Mgr Felix Gmür: «L’interculturalité a été à la une de l’Assemblée synodale 2024»
Le Synode sur la synodalité s'est achevé le 26 octobre 2024. Retrouvez tous les articles de Lucienne Bittar, notre envoyée spéciale à Rome, et de l'agence I.Media qui couvre ce chapitre important du pontificat de François.
Mgr Felix Gmür: «L’interculturalité a été à la une de l’Assemblée synodale 2024»
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Mgr Felix Gmür: «L’interculturalité a été à la une de l’Assemblée synodale 2024»
La compatibilité entre la vocation universaliste de l’Église et les particularismes locaux est un grand défi. Pour Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et délégué de la Suisse au Synode, l’assemblée a été l’occasion pour chacun des participants d’expérimenter la complexité de la chose et d’envisager des voies de gestion non idéologiques. Interview.
Lucienne Bittar, cath.ch, envoyée spéciale à Rome
Ce 24 octobre était «jour off» pour les membres de l’assemblée synodale qui attendent la présentation du document final le 26 octobre. «Jour off», vraiment? Entre une rencontre avec un moine de Taizé, une réunion avec le groupe de travail sur le ministère et une autre avec le groupe de travail sur le droit canon, Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et président de la Conférence des évêques suisses, a répondu aux questions de cath.ch.
Y a-t-il un dossier particulier que vous avez défendu devant l’Assemblée synodale en tant qu’évêque délégué de la Suisse?
Mgr Felix Gmür: Votre question est révélatrice d’un fréquent malentendu au sujet du Synode sur la synodalité. Il n’y a pas de dossier ou de position à défendre. Il s’agit d’abord de se rencontrer, de s’écouter les uns les autres et d’écouter le Saint-Esprit. C’est la raison d’être de ce synode.
Durant le chemin synodal, avez-vous constaté un changement dans sa compréhension? Avez-vous ressenti lors de cette assemblée 2024 plus d’ouverture à l’altérité ou au contraire les lignes de fracture se sont-elles raidies?
Je crois qu’un vrai changement s’est opéré au cours de ce processus, et que c’est perceptible dans la deuxième assemblée synodale que nous vivons à Rome actuellement. Ses membres ont eu l’opportunité d’apprendre à se connaître depuis l’an passé. Ils parlent plus librement, et sans peur de jugements, de leurs joies, mais aussi de leurs peines, de leurs difficultés et de leurs problèmes. De leur savoirs ou non savoirs et de leurs impasses aussi.
Cette ouverture a fait que le thème de l’interculturalité a été à la une de l’Assemblée synodale 2024. Nous nous sommes rendus compte que la culture, le contexte précis ont une influence déterminante sur la vie de l’Église.
De l’Église locale?
De l’Église universelle et locale. La manière dont on célèbre la présence de Dieu est différente en Afrique ou en Angleterre, aux États-Unis ou en Amérique latine. La façon de vivre son enracinement dans une communauté locale selon qu’on habite dans une zone industrialisée ou plutôt rurale aussi. La plupart d’entre nous l’avons expérimenté dans notre propre pays. Je connais bien pour ma part cette réalité du diocèse de Bâle. Mais là, nous l’expérimentons au niveau mondial. C’est beaucoup plus riche… et beaucoup plus compliqué.
L’un des apports du Synode, selon vous, est qu’il a donc représenté pour ses membres une occasion unique de se frotter à la complexité que représente la tension entre universalité de l’Église et particularismes?
Oui, on l’a vraiment vécue. J’ai participé pour ma part à des tables de langue française, où j’ai régulièrement retrouvé des représentants des Églises d’Orient, portés par des traditions bien marquées.
Je me suis aussi rendu compte à quel point le fait de vivre ou pas dans un pays démocratique a une influence sur la dynamique de l’Église. Les défis auxquels une Église qui vit sous une dictature doit répondre diffèrent totalement de ceux d’une Église vivant dans une démocratie ouverte telle que la nôtre, où nous pouvons tout dire sans risquer de finir devant un tribunal. Prenez les couples homosexuels. Un évêque m’a raconté que le gouvernement de son pays l’a averti que s’il commençait à les bénir, il fermerait les églises.
Il y a donc la disposition intérieure des gens, leur désir d’aller à la rencontre de l’autre tel qu’il est et de le soutenir dans son besoin, et la réalité du contexte politique qui favorise ou pas cette approche. Cette donnée a été beaucoup plus perceptible durant cette Assemblée synodale.
"Les défis auxquels une Église qui vit sous une dictature doit répondre diffèrent totalement de ceux d’une Église vivant dans une démocratie ouverte telle que la nôtre."
Lors de l’audience générale du 18 septembre 2024, le pape a déclaré que nous sommes encore trop «euro-centriques». Votre expérience de la synodalité confirme-t-il ce diagnostique ou avez-vous l’impression que l’axe de l’Église se déplace?
Par rapport au nombre des catholiques, il s’est déjà clairement déplacé vers le Sud: la majorité des catholiques ne vivent plus en Europe. La culture 'ecclésio-européenne' reste par contre clairement dominante dans le monde. Elle s’est étendue partout avec le colonialisme, puisqu’avec les colonisateurs sont venus les missionnaires chrétiens.
Il a beaucoup été question dans ce Synode de la place des femmes, bien que le diaconat féminin n’ait pas été inscrit à l’ordre du jour. La vision européenne diffère de la vision africaine sur ce dossier, même si le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a dit le 22 octobre que l’Église d’Afrique ne voit «aucune difficulté particulière» à l’étudier. Percevez-vous du changement?
Il y a deux questions qui sont parfois confondues ou mêlées. Aujourd’hui, chacun sait que l’implication des femmes dans la vie de l’Église et leur participation aux processus de décision sont nécessaires. Parce que la majorité des fidèles sont des femmes, comme me l’a dit un Africain, et que celles-ci sont visiblement plus engagées dans l’Église que les hommes. Cette implication des femmes doit se répercuter au niveau de la reconnaissance de leurs compétences et donc de leur accès à des postes de direction.
Et puis, il y a la question de l’ordination diaconale des femmes, qui est plus compliquée à aborder car il s’agit là, pour certains et certaines, d’une question de foi avant d’être une question «organisationnelle».
La présence de femmes dans tous les lieux de formation de l’Église, y compris dans les séminaires, semble par contre acceptée.
Oui, elle fait plus ou moins l’unanimité.
L’existence même de ce Synode, qui a intégré dans son assemblée des évêques, des religieux et religieuses, des laïcs hommes et femmes, matérialise la volonté du pape de mettre fin à la culture du cléricalisme. Est-ce que le modèle suisse de subsidiarité, avec notre gouvernance duale, a pu être présenté comme piste de gouvernance possible?
Pas tel quel. Ce serait trop compliqué en trois minutes, le temps de parole imparti! Mais la notion de subsidiarité a été bien présente durant le Synode et elle est connectée à présent à ce que le pape appelle «une saine décentralisation». Ce qui ne doit pas être décidé au centre peut l’être à des échelons inférieurs, au niveau local. C’est le cas, pour moi, de la question du diaconat permanent des femmes. Je pense pour ma part que l’Église universelle pourrait l’envisager, mais il ne serait introduit que dans les diocèses qui le souhaiteraient, sans obligation.
Que répondez-vous à ceux qui ont peur qu’une plus grande adaptation dogmatique de l’Église aux particularismes culturels nuisent à son universalisme et à sa mission évangélisatrice? Avec le risque de faire comme les protestants.
Je ne crois pas qu’il faille avoir peur d’être plus proches des protestants, des orthodoxes ou de qui que ce soit. Notre mesure, notre règle et notre horizon, c’est toujours l’Évangile. Il nous faut donc devenir plus évangéliques! Et donc missionnaires. Porter l’Évangile aux gens et les inviter à le suivre, c’est notre mission, mais elle n’induit pas une imposition de la manière de le vivre. C’est un peu ça la synodalité. Il s’agit d’explorer ensemble des voies pour mettre l’Évangile au centre de notre quotidien.
"Ce qui ne doit pas être décidé au centre peut l’être à des échelons inférieurs, au niveau local. C’est le cas, pour moi, de la question du diaconat permanent des femmes."
L’unité dans l’Église est compliquée à établir, à fortiori entre toutes les confessions. La préoccupation œcuménique a-t-elle été suffisamment marquée durant le Synode?
L’œcuménisme, comme la question des femmes, a été l’un des thèmes transversaux du Synode. On l’a retrouvé dans toutes les discussions, à toutes les tables. Les délégués fraternels de différentes Églises ont exprimé leurs souhaits et communiqué leurs expériences. Je crois qu’il y a vraiment une volonté commune de se rapprocher et d’apprendre les uns des autres. Mais pour le faire, il faut commencer par se connaître. D’où l’importance de la présence de ces délégués au Synode.
La synodalité est-elle un premier pas vers une nouvelle approche du ministère? Un prochain synode là-dessus pourrait-il être envisagé?
Est-ce que le synode est le bon lieu pour décider de questions si complexes? Je ne le crois pas. Le synode ouvre des chemins, lance des processus, et les petits groupes de travail creusent les pistes.
Pour la question du ministère, le format d’un concile serait peut-être plus approprié. Mais comment faire un concile avec 5'000 évêques? Je ne sais pas…
Comment imaginez-vous la suite du chemin synodal en Suisse?
Nous l’avons déjà engagée, avec la création de la commission synodalité qui est en train de se mettre au travail. Il faudra voir comment impliquer les fidèles, par exemple dans la définition des buts pastoraux tant au niveau de la Suisse qu’à celui des diocèses et des unités pastorales. (cath.ch/lb)
26/10/2024
Le diaconat, un service encore mal compris dans l’Église, au vu du Synode
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Marié, père de trois enfants et diacre permanent, le Belge Geert De Cubber, 50 ans, se consacre depuis 2020 à la vie du diocèse de Gand et, depuis trois ans, grâce au chemin synodal, à l’avenir de toute l’Église. Son ministère reste sous-évalué, estime-t-il, avec l’espérance qu’il puisse un jour s’ouvrir aux femmes.
Lucienne Bittar, cath.ch, envoyée spéciale à Rome
Geert De Cubber, 50 ans, a enseigné par le passé la communication et la responsabilité sociale des entreprises. Il a aussi été journaliste pour l'hebdomadaire chrétien flamand Tertio. Responsable diocésain pour la communication, les jeunes et la synodalité du diocèse de Gand et membre de son conseil épiscopale, il est l’une de dix délégués européens non-évêques à avoir participé à Rome aux deux assemblée synodales sur la synodalité.
C’est aussi le seul diacre permanent de l’Église latine présent à l’assemblée 2024, aux côtés d’un diacre de l’Église syriaque et d’un autre de l’Église melkite qui sera ordonné prêtre.
La faible représentativité des diacres à l’assemblée synodale est-elle pour vous symptomatique d’une réalité?
Geert de Cubber: Il existe parmi les diacres permanents le sentiment d’être souvent oubliés. Personnellement, je ne le vis pas ainsi, mais cela correspond à une réalité. Il y a dans le monde 50’000 diacres permanents environ, dont la moitié se trouvent aux États-Unis, or aucun diacre de ce pays n’est présent à Rome.
Ce ministère serait mal compris dans l’Église?
Oui, et c'est pourquoi j’ai pris la parole à l’assemblée générale pour le présenter. Le diacre permanent est celui qui fait des ponts, dans sa propre famille et entre les familles, dans la communauté et entre les communautés, mais aussi entre les prêtres et les laïcs, ou entre l'évêque et les prêtres, ou entre l'évêque et les laïcs. Cet établissement de liens entre l'Église et la société, qui sait finalement peu de choses de l'Église, est vraiment nécessaire.
