"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le rapport McCarrick Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lum...
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Les évêques américains saluent le rapport McCarrick
Le pape renouvelle l'engagement de l'Eglise à éradiquer les abus
Le rapport McCarrick, un boomerang pour Mgr Vigano
Rapport McCarrick: l'Eglise catholique "a failli dans sa tâche"
Comment la loi du silence a prévalu autour de Théodore McCarrick
L'archevêque de New York avait averti le nonce sur McCarrick
Rapport McCarrick: le Vatican répond à Mgr Vigano
Comment Jean Paul II a nommé McCarrick à Washington
McCarrick a-t-il joué un rôle dans les relations Chine - Vatican?
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 1/3
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 2/3
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 3/3
1500 intellectuels polonais pour défendre la mémoire de Jean Paul II
L’ex-cardinal McCarrick mis en accusation pour abus sexuels
La justice déclare l’ex-cardinal McCarrick "inapte" à être jugé
L’ex-cardinal Theodore McCarrick est mort
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le rapport McCarrick Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lum...
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le rapport McCarrick Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lum...
Les évêques américains saluent le rapport McCarrick
Pour le président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCB) le rapport McCarrick, publié à Rome le 10 novembre 2020, présente "un autre chapitre tragique dans la longue lutte de l'Eglise pour faire face aux crimes d'abus sexuels commis par le clergé".
Le pape renouvelle l'engagement de l'Eglise à éradiquer les abus
Proximité avec les victimes d'abus et engagement pour que ce fléau soit éradiqué au sein de l'Eglise. Ce sont les mots que le pape François, à la fin de l'audience du mercredi 11 novembre 2020, a consacrés à la publication du rapport sur l'ex-cardinal Theodore McCarrick, reconnu responsable d'abus s...
Le rapport McCarrick, un boomerang pour Mgr Vigano
Le rapport détaillé du Vatican sur Théodore E. McCarrick revient comme un boomerang à la tête de Mgr Carlo Maria Vigano. Le document de 450 pages, publié à Rome le 10 novembre 2020, révèle plusieurs éléments cruciaux qui mettent à mal le 'témoignage' de 2018 de l'ancien nonce à Washington. Mgr Vigan...
Rapport McCarrick: l'Eglise catholique "a failli dans sa tâche"
Le rapport McCarrick "montre clairement que l’Eglise a totalement failli dans sa tâche", a affirmé le Père jésuite Thomas J. Reese, éditorialiste pour le site américain Religion News Service (RNS) le 10 novembre 2020.
Comment la loi du silence a prévalu autour de Théodore McCarrick
Le rapport de la Secrétairerie d'État du Vatican sur l'ex-cardinal Theodore E. McCarrick, paru le 10 novembre 2020, donne un aperçu saisissant de la manière dont les témoignages des victimes des abus sexuels du prélat américain ont été mis de côté par les responsables d'Eglise, à tous les niveaux. P...
L'archevêque de New York avait averti le nonce sur McCarrick
En 1999, Mgr John Joseph O'Connor, archevêque de New York, avait averti dans un courrier au nonce à Washington des «risques» qu’une élévation au cardinalat de Mgr Theodore McCarrick occasionnerait, considérant les allégations qui pesaient sur celui qui était alors archevêque de Newark (New Jersey).
Rapport McCarrick: le Vatican répond à Mgr Vigano
Le rapport McCarrick, publié le 10 novembre 2020 après une longue enquête, peut être lu aussi comme une réponse du Saint-Siège aux accusations lancées le 22 août 2018, contre le pape François notamment, par Mgr Carlo Maria Viganò. Dans une lettre qui avait provoqué un important scandale à l’époque,...
Comment Jean Paul II a nommé McCarrick à Washington
En nommant McCarrick archevêque de Washington en novembre 2000, le pape Jean Paul II a choisi de ne pas écouter les avertissements du cardinal O’Connor sur le comportement potentiellement déviant du prélat américain.
McCarrick a-t-il joué un rôle dans les relations Chine - Vatican?
Le rapport McCarrick, publié par le Vatican le 10 novembre 2020, dévoile de nombreuses informations sur la “carrière diplomatique” chinoise de l’ancien cardinal américain Theodore McCarrick. Un engagement très informel dans lequel la Maison Blanche apparaît également avoir joué un rôle décisif.
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 1/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou...
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 2/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou...
McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 3/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou...
1500 intellectuels polonais pour défendre la mémoire de Jean Paul II
Près de 1500 intellectuels et universitaires polonais ont lancé un appel contre "la diffamation et le rejet de Jean Paul II" après la publication du rapport McCarrick par le Vatican, le 10 novembre 2020. Jean Paul II a lutté fermement contre les abus sexuels, rappellent-ils.
L’ex-cardinal McCarrick mis en accusation pour abus sexuels
L’ex-cardinal Theodore McCarrick devra finalement répondre devant la justice de Boston de trois chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et de coups et blessures sur une personne de plus de 14 ans se rapportant à des faits commis dans les années 1970.
La justice déclare l’ex-cardinal McCarrick "inapte" à être jugé
La justice américaine a décidé d’abandonner, le 30 août 2023, ses poursuites contre l’ex-cardinal Theodore McCarrick, âgé de 93 ans en raison de son «inaptitude» à être jugé pour une agression sexuelle sur un adolescent dans les années 1970.
L’ex-cardinal Theodore McCarrick est mort
Theodore McCarrick, qui fut archevêque de Washington de 2000 à 2006 et cardinal de 2001 à 2018 avant de subir la révocation de son état clérical en raison d’agressions sexuelles sur mineurs, est décédé le 3 avril 2025 dans une maison de repos du Missouri, à l’âge de 94 ans.
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lumière sur la manière dont l’ex-cardinal McCarrick a pu gravir les échelons dans l’Eglise catholique, sans jamais être inquiété, malgré les nombreux abus sexuels qu'il a commis au cours de sa carrière.
Epais de 445 pages, le document inédit produit par la Secrétairerie d'Etat du Vatican retrace, depuis le pontificat de Paul VI, la façon dont l’ancien haut prélat américain a brillamment évolué dans la hiérarchie de l’Eglise malgré les nombreuses allégations d’abus sexuels qui pesaient sur lui. Le présent rapport ne porte pas directement sur les faits reprochés à l’encontre de l’homme qui a aujourd’hui 90 ans, mais cherche à comprendre comment l’Eglise a failli dans son jugement.
On y apprend notamment que Jean Paul II avait bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal O’Connor, archevêque de New York, en 1999. Pourtant, un an plus tard, celui qui s’appelait encore Mgr McCarrick était nommé archevêque de Washington puis élevé au rang de cardinal.
Paul VI ne savait rien
La synthèse du rapport McCarrick n’accorde qu’un bref paragraphe au rôle du pape Paul VI dans l’ascension de l’ex-cardinal. Certes, en 1977, le pontife italien nomme le jeune prêtre évêque auxiliaire de New York. Mais le rapport est formel: «La grande majorité des personnes consultées durant le processus de nomination a très fortement recommandé McCarrick pour qu’il soit élevé évêque». Les auteurs insistent: «Personne n’avait alors déclaré avoir été témoin ou avoir entendu parler d’un comportement inapproprié de la part de McCarrick, que ce soit avec des adultes ou des mineurs».
Jean Paul II n’a jamais souhaité entendre les rumeurs insistantes
C’est sous le pontificat de Jean Paul II que des informations concernant le comportement déplacé de McCarrick vont remonter. Toutefois, lorsqu’en 1981, le pontife polonais le nomme évêque de Metuchen, tout comme lorsqu’il le nommera en 1986 archevêque de Newark, «aucune information crédible n’est apparue suggérant qu’il a commis une quelconque faute».
Au contraire, le prélat est largement encensé pour ses talents pastoraux, son zèle d’évêque et son intelligence. Dans les diocèses de Metuchen et de Newark, McCarrick est ainsi reconnu pour être un «travailleur acharné», mais aussi très actif au sein de la Conférence épiscopale américaine. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il se fait remarquer pour «ses capacités à lever efficacement des fonds, tant au niveau diocésain que pour le Saint-Siège».
Jean Paul II informé à propos de McCarrick
Le prélat américain prend de plus en plus d’importance dans l’Eglise aux Etats-Unis et dans l’Eglise universelle. Si bien qu’il est nommé en l’an 2000 archevêque de Washington puis, un an plus tard, créé cardinal. Mais ces décisions prises à l’époque par Jean Paul II posent question aujourd’hui, puisqu’on apprend officiellement que de nombreuses allégations allant à l’encontre du prélat américain étaient connues du pontife polonais.
Le rapport est affirmatif: «Les preuves montrent que le pape Jean Paul II a personnellement pris la décision d’élever McCarrick». Or, le rapport exhume les éléments qui avaient été portés à la connaissance du pontife d’alors.
D’abord, un prêtre avait affirmé avoir observé une «activité sexuelle» de McCarrick avec un autre prêtre en 1987. Ensuite, une série de lettres anonymes avaient été envoyées en 1992 et 1993 à la Conférence épiscopale américaine, au nonce apostolique aux Etats-Unis ainsi qu’à plusieurs cardinaux américains. Ces missives accusaient «McCarrick de pédophilie avec ses 'neveux'». Par ailleurs, une autre allégation rapportait que McCarrick était connu «pour avoir partagé un lit avec de jeunes hommes adultes» dans la résidence de l’évêque à Metuchen et de Newark. Dernier élément: il se disait que McCarrick avait «partagé un lit avec des séminaristes adultes dans une maison de plage sur la côte du New Jersey».
Dénégations efficaces
De tout cela, Jean Paul II était au courant. En 1999, le cardinal O’Connor, archevêque de New York, avait rédigé une lettre au nonce apostolique dans laquelle il résumait les accusations (exprimées ci-dessus). Les auteurs du rapport écrivent que le contenu de cette lettre avait bien été partagé au pape, «peu de temps après».
Malgré cet avertissement officiel, le pontife polonais a donc nommé McCarrick archevêque de Washington. Comment cela est-il possible? Le rapport tente d’apporter des explications en sept points.
On apprend tout d’abord que le pape, avant de prendre sa décision, a demandé au nonce apostolique aux États-Unis de mener une enquête auprès de quatre évêques du New Jersey. Il s’avère que leurs réponses confirment que McCarrick a «partagé le lit avec des jeunes hommes». Mais, précise le rapport, elles n’ont pas "indiqué avec certitude que McCarrick avait commis une quelconque inconduite sexuelle». En outre, des réponses imprécises de la part des évêques américains auraient déprécié la qualité de l’enquête dont les conclusions n’auraient donc pas été bien considérées par Rome.
Deuxième élément de réponse qui pourrait expliquer l’aveuglement de Jean Paul II: une lettre rédigée par McCarrick lui-même en août 2000 et envoyée au secrétaire particulier du pape, Mgr Dziwisz. Cette missive du principal intéressé démontait les allégations rapportées précédemment par le cardinal O’Connor. McCarrick y soutenait par exemple: «En soixante-dix ans de vie, je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec la moindre personne».
Soupçons de diffamation
D’autre part, le rapport précise que le Saint-Siège n’avait jamais alors reçu de plainte directe mettant en cause McCarrick. «Pour cette raison, les partisans de McCarrick ont pu qualifier les allégations portées contre lui comme étant des ragots ou des rumeurs», peut-on lire.
Le rapport note par ailleurs que la seule personne – un prêtre – qui s’était plainte de la conduite du prélat américain, n’a pas été sérieusement entendue puisque ce dernier avait par le passé abusé de deux adolescents. «De plus, le Saint Siège n’avait pas reçu de document dûment signé de ce prêtre», précise-t-on.
Dans un cinquième argument, l’histoire personnelle du pape Jean Paul II est invoquée. Elle pourrait expliquer pourquoi il n’aurait accordé que peu de crédit à ces allégations. Ayant vécu dans un pays marqué par le totalitarisme nazi puis communiste, le pontife polonais savait que des rumeurs pouvaient être lancées à l’encontre de personnalités afin de les discréditer. N’ayant pas de preuve évidente des faits qui étaient reprochés à McCarrick, le pape Jean Paul II les aurait un peu trop rapidement écartés.
Autre point invoqué: McCarrick était connu et reconnu pour être un évêque «capable de gérer des missions délicates et difficiles tant aux Etats-Unis que dans certaines des régions les plus sensibles du monde, y compris dans l’ancien bloc de l’Est et en particulier en Yougoslavie». Sa notoriété et ses succès auraient pu éblouir et finalement amoindrir les jugements objectifs quant à sa personnalité.
Enfin, le rapport précise que McCarrick connaissait Jean Paul II depuis des années, leur première rencontre datant du milieu des années 1970. «Il a eu de nombreux contacts avec le pape, tant à Rome que lors de ses voyages à l’étranger, notamment lors de la visite du pape à Newark en 1995». Cette relation directe et étroite entre l’ex-haut prélat américain et Jean Paul II a probablement aussi influencé la prise de décision du pape.
Benoît XVI n’a pas souhaité de procédure canonique
Lorsque Benoît XVI est élu, les informations reçues par le Saint-Siège en lien avec la conduite de McCarrick sont les mêmes que sous Jean Paul II, précise le rapport. Après son élection en avril 2005 et sur recommandation de la Congrégation pour les évêques et du nonce à Washington, le pape allemand prolonge même de deux ans l’Américain à son poste. Ce sont les nouvelles révélations d’un prêtre qui conduisent le Saint-Siège à «faire marche arrière fin 2005» et «à rechercher dans l’urgence un successeur» pour le siège de Washington, est-il écrit. McCarrick est quant à lui invité à démissionner «spontanément» après la période de Pâques 2006, puis à faire profil bas. Cette demande sera à nouveau faite par le Saint-Siège au prélat par écrit en 2008.
Les deux années suivantes seront marquées par les révélations de Mgr Viganò, alors en fonction à la Secrétairerie d’Etat. Ce dernier rédige «deux notes de bureau» à l’attention de ses supérieurs, l’une en 2006, la seconde en 2008, concernant les agissements du haut prélat américain. Dans ces documents, ce dernier s’inquiète du «scandale» qui pourrait éclater compte tenu de la circulation des rumeurs. Il suggère alors «qu’une procédure canonique soit ouverte pour déterminer la vérité et, si cela est justifié, d’imposer une mesure exemplaire».
Une «série de facteurs» conduit Benoît XVI à ne pas initier un procès canonique, tente d’analyser le rapport en rappelant en premier lieu qu’il n’y avait à l’époque «aucune accusation crédible d’abus d’enfants». En second lieu, «McCarrick avait juré» que les allégations étaient fausses, est-il encore précisé. A cela s’ajoute que les accusations dataient d’avant 1980 et que le pape n’avait connaissance d’aucune «mauvaise conduite récente».
Négligences de Mgr Vigano
Problème: en l’absence de sanctions canoniques et d’instructions explicites du Saint-Siège, le haut prélat américain «a continué ses activités aux Etats-Unis et à l’étranger» et a poursuivi son travail dans les différentes instances vaticanes dans lesquelles il avait une responsabilité.
Il faudra attendre la fin du pontificat de Benoît XVI pour que de nouvelles révélations surgissent. Elles émanent d’un prêtre qui raconte à Mgr Viganò, devenu nonce aux Etats-Unis, avoir eu des rapport sexuels «explicites» avec McCarrick. Ces révélations poussent, en 2012, le diplomate à écrire au cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, lequel invite le nonce à entreprendre une «enquête» avec des fonctionnaires diocésains afin de déterminer si ces allégations sont fondées.
Des recommandations que Mgr Viganò n’a pas suivies, précise le rapport: ce dernier ne s’est même jamais «positionné pour vérifier la crédibilité de ce troisième prêtre», est-il écrit.
Le pape François a fait confiance à ses prédécesseurs
Lorsque le pape François est élu, il ne modifie pas les fameuses consignes concernant les activités du haut prélat. Jusqu’en 2017, «personne» n’a fourni de documents concernant le cardinal McCarrick au pape François – contrairement à ce qu’affirme l’ancien nonce Viganò. Le pape François ayant «seulement entendu» que le haut prélat avait été impliqué dans des «conduites immorales» avec des adultes.
