bien des partenaires - est la promotion du droit universel d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Comment le renforcer et le faire mieux respecter à tous les niveaux et dans tous les pays?
Quelle forme peut prendre le soutien du Saint-Siège aux ONG, aux gouvernements aux administrations publiques qui souhaitent agir pour sauvegarder l’eau?
Notre travail consiste à rappeler les grands cadres éthiques dans lesquels nous travaillons. Beaucoup de dialogues et de collaborations se nouent grâce à l'encyclique du pape François Laudato si’ (2015). Je pense notamment aux chapitres consacrés à l’écologie intégrale, au dialogue et à l’éducation, à la spiritualité et à la culture. Très souvent, des groupes de réflexion ainsi que le monde de l’entreprise et des investisseurs viennent dialoguer avec le Saint-Siège, avec notre Dicastère, sur la question de l’eau. Des personnes qui ont des responsabilités techniques, politiques, diplomatiques nous consultent à ce sujet. La Fondation Jean-Paul II pour le Sahel travaille étroitement avec notre Dicastère, cette fondation dispose d’un réseau qui permet d’agir de façon capillaire en faveur de l’agriculture, de la «muraille verte» dans ces zones arides.
Parfois le Saint-Siège, en marge des sommets internationaux, organise ou participe à des sessions parallèles ou publie des documents. Cela permet à l’Eglise de s’exprimer, avec des ONG ou des Caritas, sur la problématique du droit d’accès à l’eau, ou sur des questions agricoles.
"Beaucoup de dialogues et de collaborations se nouent grâce à l'encyclique du pape François Laudato si’."
Le dialogue avec les administrations publiques s’exerce – à la lumière du principe de subsidiarité – essentiellement au niveau national, à travers les conférences épiscopales, souvent par le biais des commissions Justice et Paix. Certains évêques peuvent également interagir avec les gouvernements en comptant sur les universités catholiques.
Le Dicastère pour le développement humain intégral prépare une plateforme d’action pour la mise en œuvre de l’encyclique Laudato si’: lorsqu’elle sera fonctionnelle, l’Eglise locale pourra s’en inspirer aussi pour travailler sur les sujets hydriques, et ce aussi en lien avec le monde associatif, scolaire et de l’entreprise. (cath.ch/bh)
Tebaldo Vinciguerra
Depuis 2011, Tebaldo Vinciguerra est au service du Saint-Siège depuis 2011. Initialement au sein du Conseil pontifical Justice et Paix puis du nouveau Dicastère pour le service du Développement Humain Intégral. Il travaille à la lumière de la Doctrine sociale de l’Eglise sur les sujets ayant trait à l’eau, à l’agriculture, à l’énergie et à l’industrie minière. Laïc et père de famille, Tebaldo Vinciguerra a fait des études en sciences politiques et en relations internationales à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux et à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Turin. Il a commencé un doctorat en économie à l'Université LUMSA de Rome. BH
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Dinesh Suna: «Nous demandons des comptes au Forum mondial de l'eau»
Les Eglises sont au cœur du combat pour l’eau. Coordinateur du Réseau œcuménique de l'eau, l’Indien Dinesh Suna revient sur le rôle et le bilan de cet organisme créé à l’initiative du Conseil œcuménique des Eglises (COE), basé à Genève. Face à l’accaparement de l’eau et sa privatisation, les défis sont nombreux pour atteindre d’ici 2030 un accès à cette ressource universelle.
Il parle un anglais impeccable. Originaire de l’Inde, où il a été actif plus de vingt ans au sein d’organisations œcuméniques nationales, Dinesh Suna a repris en 2012 la coordination du Réseau œcuménique de l'eau (ROE). Avec une formation en journalisme et communication de masse, une maîtrise en travail social un certificat sur la diplomatie de l’eau, il était tout désigné pour devenir le nouveau fer de lance du combat pour l’eau.
Car les défis sont nombreux. En 2025, selon des données fournies par les Nations unies, les ressources en eau de plus de la moitié des pays du monde connaîtront des tensions ou une véritable pénurie. Vers 2050, les trois quarts de la population mondiale pourraient être confrontés au manque d'eau. Il faut donc, prévient l’ONU, économiser cette précieuse ressource. Sans quoi le monde devra faire face à un déficit hydrique de 40 % dès 2030 et à une crise mondiale, qui touche déjà plusieurs régions.
