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    Au Pakistan, les chrétiens sont fréquemment la cible des islamistes

    Pakistan: églises incendiées après des accusations de blasphème

    Au moins huit églises ont été incendiées, le 16 août 2023, par des émeutiers dans la province du Pendjab, à l’est du Pakistan.

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    Au Pakistan, les chrétiens sont fréquemment la cible des islamistes
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    Pakistan: églises incendiées après des accusations de blasphème

    Les Sœurs dominicaines de Faisalabad aident les habitants du quartier chrétien de Jaranwala, victimes de violences le 16 août dernier
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    Pakistan: un jour de prière après les attaques contre les chrétiens

    Accompagné de leaders musulmans, Mgr Sebastian Shaw, l'archevêque de Lahore, s'est rendu à Jaranwalla pour apporter son soutien à la communauté chrétienne
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    Pakistan: solidarité nationale pour les chrétiens de Jaranwala

    Après les attaques, les chrétiens de Jaranwala ont reçu la visite d'évêques et des autorités, ici le 21 août dernier. La police poursuit son enquête
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    Pakistan: un différend entre chrétiens serait à l’origine des attaques

    Mgr
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    Pakistan: Mgr Shaw: "Le dialogue interreligieux est la seule solution"

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    Au Pakistan, les chrétiens sont fréquemment la cible des islamistes © Photo d'illustration | © Nossik/Flickr/CC BY 2.0

    Pakistan: églises incendiées après des accusations de blasphème

    Au moins huit églises ont été incendiées, le 16 août 2023, par des émeutiers dans la province du Pendjab, à l’est du Pakistan. Les violences feraient suite à l’inculpation de deux chrétiens accusés d’avoir blasphémé contre le Coran et le prophète Mahomet.

    Plusieurs églises de Jaranwala, dont l'église catholique de la ville, l'église de l'Armée du salut et l'église pentecôtiste, ainsi que la colonie chrétienne locale, ont été vandalisées et incendiées, a déclaré au média américain CNN Yasir Talib. L’homme travaille au Centre pour la justice sociale et se trouvait dans la ville de 150'000 habitants lors des événements. Selon lui, une foule en colère a d’abord vandalisé et incendié la maison d'un des deux chrétiens accusés d'avoir tenu des propos blasphématoires contre l'islam.

    L’émeute aurait éclaté après que les deux hommes de la minorité chrétienne locale ont été interpellés par la police, en vertu des lois pakistanaises sur le blasphème.

    Condamnation des violences

    Le Premier ministre intérimaire du Pakistan, Anwaar-ul-Haq Kakar, a condamné les violences, écrivant dans une déclaration sur X (anciennement Twitter) que "des mesures sévères seraient prises contre ceux qui violent la loi et s'en prennent aux minorités".

    Azad Marshall, évêque modérateur de l'Église du Pakistan (une dénomination protestante unie membre de la Communion mondiale des Églises réformées) a déclaré que "les évêques, les prêtres et les laïcs du pays sont profondément peinés et affligés" par l'incident. Selon le dignitaire chrétien, "des bibles ont été profanées et des chrétiens ont été torturés et harcelés après avoir été accusés à tort.» Il a appelé les forces de l'ordre et le système judiciaire à "rendre justice et à agir".

    Des lois «anti-blasphème» instrumentalisées

    Les communautés chrétiennes du Pakistan sont régulièrement visées par les lois strictes du pays sur le blasphème. Selon des observateurs, ces lois sont très souvent instrumentalisées pourdes raisons personnelles ou dans le but de persécuter les minorités religieuses et de les isoler de la vie publique.

    Le Pakistan fait partie des pays où le blasphème est un crime passible de la peine de mort.

    En 2013, plus de 100 maisons de chrétiens ont été incendiées par des musulmans indignés, à Lahore, à l’est du Pakistan, après l'arrestation par la police d'un homme de 20 ans accusé d'avoir parlé contre le prophète Mahomet.

