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  • DOSSIERS

    Le port de Marseille a vu nombre de réfugiés chrétiens d'Orient débarquer sur ses quais

    Marseille, un refuge méditerranéen pour les chrétiens d’Orient

    Le Vatican l’avait annoncé. Les 22 et 23 septembre prochains, le pape François ne se rendra pas en France, mais à Marseille. Une visite spécifique dédiée en priorité à la Méditerranée et à l’émigration. Cath.ch vous propose un dossier qui aborde ce voyage sous différemts angles.

    Contenu du dossier
    Le port de Marseille a vu nombre de réfugiés chrétiens d'Orient débarquer sur ses quais
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    Le port de Marseille a vu nombre de réfugiés chrétiens d'Orient débarquer sur ses quais © Pixabay

    Marseille, un refuge méditerranéen pour les chrétiens d’Orient

    Le Vatican l’avait annoncé. Les 22 et 23 septembre prochains, le pape François ne se rendra pas en France, mais à Marseille. Une visite spécifique dédiée en priorité à la Méditerranée et à l’émigration, à l’image du déplacement éclair qu’il avait entrepris en 2014, à Strasbourg, consacrée au Parlement européen.

    Luc Balbont, pour cath.ch

    Le pape va vivre deux journées chargées de rendez-vous officiels, entrecoupés de temps de prières, de recueillements, comme cet hommage rendu aux migrants clandestins morts en mer, auquel s’ajoutera la clôture des rencontres Méditerranéennes. Marseille deviendra alors l’une des étapes, de ce qu’on pourrait appeler le «synode méditerranéen», après les villes italiennes de Bari en 2020, et Florence en 2022. Un évènement fort où des évêques du pourtour du Bassin répondront aux interrogations de jeunes, natifs des deux rives.

    Prévu également lors de ce déplacement du pape, un échange avec des personnes en grande précarité, et pour finir une messe gigantesque au stade Vélodrome, temple du football marseillais de 67’000 places, déjà toutes réservées.

    Si durant deux jours à peine, le Saint-Père s’étendra longuement sur le drame de l’émigration clandestine, une des grandes préoccupations de son pontificat (1), on peut aborder le passage de François à Marseille par un autre angle: celui de la présence des Eglises orientales dans la cité phocéenne.

    Marseille, lien entre chrétiens orientaux et occidentaux

    En juin 2013, le futur cardinal Jean-Marc Aveline, directeur à l’époque de l’Institut catholique de la Méditerranée résumait au magazine Pèlerin en quelques mots (2) la vocation de la cité phocéenne, qui, disait-il, s’incarnait dès le Ve siècle dans la personne du moine Jean Cassien: un fils de la Méditerranée, formé en Palestine et en Egypte, fondateur il y a plus de 1600 ans de l’abbaye Saint Victor, près du Vieux-Port de la ville.Pour le cardinal,«depuis Jean Cassien, l’Eglise de Marseille sait qu’elle a reçu la mission d’être le lien entre les chrétiens d’Orient et les chrétiens d’Occident.» Une vocation œcuménique que la cité n’a cessé d’assumer.

    Et de fait !... En 1801, de retour en France après la désastreuse campagne égyptienne de l’armée napoléonienne, l’empereur revient avec quelques centaines de grecs-catholiques. Des chrétiens arabes qui avaient collaboré, souvent comme traducteurs, durant les trois années d’occupation, entre 1798 et 1801, avec les troupes françaises et qui craignant d’être victimes de représailles s’installèrent à Marseille.

    Première église orientale de France

    En 1819, ces melkites achetèrent un terrain pour y construire une église, située rue Edmond Rostand dans le VIe arrondissement, à 200 mètres du couvent des dominicains. Consacrée en 1822, Saint-Nicolas-de-Myre devenait la première église orientale de France. Une façade plutôt discrète mais un chœur richement décoré, une atmosphère toute orientale. Aujourd’hui un peu plus de 300 familles melkites vivent encore à Marseille ou dans la région. Et si toutes ne fréquentent pas la paroisse, un grand nombre de chrétiens palestiniens, jordaniens, syriens, égyptiens viennent écouter les homélies en langue arabe.

    | © Office de tourisme de Marseille
    | © Office de tourisme de Marseille

    A cette première migration chrétienne s’en ajoute d’autres, par vagues successives, fuyant le plus souvent la pauvreté et les persécutions. En 1840, puis en 1860, c’est au tour des maronites, victimes des massacres perpétrés par les musulmans druzes de quitter en masse le Liban, et de s’embarquer pour Marseille.

    Enfin en 1915, 1,5 million d’Arméniens de Turquie, mais aussi des syriaques, des grecs orthodoxes des Assyro-Chaldéens menacés par les Ottomans, font de Marseille l’étape ultime pour échapper au massacre.

    Les églises, point de rassemblement des communautés

    Plus récemment le conflit irakien en 2003, et les révolutions arabes de 2011 en Egypte et en Syrie provoquent de nouveaux exodes. Les réfugiés chrétiens se réunissent dans ces lieux pour prier dans leurs rites. Lorsque les communautés chrétiennes en font la demande, le diocèse cherche à leur attribuer une église, en accord avec la municipalité qui est propriétaire des bâtiments. Il s’agit pour ces communautés de pouvoir se rassembler, échanger des nouvelles de leurs pays, et ainsi de consolider leur identité.

    Pour les premiers arrivés, que ce soit les Melkites de Saint-Nicolas-de-Myre, les maronites à l’entrée du parc Borély, ou les Arméniens dans leur cathédrale du Prado, pas de problème, ils retrouvent à Marseille un environnement semblable à celui de leurs pays d’origine: mer, montagne, climat, végétation. Mais, pour les nouveaux venus, au-delà de ces ressemblances, l’exil est plus difficile, souvent fait de souffrance, notamment pour les plus âgés.

    Déclassement social

    L’apprentissage de la langue est ardu. Le déclassement social pour ces familles qui, aujourd’hui, vivent de la charité d’ONG ou de petits boulots d’appoint, alors que leurs compétences et leur professionnalisme étaient reconnus dans leur pays d’origine, est également difficilement supportable.

    Mais le plus difficile est peut-être le rapport avec les adolescents de leur entourage, qui s’intégrant rapidement à la vie, à la langue et aux habitudes de vie d’un pays laïc et souvent déchristianisé comme la France, donnent l’impression aux parents de s’éloigner du clan familial. Il faut souvent deux ou trois générations pour réussir une intégration. Les Irakiens fuyant la guerre en 2003 les Ukrainiens pour la même raison à partir de 2022, et les chrétiens subsahariens réfugiés à Marseille, repartent pour une nouvelle vie, qui demande beaucoup de sacrifices de longue haleine.

    Pour le pape, Marseille n’est pas seulement la ville du dialogue interreligieux entre les trois grandes religions abrahamiques, elle est aussi la cité de la réunification, qui rappelle aux églises occidentales que l’Orient fut le début de leur histoire, que les premiers chrétiens ne parlaient pas le latin, et que le Christ a vu le jour sur une terre méditerranéenne et ce, bien avant la naissance du Vatican. Le christianisme a besoin de ses deux poumons oriental et occidental pour s’exprimer pleinement.

    Si la foi unit les chrétiens du monde entier, elle s’exprime autrement. Dans des liturgies, des chants, des attitudes et selon des histoires bien différentes. Pourtant, au bout du compte, c’est la même espérance qui forme l’Eglise universelle.