Croyant que ces accusations avaient déjà été «examinées et rejetées par le pape Jean Paul II» et sachant que le cardinal avait poursuivi son activité sous Benoît XVI, le pape François n’a pas jugé nécessaire de modifier «la ligne adoptée» les années précédentes, est-il expliqué.
L’affaire bascule en juin 2017, au moment où l’archidiocèse de New York enregistre une accusation d’abus sexuel impliquant une victime mineure. Une fois l’accusation jugée «crédible», le pape François demande alors la démission du haut prélat du Collège cardinalice. (cath.ch/imedia/hl/cg/rz)
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Les évêques américains saluent le rapport McCarrick
Pour le président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCB) le rapport McCarrick, publié à Rome le 10 novembre 2020, présente "un autre chapitre tragique dans la longue lutte de l'Eglise pour faire face aux crimes d'abus sexuels commis par le clergé".
L'archevêque de Los Angeles, Mgr José H. Gomez a exprimé sa reconnaissance envers le pape François "pour sa préoccupation pastorale pour la famille de Dieu aux États-Unis et son leadership en appelant l'Eglise à une plus grande responsabilité et transparence dans le traitement de la question des abus et des plaintes à tous les niveaux".
Le rapport résume les actions des responsables de l'Eglise, y compris des papes précédents, qui ont conduit McCarrick à s'élever à travers la structure hiérarchique de pour devenir cardinal malgré des années de rumeurs d'inconduite sexuelle.
McCarrick a utilisé ses contacts personnels, les protestations de son innocence et l'absence de rapports et d'enquêtes des responsables de l'Eglise sur les accusations portées contre lui pour malgré tout progresser dans la hiérarchie.
Dans sa déclaration, publiée à Washington, l'archevêque Gomez a exprimé "sa profonde tristesse et ses plus sincères excuses" aux victimes de McCarrick et à leurs familles. Il a également exhorté toutes les personnes susceptibles d'avoir été abusées par un prêtre à signaler leur allégation aux forces de l'ordre et aux autorités ecclésiales.
Une étape nécessaire
Les prélats des diocèses où a travaillé Théodore McCarrick ont également accueilli favorablement le rapport du Vatican.
Pour le cardinal Timothy M. Dolan de New York, où McCarrick a été ordonné prêtre en 1958 et où les allégations d'abus ont été faites contre lui en 2017, le rapport romain "est une étape nécessaire". Il a remercié les victimes de l'avoir pris au mot lorsqu'il affirmait vouloir lutter contre le silence. "Ce faisant, vous avez contribué à mettre cette affaire au grand jour, prouvant que quiconque a abusé d'un mineur, même un cardinal, sera puni".
Dans le diocèse de Metuchen, dont McCarrick est devenu le premier évêque en 1982, l'évêque James F. Checchio a relevé que la communauté des croyants avait porté un lourd fardeau. "A mesure que nous apprenions la vérité déchirante des crimes et des péchés du passé, nous nous demandions comment Theodore McCarrick avait pu se voir encore confier de plus grandes responsabilités dans l'Eglise. (…) Bien que je sois reconnaissant au pape François d'avoir ordonné cette étude pour arriver à la vérité sur ce qui s'est passé, je suis comme tout le monde dégoûté et consterné."
L'évêque de Metuchen a indiqué en outre que le diocèse avait engagé un cabinet d'avocats indépendant pour superviser sa propre enquête et un examen de ses archives. Les conclusions ont été envoyées au Vatican, où les enquêteurs ont rédigé le rapport McCarrick. "Au total, le rapport a identifié sept personnes adultes au moment des abus. La première allégation contre McCarrick a été reçue par le diocèse en 2004."
Responsabilité et transparence
Le cardinal Joseph W. Tobin de Newark, où Mgr McCarrick est devenu archevêque en 1986, a qualifié le rapport de "pas important pour faire avancer la responsabilité et la transparence en matière d'abus sexuels". "Au-delà des victimes elles-mêmes, les échecs de certains dirigeants de l'Église catholique ont blessé beaucoup de gens". Pour le cardinal Tobin. Il est cependant "important de reconnaître que l'Eglise a fait des progrès dans sa réponse aux abus du clergé en mettant en œuvre des politiques et des programmes pour protéger les fidèles, en particulier les plus vulnérables d'entre nous."
Le cardinal désigné Wilton D. Gregory de Washington a déclaré que la divulgation de l'action des dirigeants de l'Eglise aux États-Unis et au Vatican était essentielle pour aider à apporter la guérison. "Mon cœur souffre pour tous ceux qui seront choqués, attristés, scandalisés et irrités par les révélations qu'il contient", a déclaré Mgr Gregory. McCarrick était devenu archevêque de Washington en janvier 2001, et élevé au rang de cardinal quelques semaines plus tard. Il a pris sa retraite en 2006, à l'âge de 75 ans. (cath.ch/cns/mp)
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Le cardinal américain, autrefois très influent, a finalement été renvoyé de l’état clérical après qu’une enquête du Vatican l’ait reconnu coupable de crimes sexuels contre au moins un mineur et des adultes, ainsi que d’abus de pouvoir.
"Hier a été publié le rapport sur le cas douloureux de l’ex-cardinal Theodore McCarrick", a déclaré le pape François à la fin de l’audience générale. "Je renouvelle ma proximité avec les victimes de chaque abus et l’engagement de l’Eglise pour éradiquer ce mal ", a-t-il exprimé avant de marquer un long temps de silence.
Theodore McCarrick: l’Eglise a failli dans son jugement
Epais de 445 pages, ce rapport inédit, publié le 10 novembre 2020, retrace, depuis le pontificat de Paul VI, la façon dont l’ancien haut prélat américain a brillamment évolué dans la hiérarchie de l’Eglise malgré les nombreuses allégations d’abus sexuels qui pesaient sur lui. Il ne porte pas directement sur les faits reprochés à l’encontre de l’homme qui a aujourd’hui 90 ans mais cherche à comprendre comment l’Eglise a failli dans son jugement.
Jean Paul II savait
On y apprend notamment que Jean Paul II avait bel et bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal John Joseph O’Connor, archevêque de New York, en 1999.
Pourtant, un an plus tard, celui qui s’appelait encore Mgr McCarrick était nommé archevêque de Washington puis élevé au rang de cardinal par le pape polonais. Le document revient encore sur les pontificats de Benoît XVI et du pape François et la raison pour laquelle aucun procès canonique n’avait été initié jusqu’à la démission demandée par le pape François. (cath.ch/imedia/cg/be)
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Le rapport McCarrick, un boomerang pour Mgr Vigano
Le rapport détaillé du Vatican sur Théodore E. McCarrick revient comme un boomerang à la tête de Mgr Carlo Maria Vigano. Le document de 450 pages, publié à Rome le 10 novembre 2020, révèle plusieurs éléments cruciaux qui mettent à mal le 'témoignage' de 2018 de l'ancien nonce à Washington. Mgr Vigano n'aurait en particulier pas enquêté sur le cardinal lorsque le Vatican lui avait ordonné de le faire en 2012.
L'archevêque Vigano, nonce apostolique aux États-Unis de 2011 à 2016, a publié son 'témoignage' en août 2018, appelant le pape François à démissionner, affirmant que le pontife était au courant de l'inconduite sexuelle de McCarrick et avait pourtant assoupli les restrictions sur son ministère et ses voyages.
Bien qu'il ait été informé que le rapport sur McCarrick était en cours d'élaboration, Mgr Vigano ne s'est jamais présenté pour être interrogé ou témoigner, a indiqué le 10 novembre un fonctionnaire du Vatican.
Des faits d'abus signalés au nonce dès 2012
Le rapport romain indique d'abord qu'en juin 2012, le nonce a reçu une lettre envoyée par un paroissien du Maryland qui décrivait McCarrick comme "un prédateur". Malgré la réception de ces accusations, "rien dans le dossier ne suggère que l'archevêque Vigano ait donné suite à cette lettre en contactant l'expéditeur, McCarrick, l'archidiocèse ou le Saint-Siège".
Toujours selon le rapport, Mgr Vigano a reçu, en août 2012, une lettre du "Prêtre 3", qui détaillait les abus sexuels dont il avait été victime aux mains de McCarrick. Une semaine plus tard, Mgr Vigano a rapporté ces accusations au cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, et a demandé des instructions sur la manière de procéder, indique le Catholic News Service (CNS).
Le cardinal Ouellet a répondu en septembre 2012, demandant au nonce d'enquêter sur les accusations, d'abord en vérifiant la personnalité et la fiabilité du 'Prêtre 3' en s'informant auprès du vicaire général et du vicaire pour le clergé de Metuchen. Il devait aussi répondre au 'Prêtre 3', en lui demandant de clarifier ses accusations contre les ecclésiastiques mentionnés afin de déterminer leur véracité.
Le rapport signale avoir interrogé le vicaire général et le vicaire pour le clergé du diocèse de Metuchen, ainsi que le 'prêtre 3'. Tous trois ont témoigné qu'ils n'avaient jamais été contactés par le nonce. Le 'prêtre 3' a précisé avoir été déçu par l'absence de réponse de Mgr Vigano, et avoir eu le sentiment que le nonce ne prêtait pas attention à ses déclarations.
Dans son 'témoignage' d'août 2018, l'archevêque Vigano affirmait que plusieurs membres de la Curie romaine, dont le cardinal Ouellet, étaient au courant des "sanctions" imposées à McCarrick par le pape Benoît XVI. Il n'a cependant jamais mentionné la demande explicite de mener une enquête que lui avait adressé le cardinal Ouellet en 2012
Des sanctions ignorées par Mgr Vigano
Selon les 'sanctions' imposées par le pape Benoît XVI, McCarrick devait quitter le séminaire où il vivait, il lui était interdit de célébrer en public, de participer à des réunions publiques, de donner des conférences et de voyager. Il avait l'obligation de se consacrer à une vie de prière et de pénitence.
Le rapport du Vatican révèle plusieurs messages et correspondances entre l'archevêque Vigano et le cardinal McCarrick, indiquant que malgré sa connaissance de ces restrictions, l'ancien nonce a participé et même invité McCarrick à plusieurs événements.
Dans un message adressé à l'archevêque Vigano en 2011, McCarrick écrit : "Je voulais vous exprimer ma plus profonde gratitude pour votre gentillesse en nous incluant, moi et mon secrétaire, dans les invitations au splendide dîner que nous avons beaucoup apprécié à la nonciature". Le rapport indique également que McCarrick tenait souvent Mgr Vigano informé de ses activités.
Pas de dénonciation claire
Le rapport indique en outre que le pape François a été interrogé sur la déclaration de MgrVigano selon laquelle il l'aurait informé personnellement, en juin 2013, des accusations portées contre McCarrick. Selon le rapport, le pape François ne se souvenait pas du contenu de ces deux rencontres. Cependant, comme McCarrick était un cardinal qu'il connaissait personnellement, le pape François s'est dit certain qu'il s'en serait souvenu si Vigano avait parlé avec "force ou clarté".
Une frustration personnelle
Le rapport met enfin le doigt sur une blessure d'amour-propre de Mgr Vigano. Plusieurs témoins, dont un prêtre "qui connaissait bien Vigano", ont rappelé que l'ancien nonce s'était déclaré très satisfait de l'élection du pape François, estimant qu'il répondrait au besoin de réforme économique du Saint-Siège. "L'archevêque Vigano a parlé avec tant d'enthousiasme du pape qu'il semblait le considérer comme un allié, à tel point que j'ai eu l'impression qu'il allait être rappelé à Rome pour aider aux réformes", a expliqué le prêtre. La chose ne s'est évidemment pas produite. (cath.ch/cns/mp)
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Rapport McCarrick: l'Eglise catholique "a failli dans sa tâche"
Le rapport McCarrick "montre clairement que l’Eglise a totalement failli dans sa tâche", a affirmé le Père jésuite Thomas J. Reese, éditorialiste pour le site américain Religion News Service (RNS) le 10 novembre 2020.
Interrogés par l'agence I.MEDIA, le Père Reese, ancien rédacteur en chef de la revue jésuite America, le Père Hans Zollner, spécialiste des questions d’abus, et l’essayiste américain Rod Dreher, ont insisté sur la responsabilité de Jean Paul II, mise en lumière par le rapport du Saint-Siège.
La responsabilité de Jean Paul II
La publication du rapport McCarrick le 10 novembre 2020 par le Saint-Siège est une démarche sans précédent, a déclaré à I.MEDIA le Père Zollner, directeur du Centre pour la protection de l’enfance de l’Université pontificale grégorienne de Rome.
Les 445 pages qui le composent décrivent avec minutie la façon dont l’Eglise a favorisé l’ascension de l’ex-cardinal McCarrick, malgré les accusations d’abus sexuels sur des séminaristes et jeunes prêtres dans les années 80-90 qui pesaient sur lui.
"La chose la plus difficile à accepter est la culpabilité de Jean Paul II"
Si ce rapport "montre clairement que l’Eglise a totalement failli dans sa tâche", a affirmé à I.MEDIA le Père Thomas J. Reese, il souligne aussi le "vrai échec de Jean Paul II". Le fait que l’ancien pontife ne "puisse pas croire" les accusations contre l’archevêque McCarrick, comme cela avait été le cas pour le Père [Marcial] Maciel [fondateur des légionnaires du Christ et responsable de très nombreux abus au sein de sa communauté, ndlr] parce qu’ils étaient "ses amis" et qu’ils faisaient "du très bon travail pour l’Eglise" a été sa faiblesse, analyse-t-il.
"La chose la plus difficile à accepter est la culpabilité de Jean Paul II – mais nous devons le faire", considère aussi l’essayiste américain Rod Dreher. Ce rapport confirme selon lui que le pontife polonais était "aveugle à la corruption des évêques et des prêtres".
Jean Paul II a ignoré les avertissements du cardinal John O’Connor
Ce qui est choquant, insiste l’écrivain américain, "c’est que le cardinal John O’Connor, archevêque de New York, l’un des cardinaux les plus conservateurs et les plus respectés de l’époque, a personnellement mis en garde le pape contre McCarrick – mais Jean Paul II l’a ignoré". Pour autant, Rod Dreher ne croit pas "une seule seconde que le saint pape ait été malveillant". Ce qui ne signifie pas, nuance-t-il, "qu’il est sans culpabilité", car c’est son "profond cléricalisme" qui a "gravement blessé l’Eglise".
Ce qui a poussé le pape polonais à l’erreur
Le Père Zollner, expert sur les questions d’abus, a pour sa part souligné les éléments explicatifs apportés par le rapport pour éclairer la décision du pape polonais, à commencer par le manque de témoignages présentés à l’époque: "il y avait des rumeurs, des accusations, mais pas de preuves claires".
"McCarrick a juré que tout était faux. C’était la voix d’un évêque", analyse le prêtre allemand, soulignant de plus qu’il y avait un fait culturel propre à l’origine polonaise de Jean Paul II, qui avait connu auparavant les fausses accusations montées par le régime communiste contre les prêtres. "Toutes ces combinaisons ont peut-être porté Jean Paul II à faire quelque chose qui était une erreur", conclut-il.
Corruption profonde et complexe
Plus généralement, le rapport révèle une corruption "profonde et complexe au sein de la hiérarchie de l’Eglise", affirme pour sa part Rod Dreher, qui fut un des premiers à alerter sur l’aveuglement de l’Eglise dans l’affaire McCarrick dès 2002. L’éditorialiste du site The American Conservative affirme pour sa part qu’il ne s’agit pas que d’un problème interne, mais aussi d’un véritable système de protection au sein de l’institution.
Il déclare avoir été renseigné sur l’affaire McCarrick dès 2002, mais que ses sources semblaient trop effrayées par les conséquences pour pouvoir parler. Deux d’entre elles s’étaient rendues à Rome auparavant pour avertir des agissements du haut prélat afin d’empêcher sa nomination. "S’ils avaient trouvé le courage [de parler publiquement de l’affaire], cela aurait peut-être fait une différence. L’échec du courage ici n’est pas seulement dû à la hiérarchie", analyse-t-il.
