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    Désormais, il n’existe plus de «congrégations» ou de «conseils pontificaux» mais uniquement des «dicastères»

    Nouvelle Constitution apostolique: la révolution du pape François

    Praedicate Evangelium Publiée le 19 mars 2022, la Constitution apostolique Praedicate Evangelium réforme en profondeur la Curie romaine. Elle intègre de nombreux changements opérés par le pape François par décrets (Motu proprio) ces dernières années mais propose aussi plusieurs nouveautés signific...

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    Désormais, il n’existe plus de «congrégations» ou de «conseils pontificaux» mais uniquement des «dicastères»
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    Nouvelle Constitution apostolique: la révolution du pape François

    Le document de 54 pages publié en langue italienne parachève le chantier de réforme ouvert par le pape dès son élection
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    Mgr Marcello Semeraro, a été secrétaire du Conseil des cardinaux de 2013 à 2020
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    'Praedicate Evangelium': neuf ans de travail et de consultations

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    Désormais, il n’existe plus de «congrégations» ou de «conseils pontificaux» mais uniquement des «dicastères» © Vatican Media

    Nouvelle Constitution apostolique: la révolution du pape François

    Publiée le 19 mars 2022, la Constitution apostolique Praedicate Evangelium réforme en profondeur la Curie romaine. Elle intègre de nombreux changements opérés par le pape François par décrets (Motu proprio) ces dernières années mais propose aussi plusieurs nouveautés significatives.

    I. Changements de la structure générale de la Curie

    Secrétairerie d’État

    La place prééminente de la Secrétairerie d’État – depuis la constitution Regimini Ecclesiae universae (1967) – est ramenée à celle d’un simple “Secrétariat papal” dans l’article 44. Elle est placée à égalité d’importance avec tous les autres dicastères et organismes de la Curie dans l’article 12.

    La Secrétairerie d’État intègre formellement la création d’une troisième section en charge du personnel diplomatique opérée le 21 novembre 2017. Elle perd la plus grande partie de son pouvoir économique, comme prévu par le Motu proprio du 26 décembre 2020. Elle ne s’occupe plus de la gestion du personnel de la Curie, cette compétence étant désormais assumée par le Secrétariat pour l’économie.

    Dicastères

    Désormais, il n’existe plus de “congrégations” ou de “conseils pontificaux” mais uniquement des “dicastères”.

    La Congrégation pour l’évangélisation des peuples devient le Dicastère pour l’évangélisation, absorbant le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Ce “super-dicastère”, dirigé en personne par le Souverain pontife, dispose de deux sections dirigées par des pro-préfets : une pour « les questions fondamentales de l’évangélisation du monde », une pour la « Première évangélisation et les nouvelles Églises particulières ».

    La Congrégation pour la doctrine de la foi devient le Dicastère pour la doctrine de la foi. Comme prévu par le Motu proprio du 11 février 2022, il comporte désormais deux sections autonomes, une section doctrinale et une section disciplinaire. La Commission pontificale pour la protection des mineurs, fondée par un chirographe en 2014, est intégrée au Dicastère pour la doctrine de la foi.

    L’Aumônerie apostolique devient un dicastère sous le nom de Dicastère de la charité et garde intacte sa mission. Son préfet est l’aumônier apostolique.

    Ces trois dicastères – évangélisation, foi, charité – représentent une « triade », a expliqué le cardinal Marcello Semeraro, qui a travaillé plusieurs années sur ce texte en tant que secrétaire du Conseil des cardinaux. Mais tous les dicastères sont « juridiquement paritaires », a-t-il ajouté.

    La Congrégation pour l’éducation catholique fusionne avec le Conseil pontifical pour la culture et devient le Dicastère pour la culture et l’éducation. Elle est divisée en deux sections : une pour la culture, une pour l’éducation.