    Pour certains chrétiens de nos pays, s’il est parfois déroutant d’être plongés dans un autre univers, la présence des Eglises orientales à Marseille est une richesse. Une richesse dont le christianisme occidental doit se nourrir pour retrouver sa force et son dynamisme. De ce point de vue, Marseille la Méditerranéenne colle totalement avec les directives de l’étape continentale du Synode sur la synodalité (3) qui vient de se dérouler, en mars dernier.  (cath.ch/lbo/bh)

    (1)  Depuis 2014, 28'000 migrants sont morts en Méditerranée, dont plus de 2'000 durant le premier semestre 2023. Le 7 août 2023, sur Euronews le pape qualifiait «la Méditerranée de cimetière géant».
    (2) Édition du 6 juin 2013, interview de Catherine Lalane et de Luc Balbont
    (3) Interview de Nathalie Becquart, nommée par le pape François, N°2 du secrétariat général du Synode des évêques en 2021.


    | © Diocèse de Marseile

    Trois questions au Père Xavier Manzano, coordinateur des rencontres méditerranéennes

    Le pape François a déclaré «qu’il ne se rendait pas en France, mais à Marseille». Qu’est-ce signifie cette visite spécifique pour votre diocèse et votre ville?
    Pour le pape, Marseille est un message, comme l’avait déclaré Jean Paul II à propos du Liban. C’est la ville de l’œcuménisme puisque non seulement toutes les religions s’y côtoient mais également toutes les communautés et les spiritualités chrétiennes, présentes depuis plus de 200 ans. Marseille reste sans doute l’une des dernières villes de la Méditerranée qui bénéficie de cette position.
    Le rappel aussi que la Méditerranée est le lieu de naissance du christianisme… 
    En effet! Avec ce voyage spécifique, le Pape regarde l’Eglise universelle à travers la fenêtre méditerranéenne, et non pas seulement à travers celle de l’Atlantique. C’est le rappel salutaire que notre histoire est née sur les rives de la Méditerranée, bien avant Rome.
    Que vous apporte la présence des Eglises orientales dans votre ville?
    La fierté d’être un pont entre les deux poumons du christianisme, celui des origines avec l’église d’orient et celui de son prolongement occidental par la suite. Une situation unique, à la fois porteuse d’espérance mais aussi de souffrances et de résistances endurées par les chrétiens au cours de leurs 2000 ans d’histoire. LBA

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    Marseille, la cathédrale Sainte-Marie-Majeure © Dusty flickr.com

    À Marseille le pape compte récolter les fruits de Bari et de Florence

    À Marseille, le pape François vient avant tout pour clore les travaux des Rencontres méditerranéennes, un sommet organisé par l’archidiocèse phocéen avec la participation d’évêques et de jeunes du pourtour méditerranéen. Ce format trouve son origine dans deux précédents sommets, organisés en Italie, à Bari et Florence en 2020 et 2022. I.MEDIA revient sur ces précédentes rencontres auxquelles elle a participé.

    Bari 2020, le coup d’envoi

    Intitulée « Méditerranée, frontière de la paix », la rencontre de Bari, qui s’est tenue dans la cité apulienne en février 2020, est à l’origine un projet porté par le cardinal Gualtiero Bassetti, alors président de la Conférence des évêques d’Italie. Financé par les évêques italiens, ce sommet a pour but principal de faire se rencontrer des évêques, qui, si leurs diocèses bordent la même Mare Nostrum, ne se connaissaient pas.

    Bari, cité orientale, géographiquement comme spirituellement du fait de la présence de la tombe de saint Nicolas de Myre, est alors choisie. Ils seront en tout une cinquantaine à participer à ce « synode des évêques méditerranéens », en provenance d’une vingtaine de pays, dont Mgr Jean-Marc Aveline, nommé archevêque de Marseille six mois auparavant. Soucieux de soutenir cette initiative, le pape François accepte l’invitation des évêques italiens, et vient clore la rencontre.

    Dans son discours aux évêques, il a fermement condamné la «rhétorique de l’affrontement des civilisations» et le populisme qui utilise la crise migratoire pour dresser les populations les unes contre les autres. Au contraire, le pontife défend une théologie de la Méditerranée, la décrivant comme une «théologie de l’accueil». Et il appelle à ce que cette rencontre soit le «début d’un processus», mettant en avant la nature synodale de ce rassemblement.

    Florence 2022, un rendez-vous manqué

    Deux ans plus tard, après la crise pandémique, la Conférence des évêques d’Italie, encore dirigée par le cardinal Bassetti, décide d’honorer le souhait du pape en organisant un second sommet dans la capitale toscane. Innovation de l’époque : en plus d’une soixantaine d’évêques, ce sont une soixantaine de maires qui viendront participer au sommet, baptisé « Méditerranée, frontière de paix 2 ».

    Malgré ce format plus ambitieux, pensé sur le modèle des rencontres initiées après-guerre par le « saint maire » de Florence Giorgio La Pira, l’événement reste trop majoritairement italien – ils forment plus de la moitié des participants. Et le pape François, une nouvelle fois attendu, annule tout simplement sa venue alors que le sommet vient de commencer, en raison officiellement de fortes douleurs au genou qui le forcent à se déplacer en fauteuil roulant les mois suivants.

    Mais le sommet qui se tient du 23 au 27 février est surtout perturbé par l’invasion de l’Ukraine par les armées russes, initiée le 24 février. Le pontife mobilise alors toutes ses forces pour tenter d’endiguer l’escalade de la violence. Le sommet et sa « charte de Florence », cosignée par les évêques et les maires pour défendre une meilleure implication des autorités locales dans les grandes questions méditerranéennes, passe dès lors inaperçu.

    Marseille, une nouvelle formule

    Selon le cardinal Aveline, c’est le cardinal Bassetti qui, prenant note de son intérêt particulier pour ces sommets et de sa proximité avec le pape, lui propose de travailler à une nouvelle rencontre en Afrique du Nord ou au Proche-Orient. Mais la chose s’avère finalement trop complexe, pour des raisons de sécurité notamment. À Florence, le maire de Marseille Benoît Payan et son évêque tombent alors d’accord pour organiser la rencontre dans leur ville.

    Le format des « Rencontres méditerranéennes » de Marseille, nouveau nom du sommet, reste avant tout une rencontre d’évêques du pourtour méditerranéen. Mais sont prévues quatre innovations. Tout d’abord, la participation de maires n’est pas maintenue, et remplacée par des étudiants de toute la Méditerranée, qui se sont préparés à cette rencontre pour dialoguer entre eux et avec les évêques. « Il y aura des jeunes Israéliens et Palestiniens, Marocains et Algériens, Grecs et Turcs », annonce le cardinal Aveline.

    L’évêque de Marseille insiste aussi pour que l’événement promeuve une vision de la Méditerranée non comme frontière entre deux mondes (nord et sud) mais comme bassin disposant de cinq rives : nord-africaine, du Proche-Orient, de la mer Noire, de la péninsule balkanique et d’Europe du Sud, afin « d’élargir la vision d’ensemble » de la Méditerranée. « Une goutte du Dniepr se mêle un jour à une goutte du Nil, et à une goutte du Pô, et à une goutte du Rhône, et tout cela finit à Gibraltar », affirme-t-il encore.

    Troisième innovation : la réflexion des jeunes et des évêques est resserrée à quatre thématiques : les questions économiques et sociales ; l’écologie ; les migrations ; et les tensions géopolitiques. Enfin, les Rencontres vont de pair avec un Festival de la Méditerranée, un ensemble de manifestations culturelles visant à sensibiliser le grand public. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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    A Marseille, après notamment Lampedusa, Naples, Palerme, Gênes, Tirana, Sarajevo, Jérusalem, le pape poursuit son "pèlerinage méditerranéen" © Pixabay

    Le programme de la visite du pape François à Marseille

    Le pape François effectuera à Marseille son 44e voyage apostolique les 22 et 23 septembre 2023. Organisé dans le cadre des Rencontres méditerranéennes (MED 23) par le diocèse de Marseille et par son archevêque, le cardinal Jean-Marc Aveline, ce déplacement verra notamment le pape présider une messe au Stade Vélodrome, à laquelle sont attendus des milliers de fidèles venus de toute la France.

    Tout comme lors de sa visite de novembre 2014 à Strasbourg, alors dédiée aux institutions européennes, il ne s’agira néanmoins pas formellement d’un voyage «en France», mais d’un déplacement spécifiquement dédié à la cité phocéenne et à son ouverture sur la Méditerranée. Il rencontrera toutefois le président de la République Emmanuel Macron à trois reprises.

    Vendredi 22 septembre 2023

    Le pape François quittera l’aéroport de Rome Fiumicino le vendredi 22 septembre à 14h35 à bord d’un Airbus A320 Neo pour un vol d’1h40 à destination de l’aéroport Marseille-Provence (Marignane) où il doit atterir à 16h15 (1). Le pape sera accompagné du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, de Mgr Peña Parra, substitut, du cardinal Miguel Angel Ayuzo Guixot, préfet du dicastère pour le dialogue interreligieux, du cardinal français Dominique Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, de Mgr Robert Francis Prevost, préfet du dicastère pour les Évêques et du cardinal Michael Czerny, préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral.

    À son arrivée, l’avion s’arrêtera devant le pavillon d’honneur de l’aéroport, puis le nonce apostolique en France Celestino Migliore et le chef du protocole français Philippe Franc monteront dans l’avion par l’escalier pour accueillir le pape. Ce dernier, qui circule le plus souvent en fauteuil roulant et ne descend donc plus les escaliers, rejoindra ensuite le tarmac grâce à un élévateur.