La vocation du diacre est vraiment celle de «l’Église en sortie». Le diacre doit aller dans la rue, à la rencontre de tous pour entendre leurs récits. Et porter tout cela dans l’eucharistie. Avant de me rendre à la messe et au moment de l’eucharistie, je repense aux personnes rencontrées durant la semaine. C’est un lien spirituel. D’ailleurs, quand il y a un diacre présent à l’assemblée, c’est lui qui prononce ces dernières paroles: «Allez dans la paix du Christ», auxquelles l’assemblée répond: «Nous rendons grâce à Dieu.»
Le diaconat permanent est un ministère de service qui répond aux appels du pape à la décléricalisation de l’Église. Le chemin synodal a-t-il répondu à vos attentes à ce niveau?
Nous avons en tout cas essayé de vivre une Église synodale, c’est-à-dire non cléricale, de marcher et discerner ensemble, dans un vrai désir partagé. Cela a été plus marqué lors de la deuxième session. Elle a été pour moi une très belle expérience. La rencontre change tout, mais elle demande du temps.
"Le diacre doit aller dans la rue, à la rencontre de tous pour entendre leurs récits. Et porter tout cela dans l’eucharistie."
L’an passé, j’ai rencontré un évêque d’un diocèse sans diaconat permanent. Quand il a su que j’étais diacre, il m’a demandé quand est-ce que j’envisageais de devenir prêtre. Puis il m’a dit que dans son diocèse on n’avait pas besoin de diacres permanents, car il y avait suffisamment de vocations à la prêtrise. Après ma prise de parole à la première assemblée, il est venu me voir et m’a dit: «Il faut y réfléchir.» Et cette année, il a été encore moins catégorique: «Je ne sais pas si on va instaurer le diaconat dans mon diocèse, mais il faut discerner à ce sujet.» J’ai aussi appris que dans quelques diocèses des Philippines sans diacres permanents, la question se pose aujourd’hui d’en ordonner.
Le principe de subsidiarité de la pensée sociale chrétienne n’est visiblement pas appliqué partout…
Je vis en Belgique, un pays fortement sécularisé et à l’Église est vieillissante. Mais c’est aussi une Église habituée à travailler avec les diacres et les laïcs, hommes ou femmes. Dans les deux tables de langue anglaise auxquelles j’ai participé lors de l’assemblée de cette année, j’étais le seul Européen habitant encore en Europe. J’ai senti des réserves par rapport au principe de subsidiarité.
Certaines d’entre elles concernaient la position des femmes dans l’Église (à distinguer de la question du diaconat des femmes). Celle-ci est encore très précaire dans de larges parties du monde. Tous les membres de l’assemblée en conviennent et disent que cela doit changer, mais il n’y a pas une voix commune sur les moyens à mettre en place. Pour nous, Occidentaux, il s’agit de garantir l’accès des femmes à des postes de responsabilité dans l'Église. Dans d'autres endroits, il s’agit juste de donner une voix aux femmes dans le processus synodal. Nous ne partons pas de la même position. L’intérêt de ce synode a été pour chacun de mieux appréhender la situation réelle de l’Église dans les autres coins du monde.
Cette expérience vous habite, mais pour les fidèles de l’extérieur, qui ne l’ont pas vécue, les résultats des discussions semblent pour l’instant mineurs. Bien d’entre eux se disent déçus.
Oui, cela se comprend. Pour éviter de décourager les gens, des décisions exemplaires, symbolisant l’avancée du Synode, doivent être prises.
Concernant les femmes, j’espère que le document final demandera des engagements contre les abus dont elles sont victimes dans le monde entier. On peut penser qu’un plus grand nombre de diocèses vont se décider à donner de vraies responsabilités aux femmes. Ou à ouvrir plus largement les études théologiques aux femmes. Cela doit évoluer. Le document pourrait aussi demander à ce que les femmes théologiennes soient impliquées dans la formation des futurs prêtres. Cette question de la formation a été débattue à l’assemblée.
Vous avez fait partie des membres de l’assemblée qui ont répondu à l’invitation du Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) à rencontrer des expert du "groupe 5", celui des études sur les femmes. Avec une première rencontre le 18 octobre jugée très décevante et une deuxième le 24 octobre, en présence cette fois du cardinal préfet Víctor Manuel Fernández. Qu’en retirez-vous?
Comme cela a été dit dans la presse, la première réunion n’en a pas été une. C’était un simple compte-rendu du DDF. La deuxième s’est mieux déroulée. Nous avons pu poser des questions directement au cardinal Fernández, ce qui est déjà un changement important, et il y a répondu… de manière diplomatique.
Fondamentalement, rien de nouveau n’y a été dit. Le cardianl a surtout évoqué le fonctionnement du «groupe 5», la «réanimation» de la 2e commission sur le diaconat féminin et a rappelé la préparation d’un document magistériel du DDF sur la position des femmes dans l’Église. J’en retiens néanmoins qu’en l’état des choses le diaconat des femmes reste une possibilité, que les arguments en sa faveur ou à son encontre ne sont pas suffisants déterminants pour l’instant. On peut considérer cela comme un progrès.
"J’ai rencontré des femmes du monde entier qui sentent un appel, une vocation diaconale, et cela n’a rien à voir avec une position idéologique."
Je pense toutefois qu’il faut être sérieux avec la synodalité. Le diaconat des femmes a été un thème de la première assemblée. Il a certes été sorti de la deuxième session, pour être confié à un groupe d’expert, mais il faudra qu’il soit réintroduit dans la circularité de l’espace synodal, d’une manière ou d’une autre, en accord avec la nature de l’Église.
Les évêques de Belgique ont plaidé lors de la préparation à la 2e Assemblée du Synode pour que les conférences épiscopales ou les assemblées épiscopales continentales puissent prendre certaines mesures propres, comme ouvrir l’accès au diaconat des femmes. Cela ne semble pas en prendre la direction.
J’ai participé au Synode aussi pour faire avancer le discernement à ce sujet. Le chemin va être long… J’ai rencontré des femmes du monde entier qui sentent un appel, une vocation diaconale, et cela n’a rien à voir avec une position idéologique. Présenter la question comme non mûre pour la contrer est un très mauvais argument. C’est en tout cas mûr en Belgique et dans d’autres pays d’Europe. (cath.ch/lb)
25/10/2024
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«À la racine du cléricalisme et du machisme, il y a un abus de pouvoir qui est en contradiction flagrante avec la synodalité et qui doit être surmonté», affirme Birgit Weiler. Experte au Synode 2024, portée par la foi, la religieuse tient un discours ferme et pragmatique sur la question des femmes dans l’Église et la décentralisation du pouvoir.
En février 2024, le pape François a élargi le groupe de conseillers pour le Synode. Parmi les six nouveaux membres du Conseil du Secrétariat général du Synode, figurent trois femmes, dont la religieuse allemande Birgit Weiler, de la Congrégation des Sœurs de la Mission Médicale (MMS). Cette professeure de théologie à l’Université catholique pontificale de Lima est une experte du chemin synodal, auquel elle a participé à tous les échelons, national, continental et à présent mondial.
Vous participez activement, mais virtuellement, au Synode en tant qu’experte. Pourquoi n’êtes-vous pas présente à l’assemblée de Rome?
Birgit Weiler: Ma nomination date de février dernier. Or seuls les membres de la première assemblée du Synode (2023) peuvent participer à la deuxième assemblée. Mon travail consiste à générer des contenus, selon mon expertise, pour l’Instrumentum laboris (IL). Ce document de travail a été préparé par le secrétariat du Synode à partir des consultations menées dans le monde. Il sert de base de réflexion aux participants à l’assemblée et leur propose des pistes. Nous préparons aussi des documents pour les secrétaires spéciaux qui rédigent au fur et à mesure le document final. Je travaille notamment sur la place des femmes dans l’Église.
Vous êtes professeure de théologie, conseillère théologique du Centre des programmes et réseaux pastoraux du Conseil épiscopal pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CELAM), membre du groupe de théologiens du CELAM... Votre palmarès montre que les femmes peuvent trouver une place à leur juste mesure dans l'Église. Comment vivez-vous le clivage qui existe dans l'Église sur la place à 'accorder' aux femmes?
Ce fossé est très douloureux et doit être surmonté. Il s'agit là d'une question vitale pour l'Église, comme l’a montré l'ensemble du processus synodal.
Grâce à l’apport de plusieurs contributeurs aux sessions plénières du Synode d’octobre 2023, le rapport de synthèse de cette première assemblée dit clairement: «Lorsqu’au sein de l’Église, la dignité et la justice dans les relations entre les hommes et les femmes sont altérées, alors la crédibilité de la proclamation que nous adressons au monde est affaiblie. Le processus synodal montre qu’il est nécessaire d’ajuster les relations et de procéder à des changements structurels» (n° 9,g).
"Une transformation des structures et des procédures qui ne favorisent pas la synodalité" est nécessaire.
Je pense personnellement, dans une perspective de foi, que l'Esprit de Dieu a été et est toujours à l'œuvre dans ce chemin synodal. Et cela dans toutes ses phases. De nombreux espaces d'écoute attentive les uns des autres et de l'Esprit, de parole libre (parrêsia) et de discernement à propos des différentes vocations dans notre Église ont été créés. Et cela a été fait ensemble, hommes et femmes.
Vous parlez de différentes vocations. De nombreuses personnes dans l’Église aiment mentionner le 'charisme’ spécifique des femmes. Qu’en pensez-vous?
Il est important d'éviter un ‘essentialisme’, comme si les femmes en tant que telles avaient certains charismes spécifiques. Mais il faut tenir compte de la diversité des femmes. De nombreux dons relationnels sont effectivement volontiers attribués aux femmes, comme la capacité de prendre soin des autres, d'aller à la rencontre de l’autre, de construire des ponts, d'apprécier la variété et la diversité et donc l'unité dans la diversité, etc. Mais ce sont des dons que les hommes aussi possèdent et/ou sont capables de développer.
Ce mode de pensée est néanmoins encore très présent en Église… Peut-on croire qu’un vrai changement se dessine?
Durant le chemin synodal, de nombreuses contributions de femmes du monde entier - mais aussi d'hommes - ont rappelé que les femmes et les hommes sont revêtus de la même dignité baptismale et reçoivent également la diversité des dons de l'Esprit. Se référant à saint Paul - «…il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus» (Galates 3,28) - le rapport de synthèse 2023 (n° 9,b) indique que «les hommes et les femmes sont appelés à une communion caractérisée par une coresponsabilité sans compétions, qui doit s’incarner à tous les niveaux de la vie de l’Église».
Mais ces contributions ont aussi identifié le cléricalisme et le machisme, en Amérique latine en tout cas, comme des mentalités et des attitudes qui freinent l’accomplissement d’une Église vraiment synodale. À la racine de ces deux phénomènes, il y a un abus de pouvoir qui est en contradiction flagrante avec la synodalité. Cela doit être surmonté.
"Les femmes doivent être incluses dans les espaces de discernement, de prise de décision et de formation, y compris dans les séminaires."
C'est pourquoi une conversion profonde et continue du cœur et de l'esprit est nécessaire. Cela va de pair avec une transformation des structures et des procédures qui ne favorisent pas la synodalité. Celle-ci exige que la variété des charismes - des hommes et des femmes - soit appréciée et qu'on leur donne l'espace nécessaire pour se développer et contribuer au bien de l'Église, et favoriser ainsi sa mission dans le monde d'aujourd'hui.
Comment lutter efficacement contre le cléricalisme et le machisme?
Dans l'ensemble du processus synodal, il a été reconnu que ce sont principalement les femmes qui favorisent la synodalité dans notre Église. Elles contribuent dans une large mesure à la construction de la communauté et au renforcement de la vie de foi dans les paroisses et dans bien d'autres domaines de l'Église.
Il est donc nécessaire qu’elles soient beaucoup plus incluses dans les espaces de discernement et de prise de décision, ainsi que dans les espaces de formation, y compris dans les séminaires. Là où on fait de la théologie et où l'on enseigne.
Une grande partie des femmes et des hommes demandent également que les femmes puissent accéder au diaconat permanent en tant que ministère ordonné.