    Le cas le plus médiatisé a été celui d’Asia Bibi. Cette chrétienne du Pendjab, mère de cinq enfants, avait été reconnue coupable de blasphème et condamnée à la pendaison, en 2010. Elle a été libérée du couloir de la mort en 2018, après avoir gagné son appel contre la condamnation et la peine de mort. Elle vit actuellement en exil surveillé au Canada. (cath.ch/cnn/arch/rz)

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    Les Sœurs dominicaines de Faisalabad aident les habitants du quartier chrétien de Jaranwala, victimes de violences le 16 août dernier © Good News TV/Facebook

    Pakistan: un jour de prière après les attaques contre les chrétiens

    Une journée spéciale de prière est célébrée le 20 août 2023 dans toutes les communautés catholiques du Pakistan, a annoncé la Conférence épiscopale du Pakistan. L'initiative fait suite à la vague de violences contre des édifices sacrés et des familles chrétiennes du 16 août dernier à Jaranwala, dans le Pendjab pakistanais.

    «Nous invoquons Dieu, qui donne tout bien, et nous demandons à tous les hommes de bonne volonté, chrétiens et musulmans, de se tenir à nos côtés, unis pour un Pakistan pacifique, libéré de la haine, où les droits et les libertés de tous les citoyens sont respectés, indépendamment de leur croyance", a déclaré à l'Agence Fides Mgr Sebastian Shaw, archevêque de Laore, capitale de la province du Pendjab, théâtre des incidents.

    Les violences ont eu origine une accusation de blasphème infondée à l'encontre de Saleem Masih, un chrétien analphabète travaillant dans l'assainissement des rues. Il a été accusé d'avoir outragé le Coran. Selon certains musulmans de la région, des pages du livre saint ont été trouvées avec des écrits blasphématoires. À la suite d'un appel lancé par un chef religieux islamique local, une foule a déclenché des violences massives contre les églises et les biens des chrétiens de la région de Jaranwala.

    Le bilan de l'attaque fait état d'une vingtaine d'églises, de chapelles et de salles de culte détruites ou gravement endommagées; un cimetière a été profané; de nombreuses maisons de citoyens chrétiens détruites ou vandalisées; les violences ont fait au moins trois blessés graves.

    Le Père Khalis Mukhtar, curé de l'église Saint-Paul, réduite à l'état de ruines, a raconté qu'à 5h30 du matin, une foule a fait irruption dans l'église, a battu un catéchiste et "a commencé à la détruire et à y mettre le feu, visant également le quartier où vivent les familles chrétiennes, qui ont été menacées et obligées de fuir".

    De nombreuses familles en fuite ont été accueillies et aidées par des familles musulmanes du quartier, elles aussi choquées par cette vague de violence soudaine et injustifiée. Le lendemain des événements, de nombreux policiers et gardes forestiers ont été déployés dans la région pour rétablir la sécurité. Les institutions politiques ont veillé à ce qu'une enquête soit menée et à ce que les responsables de l'attaque contre les chrétiens soient identifiés.

    Lois "anti-blasphème" instrumentalisées

    Les communautés chrétiennes du Pakistan sont régulièrement visées par les lois strictes du pays sur le blasphème. Selon des observateurs, ces lois sont très souvent instrumentalisées pourdes raisons personnelles ou dans le but de persécuter les minorités religieuses et de les isoler de la vie publique. Le Pakistan fait partie des pays où le blasphème est un crime passible de la peine de mort.

    Le président de la Conférence des évêques du Pakistan, Mgr Joseph Arsad, archevêque d'Islamabad-Rawalpindi, espère que "la primauté du droit et de la justice sera rétablie et qu'une société meilleure sera construite", tandis que l'évêque anglican Azad Marshall a appelé le gouvernement à "garantir la justice et la sécurité pour tous".
    Akmal Bhatti, un responsable catholique qui dirige le forum "Minorities Alliance Pakistan", a noté qu'"une fois de plus, les accusations de blasphème servent de prétexte pour justifier des attaques massives contre des innocents et des lieux chrétiens".

    Comme de nombreux représentants religieux et civils, chrétiens et musulmans, la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP), au sein de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, a également condamné l'incident, exprimant son "inquiétude face à cette grave attaque contre les chrétiens". (cath.ch/fides/bh)

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    Accompagné de leaders musulmans, Mgr Sebastian Shaw, l'archevêque de Lahore, s'est rendu à Jaranwalla pour apporter son soutien à la communauté chrétienne © Zahid Gill/Facebook

    Pakistan: solidarité nationale pour les chrétiens de Jaranwala

    Après le Premier ministre et l’évêque de Faisalabad, l'archevêque de Lahore, Mgr Sebastian Shaw, s'est rendu à Jaranwala, une ville du Pendjab pakistanais où, le 16 août dernier, une vague de violence s'est abattue sur les chrétiens en raison d'une prétendue accusation de blasphème.