    Il sera alors accueilli par la Première ministre, Élisabeth Borne, ainsi que quatre enfants en habit traditionnel qui lui offriront des fleurs. Un orchestre jouera ensuite les hymnes de la France et du Vatican, et les honneurs militaires seront rendus au pontife, avant la présentation des délégations. Au terme de cette séquence, la Première ministre et le pape se rendront dans le salon Hélène Boucher pour une brève rencontre. Le pape offrira un triptyque – œuvre religieuse en trois volets – à la chef du gouvernement.

    Programme du voyage du pape à Marseille
    Programme du voyage du pape à Marseille @ I.MEDIA

    À 16h45, le pontife embarquera dans une voiture blanche avec pour destination la basilique Notre-Dame de la Garde, où il doit arriver à 17h15 (2). À l’entrée de la basilique, le pape sera accueilli par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et par le recteur de la basilique, le Père Olivier Spinosa, qui lui remettront une croix et de l’eau bénite. Puis ils parcourront la nef centrale de la basilique dans laquelle se trouveront les membres du clergé diocésain de Marseille. Le pontife se recueillera ensuite silencieusement devant la statue de la Bienheureuse Vierge Marie de la Garde, et fera don d’un cierge.

    Le cardinal Aveline prononcera alors un bref discours de bienvenue, avant que le pontife ouvre un temps de prière par un salut liturgique. Le psaume 44 et un extrait du Livre de Sophonie seront lus, suivis d’un premier discours du pape. Ensuite, sera récitée une prière à Notre-Dame de la Garde, puis le pape bénira les participants avant de quitter la basilique à 17h45.

    Il rejoindra à 18h le Mémorial dédié aux héros et victimes de la mer, sur le parvis de Notre-Dame de la Garde (3), où il sera à nouveau accueilli par le cardinal Aveline. Seront présents les représentants des principales religions de la ville – judaïsme, islam, orthodoxie, évangélique… Puis le pape prononcera son second discours. Il écoutera ensuite la lecture d’un jeune migrant, puis un chant.

    Des intentions de prières seront lues par un membre de l’association interreligieuse Marseille Espérance, par un membre de Stella Maris (l’accompagnement pastoral des marins), par un membre de la Caritas du diocèse de Gap-Briançon, investi dans l’accueil des migrants qui arrivent depuis l’Italie par les Alpes, par un membre du service diocésain de la pastorale des migrants, par un membre d’une association de secours aux migrants. Ce temps sera conclu par le pape François.

    Le pontife déposera ensuite, avec deux jeunes migrants et les leaders religieux, une couronne de fleurs devant le monument aux héros et victimes de la mer. Puis il saluera personnellement chaque représentant religieux présent. À 19h, il quittera les lieux pour rejoindre la résidence de l’archevêque de Marseille (4), où il résidera et passera la nuit.

    Samedi 23 septembre 2023

    Le samedi 23 septembre à 8h45, le pape François rencontrera en privé des personnes en situation de précarité économique. Prévue initialement à la résidence de l’archevêque, cette rencontre pourrait finalement avoir lieu chez les sœurs de Mère Teresa (Missionnaires de la Charité) dans le quartier de la Villette (5).

    À 9h40, il partira pour le Palais du Pharo pour la session conclusive des Rencontres méditerranéennes (6). Il y arrivera à 10h et sera accueilli à l’entrée du Palais par le président de la République Emmanuel Macron, qui assistera à la session sans intervenir. Son épouse, le cardinal Aveline et le maire de Marseille Benoît Payan seront présents.

    Dans l’auditorium du palais, le cardinal Aveline prononcera un discours de bienvenue. Après la projection d’un petit film, un évêque et un jeune liront la synthèse des travaux des Rencontres méditerranéennes. Le pontife prononcera ensuite son troisième discours. Puis le président de la conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, remerciera le pape, qui saluera les évêques participant.

    À 11h15, il commencera à rejoindre le Salon d’honneur du Palais du Pharo (7), où il s’entretiendra à 11h30 avec le président de la République. Une photo officielle et un échange de cadeaux sont prévus mais pas de discours public, afin de ne pas donner à ce déplacement le caractère d’une visite d’État. Le pape rencontrera la famille du président et offrira à ce dernier la Médaille d’or de son pontificat.

    En parallèle, dans la salle adjacente, aura lieu une rencontre entre le cardinal Parolin et la Première ministre Élisabeth Borne, en présence du substitut Mgr Peña Parra et du nonce Mgr Migliore.

    Après une demi-heure d’entretien, le pape rejoindra la résidence de l’archevêque à 12h15 où il déjeunera en privé. À 15h, il prendra congé des résidents et bienfaiteurs de l’archidiocèse puis partira à 15h15 pour le Stade Vélodrome (8). En route, il changera de véhicule pour monter dans une papamobile. Après être passé sur l’avenue du Prado, il arrivera dans le stade à 15h45 et circulera parmi les fidèles pour les saluer. Il se rendra à 16h dans la sacristie aménagée dans le stade.

    Le pape François présidera à 16h15 une messe en français et prononcera l’homélie en italien. Depuis ses voyages de l’année 2022, en raison de ses problèmes de mobilité, il a pris l’habitude de laisser l’évêque du lieu célébrer l’eucharistie à l’autel : cette tâche incombera au cardinal Jean-Marc Aveline, l’archevêque de Marseille.

    Il quittera le stade à 17h45 pour gagner l’aéroport de Marseille Provence (1) où une cérémonie d’adieu est prévue à 18h45, en présence du président de la République française et de son épouse. Un bref entretien est prévu entre les deux chefs d’État. L’avion décollera vers 19h15. Il devrait atterrir à 20h50 à l’aéroport de Rome Fiumicino.

    Marseille, une étape du pèlerinage méditerranéen du pape François

    Ce 44e voyage apostolique du pape François s’inscrit dans un agenda très chargé, quelques semaines après ses précédents voyages au Portugal et en Mongolie, et une semaine avant un Consistoire (création de nouveaux cardinaux) qui précédera l’Assemblée plénière du Synode sur l’avenir de l’Église.

    Il s’inscrit aussi dans la série des nombreux voyages du pape François dans des villes du Bassin méditerranéen depuis 2013 (Lampedusa, Naples, Palerme, Gênes, Tirana, Sarajevo, Jérusalem, Istanbul, Athènes, Rabat, Le Caire…). Un «pèlerinage méditerranéen» qui montre l’attention du pape pour cet espace maritime qui fut le berceau de la diffusion du christianisme, et qui se trouve aujourd’hui confronté à de graves enjeux géopolitiques, à commencer par les migrations.

    Il s’agit de la deuxième participation du pape François à ce sommet épiscopal méditerranéen, après sa venue à Bari, au sud de l’Italie, le 23 février 2020. Cette première édition avait été organisée par l’épiscopat italien. Le pontife argentin avait en revanche annulé sa venue à Florence pour la deuxième édition de ces rencontres, le 27 février 2022, en raison, officiellement, de ses douleurs au genou.

    Les Rencontres méditerranéennes de Marseille, qui ont débuté le 17 septembre, prennent une tonalité plus internationale et interreligieuse, avec, outre des évêques, la présence de représentants d’autres religions, et de jeunes provenant d’une trentaine de pays du pourtour méditerranéen. Le thème général de ces Rencontres est « Mosaïque d’espérance ».

    Première visite d’un pape à Marseille depuis 490 ans

    La visite du pape François sera la première d’un pontife à Marseille depuis celle de Clément VII, venu en octobre 1533 célébrer le mariage de sa nièce Catherine de Médicis avec Henri, le fils du roi de France François Ier, qui deviendra quelques années plus tard le roi Henri II.

    Plus récemment, plusieurs futurs papes sont venus à Marseille avant leur élection : parmi eux, Mgr Angelo Roncalli, le futur Jean XXIII, y vint naturellement en tant que nonce apostolique en France entre 1944 et 1953, et le jeune abbé Karol Wojtyla y séjourna lors d’un voyage dans l’Hexagone en 1947, plus de 30 ans avant son élection comme pape sous le nom de Jean-Paul II. (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    Au pied de la cathédrale La Major de Marseille, se situe l'esplanade Jean Paul II, qui passa à Marseille alors qu'il était jeune prêtre © Pixabay

    Marseille: une longue histoire avec les papes

    Le voyage apostolique du pape François à Marseille, les 22 et 23 septembre 2023, constitue un événement majeur pour la cité phocéenne. La ville n’a en effet reçu aucune visite papale à l’époque contemporaine. Si plusieurs pontifes des XIXe et XXe siècles l’ont visitée avant leur élection, le dernier pape en exercice à s’y rendre fut Clément VII en 1533, à l’occasion du mariage de sa nièce Catherine de Médicis avec le futur roi de France Henri II.

