Rapport Sauvé: Mgr de Moulins Beaufort a fait une note au pape
L'Église de France ébranlée par le rapport Sauvé Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé, a été publié le 5 octobre 2021, après un peu moins de trois ans d’enquête. Les chiffres font état de 3'000 prêtres ou religieux abuseurs qui auraient f...
Rapport Sauvé: Mgr de Moulins Beaufort a fait une note au pape
Rapport Sauvé: près de 3'000 prêtres et religieux agresseurs
Rapport Sauvé: retour sur la gestion des abus sexuels par François
Astrid Kaptijn: «La dignité des victimes m’a frappée»
Rapport Sauvé: 330'000 victimes, les évêques disent leur «honte»
Rapport de la Ciase: Le pape François exprime sa "douleur"
"Il faut réformer le droit de l’Église", assure Jean-Marc Sauvé
Abus sexuels: tous les pays n’avancent pas au même rythme
La Suisse prépare une étude sur les abus sexuels
"Le pape a fait des choses importantes dans la lutte contre les abus"
Rapport Sauvé: un apport important pour l’étude des abus sexuels
Ciase: les sociologues expliquent leurs chiffres
Enquête sur les abus sexuels: entre attentes et frustrations
Rapport Sauvé: Mgr de Moulins Beaufort a fait une note au pape
L'Église de France ébranlée par le rapport Sauvé Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé, a été publié le 5 octobre 2021, après un peu moins de trois ans d’enquête. Les chiffres font état de 3'000 prêtres ou religieux abuseurs qui auraient f...
Rapport Sauvé: Mgr de Moulins Beaufort a fait une note au pape
L'Église de France ébranlée par le rapport Sauvé Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé, a été publié le 5 octobre 2021, après un peu moins de trois ans d’enquête. Les chiffres font état de 3'000 prêtres ou religieux abuseurs qui auraient f...
Rapport Sauvé: près de 3'000 prêtres et religieux agresseurs
La commission d’enquête sur les abus sexuels dans l’Eglise de France (Ciase) a identifié environ 3'000 prêtres et religieux agresseurs.
Rapport Sauvé: retour sur la gestion des abus sexuels par François
À la veille de la publication du rapport Sauvé, rertour en quinze dates sur la gestion de la crise des abus dans l’Église par le pape François depuis son élection, en 2013.
Astrid Kaptijn: «La dignité des victimes m’a frappée»
Astrid Kaptijn, professeure de droit canon à l’Université de Fribourg, est l’une des membres de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui a rendu un rapport explosif le 5 octobre 2021.
Rapport Sauvé: 330'000 victimes, les évêques disent leur «honte»
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE) en France a rendu le 5 octobre 2021 un rapport accablant. Face au chiffre de 330'000 victimes estimées depuis 1950, la Conférence des évêques de France (CEF) a exprimé sa «honte».
Rapport de la Ciase: Le pape François exprime sa "douleur"
C’est "avec douleur" que le pape François a pris connaissance du contenu du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) en France, a annoncé le Bureau de presse du Saint-Siège le 5 octobre 2021.
"Il faut réformer le droit de l’Église", assure Jean-Marc Sauvé
Parmi les 45 recommandations du rapport la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), rendu le 5 octobre 2021, une réforme du Droit canonique est préconisé par Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase.
Abus sexuels: tous les pays n’avancent pas au même rythme
Lancée en France en 2018, la commission sur les abus sexuels dans l’Église a été précédée par d’autres initiatives, depuis les années 1990, à travers le monde. Etats-Unis, Irlande, Australie, Allemagne entres autres ont délivrés des rapports plus ou moins étendus.
La Suisse prépare une étude sur les abus sexuels
La Conférence des évêques suisses (CES) veut faire face aux abus sexuels. A l’instar de l’Allemagne et de la France, elle prévoit le lancement en automne 2021 d'une étude à grande échelle, a indiqué à kath.ch, en juin dernier,l’évêque responsable,Mgr Joseph Bonnemain.
"Le pape a fait des choses importantes dans la lutte contre les abus"
Suite à la publication, le 5 octobre 2021, du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) Jean-Marc Sauvé, le président de la Ciase, revient sur les relations entre l’Église en France et le Saint-Siège en matière de lutte contre les abus sexuels.
Rapport Sauvé: un apport important pour l’étude des abus sexuels
Si le chiffre de 330’000 victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise catholique en France, entre 1950 et 2020, a suscité l’effarement, il ne pourrait bien être que l’arbre qui cache la forêt. Les données du rapport de la Ciase, publié le 5 octobre 2021 dépassent en fait largement le cercle de l’Egli...
Ciase: les sociologues expliquent leurs chiffres
Les chiffres du rapport Sauvé ont été mis en cause dans certains milieux. Deux sociologues ayant participé aux travaux défendent leur méthodologie.
Enquête sur les abus sexuels: entre attentes et frustrations
Pour les victimes d’abus sexuels commis dans le cadre de l’Eglise en Suisse, l’annonce d’un étude nationale suscite des sentiments mitigés. Soulagement d’avoir une vision plus globale du phénomène, mais profonde frustration de ne pas y être associées directement. Jacques Nuoffer, président du groupe...
Rapport Sauvé: Mgr de Moulins Beaufort a fait une note au pape
Les évêques français des provinces de Lille, Reims, Besançon, Strasbourg et Dijon ont rencontré le pape François le 1er octobre 2021 à l’issue de leur semaine de visite ad limina à Rome. Alors que l’Église en France se prépare à recevoir, le 5 octobre, le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé, le pape François a indiqué aux évêques qu’il s’agissait-là d’une «croix» et d’une «lumière nécessaire» à faire.