    Le Dicastère pour le clergé aura désormais compétence sur les prélatures personnelles, comme l’Opus Dei, qui dépendaient auparavant de la Congrégation pour les évêques. Pour le prêtre canoniste Gianfranco Ghirlanda, cette décision apporte de la « cohérence » car cette structure a un caractère « clérical » dans le Code de droit canonique.

    Les statuts des trois “super-dicastères” créés par le pape François – celui de la Communication en 2015, celui des Laïcs, de la Famille et de la Vie en 2016 et celui du Service du développement humain intégral en 2016 – sont intégrés à la nouvelle constitution.

    Bureaux

    Il existe désormais trois bureaux : la Préfecture de la maison pontificale, le Bureau des célébrations liturgiques et le Camerlingue de la Sainte Église romaine (qui remplace la “Chambre apostolique”). La Chapelle musicale pontificale a été insérée au sein du Bureau des célébrations. Une nouveauté qui date de janvier 2019 et qui est ici prise en compte.

    II. Un nouveau pôle économique

    Une des grandes nouveautés de la constitution concerne les organismes économiques qui font l’objet d’une section à part entière. Cinq nouveaux organismes sont formellement inscrits dans la constitution : le Conseil pour l’économie (créé en 2015), le Secrétariat pour l’économie (2014), le Bureau du réviseur général (2015), la Commission pour les matières réservées (2020) et le Comité pour les investissements.

    Seul ce dernier est nouveau : il avait été annoncé mais pas formellement constitué. Dans son bilan 2020 publié en juillet 2021, l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA) évoquait ce comité qui aurait pour fonction de veiller sur les investissements immobiliers du Vatican. L’organe, précise la constitution, doit « garantir la nature éthique », de ces investissements ainsi que « leur rentabilité, leur pertinence et leur niveau de risque ».

    L’article 219 de la nouvelle constitution enlève à l’APSA toute compétence en matière d’opérations financières. Celles-ci sont désormais confiées à l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) qui devient donc l’unique banque du Vatican.

    Autre nouveauté : le Secrétariat pour l’économie est présenté comme le « secrétariat papal pour les matières économiques et financières ». Il a droit de contrôle sur le Denier de Saint-Pierre et les autres fonds papaux.

    En présentant la Constitution à la presse, Mgr Marco Mellino, secrétaire du Conseil des cardinaux, a souligné que toutes les structures économiques existantes de la Curie avaient été créées par François, à l’exception de l’APSA qu’il a largement réformée.

    III. Généralisation du quinquénium et ouverture aux laïcs et aux femmes

    L’article 14 généralise le quinquénium – mission de cinq ans – renouvelable une seule fois à tous les officiaux de la Curie. L’article 17 le confirme pour tous les préfets ou équivalents, membres, secrétaires, sous-secrétaires, et autres officiaux majeurs. Mais parmi ces derniers seuls les clercs et religieux sont concernés, les laïcs ne sont pas soumis à cette règle des cinq ans.

    Cet article de la constitution insiste aussi sur la nécessité pour les membres de la Curie de « retourner à la pastorale dans leur diocèse/éparchie, ou dans les Instituts ou Sociétés auxquels ils appartiennent » à la fin de leur mission. Cette notion de pastoralité est d’ailleurs particulièrement mise en avant dans les normes générales de la nouvelle constitution.

    L’extension du quinquénium a pour objectif d’éviter le carriérisme au sein de la Curie et la création de “centres de pouvoir” aux mains des mêmes personnes, comme l’a expliqué le prêtre canoniste Gianfranco Ghirlanda. En revanche, a-t-il précisé, si l’employé est compétent et qu’il ne recherche pas ses intérêts propres, le renouvellement de son contrat de cinq ans est possible sans limite d’occurence.