    La visite du pape François à Marseille fera de la France le pays le plus visité par des papes à l’époque contemporaine, ex-æquo avec la Pologne, avec onze passages au total. Cependant, ni cette visite du pape à Marseille ni son court déplacement de novembre 2014 auprès du Parlement européen et du Conseil de l’Europe à Strasbourg ne sont formellement comptabilisés comme des visites d’État en France.

    Au cours de ses huit visites sur le territoire français (en incluant l’île de la Réunion, visitée en 1989), le pape Jean Paul II n’a jamais visité Marseille, malgré ses liens avec le cardinal Roger Etchegaray, emblématique archevêque de la cité phocéenne de 1970 à 1985. Le pontife polonais en fit ensuite son 'ambassadeur itinérant’ dans les pays en conflit, en tant que président des conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum. Signe de l’importance qu’il accordait au diocèse de Marseille, il a élevé au cardinalat les deux successeurs du cardinal Etchegaray dans la cité phocéenne, Mgr Robert Coffy, en 1991, et Mgr Bernard Panafieu, en 2003.

    L’abbé Karol Wojtyla

    On sait par ailleurs que l’abbé Karol Wojtyla s’est rendu à Marseille durant un voyage en France à l’été 1947. Le futur Jean Paul II, alors âgé de 27 ans, était venu à Marseille rencontrer les prêtres dockers et ouvriers, avant de visiter en simple pèlerin la basilique Notre-Dame de la Garde. Un esplanade, inaugurée en octobre 2016, est dédiée au pape polonais. D’autres futurs papes ont visité la cité phocéenne avant leur élection. Le site du diocèse de Marseille rapporte qu’au XIXe siècle, les futurs Pie IX, Léon XIII et Pie XI sont venus respectivement en 1823, 1843 et 1893, alors qu’ils étaient de jeunes prêtres.

    Le cardinal Giacomo della Chiesa, alors archevêque de Bologne, est pour sa part venu à Marseille en 1913, un an avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale et sa propre élection au Siège de Pierre sous le nom de Benoît XV.

    Mgrs Roncalli et Giovanni Battista Montini

    Le futur Jean XXIII connaissait bien Marseille: Mgr Angelo Roncalli visita la cité phocéenne à plusieurs reprises en tant que nonce apostolique en France entre 1944 et 1953, et y fit aussi un passage comme jeune prêtre en 1905, quelques mois après son ordination. Enfin, Mgr Giovanni Battista Montini est venu en 1934. Alors âgé de 36 ans et employé par la secrétairerie d’État, le futur Paul VI, très francophile, était venu visiter la France à l’été 1934 afin de trouver quelques semaines de repos, un an après avoir été écarté, dans le contexte des tensions liées aux pressions du régime fasciste, de sa charge d’aumônier national de la Fédération des universitaires catholiques italiens.

    L’abbaye de Saint-Victor, un vivier pour la papauté

    En remontant plus loin en arrière, l’histoire des relations entre Marseille et la papauté passe par l’abbaye Saint-Victor, grand foyer spirituel et intellectuel du monachisme provençal durant plusieurs siècles.

    L’histoire des liens de Marseille avec la papauté retient particulièrement le nom d’Urbain V (1362-1370). Guillaume Grimoard, alors abbé de Saint-Victor, fut élu pontife alors qu’il se trouvait à Naples, et fut couronné à Avignon en novembre 1362 après un passage par Marseille. Sa tentative de ramener la papauté à Rome fut un échec et c’est à Avignon qu’il s’est éteint en 1370. Il fut enterré à l’abbaye Saint-Victor de Marseille mais on perd la trace de son tombeau et de son corps avec les pillages de la Révolution française. Une simple réplique de son gisant, installée seulement en 1980, fait aujourd’hui mémoire de ce pape béatifié en 1870, 400 ans après sa mort.

    Grégoire XI, le successeur d’Urbain V, fit une étape à Marseille en 1376 avant d’embarquer pour Rome, où il parvint à réinstaller la papauté, suivant les conseils de sainte Catherine de Sienne.

    Dans le contexte du Grand schisme d’Occident, l’histoire marseillaise des papes devint ensuite surtout celle des antipapes: Clément VII transita par Marseille en 1379 sur le chemin d’Avignon. Enfin, Benoît XIII y séjourna en 1403, 1404 et 1406-1407, avec le projet d’établir un 'Traité de Marseille’ avec son rival Grégoire XII, qui refusa de venir. Ni Clément VII, ni Benoît XIII, qui s’éteindra en Espagne en 1423, ne font partie aujourd’hui de la succession officielle des papes vus de Rome, mais ils furent considérés comme tels par les Marseillais.

    Clément VII, dernier pape à Marseille

    La dernière venue d’un pape en exercice remonte à celle de Clément VII (à ne pas confondre avec l’antipape homonyme précédemment cité) en octobre 1533: le Florentin Jules de Médicis connaissait Marseille puisqu’il fut abbé de Saint-Victor avant son élection au Siège pontifical, en 1523. Il revint dans la cité phocéenne pour célébrer personnellement le mariage de sa nièce Catherine de Médicis avec le duc d’Orléans, le futur roi Henri II (1547-1559), en signe de rapprochement entre la papauté et la monarchie française. De cette union naquirent les rois François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574) et Henri III (1574-1589), ainsi que Marguerite de France, l’épouse du roi Henri IV, ultérieurement surnommée 'la Reine Margot’ dans la culture populaire.

    Enfin, en remontant plusieurs siècles en arrière, un document relate une visite du chaotique pape Benoît IX, qui régna de façon discontinue entre 1032 et 1048, mais ce document est aujourd’hui considéré comme un faux. Cette charte documentant sa venue le 15 octobre 1040 pour la consécration de l’église de Saint-Victor aurait été élaborée artificiellement afin d’établir une confirmation pontificale des privilèges du monastère. (cath.ch/imedia/cv/bh)

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    Le pape visitant des réfugiés sur l'île grecque de Lesbos © Vatican Media

    Marseille: le pape une nouvelle fois à la rencontre des migrants

    Un voyage pour la Méditerranée. C’est avec cette antienne que le pape François s’apprête à fouler les rues de Marseille les 22 et 23 septembre 2023. La cité phocéenne, qui accueille cette semaine la troisième édition des Rencontres méditerranéennes, est une étape supplémentaire du «pèlerinage» que le pape François effectue autour de la Mare Nostrum depuis les premiers jours de son pontificat.

    Avec son port pensé comme «une porte de l’Occident» par le cardinal archevêque de Marseille Jean-Marc Aveline, la cité phocéenne a su convaincre le pontife argentin de poser le pied en France, lui qui ne voulait pas venir dans l’Hexagone, préférant visiter d’abord les petits pays. Comme souvent lors de ses voyages, le pape y rencontrera des migrants.

    Au fil de ses nombreux voyages dans le Bassin, le pontife a esquissé une «théologie de la Méditerranée», un message inspiré par la géographie, l’histoire et les cultures du pourtour méditerranéen invitant à vivre l’accueil, l’écoute et la miséricorde plutôt que la fermeture.

    Ce discours d’unité méditerranéenne, parfois taxé de naïf en Europe et vivement critiqué, François a fait le choix de l’incarner, et ce dès son premier déplacement en tant que pape. Le 8 juillet 2013, il n’est installé sur le trône de Pierre que depuis quelques semaines qu’il décide de se rendre sur la petite île italienne de Lampedusa pour «pleurer les morts» de l’immigration.

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    Face à la mer, après un long moment de recueillement, il jette une couronne de fleurs à la mémoire des milliers de personnes noyées dans la Méditerranée, une mer devenue avec la crise un «grand cimetière» – de 2014 à aujourd’hui, plus de 27’000 migrants sont morts en Méditerranée selon des chiffres avancés par l’Organisation internationale pour les migrations.

    Après Lampedusa, les rencontres avec les migrants et réfugiés sont presque devenues une norme dans les déplacements du pape François dans le Bassin. À Malte (2022), en Grèce (2021 et 2016) ou bien encore à Chypre (2021) ou au Maroc (2019), à chaque fois le pape a tenu à rencontrer des personnes déplacées pour mettre des visages sur le drame des migrants.

    Vendredi, à Marseille, le pape renouvellera encore une fois ses prières depuis la basilique Notre-Dame de la Garde et puis dans les jardins du Palais du Pharo. Près du Mémorial dédié aux héros et victimes de la mer, il écoutera le témoignage d’un jeune migrant et saluera des personnes investies dans l’aide aux réfugiés. (cath.ch/imedia/ic/hl/rz)

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    Le cardinal Jean-Marc Aveline est archevêque de Marseille depuis 2019 © Diocèse de Marseille

    Qui est le cardinal Aveline, archevêque de Marseille?