"Le courage des victimes" a permis ce rapport
"C’est le courage et la détermination des victimes qui a permis que ce rapport sorte", souligne pour sa part le Père Zollner. L’obstacle principal aux révélations a été l’"ambiance de cléricalisme" et "d’entre-soi" que décrit le rapport, par exemple "cet évêque du New Jersey […] qui savait à ce moment-là ou d’autres qui savaient mais qui n’ont pas dit la vérité lorsqu’il ont été interrogés".
Le Père Reese souligne combien ce rapport rend compte d’une "présomption d’innocence en faveur du clerc" systématique dans le cas des abus de pouvoir. Le cas des abus sur majeurs, reconnaît-il, était un phénomène totalement ignoré à l’époque aux Etats-Unis, alors que la hiérarchie catholique était particulièrement alertée sur les questions de pédophilie. "Le Vatican n’a condamné McCarrick que quand il a reçu une plainte impliquant un mineur", fait encore remarquer le journaliste jésuite.
Rod Dreher déplore pour sa part l’absence totale de compassion pour les victimes qu’on observe au plus haut niveau dans l’ensemble du rapport. "Comme souvent dans l’Eglise, les seules 'vraies' personnes étaient les cardinaux et les évêques; les 'petites gens' – enfants, familles, séminaristes – étaient des abstractions". (cath.ch/imedia/cd/cg/be)
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Comment la loi du silence a prévalu autour de Théodore McCarrick
Le rapport de la Secrétairerie d'État du Vatican sur l'ex-cardinal Theodore E. McCarrick, paru le 10 novembre 2020, donne un aperçu saisissant de la manière dont les témoignages des victimes des abus sexuels du prélat américain ont été mis de côté par les responsables d'Eglise, à tous les niveaux. Pendant des décennies, les lanceurs d'alerte n'ont pas été entendus.
Les 460 pages du rapport révèlent de nombreux récits de victimes ou de témoins des abus de l'ancien cardinal. Ces personnes ont cherché par de nombreuses façons à alerter les responsables de l'Église. Elles se sont le plus souvent heurté à un mur d'indifférence, rapporte le Catholic News Service (CNS).
Des allégations traitées de manière hasardeuse, ignorées ou rejetées ont donné lieu à des traces écrites irrégulières, à des enquêtes inefficaces qui n'ont pas permis de trouver de preuves solides et crédibles. Les rumeurs incessantes sur les penchants de McCarrick ont même fini par être exploitées par certains pour le dépeindre comme une "victime" de la jalousie de ses ennemis.
Une mère qui ne sait pas vers qui se tourner
Le rapport commence par le récit d'une mère new-yorkaise, appelée 'Mother 1' qui a écrit à tous les cardinaux américains et au nonce apostolique au milieu des années 1980 pour leur expliquer le comportement "dangereux" de McCarrick envers ses fils mineurs. Mais n'ayant laissé ni nom, ni adresse, ses mises en garde sont restées sans effet.
'Mother 1' décrit dans le rapport comment McCarrick a amené sa famille à lui faire confiance en recevant son attention bienveillante et généreuse pendant les années 1970 et 1980. Mais elle a commencé à voir l'évêque comme une menace lorsqu'elle l'a surpris en train de masser l'intérieur des cuisses de ses fils devant son mari, qui semblait "inconscient du comportement de Ted".
"McCarrick avait une attirance pour les jeunes garçons"
Alors qu'elle sentait qu'ils devaient le faire "sortir de leur vie", son mari "refusait de comprendre". Lorsqu'elle a découvert que McCarrick apportait de l'alcool lors de voyages de nuit avec ses fils mineurs, elle a réalisé qu'il était "une personne dangereuse" engagée dans des actes prémédités.
Les dénonciations anonymes simplement ignorées
Seule face à ses soupçons et craignant que McCarrick ne se venge sur ses enfants, elle ne se sait pas où aller ni vers qui se tourner. Elle passe alors une journée entière à "ressentir une pure colère" et à écrire une lettre à chaque cardinal américain et au nonce Mgr Pio Laghi. Elle ne voulait pas s'identifier ni identifier ses enfants, mais simplement avertir les autres que McCarrick avait "une attirance pour les garçons" en incluant tous les événements dont elle avait été personnellement témoin.
Sa peur et son anxiété face aux répercussions potentielles ont fait place à la colère lorsque "rien n'a été fait" et que ses lettres ont semblé ignorées. Le rapport indique qu'aucun original ou copie de ses lettres n'a jamais été retrouvé. Une série de lettres similaires de sources inconnues envoyées aux responsables d'Eglise en 1992 et 1993 accusant McCarrick de pédophilie, ne suscitèrent pas plus d'écho.
De nombreux séminaristes victimes de McCarrick
Le récit de séminaristes victimes des abus de Théodore McCarrick est tout aussi glaçant. Selon le rapport, le "Prêtre 1" a été le premier à faire une allégation sur l'inconduite sexuelle de McCarrick. À plusieurs reprises, de 1993 à 1996, il a en informé son évêque, Mgr Edward Hughes, successeur de McCarrick à Metuchen. Mais le "Prêtre 1" a été considéré comme peu fiable en raison de son propre aveu d'avoir abusé de deux mineurs. Cependant, les psychologues qui l'avaient examiné avaient trouvé crédible son témoignage sur les abus de McCarrick envers lui et ils avaient fait part de leurs évaluations à Mgr Hughes et à d'autres personnes.
"En 2005, Benoît XVI refuse de prolonger le mandat de McCarrick"
Les allégations de "Prêtre 1" sont finalement parvenues à la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome entre 2004 et 2005, après qu'il ait déposé un recours concernant les restrictions à son ministère. Cette information est apparemment parvenue au pape Benoît XVI, qui est alors revenu sur sa décision en 2005 de prolonger de deux ans le mandat de McCarrick, âgé de 75 ans, à la tête de l'archidiocèse de Washington, en l'invitant à démissionner immédiatement.
Des accords confidentiels pour empêcher la parole
Malgré les rumeurs le concernant, le 'Prêtre 2' a évité les enquêtes et les médias en 2002 parce qu'il avait entre-temps quitté le sacerdoce, fondé une famille et n'était pas prêt à bouleverser sa vie. En 2004, sa déclaration signée alléguant un harcèlement sexuel de la part de McCarrick a été transmise à la commission d'examen du diocèse de Pittsburgh et à l'évêque Donald Wuerl, qui l'a envoyée au nonce, Mgr Gabriel Montalvo. L'ancien prêtre avait également informé le diocèse de Metuchen en 2004.
Le 'Prêtre 2' a finalement conclu un accord de règlement confidentiel en 2005 avec les diocèses de Metuchen et Trenton et l'archidiocèse de Newark pour ses plaintes de harcèlement sexuel par McCarrick. Le rapport du Vatican n'a trouvé aucune trace d'une transmission de la déclaration du 'Prêtre 2' à Rome.
"Il faut pardonner, pour le bien de l'Eglise"
Le 'Prêtre 3', qui a déclaré avoir été agressé sexuellement par McCarrick à différentes occasions en 1991, a parlé de ces abus à son confesseur en 1993. Celui-ci l'a exhorté à en parler à son évêque, Mgr Hughes, ce qu'il a fait en 1994. L'évêque lui a alors conseillé de pardonner à McCarrick pour le bien de l'Eglise. Et le prêtre n'a pas reparlé des incidents avant 2010.
"Si on m'avait écouté, les choses auraient pu être différentes"
Il a déposé une plainte civile dans le New Jersey en 2011 concernant McCarrick et l'évêque Paul Bootkoski de Metuchen. Il a écrit au nonce, Mgr Carlo Maria Vigano en 2012, qui a relayé l'affaire au cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation des évêques, qui a donné au nonce des instructions spécifiques sur la manière d'enquêter. Le 'Prêtre 3' n'a jamais été contacté par le nonce, qui a plutôt pris langue avec l'évêque Bootkoski, qui lui aurait déclaré que le 'Prêtre 3' n'était pas crédible et fiable.
Son confesseur l'empêche d'en parler
Le 'prêtre 4' raconte qu'en 1984 et 1985, McCarrick avait eu avec lui des contacts physiques inappropriés mais qui ne lui semblaient pas sexuels à l'époque. Il a ensuite été sexuellement accosté par McCarrick lors d'un séjour d'une nuit à la maison de plage de Sea Girt. Le 'prêtre 4' explique qu'il en avait parlé au responsable des vocations du diocèse, mais que ce dernier lui avait fait sentir qu'il était en faute pour avoir fait des allégations aussi graves, qu'il avait besoin de conseils et qu'il pourrait ne pas être ordonné.
"En 1990, j'ai vu McCarrick tripoter un jeune clerc dans un restaurant"
Le 'Prêtre 4' ajoute avoir parlé à son évêque, Mgr Edward Hughes, en 1989, de l'agression sexuelle qui avait eu lieu dans la maison de la plage. L'évêque était visiblement en colère et a dit qu'il s'en occuperait. Le rapport n'a cependant trouvé aucune indication que quelque chose de concret ait été fait. Le 'prêtre 4' n'a rien dit à personne avant 2018, estimant avoir fait tout son possible puisque "on ne peut pas aller plus haut que l'évêque dans un diocèse". "Si on m'avait écouté, les choses auraient pu être différentes", déplore-t-il.
Un témoin qui ne parle pas
Mgr Dominic Bottino, alors directeur des vocations du diocèse de Camden, témoigne avoir vu en 1990 McCarrick, apparemment ivre, lors d'un dîner privé dans un restaurant de Newark, tripoter un jeune clerc terrifié. Mais il n'en avait jamais parlé jusqu'en 2018. Il explique avoir donné son témoignage pour soulager le fardeau de sa conscience depuis cet incident.
Le rapport montre ainsi de manière crue, comment, pendant des décennies, les victimes et les témoins se sont battus dans un no man's land pour faire entendre leurs accusations et faire valoir leurs droits.
Le document romain montre néanmoins aussi que les procédures de signalement mises en œuvre progressivement depuis les années 2000 dans l'Eglise américaine ont eu un effet concret. En 2017, lorsque l'archidiocèse de New York a reçu une allégation d'abus sexuel sur mineur par McCarrick au début des années 1970, la procédure a abouti d'abord au renvoi de McCarrick du Collège des cardinaux puis du sacerdoce en 2018. (cath.ch/cns/mp)
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L'archevêque de New York avait averti le nonce sur McCarrick
En 1999, Mgr John Joseph O'Connor, archevêque de New York, avait averti dans un courrier au nonce à Washington des «risques» qu’une élévation au cardinalat de Mgr Theodore McCarrick occasionnerait, considérant les allégations qui pesaient sur celui qui était alors archevêque de Newark (New Jersey). Informé de cette lettre, le pape Jean Paul II avait pourtant nommé un an plus tard l’intéressé archevêque de Washington puis, en 2001, l’avait élevé au rang de cardinal.
Que savait Jean Paul II des allégations pesant sur McCarrick au moment où il décida de le nommer archevêque de Washington, puis cardinal? Le rapport sur la «connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)», rendu public le 10 novembre 2020, permet de répondre en partie à cette question. On y trouve notamment en intégralité la lettre du cardinal O’Connor adressée en 1999 au Saint Siège par l’intermédiaire de la nonciature à Washington. Une missive à la conclusion sans équivoque: il ne fallait pas promouvoir McCarrick.
Rumeurs persistantes
«Il m’est extrêmement difficile d’écrire cette lettre», commence par confier le cardinal O’Connor à Mgr Gabriel Montalvo, alors nonce apostolique à Washington en poste depuis seulement un an. «Car j’ai pu constater de mes propres yeux ses contributions extraordinaires [celles de McCarrick, NDLR] et je crois qu’il a fait avancer inlassablement la cause de l’Église pendant de très nombreuses années», poursuit l’archevêque de New York, qui connaissait l’intéressé depuis des années. «Toutefois, nuance-t-il immédiatement, pour le bien de cette même Église et son intégrité, et plus particulièrement si notre Saint-Père devait avoir à l’esprit une nouvelle mission encore plus importante pour l’archevêque McCarrick, notamment un siège cardinalice, je n’ai pas d’autre choix que de vous fournir ces informations».
En six points, le cardinal O’Connor livre ensuite tout ce qu’il a entendu sur le comportement de celui qui n’était alors “que” archevêque de Newark. Le haut prélat new-yorkais confie toutefois ne jamais pouvoir apporter de preuves irréfutables des faits déviants reprochés à McCarrick. «Il a été dit qu’il invitait fréquemment des visiteurs masculins à dîner et à passer la nuit», peut-on lire par exemple. «En général, ils partageaient un lit, bien qu’il y ait suffisamment de chambres d’hôtes», ajoute-t-il. Un peu plus loin, il raconte que l’archevêque de Newark organisait fréquemment des séjours avec des séminaristes dans une maison d’une station balnéaire du New Jersey. Or, «six partageaient les chambres d’hôtes et un le lit avec l’archevêque». Il ajoute immédiatement: «Cela se savait et était source de plaisanteries au sein du clergé».
"Le prêtre psychologue et le psychiatre semblent tous deux convaincus …"
Le cardinal O’Connor, qui avait été alerté au début des années 1990 par des lettres anonymes accusant McCarrick de pédophilie et d’inceste, raconte avoir demandé à un prêtre psychologue de son archidiocèse de s’entretenir avec un psychiatre. Ce dernier avait pris en charge au moins un prêtre potentiellement victime d’abus de McCarrick. «Le prêtre psychologue et le psychiatre semblent tous deux convaincus que le ou les prêtres en cours de traitement ont été victimes, volontairement ou non, dans leur relation inappropriée avec l’évêque McCarrick, alors évêque de Metuchen (New Jersey)», rapporte le cardinal. Il nuance: «Je dois avouer que je n’ai pas vraiment trouvé ma discussion avec le prêtre psychologue ou les conclusions du psychiatre définitivement convaincantes».
Dans son courrier, l’archevêque de New York «regrette» par ailleurs de devoir fournir les copies des fameuses quatre lettres anonymes reçues en 1992 et 1993. Le haut prélat confie au nonce les avoir à l’époque faites suivre à Mgr McCarrick, conformément à sa politique, «sans porter de jugement et en exprimant généralement mon soutien personnel».
Au détour d’un paragraphe, le cardinal O’Connor s’autorise une réflexion concernant les voyages «incessants» de Mgr McCarrick de par le monde. «Je mentionne cela uniquement pour me demander s’il existe un lien entre ce besoin apparent de voyager en dehors de l’archidiocèse et le fait qu’il ait apparemment mis ses anciennes prétendues inclinations derrière lui», écrit-il, soulignant qu’il serait «difficile» d’évaluer la pertinence de son propos. «Il est toutefois tout à fait concevable qu’il ait, par le biais de ces voyages, consacré toute son énergie aux affaires de l’Église, en partie pour déplacer l’utilisation de cette énergie dans les types d’activités inappropriées décrites ci-dessus», imagine-t-il.
«Les rumeurs et les allégations sur le passé pourraient faire surface»
À la fin de sa lettre, le haut prélat rédige avec «un profond regret» ses conclusions: «Je dois exprimer mes propres craintes et celles des témoins autorisés cités ci-dessus, à savoir que si l’archevêque McCarrick se voyait confier une plus grande responsabilité aux États-Unis, en particulier s’il est élevé au rang de cardinal, il y aurait de bonnes raisons de croire que les rumeurs et les allégations sur le passé pourraient faire surface».
Le cardinal est formel: «Il est très difficile de déterminer la vérité dans des cas aussi complexes». Néanmoins, il prévient que si «le bénéfice du doute doit toujours être accordé à l'accusé, le bien des âmes et la réputation de l’Église doivent être sérieusement pris en considération et le potentiel de scandale doit l’être tout autant».
Et d’en conclure: «Je ne peux donc pas, en conscience, recommander la promotion de Son Excellence, l’archevêque McCarrick à une fonction supérieure, si c’est la raison de votre enquête le concernant en ce moment. Au contraire, je regrette de devoir recommander très fortement de ne pas le promouvoir, en particulier s’il s’agit d’une promotion à un siège cardinalice».