    L'affaire a pris une ampleur nationale au Pakistan où le Premier ministre par interim et des leaders musulmans ont fait le déplacement à Jaranwalla, théâtre du déferlement de violence qui a touché la communauté chrétienne d'un des quartiers de la ville du Penjab pakistanais.

    "Ce que nous avons vu, c'est une terrible dévastation, qui nous a plongés dans l'émotion. Les gens sont choqués et désespérés, ils n'ont plus rien. C'est à nous d'apporter un minimum de consolation, en nous faisant les témoins de l'amour de Jésus», a témoigné Mgr Sebastian Shaw.

    L'archevêque de Laore a rendu visite aux familles, a prié avec elles, les a écoutées et consolées, rapporte l’agence Fides. Après l'évêque de Faisalabad, Mgr Indrias Rehmat, qui a célébré la messe dans le quartier dévasté, et la délégation de la Commission épiscopale "Justice et Paix", conduite par Mgr Joseph Arshad, Mgr Shaw s’est également rendu sur place pour se rendre compte personnellement de la situation, pour apporter sa solidarité et rencontrer les familles déplacées.

    Mgr Shaw était accompagné de quelques leaders musulmans qui ont condamné la violence et ont voulu être présents pour offrir leur solidarité et leur prière commune.

    «Il y a un besoin de proximité humaine, d'assistance psychologique et matérielle, et nous organisons toute l'aide possible à travers Caritas, mais aussi à travers les volontaires et les différentes congrégations religieuses. J'ai dit aux chrétiens qu'ils ne sont pas seuls dans cette souffrance, Jésus est à leurs côtés et nous sommes avec eux, nous nous intéressons à eux et nous nous occuperons d'eux", a indiqué l'archevêque.

    Présence du Premier ministre

    La communauté de Jaranwala, dans une assemblée de fidèles de différentes confessions et de citoyens musulmans, a également salué la visite d'Anwar ul Haq, Premier ministre pakistanais par intérim, signe de l'attention des institutions. Dans un discours largement diffusé par les médias pakistanais, le chef du gouvernement a rappelé que "la communauté chrétienne a joué un rôle important dans la création du Pakistan" et fait partie intégrante de la nation, ajoutant qu'"il est de la responsabilité de chaque musulman de protéger les communautés minoritaires".

    "Nous poursuivons les ennemis des minorités non seulement par obligation, mais aussi par conviction. En tant que disciples du fondateur de la patrie, Ali Jinnah, et en tant que disciples du prophète Mahomet, nous agissons conformément à la loi et à la constitution du Pakistan», a ajouté le Premier ministre. Anwar ul Haq a ensuite distribué des chèques de deux millions de roupies aux chrétiens dont les maisons ont été détruites au cours des violences. (cath.ch/fides/bh)

    Pakistan: un jour de prière après les attaques contre les chrétiens

    20/08/2023

    Pakistan: un jour de prière après les attaques contre les chrétiens

    Une journée spéciale de prière est célébrée le 20 août 2023 dans toutes les communautés catholiques du Pakistan, a annoncé la Conférence épiscopale du Pakistan. L'initiative fait suite à la vague de violences contre des édifices sacrés et des familles chrétiennes du 16 août dernier à Jaranwala, dans...

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    Après les attaques, les chrétiens de Jaranwala ont reçu la visite d'évêques et des autorités, ici le 21 août dernier. La police poursuit son enquête © Good News TV/Facebook

    Pakistan: un différend entre chrétiens serait à l’origine des attaques

    Alors que les églises rouvrent à Jaranwala, dans l'est du Pakistan, et que les chrétiens reconstruisent leur quartier, la police poursuit son enquête pour trouver l’origine de l’affaire des pages du Coran déchirées qui a déclenché les attaques contre les églises et les biens des chrétiens le 16 août dernier. Il s'agirait en fait d’un règlement de compte entre chrétiens, explique l'agence Fides.