Le diaconat des femmes a pourtant été retiré des sujets de discussion de la deuxième assemblée synodale. Comment rester optimiste dans ce contexte?
Les choses bougent. Le sujet est revenu sur le tapis lors des sessions actuelles du Synode. Plusieurs membres de l’assemblée ont exprimé leur désir qu'il y ait un processus plus dialogique dans le traitement du sujet, afin qu'il ne soit pas seulement traité par les commissions respectives. On verra comment cela sera pris en compte par les responsables du processus synodal.
Une chose est certaine, la transparence dans la manière de procéder sur cette question est vitale. Cela implique que tous les arguments soient mis sur la table, qu'ils puissent être délibérés librement et discernés avec soin par les tenants des différentes positions.
Vous avez également suivi de près en 2019 le Synode sur l'Amazonie, ce ‘grand banc d'essai’ du processus synodal. Il a généré beaucoup d’attentes… et de déceptions. Dans Querida Amazonia, le pape François n'a pas suivi les souhaits des Pères synodaux, n’instituant pas les viri probati. Se dirige-t-on vers ce même type de frustrations avec ce Synode?
Il faut préciser d’abord qu’un synode n'a pas le pouvoir de prendre des décisions, mais seulement de formuler des recommandations au pape. Cela dit, ma perception des résultats du Synode de l'Amazonie en ce qui concerne les points que vous mentionnez est différente. Dans Querida Amazonia, le pape François n'a pas fermé la porte à la question des viri probati ni à l'accès des femmes au diaconat ordonné.
Je suis impliquée dans l'Église d'Amazonie, et pour nous le Synode de l'Amazonie a porté beaucoup de fruits, qui n’ont pas fini de grandir. Il a déclenché une participation plus forte des femmes et des laïcs dans les espaces de discernement et de prise de décision amazoniens.
Un exemple concret est la création de la Conférence ecclésiale de l'Amazonie (CEAMA) et la composition de sa présidence. On y trouve un laïc, Mauricio López, représentant des laïcs, et deux femmes, une dirigeante indigène qui représente les peuples indigènes et une religieuse qui représente les religieux et religieuses de l'Amazonie. La CEAMA est un espace d'apprentissage de la croissance de la synodalité en Amazonie, tant au niveau de l'esprit que des structures, procédures et pratiques concrètes.
L’assemblée synodale compte des représentants du monde entier, avec des visions culturelles et de l’Église très différentes. Les tensions entre l'Église universelle et les particularismes locaux ont-elles une chance d’être dépassées sans une révision des modes de gouvernance?
Je crois fermement que nous avons besoin d'une «saine décentralisation», comme le pape François l'a envisagée dès 2013 dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Cela implique d'attribuer certaines compétences, c'est-à-dire un pouvoir de décision directe, au pouvoir exécutif des Églises locales.
Le pape a aussi souligné à plusieurs reprises que les Églises locales ont une connaissance plus concrète du contexte et des réalités du terrain. Cette connaissance est nécessaire au discernement et aux prises de décision locales sur de nombreuses questions.
Le processus synodal appelle justement notre Église à vivre en profondeur ce que signifie être catholique, c'est-à-dire à s'efforcer de vivre et de pratiquer l'unité dans la diversité. C'est un défi permanent que de grandir dans la catholicité! Cela requiert une appréciation de nos différences, une confiance mutuelle et la reconnaissance qu'il n'y a pas qu'une seule façon de vivre la synodalité, ni de développer des structures, des moyens et des procédures de gouvernance dans notre Église. Ceux-ci doivent répondre à la variété des contextes et des lieux qui façonnent nos façons de faire et d’être l'Église, de vivre et de célébrer notre foi.
L’Instrumentum laboris de la deuxième session du Synode offre d'importantes perspectives théologiques et pastorales à cet égard. Et au niveau de l'ensemble de l'Église, le pape a un rôle important à jouer pour l’aider à vivre de manière cohérente l’unité dans la diversité. (cath.ch/lb)
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Synode sur la synodalité: pas d'exhortation apostolique du pape
Dans son discours de clôture du Synode sur la synodalité, le samedi 26 octobre 2024, le pape François a annoncé qu’il ne publierait pas d’exhortation apostolique post-synodale - une décision rare - mais qu’il signerait le document final produit par les 368 membres du Synode, l’intégrant ainsi directement au magistère.
«A la lumière de ce qui a émergé du chemin synodal, il y a, et il y aura des décisions à prendre», a-t-il par ailleurs annoncé au terme de ce grand chantier lancé il y a trois ans pour rendre l’Église catholique plus participative et inclusive et moins cléricale.
Une Église plus inclusive et moins cléricale
Pour le pape argentin, le document final témoigne «qu'il est possible de cheminer ensemble dans la diversité», expliquant que l’Église a désormais besoin «que les paroles partagées soient accompagnées d'actes». Le pontife a accueilli le document final du synode comme «le fruit de plusieurs années, au moins trois, au cours desquelles nous nous sommes mis à l'écoute du Peuple de Dieu».
En début de soirée, dans la salle Paul VI du Vatican, les 368 membres du Synode ont fini de voter les 155 paragraphes du document final. Peu après le vote, dans son discours conclusif, le pontife a annoncé qu’il ne publierait pas d’exhortation apostolique post-synodale, contrairement à l’usage. «Ce que nous avons approuvé est suffisant, le document contient déjà des indications très concrètes qui peuvent servir de guide pour la mission des Églises sur les différents continents, dans des contextes différents […], c’est pourquoi je le mets immédiatement à la disposition de tous».
Un document qui fait partie du magistère ordinaire du pape
Le fait que le document soit 'approuvé expressément’ par le pape – et donc fasse partie de son magistère ordinaire – est prévu par la Constitution apostolique Episcopalis communio. Cette décision a au moins un précédent, celui du second Synode qui s’est tenu à Rome entre le 30 septembre et le 6 novembre 1971, consacré au sacerdoce ministériel et à la justice dans le monde. Le document final avait alors été intégré par le pape Paul VI à son magistère ordinaire. D’habitude, les papes rédigent à l’issue d’un Synode un texte rédigé sur la base des réflexions soulevées par les pères synodaux, l’exhortation formant un ensemble d’incitations et de recommandations.
Le pape François explique son geste par sa volonté de «reconnaître ainsi la valeur du chemin synodal accompli». Il a annoncé que, sur certains thèmes du document, mais aussi sur certains sujets traités par les dix groupes de travail - «qui travailleront en liberté» jusqu’à juin 2025 -, «il y a besoin de temps pour arriver à des choix qui impliquent toute l’Église».
«Ce n’est pas une façon de renvoyer indéfiniment les décisions», a-t-il assuré. Il a rappelé que «même l’évêque de Rome […] a besoin d’exercer l’écoute», et qu’il continuerait à mener des consultations dans les prochaines années.
Le pape s’élève contre les rigidités
Dans son discours, le pontife a aussi déploré «combien de mal font les hommes et les femmes d’Église quand ils érigent des murs». Il ne s’agit pas d’agir comme des «dispensateurs de la grâce», mais d’amplifier la voix de cette dernière qui «murmure des paroles d’amour dans le cœur de chacun».
Puis, citant la militante catholique française Madeleine Delbrêl, une essayiste et poétesse qui a laissé une importante œuvre littéraire, le pape l’a qualifiée de «mystique des périphéries», avant d’insister sur l’importance de combattre la rigidité, «péché, [… ] qui souvent pénètre dans le cœur des consacrés et des consacrées».
Comme il le fait régulièrement, le pontife argentin a insisté sur le fait que tout le monde devait être accueilli dans l’Église: «tous, tous, tous, et personne dehors!» (cath.ch/imedia/cd/be)
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Synode: Diaconat féminin, décentralisation, laïcs, transparence…
Après trois années de réflexion, le Synode sur la synodalité lancé par le pape François a abouti dans la soirée du 26 octobre 2024 avec le vote d’un document final par les 356 membres de l’assemblée réunis dans la salle Paul VI du Vatican. Fait rare : le pape François a immédiatement déclaré qu’il l’approuvait «expressément» et qu’il ne produirait pas d’exhortation apostolique post-synodale. Le texte entre donc immédiatement dans le magistère du pape. Ce dernier a toutefois pris la peine de préciser qu’il était non normatif.
De nombreuses incitations et propositions parsèment ce document composé de 155 paragraphes. La question de la place et du rôle des femmes dans l’Église, très débattue durant tout le mois de travail écoulé, est bien présente. La question spécifique du diaconat féminin, évacuée de cette dernière session par le pape, refait surface dans un paragraphe, preuve de la détermination de certains membres à ne pas voir cette réflexion s’enliser.
Pour une plus grande décentralisation dans l’Église catholique
Au-delà des propositions singulières – comme la tenue d’un Synode pour le Moyen-Orient, le fait que des laïcs pourraient célébrer des mariages ou bien la réflexion sur un ministère de l’écoute -, ce Synode pose les bases d’une plus grande décentralisation dans l’Église catholique. Il confirme la volonté de voir les laïcs monter en responsabilité dans la gouvernance des paroisses et des diocèses. En outre, le document plaide à de nombreuses reprises pour la mise en place d’une culture de la transparence dans l’Église afin de lutter contre le cléricalisme et tous types d’abus.
L’agence I.MEDIA revient sur les grandes orientations de ce document final.
Pour une plus grande participation des laïcs, hommes et femmes
La réflexion sur le diaconat féminin revient en force
Sujet hautement sensible depuis le début du Synode sur la synodalité, la question de l’accès des femmes au ministère de diacre n’a pas fait l’unanimité au sein de l’assemblée. Le paragraphe 60 du document final est en effet celui qui a provoqué le plus de résistances: 97 personnes ont exprimé leur opposition au moment du vote. Le passage en question affirme notamment que «la question de l’accès des femmes au ministère diaconal reste ouverte». Selon nos informations, cette simple mention n’était pas présente dans le brouillon du document et a donc été ajoutée avec les amendements déposés cette semaine par les membres du Synode. «Il convient de poursuivre le discernement à cet égard», ajoutent sobrement les rédacteurs.
Cette question avait pourtant été extraite des débats de l’assemblée, puisque le pape avait confié les thèmes les plus délicats du Synode à dix groupes de travail qui rendront leurs conclusions en juin 2025. Mais une partie de l’assemblée a fait savoir son mécontentement, interpellant notamment le responsable du groupe de travail en question, à savoir le cardinal Victor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi. En mai dernier, le pape François avait dans un entretien clairement écarté la possibilité d’ordonner des femmes diacres. Le fait de voir le sujet revenir dans un document final approuvé par le pontife montre que le Synode a fait bouger des lignes.
«Il n’y a aucune raison d’empêcher les femmes d’assumer des rôles de direction dans l’Église», martèle aussi l’assemblée dans le même paragraphe, qui déplore les «obstacles» qu’elles rencontrent pour leur participation à la vie de l’Église. Concernant le diaconat permanent – réservé aux hommes -, le document final demande qu’il soit approfondi et promu dans les régions où il reste encore méconnu.
L’obligation de conseils paroissiaux avec des laïcs
Pour favoriser «une participation plus large des laïcs et des laïques aux processus de discernement de l’Église et à toutes les phases des processus décisionnels (rédaction et prise de décision)», le Synode demande de rendre «obligatoires» (104) les «organismes de participation» prévus par le Droit canon, comme le Conseil pastoral diocésain, le Conseil pastoral paroissial, ou encore les Conseils pour les affaires économiques. Le caractère obligatoire de cette mesure devrait modifier la gouvernance de nombreuses Églises locales même si beaucoup, notamment en Occident, ont déjà intégré ces mécanismes.
Vers davantage de ministères laïcs?