«Je considère comme une grave obligation de recommander de s’opposer à une telle nomination»
Il est intéressant de noter que, dans cette lettre rendue publique par le présent rapport, c’est uniquement la peur d’un «grave scandale» et d’une «large publicité négative» qui pousse le haut prélat à prévenir le Saint Siège.
Avant de suggérer au nonce le nom de personnes qui pourraient éclairer le Saint-Siège sur le comportement de McCarrick, le cardinal O’Connor tient à réitérer son avertissement. «Je soutiendrais sans réserve toute nomination de notre Saint-Père, y compris une nomination à l’archevêché de New York, et j’apporterais toute l’aide nécessaire à toute personne nommée, y compris l’archevêque McCarrick. Dans le même temps, je considère comme une grave obligation de recommander à une autorité supérieure, y compris à notre Saint-Père personnellement, de s’opposer à une telle nomination».
Le cardinal O’Connor mourra quelques mois plus tard, en mai 2000, des suites d’une tumeur au cerveau. Le 21 novembre 2000, Mgr McCarrick sera nommé archevêque de Washington puis élevé un an plus tard au rang de cardinal de l’Eglise catholique. (cath.ch/imedia/hl/rz)
10/11/2020
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le rapport McCarrick Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lum...
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Rapport McCarrick: le Vatican répond à Mgr Vigano
Le rapport McCarrick, publié le 10 novembre 2020 après une longue enquête, peut être lu aussi comme une réponse du Saint-Siège aux accusations lancées en août 2018, contre le pape François notamment, par Mgr Carlo Maria Viganò. Dans une lettre qui avait provoqué scandale à l’époque, l’ancien nonce apostolique aux États-Unis avait dénoncé la responsabilité du pontife et de nombreux responsables dans la dissimulation des abus sexuels de l’ancien cardinal Theodore McCarrick. Une version contestée par le rapport du Saint-Siège, qui met en exergue la responsabilité personnelle de Mgr Viganò.
Camille Dalmas, I.Media
Le 22 août 2018, Mgr Viganò publiait son “Témoignage” sur Theodore McCarrick, deux mois après la suspension de l’archevêque émérite de Washington par le Saint-Siège pour des abus découverts sur un mineur. Mettant en cause directement la Curie romaine, le pamphlet du prélat italien avait ébranlé l’opinion et entraîné l’ouverture d’une enquête par le Saint-Siège en octobre 2018. Celle-ci a abouti deux ans plus tard à la publication d’un rapport sur les responsabilités internes ayant permis à Theodore McCarrick de s’élever et de se maintenir au sommet de l’Église catholique malgré les dénonciations et alertes lancées des années auparavant.
« Le pape François doit être le premier à donner le bon exemple aux cardinaux et aux évêques qui ont couvert les abus de McCarrick en démissionnant avec eux tous », avait demandé l’Italien en 2018 dans sa lettre ouverte. Un véritable tremblement de terre au Vatican, qui deux ans plus tard, a pris soin de répondre aux accusations de l’archevêque dans son rapport. Le nom du prélat y apparaît ainsi 306 fois. Dans de nombreuses notes de bas de page, le rapport dénonce une vingtaine de fausses informations, spéculations erronées et omissions du “Viganò Statement” – nom donné au pamphlet de 2018. De plus le rapport souligne la responsabilité directe de l’ancien diplomate dans le fiasco de l’affaire McCarrick.
À noter qu’outre le pape François, étaient directement nommés de très nombreux cardinaux de premier plan : les secrétaires d’État Angelo Sodano, Tarcisio Bertone et Pietro Parolin, mais aussi les cardinaux Kevin Farrell, Donald Wuerl, Leonardo Sandri, Fernando Filoni, Angelo Becciu, William Levada, Marc Ouellet, Lorenzo Baldisseri, Dominique Mamberti, Francesco Coccopalmerio, Edwin Frederick O’Brien, Sean O’Malley, Rodriguez Maradiaga… Parmi ces noms, nombreux sont ceux qui, selon lui, faisaient partie ou soutenaient directement ou implicitement des « réseaux homosexuels dans le clergé ».
Une découverte du cas McCarrick en 2006
Si l’enquête du Saint-Siège ne porte pas sur l’existence d’un tel réseau mais bien en premier lieu sur les responsabilités de l’Église catholique dans sa gestion de la carrière de l’ancien cardinal McCarrick, le rôle joué par Mgr Viganò. Le rapport confirme que ce dernier a pris connaissance en 2006 d’informations sensibles concernant l’Américain en rédigeant un mémorandum – tiré d’un rapport du nonce à Washington Mgr Pietro Sambi – alors qu’il était secrétaire du Gouvernorat de la Cité du Vatican.
Le titre de la note de Mgr Viganò, « Cardinal McCarrick – Allégations d’homosexualité », soulignait déjà son attention singulière à la présence de personnes homosexuelles au sein de l’Église catholique, s’inquiétant de « nombreux comportements abominables » de « certains pasteurs ». À la fin du document, Mgr Viganò affirmait vouloir donner au pape Benoît XVI une « description de l’état du clergé pendant son temps » afin de lui permettre de guérir l’Église, une phrase qu’il recopiera dans la lettre de 2018.
Si les faits venaient à être prouvés, ajoute le rapport, l’ancien nonce demandait « une mesure exemplaire » contre McCarrick. Dans sa lettre de 2018, Mgr Viganò déclarait ne pas avoir été écouté par sa hiérarchie, et pointait du doigt notamment le rôle des cardinaux Sodano, Bertone et Re, affirmant que sous leur responsabilité, rien n’a été fait pour gérer le cas McCarrick. Le rapport de 2020 souligne que Mgr Viganò était, de par son poste, éloigné de la gestion de l’affaire. Le pape Benoît XVI, au courant avant même le mémorandum, avait en fait décidé, fautes de preuves, de demander à McCarrick de faire profil bas, demande orale transmise par le cardinal Re que l’Américain s’est appliqué à ne jamais respecter.
Un complot organisé depuis le haut
En 2008, Mgr Viganò écrit un nouveau mémorandum, cette fois-ci sur « la structure des abus sexuels aux États-Unis » à partir d’une nouvelle accusation d’abus sur séminaristes à l’encontre du cardinal McCarrick, rédigée par un psychologue américain, Richard Sipe. Elle lui a été directement transmise. La thèse du mémorandum est que « l’aberration sexuelle » observée aux États-Unis proviendrait « des comportements sexuels des supérieurs, y compris des évêques et des cardinaux ». Ce document semble avoir eu une importance décisive pour Mgr Viganò, tant il semble décrire le mécanisme à l’œuvre dans le pamphlet de 2018.
Le Saint-Siège confirme que Mgr Viganò a alors bien demandé une punition contre le haut prélat américain. Cependant, le texte présenté dans le rapport du Saint-Siège souligne qu’elle était une nouvelle fois subordonnée, pour l’Italien, à la découverte de preuves – nuance omise par Mgr Viganò en 2018. Contrairement à ce qu’il affirme, le Saint-Siège assure que les premières preuves concrètes qui ont été traitées par l’administration centrale du Vatican – et a fortiori, le pape – ne seraient survenues qu’en 2017. Le rapport, pour autant, ne masque pas les erreurs multiples des nombreux acteurs qui ont été proches du dossier pendant les années 2013-2018. Mgr Viganò semble toutefois s’être trompé : il a par exemple surestimé l’intervention du pape Benoît XVI vis-à-vis de McCarrick, qu’il a pris pour une sanction alors qu’il s’agissait d’un conseil, nuance dont McCarrick aurait été, selon plusieurs sources citées, totalement conscient.
La relation entre Mgr Viganò et McCarrick à Washington
Les contradictions entre la lettre de Mgr Viganò et l’enquête du Saint-Siège pourraient s’expliquer par une méconnaissance du dossier par le premier, du fait de sa faible implication, du moins jusqu’en 2011 – date de sa nomination à la nonciature apostolique de Washington. C’est le cas notamment de son analyse sur certaines décisions prises par ses supérieurs ou ses prédécesseurs avant cette date. Sur le cas de Jean Paul II, mis en cause personnellement par le rapport, il est intéressant d’observer que Mgr Viganò le prend à rebours comme modèle face aux errements de ses successeurs.
Sur un point, le Saint-Siège semble lui donner raison, laissant entendre qu’il est possible que le cardinal Ouellet, de la Congrégation pour les évêques – nommé en 2010 – ait pu omettre d’informer le nouveau nonce du “dossier McCarrick” à son arrivée à Washington. Selon eux, les archives semblent le montrer, et ce malgré le témoignage contradictoire du haut prélat canadien. Le rapport du Saint-Siège ne donne cependant pas raison à Mgr Viganò pour avoir immédiatement et vindicativement averti le cardinal Ouellet des restrictions concernant McCarrick. Rien dans les archives de la nonciature ou de la Congrégation ne vient corroborer cette version. Au contraire, tout semble indiquer que les premières instructions du cardinal Ouellet sur le cas McCarrick sont arrivées à la fin de l’année 2012.
Entre temps, le rapport note que le cardinal McCarrick a participé à de nombreux événements, partagé plusieurs repas et envoyé des dizaines de lettres à Mgr Viganò. Ce dernier aurait aussi laissé l’archevêque émérite entreprendre d’importants déplacements, alors que la consigne depuis le début du pontificat de Benoît XVI était de les limiter.
Une lettre adressée par McCarrick à Mgr Viganò, dans laquelle il semble prêt à prendre du recul, a retenu l’attention des enquêteurs :« Je ne souhaite qu’être utile et, bien que je doive admettre que même à 82 ans j’apprécie les concessions mutuelles de ces réunions, je suis tout à fait disposé à me mettre à la retraite si Votre Excellence ou mes autres supérieurs estiment que cela est préférable ». Le Saint-Siège affirme que rien ne prouve que Mgr Viganò ait jamais pris en considération cette offre de retrait. Aucune preuve d’une démarche pour informer sa hiérarchie n’a aussi été retrouvée. Le rapport semble montrer au contraire un nonce apostolique particulièrement proche du haut prélat américain pendant ces années.
Jusqu’au mois d’août 2012, l’entente entre les deux hommes est donc, selon le rapport, tout à fait cordiale. En ce qui concerne Theodore McCarrick, il semble même que le contrôle exercé par le Saint-Siège soit devenu nettement moins restrictif à partir de 2011, si on compare notamment sa relation avec son prédécesseur Mgr Sambi. Les exemples apportés par le rapport sur cette réalité sont, il faut le noter, très nombreux. La liberté de mouvement de McCarrick ne semble en tout cas pas avoir été encouragée à partir de l’élection du pape François en 2013, comme l’affirme Mgr Viganò dans son pamphlet.
Mgr Viganò affirme ensuite dans sa lettre qu’il a rapporté la situation au pape François lors d’une rencontre en juin 2013, et que celui-ci l’aurait « assailli […] avec un ton de reproche ». La scène, partiellement disponible en ligne, semble indiquer le contraire. Le pape François ne se souvient pas avoir été mis au courant par le nonce de la situation à Washington. Cependant, les correspondances ultérieures de Mgr Viganò, étaye le rapport avec plusieurs documents, tendent à montrer qu’une telle conversation n’a pas eu lieu.
La contre-attaque du Saint-Siège
Mais le rapport ne corrige pas uniquement les erreurs, il revient sur le rôle de Mgr Viganò dans cette affaire. Le Saint-Siège souligne tout au long du rapport que nombre d’informations apportées à son ancien nonce aux États Unis n’ont jamais été transmises à sa hiérarchie. À noter que ses prédécesseurs semblent avoir aussi souvent péché sur ce point.
Mais dans le cas de Mgr Viganò, apparaît, selon le rapport, une forme de passivité nettement plus problématique. Le point le plus sensible découle de la réception d’une lettre du cardinal Ouellet datée du 12 septembre 2012, présentée intégralement dans le rapport. Ayant été informé par Mgr Viganò de nouvelles accusations contre McCarrick, le préfet lui demande de « répondre à [la victime], lui demandant de clarifier ses accusations ». Une démarche que le nonce ne semble avoir jamais menée.
Cette absence d’action est par ailleurs confirmée par la victime : « Il ne m’a jamais contacté. J’avais écrit la lettre pour savoir que je lui avais fourni les informations. Mais il ne m’a jamais recontacté. J’ai eu le sentiment qu’il aurait dû me répondre parce que j’ai expliqué que j’avais été maltraité ». L’inaction du nonce semble être explicable, au regard des éléments apportés dans le rapport, par son obsession de la corruption des hautes sphères ainsi que l’assimilation possible des victimes à des partenaires consentants que montraient ses deux mémorandums sur le cas McCarrick de 2006 et 2008. De plus, l’archevêque italien n’a jamais caché qu’il avait peu apprécié sa nomination à Washington, pensant être tout indiqué pour nettoyer la Curie au sein du Gouvernorat du Vatican.
La responsabilité des cardinaux
Il est important de souligner que nombre des protagonistes impliqués par Mgr Viganò ne sont même pas cités dans le rapport du 10 novembre, par exemple les cardinaux Coccopalmiero, Maradiaga et Baldisseri. Ils ne sont pas directement liés à l’affaire mais plus à une hypothétique « Lavender Mafia » – nom parfois donné au lobby homosexuel dans l’Église.
Ceux qui sont directement impliqués dans la gestion de l’affaire ne sortent pas tous indemnes. C’est le cas des acteurs du Saint-Siège en 2000 lors de la nomination de McCarrick à Washington. Le cardinal Angelo Sodano (cité 30 fois) était au plus proche du pape, et un voyage à New York en septembre 2000 est suspect. Cependant, le rapport insiste sur le fait que c’est Jean Paul II qui a pris personnellement la décision de nommer McCarrick. N’est en revanche pas cité le cardinal Stanisław Dziwisz (45 fois), secrétaire personnel de Jean Paul II, qui semble avoir joué un rôle très important dans les interactions entre le Saint-Siège et Theodore McCarrick à ce moment crucial. Une façon pour Mgr Viganò de protéger le saint polonais ?
Certains cas sont plus ambigus, tel celui du cardinal Re (cité 187 fois), opposé à la nomination de McCarrick en 2000, puis favorable après l’intervention du pape Jean Paul II. Mais il importe de noter que ces décisions arrivent très tôt après sa nomination à la tête de la Congrégation pour les évêques. Le cas du cardinal Bertone est assez similaire à celui de Re, et marqué par une absence de réaction face aux nombreux indicateurs qui lui sont parvenus sur le cas McCarrick.
Wuerl, hors de cause?
Celui du cardinal Wuerl, successeur de McCarrick à Washington et accusé de l’avoir placé dans une résidence avec des jeunes garçons, est dans l’ensemble mis hors de cause. Seul reproche à l’encontre de Mgr Wuerl dans le rapport, qui s’adresse à presque tous les prélats jusqu’à la découverte d’un acte pédophile en 2017 : il semble ne pas donner un grand crédit aux accusations. Cependant, il ne manque pas de les faire remonter à sa hiérarchie, contrairement à ce qu’affirme l’ancien nonce.
Le cardinal Farrell (cité 15 fois), violemment mis en cause par Mgr Viganò, n’aurait pas pu observer les méfaits du cardinal McCarrick lorsqu’il a habité dans la même résidence pendant 6 ans dans les années 2000 : aucune accusation n’a été enregistrée jusqu’aujourd’hui depuis le début des années 1990.
Dans la catégorie de “ceux qui savaient mais n’ont rien fait” selon Mgr Viganò, de nombreuses personnes, à la lecture du rapport, semblent avoir été bien peu décisives dans les prises de décision erronées du cas McCarrick: le cardinal Becciu (30 fois), le cardinal Levada (8 fois), le cardinal Mamberti (11 fois), le cardinal Parolin (57 fois), le cardinal Sandri (11 fois), le cardinal Filoni (6 fois), le cardinal O’Malley (2 fois), le cardinal O’Brien (1 fois). Ils n’apparaissent principalement que du fait de leurs fonctions à certains moments de l’évolution de l’affaire.
Le pamphlet de 2018, au regard des nombreuses mises en cause directes du rapport de 2020, peut être lu comme une façon pour Mgr Viganò de se protéger et de protéger sa ligne idéologique. Si c’était le cas, il faut remarquer que, ironiquement, l’enquête qui aujourd’hui met en cause sa propre action est en grande partie de son fait.