Fondé en 2006 à l’initiative du COE, ce réseau mondial d'Eglises et d'organisations chrétiennes, le ROE promeut l'accès à l'eau pour tous. Sa déclaration "L'eau pour la vie", adoptée à ses débuts, appelle les Eglises et les partenaires œcuméniques à s'engager à garantir l'accès à l'eau, que cet accès ne soit pas une source de conflit, à lutter aussi contre la surconsommation et la pollution de l'eau et à en faire un usage durable. Interview de son coordinateur, Dinesh Suna.
Quel bilan faites-vous de l’action menée depuis 15 ans par le ROE?
Dinesh Suna: de par son engagement pour la justice de l'eau, le Conseil œcuméniques des Eglises, le membre poids-lourd du ROE avec sa communauté de plus d’un demi-milliard de chrétiens, est devenu une «communauté bleue». À ce titre, il doit respecter trois critères: reconnaître l'eau comme un droit de l'homme; dire "non" à la vente et à l'utilisation d'eau en bouteille dans les endroits où l'eau du robinet est potable; dire non, enfin, à la privatisation de l'eau.
Aujourd'hui, les «communautés bleues» ont essaimé: il en existe plus de 22 en Suisse et plus d’une centaine dans le monde, composées de villes, d'universités, d'Eglises et d'ONG. Notre effort collectif vise à réaliser l'objectif de développement durable: "l'eau et l'assainissement pour tous d'ici 2030».
Avec quels résultats concrets?
Les membres fondateurs du ROE, dont Pain pour le Monde (Brot fur die Welt), en Allemagne, Norwegian Church Aid (NCA) ou l’Eglise de Suède, ont mis en œuvre des projets sur le terrain. La NCA a par exemple collecté 36 millions de dollars (33,2 mios de francs) par le biais d'un téléthon national en Norvège. Ils ont réussi à fournir de l'eau potable à un million de personnes grâce à des forages, des robinets, des puits, des réservoirs d'eau, dans 10 pays du Sud.
"La Norwegian Church Aid a par exemple collecté 33 millions de francs suisses et fourni en eau un million de personnes"
Et que reste-t-il à faire?
Le récent rapport conjoint de l'OMS et de l'UNICEF prévoit que si rien n'est fait, des milliards de personnes n'atteindront pas cet objectif d'ici 2030. Par conséquent, les efforts doivent être quadruplés par toutes les parties prenantes pour l’atteindre. En tant qu'acteurs religieux, nous continuerons donc à demander des comptes aux gouvernements, par le biais de nos mesures de plaidoyer.
Avez-vous réussi à sensibiliser les Eglises et la communauté internationale à l'urgence de la crise de l'eau?
Oui, grâce aux "Sept semaines pour l'eau", la campagne de carême du COE sur la justice de l'eau, nous avons pu placer le discours sur l'eau au centre des préoccupations des Eglises. Chaque année, pendant les 40 jours du Carême, nous envoyons aux Eglises membres du COE des réflexions bibliques sur la justice de l'eau, et ce depuis 2008.
"Le racisme systémique et les politiques identitaires sont au cœur de la crise de l'eau en Amérique du Nord"
Sur quel aspect avez-vous mis l’accent pour votre campagne 2021?
Sur la question de la justice de l'eau en Amérique du Nord, notamment la contamination de l'eau à Flint, dans le Michigan, la protestation de la tribu sioux de Standing Rock contre les oléoducs Dakota Access, dans les communautés indigènes de la nation Navajo, où le manque d'eau pour le lavage des mains a aggravé le bilan de la pandémie de Covid dans le Sud-Ouest du pays (voir encadré ci-dessous).
Plusieurs théologiens et militants de la justice de l'eau issus de diverses traditions religieuses et spirituelles d’Amérique du Nord ont partagé leurs réflexions sur le sujet. De grandes questions ont émergé au cours de cette campagne 2021 autour du racisme, de l'accès des populations autochtones à la terre et à l'eau et de leur identité.
"Les processus du Forum mondial de l'eau sont malheureusement dominés par des entreprises qui facilitent l'accaparement de l'eau et sa privatisation. C'est pourquoi nous organisons en parallèle un For...
Allez-vous participer au prochain Forum mondial de l'eau, reporté en raison de la pandémie et qui se tiendra du 21 au 26 mars 2022?
Oui, toutefois pas en tant que chef de file, mais pour demander des comptes au Forum mondial de l'eau (World Water Forum, WWF) et à ses organisateurs, le Conseil mondial de l'eau. Nous avons fortement critiqué les processus du WWF, qui sont malheureusement dominés par des entreprises qui facilitent l'accaparement de l'eau et sa privatisation.