    "Le gouvernement poursuit la reconstruction des églises, les gens continuent à réparer leurs maisons. De petits pas sont faits vers la normalité, mais les enfants ne vont toujours pas à l'école. Les gens sont toujours traumatisés et ont besoin d'aide. Nous nous réjouissons de tant de gestes de solidarité, de la part des chrétiens et des musulmans, qui nous réconfortent", témoigne le Père Khalid Mukhtar. Environ 300 des 700 familles chrétiennes ont été touchées par les violences.

    Suite à des accusations de blasphème portées contre deux chrétiens, plusieurs églises de Jaranwala, dont l’église catholique de la ville, l’église de l’Armée du salut et l’église pentecôtiste, ainsi que la colonie chrétienne locale, ont été vandalisées et incendiées le 16 août dernier. L'affaire a pris une ampleur nationale. Après l'évêque de de Lahore, Mgr Mgr Sebastian Shaw, le premier ministre par interim, accompagné de leaders musulmans, avait fait le déplacement à Jaranwala pour assurer les chrétiens de son soutien et les avait dédommagé financièrement.

    Trois suspects arrêtés

    De son côté, la police pakistanaise poursuit son enquête sur les causes de l’attaque. Selon des fuites provenant de responsables de la police locale, l'incident aurait éclaté parce que trois chrétiens ont jeté des pages du Coran devant la maison de deux autres coreligionnaires afin de les faire accuser de blasphème - selon un cliché très répandu-, utilisant la loi pour masquer un différend privé.

    Les trois suspects, placés en détention, pourraient avoir organisé la fausse affaire de blasphème contre les deux hommes, des frères, qui avaient été initialement inculpés et arrêtés. L'un des trois suspects, pensait que l’un des frères avait une liaison avec sa femme et aurait donc organisé la mise en scène.

    Le Père Khalid Mukhtar confirme avoir appris l'arrestation de trois hommes liés à l'affaire et note: "Ce qui s'est passé n'est pas encore clair. Nous attendons une confirmation officielle et que toute la lumière soit faite. Mais s'il s'avère que l'affaire a été conçue et fabriquée par des citoyens chrétiens, ce serait très grave. On ne joue pas avec le feu, il faut penser aux réactions et aux conséquences d'actions insensées", note-t-il, stigmatisant l'instrumentalisation de la loi sur le blasphème.

    Selon les dispositions actuelles (trois articles du code pénal), au Pakistan, une personne coupable d'avoir insulté l'islam peut être condamnée à la prison à vie, voire à la peine de mort. Compte tenu du caractère très délicat et sensible du sujet religieux, de simples accusations suffisent souvent à inciter des foules à commettre des violences et des lynchages. (cath.ch/fides/bh)

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    Mgr © A.R./Eglises d'Asie

    Pakistan: Mgr Shaw: "Le dialogue interreligieux est la seule solution"

    Dans son bureau jouxtant la cathédrale historique du Sacré-Cœur, Mgr Sebastian Francis Shaw, archevêque de Lahore, livre son regard sur la situation des chrétiens au Pakistan, où l’islam est un ciment patriotique et politique. La minorité, qui représente seulement 2% d’une population de 240 millions d’habitants, est vulnérable et fait profil bas.

    Propos recueillis par Eglises d'Asie

    L’archevêque revient sur les émeutes du 16 août au quartier chrétien de Jaranwala. Il défend le dialogue interreligieux, dont il est l’un des représentants importants au Pakistan.

    La minorité chrétienne vit-elle dans la peur au Pakistan?
    Mgr Sebastian Francis Shaw: Il y a une trentaine d’années, personne ne vivait dans la peur au Pakistan. Les problèmes ont débuté lorsque certaines lois ont été introduites et qu’elles ont été mal utilisées. C’est le cas par exemple de la loi sur le blasphème. Les violences de Jaranwala (des émeutes qui ont ciblé le quartier chrétien de Jaranwala, à 100 km de Lahore, détruisant des centaines de maisons et incendiant 22 églises, ndlr) ont eu lieu suite à une accusation de blasphème visant des chrétiens. Avant cet incident, les gens vivaient côte à côte, et ils vivent toujours ainsi. La peur peut exister mais n’est pas une réalité quotidienne. Les musulmans et les chrétiens vivent ensemble et participent même aux cérémonies religieuses des uns et des autres.