Le Synode demande de promouvoir davantage de «ministères laïcs», ces services qui ne demandent pas l’ordination (66), comme les ministères de lecteur et d’acolyte, récemment ouverts aux femmes, et celui de catéchiste, créé par le pape en 2021. Ces ministères peuvent d’ailleurs être institués – c’est-à-dire confiés de façon durable à un fidèle – ou non. Les pasteurs sont ainsi invités à la «créativité» et au «discernement» pour répondre aux besoins pastoraux, «et pas seulement dans le domaine liturgique».
Vers un ministère de l’écoute?
Parmi les nouveaux ministères étudiés par l’assemblée au cours de ce mois de débats est ressortie la proposition d’établir un ministère «de l’écoute et de l’accompagnement». Dans le document final, il n’est pas retenu comme faisant l’unanimité. Certains ont objecté par exemple qu’il s’agissait de «la tâche de tous les baptisés». D’autres ont proposé que ce ministère «vise particulièrement l’accueil de ceux qui sont en marge» de l’Église. Un approfondissement est demandé à ce sujet (78).
Des laïcs pour célébrer des mariages?
Toujours dans cette optique des ministères, l’assemblée propose d’examiner «la possibilité d’étendre et de stabiliser» la célébration des baptêmes et des mariages par des laïcs – qui reste pour le moment une exception permise sous certaines conditions (76).
Des liturgies où les laïcs seraient plus impliqués
«Adopter des styles de célébration qui manifestent le visage d’une Église synodale». C’est dans cette optique que le Synode demande la constitution d’un nouveau groupe d’études sur le lien entre «liturgie et synodalité». Ce groupe pourrait également s’occuper de la «prédication dans les célébrations liturgiques», peut-on lire. L’article 27 qui contient cette proposition compte parmi ceux qui ont le moins fait l’unanimité.
La question de laisser prêcher des laïcs lors des messes était au programme de ce mois de travail à Rome. Si elle n’a pas fait consensus, les membres du Synode, en faisant cette demande, désirent poursuivre la réflexion. Aujourd’hui, le droit canon réserve la prédication de l’homélie aux membres du clergé (évêques, prêtres ou diacres).
Des femmes dans les séminaires
Le document invite à revoir de fond en comble la formation dans les séminaires, afin de sensibiliser les candidats au sacerdoce dans «un style synodal» (148) «Cela signifie qu’ils doivent prévoir une présence significative de figures féminines», est-il indiqué dans le paragraphe 148, qui a suscité 40 oppositions.
Le document mentionne l’importance de «l’éducation à la collaboration avec tous les membres de l’Église», et invite aussi à mettre en œuvre une forme de mixité (entre hommes et femmes, et entre différents états de vie) dans les études théologiques, y compris celles destinées aux candidats à la prêtrise. Le document souligne l’importance de la formation «dans toutes les dimensions de la personne (intellectuelle, affective, relationnelle, spirituelle)».
Pour une décentralisation de l’Église
Mieux comprendre le périmètre de l’évêque de Rome
Le texte insiste sur la place singulière du pape, en rappelant que dans les Évangiles, Pierre jouait «un rôle particulier» auprès de Jésus, notamment dans le récit de la pêche miraculeuse (109).
Ils invitent à «revisiter aussi à la lumière de la synodalité les modes d’exercice du ministère de l’évêque de Rome». «En tant que successeur de Pierre, il a un rôle unique à jouer dans la sauvegarde du dépôt de la foi et de la morale, en veillant à ce que les processus synodaux soient fructueux pour l’unité et le témoignage», précisent-ils (131).
La question de la subsidiarité est également abordée: «On pourrait identifier, par une étude théologique et canonique, les matières qui devraient être réservées au pape (reservatio papalis) et celles qui peuvent être renvoyées aux évêques dans leurs Églises ou groupements d’Églises», est-il demandé dans le paragraphe 134.
Mieux comprendre l’autorité des conférences épiscopales
Les participants au Synode demandent de poursuivre la réflexion sur «le statut théologique et juridique des conférences épiscopales» et de préciser «leur compétence doctrinale et disciplinaire» (125).
Des «réformes concrètes» pourraient être mises en œuvre dans les relations entre la Curie romaine et les épiscopats locaux, et il est demandé que ces thèmes soient mis à l‘agenda des prochaines visites ad limina, ces visites que tous les évêques du monde sont censés faire à Rome une fois tous les cinq ans.
Le document invite également à «mieux éclaircir le statut théologique et canonique» des conférences continentales et des assemblées ecclésiales continentales – qui intègrent les laïcs -, dont ils demandent de valoriser «l’héritage» à la lumière des expériences positives vécues dans le cadre de ce processus synodal.
Les participants invitent aussi à relancer les «conciles particuliers», perçus comme un outil de «salutaire décentralisation» (129). L’Église catholique en Australie a mené une telle expérience de 2018 à 2022, dans le contexte de la crise des abus.
Des organismes «délibératifs» aux côtés des évêques?
Les membres du Synode ont à cœur de valoriser les assemblées consultatives. Dans le document, ils souhaitent que lorsque de telles assemblées produisent un discernement correct, elles ne puissent pas être ignorées par l’autorité épiscopale, peut-on lire au paragraphe 92, un des plus contestés lors des votes. Tout en reconnaissant que l’évêque garde le pouvoir décisionnel, il est demandé une révision du droit canonique qui mette plus en avant l’aspect «délibératif» et pas seulement consultatif de tels organes.
Pour que les évêques délèguent davantage
«Il est important d’aider les fidèles à ne pas cultiver des attentes excessives et irréalistes à l’égard de l’évêque, en se rappelant qu’il est lui aussi un frère fragile, exposé à la tentation, qui a besoin d’aide comme tout le monde», insistent les participants au Synode dans le paragraphe 71. «Une vision idéalisée de l’évêque ne facilite pas son délicat ministère, qui est au contraire soutenu par la participation de tout le peuple de Dieu à la mission dans une Église véritablement synodale», expliquent-ils, invitant à mieux identifier les missions que l’évêque peut déléguer.
Le Synode appelle plus largement à «un discernement plus courageux de ce qui appartient en propre au ministère ordonné et de ce qui peut et doit être délégué à d’autres» (74). Cette répartition des tâches et des responsabilités permettra de lutter contre les «abus sexuels, économiques, de conscience et de pouvoir de la part des ministres de l’Église», écrivent-ils.
Mieux structurer la solidarité entre Églises
Le document utilise à de nombreuses reprises l’expression «échange des dons», afin d’inciter les Églises locales à se soutenir mutuellement selon leurs forces et leurs faiblesses. Le texte salue notamment de nouvelles formes de coopération ecclésiale qui émergent «dans de grandes zones géographiques supranationales et interculturelles telles que l’Amazonie, le bassin du fleuve Congo et la mer Méditerranée».
Les différentes formes de soutien doivent néanmoins être mieux cadrées, notamment concernant la mobilité des prêtres. «Les prêtres qui viennent en aide aux Églises pauvres en clergé» ne doivent pas être «seulement un remède fonctionnel, mais une ressource pour la croissance de l’Église qui les envoie et de l’Église qui les reçoit». Un effort de traçabilité des aides économiques est également demandé: «Nous devons veiller à ce que l’aide économique ne dégénère pas en assistanat, mais favorise la solidarité évangélique et soit gérée de manière transparente et fiable» (121).
Contre les abus, une culture de la transparence et de l’évaluation
Poursuivre une lutte «constante» contre les abus dans l’Église
À plusieurs reprises, le document final revient sur les «trop nombreux scandales d’abus» commis au sein de l’Église catholique. En réponse, les membres du Synode insistent sur l’instauration d’une culture de la protection afin que l’Église soit toujours un lieu sûr pour les mineurs et personnes vulnérables (150). Reconnaissant les efforts menés en matière de lutte contre les abus, ils souhaitent leur poursuite et plaident notamment pour une formation obligatoire pour tous ceux qui travaillent avec des mineurs et des personnes vulnérables dans le cadre de l’Église. Au niveau local, ils évoquent aussi la mise en place de rapports annuels comprenant les initiatives prises en matière de «safeguarding».
La transparence contre le cléricalisme
Une gouvernance transparente doit permettre de lutter contre la culture cléricale, expliquent les membres du Synode. «La transparence et la responsabilité ne devraient pas être exigées uniquement en cas d’abus sexuels, financiers ou autres. Elles concernent également le style de vie des pasteurs, les plans pastoraux, les méthodes d’évangélisation et la manière dont l’Église respecte la dignité de la personne humaine, par exemple en ce qui concerne les conditions de travail au sein de ses institutions», peut-on lire au paragraphe 98 du document final. Plus loin, ils insistent sur l’implication de «membres compétents» dans la planification pastorale et économique des Églises locales. Concernant la culture de la «reddition de comptes» (accountability), ils insistent sur la production de rapports annuels, notamment en matière de finances.
Évaluer les efforts en termes de synodalité
Les membres du Synode envisagent d’évaluer les «progrès réalisés» en termes de participation de tous les catholiques à la vie de l’Église. Ils conseillent aux conférences épiscopales d’identifier des personnes capables d’accompagner ce mouvement, en lien avec le secrétariat général du Synode, à Rome. Plus largement, ils conseillent la mise en place de procédures d’évaluation périodique des «performances de tous les ministères et missions au sein de l’Église».
D’autres propositions contenues dans le document final
Vers un Synode sur les Églises orientales
L’assemblée synodale propose la convocation d’un «Synode spécial» afin de « promouvoir «la consolidation et la rénovation des Églises orientales catholiques». En 2010, le pape Benoît XVI avait déjà convoqué un synode pour le Moyen-Orient, mais la situation de ces Églises a beaucoup évolué après plus d’une décennie de crises majeures dans la région.
Il est aussi proposé l’institution d’un «Conseil des patriarches, archevêques majeurs et métropolites des Églises orientales catholiques présidé par le pape». Enfin, le document appelle à la création d’instruments pour aider la collaboration entre Églises latine et orientales concernant les catholiques orientaux exilés dans des pays de tradition latine, dans le but de protéger leur tradition et favoriser les «échanges de dons».
Un Observatoire ecclésial du handicap
Le texte demande la création d’un «Observatoire ecclésial du handicap». Il condamne fermement toutes les discriminations contre les personnes handicapées et appelle à valoriser ces dernières comme des «sujets actifs de l’évangélisation». Il déplore aussi la présence de certaines «attitudes paternalistes de commisération» à l’égard des personnes handicapées au sein de l’Église. (cath.ch/imedia/hl/be)
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Synode: les cinq articles les plus contestés du Document final
Les 155 articles qui composent le Document final du Synode sur la synodalité ont été tous votés et adoptés à la majorité des deux tiers lors de l’ultime journée, le 26 octobre 2024. La plupart ont été très largement approuvés mais certains paragraphes ont toutefois été contestés. L’un d’entre eux a recueilli plus d’un quart de votes défavorables.
Dans l’attente de la traduction officielle en langue française, I.MEDIA publie sa traduction des cinq articles qui ont le moins rassemblés les 356 membres présents lors des votes.
Article 60: La réflexion sur le diaconat féminin
97 voix contre, soit 27 % des suffrages exprimés
«En vertu du Baptême, l’homme et la femme jouissent d’une égale dignité dans le Peuple de Dieu. Cependant, les femmes continuent à rencontrer des obstacles pour obtenir une plus grande reconnaissance de leurs charismes, de leur vocation et de leur place dans les diverses sphères de la vie de l’Église, au détriment du service de la mission commune. L’Écriture atteste du rôle prépondérant de nombreuses femmes dans l’histoire du salut. Une femme, Marie de Magdala, a été chargée de la première annonce de la Résurrection; le jour de la Pentecôte, Marie, la Mère de Dieu, était présente au Cénacle, avec beaucoup d’autres femmes qui avaient suivi le Seigneur.