    Ces 22 et 23 septembre 2023, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, reçoit dans sa ville le pape François. Créé cardinal par le pontife argentin en août 2022, il est aujourd’hui son principal relais dans l’Hexagone, et une étoile montante au sein du collège des cardinaux.

    Jean-Marc Aveline est né en Algérie française, à Sidi Bel Abbès, en 1958. Sa famille, des pieds-noirs originaires d’Almeria, en Andalousie, s’y est installée à la fin du XIXe siècle. Le prélat marseillais aime à rappeler qu’elle y était «venue fuir la famine et chercher du travail à une époque où les flux migratoires en Méditerranée allaient plutôt du Nord vers le Sud.»

    Lui-même ne connaîtra qu’à peine les «plateaux de terre brune au sud d’Oran», où s’enracinèrent les siens pendant près d’un demi-siècle. La guerre d’Algérie et les Accords d’Évian les poussèrent, comme tant d’autres, à prendre la fuite. Il se souvient de la violence de ce temps-là, des «balles perdues» qui brisaient les vitres de leur appartement familial. À quatre ans, il traverse la Mare Nostrum, laissant une «histoire familiale […] avec ses souvenirs heureux et ses cicatrices douloureuses» qui, pour sûr, le marquèrent radicalement.

    La «petite chanson» de la prêtrise

    Après quelques années passées à Paris, où son père, pourtant ébéniste, trouve un travail dans les chemins de fer, il rejoint Marseille. Là, Jean-Marc Aveline connaît une enfance heureuse dans les quartiers populaires de la cité phocéenne. Il réside dans les Quartiers Nord, à Saint-Barthélémy, dans une cité HLM construite pour les agents de la SNCF. Ses parents sont croyants, son père bénévole au Secours catholique, un exemple qui l’a marqué.

    Bon élève, il est admis au Lycée Victor Hugo, où il obtient un bac scientifique en 1975 avant d’intégrer le prestigieux Lycée Thiers en classes préparatoires. Math Sup’, Math Spé, il passe les concours, s’apprête à «cuber», mais lui revient alors une «petite chanson» qui lui trotte dans la tête depuis ses 8-9 ans: devenir prêtre. Au début de l’été, il part en retraite pendant huit jours dans un monastère provençal où il prie en silence, une épreuve pour lui qui est d’un naturel plutôt joyeux. De retour à Marseille, il croise un prêtre qui lui demande à la cantonade quand est-ce qu’il rentre au séminaire. Sans vraiment réfléchir, le jeune homme répond: «En septembre!»

    Goût pour le dialogue interreligieux

    En septembre 1977, il intègre le séminaire d’Avignon, où il reste jusqu’en 1979. Il rejoint ensuite celui des Carmes à Paris, où il étudie le grec et l’hébreu biblique. En 1984, il est ordonné prêtre pour le diocèse de Marseille, et poursuit pendant deux ans ses études. En 1986, il retourne enfin à Marseille. Professeur au séminaire puis vicaire dans une paroisse du centre-ville, il se voit confier la charge des vocations pour le diocèse en 1991.

    En 1992, il crée l’Institut de sciences et de théologie des religions (ISTR), une institution tournée vers les réalités spirituelles de Méditerranée dont il restera le directeur jusqu’en 2002. On lui confie aussi les rênes de l’institution Saint-Jean et un cours à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon. En 2007, il est choisi par Mgr Georges Pontier, son archevêque, pour devenir vicaire général de l’archidiocèse de Marseille.

    Il est à cette période nommé consulteur au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. «Le dialogue interreligieux n’était pas ma qualification ni mon goût. Mais la vie, souvent, nous éclaire longtemps après sur des cohérences qui nous avaient échappé… Cette expérience a changé ma vie», confiait-il à La Provence en 2019. En 2013, il est nommé par le pape François chez lui, à Marseille, en tant qu’évêque auxiliaire, afin de seconder Mgr Georges Pontier, élu quelques mois auparavant à la présidence de la Conférence des évêques de France (CEF).

    Un pont entre la France et le pape François

    Six ans plus tard, le pontife argentin lui confie la mission de succéder à Mgr Pontier qui part à la retraite. Vu comme un des évêques les plus «bergogliens» de l’Hexagone, il devient un des ponts privilégiés entre la France et Rome, bien qu’il ne parle pas encore bien l’italien – mais le comprend de mieux en mieux. C’est vers lui que se tournent ses confrères pour tenter de faire venir le pape François à Marseille.

    L’évêque à l’accent marseillais chantant reprend le flambeau des rencontres d’évêques de Méditerranée organisées en 2020 puis 2022 par les évêques italiens à Bari puis Florence et accepte de les accueillir dans sa ville en 2023. À la clé: la venue du pontife non seulement pour la session de clôture, mais aussi pour une messe avec les catholiques français au Stade Vélodrome. Entre-temps, sans grande surprise, le pape décide, en 2022, de l’élever à la pourpre cardinalice.

    En prenant possession de la paroisse romaine de Santa Maria ai Monti, à Rome, le dimanche 23 avril 2023 – le pape remet symboliquement à chaque nouveau cardinal une église de Rome –, le cardinal Aveline prononce son homélie en italien, montrant ses progrès dans l’apprentissage de la langue. Durant la célébration, l’archevêque de Marseille met en avant les liens qui l’unissent à la ville et à l’Église de Rome, et notamment au pape Jean XXIII.

    Un «cardinal en rodage»?

    Même s’il se définissait encore il y a peu comme un «cardinal en rodage», Jean-Marc Aveline devient le plus romain des évêques français, étant obligé de venir tous les 15 jours au Vatican où il siège notamment au dicastère pour les Évêques, puissante institution chargée de nommer les évêques dans les pays de chrétienté historique.

    À ce titre et en tant qu’archevêque métropolitain de Marseille, il a pu appuyer ses recommandations concernant la gestion du cas de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, dans la tourmente depuis la suspension par le Vatican des ordinations prévues en juin 2022 dans son diocèse. Un évêque coadjuteur devrait très prochainement être nommé, un moyen pour sortir de la crise sans humilier l’évêque toulonnais dont le cardinal Aveline reconnaît volontiers le zèle missionnaire. Cet épisode illustre le style de ce pasteur qui recherche l’unité à travers le consensus sur les sujets sensibles.

    L’ombre de «l’affaire Ricard»

    Sur le dossier des abus dans l’Église, le cardinal français s’est assez peu exprimé dans les médias. En novembre 2022, il doit réagir aux révélations du cardinal Ricard concernant des abus que ce dernier confie avoir commis 35 ans auparavant sur une personne mineure, alors qu’il était prêtre dans le diocèse de Marseille.

    «Je partage avec vous le choc que cela peut représenter pour chacun d’entre nous, notamment ceux qui, comme moi, connaissent bien Jean-Pierre Ricard», écrit-il dans un communiqué. «Nous ne sommes ni des procureurs, ni des censeurs: la justice, tant civile que canonique, va suivre son cours», ajoute-t-il. Si le parquet de Marseille a classé sans suite l’affaire pour prescription, Jean-Pierre Ricard, encore officiellement cardinal électeur à ce jour, serait toujours visé par une enquête canonique. Et c’est au cardinal Aveline de suivre son évolution.

    Au sein du collège cardinalice, le cardinal Aveline est proche de quelques cardinaux «bergogliens», des pasteurs qui partagent notamment sa pensée sur la Méditerranée, comme les cardinaux Matteo Zuppi (Bologne), Cristobal Lopez Romero (Rabat) et Joan Omella (Barcelone).

    Il entretient par ailleurs une relation de confiance avec le futur cardinal français François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio, qui recevra la pourpre cardinalice le 30 septembre prochain. Le jeune évêque de Corse a d’ailleurs reçu l’ordination épiscopale des mains de l’archevêque de Marseille.

    Marseille, une étape du pèlerinage méditerranéen du pape François

    Le pape François et le cardinal Aveline partagent une certaine vision de la mission de l’Église catholique en Méditerranée, entre dialogue apaisé avec l’islam, fraternité et solidarité avec l’autre rive. «Marseille est plus qu’une ville: c’est un message! Un message où la détresse se mêle à l’espérance», a-t-il lancé au président de la République Emmanuel Macron. Il s’exprimait lors de la visite du chef d’Etat dans sa ville en août 2021, à un moment où les projecteurs étaient braqués sur les déboires sécuritaires persistants du port provençal.