La plupart des éditions du WWF sont sponsorisées par de grands opérateurs privés de l'eau comme Veolia, Suez ou des fabricants d'eau en bouteille, comme Nestlé, Coca-Cola, etc. C'est pourquoi, tout en participant au WWF, nous organisons un événement parallèle au même endroit, auquel des milliers de participants sont attendus, en invitant des ONG, des organisations de base et des acteurs religieux. Il s'agit du Forum mondial alternatif de l'eau.
Qu'attendez-vous de cette 9ème édition, qui se tiendra à Dakar ?
C'est la première fois que le WWF prend place sur le continent africain. Les acteurs susmentionnés - les géants du secteur de l'eau - feront tout leur possible pour acheter et vendre des plans d'eau en Afrique ou pour signer des contrats de privatisation de l'eau avec les pays africains. Nous serons attentifs à soulever ces questions dans les forums appropriés.
"Les gouvernements à eux seuls ne donneront pas la priorité à l'eau. Ils auront donc besoin d'acteurs externes et privés et les acteurs religieux ont un rôle important à jouer"
Le secteur de l'eau est très fragmenté au niveau international. Quelle est la signification politique des négociations sur l'eau et du travail de plaidoyer dans ce contexte?
Le secteur de l'eau compte plusieurs parties prenantes: les gouvernements, les Nations unies, les acteurs privés, les ONG, les organisations confessionnelles, les militants de base et les victimes de la crise de l'eau elles-mêmes. Par conséquent, comme vous l'avez souligné à juste titre, le secteur est très fragmenté et présente des intérêts particuliers. Comme le dit le cliché, "la prochaine guerre mondiale sera celle de l'eau", étant donné les conflits transfrontaliers liés à l'eau, la course à la privatisation de l'eau. C'est pourquoi la diplomatie de l'eau et le plaidoyer sont essentiels.
Les gouvernements à eux seuls ne donneront pas la priorité à l'eau et à l'assainissement par rapport à d'autres priorités. Ils auront donc besoin d'acteurs externes et privés pour investir dans le secteur de l'eau. Mais il faut une approche équilibrée et les acteurs privés peuvent être impliqués dans l'innovation technologique et la prestation de services, mais sans contrôle sur les ressources en eau ou la fixation des tarifs. Les acteurs religieux ont un rôle important à jouer. A cette fin, nous pensons que devenir des "communautés bleues" est la solution. (cath.ch/cp)
Bitahnii Wayne, un activiste de l’eau
Bitahnii Wayne Wilson est ce que l’on appelle un activiste de l’eau. Membre de la Nation Navajo vivant sur la plus grande réserve amérindienne des Etats-Unis, celle-ci a subi le pire niveau de Covid-19, en raison du manque d’eau propre qui rend impossible un fréquent lavage des mains, tel que préconisé et qui a provoqué la mort d’un nombre important de Navajos, en particulier des anciens. Avec une équipe, Bitahnii Wilson a donc mis en œuvre un plan de distribution d’eau dans sa région et dans les réserves du sud-ouest des Etats-Unis.
Cette pénurie d’eau est due au manque d’infrastructures permettant de distribuer l’eau sur cette vaste réserve, et aux niveaux alarmants de pollution des eaux souterraines causée par l’extraction de l’uranium et la fracturation hydraulique. Lorsqu’il était enfant, cette exploitation minière avait contaminé les sources et les cours d’eau que les Navajos utilisaient pour se laver. Bitahnii Wilson y jouait et les sols contaminés lui ont causé des plaies douloureuses aux pieds. Vu que ces mines et que ces opérations de fracturation se poursuivent, la contamination des eaux souterraines et des sources sur les terres Navajo est toujours d’actualité. Bitahnii Wilson et les peuples autochtones de cette région continuent donc de se battre, soutenus par le ROE. CP
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Un baptistère paléochrétien érigé sur des thermes romains
Datant de la fin du 5ème siècle, le Baptistère de Riva San Vitale (TI) est le monument chrétien le plus ancien de Suisse parvenu jusqu’à nos jours. Il est classé bien culturel d’importance nationale vue son ancienneté et sa grande valeur artistique. Découverte de ce haut-lieu du Christianisme helvétique où, par l’eau, on devenait chrétien.
Je quitte la garde CFF de Capolago-Riva San Vitale et rejoins à pied ma destination au bord des eaux scintillants du Lago Ceresio. Une dizaine de minutes plus tard, j’entre finalement dans les ruelles étroites et silencieuses du bourg tessinois de 3'000 âmes, à la recherche de son célèbre baptistère dédié (évidemment) à Saint Jean Baptiste.