Il est important que les passages pertinents de l’Écriture trouvent un espace adéquat dans les lectionnaires liturgiques. Certains moments cruciaux de l’histoire de l’Église confirment la contribution essentielle des femmes animées par l’Esprit. Les femmes constituent la majorité des fidèles et sont souvent les premiers témoins de la foi dans les familles. Elles sont actives dans la vie des petites communautés chrétiennes et des paroisses; elles dirigent des écoles, des hôpitaux et des centres d’accueil; elles mènent des initiatives de réconciliation et de promotion de la dignité humaine et de la justice sociale.
Les femmes contribuent à la recherche théologique et occupent des postes à responsabilité dans les institutions liées à l’Église, la Curie diocésaine et la Curie romaine. Il y a des femmes qui occupent des postes d’autorité ou qui dirigent des communautés. Cette Assemblée appelle
à la pleine mise en œuvre de toutes les possibilités déjà prévues par la législation actuelle concernant le rôle des femmes, en particulier dans les endroits où ces possibilités ne sont pas encore exploitées. Il n’y a aucune raison pour que les femmes n’assument pas des rôles de leadership dans l’Église: ce qui vient de l’Esprit Saint ne peut être arrêté.
La question de l’accès des femmes au ministère diaconal reste également ouverte. Il convient de poursuivre le discernement à cet égard. L’Assemblée demande également qu’une plus grande attention soit portée au langage et à l’imagerie utilisés dans la prédication, l’enseignement, la catéchèse et la rédaction des documents officiels de l’Église, en donnant plus de place à la contribution des saintes, des théologiennes et des mystiques».
Article 125: L’autorité doctrinale des Conférences épiscopales
45 voix contre, soit 13 % des suffrages exprimés
«Les Conférences épiscopales expriment et réalisent la collégialité des évêques pour favoriser la communion entre les Églises et répondre plus efficacement aux besoins de la vie pastorale. Elles sont un outil fondamental pour créer des liens, partager des expériences et des bonnes pratiques entre les Églises, adapter la vie chrétienne et l’expression de la foi aux différentes cultures. Elles jouent également un rôle important dans le développement de la synodalité, avec l’implication de tout le Peuple de Dieu. Sur la base de ce qui est apparu au cours du processus synodal, il est proposé de:
a) Recueillir les fruits de la réflexion sur le statut théologique et juridique des Conférences épiscopales;
b) Préciser l’étendue de la compétence doctrinale et disciplinaire des Conférences épiscopales. Sans compromettre l’autorité de l’évêque dans l’Église qui lui est confiée, ni mettre en péril l’unité et la catholicité de l’Église, l’exercice collégial de cette compétence peut favoriser l’enseignement authentique de l’unique foi de manière adéquate et inculturée dans les différents contextes, en identifiant les expressions liturgiques, catéchétiques, disciplinaires, pastorales, théologiques et spirituelles appropriées (cf. AG 22)
c) Procéder à une évaluation de l’expérience du fonctionnement réel des Conférences épiscopales, des relations entre les épiscopats et avec le Saint-Siège, afin d’identifier les réformes concrètes à mettre en œuvre. Les visites ad limina Apostolorum pourraient être une occasion favorable pour une telle évaluation;
d) Veiller à ce que tous les diocèses fassent partie d’une Province ecclésiastique et d’une Conférence épiscopale (cf. CD 40);
e) Préciser le lien ecclésial que les décisions prises par une Conférence épiscopale génèrent, par rapport à son propre diocèse, pour chaque évêque qui a participé à ces mêmes décisions».
Article 27: Une liturgie plus synodale et la prédication
43 voix contre, soit 12 % des suffrages exprimés
«Il existe un lien étroit entre synaxis et synodos, entre l’assemblée eucharistique et l’assemblée synodale. Bien que sous des formes différentes, la promesse de Jésus d’être présent là où deux ou trois sont réunis en son nom se réalise dans les deux cas (cf. Mt 18,20). Les assemblées synodales sont des événements qui célèbrent l’union du Christ avec son Église par l’action de l’Esprit. C’est Lui qui assure l’unité du Corps ecclésial du Christ dans l’assemblée eucharistique comme dans l’assemblée synodale. La liturgie est une écoute de la Parole de Dieu et une réponse à son initiative d’alliance. L’assemblée synodale, elle aussi, est une écoute de cette même Parole, qui résonne aussi bien dans les signes des temps que dans le cœur des fidèles, et une réponse de l’assemblée qui discerne la volonté de Dieu pour la mettre en pratique.
L’approfondissement du lien entre liturgie et synodalité aidera toutes les communautés chrétiennes, dans la pluriformité de leurs cultures et de leurs traditions, à adopter des styles de célébration qui manifestent le visage d’une Église synodale. Dans ce but, nous demandons la constitution d’un Groupe d’étude spécifique, auquel nous confions également la réflexion sur la manière de rendre les célébrations liturgiques plus expressives de la synodalité; il pourrait également s’occuper de la prédication dans les célébrations liturgiques et du développement d’une catéchèse sur la synodalité dans une clé mystagogique».
Article 148: Plus de femmes dans les séminaires
40 voix contre, soit 11% des suffrages exprimés
«Tout au long du processus synodal, la demande a été largement exprimée que les parcours de discernement et de formation des candidats au ministère ordonné soient configurés dans un style synodal. Cela signifie qu’ils doivent prévoir une présence significative de figures féminines, une insertion dans la vie quotidienne des communautés et une éducation à la collaboration avec tous les membres de l’Église et à la pratique du discernement ecclésial. Cela implique un investissement courageux d’énergie dans la préparation des formateurs.
L’Assemblée demande une révision de la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis qui intègre les demandes mûries dans le Synode, en les traduisant en indications précises pour une formation à la synodalité. Les cours de formation doivent être en mesure d’éveiller chez les candidats une passion pour la mission ad gentes. Non moins nécessaire est la formation des évêques, afin qu’ils puissent mieux assumer leur mission de rassembler dans l’unité les dons de l’Esprit et d’exercer dans un style synodal l’autorité qui leur a été conférée. Le style synodal de la formation implique que la dimension œcuménique soit présente dans tous les aspects du cheminement vers le ministère ordonné».
Article 92: Des organismes «délibératifs» pour épauler les évêques
39 voix contre, soit 11% des suffrages exprimés
«Dans une Église synodale, la compétence décisionnelle de l’Évêque, du Collège des Évêques et de l’Évêque de Rome est inaliénable, car elle est enracinée dans la structure hiérarchique de l’Église établie par le Christ au service de l’unité et du respect de la diversité légitime (cf. LG 13). Cependant, elle n’est pas inconditionnelle: une orientation qui émerge dans le processus consultatif comme le résultat d’un discernement correct, surtout s’il est effectué par les organes participatifs, ne peut pas être ignorée.
Une opposition entre consultation et délibération est donc inappropriée: dans l’Église, la délibération se fait avec l’aide de tous, jamais sans que l’autorité pastorale ne décide en vertu de sa charge. C’est pourquoi la formule récurrente du Code de droit canonique, qui parle d’un vote «simplement consultatif» (tantum consultivum), doit être réexaminée pour éliminer d’éventuelles ambiguïtés. Une révision des normes canoniques dans une clé synodale semble donc opportune, laquelle clarifierait à la fois la distinction et l’articulation entre consultatif et délibératif, et éclairerait les responsabilités de ceux qui prennent part aux processus décisionnels dans leurs diverses fonctions». (cath.ch/imedia/cd/be)
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Les trois participants au Synode venus de Suisse se disent satisfaits
Les trois participants au Synode sur la synodalité venus de Suisse, Mgr Felix Gmür, Helena Jeppesen et Claire Jonard, se sont déclarés le 27 octobre 2024, lors d'une conférence de presse matinale, «heureux du contenu du document final», qui ouvre une nouvelle voie de gouvernance.
Lucienne Bittar, cath.ch, envoyée spéciale à Rome
«Les baptisés en Suisse ont pris très au sérieux la démarche synodale lancée par le pape François il y a trois ans», affirme la Conférence des évêques suisses (CES) dans un communiqué. Un avis unanimement partagé par les trois Suisses qui ont participé à divers titres au Synode, et qui ont témoigné de leur satisfaction et joie lors de la conférence de presse tenue à Rome.
Les démarches suisses ont donné des fruits
«Après de très nombreuses rencontres paroissiales et diocésaines d’échanges guidés par l’Esprit saint», le 30 mai 2022 a eu lieu l’Assemblée synodale suisse à Einsiedeln, a rappelé Mgr Gmur, évêque de Bâle et délégué de la Suisse. Cette rencontre avait pour mission de regrouper les rapports de résultats de la phase diocésaine du Synode en un rapport national. Des délégués suisses se sont ensuite rendus à l’Assemblée synodale au niveau européen, à Prague. Puis, a suivi la réunion des évêques à Belgrade et enfin dernièrement une rencontre européenne à Linz en vue de la session conclusive du Synode sur la synodalité.
Les démarches des Suisses ont donc porté des fruits en amont des assemblées synodales, a affirmé le président de la CES. «De nombreux lieux ont pu expérimenter et s’enrichir de la méthode de la conversation dans l’Esprit. De plus, l’Église en Suisse compte depuis avril de cette année une Commission nationale pour la synodalité.» Le chemin se poursuit.
Au cœur de cette session du Synode mondial, le thème des femmes a imprégné tous les discernements et discussions, ont encore souligné Mrg Gmur et Helena Jeppesen, témoin européenne du processus synodal. L’Assemblée a mis en avant que les femmes continuent à rencontrer des obstacles, car leurs charismes ne sont pas pleinement reconnus. «Il est pourtant normal qu’elles occupent aussi des postes de direction. Tout le monde a pris conscience de l’importance de l’implication des femmes dans les processus de décision.»
«Les portes pour le diaconat féminin restent ouvertes»
Le document final stipule qu’«il n’existe pas de raison d’empêcher les femmes d’assumer des rôles de guidance dans les Églises: ce qui vient de l’Esprit saint ne peut être arrêté.» Mgr Gmür s'est dit heureux que les portes au diaconat féminin soient toujours ouvertes, «contrairement à ce qu'on a pu lire parfois dans la presse. C’est un signe d’espoir. Pas à pas, nous continuerons avec patience et persévérance notre engagement. Pour moi, a-t-il ajouté tous les arguments canoniques ou historiques qui sont sur la table plaident déjà en sa faveur. Mais je ne suis qu'un évêque parmi bien d'autres.»
Parmi les questions qui ont soulevé le plus de discussions au Synode, celles relatives à la «saine décentralisation» de l’Église, selon les mots du pape François, et en particulier dans quels domaines une gestion décentralisée pourrait exister et qui décide du choix de ces domaines. Pour entrer dans ces questions, il faut l’implication de beaucoup de monde, c’est un travail théologique et canonique. Voilà pourquoi, le pape a créé des groupes d’étude spéciaux qui se penchent sur des thèmes ardus. Les participants suisses ont demandé que les résultats de ces groupes trouvent un retour dans des conseils synodaux. «Mais la difficulté est que ces groupes vont travailler jusqu’à fin 2025, alors que la dernière session du Synode mondial s’achève aujourd’hui».
L’Église est universelle, mais profondément multiculturelle
Une certaine décentralisation s’avère aussi nécessaire parce que les participants au Synode se sont rendu compte que l’Église est universelle, mais profondément multiculturelle. La manière d’annoncer et de vivre l’Évangile varie d’une culture à une autre. Lors d’une des nombreuses discussions synodale, Mgr Gmür s’est dit: «Mais… je suis le seul Européen de rite latin à cette table! Les diverses cultures et rites dans une seule et même Église sont en même temps une richesse et un défi.» Cela marque aussi le travail en Suisse de migratio [service de CES chargé d’assurer une pastorale adéquate pour les migrantes et migrants au niveau national, ndlr].
«On ne parle plus d’Église, avec majuscule et au singulier aujourd'hui, mais des Églises, avec majuscule et pluriel.» Félix Gmur
Ce Synode, a expliqué Mgr Gmur, a conduit a un véritable changement de style dans l’Église. «On ne parle plus d’Église, avec majuscule et au singulier aujourd'hui, mais des Églises, avec majuscule et pluriel. On n'évoque plus les Églises particulières mais les Églises locales.»