Vigano dénonce une «fiction vaticane»
L’ancien nonce a rapidement réagi à l’article dans un billet publié sur internet le 10 novembre 2020. Il le décrit comme un nouvel épisode dans la « fiction vaticane », dénonce une « opération surréaliste de mystification ». Les marges du rapport prenant un soin indéniable à répondre à ses accusations, l’Italien peut décrier la « tentative de discréditer [sa] personne ». Il y voit enfin « une preuve supplémentaire de la corruption et de la mauvaise foi » de ses adversaires, mais n’apporte dans un premier temps aucune contradiction factuelle.
Sur la chaîne américaine EWTN, Mgr Viganò a ensuite affirmé le 12 novembre 2020 qu’il trouvait « anormal qu’on n’ait pas envisagé de [l’]appeler pour témoigner ». Il a rejeté l’accusation selon laquelle il n’aurait pas enquêté sur le cas d’une victime comme cela lui avait été demandé par le cardinal Ouellet en 2012. Le Saint-Siège aurait omis selon lui de signaler un appel qu’il aurait passé à Mgr Paul Gregory Bootkosky, évêque de Metuchen en contact avec la victime à l’époque.
Les conséquences de l’enquête
« Je ne dirai pas un mot à ce sujet. Je pense que la déclaration parle d’elle-même. Et vous avez la capacité journalistique de tirer vos propres conclusions », avait déclaré le pape François aux journalistes en 2018, après la publication de la lettre de Mgr Viganò. Son administration a cependant jugé bon de riposter aux graves reproches faits par un de ses membres. Aux 11 pages de la lettre de Mgr Viganò, qui a été suivie par de très nombreux autres pamphlets contre le pontificat du pape François depuis deux ans, s’oppose donc aujourd’hui un rapport de 455 pages, réponse officielle du Saint-Siège aux interrogations qu’avaient suscitées les révélations de 2018.
D’un côté, le rapport de 2020 se présente comme une enquête structurée, apportant nombre de témoignages, de documents et d’informations qui sont souvent croisées, pour étayer son propos. Il laisse encore plusieurs zones d’ombres, mais un nombre conséquent d’erreurs individuelles et structurelles de l’Église y sont exposées. Au contraire, les erreurs de l’affaire McCarrick, selon Mgr Viganò, auraient été commises par une minorité dirigeante corrompue dans un objectif précis : faire progresser une cause ennemie, celle d’un lobby homosexuel. Une minorité dont le pape François serait la caution. Mais au regard des éléments apportés par l’enquête du Saint-Siège, que reste-t-il aujourd’hui de la lettre de 2018 de Mgr Carlo Maria Viganò ? (cath.ch/imedia/cd/mp)
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Comment Jean Paul II a nommé McCarrick à Washington
En nommant McCarrick archevêque de Washington en novembre 2000, le pape Jean Paul II a choisi de ne pas écouter les avertissements du cardinal O’Connor sur le comportement potentiellement déviant du prélat américain.
Hugues Lefèvre, I.Media
En fait, le “rapport McCarrick” montre que le pontife polonais les avait d’abord pris en considération avant de changer brutalement d’avis à l’été 2000, notamment après la lecture d’une lettre de l’intéressé. Immersion dans les coulisses d’une nomination explosive.
En 1999, l’archevêque de New York avait averti le Saint-Siège des risques qu’une élévation au cardinalat de Mgr McCarrick occasionnerait, considérant les allégations qui pesaient sur celui qui était alors archevêque de Newark. Le rapport sur la "connaissance institutionnelle et le processus décisionnel du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)", rendu public le 10 novembre 2020, permet de comprendre comment Jean Paul II a finalement choisi McCarrick pour le siège de Washington.
C’est en octobre 1999 que le nonce Montalvo reçoit la lettre du cardinal O’Connor sur McCarrick. Aussitôt, le diplomate la transmet au cardinal Moreira Neves, préfet de la Congrégation pour les évêques. Dans un courrier séparé, il livre son analyse à la Congrégation. "Malheureusement, la lecture du document et de ses annexes laisse une impression douloureuse et assez négative sur le comportement moral que semble avoir eu Son Excellence McCarrick", écrit-il, avant de nuancer : "Cependant, [le cardinal O’Connor] affirme clairement qu’il s’agit de faits qui se sont produits dans le passé et que “les divers événements et activités de comportement ont complètement changé et qu’aucun événement similaire ne s’est produit récemment”".
L’ambassadeur du pape aux États-Unis estime néanmoins que, pour "éviter la possibilité de provoquer un scandale de grande ampleur, il semblerait que non seulement il serait plus prudent de ne pas envisager le transfert de Son Éminence McCarrick, mais qu’il faudrait soit le laisser dans son poste actuel [c’est-à-dire à Newark], soit penser à lui confier une autre fonction en dehors des États-Unis". Il ajoute qu’il serait "à craindre qu’une éventuelle démission par le prélat de son gouvernement pastoral de Newark ne pourrait se produire sans provoquer un grave scandale". Et de conclure : "Après mûre réflexion, je serais humblement d’avis qu’il vaut mieux, dans l’état actuel des choses, “quieta non movere”" – une expression latine qui peut se traduire en français par : "Ne pas agiter ce qui est calme aujourd’hui".
L’étrange attitude de Mgr Agostino Cacciavillan
À Rome, la communication du nonce Montalvo et le contenu de la lettre d’O’Connor interrogent. On demande alors à l’archevêque Cacciavillan – qui vient de servir comme nonce à Washington durant huit années – de donner son avis. Celui qui deviendra cardinal en 2001 rédige ensuite une note dans laquelle il relativise les allégations rapportées contre McCarrick, insistant sur le fait qu’il s’agit-là de lointaines "rumeurs". Au sujet d’un prêtre qui a potentiellement était victime des comportements du prélat et dont il est fait mention dans la lettre du cardinal O’Connor, l’ancien nonce aux États-Unis écrit: "Si je me souviens bien, en 1995, la croyance était que le prêtre, psychologiquement perturbé, n’était pas fiable".
Mgr Cacciavillan livre alors deux conclusions. La première est qu’"il serait peut-être préférable que McCarrick soit nommé pour Washington plutôt que pour New York", archidiocèse dans lequel il avait été prêtre. La seconde est pour le moins problématique. Alors que le cardinal O’Connor avait livré une série de personnes à contacter pour faire la lumière sur le dossier McCarrick, l’ancien nonce déclare ne pas être "favorable" à l’idée de les solliciter. Il écrit: "rien de nouveau ne serait appris, et pire encore, une “situation de procès” pourrait être créée contre Mgr McCarrick, laissant l’impression d’une grande inquiétude […]".
Jean Paul II suggère de vérifier qu’il s’agisse bien d’accusations infondées
En novembre 1999, le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr GiovanniBattista Re, qui allait bientôt devenirnuméro 1 de la Congrégation pour les évêques, répond au nonce Montalvo. Il lui explique avoir transmis les informations au pape Jean Paul II. Ce dernier lui a suggéré de "vérifier, lorsque l’occasion se présentera, sans urgence, qu’il s’agit d’accusations infondées".
En février 2000, le cardinal Moreira Neves, préfet de la Congrégation pour les évêques, avertit le nonce Montalvo que son dicastère ne considère pas opportun que McCarrick soit transféré à un autre siège épiscopal. Cette décision ne suspend pas pour autant "l’instruction préalable du Saint-Père, transmise par le Substitut Re au nonce Montalvo, pour déterminer si l’affaire McCarrick impliquait des “accusations infondées”".
C’est ainsi que le nonce envoie une lettre à quatre évêques qui ont côtoyé de près McCarrick pour qu’ils communiquent "toute information factuelle" concernant "toute faiblesse morale grave dont aurait fait preuve Mgr McCarrick, dans le passé ou actuellement". Lorsque le diplomate envoie sa demande, le cardinal O’Connor vient de mourir des suites d’une tumeur au cerveau.
"Je n’ai aucun moyen de savoir si c’est vrai"
Mgr James McHugh, du diocèse de Rockville Centre, est le premier à répondre. Expliquant qu’il connaît depuis longtemps l’archevêque de Newark, il affirme n’avoir jamais été témoin de comportement inapproprié de sa part même si "sa familiarité a parfois été imprudente". Et de citer le fait que lorsqu’il invitait des jeunes hommes chez lui, il arrivait qu’un invité partage sa chambre "plutôt que d’utiliser une chambre d’amis". "Cette pratique était connue des prêtres vivant dans le presbytère de la cathédrale", ajoute-t-il.
Le 16 mai 2000, Mgr Vincent Breen du diocèse de Metuchen – dans lequel avait officié McCarrick – répond au nonce. "J’ai souvent entendu parler de rumeurs concernant l’archevêque McCarrick. Ces rumeurs concernaient principalement les relations de l’archevêque avec les jeunes séminaristes et les prêtres. Elles laissaient entendre qu’il était impliqué dans des activités illicites avec ces jeunes hommes. Je n’ai aucun moyen de savoir si c’est vrai", explique-t-il.
"Je n’ai aucune confiance dans le bien-fondé des accusations"
Mgr Edward Hughes est le troisième évêque à répondre à Mgr Montalvo. Ancien évêque de Metuchen, il affirme ne disposer d’aucune information directe et factuelle concernant une quelconque faiblesse morale de Mgr McCarrick. Néanmoins, il rapporte avoir eu à sa connaissance deux cas d’allégations contre l’archevêque de Newark. Mais "ces deux allégations émanaient de prêtres qui étaient coupables de manquements moraux pour lesquels ils ont été suspendus de leur ministère actif", relativise-t-il. Il ajoute tout de même qu’un médecin psychiatre qui a suivi l’un des prêtres a considéré qu’il pouvait être une victime de McCarrick.
Mais il assure au nonce: "bien que je ne sache pas si les accusations sont vraies ou non, je n’ai aucune confiance dans le bien-fondé des accusations de [le nom du prêtre n’est pas mentionné] […] ou dans la conclusion du Dr Richard Fitzgibbons [du nom du psychiatre mentionné au-dessus, NDLR]". Mgr Hughes juge toutefois "qu’il serait imprudent de considérer l’archevêque pour une quelconque promotion ou un honneur supplémentaire, car ces accusations – qu’elles soient ou non fondées – pourraient refaire surface".
Les visites à l’ “Oncle Ted“
Enfin, Mgr John Smith, évêque de Trenton, fournit une longue réponse dactylographiée au nonce à Washington. "Je n’ai jamais entendu quelqu’un porter une accusation fondée de comportement immoral contre l’archevêque McCarrick", affirme-t-il, avant d’apporter des éléments pour tenter de clarifier les rumeurs portant sur McCarrick. Expliquant que ce dernier, enfant unique, avait été "élevé par une mère veuve et une tante", il raconte qu’il avait, jeune prêtre à New York, établi des relations très étroites "avec trois ou quatre familles irlando-américaines". Il rendait visite régulièrement à ces familles, leur offrant des cadeaux de Noël, se réjouissant lorsqu’un enfant naissait, baptisait les enfants, etc.
Plus tard, Mgr Smith explique avoir déjà vu "des garçons en âge d’aller à l’université, issus de ces familles", venir dîner chez McCarrick, alors devenu archevêque de Newark. "Comme ils devaient rentrer de Newark à New York en transport public au milieu de la nuit, ils restaient parfois au presbytère pendant la nuit et repartaient pour rentrer chez eux après le petit déjeuner le matin". Mais, Mgr Smith le jure: "je n’ai jamais vu aucun signe montrant qu’ils étaient contrariés, maussades, confus, en colère ou dérangés pendant ces petits déjeuners. J’avais l’impression qu’ils avaient apprécié de rendre visite à quelqu’un qu’ils connaissaient et aimaient depuis leur enfance, qu’ils appelaient “Oncle Ted” et qui se trouvait être maintenant l’archevêque de Newark".
"Il ne serait pas judicieux de promouvoir Mgr McCarrick"
Le 21 juin, le nonce Montalvo rend compte de son enquête à Mgr Re. Il estime que les preuves relatives à l’inconduite sexuelle de McCarrick sont globalement “incertaines” mais propose de faire une enquête plus approfondie – qui ne lui sera jamais demandée. Néanmoins, un faisceau d’éléments lui permet d’émettre un "doute raisonnable sur la maturité morale de l’archevêque McCarrick, du moins pendant une certaine période difficile à préciser".
Le Substitut Re demande alors à l’ancien nonce à Washington, Mgr Cacciavillan, d’examiner de nouveau le dossier. Une nouvelle fois, il relativise les soupçons qui pèsent sur l’archevêque de Newark, observant que le nonce Montalvo s’est "peut-être laissé un peu trop impressionné" par la lettre du cardinal O’Connor.
Dans une note du 4 juillet adressée à Jean Paul II, l’archevêque Re résume le résultat de l’enquête du nonce. D’abord, "il ne semble pas que les “rumeurs et allégations” soient fondées". Ensuite, il ne "serait pas judicieux de promouvoir Mgr McCarrick" et qu’il faudrait songer à d’autres candidats pour le siège de Washington.
Theodore Edgar McCarrick entre en scène…
C’est alors que McCarrick, qui a été informé mystérieusement de l’enquête diligentée à son encontre, entre en scène. Le 6 août, alors que son "cas" semble réglé et qu’il ne devrait plus pouvoir devenir archevêque de Washington, il écrit une lettre qu’il remet – probablement en main propre – au secrétaire particulier de Jean Paul II, Mgr Stanisław Dziwisz. "J’ai appris qu’avant sa mort, le cardinal O’Connor a écrit au Saint-Père une lettre qui a profondément attaqué ma vie d’évêque, de prêtre et même d’homme", regrette-t-il, glissant que cette "accusation très grave" le laisse perplexe.
Au fil de la missive, s’il reconnaît avoir pu commettre des erreurs et qu’il a "peut-être parfois manqué de prudence", il assure n’avoir "jamais eu de relations sexuelles avec une personne, homme ou femme, jeune ou vieux, clerc ou laïc". Et d’ajouter : "je n’ai jamais abusé d’une autre personne ni ne l’ai traitée avec irrespect". Au terme de son courrier, il assure : "si Sa Sainteté devait perdre confiance en moi en tant qu’évêque, je démissionnerais volontiers de mon diocèse et accepterais le ministère qu’il me confierait".
… Et Jean Paul II change d’avis
Fait exceptionnel, note le rapport, la lettre de l’archevêque de Newark est aussitôt traduite de l’anglais à l’italien sous l’impulsion de Mgr Dziwisz; sans doute pour que Jean Paul II, malade et âgé, n’ait aucune difficulté à en saisir le sens.
Le pontife polonais lit la lettre. Il bascule. "Le pape Jean Paul II est devenu “convaincu de la vérité” du démenti de McCarrick", peut-on lire. Une note du rapport raconte que Jean Paul II, vraisemblablement marqué par l’expérience polonaise sous l’ère communiste, savait que la calomnie pouvait être une arme habilement utilisée par des ennemis de l’Église pour discréditer des évêques.
La candidature McCarrick revient dans la “terna“
Les jours passent. Début septembre, par l’intermédiaire du cardinal Sodano, secrétaire d’État du Saint-Siège, McCarrick est informé que le pape a bien lu sa lettre et qu’il le considère "toujours" comme un ami. Puis, alors que la candidature McCarrick avait été écartée du processus de nomination par la nonciature apostolique, le pape Jean Paul II demande au cardinal Sodano de réexaminer la carte McCarrick.
Le 25 septembre, l’archevêque Cacciavillan, l’ancien nonce à Washington, est de nouveau consulté. Il appuie très fortement le nom de McCarrick dans une note d’opinion adressée à la Congrégation pour les évêques. Il y assure notamment qu’"il ne faut pas craindre l’apparition ou la réapparition de nouvelles dans la presse" dans le cas où McCarrick serait nommé archevêque de Washington, ces dernières seraient facilement évacuées.
Début octobre, c’est l’archevêque de Newark en personne qui se rend à Rome pour une audience privée avec Jean Paul II et son secrétaire particulier, Mgr Dziwisz. Le rapport précise qu’il ne reste aucune trace des échanges entre les trois hommes.