«Bienvenue au Baptistère de Riva San Vitale!». Sur le parvis pavé du bâtiment sacré m’attend Anastasia Gilardi, historienne de l’art et professeure à l'Ecole universitaire professionnelle de la Suisse italienne (SUPSI) à Lugano.
Assise face à la porte d’où, à l’époque, sortaient les néophytes pour se diriger vers la basilique adjacente après avoir été baptisés, ma guide m’accueille sous un ciel d’été menaçant, donnant à l’édifice une allure qui impose un certain respect.
Histoires d'eau
L'histoire du Baptistère de Riva San Vitale est intimement liée à l’eau. En tant que lieu consacré à la célébration des baptêmes au cours du haut moyen âge, certes.
Mais aussi comme édifice sacré érigé probablement à l'endroit même où les Romains avaient installé des bains thermaux – histoire de bénéficier de l’infrastructure hydraulique de gestion de l’eau préexistant pour les rites baptismaux.
Et ce n’est pas tout. Situé à l’extrémité méridionale du lac du Lugano, au fil des siècles, les fidèles ont pu rejoindre cet imposant monument paléochrétien par voie terrestre et lacustre. Multiple relation à l’eau qui vaut le détour au sud des Alpes.
Lieu de baptêmes plus que millénaire
Rare exemple de baptistère paléochrétien en Europe, l’édifice devant mes yeux représente un lieu fondamental pour l’histoire de la christianisation de la Suisse. Les études archéologiques le font remonter à la fin du 5ème siècle, début du 6ème.
"Les baptistères sont les premiers édifices chrétiens construits après la publication de l’édit de Milan en l’an 313."
«Comme vous le voyez, il ne s’agit pas d’une construction isolée; dès ses origines, il faisait partie d’un ensemble d’édifices sacrés», m’explique d’emblée l’historienne de l’art tessinoise, en attirant mon attention sur les différents éléments qui constituent ce complexe architectural d’importance nationale.
«Les baptistères appartiennent à ces premiers édifices chrétiens construits après la publication de l’édit de Milan en l’an 313, souligne Anastasia Gilardi. Etant donné qu'a l'époque le baptême des adultes était célébré par immersion, très souvent autour de la fête de Pâques, il fallait donc un ensemble de constructions permettant une telle pratique liturgique».
Immergés dans la foi
La fonction baptismale originale a été suspendue autour de l’an 1000 dans le baptistère tessinois. «Dans toute l’aire lombarde, à partir du 10ème siècle on n’a plus pratiqué le baptême des adultes par immersion».
Dès l’an 1000, on a toutefois continué à utiliser l’édifice avec un bassin surélevé – obtenu d’un seul bloc de pierre – d’un diamètre de presque deux mètres, posé sur les fonts baptismaux originaux.
Les fonts baptismaux en marbre d’Arzo du 1613, situés dans la niche à gauche de la porte d’entrée nord, sont les derniers utilisés pour la célébration des baptêmes.
«Avec la reconstruction de l’église paroissiale à la moitié du 18ème siècle, le baptistère a perdu complètement sa fonction première, précise Anastasia Gilardi. En été, la température est agréable, mais pendant les autres saisons, ici il fait très froid. Il est donc improbable qu’ayant à disposition une nouvelle église juste à côté, les mamans de l’époque aient accepté d’y faire baptiser leur enfant».
Symbolique eschatologique
À trois mètres des murs d’enceinte, le baptistère était entouré d'une enceinte carrée (deambolatorium, en latin), aujourd’hui presque complément disparue.
«Des éléments en forme de feuilles d’acanthe – des pierres provenant d’un édifice romain de la région – qui soutenaient les poutres du toit du portique, ont été retrouvés et sont toujours visible sur la façade ouest».
Le porche était couvert et servait à accueillir les néophytes pour le déroulement des rites précédant le baptême, ainsi que pour les processions post-baptismales. Il était relié à l’ancienne basilique, qui s’érigeait à la place de l’actuelle église paroissiale.
Les huit côtés de l’édifice font référence au huitième jour, le jour du Christ ressuscité, de la nouvelle vie au-delà de la matérialité.
Conforme à la culture paléochrétienne, la forme octogonale du baptistère recèle une riche symbolique théologique qu’on entrevoit uniquement dans la partie supérieure de l’édifice, depuis l’extérieur.