Tous les baptisés sont acteurs de l’Église
Dans cette expérience synodale, vécue à Rome, en deux sessions d’un mois, avec des participants du monde entier, les échanges ont été intenses, très libres, mais respectueux et à l’écoute de l’Esprit Saint, a souligné pour sa part la facilitatrice Claire Jonard. «Ce n'était pas évident, car les tables réunissaient des personnalités très différentes, avec des cultures et des vécus très variés.» «Les souffrances du monde et les guerres étaient au cœur des échanges, des témoignages et des moments de prière, a témoigné Mgr Gmur. Tous les baptisés sont acteurs de l’Église. Ils sont sur le même chemin synodal, mais tous ne travaillent pas au même rythme, selon leur contexte culturel et politique», comme je l'ai mentionné dans une interview pour cath.ch.
Le pape ne publiera pas l’habituelle Exhortation apostolique post-synodale et c’est, pour les participants suisses, «un signe très fort». Une nouvelle façon de faire Église s'est ainsi dessinée durant le chemin synodal. Le document rédigé et adopté par le synode a été mis en vigueur par le pontife alors qu'il se trouvait encore dans la salle du Synode, afin qu'il puisse être remis au peuple de Dieu. «Ainsi, le pape prend au sérieux les fruits des membres du Synode. L’Église en Suisse ne manquera pas d’enthousiasme pour lancer ses propres actions synodales dès maintenant».
A la fin de la conférence de presse, les trois participants suisses se sont rendus, à l'instar de tous les membres de l'Assemblée, à la basilique St-Pierre du Vatican pour la messe de clôture de l'Assemblée synodale 2024, présidée par le pape. (cath.ch/ces/com/be)
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Helena Jeppesen: la patience a été récompensée au Synode
Les travaux de longue haleine ne font pas peur à la Suissesse Helena Jeppesen, déléguée européenne 'non-évêque’ à l’Assemblée synodale à Rome. Le Document final à peine rendu, elle est déjà dans les starting blocks pour la suite du processus à mener en Suisse.
Lucienne Bittar, cath.ch, envoyée spéciale à Rome
La vitesse et la productivité sont des valeurs prisées par notre époque. Le bruit et la prise de parole sont partout. Le chemin synodal, axé sur l’écoute et le discernement commun, s’inscrit dans une tout autre ligne. Votre parcours professionnel vous a-t-il aidé à le vivre avec patience?
Helena Jeppesen: Tout à fait. Je collabore depuis plus de 20 ans à Action de Carême et j’évolue dans des réseaux de responsables catholiques, de défenseurs des droits de l’homme, en particulier aux Philippines. Je suis donc une habituée des processus «politiques», des négociations internationales. C’est un travail compliqué, axé sur le long terme, où des intérêts majeurs et opposés parfois sont en jeu. On fait deux pas en avant, un pas en arrière. Cela me permet d’accepter que les choses ne bougent que très lentement. Mais elles bougent.
Vous êtes une habituée des grosses structures mais aussi une militante active sur le terrain. Vous avez acquis auprès des médias durant le Synode la réputation d’être une participante au franc-parler, en particulier en ce qui concerne la cause des femmes. CNN, le New York Times, ARD… se sont intéressés à vous. Êtes-vous plus libre que d’autres membres de l’Assemblée?
Je travaille certes pour Action de Carême Suisse, mais je ne dépends pas directement de la Conférence des évêques suisses (CES). Je ne suis pas leur employée et je ne crains pas de perdre mon poste. J’ai rencontré des théologiennes professeures dans des universités pontificales moins libres de s’exprimer que moi. De plus, je vis en Suisse, un pays démocratique et où les questions de hiérarchie sont moins prononcées.
"J’ai rencontré des théologiennes professeures dans des universités pontificales moins libres de s’exprimer que moi."
Lors de la conférence de presse organisée par la Conférence des évêques suisses (CES), le 27 octobre 2024, vous avez exprimé votre enthousiasme que le pape ait décidé de signer le Document final issu de l’Assemblée, sans exhortation apostolique post-synodale. Pourquoi est-ce positif selon vous?
Nous avons travaillé depuis le début en sachant que le pape resterait libre de faire ou de ne pas faire une telle exhortation, et de son contenu. Mais sa décision a été une magnifique surprise. Je trouve très beau qu’il ait décidé d’approuver notre document tel quel, et tout de suite, d’intégrer au magistère les fruits de ce long travail de discernement. Cela montre que même le pape suit le processus synodal, et c’est un signe de changement fort.
En 2019, j’avais accompagné des partenaires latino-américains d’Action de Carême au Synode sur l’Amazonie. L’exhortation apostolique post-synodale du pape, Querida Amazonia, n’a pas repris toutes les conclusions de l’Assemblée. Et nous sommes restés avec cette idée: «le pape peut tout changer à la fin.» De mon point de vue, il avait fait là une erreur, mais il a évolué ces cinq dernière années.
Il faut dire que le pape a aussi sorti les sujets les plus brûlant des débats de l’Assemblée synodale, comme l’accès des femmes à l’ordination, pour les confier à des groupes d’experts…
C’est vrai, mais il a accepté le Document final dans son intégralité, y compris l’article 60, celui qui a récolté le moins bon score de l’Assemblée (97 voix contre). Ce point dit clairement que la question de l’accès des femmes au ministère diaconal reste ouverte.
J’aimerais que plus de femmes soient à présent nommées en Suisse coordinatrices de paroisses ou répondantes d’Unité pastorales. Cela se fait dans les diocèses de Bâle, de St-Gall et de Coire, mais moins en Suisse romande [Isabelle Hirt, à Genève, reste encore une exception, ndlr]. Elles font les même choses que les prêtres, en dehors de l’eucharistie et des confessions. Elles ont le droit de baptiser, de célébrer des mariages, de faire des célébrations de la Parole. Ce sont déjà, finalement, des diacres.
"J’aimerais que plus de femmes soient à présent nommées en Suisse coordinatrices de paroisses ou répondantes d’Unité pastorales."
L’idée d’un possible diaconat féminin a-t-il été mieux accepté par les laïcs et les femmes de l’Assemblée que par les ecclésiastiques?
Certainement, mais il y a aussi des religieux et des prêtres qui l’ont soutenu, sinon il y aurait eu plus de voix contre.
De manière générale, nous, laïcs, avons en commun le sentiment d’être souvent encore exclus des responsabilités en Église, ce qui crée une solidarité entre nous. Mais j’ai surtout ressenti une grande solidarité entre toutes les femmes, autour d’expériences communes. Le modèle liturgique actuel, par exemple, n’accorde pas aux femmes une juste place. On le voit bien à Rome, avec des cardinaux et des évêques assis aux «premières places» et les autres derrière sur des chaises moins confortables. Les sœurs l’expérimentent tout le temps.
Vous faites partie avec Claire Jonard de la commission synodalité suisse. Quelle tâches vous attendent.
Le plus difficile, et le pape l’a bien explicité, c’est de communiquer cette expérience synodale que nous avons vécu pendant trois ans et de manière très profonde ce dernier mois à Rome. On ne peut pas présenter correctement le Document final sans se référer à ce vécu. C’est la nouvelle mission qui nous attend. Mgr Felix Gmur, pour sa part, devra à présent rapporter aux évêques de Suisse cette expérience. Ce n’est pas si simple que ça. (cath.ch/lb)
27/10/2024
Les trois participants au Synode venus de Suisse se disent satisfaits
Les trois participants au Synode sur la synodalité venus de Suisse, Mgr Felix Gmür, Helena Jeppesen et Claire Jonard, se sont déclarés le 27 octobre 2024, lors d'une conférence de presse matinale, «heureux du contenu du document final», qui ouvre une nouvelle voie de gouvernance.
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Synode: les médias catholiques relèvent l’importance du «chemin»
Le Synode sur la synodalité s’est achevé fin octobre 2024 dans une ambiance mitigée mais sans «coup de sang» généralisé dans les médias. La presse catholique voit cet épilogue d’un œil globalement positif, soulignant entre autres les bienfaits du «processus».
«Certains redoutaient la révolution, d'autres prédisaient un non-événement ; après plusieurs années de travaux, la grande démarche synodale voulue par le pape François ne débouche ni sur l'un ni sur l'autre, mais sur un apparent consensus qui laissera sans doute un goût d'inachevé», affirme Marie-Lucile Kubacki dans le magazine chrétien français La Vie. «Il est sûr que le document final ne peut que ravir certains, décevoir d’autres et même peut-être mettre en colère d’autres encore», note de son côté le jésuite James Martin dans le magazine America.
Cette vision d’un Synode «mi-figue mi-raisin» ressort dans nombre de médias proches de l’Église. Une analyse générale veut que la démarche ait enclenché des dynamiques, mais sans réellement apporter des solutions aux demandes des fidèles. «S’il ouvre des pistes d’évolution, le synode est également traversé par des blocages sur les questions les plus délicates, comme celle de la place des femmes ou de la décentralisation, véritables serpents de mer du débat ecclésial», souligne encore Marie-Lucile Kubacki.
Une autre image de l’Église?
Alors, coup d’épée dans l’eau ou vague de fond? Pour certains médias, le Synode donne un réel nouveau souffle à l’Église. Andrea Tornielli, directeur éditorial de Vatican Media, juge que le document final est «la prise de conscience que la synodalité est la manière de vivre et de témoigner de la communion». Le vaticaniste estime que l’horizon du texte «est la mission (…) de faire en sorte que 'l’Église sortante’ ne reste pas une intuition ou ne finisse par se réduire à un simple slogan, mais qu’elle se réalise pleinement avec la contribution de tous».
Un grand nombre de commentateurs catholiques se retrouvent en tout cas positivement sur le fait que le Synode a été valable tout d’abord pour le processus qu’il a enclenché. «Avec une série de déclarations doctrinales et de documents ainsi qu’un marathon d’interrogations, de consultations et d’assemblées synodales au niveau national, continental et mondial, François a réussi à changer l’image que l’Église a d’elle-même», note le journaliste Ludwig Ring-Eifel de l’agence allemande KNA.
Assemblée progressiste, résultat centriste?
«À une époque profondément divisée et polarisée, le fait que l'Église catholique ait pu organiser un exercice de consultation d'une telle ampleur et qu'elle soit parvenue à rassembler tout le monde à la fin, même si personne n'est pleinement satisfait, doit être considéré comme un petit miracle - et, à bien y réfléchir, peut-être pas si petit que cela après tout», renchérit le vaticaniste John Allen, sur le site américain Crux.
Il est certain que les sensibilités plus conservatrices dans l’Église peuvent voir les choses sous un autre angle. Les commentaires émanant des médias correspondants mettent l’accent sur la préservation de la doctrine et de la tradition. Certaines publications pointent du doigt le «biais progressiste» du Synode. «Personne ne peut s'opposer à ce que l'Église soit à l'écoute de ses membres. Le problème est que l'exercice d'écoute qui a précédé le Synode a été partiel et sélectif», assure le média britannique Catholic Herald. Un point sur lequel s’interroge également John Allen. «(…) la vraie question concernant le synode de 2024 est peut-être de savoir comment une assemblée aussi déséquilibrée a néanmoins produit un résultat fondamentalement prudent et non révolutionnaire». Pour le journaliste de Crux, «en examinant le document final, on constate que sur la plupart des points, il semble se plier en quatre pour trouver un équilibre entre l'innovation et la continuité, et qu'il n'approuve jamais un changement radical sur quelque front que ce soit.»
Chêne ou roseau
Une assemblée donc plutôt «progressiste» pour un résultat résolument «centriste»? Les observateurs s’accordent à dire que la préservation de l’unité de l’Église a été en filigrane du document final. «Les raisons pour lesquelles le pontife a choisi cette voie sont diverses. Peut-être que l'exemple de la voie synodale allemande, avec son risque apparemment réel de schisme, a servi de mise en garde; peut-être que le pontife ne voulait pas que l'année jubilaire en 2025 soit assombrie par les récits d'une guerre civile catholique», note ainsi Marie-Lucile Kubacki.