Mgr McCarrick, nouvel archevêque de Washington
C’est alors que Mgr Re, devenu le 16 septembre préfet de la Congrégation pour les évêques, modifie son avis initial sur la candidature de l’archevêque de Newark. Lui qui au début de l’été jugeait encore qu’il ne "serait pas judicieux de promouvoir Mgr McCarrick" se range derrière la position de Jean Paul II. Il considère comme "maintenant certain" que les accusations sont fausses et qu’elles pourront être facilement démenties si un scandale éclatait.
Le 14 octobre 2000, lors d’une audience privée entre Mgr Re et le Souverain pontife, ce dernier décide officiellement de nommer Mgr McCarrick archevêque de Washington. Une note du rapport précise que "le dossier montre sans équivoque que le pape Jean Paul II a pris la décision personnellement et que le cardinal Sodano a agi selon les instructions explicites du pape". Ce dernier avait été accusé en 2018 par l’archevêque Viganò d’avoir profité de l’âge et de la maladie du pontife polonais pour forcer sa main.
De nombreuses interrogations subsistent
Mgr McCarrick deviendra cardinal quatre mois plus tard. C’est la fin d’un feuilleton qui aura duré près d’un an et durant lequel, bon nombre d’acteurs, dont le pape, auront changé d’avis. À la lecture du rapport et avec les connaissances actuelles de la perversité de l’ex-cardinal McCarrick, il apparaît évident que ce dernier a magistralement manipulé son monde – le pape en premier lieu.
Toutefois, de nombreuses interrogations subsistent quant à l’attitude de certains responsables de l’Église ainsi que sur le fait qu’aucune enquête approfondie n’a été demandée à l’époque sur un homme qui “briguait” pourtant un des plus puissants archidiocèses du monde et contre lequel un cardinal avait mis en garde.
Enfin, à aucun moment et à aucun niveau une quelconque attention aux potentielles victimes de Mgr McCarrick n’apparait dans le rapport. Sans vraiment chercher à savoir la vérité sur les faits qui étaient reprochés au prélat, les seuls motifs de réticences à sa promotion furent, à chaque étape et à tous les échelons de la hiérarchie de l’Eglise, la peur du scandale. (cath.ch/imedia/hl/mp)
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McCarrick a-t-il joué un rôle dans les relations Chine - Vatican?
Le rapport McCarrick, publié par le Vatican le 10 novembre 2020, dévoile de nombreuses informations sur la “carrière diplomatique” chinoise de l’ancien cardinal américain Theodore McCarrick. Un engagement très informel dans lequel la Maison Blanche apparaît également avoir joué un rôle décisif.
Camille Dalmas, I.Media
Le rapport McCarrick prend soin, dans un but d’exhaustivité, de décortiquer de nombreuses étapes du parcours qui ont permis à l’ex-cardinal McCarrick de progresser et de se maintenir en haut de la hiérarchie catholique malgré son inconduite sexuelle et les abus commis. Le document s’arrête notamment sur ses très nombreux voyages hors des États-Unis. Ces déplacements semblent avoir été motivées par un intérêt prononcé de l’Américain pour les questions diplomatiques et un don certain pour les langues étrangères. Cette diplomatie parallèle pourrait aussi expliquer la complaisance à son égard d'un grand nombre de personnes haut-placées dans la hiérarchie de l'Eglise.
Une des destinations récurrentes de l’ancien archevêque de Washington a été la Chine. De 1992 à 2018, il a ainsi effectué une dizaine de voyages dans l’empire du Milieu, une zone où très peu de membres officiels de l’Église catholique avaient pu se rendre depuis 1950 et l’installation du régime communiste. Ces déplacements ont été suivis de près par le Saint-Siège – McCarrick ne manquant pas de faire rapport à Rome ses avancées personnelles. Ils semblent cependant plus tenir d’une forme de diplomatie informelle dans laquelle le pouvoir politique américain, mais aussi des acteurs privés, étaient aussi impliqués.
Un évêque en terre communiste
L’intérêt de Theodore McCarrick pour la Chine serait né de la rencontre à Washington avec le jésuite Mgr Aloysus Jin Luxian, évêque officiel du diocèse de Sanghaï. À noter que cette rencontre avait été encouragée par le cardinal secrétaire d’État de l’époque, Angelo Sodano, preuve de l’importance accordée par le Vatican à la reconstruction de liens avec la Chine.
Theodore McCarrick effectue son premier voyage en Chine en 1992 pour l'“Appeal of Conscience Foundation”, une fondation multi-religieuse internationale promouvant la tolérance. Le but était d’étudier l’état de la liberté religieuse dans le pays communiste, dans un contexte où la réputation du pays est encore marquée par les massacres de Tian’anmen en 1989. McCartrick, alors archevêque de Newark, retourne en Chine en 1998, profitant de la politique d’apaisement menée par le président Bill Clinton, au sein d’une délégation œcuménique américaine constituée par la Maison Blanche. Il rencontre alors le président chinois Jiang Zemin, avec lequel il évoque des questions de liberté religieuse et de normalisation des relations entre la Chine et le Saint-Siège.
Un intermédiaire informel
Comme lors de la plupart de ses déplacements, le cardinal semble porter une triple casquette: il rend des comptes à la hiérarchie catholique via les nonces ou directement au Vatican, voire au pape, mais aussi aux différents gouvernements américains, entretenant d’excellentes relations avec tous les résidents de la Maison Blanche de Clinton jusqu’à Barack Obama. Il a aussi recours à de nombreux soutiens et conseillers privés, parmi lesquels un consultant anciennement membre de l’OTAN et du renseignement militaire américain, qui semble veiller à financer les missions souvent informelles du haut prélat américain à partir de 2001.
L’appréciation du Saint-Siège face à ces déplacements particulièrement importants, étant donné qu’il s’agit d’un des rares canaux de discussion – très informel – ouvert entre Rome et Pékin, est ambiguë. D’un côté, son action semble être encouragée, notamment parce qu’il paraît dans le même temps s’agir d’une stratégie portée par le pouvoir américain. La Secrétairerie d’État insiste simplement pour que les missions ne soient pas perçues comme officielles.
Envoyé par Rome ou Washington?
Cependant, et à plusieurs reprises, l’administration romaine montre un certain scepticisme voire exprime quelques inquiétudes face à des voyages que l’intéressé décrit lui-même comme "très intéressants mais pas nécessairement très rentables". Cette méfiance ne va pas réduire le rythme de ses déplacements pour autant. Et ce, même lorsque le pape François confie au nonce Mgr Celli le soin d’ouvrir les négociations avec Pékin pour négocier à ce qui deviendra en 2018 l’accord historique sur la nomination des évêques.
Jouant sur le tableau politique national comme sur celui du Vatican, le rôle de McCarrick n’est pas aisé à déterminer. Il reconnaît lui-même qu’il n’est pas un expert de la Chine. Le cardinal Parolin encourage cependant ces voyages, ayant "adhéré au précepte diplomatique selon lequel il est préférable de promouvoir le dialogue et de ne jamais fermer une porte", explique le rapport.
Un rôle qui reste difficile à déterminer
Quelle influence a donc exactement joué l’ex-cardinal McCarrick? Son rôle d’intermédiaire pourrait laisser penser qu’il a servi les intérêts de plusieurs camps, mais rien, sinon une certaine réserve dans le rapport, ne permet de l’affirmer. Le document est en revanche très clair sur le fait que les contacts de McCarrick n’ont jamais participé aux négociations qui ont amené à l’accord historique sur la nomination des évêques de septembre 2018. Il insiste même sur le fait que c’est bien le cardinal Parolin qui a été le principal conseiller du pape François pendant ces années.
Une lettre de 2015 au Souverain pontife montre néanmoins que McCarrick a tout fait pour se rendre indispensable, allant jusqu’à déclarer au pape : "Je contribuerai à vous apporter la Chine et le grand rêve de Matteo Ricci commencera à se réaliser une fois de plus." Une phrase tout sauf anodine, l’admiration de Jorge Mario Bergoglio pour le missionnaire jésuite du XVIe siècle étant publiquement connue – tout comme ses rêves de jeunesse de vie missionnaire en Asie. McCarrick réussi par la suite à organiser une rencontre avec une ONG environnementale chinoise au Vatican en 2016. Mais à la lecture du rapport, les ambitions chinoises du cardinal aujourd’hui déchu restent, il faut le reconnaître encore difficiles à cerner. (cath.ch/cd/mp)
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McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 1/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou voulu voir le 'prédateur sexuel' qui se cachait derrière le prélat bien en cour, devenu archevêque et cardinal.
En publiant ce rapport, demandé par le pape François, l'Eglise fait preuve d'une transparence remarquable. En 450 pages, il décortique les responsabilités des uns et des autres dans le fiasco qui a permis à McCarrick de gravir tous les échelons de la hiérarchie ecclésiale, jusqu'à sa chute brutale en 2018. Aucun des noms des personnes impliquées, vivantes ou décédées, hormis celui des victimes, n'a été caviardé. Les jugements et les décisions de pas moins de trois papes, dont un saint, sont remis en cause sans aucune complaisance. En ce sens, le rapport McCarrick fera date dans l'histoire de l'Eglise.
Reconnu coupable d'abus sexuels sur des mineurs et des séminaristes, Théodore McCarrick, perdu son rang de cardinal en 2018 et a été renvoyé de l'état clérical en 2019. Il aura fallu attendre près de 50 ans.
Sur la base du rapport, la Catholic News Agency (CNA) a repris la chronologie des faits.
Enfance, formation et jeunesse
7 juillet 1930: naissance à New York de Theodore Edgar McCarrick. En 1949, il est diplômé de l'école préparatoire de Fordham, un important lycée catholique de New York. Après son diplôme, il passe un an en Suisse, où il développe ses connaissances en français, allemand et italien.
1954: McCarrick obtient une licence en philosophie. Il étudie au Séminaire St-Joseph à New York et obtient un Master of Arts en théologie.
Mai 1958 : McCarrick est ordonné prêtre. En septembre, il est envoyé poursuivre ses études à l'Université catholique d'Amérique (CUA) à Washington, D.C. En 1961, il devient doyen des études, aumônier et professeur. En 1965, il obtient son doctorat en sociologie. Il est nommé assistant du recteur de l'université.
Juillet 1965: McCarrick est nommé président de l'université catholique de Porto Rico.
1969: Nomination comme secrétaire associé à l'éducation pour l'archidiocèse de New York.
1971: McCarrick devient secrétaire du cardinal Terence Cooke de New York. Il l'accompagne dans de nombreux voyages à l'étranger et rencontre les personnalités politiques et religieuses les plus importantes des États-Unis. Il se fait également connaître grâce à son travail de collecte de fonds pour l'archidiocèse.
Pendant cette période, McCarrick prend le surnom d'"oncle Ted". Avec la bénédiction de leurs parents, il passe du temps avec les adolescents de grandes familles catholiques, qu'il appelle ses "neveux et nièces". Il voyage régulièrement avec eux.
Septembre 1976 : McCarrick rencontre à New York le cardinal Karol Wojtyla, (futur pape Jean Paul II) accompagné de son secrétaire, Stanisław Dziwisz. Il les acccompagne en tant que traducteur.
Evêque en 1977
1968-1977: McCarrick est trois fois candidat à l'épiscopat. 52 demandes de renseignements confidentielles ont été adressées par la nonciature. Les réponses sont très positives. Même si certains craignent qu'il soit "ambitieux" et qu'il manque parfois de "franchise". Mais dans l'ensemble, il est recommandé comme un homme très intelligent et compétent dont la conduite morale est "incontestable". Aucune préoccupation concernant une mauvaise conduite n'est mentionnée.
24 mai 1977: McCarrick est nommé évêque auxiliaire de New York par le pape Paul VI.
19 novembre 1981: Le pape Jean Paul II nomme McCarrick, évêque de Metuchen, dans le New Jersey.
1982-1986: En tant qu'évêque, McCarrick a réussi à collecter des fonds et à encourager les vocations sacerdotales. Il fait partie de comités de la Conférence des évêques américains, voyage beaucoup à l'étranger et rencontre le pape Jean Paul II à plusieurs reprises. Il encourage des retraites spirituelles annuelles pour le clergé dans une maison de plage sur la côte. Il continue ses voyages avec ses "neveux. Certains de ces jeunes hommes partagent son lit.
30 mai 1986: McCarrick est nommé archevêque de Newark, dans le New Jersey.
À la fin des années 1980, il contribue à la création de la 'Papal Foundation', qui finance les activités caritatives du Vatican. Il commence à faire des dons aux fonctionnaires de la Curie et des nonciatures, ainsi qu'aux prélats du monde entier.
Accusations de séminaristes et de prêtres
1989-1996: Trois prêtres rapportent à Mgr Edward Hughes, successeur de McCarrick à Metuchen, des cas d'agression sexuelle dont ils ont été victimes. Mgr Hughes les écoute, mais les envoie en thérapie ou leur demande de pardonner à McCarrick. Il n'existe aucune preuve que Mgr Hughes ait parlé à qui que ce soit des rapports de ces prêtres sur l'inconduite de l'évêque.
Janvier 1990: Mgr Dominic Bottino, du diocèse de Camden, assiste à un dîner privé avec McCarrick. Il remarque que le prélat tâtonne l'entrejambe d'un jeune prêtre. Mgr Bottino en parle à son directeur spirituel au moment de l'incident, mais à personne d'autre.
1992-1993: Six lettres anonymes et une lettre signé alléguant l'inconduite sexuelle de McCarrick sont envoyées à plusieurs responsables, dont le nonce Agostino Cacciavillan, le cardinal O'Connor et les dirigeants de la Conférence épiscopale américaine. Les accusations sont rejetées sur la base de la bonne réputation de McCarrick, et en raison de l'anonymat des lettres et de l'absence d'accusations spécifiques.
1993-1995: Newark est évalué comme un site potentiel pour une visite du pape Jean Paul II. Une religieuse et un prêtre rapportent au nonce les bruits d'abus sur des séminaristes. Mais après avoir consulté le cardinal James Hickey de Washington, D.C., Mgr Cacciavillan les rejette comme des calomnies ou des exagérations. En 1995, le pape Jean Paul II se rend à Newark, et la visite se déroule sans qu'aucun scandale ne soit signalé.
1996-1997: Un prêtre accusé d'agression sexuelle sur deux mineurs rapporte au psychologue qu'il rencontre l'agression sexuelle de McCarrick dont il a été victime. Le psychologue relate l'affaire au cardinal O'Connor, qui le dit à Mgr Hughes. Mais en 2000, dans un compte-rendu au nonce Cacciavillan, Mr Hughes relèvera qu'il n'est pas sûr de croire le rapport, car ce prêtre a "l'habitude de blâmer les autres pour ses propres problèmes".
Mars 1997: Le psychologue se rend à Rome pour partager ces informations avec un fonctionnaire de la Congrégation pour les évêques. La Congrégation tente sans succès de contacter le prêtre. Mais rien n'indique que des mesures supplémentaires aient été prises. (cath.ch/cna/mp)
Les années 1997 - 2005 dans le prochain épisode
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McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 2/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou voulu voir le 'prédateur sexuel' qui se cachait derrière le prélat bien en cour, devenu archevêque et cardinal.
Le deuxième épisode de la chronologie établie par la Catholic News Agency (CNA) revient sur les années 1997 -2006 au moment où McCarrick devient archevêque de Washington et cardinal.
Pressenti pour le siège de New York ou de Washington DC
Juin-juillet 1999: Le pape Jean Paul II dit au cardinal O'Connor qu'il envisage de nommer McCarrick dans l'archidiocèse de New York. O'Connor informe le nonce aux Etats-Unis Mgr Gabriel Montalvo qu'il juge que McCarrick ne devrait pas être élevé à New York en raison de problèmes moraux. Le nonce demande au cardinal de mettre ses préoccupations par écrit.
En octobre, il envoie son rapport au cardinal Lucas Moreira Neves, préfet de la Congrégation pour les évêques à Rome. Sur la base des recommandations des évêques et des cardinaux américains, Mgr Montalvo recommande McCarrick pour le poste et note qu'il serait un "membre digne" du collège des cardinaux. Il ajoute que McCarrick a été accusé d'"affections mal placées", mais que cela ne reposait pas sur des preuves.