    Tous les postes de gouvernance de la Curie romaine sont désormais ouverts aux laïcs et aux femmes, affirme le pape François dans le point numéro 5 du préambule. Une ouverture qui, si elle n’exclut plus ces derniers du pouvoir comme le faisait Pastor Bonus, ne devient pas « automatique », a cependant précisé le cardinal Marcello Semeraro. « Cela dépend de la compétence du dicastère », a-t-il assuré en plaidant « le bon sens ».

    Cas à part inscrit dans la constitution : le Tribunal suprême de la signature apostolique est ouvert uniquement aux cardinaux, évêques et prêtres, qui sont nommés directement par le pape. Aucune précision similaire n’est présente concernant les deux autres tribunaux de la Curie – la Rote romaine et Pénitencerie apostolique.

    À noter à ce propos que le Synode des évêques, qui ne fait pas partie de la Curie romaine, est mentionné comme simple Synode et non plus “des évêques”. Le secrétaire du Conseil des cardinaux Mgr Marco Mellino a confirmé que l’ouverture aux laïcs dans la Curie allait entraîner également une réflexion en ce sens au sein de la structure du Synode.

    IV. Quelques changements en cas de “Sede Vacante"

    Dans le cas d’un conclave et donc d’une situation de Sede vacante, un changement est à noter. Le camerlingue, le cardinal qui administre l’État en l’absence de pape – actuellement le cardinal Kevin Farrell – sera assisté de trois cardinaux. L’un d’eux étant le président du Conseil pour l’économie, qui a une connaissance technique de l’administration vaticane.

    Ce poste sera donc de facto réservé à un cardinal, contrairement aux Dicastères où les charges de hauts responsables n’ont plus de caractère cardinalice – y compris la Secrétairerie d’État.

    V. Décentralisation et synodalité

    Le texte crée un cadre légal pour la coopération entre les dicastères de la Curie dans les affaires qui impliquent plusieurs compétences et qui doivent être examinées « conjointement », peut-on lire à l’article 28. Une commission interdicastérielle peut même être créée dans les cas qui exigent une consultation mutuelle « fréquente ». Il s’agit notamment, précise l’article suivant, de parvenir à un accord sur le document qui sera soumis au pape. La révision par la Secrétairerie d’État n’est requise que sur des documents qui traitent de relations avec les États.

    De même, les organes de la Curie sont invités à collaborer avec le Secrétariat général du synode (33) ou encore à coopérer avec les Églises particulières. La nouvelle constitution insiste sur l’importance des visites ad limina des évêques du monde pour renforcer les liens au sein de la hiérarchie et l’unité du Collège épiscopal (article 39).

    À la lecture de cette nouvelle constitution constate moins de verticalité et plus d’échanges : si les responsables du Vatican sont conviés à prodiguer des conseils aux évêques, ils doivent aussi accueillir les suggestions de ces derniers pour offrir « un service toujours plus efficace » (article 42).

    Dernière innovation, l’intégration, pour la première fois, des relations avec les unions épiscopales régionales et continentales au fonctionnement de la Curie. La constitution déclare qu’elle sont « d’une grande utilité pastorale et expriment la communion affective et effective entre les évêques ». Le texte insiste sur l’importance d’une plus grande collaboration avec elles : « la Curie romaine n’est pas située entre le pape et les évêques » mais « se met au service des deux, selon des modalités propres à la nature de chacun ».

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    Le document de 54 pages publié en langue italienne parachève le chantier de réforme ouvert par le pape dès son élection © Keystone AP Photo/Andrew Medichini

    "Praedicate Evangelium", la nouvelle Constitution qui réforme la Curie

    "Praedicate Evangelium" – “Annoncez l’Évangile” – est le nom de la Constitution apostolique signée par le pape François et publiée ce 19 mars 2022. Ce texte, qui réforme le fonctionnement et la mission de la Curie romaine, administration centrale de l’Église, remplacera la précédente constitution, Pastor Bonus, publiée par Jean Paul II en 1988. Elle entrera en vigueur le 5 juin prochain, jour de la Pentecôte.