Le résultat du Synode aurait-il donc été volontairement un flexible «roseau» pour ne pas être un «chêne» susceptible de se briser face à la tempête ? Au-delà de ces questions, certains mettent en avant toute l’ampleur du chemin parcouru au cours de cette démarche par l’Église catholique. "Il s’agit d’abord d’un changement des mentalités, au niveau communal et au niveau ecclésial», note ainsi Claire Jonard, facilitatrice au Synode, sur RTBF. Pour celle qui a fait partie de la délégation suisse à Rome, "c’est un chemin de longue haleine dans notre manière de changer nos processus, notre manière d’être. Mais il s’agit d’un changement nécessaire, pour être plus en phase avec l’Évangile et le message de Jésus-Christ." (cath.ch/ag/arch/rz)
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Sœur Solange: «L’Église, c’est l’assemblée dominicale, avec ou sans prêtre»
L’évangélisation, la famille et la justice pour les pauvres sont les préoccupations des catholiques malgaches. Éloignées des fers-de-lance européens - la place des femmes ou la décentralisation dans l’Église - elles ont été portées à l’Assemblée synodale de Rome par Sœur Solange Randrianirina. Elle pose un regard aimant sur sa propre Église, «pauvre financièrement mais riche en relations».
Lucienne Bittar, cath.ch, envoyée spéciale à Rome
L’évangélisation a été la colonne vertébrale de tous les sujets discutés au Synode. Et c’est clairement celle de l’Église de Madagascar. «Nous voulons faire de l’Évangile la racine de chaque chrétien. Mieux faire découvrir la Parole et l’inscrire plus profondément dans la culture malgache, pour qu’elle ne soit pas juste un habit qu’on peut enlever», assure Sœur Solange Randrianirina, témoin africaine du processus synodal, rencontrée à Rome le 25 octobre 2024.
Cette sœur malgache, toute menue, a fait partie du groupe chargé par la Conférence des évêques de Madagascar d’animer le Synode sur le plan national. Elle a participé au processus sur le plan continental, à Addis-Abeba, en Éthiopie, et au niveau mondial à Rome. Elle a été durant six ans, jusqu’en juillet 2024, provinciale régionale de la Société des Filles de Saint-Paul (FSP) à Madagascar, une Congrégation religieuse dont la vocation est l’évangélisation à travers les moyens de la communication sociale.
Inscrire la Bible dans la culture malgache
Depuis une vingtaine d’années, Sœur Solange travaille pour la maison d’édition Md Paoly gérée pas la FSP. Les religieuses éditent en malgache des bibles, des ouvrages de catéchisme ou des fascicules liturgiques, privilégiant l’écrit, même si dans d’autres pays sa Congrégation investit les médias radios et télés et les réseaux sociaux. «Beaucoup de gens chez nous n’ont pas accès au numérique», souligne-t-elle, et un quart environ de la population adulte du pays est analphabète. «Quand tu n’as rien à lire ou que tu ne lis pas, tu deviens un alphabète ‘naturel’. Nous préférons soutenir les écoles catholiques et produire des livres accessibles aux moins lettrés.»
Pour la sœur paulinienne, il est essentiel que de continuer à travailler sur l’insertion du catholicisme dans la culture malgache. «Une révision de la traduction du texte biblique en malgache, assortie de commentaires et de notes, est en cours. Nous voulons aider nos chrétiens à mieux comprendre la Bible. On ne peut pas la traduire à la lettre, ce serait incompréhensible.»
Ce travail se fait avec des spécialistes, des professeurs de la langue et de la culture malgache, sous la supervision de Mgr Jean Pascal Andriantsoavina, bibliste, évêque du diocèse d’Antsirabe et délégué au Synode. «Cela a été une joie de le retrouver au Synode. Je le connais depuis que je suis toute jeune. On vient du même quartier de la capitale», raconte Sœur Solange.
Le catholicisme, une religion de «colonisateurs»?
Le catholicisme, explique-t-elle encore, n’est pas tout à fait enraciné encore à Madagascar. «Il est venu chez nous avec les colons et les missionnaires français. Jusqu’à maintenant, certains pensent que c’est une religion étrangère à notre terre, une religion de colonisateurs. Ce que nous essayons de faire, avec ces traductions notamment, c’est de montrer que l’Évangile est aussi de chez nous. La Parole prend n’importe quel chemin, non?
«Nous devons faire comprendre que l’Église existe aussi en tant que malgache.»
Chez nous, cela a été celui des missionnaires. Nous leur en sommes reconnaissants, mais en même temps il y a des pas à faire pour guérir certaines blessures.» Ce n’est pas qu’une question de langue, précise la témoin du Synode. «Nous devons faire comprendre que l’Église existe aussi en tant que malgache, qu’elle n’est pas juste spirituelle mais qu’elle participe à la vie de son peuple, à la vie sociale.»
Selon les données 2021 du Pew Research Center, 85,3% de la population malgache est chrétienne, dont plus du tiers catholique. Ces dernières années cependant, de nombreuses petites communautés évangéliques ont émergé. Elles attirent les Malgaches qui les considèrent comme plus authentiques, car directement issues de leur terreau. En plus, elles prêchent parfois l’Evangile de la prospérité, qui enseigne que la foi chrétienne peut être un moyen de prospérer et de s’enrichir: un discours attirant dans un pays où le taux de pauvreté est estimé à 98% par la Banque Mondiale.
L’influence de l’Église dans la lutte pour la justice
Reste que l’engagement social de longue haleine de l’Église malgache est pleinement reconnu et apprécié par la population. L’Église est très active dans les domaines de la lutte contre la pauvreté, de la santé et de l’éducation. «Elle a aussi de l’influence morale sur les dirigeants, politiques ou autres. Nos évêques écrivent régulièrement des lettres adressées à tous les chrétiens, à tous les peuples. Les gens ont hâte d’entendre ce qu’ils disent sur les questions sociales.»
Sans surprise, les participant africains à l’Assemblée synodale ont exprimé à Rome une sensibilité commune aux questions de pauvreté et justice sociale. «L’Afrique est connue pour sa pauvreté et pour les situations politiques catastrophiques, tant dans les pays anglophones que francophones. Notre préoccupation commune est de lutter contre la pauvreté injuste.»
Sœur Solange souligne, par contre, la chance du continent africain d’avoir une population jeune. En mai 2024, le Vatican a organisé pour la première fois la Journée mondiale de l’enfance, «chez nous, cela faisait déjà quatre ans que nous en célébrons une, remarque-t-elle. Les enfants, les jeunes sont engagés dans notre Église. Elle est peut-être pauvre financièrement, mais riche sur le plan de l’amitié et des relations personnelles.»
L’Église comme famille de Dieu
Pour la sœur paulinienne, le visage souriant, solidaire et communautaire de l’Église malgache trouve son terreau dans la culture même du pays, en résonance avec l’Évangile. Cette solidarité se manifeste en premier lieu dans la famille, a souligné le Synode.
«Pour nous, la famille est précieuse. C’est la plus petite église, l’église domestique, comme dans les premiers temps du christianisme où les gens se retrouvaient dans les maisons et célébraient ensemble. Puis un groupe de familles finit par former une communauté de base, et au fur et à mesure, on s’agrandit ainsi et on devient paroisse. Chacun participe, prend ses responsabilités selon ses capacités, ses dons et sa place dans la famille, comme le papa, la maman et les enfants. C’est très beau. Je crois que si la famille est unie, l’Église l’est aussi. Mais si la famille est brisée...»
«La famille, c’est la plus petite église, l’église domestique.»
Vues de Madagascar, les familles occidentalisées plus éclatées, où «des femmes-mères élèvent seules leurs enfants» sont regardées avec un peu de tristesse. «Quand il n’y a pas de papa, quelque chose manque dans l’éducation.» Elle porte un même regard un peu désolé sur les églises vides en Europe. «Cela m’a frappé d’entendre ça au Synode. Chez nous, on n’a pas suffisamment d’églises. Mais ici, en Europe… c’est un gâchis.»
Pour la sœur malgache, la complémentarité entre femmes et hommes n’a rien d’une exclusion. «On ne sent pas dans notre Église cette discrimination contre les femmes souvent dénoncée à l’Assemblée synodale. À Madagascar, nous, les femmes, laïques ou religieuses, nous agissons et travaillons partout, dans l’enseignement, en pastorale... Sans nous, l’Église serait handicapée.»
La communion, au-delà de l’eucharistie
L’expérience internationale de ces petites communautés a été bien mise en valeur durant le Synode, estime-t-elle encore. «En Europe, vous pensez parfois que quand il n’y a pas de prêtre, pas de messe, il n’y a pas d’Église. Pas pour nous. L’Église, c’est l’assemblée dominicale, avec ou sans prêtre. Un prêtre dessert de 25 à 60 églises. Quand il n’est pas avec nous, on ne regrette pas son absence car on fait une célébration de la parole. On n’est pas là seulement pour la communion eucharistique.» Plus rarement, «quand on est sûr que le Saint-Sacrement est bien respecté», un séminariste ou un catéchiste, homme ou femme (ils sont plus de 4000 sur l’île), a la permission de distribuer la communion.»
Les catéchistes ont une fonction de poids dans l’Église malgache. Ils donnent des cours aux enfants et assurent l’approfondissement de la foi de la communauté. Chaque mois, ils se réunissent avec les prêtres pour une formation, qu’ils relayent ensuite dans leur paroisse. Ce sont des médiateurs.
La mission, échange des dons
Pour cette fille de Saint-Paul, l’échange des dons est toujours à développer dans l’Église universelle. Pas seulement au niveau matériel ou financier, mais personnel. «Vous êtes allés chez nous, c’est à notre tour de sortir de chez nous pour aller vers vous en tant que missionnaires.» D’expérience, elle sait l’effort d’adaptation que cela induit, tant du côté du migrant que des paroisses d’accueil, pour ne pas plaquer sans autre deux cultures d’Église l’une sur l’autre.
«À l’avenir, grâce à tous les migrants qui vont un peu partout, on aura peut-être les mêmes couleurs partout dans le monde. On sera tous couleur malgache», taquine-t-elle. (cath.ch/lb)

La bienheureuse Victoire Rasoamanarivo | © Taniko Madagascar
Victoire Rasoamanarivo, une figure féminine vénérée dans le pays
Quand en 1883, suite à la première guerre franco-malgache, les missionnaires sont expulsés de la grande île et les églises fermées par le gouvernement, la jeune communauté catholique malgache survit grâce aux laïcs, aux jeunes de l’Union catholique, au Frère malgache Raphaël Louis Rafiringa, mais aussi grâce au soutien politique de Victoire Rasoamanarivo.
Belle fille du Premier ministre de l’époque, elle faisait partie des grandes familles protestantes de l’île proches de la royauté, mais avait choisi pour sa part le catholicisme. Elle œuvra au maintien des communautés catholiques. Elle a été déclarée bienheureuse par le pape Jean Paul II en 1989, quand celui-ci s’est rendu à Madagascar. LB
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Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
Débat: la réception du document final du Synode révèle-t-elle un Röstigraben?
Le Synode sur la synodalité a entraîné dans son sillage des espoirs, des satisfactions et des joies, mais aussi des déceptions et des découragements. La montagne a-t-elle accouché d’une souris ou une réforme d’ampleur de l’Église a-t-elle été amorcée? Pour en débattre, cath.ch a réuni l’historienne Annalena Müller et l’abbé Christophe Godel, le 21 novembre 2024, au Vicariat de Neuchâtel.