    «Message»: un terme souvent employé par le pape François – lui-même l’ayant emprunté à Jean Paul II – pour évoquer une autre réalité méditerranéenne: celle du Liban. Ainsi, sans doute le pape François aura été surtout séduit par la dimension méditerranéenne de l’archevêque, et sa défense d’une théologie de la Méditerranée tournée vers l’accueil et l’échange entre les cultures.

    Vendredi et samedi, le cardinal Aveline sera aux avant-postes pour guider le pape François dans sa ville de Marseille. Une visite qui placera le natif de Sidi Bel Abbès une nouvelle fois sous les projecteurs, lui dont les gestes et paroles sont désormais scrutés au-delà de l’Église de France. (cath.ch/imedia/cd/hl/rz)

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    Le pape François et Emmanuel Macron, ici en septembre 2023, se tutoient © Vatican Media

    Le pape François et la France, une relation délicate

    Pour la seconde fois, les 22 et 23 septembre 2023, le pape François posera le pied sur le territoire français, après sa visite du 25 novembre 2014 à Strasbourg. Mais dans les deux cas, pas question de parler d’une visite en France, car François préfère visiter les pays dits de “périphérie”.

    Accusé parfois de méconnaître l’Hexagone, dont il critique certaines dérives fruits de la philosophie des Lumières, le pontife argentin a cependant manifesté à de nombreuses reprises son attachement à l’héritage spirituel de l’Église de France et à sa créativité missionnaire actuelle.

    Avant la Cité phocéenne, le pape a visité à Strasbourg le Parlement européen et le Conseil de l’Europe, sans assumer de visite pastorale dans ce diocèse concordataire arpenté par Jean Paul II en 1988. Les quelques instants du passage du pontife argentin sur le sol français furent néanmoins marqués par sa rencontre avec Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie, qui lui a demandé de publier son encyclique sur le “soin de la maison commune”, Laudato si’, avant la COP21 organisée en France en décembre 2015. Un épisode que le pape racontera souvent lors de ses audiences au Vatican.

    Le pape n’a par la suite pas honoré sa promesse de revenir en France pour une visite pastorale, initialement envisagée pour 2015 ou 2016. Les invitations lancées par les présidents Hollande et Macron n’eurent pas de suite. La dernière visite officielle d’un pape dans l’Hexagone demeure donc celle de Benoît XVI en septembre 2008, à Paris et à Lourdes.

    François et les présidents

    Après avoir brièvement salué le Premier ministre Jean-Marc Ayrault au terme de sa messe d’installation, le 19 mars 2013, le pape François a eu un premier contact plutôt froid avec le président socialiste François Hollande, reçu au Vatican en janvier 2014, quelques mois après la légalisation du mariage entre personnes de même sexe.

    Mais l’assassinat du Père Jacques Hamel dans son église de Normandie, le 26 juillet 2016, sera l’occasion d’un réchauffement dans les relations. Le pape dira de François Hollande qu’il lui a parlé “comme un frère” lors d’une conversation téléphonique après cette tragédie. Le président Hollande est venu rencontrer le pape trois semaines plus tard, et les deux hommes se sont salués chaleureusement lors de l’audience aux chefs d’État de l’Union européenne, le 25 mars 2017, à l’occasion du 50e anniversaire du Traité de Rome.

    Le pape François a également rencontré Emmanuel Macron à trois reprises, en juin 2018, en octobre 2021 et en octobre 2022. Des dossiers d’intérêts communs ont rapproché la France et le Saint-Siège, notamment la stabilisation du Liban. Mais les évolutions bioéthiques, comme la question de l’IVG et de la fin de vie, ont suscité des inquiétudes à Rome. Marqué par sa formation dans un établissement jésuite, le président français a joué la carte d’une certaine proximité avec le pape, allant jusqu’à le tutoyer.

    D’après le programme du voyage à Marseille, ils doivent se rencontrer à trois reprises durant ces deux journées. La question de la fin de vie pourrait revenir sur la table, alors que la présentation du projet de loi autorisant «l’aide active à mourir» a été reportée à cause de la visite du pape. Le pontife a par ailleurs reçu le Premier ministre Jean Castex, le 18 octobre 2021 à l’occasion du centenaire des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. Il a également reçu durant son pontificat deux anciens présidents français, hors agenda officiel: Valéry Giscard d’Estaing en 2014, et Nicolas Sarkozy en 2016.

    François et la laïcité

    Le pontife a fait preuve d’une distance par rapport au modèle français de laïcité, qu’il considère comme ouvrant la voie à une forme d’intolérance. «Je crois que dans certains pays comme en France, cette laïcité a une coloration héritée des Lumières beaucoup trop forte, qui construit un imaginaire collectif dans lequel les religions sont vues comme une sous-culture», regrette-t-il dans son livre d’entretien avec Dominique Wolton, Politique et Société, paru en 2017.

    «Quand on dit qu’il ne faut pas porter de croix visibles autour du cou ou que les femmes ne doivent pas porter ça ou ça, c’est une bêtise, car l’une et l’autre attitudes représentent une culture», explique le pontife argentin. Il ajoutait avec humour: «L’un porte la croix, l’autre porte autre chose, le rabbin porte sa kippa et le pape porte sa calotte! La voilà, la saine laïcité!»

    Contrairement à Jean Paul II qui, en convergence intellectuelle avec le cardinal Lustiger, avait proposé une relecture de la devise républicaine “Liberté, Égalité, fraternité” en la situant à la lumière de l’enseignement du Christ, le pape argentin s’est montré critique à l’égard d’une «laïcité exagérée» qu’il considère, dans un entretien accordé à La Croix en 2016, comme «un héritage de la Révolution française.»

    François et les figures spirituelles françaises

    Au lendemain de son élection, le 14 mars 2013, improvisant sa première homélie, le pape François choisit de citer une phrase du Français Léon Bloy, avertissant que «celui qui ne prie pas le Seigneur prie le diable.» Il citera souvent l’écrivain pour souligner «qu’il n’y a qu’une seule tristesse, celle de ne pas être saints», ou encore puisera chez un autre Français, Joseph Malègue, pour développer le concept de «classe moyenne de la sainteté».

    Le pape parle difficilement le français mais il le comprend, et il a beaucoup lu d’ouvrages en français durant ses années de formation jésuite, à l’époque du Concile Vatican II. Son confrère jésuite Henri de Lubac (1896-1991) fait ainsi partie de ses sources d’inspiration concernant la dimension “maternelle” de l’Église. Le 1er décembre 2022, en remettant le prix Ratzinger à un autre jésuite, le Père Michel Fédou, le pape François souligne l’apport de la théologie française au Concile.

    D’autres personnalités jésuites ont structuré la formation intellectuelle de Jorge Mario Bergoglio, notamment Michel de Certeau (1925-1986), psychanalyste et spécialiste de l’Histoire religieuse, qui a conduit l’Argentin à s’intéresser à des figures mystiques controversées comme les Pères Jean-Joseph Surin (1600-1665) et Louis Lallemant (1588-1635), qui orientèrent la spiritualité ignatienne vers l’attention aux «mouvements de l’âme». Surtout, le pape François, dès la première année de son pontificat, le 17 décembre 2013, a procédé à la canonisation 'équipollente’ (par simple décret) du prêtre savoyard Pierre Favre, l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola lors de la fondation de la Compagnie de Jésus.

    Attachement à Charles de Foucauld

    Une autre figure française, moins connue, compte beaucoup dans le lien entre le pontife argentin et la France. Il s’agit du prêtre ardéchois Gabriel Longueville (1931-1976), tué en Argentine alors qu’il revenait des obsèques de l’évêque Enrique Angelelli, figure de l’opposition à la dictature militaire, lui-même victime d’un assassinat déguisé en accident de la route. Le Père Gabriel Longueville et Mgr Angelelli, que le futur pape François avait personnellement connus lorsqu’il était provincial des jésuites d’Argentine, ont été béatifiés ensemble en avril 2019. En lien avec cette béatification, l’évêque de Viviers, Mgr Jean-Louis Balsa – devenu depuis archevêque d’Albi –, a développé un contact privilégié avec le pape François, qui a reçu à plusieurs reprises des délégations ardéchoises.

    La canonisation de Charles de Foucauld, le 15 mai 2022, a été l’occasion de rappeler le fort attachement du pape François au saint ermite tué en Algérie en 1916. Le 1er décembre 2016, à l’occasion du centenaire de sa mort, il avait notamment invité toute l’Église à cheminer «sur ses traces de pauvreté, de contemplation et de service des pauvres.» Quatre ans plus tard, à l’occasion de son traditionnel discours de vœux à la Curie romaine, il avait offert aux responsables des dicastères une biographie du saint ermite.