"Les huit côtés de l’édifice font référence au huitième jour, c’est-à-dire le jour du Christ ressuscité, de la nouvelle vie au-delà de la matérialité, qui suit le dernier jour de la création du monde».
Au service de la liturgie baptismale
Accompagné de ma guide, je quitte la cour extérieure et nous pénétrons dans l’édifice par la petite porte située sur la façade nord. Un passage assez étroit par lequel, notamment durant le temps pascal, les catéchumènes passaient pour se faire baptiser.
L’édifice se situe à un mètre en-dessous du niveau du sol actuel. Etant donné sa position dans une zone lacustre, il a été exposé à des alluvions.
Au milieu de la pièce, un ample bassin monolithique est posé sur les fonts baptismaux originaux, profonds 60 cm. Les catéchumènes y accédaient par deux marches depuis l’entrée nord et y ressortaient du côté sud pour rejoindre ensuite la basilique contigüe.
«À l’origine, ce bassin octogonal était revêtu de marbre, explique l’historienne de l’art. Il était pourvu d’un conduit qui permettait d’amener l’eau d’un canal extérieur qui coulait à l’est de l’édifice – toujours existant – et de la faire ensuite évacuer à l’issue de la célébration. De plus, un conduit en plomb, tout autour, servait à récolter l’eau qui, pendant l’immersion des catéchumènes, débordait du bassin».
Le sol autour, ondulé et irrégulier - en grande partie original - est très bien conservé. Il est composé de grands carreaux en marbre, blanc et noir, disposés en rosettes, avec des incrustations géométriques.
Précieuses raretés
Devant les fonts baptismaux, orientés à l'est, j’aperçois trois absides plus tardives, enrichies par des précieuses fresques romanes du 12ème siècle, dont certaines en couches superposées.
«La fresque de la troisième abside a été réalisée à l'époque ottonienne et est donc rarissime. Il y en a seulement une dizaine dans le monde entier, dont cinq en Suisse», se réjouit l’historienne de l’art, face à la peinture représentant le Christus triumphant. La typologie de figure du Christ en croix, vivant et sans barbe, est typique du début de l’an 1000.
Nouvelle vie
Construit en pierre locale, pendant de nombreuses années le baptistère tessinois a été caché sur trois côtés par d’autres bâtiments. Après de soigneuses inspections archéologiques, ce n’est qu’au début du 20e siècle qu’il a été isolé des autres édifices. Les travaux de restauration des années 1950 ont finalement redonné à la partie supérieure de la construction sa forme octogonale originale.
À l’automne 2021 débutera une nouvelle phase du projet de conservation des fresques, mené sous la responsabilité d’une équipe de la SUPSI.
Héritage spirituel
Bien qu’il ait complétement perdu sa fonction d’origine, le baptistère a conservé une grande importance – autant d’un point de vue artistique que pour la vie de foi. «Les lumignons toujours allumés témoignent qu’il demeure un lieu de prière et de recueillement important, autant pour la population locale que pour les touristes, note Anastasia Gilardi.
«Les lumignons toujours allumés témoignent qu’il demeure un lieu de prière et de recueillement important, autant pour lapopulation locale que pour les touristes, note Anastasia Gilardi. C’est une présence forte, ressentie. Une présence qui parle une langue que nos contemporains ne parlent pas, le latin, mais qui va droit au cœur.» (cath.ch/dp)
Comment s’y rendre?
Il y a trois façon d'atteindre le Baptistère de Riva San Vitale.
En voiture : prendre la sortie 51 sur l’autoroute A2 (Melide-Bissone) et suivre Riva San Vitale. Traverser la place du village, prendre la route à gauche en direction de Rancate, et rejoindre l’église paroissiale dédiée à San Vitale. Depuis le cimetière, traverser le portique sur la gauche et entrer dans la cour en face.
En train : prendre le RER S10 la gare de Lugano et descendre à la gare CFF de Capolago-Riva S. Vitale. Longer la route principale en direction du centre ville. Sur la place du village prendre une petite ruelle à gauche - le baptistère se trouve à 100 mètres.
En bateau: depuis le débarcadère de Lugano, avec les bateaux de la Società di Navigazione del lago di Lugano
Pour aller plus loin...
- Rossana Cardani, Il Battistero di Riva San Vitale, Locarno, 1995.
- Isidoro Marcionetti, Il Battistero di Riva san Vitale. Storia arte liturgia, Lugano, 1978.
- Giuseppe Martinola, Inventario d’arte del Mendrisiotto, Vol. I, Bellinzona, 1975, 452-457.
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