Propos recueillis par Lucienne Bittar - Photos: Bernard Hallet
Au troisième étage du 4, rue de Vieux-Châtel, dans la salle de la Tourelle, s’installent face-à-face nos deux invités. D’un côté, la laïque Annalena Müller, historienne allemande, ancienne journaliste à kath.ch et rédactrice en chef du Pfarrblatt de Berne depuis juillet 2024, connue pour ses vues passionnées sur la place des femmes dans l’Église. De l’autre, l’abbé Christophe Godel, prêtre modérateur de l’UP des Montagnes neuchâteloises, ancien vicaire épiscopal pour le canton de Vaud et membre de la Commission synodalité de l’Église suisse, mise en place en mars par la Conférence des évêques (CES).
Est-ce l’effet apaisant de la première neige de l’hiver qui tombe sans discontinuité cet après-midi-là sur Neuchâtel, ou celui de l’expérimentation de la 'conversation dans l’Esprit’ instaurée par le chemin synodal? Révélatrice d’approches culturelles différentes, la discussion reste courtoise, nos deux interlocuteurs manifestant un intérêt sincère à entendre le point de vue de l’autre et à clarifier le leur.
L’Assemblée synodale 2024 s’est clôturée sur l’approbation, le 26 octobre 2024, d’un document final. Qu’en pensez-vous?
Annalena Müller (AM): La réponse, je crois, dépend fortement des attentes. En Suisse alémanique, comme dans les autres régions germanophones, elles étaient très élevées chez certains laïcs et clercs, trop même, car elles étaient marquées par le chemin synodal allemand. La question des abus et de leur dissimulation a endommagé l’image de l’Église en Allemagne, plus qu’en Suisse, et cela a mis les évêques du pays face à une forte demande de réformes.
Le processus a généré beaucoup d’espoirs, mais on a oublié, en passant, que le droit canon ne permet pas au synode d’adopter des réformes: cela reste l’apanage du pape ou du concile. Ce n’est donc pas étonnant qu’il y ait des déçus, en particulier dans les régions sous influence culturelle allemande, comme la Suisse alémanique.
Personnellement, je dirais que dans le cadre de son possible, le Synode a obtenu tout ce qu'il pouvait, même si concrètement ce n'est pas grand-chose.
Christophe Godel (CG): Je pense aussi que le contexte de réception est important. En Romandie, le chemin synodal allemand n’a pas du tout le même impact, et je ne perçois pas une telle déception dans mon UP.
Pour ma part, je suis très satisfait. Le document final (DF) est un document de travail, je ne m’attendais donc pas à y trouver des prises de décisions. C’est une simple étape, dans un processus qui a débuté il y a trois ans. Les catholiques de Suisse ont essayé de s'y impliquer, en suivant des échelons progressifs, du très local au mondial. A présent, c’est le temps de la 'redescente’. Il faut que chaque niveau de l'Église réceptionne le DF et poursuive son travail. On verra dans quel sens l'Esprit saint va nous pousser à transformer l'Église.
Le DF de l’Assemblée a tout de suite été signé par le pape, qui a choisi de ne pas l’accompagner d’exhortation apostolique. Comment faut-il le comprendre?
CG: C’est un geste important du pape, de confiance et de reconnaissance du chemin parcouru, de ce travail qui a engagé tant de monde, tout le peuple de Dieu. Puisqu’il n’y aura pas d’exhortation apostolique, on peut tout de suite se remettre au travail. Mais son absence a aussi un côté «négatif». Ces adresses du pape aux fidèles indiquent où mettre les accents, quoi développer et dans quel sens. Le DF a d’ailleurs été fait dans ce sens. La synthèse de toutes les réflexions de l’Assemblée a été présentée au pape pour qu'il indique ensuite sur quoi travailler.
AM: Je suis d'accord. Nous avons entre les mains un document de plus de 50 pages, qui peut prêter à toutes sortes d’interprétations. C’est un problème plus général dans l'Église. Selon les cultures, les lois sont appliquées différemment. C’est déjà le cas entre la Suisse romande et la Suisse alémanique! Les pratiques du catholicisme ici me paraissent différentes de celles que je vois à Berne ou dans le diocèse de Bâle, où il y a des femmes qui gèrent la pastorale des paroisses, baptisent, marient les couples, président des célébrations de la Parole. Cela peut paraître bizarre pour beaucoup de catholiques dans le monde, mais c’est tout à fait normal à Bâle.
CG: Le processus synodal, avec sa méthode de 'conversation dans l’esprit’, a justement rappelé tout le long de son déroulé qu’il ne s’agit pas d’interpréter, mais de discerner. Cela implique la prise en compte du contexte, mais aussi d’écouter l'Esprit saint qui construit l'Église, en se mettant à l'écoute les uns des autres. Une convergence va finir par se dégager, et elle sera peut-être différente dans ma paroisse par rapport à celle du voisin.
"Le Synode a obtenu tout ce qu'il pouvait, même si concrètement ce n'est pas grand-chose"
Cette dynamique de dialogue expérimentée à tous les échelons serait donc une des réussites du Synode?
CG: Très clairement. À La Chaux-de-Fonds, une équipe pastorale de prêtres, laïcs et religieux gère notre unité pastorale. À chaque rencontre, on commence par une 'conversation dans l'esprit’ sur un des thèmes du DF. Le dernier était celui de l'initiation chrétienne, parce que nous avons beaucoup de demandes de baptême et de confirmation. Cette démarche de discernement est très porteuse, elle ouvre des pistes et renouvelle notre manière de faire. En plus, elle nous unit dans l’exercice de notre mission commune, tout en valorisant les charismes de chacun et leur complémentarité. C’est la logique de l’échange des dons. Elle pousse à agir, à tenter des nouveautés, quitte à les réévaluer.
Il y a encore des gens qui se méfient du Synode, qui craignent que l’Église en soit démantelée. C’est décevant. Mais dès qu’ils expérimentent la méthode, la peur tombe.
AM: Je crois aussi que cette méthode peut aider l'Église universelle à se transformer, surtout là où il y a encore une hiérarchie et une séparation assez stricte entre les clercs et les laïcs. En Suisse alémanique, cependant, on ne voit pas ce qu’elle a de remarquable et c’est difficile de communiquer sur son importance. Les médias se sont d’ailleurs moqués de cette 'découverte’ de l’Église. C’est normal pour nous que cardinaux, prêtres et laïcs discutent ensemble autour d’une table.
On butte sur des difficultés similaires avec le mot 'charisme’, qu’on emploie souvent dans le contexte des rôles des hommes et des femmes dans l’Église. Nous aurions des places différentes et cette idée ne passe plus dans notre société.
En vous écoutant, je me suis remémorée la visite à Berne, en mars 2024, du cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode. La prieure Irène Gassmann, du couvent de Fahr, lui a dit qu’il est incompréhensible que les femmes soient exclues de certaines fonctions de l'Église. La réponse du cardinal, pleine de jolis mots, a tourné sur la nécessité de trouver des espaces pour les femmes. Elle a déclenché des marques d’exaspération chez des femmes présentes, pour la plupart germanophones. Les prélats sont peu habitués à se confronter à des laïcs sûrs d’eux et peu attachés à la hiérarchie, surtout des femmes. Ce Synode a été une expérience positive sur ce plan.
"La logique de l’échange des dons pousse à agir, à tenter des nouveautés, quitte à les réévaluer."
La question de la décentralisation de l'autorité a été largement abordée dans le Synode. Qu’évoque-t-elle pour vous, vue de Suisse?
CG: La culture suisse et son système politique permettent de saisir plus facilement la notion de synodalité. Notre pays a ainsi une expérience à apporter à l’Église universelle, pour peu que nos différentes régions arrivent à se mettre d'accord sur l'approche et la manière de pratiquer le chemin synodal. Ce sera la tâche de la Commission de synodalité suisse.
Le risque toutefois est de confondre nos prises de décisions par consensus ou votations avec le discernement, qui est un autre procédé de prise de décision. Vu de Neuchâtel, on a d’ailleurs l’impression que la Suisse alémanique pourrait être tentée par la méthodologie du chemin allemand, qui ne respecte pas la spécificité de l'Église et a été trop démocratique dans la phase finale.
"C’est normal pour nous que cardinaux, prêtres et laïcs discutent ensemble autour d’une table."Annalena Müller
AM: La décentralisation de l’autorité romaine, avec une plus large part laissée aux Églises locales et aux diocèses, évoquée par le DF et par le pape, est pour moi positive. C'est une reconnaissance de la grande diversité dans l'Église.
Ce désir de décentraliser l’Église, de la régionaliser, remonte à Vatican II, mais il a été oublié sous les pontificats de Jean Paul II et de Benoît XVI, où le primat de Rome s’est renforcé. Le Synode sur la synodalité est donc un retour à Vatican II. Mais il ne faut pas se faire d’illusion: l'Église catholique reste l'Église catholique, une institution hiérarchique, faite pour les prêtres et les évêques.
La régionalisation, je la vois du côté des conférences des évêques, nationales ou continentales. On l’a vécu lors de la réception du document Fiducia supplicans du Dicastère pour la doctrine de la foi, qui propose des bénédictions non sacramentelles de couples homosexuels. Des évêques, africains notamment, ont dit qu’ils refuseraient de l’appliquer.
"Le risque est de confondre nos prises de décisions par consensus ou votations avec le discernement."Christophe Godel
CG: La décentralisation, c’est aussi une mise en place du principe de subsidiarité. Tout ce qui peut être décidé au plus proche doit l’être, pour plus d’efficacité, pour mieux servir les gens et répondre rapidement à leur demande. Il faut juste déterminer de quels niveaux de compétence relèvent les questions. En paroisse, il y a des choses que je peux décider et d’autres pour lesquelles je dois passer par l'évêque. L'accueil dans l'Église catholique de personnes d'autres confessions passe par lui par exemple.
Vous avez évoqué les différences entre les sexes établies par l’Église. Que pensez-vous du fait que le Synode ait fait l’impasse sur la question de l’ordination des femmes?
AM: C’est certainement une des raisons pour laquelle le Synode a tellement déçu, surtout en Suisse alémanique. Y a-t-il des dons réservés aux hommes? Cette question, comme celle des abus dans l’Église, conduit à l’éloignement de beaucoup de croyants.
CG: Nous avons dans notre diocèse trois femmes représentantes de l’évêque. Des pistes s’ouvrent, mais il y a des limites qui ne peuvent pas encore être franchies concernant l’ordination des femmes. Se focaliser dessus, c’est oublier tous les autres possibles. Il y a des pays où elles n'ont même pas le droit de faire la lecture dans les églises.
On a vécu une situation similaire avec l’œcuménisme. Il y a eu, dans nos régions, à une certaine époque, une concentration des forces sur la célébration commune de la messe. Cela a tellement occupé les esprits que peu de choses ont été entreprises par ailleurs.
AM: C’est vrai, ce n’est pas juste de se concentrer uniquement sur la question de l'ordination quand on parle de la situation des femmes dans l’Église. Mais pour paraphraser une question d’une journaliste de la CBS au pape François en mai 2024: «Que faut-il dire à une petite fille de sept ans qui rêve de devenir prêtre pour ne pas la décourager?»
Dans la logique de l'Église, ce Synode est positif pour les femmes, mais pour notre société sécularisée, il arrive trop tardivement et on a de la peine à admettre que l’Église a besoin d’encore plus de temps pour prendre des décisions sur cette question.
CG: En même temps, nous devons rester nous-mêmes. Suisses, pour commencer. Et nous devons sortir des clivages qui nous environnent entre traditionalistes et progressistes. Travailler au centre est dans notre ADN suisse.
Ensuite, il faut se souvenir que le processus synodal a pour mission de nous reconnecter à Dieu. C'est une démarche spirituelle avant d’être organisationnelle. Chaque semaine dans notre UP, depuis deux ans, une personne nous contacte avec le désir de se faire baptiser. Le chemin synodal, à mon avis, nous aide à mieux accueillir ces gens, à mieux les accompagner. L’Église doit donner Dieu, et là on est up to date. (cath.ch/lb)
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