    Le document de 54 pages publié en langue italienne – et sans préavis – parachève le chantier de réforme ouvert par le pape dès son élection, en février 2013. Attendu depuis plusieurs années, il est le résultat de neuf ans de travaux du Conseil des cardinaux pour restructurer la Curie. Plusieurs versions de brouillons du projet ont déjà circulé.

    À la fin du préambule de la constitution, le pape François rappelle que cette réforme de la Curie répond aux souhaits des cardinaux exprimés lors des congrégations générales qui avaient précédé le conclave de 2013.

    Au fil des ans, la mise en pratique de cette grande réforme avait été initiée avec la fusion de certains dicastères en “super-dicastères” – celui de la Communication en 2015, celui des Laïcs, de la Famille et de la Vie en 2016, celui du Développement humain intégral en 2017 – et la nomination de laïcs à des postes clés, notamment de préfet.

    Une dynamique missionnaire et synodale

    Dès le préambule, le pape François insiste sur la «conversion missionnaire» de l’Église qui oriente sa réforme de la Curie romaine. Il affirme se placer dans la continuité des Constitutions apostoliques précédentes – Immensa aeterni Dei de Sixte Quint(1588), Sapienti Consilio de Pie X (1908), Regimini Ecclesiae universae (1967), avec laquelle Paul VI avait mis en œuvre les dispositions du Concile Vatican II, et enfin Pastor bonus (1988), promulguée par Jean Paul II afin de « promouvoir la communion dans l’entier organisme de l’Église ».

    La nouvelle constitution abroge cette dernière afin de « mieux harmoniser l’exercice actuel du service de la Curie avec le chemin d’évangélisation que l’Église, surtout en cette saison, est en train de vivre ». Les principes directeurs de cette réforme sont le «mystère de communion qui unit l’Église et la synodalité, afin de permettre une écoute réciproque entre le peuple fidèle, le collège épiscopal et l’évêque de Rome».

    Une Curie au service des évêques

    Dans la continuité, le rôle du successeur de Pierre est confirmé comme étant «le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité» de l’Église, au service duquel œuvre la Curie romaine.

    La nouvelle constitution insiste nettement plus que la précédente sur le devoir pour la Curie de servir les évêques. Elle appelle à l’établissement d’un «rapport organique» avec ces derniers et donne une place plus prégnante aux “corps intermédiaires” que sont les conférences épiscopales, nationales, régionales et continentales, ainsi que les structures hiérarchiques orientales. Ce service porte notamment sur la lutte contre les abus et le service des plus pauvres.

    Plus de place pour les laïcs

    Mais l’évangélisation ne relève pas seulement des évêques. «Tout chrétien, en vertu du baptême, est un disciple missionnaire», souligne le pape. En vertu de cette conviction, les laïcs sont donc appelés à occuper «des rôles de gouvernement et de responsabilité» au sein de la Curie.

    Le pape souligne le «caractère vicarial de la Curie romaine», c’est-à-dire que tout responsable de la Curie, clerc ou laïc, agit sur une délégation du souverain pontife. «Tout fidèle peut présider un dicastère ou un organisme», en vertu de ses compétences et de ses capacités de gouvernement, précise-t-il.

    Plus de diversité et de professionnalisme

    Le pape exige dans toutes les institutions de la Curie un engagement spirituel accru du personnel, qui doit se manifester notamment par «la prière en commun et la célébration commune de l’Eucharistie». Il souligne aussi les critères de «l’intégrité personnelle et du professionnalisme, exigeant notamment «sobriété de vie et amour des pauvres et une capacité de discernement des signes des temps».

    Le successeur de Pierre demande à la Curie romaine d’être une meilleure «expression de la catholicité». Il insiste sur la nécessité de disposer de collaborateurs venant de «diverses cultures».

    Nouvelles dynamiques, nouvelles structures

    Les dicastères sont appelés à une plus grande collaboration entre eux. L’organisation de leur coopération est confiée à la Secrétairerie d’État de par sa «fonction de secrétariat papal».