28 octobre 1999: Après un retard dû au traitement de son cancer, le cardinal O'Connor écrit à Mgr Montalvo pour lui faire part de ses inquiétudes. Il déclare que le clergé de Newark sait que McCarrick partage souvent son lit avec des hommes, y compris des prêtres et des séminaristes.
Mgr Montalvo transmet la lettre à la Congrégation pour les évêques et à la Secrétairerie d'État. L'archevêque Re, alors suppléant de la Secrétairerie d'État, en informe le pape Jean Paul II. À la demande du pape, Re consulte l'ancien nonce Mgr Cacciavillan qui jette un sérieux doute sur les préoccupations du cardinal O'Connors, en disant que ces incidents ne sont que des rumeurs. Il ajoute que McCarrick n'a pas eu la possibilité de se défendre.
22 novembre 1999: Mgr Re écrit au nonce Montalvo, lui demandant d'examiner les plaintes contre McCarrick. En février 2000, le cardinal Neves estime que sur la base des accusations contre McCarrick, ainsi que de son âge (presque 70 ans), il ne devrait pas être transféré dans un autre diocèse.
Des conclusions favorables malgré les doutes
Mai - juin 2000: Après la mort du cardinal O'Connor, Mgr Montalvo enquête sur les accusations portées contre McCarrick. Il demande leurs avis à quatre évêques. Mgr Vincent D. Breen (diocèse de Metuchen, 1997-2000), répond qu'il a entendu des rumeurs d'activités illicites avec des jeunes hommes mais qu'il n'a aucun moyen de les prouver.
Mgr Edward T. Hughes (diocèse de Metuchen, 1987-1997) indique ne pas disposer d'informations factuelles concernant les faiblesses morales de McCarrick. Il note que deux prêtres qui ont porté des accusations, l'ont fait en admettant leur propre échec moral et ont peut-être tenté de justifier leurs actions. Il recommande de ne pas promouvoir McCarrick, mais aussi de ne pas prendre de mesures disciplinaires.
Mgr John M. Smith (diocèse de Trenton, 1997-2010) rapporte que McCarrick recevait parfois la visite de ses "neveux" de New York, et qu'ils passaient la nuit chez lui, mais qu'ils n'ont jamais indiqué le lendemain matin qu'ils étaient contrariés ou qu'il s'était passé quelque chose d'inapproprié. Il se déclare choqué que des personnes accusent McCarrick de graves méfaits.
21 juin 2000: Le nonce envoie ses conclusions à Rome. Son enquête a révélé que les accusations contre McCarrick "ne sont ni définitivement prouvées ni complètement infondées". Sur cette base, il déclare qu'il serait "imprudent" de considérer McCarrick pour tout type de promotion. Mgr Re et le pape Jean Paul II concluent alors dans le même sens.
6 août 2000: McCarrick écrit à Mgr Stanisław Dziwisz, secrétaire de Jean-Paul II, réfutant les accusations portées contre lui. Il jure n'avoir jamais abusé une autre personne ni l'avoir traitée avec irrespect. Dziwisz remet la lettre au pape. Pour Mgr Re, ce message a convaincu Jean Paul II de l'innocence de McCarrick.
20 septembre 2000: La congrégation des évêques écrit au nonce Cacciavillan pour demander que McCarrick soit reconsidéré pour l'archevêché de Washington.
Octobre 2000: McCarrick se rend à Rome pour une audience privée avec Jean-Paul II et Mgr Dziwisz. Mais cette rencontre n'a fait l'objet d'aucun protocole.
24 novembre 2000: le pape nomme McCarrick archevêque de Washington.
Le dominicain Boniface Ramsey, au courant des rumeurs selon lesquelles McCarrick partageait son lit avec des séminaristes écrit au nonce Montalvo. Mais il refuse de nommer des séminaristes spécifiques. Au début 2001, le nonce reçoit une note anonyme l'avertissant d'un grave scandale si McCarrick est fait cardinal. Il transmet la lettre du Père Ramsey et le message anonyme au secrétaire d'État, le cardinal Angelo Sodano, qui a transmis les lettres au pape Jean-Paul II. Le pape les a rendues à Sodano, qui écrit cette note : "Nihil dicens", ou "rien à dire".
3 janvier 2001: Mgr McCarrick est installé comme archevêque de Washington et fait cardinal le 21 février.
Le cardinal McCarrick
2000 - 2006: McCarrick poursuit un travail important au sein de nombreux comités nationaux et internationaux de la Conférence épiscopale américaine. Il joue un rôle de premier plan dans l'élaboration de nouvelles politiques de lutte contre les abus sexuels sur mineurs. Il est également nommé à de nombreux postes au sein des conseils du Vatican.
Son poste à Washington lui permet de rencontrer régulièrement des responsables du gouvernement fédéral, dont le président George W. Bush. Après les attentats du 11 septembre 2001, il joue un rôle de premier plan dans la résolution de la crise.
15 novembre 2001: le cardinal Hickey, archevêque émérite de Washington, reçoit une lettre d'un laïc catholique concernant les "méfaits" d'un évêque, mais sans nommer McCarrick. L'évêque William Lori qui reçoit ce dénonciateur rapporte que l'homme ne se souvenait d'aucun détail spécifique des méfaits de McCarrick. Finalement il rejette l'allégation comme "ouï-dire".
Janvier 2002: Le Boston Globe publie une série d'articles sur les abus sexuels d'enfants par des prêtres américains. Un scandale majeur éclate aux États-Unis. En mars un laïc écrit au nonce pour dénoncer le comportement "sexuellement inapproprié" de McCarrick à la maison de la plage. L'archevêque de Newark, Mgr John Myers, répond plus tard qu'il ne reconnait pas le nom du diacre mentionné. Il ajoute avoir reçu d'autres accusations anonymes contre McCarrick, mais qu'il s'agit de rumeurs intraçables et non d'incidents concrets. Aucune autre action ou enquête n'est entreprise.
McCarrick interrogé par les médias sur la crise des abus sexuels, y compris les allégations portées contre lui, déclare aux journalistes que les accusations sont anonymes et qu'il n'avait jamais eu de relations sexuelles avec quiconque dans sa vie.
15 novembre 2004: L'évêque Donald Wuerl du diocèse de Pittsburgh transmet à Montalvo une déclaration d'un prêtre qui dénonce un comportement "problématique" et "extrêmement inapproprié" mais n'accuse pas ouvertement McCarrick d'abus sexuel. En février 2005, l'archevêque de Newark Mgr Myers a écrit au nonce pour l'avertir que le comportement de McCarrick pourrait constituer un abus. Il n'existe aucune trace que Mgr Montalvo ait contacté le Vatican à ce sujet.
Avril 2005: McCarrick se rend à Rome après la mort du pape Jean-Paul II et participe au conclave qui élit le pape Benoît XVI.
Juin 2005: Un accord est conclu entre un prêtre et le diocèse de Metuchen pour un montant de 80'000 dollars. Aucune poursuite n'est intentée, car McCarrick n'est pas nommé dans l'accord, qui couvrait également les accusations d'abus d'un professeur de lycée du diocèse. McCarrick a envoyé 10'000 dollars au diocèse, apparemment dans le cadre de cet accord. Rien n'indique que le nonce ou le Vatican aient eu connaissance de ce règlement.
Fin juin 2005: Dans le cadre d'un recours contre la suspension d'un prêtre, des informations sur les cas d'abus de McCarrick subis par le prêtre sont envoyés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à Rome.
Poussé à la démission
22 juin 2005: A la veille de son 75e anniversaire, McCarrick remet sa démission en tant qu'archevêque de Washington, comme le veut le droit canonique. Mais le cardinal Re, après avoir consulté le pape Benoît XVI, prolonge de deux ans son mandat à Washington.
5 novembre 2005: Le pape Benoît XVI annule la décision de prolonger le mandat de McCarrick, sur la base d'accusations crédibles, probablement obtenues par Mgr William Levada, nouveau préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Re, préfet de la Congrégation pour les évêques convoque McCarrick à Rome pour venir s'expliquer.
5 décembre 2005: Re rencontre McCarrick à Rome. Celui-ci admet avoir partagé son lit avec des séminaristes mais affirme que rien de sexuel n'a jamais eu lieu, même pas des actes "incomplets". Il accepte de repousser sa démission à Pâques 2006, mais demande que cela ne soit pas considéré comme une "punition".
17 janvier 2006: McCarrick rencontre à nouveau Re à Rome. Il continuer de nier vigoureusement n'avoir jamais eu de contact inapproprié avec qui que ce soit, le jurant sur son serment d'évêque.
16 mai 2006: le pape Benoît XVI accepte la démission de McCarrick en tant qu'archevêque de Washington. Mgr Donald W. Wuerl est choisi pour lui succéder. (cath.ch/cna/mp)
Le 3e épisode reviendra sur les années 2006 -2019
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McCarrick: Un prédateur se cachait derrière le prélat bien en cour 3/3
Publié par le Vatican le 10 novembre 2020, le rapport McCarrick illustre de manière exemplaire les défaillances de l'Eglise catholique dans le traitement des cas d'abus sexuels. Aucun des responsables d'Eglise, aux Etats-Unis et à Rome, jusqu'aux papes Jean Paul II, Benoît XVI et François n'a su ou voulu voir le 'prédateur sexuel' qui se cachait derrière le prélat bien en cour, devenu archevêque et cardinal.
Officiellement écarté des affaires après sa démission de son poste d'archevêque de Washington en 2006, McCarrick n'en continue pas moins de se montrer très actif aux Etats-Unis et partout dans le monde. Sans se soucier des demandes répétées de Rome de vivre sa retraite dans la discrétion et la prière. Lorsque le Vatican décide enfin d'ordonner une enquête canonique, le prélat est âgé de 88 ans.
Nouvelles plaintes en 2006
Août 2006: L'avocat d'un prêtre et les représentants des diocèses de Newark et de Metuchen acceptent une médiation. En octobre, Mgr Myers de Newark faxe le rapport et à la Congrégation des évêques. Le cardinal Re, préfet de la Congrégation, répond au nonce Mgr Pietro Sambi qui a remplacé Mgr Montalvo. Craignant un scandale médiatique, il conseille à McCarrick de quitter sa résidence au séminaire et de vivre une vie de prière silencieuse "afin de ne pas se faire parler de lui".
En retour, le nonce Sambi conseille au secrétaire d'État, le cardinal Bertone, de ne pas impliquer McCarrick dans d'autres affaires étrangères et intérieures de l'Église en raison des allégations d'abus. Dans ce cadre Mgr Carlo Maria Viganò, à l'époque délégué pour les représentations pontificales au sein de la Secrétairerie d'Etat, rédige un mémorandum. Il y note que les accusations du prêtre équivalent aux crimes de sollicitation, d'absolution du complice, et de célébration sacrilège de l'Eucharistie. Ce mémorandum, porté à la connaissance des cardinaux Sandri Bertone et Re est ensuite archivé.
Décembre 2006: Le nonce Sambi rencontre McCarrick pour discuter de son départ du séminaire Redemptoris Mater et de la demande qu'il mène une vie de retraite et de prière.
15 janvier 2007: Le cardinal Bertone et le pape Benoît XVI discutent des problèmes liés à McCarrick lors d'une rencontre non protocolée. Bertone a ensuite rappelé que Benoît XVI voulait "contenir" les activités de McCarrick mais ne pensait pas qu'il était nécessaire de poursuivre une enquête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF).
Août 2007: Le prêtre conclut un accord de 100'000 dollars avec l'archidiocèse de Newark et le diocèse de Metuchen. L'accord ne nomme pas McCarrick et n'inclut pas d'aveu de méfaits. Il n'existe aucune trace que le Vatican ait été informé de la conclusion de cet accord.
2007-2008: McCarrick continue à travailler pour de nombreux comités de la Conférence des évêques américains, ainsi qu'avec d'autres organisations catholiques. Il maintient un calendrier de voyages internationaux très chargé. Le 24 janvier 2008, il est par exemple au World Economic Forum (WEF) à Davos, en Suisse. Il participe à plusieurs événements en présence de Benoît XVI et effectue des travaux diplomatiques occasionnels pour le Vatican.
Présent lors de la visite de Benoìt XVI aux Etats-Unis en 2008
Avril 2008: Le pape Benoît XVI se rend aux États-Unis. Le cardinal McCarrick concélèbre la messe avec lui à la cathédrale Saint-Patrick et participe à un dîner à New York. Peu après le voyage du pape, le psychothérapeute et ancien moine bénédictin Richard Sipe publie une "lettre ouverte" au pape. Il y affirme que les abus dans l'Eglise sont "systémiques". Et présente McCarrick comme exemple. Il affirme avoir des témoignages de prêtres sur les avances sexuelles du prélat.
Mai 2008: Le cardinal Re a écrit au nonce lui disant de suivre McCarrick de près. Il lui suggère de travailler avec Mgr Wuerl pour trouver à McCarrick une résidence alternative au séminaire. Mgr Viganò écrit un second mémorandum interne à la Congrégation pour les évêques. Il relève que traiter le cas McCarrick devant les autorités légales et avant qu'un scandale n'éclate pourrait être sain pour l'Eglise. Il recommande une enquête de la CDF. Aucune mesure n'est prise.
Mi-mai 2008: McCarrick se rend à Rome et apparaît lors d'une célébration publique avec le pape Benoît XVI. Le cardinal Re est mécontent de le voir au Vatican et le confronte au fait qu'il a désobéi aux instructions de vivre retiré. McCarrick "ne le prend pas bien".
Juin 2008: Le cardinal Re écrit à Sambi et McCarrick séparément. Il leur dit que McCarrick ne doit pas voyager publiquement aux États-Unis ou à l'étranger, sauf rares exceptions accordées par le Saint-Siège. Il doit également résider dans une maison religieuse ou un monastère.
1er octobre 2008: Le cardinal Bertone rencontre McCarrick à Rome. Le 21 octobre, le cardinal Re lui signifie qu'il est autorisé à se rendre à Rome uniquement pour des pèlerinages privés et pour rendre visite à des amis.
21 décembre 2008 : Après l'élection du président Barack Obama, McCarrick écrit à Sambi et Bertone, disant qu'il a établi des contacts importants au sein de la nouvelle administration. Il demande s'il doit conserver ces contacts en tant que liaison du Saint-Siège.
Automne 2008 -Automne 2011: McCarrick poursuit ses activités et ses voyages. Il continue d'apparaître en public aux Etats-Unis et à Rome. Il n'existe aucune trace de réprimande à ce sujet.
Pas de message du pape pour ses 80 ans
2 juin 2010: Dans un mémorandum interne de la Secrétairerie d'Etat, le cardinal Francis George de Chicago et Mgr Wuerl déclarent qu'un message du Saint-Père pour le 80e anniversaire de McCarrick "semble inopportun" car il pourrait susciter un article "désagréable" du New York Times sur la vie morale de McCarrick.
Août 2011: Un prêtre dépose une plainte civile devant la Cour du New Jersey contre le diocèse de Metuchen, l'archidiocèse de Newark et l'évêque Bootkoski. Elle ne nomme pas McCarrick mais décrit de manière explicite trois incidents l'impliquant. La plainte n'est pas transmise à la nonciature.
19 octobre 2011: Mgr Viganò est nommé nonce à Washington. Selon le rapport, il ne reçoit aucune instruction écrite concernant McCarrick. Pendant la nonciature de Vigano, McCarrick poursuit ses activités. Selon le rapport, il n'existe aucune trace que Vigano lui ait recommandé de les arrêter.
29 juin 2012: Un paroissien du Maryland écrit à l'archevêché de Washington pour exprimer ses inquiétudes sur McCarrick, le traitant de "prédateur". Aucune accusation précise n'est cependant faite. Vigano note ces accusations "sérieuses", mais ne donne pas suite.
6 août 2012: Un prêtre écrit à Vigano. Il dit avoir été agressé sexuellement par McCarrick pendant son séjour à Metuchen. Il ajoute que son affaire civile est en cours, mais que malgré tout, il prévoit de rendre publiques ses accusations, et de porter l'affaire devant la CDF. Vigano transmet le dossier au cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, en lui demandant des instructions. Le 12 septembre, Ouellet ordonne à Vigano de clarifier les accusations du prêtre. Ce que ce dernier ne semble avoir pas fait.