    Le «monument Pascal»

    Enfin, encore plus récemment, le 19 juin dernier, le pape François a consacré une Lettre apostolique – intitulée Sublimitas et miseria hominis ‘Grandeur et misère de l’homme’ – au philosophe janséniste français Blaise Pascal (1623-1662). Celui-ci fait partie des références culturelles et spirituelles récurrentes du pontife, ancien professeur de lettres en Argentine.

    Dans un entretien accordé en 2017 à Eugenio Scalfari, fondateur du journal italien La Repubblica, le pape François avait même considéré «personnellement» que Pascal «devrait être béatifié.» Ces dernières années, dans ses méditations et enseignements, le pontife a eu plusieurs fois recours au «monument» que constituent ses Pensées.

    La «sainte préférée» du pape François, Thérèse de Lisieux (1873-1897), est aussi une Française. Pour le 150e anniversaire de sa naissance, il a accueilli ses reliques place Saint-Pierre lors de l’audience générale du 7 juin 2023 et a annoncé vouloir dédier une lettre apostolique à la sainte patronne des missions.

    Regard positif sur la créativité missionnaire

    Le pape a montré à de nombreuses reprises son admiration pour la créativité française, notamment en recevant de nombreux groupes engagés dans l’écologie humaine et le service aux pauvres. Les membres de l’association Lazare ont ainsi bénéficié de moments privilégiés avec le pape François, qui a institué la Journée mondiale des pauvres sur une proposition du cofondateur de cette association de colocation solidaire, Étienne Villemain, un “enfant terrible” comme aime le qualifier le pape.

    Au printemps 2021, en pleine épidémie de Covid-19, d’anciens sans-abris de l’association ont même vécu en colocation avec le pontife dans sa résidence de Sainte-Marthe pendant trois jours, pour l’interviewer dans le cadre de l’ouvrage Des pauvres au pape. Du pape au monde (Éditions du Seuil), publié un an plus tard.

    Également fondé par Étienne Villemain, le 'Village de François’ est une autre association se situant dans la filiation du magistère social et écologique du pontife argentin qui a pris le nom de saint François d’Assise. Les membres de cette communauté de vie, qui ont notamment repris l’abbaye Notre-Dame-du-Désert, dans le Midi Toulousain, avaient été reçus par le pape le 14 mai 2022.

    Parmi les nombreux acteurs du monde politique et associatif français qui furent reçus par le pape François figurent également les membres du mouvement de chrétiens de gauche “Les Poissons roses”, qui furent invités à la Maison Sainte-Marthe pour une réunion informelle avec le pape François le 1er mars 2016.

    François et la Ciase

    Les évêques français de passage à Rome ont toujours souligné l’écoute fraternelle du pape François et la décontraction des échanges avec le pontife argentin, marquant une différence avec la forme plus protocolaire des audiences avec les papes précédents.

    Cependant, certains ont assumé de se sentir quelque peu déroutés par ce pape «qui ne comprend pas notre modèle de laïcité», confiait l’un d’entre eux, ou qui «nous a mis en grandes difficultés», soupirait un autre. Ce dernier évoquait les déclarations étranges du pape dans son avion de retour de Grèce, sur la relation de l’archevêque démissionnaire de Paris, Mgr Michel Aupetit, avec sa secrétaire.

    Plus fondamentalement, c’est sur la question des abus que le pape et l’épiscopat français ont semblé prendre des options différentes. La publication du rapport de la Ciase, en octobre 2021, a été observée avec une certaine inquiétude et une distance à Rome, où la promesse d’une audience du pape avec le président de cette commission, Jean-Marc Sauvé, ne s’est jamais concrétisée.

    Les vives critiques de l’Académie catholique de France concernant la méthodologie de la Ciase semblent avoir été l’un des facteurs qui ont mené à la suspension de ce projet de rencontre, alors que le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, avait assuré, à l’automne 2021, qu’elle se tiendrait dans un délai proche.

    Six cardinaux français

    Le choc provoqué par les statistiques de la Ciase, livrant une estimation de 330’000 personnes agressées au sein des institutions catholiques en France, avait pourtant conduit à une déclaration forte du pape François. Il exprimait alors «la honte» de l’Église lors de l’audience générale en salle Paul VI, dès le lendemain de sa publication. Mais cette sortie n’avait pas eu de suite. En décembre 2021, le pontife argentin reconnaissait même ne pas avoir lu ce rapport, dont une synthèse était pourtant accessible.

    Outre les entretiens politiques et les visites épiscopales liées à sa charge, le pape a reçu de nombreuses personnalités françaises, comme le philosophe Edgar Morin, l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt, le Père Guy Gilbert, ou l’évêque dissident Jacques Gaillot.

    À noter aussi qu’en deux ans, le pape François a nommé trois cardinaux français: Jean-Marc Aveline (au consistoire du 27 août 2022), ainsi que le nonce apostolique Christophe Pierre et l’évêque d’Ajaccio François-Xavier Bustillo, qui seront créés le 30 septembre prochain. Il avait en 2015 déjà élevé à la pourpre cardinalice le préfet du Tribunal de la Signature apostolique Dominique Mamberti. Avec ces nouvelles arrivées au profil bergoglien, les électeurs français au sein du Collège cardinalice seront au nombre de six, un chiffre historiquement élevé. (cath.ch/imedia/cv/ak/rz)

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    A Marseille, le pape François s'est rendu à Notre-Dame de la Garde © I.MEDIA

    A Nt-Dame de la Garde, le pape invite à s’ouvrir aux blessés de la vie

    Dans une basilique Notre-Dame de la Garde bondée, le pape François a invité les membres du clergé de Marseille à «ouvrir les portes des Églises» et à être un «port sûr» pour les «blessés de la vie». Le 22 septembre 2023, pour son premier discours public dans la cité phocéenne, le pape a demandé aux catholiques d’imiter avec leur prochain le «style de Dieu» : «proximité, compassion et tendresse».

    « Je suis heureux de commencer ma visite en partageant avec vous ce moment de prière ». Comme un symbole, le pape François a choisi de prononcer les premiers mots de son déplacement à Marseille de la basilique Notre-Dame de la Garde qui surplombe la ville et la Méditerranée. Arrivé en fin d’après-midi à la ‘Bonne Mère’, comme lui-même l’a surnommée, le pape François a d’abord allumé un cierge dans le chœur de la basilique avant de prendre un long temps de silence.

    Dans les rangs de l’église se trouvaient le clergé du diocèse de Marseille – prêtres, diacres, séminaristes, consacrées -, des recteurs des sanctuaires du pourtour méditerranéen ainsi que des représentants de l’Église en France, à commencer par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France.

    Avant un temps de prière des psaumes et l’enseignement du pape, le cardinal Jean-Marc Aveline a accueilli chaleureusement le pontife  : « Dès votre arrivée, vous avez voulu faire comme nous faisons ici, chaque fois qu’un événement heureux ou malheureux surgit dans notre existence […]. Nous montons sur cette colline pour nous confier à la Vierge Marie ».

    L’archevêque de Marseille, devenu proche du pape en l’espace de quelques mois, lui a aussi présenté un cadeau des Marseillais: un coffret en forme de cœur dans lequel sont inscrits tous les noms de celles et ceux qui ont prié pour le pape sud-américain. Un clin d’œil des habitants de la ville qui ont pris l’habitude au fil des siècles de recouvrir d’ex-voto les murs de la basilique en remerciement à la vierge Marie.

    « Aujourd’hui, le cœur que nous vous offrons est petit mais, comme le disait sainte Thérèse de Lisieux, votre sainte préférée : ‘Rien n’est petit pour un grand amour’, a assuré le cardinal Aveline, suscitant le sourire du successeur de Pierre.

    « Pardonnez toujours », lance le pape aux prêtres

    Dans sa catéchèse, le pape a confié aux « prêtres et personnes consacrées » une mission  : « Bien-aimés, portons à nos frères le regard de Dieu, portons à Dieu la soif de nos frères, répandons la joie de l’Évangile ». Dans le premier mouvement, a expliqué le pontife, « nous sommes des instruments de miséricorde, dans le second, des instruments d’intercession ».

    Ainsi, le chef de l’Église catholique a demandé aux catholiques d’ouvrir « les portes des églises et des presbytères, mais surtout celles du cœur, pour montrer par notre douceur, notre gentillesse et notre accueil le visage de notre Seigneur ». Et d’insister  : « Que celui qui vous approche ne trouve ni distance ni jugement ; qu’il trouve le témoignage d’une humble joie […] Que les blessés de la vie trouvent un port sûr dans votre regard ».