    Le pape François justifie la nécessité de la réduction du nombre de dicastères et entités prévue par la Constitution. Il s’agit selon lui de « rendre le travail plus efficace ».

    La structure de la Constitution

    Dans sa structure, Praedicate Evangelium est divisée en onze parties. Elle donne notamment des normes générales, puis traite du fonctionnement et de la mission de la Secrétairerie d’État, des Dicastères – au nombre de 16 –, des organes de la Justice, de l’économie, et de divers bureaux.

    Le choix de la date de publication – le 19 mars – n’est pas anodin, saint Joseph étant le saint patron de l’Église universelle. Le pape François est très attaché à la figure du père adoptif de Jésus.

    En évoquant sa rédaction en 2019, le pape François avait expliqué que la nouvelle constitution visait à «proclamer l’Évangile, face au véritable changement d’époque» en cours. «L’humanité appelle, interpelle et provoque» l’Église, avait déclaré le pape François, «elle demande de sortir et de ne pas craindre le changement». (cath.ch/imedia/bh)

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    Rome Le Vatican vu de la Via della Conziliazione © Jacques Berset

    Mgr Valdrini: Praedicate Evangelium, une démarche d’évangélisation

    Mgr Patrick Valdrini, canoniste et chanoine de la basilique Saint-Jean de Latran, livre pour I.MEDIA sa lecture de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium, publiée le 19 mars 2022, et qui formalise la nouvelle organisation de la Curie romaine souhaitée par le pape François.

    Pour le canoniste français, «cette Constitution introduit l’ensemble de la Curie romaine dans une démarche d’évangélisation».

    Quelle est la spécificité de cette Constitution apostolique ?

    Ce texte n’est pas une grande surprise. Beaucoup de choses avaient déjà été mises en place progressivement depuis le début du pontificat du pape François. On y retrouve le fil rouge de ses discours à la Curie, de ses Motu proprio (du latin, «de son propre mouvement», lettre apostolique émise par le pape de sa propre initiative, ndlr) et même de ses interviews dans la presse, dans lesquelles on trouve la trame de sa pensée.

    C’est une Constitution qui reprend les thèmes de François et qui accentue d’autres déjà présents dans les Constitutions précédentes. On sent, à travers son insistance sur le respect dû aux Églises locales, qu’il a personnellement expérimenté l’action de la Curie romaine quand il était évêque en Argentine. Son expérience pastorale a joué un grand rôle.

    Pour bien comprendre l’orientation du pape, il faut surtout comprendre que Praedicate Evangelium s’inscrit dans la continuité d’Evangelii Gaudium, son exhortation apostolique de 2013. Le titre parle, en soi, de l’évangélisation. Il a donc fait passer à la première place le Dicastère pour l’évangélisation, qui réunit l’ancienne Congrégation pour l’évangélisation des peuples, qui a une compétence territoriale, et l’ancien Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. D’ici au mois de juin, ces deux organes vont devoir travailler ensemble pour mettre en place la nouvelle organisation.

    Que signifie le fait que le pape soit lui-même le préfet de ce grand dicastère ?

    Le pape prend personnellement en main ce dicastère, comme ce fut le cas du Saint-Office autrefois, durant quatre siècles, avant que cet organe ne devienne la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis que Jean Paul abandonne cette pratique. Les papes voulaient garder la maîtrise de ce qui touchait aux questions les plus sensibles concernant la foi.

    Le pape François a toujours voulu montrer l’importance qu’il accordait à un dicastère en s’y insérant, comme il l’avait fait pour la section migrants et réfugiés.

    Et plus largement, cette Constitution introduit l’ensemble de la Curie romaine dans une démarche d’évangélisation. Quand on fera l’histoire de son pontificat, on verra toute la continuité de cette démarche.