    L’accusation de blasphème, passible de prison et de pendaison, vise toute personne qui manquerait de respect à l’égard du prophète Mahomet ou du Coran. N’importe qui peut être aisément accusé à tort de blasphème. À Jaranwala, selon la police, ce sont en fait des chrétiens ont voulu incriminer d’autres membres de leur communauté et ont mis en scène une profanation du Coran afin de les faire accuser de blasphème.
    Les disputes personnelles sont à l’origine de nombreux cas d’accusations de blasphème. La religion est utilisée dans l’intérêt malveillant de certaines personnes. Les motivations sont diverses: elles peuvent être d’ordre politique ou financier, ou par jalousie, par vengeance, ou encore dans le cadre de différends concernant des terres et des propriétés.

    "Les disputes personnelles sont à l’origine de nombreux cas d’accusations de blasphème."

    Comment désamorcer les tensions interreligieuses?
    D’une manière générale, les gens peuvent avoir des idées fausses et des interprétations qui créent de la distance et de l’animosité. Nous croyons très profondément que, face à toute forme de confusion, le dialogue est la seule solution. Depuis quinze ans, et particulièrement à Lahore, nous organisons des rencontres entre chrétiens et musulmans. Si l’on dialogue, l’incompréhension religieuse est impossible. Tous les quinze jours, nous organisons ainsi un dialogue interreligieux qui rassemble près de 80 personnes, avec la participation de grands représentants religieux de l’islam au Pakistan.

    Comment le dialogue aide-t-il à débloquer de fausses accusations de blasphème?
    Je vais vous donner un exemple. Il y a quelques mois, quatre chrétiens âgés de quinze ou seize ans, qui travaillaient comme nettoyeurs de rue, ont été accusés de blasphème et frappés par des musulmans. La raison était qu’ils avaient utilisé une bannière religieuse pour ramasser des détritus. Mais ils n’avaient aucune idée que de ce qui était écrit sur cette bannière! Immédiatement, nous avons mobilisé notre homme de dialogue, un musulman, qui est allé parler à la police avec l’un de nos représentants, afin de faire libérer ces garçons. Il a demandé aux jeunes chrétiens de lire un journal, ce qu’ils ont été incapables de faire. Ainsi, il a démontré que ces garçons n’avaient pas voulu profaner la bannière et étaient simplement ignorants et illettrés. Grâce à ce dialogue, la situation a été résolue.

    "À une époque, (...) nous, chrétiens du Pakistan, étions souvent accusés d’être les alliés de l’Occident et des États-Unis."

    En fait, l’interprétation que les gens donnent aux choses peut être mauvaise. Face à cela, il faut faire preuve d’écoute, de compréhension, parler ensemble, et réaliser aussi que nous sommes tous Pakistanais. Même à Jaranwala, nous sommes tous responsables des émeutes. Cet incident, qui met en cause la responsabilité des chrétiens et des musulmans, a entaché l’image du Pakistan. Ce sont aussi des maisons qui ont été détruites et qu’il faut à présent reconstruire avec l’argent de notre pays.

    Dans les mentalités au Pakistan, il existe une certaine méfiance à l’égard de la minorité chrétienne…
    À une époque, en particulier après les attentats du 11 septembre 2001, nous, chrétiens du Pakistan, étions souvent accusés d’être les alliés de l’Occident et des États-Unis. Aujourd’hui, les gens ont compris que nous sommes nés ici et que nous sommes les enfants du Pakistan. Récemment, un religieux musulman a déclaré à ses fidèles: «Mes frères, comprenez bien que personne n’écoute les chrétiens pakistanais en Europe ou aux États-Unis!» Et c’est la vérité.

    L’an dernier, nous avons voulu envoyer l’un des nôtres à un colloque international sur l’éducation catholique, qui se tenait à Marseille. Malgré toutes les lettres de recommandation et les garanties que nous avons fournies, le visa lui a été refusé par la France… Et ce n’est pas la première fois que nous essuyons des refus.