10 février 2013: Le pape Benoît XVI annonce son intention de démissionner. Bien que McCarrick soit trop âgé pour voter lors du prochain conclave, il assiste à des réunions à Rome avec les cardinaux et y reste pendant toute la durée du conclave. Le 13 mars, le cardinal Jorge Mario Bergoglio est élu pape et prend le nom de François.
Le pape François a rencontré McCarrick avant son pontificat lors des voyages de ce dernier en Argentine en 2004 et 2011. Selon le rapport, François savait qu'il était un "voyageur infatigable" engagé dans le travail de l'Eglise à travers le monde. Mais avant de devenir pape, il n'aurait pas été au courant des accusations ou des restrictions à son encontre. Le 20 juin, il le reçoit lors d'une brève audience privée à la Maison Sainte Marthe.
23 juin 2013 et 10 octobre 2013: Le pape François rencontre Viganò à Sainte Marthe. Vigano affirme lui avoir dit qu'il y avait un épais dossier d'accusations contre McCarrick à la Congrégation des évêques, qu'il avait commis des "crimes" et était un "prédateur en série". Mais il n'existe aucune trace écrite de ces entretiens.
2013 – 2017: A plus de 80 ans, McCarrick poursuit toujours ses activités avec de nombreux événements publics, des messes, des ordinations et la consécration d'évêques, ainsi que des voyages.
5 mai 2014: Vigano, préoccupé par les mouvements de McCarrick, écrit au cardinal Parolin. Il lui demande s'il y a de nouvelles instructions le concernant. En juillet, le cardinal Ouellet réaffirme encore les restrictions contre le prélat, toujours sans effet.
La chute vertigineuse
8 juin 2017: L'archidiocèse de New York reçoit une plainte alléguant que McCarrick a "illégalement touché" un mineur de 16 ans, au début des années 1970. Il s'agit de la première allégation contre McCarrick impliquant un mineur formellement identifié. En octobre, le pape François demande à Mgr Timothy Dolan, archevêque de New York, de mener l'enquête canonique préliminaire. La Commission qui mène des entretiens avec le demandeur et McCarrick juge unanimement les allégations crédibles.
8 mai 2018: Mgr Dolan recommande au cardinal à Parolin que, étant donné la gravité des allégations contre McCarrick, il soit définitivement retiré du ministère public pour une vie de prière et de pénitence, et que l'affaire soit rendue publique, car elle concerne l'abus sexuel d'un mineur. Le 22 mai, le nonce signifie à McCarrick "au nom du Saint Père" de s'abstenir strictement de tout ministère public et de toute apparition jusqu'à ce qu'une décision finale soit prise. Cette décision est rendue publique le 20 juin. D'autres victimes se manifestent.
14 décembre 2018: Le pape François accepte la démission de McCarrick du collège des cardinaux. Il autorise la Congrégation pour la doctrine de la foi à mener une procédure pénale administrative.
11 janvier 2019: La CDF publie un décret qui stipule que McCarrick a été reconnu coupable et qu'il est renvoyé de l'état clérical. (cath.ch/cna/mp)
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1500 intellectuels polonais pour défendre la mémoire de Jean Paul II
Près de 1500 intellectuels et universitaires polonais ont lancé un appel contre "la diffamation et le rejet de Jean Paul II" après la publication du rapport McCarrick par le Vatican, le 10 novembre 2020. Jean Paul II a lutté fermement contre les abus sexuels, rappellent-ils.
"Nous lançons un appel à la réflexion à toutes les personnes de bonne volonté. La personne de Jean Paul II a le droit, comme toute autre personne, d'être discutée avec honnêteté", note la lettre ouverte des universitaires. "En calomniant et en rejetant Jean Paul II, nous faisons du mal non seulement à lui-même, mais aussi à nous. (…) Les attaques non fondées contre la mémoire de Jean Paul II sont motivées par une thèse préconçue, que nous considérons avec tristesse et un profond désarroi", rapporte le site catholique américain Crux.
Jean Paul II n'a pas dissimulé des faits
Parmi les signataires figurent entre autres le cinéaste Krzysztof Zanussi, l'ancien ministre des Affaires étrangères Adam Daniel Rotfeld, ou encore Hanna Suchocka, ambassadrice de Pologne auprès du saint-siège de 2001 à 2013.
En tant que pape, Jean Paul a joué un rôle essentiel dans l'ascension de Théodore MacCarrick en le nommant évêque de Metuchen, archevêque de Newark et archevêque de Washington avant de le créer comme cardinal en 2001. "Jean Paul II a nommé McCarrick. C'est indéniable, mais affirmer qu'il était au courant de ses actes et que, le sachant, il l'a nommé quand même n'est pas vrai. Ce n'est pas la conclusion du rapport", relève Hanna Suchocka. Pour elle, "Jean Paul II résolvait les problèmes sans équivoque et conformément à ses connaissances. Il n'a jamais évité l'action ni dissimulé des faits."
Ainsi, le rapport montre que, mis au courant des accusations contre McCarrick par le cardinal O'Connor de New York, Jean Paul II n'a pas ignoré l'affaire, mais a demandé à ses conseillers les plus fiables de mener une enquête. (et qui lui ont rendu un avis favorable NDLR). Le rapport révèle en outre qu'il n'y a pas eu d'accusation directe d'abus sexuels sur mineur de la part d'une victime nommément identifiée avant 2017, date à laquelle une enquête canonique a été ouverte.
Jean Paul n'a jamais protégé des abuseurs
"Jean-Paul II luttait contre les abus sexuels commis par des membres du clergé et ne les a jamais protégés", a souligné le groupe Środowisko formé des personnes que le pontife lui-même appelait 'sa famille'. Pour lui, "blâmer le pape pour son manque d'action en faveur de la protection des enfants est la preuve de l'ignorance ou de la mauvaise volonté des milieux qui propagent ces accusations". Danuta Rybicka, l'un des membres les plus anciens de Środowisko, était amie avec Karol Wojtyła depuis 1951, alors qu'elle était étudiante âgée de 20 ans. "Il était tout pour nous", a-t-elle déclaré à la Crux. "Un père, un ami, une autorité à suivre." C'est d'ailleurs elle qui a commencé à utiliser le pseudonyme "Wujek" [oncle] pour protéger son pasteur et les jeunes lorsqu'ils faisaient de la randonnée et du kayak. Des activités qui étaient interdites au clergé, par le régime communiste polonais.
"J'ai combattu Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. J'ai combattu Staline après la guerre. J'ai survécu à la loi martiale en Pologne dans les années 1980", a déclaré Rybicka. "Mais je ne me suis jamais sentie aussi impuissante lorsque l'homme qui m'est le plus cher est injustement attaqué par certains milieux. Je n'ai plus la force physique pour défendre le pape Jean Paul II. La seule chose que je peux faire maintenant, c'est de prier pour que la vérité l'emporte."
Les demandes de 'dé-canonisation' de Jean Paul II ne sont pas sérieuses
Stephen White, directeur exécutif du Catholic Project de l'Université catholique d'Amérique, à Washington DC [Celle-là même où McCarrick fut étudiant puis enseignant NDLR] affirme que les appels à la 'dé-canonisation' de Jean Paul II ou à la suppression de son culte "ne sont pas des propositions sérieuses. Elles émanent principalement de personnes ou de groupes défendant une vision idéologique."
Aux personnes qui estiment que Jean Paul II a été fait saint trop rapidement (béatifié en 2011, six ans après sa mort, puis canonisé en 2014) Stephen White répond qu'on peut tout aussi légitiment considérer qu'il l'a été au bon moment. "Ce dont l'Église a besoin maintenant, c'est d'un exemple de saint qui était à la fois manifestement saint et manifestement imparfait", a-t-il déclaré à Crux.
La lutte contre les abus exige un changement culturel
Le Catholic Project qu'il dirige s'est penché sur divers aspects de la crise des abus sexuels commis par des membres du clergé. Il a récemment lancé un podcast approfondi sur la question, intitulé "Crisis".
Pour S.White, "il est crucial de se rappeler que la plupart des événements du rapport McCarrick - du moins ceux qui concernent sa promotion et son élévation au collège des cardinaux - se sont produits, il y a 20 ou 30 ans". Ils offrent ainsi un aperçu du fonctionnement d'une Église avant que la crise des abus américains n'explose en 2002. Cette crise a conduit à la 'Charte de Dallas sur la protection de l'enfance' la même année puis à de nombreuses mesures jusqu'à la promulgation par le pape François, en 2019, de Vos estis lux mundi qui réglemente le cas des évêques ayant couvert des abus sexuels.
La responsabilité de la débâcle incombe à McCarrick
"Bon nombre des réformes structurelles qui auraient permis d'empêcher l'ascension de McCarrick ont été mises en place aujourd'hui. Plus important encore, il y a eu un changement culturel au sein de l'Eglise", estime S. White. "C'est important, car même les meilleurs protocoles et procédures se révéleront inefficaces sans une culture ecclésiale hostile aux abus et à la dissimulation. L'Eglise, du moins aux Etats-Unis, a encore du travail à faire à cet égard, mais elle est beaucoup plus proche de cet objectif que nous ne l'étions à l'époque où McCarrick gravissait l'échelle ecclésiale".
Stephen White note aussi que pour beaucoup, la lecture du rapport est "insatisfaisante - parce que nous voudrions que quelqu'un soit blâmé", mais le document "laisse le lecteur avec le sentiment clair que la part principale de responsabilité morale de cette débâcle incombe à McCarrick lui-même. Les conséquences de son péché touchent des millions de vies, depuis ses premières victimes, il y a plus de 50 ans jusqu'à nous, dans l'Eglise d'aujourd'hui, qui sommes toujours confrontés aux retombées de ses prédations", conclut-il. (cath.ch/crux/mp)
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L’ex-cardinal McCarrick mis en accusation pour abus sexuels
L’ex-cardinal Theodore McCarrick devra finalement répondre devant la justice de Boston de trois chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et de coups et blessures sur une personne de plus de 14 ans se rapportant à des faits commis dans les années 1970.
Une citation à comparaître a été émise, ordonnant à McCarrick, aujourd'hui âgé de 91 ans, de se présenter au tribunal pour une mise en accusation le 26 août 2021, rapporte le Boston Globe.
Les crimes pour lesquels McCarrick est accusé auraient eu lieu en 1974, alors qu'il était prêtre de l'archidiocèse de New York et secrétaire du cardinal Terence Cooke. Selon la victime, McCarrick, qui était un ami de la famille, a commencé à le molester lorsqu'il était enfant. Il partait souvent en voyage avec la famille de l'adolescent et aurait abusé sexuellement de lui dans le New Jersey, à New York, en Californie et dans le Massachusetts.
La plainte déposée dans le Massachusetts a put être reçue malgré l’obstacle de la prescription. Étant donné que McCarrick n'était pas un résident du Massachusetts et que le délai de prescription a cessé de courir lorsqu'il a quitté l'État, il peut être accusé d'agressions présumées remontant aux années 1970, explique le Boston Globe.
Renvoyé de l’état clérical en 2019
Selon le journal, McCarrick vit actuellement dans le Missouri, dans un centre d’accueil pour le clergé catholique souffrant de troubles sexuels ou autres.
Selon son site Web, il s’agit d’offrir un environnement sûr et favorable à la réhabilitation et à la réconciliation des prêtres et des frères religieux".
En 2018, le prélat avait démissionné du Collège des cardinaux après la révélation d'abus commis principalement dans les années 1970 et 1980. Un an plus tard, le pape François l'a renvoyé de l’état clérical. L'année dernière, le Vatican a publié son propre rapport détaillant l'affaire McCarrick.
Selon ce rapport, Theodore McCarrick a pu gravir les échelons de la hiérarchie catholique grâce à ses contacts personnels, aux protestations de son innocence et à l'absence de rapports et d'enquêtes de la part des responsables de l'Église sur les accusations portées contre lui. (cath.ch/cns/mp)
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La justice déclare l’ex-cardinal McCarrick "inapte" à être jugé
La justice américaine a décidé d’abandonner, le 30 août 2023, ses poursuites contre l’ex-cardinal Theodore McCarrick, âgé de 93 ans en raison de son «inaptitude» à être jugé pour une agression sexuelle sur un adolescent dans les années 1970.
Un juge de l’État du Massachusetts a estimé que l’état de santé de Theodore McCarrick «était inapte à comparaître en procès», selon une courte vidéo d’une audience préliminaire du tribunal de Dedham, dans cet État du nord-est des États-Unis.
Le ministère public a aussitôt annoncé lors de la même audience l’abandon des poursuites pénales contre l’ancien cardinal, inculpé en juillet 2021 d’«agression sexuelle sur enfant de plus de 14 ans», une accusation pour laquelle il avait plaidé non coupable.
Le tribunal a donc donné suite à l’estimation d’un expert en santé mentale mandaté par l’État du Massachusetts en juin dernier. Cette expertise a eu lieu suite au dépôt d’une requête des avocats de l’ex-cardinal en février dernier, affirmant qu’il était légalement incapable d’être jugé en raison d’une démence significative et irréversible et de perte de mémoire, probablement dues à la maladie d’Alzheimer.
D'autres plaintes
En outre, les poursuites pénales pour agression sexuelle sur un adolescent de 11 ans engagées contre lui dans l’État du Wisconsin, en avril dernier, sont toujours en cours. La victime présumée, qui n’est pas nommée, a déclaré aux enquêteurs que McCarrick l’avait agressé sexuellement à plusieurs reprises dès l’âge de 11 ans et l’avait même amené à des fêtes où d’autres hommes adultes l’avaient agressé sexuellement, avait indiqué le National Catholic Reporter. L’ex cardinal fait également l’objet d’un certain nombre de poursuites civiles.
«Malgré la décision rendue par le tribunal aujourd’hui, de nombreuses victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé ont le sentiment que l’ancien cardinal Theodore McCarrick est et sera toujours la personnification permanente du mal au sein de l’Église catholique», a réagi l’avocat de la victime, Mitchell Garabedian.
Renvoyé de l'état clérical
En 2019, Theodore McCarrick avait été renvoyé de l’état clérical par Rome, rappelle l'agence I.Média. Deux ans auparavant, le Saint-Siège avait été informé que l’alors cardinal était accusé par un homme de l’avoir abusé dans les années 1970. D’autres accusations d'abus avaient été dirigées vers celui qui avait été nommé archevêque de Washington en 2000.
La congrégation pour la Doctrine de la foi avait motivé sa décision ainsi: «L’accusé a été reconnu coupable des délits suivants perpétrés en tant que prêtre: sollicitation en confession et violation du sixième commandement du Décalogue avec des mineurs et des adultes [tu ne commettras pas d’adultère, NDLR], avec la circonstance aggravante d’abus de pouvoir.»
Suite à l’immense scandale généré par la révélation de cette affaire, le pape François avait commandé une enquête pour faire la lumière sur la manière dont McCarrick avait pu gravir les échelons dans l’Église catholique sans jamais être inquiété, alors que des alertes avaient été lancées.
Dans ce rapport publié en 2020, on apprenait notamment que Jean-Paul II avait bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal O’Connor, archevêque de New York, en 1999. Mais le pontife polonais avait finalement fait le choix de ne pas prendre en considération les rumeurs insistantes et l’avait nommé un an plus tard à Washington, avant de le créer cardinal en 2001. (cath.ch/cna/imedia/bh)
10/11/2020
"Rapport McCarrick": ce que savaient les papes
Le rapport McCarrick Le Vatican a rendu public le 10 novembre 2020 le «Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)». Selon la demande du pape François en 2018, il s'agissait de faire la lum...
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L’ex-cardinal Theodore McCarrick est mort
Theodore McCarrick, qui fut archevêque de Washington de 2000 à 2006 et cardinal de 2001 à 2018 avant de subir la révocation de son état clérical en raison d’agressions sexuelles sur mineurs, est décédé le 3 avril 2025 dans une maison de repos du Missouri, à l’âge de 94 ans.
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