    Ce nouveau dicastère conservera-t-il le rôle de l’ex-Congrégation pour l’évangélisation des peuples sur les nominations d’évêques dans les territoires de mission ?

    Oui, cela continuera. Il avait été question de transférer l’ensemble des diocèses du monde au Dicastère pour les évêques, mais il faut considérer positivement le fait qu’une congrégation qui travaille depuis le XVIe siècle sur les territoires de mission rassemble une énorme expérience, une expertise sur les jeunes Églises, qui ont une mentalité particulière. Le pape n’a pas voulu rompre cette tradition, il a eu raison.

    L’un des axes forts de cette Constitution est la mise en valeur de la co-responsabilité des laïcs, y compris dans le gouvernement des dicastères. Est-ce un point de différence avec ses prédécesseurs ?

    La pape François a une fonction primatiale, et c’est à ce titre qu’il donne des charges aux personnes jugées les plus compétentes qui agissent muni d’un pouvoir vicaire (pouvoir délégué, ndlr). Le Code de droit canonique donne au pape la faculté de confier à des laïcs un rôle de gouvernement.

    C’est un débat qui divise les canonistes, mais le pape François a tranché en faveur de l’accès des laïcs à des postes dont préfet de dicastère, comme c’est déjà le cas pour la communication. Il est très différent sur ce point par rapport à Jean Paul II, qui ne le faisait pas.

    La Constitution clarifie la fonction de la Secrétairerie d’État comme «secrétariat papal», avec un rôle de coordination entre les dicastères. Est-ce que sa position sort renforcée, ou au contraire, relativisée ?

    Elle a la bonne place qu’elle doit avoir, une place d’unité. Elle devrait notamment garantir l’organisation de réunions interdicastérielles. Il y en avait déjà auparavant, mais la Constitution institue le principe de réunions régulières des chefs de dicastères. Avec un organigramme simplifié, ce sera plus simple à organiser qu’auparavant, quand le président d’un petit conseil pontifical pouvait avoir la même place que le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Maintenant, tous ces organes portent le nom de «dicastère», qui ne reprend pas la division de Pastor Bonus entre ceux qui exercent un pouvoir de gouvernement et d’autres non.

    Mais le point le plus important, c’est la demande de synodalité dans l’action des dicastères. En droit canonique, la synodalité est mise en œuvre dans des institutions précises: le Synode des évêques, le Collège des cardinaux, le Conseil de cardinaux, etc… En dehors de ça, il s’agit plutôt d’une culture synodale, c’est-à-dire une dynamique pour faire travailler tout le monde ensemble, à l’intérieur des dicastères et entre les différentes instances.

    Le principe d’un rapport «organique» avec les conférences épiscopales va-t-il modifier les rapports entre la Curie romaine et les évêques ?

    Cela touche à la question du rapport entre la Curie et le Collège des évêques. Dans Pastor Bonus, la Curie était au service du Collège des évêques et de chacun des évêques à travers le pape. Ce sera toujours le cas, mais la Curie est aussi invitée à servir les conférences épiscopales et leurs regroupements. Cependant, la question du statut des conférences d’évêques doit encore être travaillée, dans la perspective du rapport à la collégialité. Cela va occuper les ecclésiologues et les canonistes.

    Les conférences des évêques sont nées comme des organes pratiques, pour arbitrer les problèmes entre les évêques et formaliser les relations avec l’État. Si les choses ne sont pas définies plus précisément, chaque évêque fait ce qu’il veut. On voit d’ailleurs que le Chemin synodal allemand a pris une tournure extrêmement complexe car la place de la conférence des évêques n’est pas bien établie. Le pape se rend probablement compte que les conférences épiscopales sont des outils de régulation et de communion plus efficaces si leur rôle est bien défini.

    Est-ce que cette Constitution est en quelque sorte un «sceau» du pontificat, pour inscrire dans la durée les orientations du pape François ?