    Les exhortant à être des « intercesseurs », il a invité les membres du clergé à porter dans la prière les « visages de ceux que la Providence met sur [leur] chemin », surtout à travers des temps d’adoration eucharistique. Il les a enfin suppliés d’être « généreux » avec le sacrement de réconciliation – que les prêtres peuvent donner aux pénitents. « Pardonnez toujours », leur a-t-il lancé, leur demandant encore d’être « généreux comme Dieu est généreux avec nous ».

    Le pape doit maintenant se diriger sur le parvis de Notre-Dame de la Garde où une prière devant le Mémorial dédié aux héros et victimes de la mer doit avoir lieu. Seront présents les représentants des principales religions de la ville – judaïsme, islam, orthodoxie, évangélique. (cath.ch/imedia/hl/cd/mp)

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    Secourir les personnes «abandonnées sur les flots» est «un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation», a affirmé le pape à Marseille © Vatican Media

    Secourir les migrants est "un devoir de civilisation", lance le pape

    Quelques heures après son arrivée à Marseille, le 22 septembre 2023, le pape François a appelé à un sursaut civilisationnel envers les migrants de la Méditerranée, en participant à un moment de recueillement avec les chefs religieux de la ville, près du Mémorial dédié aux marins et migrants perdus en mer.

    Sur la toile de fond méditerranéenne scintillante, le pape s’est élevé contre les mesures restrictives qui empêchent les secouristes de sauver des vies en mer. Après avoir rencontré le clergé diocésain dans la basilique Notre-Dame de la Garde, le pontife de 86 ans a rejoint en fauteuil roulant la place adjacente, surplombant la mer Méditerranée. Lors de ce deuxième rendez-vous de son voyage de deux jours dans la cité phocéenne, il s’est recueilli au soleil couchant devant la sculpture érigée en 2008 en mémoire des disparus en mer, représentant une ancre en forme de cœur, surmontée d’une croix.

    En introduisant la rencontre, l’archevêque de Marseille, le cardinal Jean-Marc Aveline, a dénoncé les «crimes» commis en Méditerranée où «des hommes, des femmes et des enfants» sont «dépouillés de leurs biens par des passeurs malhonnêtes, qui les condamnent à mort en les faisant monter sur des embarcations vétustes et dangereuses». «Et quand les institutions politiques interdisent aux Organisations non-gouvernementales et même aux navires qui croisent dans ces eaux, de porter secours aux naufragés, c’est un crime tout aussi grave et une violation du droit international maritime le plus élémentaire», s’est-il insurgé.

    Secourir les personnes «abandonnées sur les flots» est «un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation», a affirmé le pape François dans son discours (voir ci-dessous), en écho aux paroles du prélat. Le pape a d’ailleurs rendu hommage au «courage» du cardinal Aveline, en improvisant quelques paroles en français au début de son discours.

    Le pape est ensuite revenu sur ce sujet en s’adressant directement aux secouristes: «Si souvent, on vous empêche d’y aller parce qu’il manque ceci ou cela au bateau. Ce sont des gestes de haine contre le frère, sous couvert d’équilibre», a-t-il dénoncé.

    Devant cet «immense cimetière» où «est ensevelie la dignité humaine», a lancé François, «les mots ne servent à rien». Et d’appeler à «des actes», à «surmonter la paralysie de la peur et le désintérêt qui condamne à mort, avec des gants de velours».

    Le fanatisme de l’indifférence

    Au pied de la stèle, le chef de l’Église catholique s’est aussi élevé contre les «trafics odieux et le fanatisme de l’indifférence». «Nous ne pouvons pas nous résigner à voir des êtres humains traités comme des monnaies d’échange, emprisonnés et torturés de manière atroce», a-t-il martelé, prêchant le «silence» et les «larmes» pour ceux qui sont morts «noyés dans la peur».

    Pour le 266e pape, l’humanité se trouve à «un carrefour de civilisation», avec «d’un côté la fraternité […]; de l’autre l’indifférence, qui ensanglante la Méditerranée». De même, la ville portuaire de Marseille se trouve placée «à un carrefour: rencontre ou confrontation», a-t-il ajouté.

    Saluant le «riche pluralisme religieux diversifié» de la capitale de la Provence, le pape François a dénoncé le «virus de l’extrémisme et du fléau idéologique du fondamentalisme qui rongent la vie réelle des communautés». Au côté des représentants des trois religions monothéistes qui l’entouraient sur le podium – juifs, musulmans, chrétiens orthodoxes et évangéliques… –, il a appelé à être «exemplaires dans l’accueil mutuel et fraternel».

    Le pape, qui avait à ses côtés le maire de Marseille Benoît Payan et son prédécesseur Jean-Claude Gaudin, a aussi rendu hommage à l’historien juif Jules Isaac, pionnier de l’amitié judéo-chrétienne, et à l’instance de dialogue interreligieux de la commune, Marseille-Espérance, créée en 1990. Souhaitant que Marseille, «un modèle d’intégration», soit «pour la France, pour l’Europe et pour le monde une mosaïque d’espérance», le pontife a exhorté à ne pas laisser «sombrer l’espérance» dans la Grande Bleue.

    Des représentants d’organismes humanitaires – Marseille Espérance, Stella Maris, Caritas Gap-Briançon, le service diocésain de la pastorale des migrants, et diverses associations de secours pour les migrants –, se sont relayés pour lire des intentions de prière pour les «millions jetés sur les routes et les mers du monde par la guerre, la misère, les persécutions politiques ou religieuses». (cath.ch/imedia/ak/cd/bh)

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    Après la visite du pape à Marseille, le président Macron est intervenu à la télévision française © capture d'écran

    Après l'appel du pape sur les migrants, E. Macron se défend

    «Le pape a raison d’appeler à ce sursaut contre l’indifférence», a affirmé Emmanuel Macron en commentant l’appel du pape François sur les migrants, lancé le 23 septembre 2023 depuis Marseille. Sur TF1 et France 2, le président a assuré que la France faisait «sa part» dans l’accueil des migrants.

    “Il faut ce message d’universalisme», a reconnu le président français en saluant les propos du pape prononcés à l’occasion des Rencontres méditerranéennes de Marseille. Devant Emmanuel Macron, le pontife avait fustigé le «fanatisme de l’indifférence» envers les migrants.

    «Moi je ne suis pas indifférent et nous devons être humains, accueillir en particulier ceux qui fuient des conflits», a expliqué le président. Une journaliste lui faisait alors remarquer que 28’000 personnes étaient mortes en Méditerranée ces 10 dernières années.

    Pour une solidarité européenne

    «Mais on doit aussi être rigoureux. Parce qu’on a un modèle social qui est généreux et on ne peut pas accueillir toute la misère du monde», s’est défendu le chef de l’État. Il reprenait les mots de Michel Rocard, Premier ministre français sous François Mitterrand. «Nous Français, nous faisons notre part. Il y a en moyenne 100’000 demandeurs d’asile dans notre pays chaque année», a-t-il avancé, arguant aussi que «l’Europe est le continent qui fait le plus.»

    Il a toutefois souhaité davantage de solidarité européennes pour répondre au phénomène migratoire. «Nous devons jouer notre rôle en Européens et aider les Italiens», a-t-il détaillé. La petite île italienne de Lampedusa a supporté ces derniers jours un afflux record de migrants venus des côtes africaines. «Quand les migrants arrivent à Lampedusa, il faut que l’Europe aide à enregistrer les situations», a par exemple annoncé le président.

    Évoquant les aides au développement dans les pays de départ, Emmanuel Macron a aussi confié vouloir donner plus de moyens aux pays de transit, comme la Tunisie. Il s’agit pour lui “d’éviter les départs, parce que c’est là que les gens prennent tous les risques en Méditerranée, c’est ce que dénonçait le pape.» Ces «partenariats» avec les pays de départ pourraient prendre la forme de ceux tissés entre la France et la Grande-Bretagne.

    Un nouvel appel du pape ce dimanche

    Ce dimanche 24 septembre, le pape François a de nouveau appelé «à accueillir, promouvoir, accompagner et intégrer ceux qui frappent à nos portes», à l’occasion de l’Angélus récité Place Saint-Pierre.

    L’Église catholique célébrait aujourd’hui la Journée mondiale du migrant et du réfugié sur le thème: «Libre de choisir entre migrer ou rester». «Le droit de migrer est en fait aujourd’hui devenu pour beaucoup une obligation alors qu’il devrait exister un droit à ne pas migrer pour rester sur sa propre terre», s’est encore attristé le pape devant plusieurs milliers de fidèles. (cath.ch/imedia/hl/rz)

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