    Pensez-vous que le visa a été refusé parce que cette personne était pakistanaise?
    Oui, avec la suspicion habituelle que cette personne voudrait peut-être ne pas revenir au Pakistan une fois en France. Le fait d’être chrétien n’a pas fait de différence. Ici, les gens comprennent donc que nous sommes tous logés à la même enseigne. Nous sommes tous Pakistanais.

    Quel est le message que vous faites passer à vos amis musulmans lors de vos échanges?
    Nous voulons tous que le Pakistan soit un pays en paix. Nous vivons tous ensemble. Il ne s’agit pas seulement de tolérance, mais aussi d’acceptation réciproque, comme dans un couple! Nos croyances sont différentes, nous prions de manière différente, et nous l’acceptons. Dieu nous accepte tous. Nous ne devons contrôler personne et comprendre nos différences.

    Et que dites-vous aux chrétiens?
    Je leur dis que nous devons aussi apprendre à vivre davantage en paix avec les autres. Nous bénéficions d’une longue expérience de dialogue interreligieux. Nos écoles chrétiennes, comme Saint-Anthony à Lahore, ne sont pas des institutions religieuses mais des institutions sociales. Pour les cours religieux, les classes sont séparées entre chrétiens et musulmans. Durant le catéchisme avec les élèves chrétiens, nous leur apprenons, par exemple, que le Coran mentionne 24 fois le nom de Jésus-Christ. Ainsi, nous leur donnons une sensibilité religieuse d’affiliation. C’est très important.

    Et cela serait aussi valable en France ou en Suède. Lorsque quelqu’un brûle le Coran en Europe, j’explique ici à mes frères musulmans qu’une grande partie des Européens ne sont pas religieux, même si les gens portent des prénoms chrétiens, et n’ont pas de sensibilité religieuse. Pour beaucoup d’entre eux, la Bible, le Coran ou la Torah ne sont que des livres ordinaires. Mais il faudrait que ces pays comprennent que nos frères musulmans ont une dévotion profonde pour le Coran et pour le prophète, et qu’il faut éviter de créer des problèmes. Si vous brûlez un coran, les réactions viendront du monde entier.

    Au Pakistan, le problème est qu’il existe des courants de radicalisation islamiste…
    Nous en discutons avec les autorités et avec d’autres interlocuteurs. Le gouvernement essaie de faire prévaloir la paix et l’harmonie au Pakistan. Mais il y a certains groupes qui sont en effet «radicaux», comme vous dites; ils ont leur propre idéologie et créent des problèmes.

    "Si vous brûlez un coran, les réactions viendront du monde entier."

    Ces groupes agitent notamment la loi sur le blasphème. À Jaranwala, par exemple, tout un mécanisme s’est immédiatement mis en place pour dénoncer le blasphème et mobiliser les foules, avec des appels émis depuis les haut-parleurs des mosquées et des messages diffusés sur les réseaux sociaux. On peut se demander si ces émeutes n’étaient pas politiquement motivées…
    Ce que nous voulons, c’est que les accusations de blasphème ne soient pas émises par les haut-parleurs des mosquées. Nous en faisons régulièrement la demande auprès des autorités. Le blasphème ne doit pas être annoncé par la mosquée, car il est ensuite très difficile de contrôler les émeutes.

    Les statistiques ont été publiées suite à l'attaque violente d'un quartier chrétien à Jaranwala, au Penjab
    Les statistiques ont été publiées suite à l'attaque violente d'un quartier chrétien à Jaranwala, au Penjab @ Good News TV/Facebook

    En tant que chrétiens, nous ne disons pas que nous demandons l’abolition de la loi sur le blasphème, mais nous demandons qu’une méthodologie et des règles l’entourent. Un individu peut être puni, mais pas sa famille ni son village entier, comme cela a été le cas à Jaranwala. En même temps, beaucoup d’histoires rapportent que des musulmans ont aidé leurs voisins chrétiens à se cacher et les ont protégés durant les émeutes.

    Il faut souligner que la loi sur le blasphème peut aussi viser des musulmans…
    En effet. De nombreux musulmans sont en prison en raison de cette loi. La seule différence est la suivante: si un musulman est accusé de blasphème, c’est seulement lui qui est puni en tant qu’individu. Mais si un chrétien est accusé, c’est annoncé à la mosquée, et toute sa famille est ciblée, sa maison brûlée, et parfois son clan entier est visé. (cath.ch/eda/bh))

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