    En 1588, la première Constitution apostolique, établie par Sixte Quint, s’inscrivait en réponse à la réforme protestante. Celle de 1908 faisait suite à la perte des États pontificaux, qui rendait certains organes obsolètes, puis celle de 1967 s’inscrivait à la suite du Concile Vatican II, qui avait rééquilibré l’ecclésiologie. Jean Paul II, avec Pastor Bonus, a notamment voulu créer de nouveaux conseils pontificaux pour répondre aux défis de l’époque.

    Les papes successifs ont toujours voulu transformer la Curie, mais sans forcément établir de Constitution. Benoît XIV, par exemple, qui était un grand canoniste et un grand pape, a énormément restructuré la Curie mais sans faire de Constitution apostolique.

    Le pape François, lui, a voulu tenir compte des changements provoqués par son action au sein de l’Eglise, en les formalisant dans cette nouvelle constitution. Mais après Evangelii Gaudium et Praedicate Evangelium, il y aura encore une étape fondamentale avec le Synode sur la synodalité, avec l’assemblée plénière en 2023, qui devra notamment se pencher sur le statut des conférences épiscopales. (cath.ch/imedia/cv/be)

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    Mgr Marcello Semeraro, a été secrétaire du Conseil des cardinaux de 2013 à 2020 © Vaticannews.va

    'Praedicate Evangelium': neuf ans de travail et de consultations

    Neuf ans de travail, des dizaines d’aller-retour entre le conseil des cardinaux et les organes de la curie, l’élaboration de la nouvelle constitution apostolique a été un chantier d’une envergure exceptionnelle pour la curie romaine.

    Pendant neuf ans, le cardinal Marcello Semeraro (entre 2013 et 2020) puis Mgr Marco Mellino (2020-2022) auront été les chevilles ouvrières, en tant que secrétaires du Conseil des cardinaux, de la rédaction de la nouvelle constitution apostolique Praedicate Evangelium du pape François. Lors d’une conférence de presse organisée le 21 mars 2022, les deux hommes ont présenté la genèse et l’élaboration de ce texte qui transforme en profondeur la Curie.

    Le projet de nouvelle Constitution apostolique a été envisagé «en vertu du mandat et des indications précises que les Congrégations générales, tenues dans les jours précédant le conclave, avaient spécifiés pour le nouveau pontife», a expliqué Mgr Marco Mellino. Mais ce texte porte aussi la conviction profonde exprimée par le pape François dans sa première exhortation apostolique, Evangelii Gaudium (2013) : «la papauté et les structures centrales de l’Église universelle doivent […] tenir compte de l’appel à une conversation pastorale».

    Pour mettre en œuvre cette mission, le pape argentin a créé en avril 2013 un “Conseil des cardinaux”, constitué de moins de dix membres (aujourd’hui sept) avec pour mission de l’assister dans la rédaction d’une nouvelle constitution apostolique. C’est au cœur de ce cercle restreint de cardinaux venant du monde entier qu’une vision d’ensemble a mûri, qui s’est progressivement concrétisée dans un projet de réforme, a expliqué le secrétaire actuel du Conseil des cardinaux.

    De nombreux allers-retours

    La première phase de l’élaboration des grandes lignes de la constitution a commencé le 28 septembre 2013 et a duré cinq ans. Ce travail a abouti à la rédaction d’un premier projet (en septembre-décembre 2018) contenant "les critères et les principes directeurs du nouveau cadre constitutionnel".

    S’est ensuivie une première phase de révision et de discussion pendant l’hiver et le printemps 2019 avant que le texte ne soit soumis à tous les supérieurs de dicastères et entités de la Curie romaine. Ce document de travail a aussi été envoyé à toutes les conférences épiscopales et équivalents orientaux, aux représentations pontificales, aux universités pontificales, à certaines agences d’information ainsi qu’à certains cardinaux choisis par le pape François, a confié Mgr Mellino.

    Après avoir recueilli les observations et propositions pendant l’été, chaque amendement soumis a été "examiné, discuté et voté". Lors de cette phase, les propositions étudiées étaient systématiquement "anonymisées", a assuré Mgr Mellino. Cette phase a abouti en octobre 2019 à une nouvelle version du brouillon, à nouveau soumise à la consultation de certains chefs de dicastère de la Curie romaine puis envoyée, en janvier 2020, aux cardinaux résidant à Rome pour recueillir leurs suggestions.

    Presque deux ans de relecture

    Une nouvelle fois, des remarques ont été apportées et chacun de ces “amendements” a été examiné, discuté puis voté pendant la session de février 2020. La pandémie de Covid-19 a gêné un temps les réunions, mais celles-ci se sont malgré tout tenues en visioconférence et ont abouti à un troisième brouillon daté du 8 juin 2020.

    À partir de juillet 2020, ce texte a été remis au pape François. Pendant l’été, il a "examiné personnellement les modifications, en tenant compte des observations, des indications et des propositions reçues et en faisant ses propres choix, en tant que Législateur suprême", a expliqué Mgr Mellino.

    Le résultat de son travail a abouti à une première version de la constitution le 16 septembre 2020. Elle a été alors soumise à l’examen de la Congrégation pour la doctrine de la foi et au Conseil pontifical pour les textes législatifs afin qu’ils énoncent un "avis global" ainsi que des "observations spécifiques et circonscrites" sur celle-ci, "tant sur les aspects juridiques que doctrinaux". L’étude du texte a ensuite continué et leurs remarques ont été intégrées pour aboutir à la version définitive, ce travail se poursuivant "jusqu’à il y a quelques jours", a-t-il souligné.

    Pas encore de date pour les traductions et l’édition finale

    Étant donné que Praedicate Evangelium a intégré peu à peu tous les Motu proprio signés par le pape François ces dernières années – pour instituer de nouvelles entités ou réformer certaines autres – ce texte est d’une certaine manière "une pièce dans une mosaïque plus vaste et articulée", a considéré Mgr Mellino. Avant d’ajouter: "il est également vrai qu’avec ce texte, la réforme de la Curie romaine trouve sa forme complète".

    Le travail n’est cependant pas véritablement terminé. Tout d’abord parce que le délai d’attente pour les traductions n’est "pas encore connu", a confié Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Le laïc italien a aussi affirmé ne pas être en mesure de donner la date de la publication de l’ "édition typique", texte de référence de la Constitution qui devrait aussi être publié dans L’Osservatore Romano.

    Une constitution pas intégralement terminée

    La Constitution apostolique devrait encore connaître quelques modifications, a confirmé Mgr Mellino qui reste secrétaire. Une nouvelle réunion des cardinaux-conseillers étant prévue à la fin du mois d’avril.

    Il a notamment reconnu, lors de la conférence de presse, une "erreur" qui devrait être corrigée à propos du paragraphe 93. Ce dernier affirme que le Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements s’occupe de la liturgie sacrée "pour ce qui regarde la forme extraordinaire du rite romain", une expression pourtant abrogée par le pape François dans son récent Motu proprio Traditionis custodes (2021). D’autres exemples de contradictions de ce type existent, a appris I.MEDIA.

    "S’il y a d’autres changements à faire, le pape les fera", a déclaré le cardinal Semeraro. Il a rappelé que des modifications a posteriori avaient aussi été effectuées par Jean Paul II et Paul VI lors de la publication des deux précédentes constitutions apostoliques.

    L’actuel préfet de la Congrégation pour les causes des saints a insisté sur le principe de "gradualité" présent dans la Constitution apostolique, déclarant que cela signifiait que ce document était pensé "sans obsession pour les résultats immédiats". "Le temps est supérieur à l’espace", a-t-il enfin affirmé, citant une des formules célèbres du pape François. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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