I.MEDIA
Placée une semaine avant la remise du rapport Sauvé (Ciase), le 5 octobre, la visite ad limina des évêques des provinces du nord-est de la France aura eu une tonalité très particulière. «On en a beaucoup parlé dans tous les dicastères concernés», a confié Mgr Éric de Moulins Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF), lors d’une conférence de presse au sortir de leur audience avec le pape François qui a duré «deux bonnes heures».
Une déflagration dans l’Eglise de France
Durant leur semaine, les évêques de France se sont sentis au fil de leurs rencontres encouragés dans leur démarche d’avoir confié à une commission indépendante la tâche de faire la lumière sur des années d’abus. Au sein de la Curie, «personne ne nous a dit ou laisser entendre qu’il fallait faire autrement» , a assuré Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille.
Ne sachant pas encore le contenu du rapport – qu’ils découvriront le 5 octobre -, les évêques disent en pressentir la teneur. Ainsi, l’archevêque de Lille a avoué se préparer à «des nouvelles tout à fait affreuses». Un sentiment partagé unanimement. «Le rapport sera sévère. Nous sommes prêts à recevoir le choc de cette sévérité», a abondé en ce sens le président de la CEF. Il a raconté avoir profité de l’audience privée avec le pape pour lui remettre une note spéciale sur ce rapport qui risque de provoquer une déflagration dans l’Église en France.
Une réaction du pape?
«J’ai dit au pape ce que j’étais capable de lui dire aujourd’hui», a-t-il confié. «Je lui ai laissé une note à ce propos pour qu’il puisse étudier […]. Il m’a semblé nécessaire de le faire, c’est important qu’il soit prévenu», a-t-il encore souligné.
Le pape réagira-t-il publiquement au rapport? «On espère un mot à toutes les personnes victimes qui se sont malheureusement accumulées depuis des décennies», a expliqué l’archevêque de Reims. Sans pouvoir dire si le pape François se prononcera après la publication, il a simplement glissé le fait que le lendemain se tiendrait, comme chaque mercredi, une audience générale. Comme a confié un autre évêque à l’agence I.MEDIA, une réaction du pontife pourrait être attendue en marge de sa catéchèse.
Dans leurs échanges avec le pape à propos des abus, Mgr de Moulins Beaufort a confié que ce premier avait expliqué qu’il s’agissait-là d’une «croix». «J’ai ajouté que c’était aussi lumière», a raconté le président de la CEF. «Oui, c’est la lumière, c’est la lumière nécessaire», lui a répondu le pontife.
«Un nouveau style d’accueil des évêques»
«Le pape nous a dit, en parlant d’autres choses et à plusieurs occasions: ‘N’hésitez pas à aller de l’avant, n’ayez pas peur de ce qui se passe et de l’avenir. Allez-y!’, a renchéri Mgr Ulrich, heureux de la qualité des échanges avec le pontife, mais aussi avec l’ensemble des dicastères visités cette semaine. «J’ai le sentiment qu’il ne s’agissait pas que la curie nous dise ce qu’il fallait faire ni que nous disions ‘c’est comme cela chez nous’», a-t-il fait remarquer.
Pour Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, cette «qualité exceptionnelle de l’échange» n’aurait pas été toujours le cas à Rome. «C’est un nouveau style d’accueil des évêques», a-t-il assuré. Soulignant le «changement très important dans la mentalité avec laquelle travaillent les dicastères», l’archevêque français a considéré que cet aspect-là était déjà «de bon augure dans la réforme de la curie en cours».
Enfin, durant l’audience avec un pape François «solide, rassurant, apaisant, consolant, fortifiant» selon Mgr de Moulins Beaufort, les évêques ont évoqué d’autres sujets, notamment le Pacte éducatif mondial ou bien l’Union européenne. «Elle a besoin d’être unie spirituellement et pas simplement par des directives», leur a par exemple confié le pape François. (cath.ch/imedia/hl/rz)
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Rapport Sauvé: près de 3'000 prêtres et religieux agresseurs
La commission d’enquête sur les abus sexuels dans l’Eglise de France (Ciase) a identifié environ 3'000 prêtres et religieux agresseurs. Des chiffres donnés en anticipation de la présentation officielle du rapport présidé par Jean-Marc Sauvé, le 5 octobre 2021.
Raphaël Zbinden
Des résultats du rapport Sauvé, qui conclut trois ans d’enquête sur les abus sexuels commis dans le contexte ecclésial en France, ont paru dans la presse le 3 octobre. Le président Jean-Marc Sauvé a fait état à l’AFP de 3’000 prêtres et religieux coupables d’agressions sexuelles sur mineurs ou personnes vulnérables sur une période allant de 1950 à 2020. Ce qui représente un pourcentage de quelque 3 % des 115’000 prêtres de la période 1950-2020 étudiée par la Ciase.
Un rapport «explosif»
Les autres informations seront révélées lors de la présentation du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), le 5 octobre à Paris. Il sera remis à la Conférence des évêques de France (CEF) et à la Conférence des religieuses et religieux des instituts et congrégations (Corref), qui l’avaient commandé à l’automne 2018.
D’ores et déjà, les chiffres paraissent beaucoup plus élevés que ce qui était attendu. Selon le journal La Croix, les mots de «séisme» et de «déflagration» reviennent souvent dans les déclarations. Le rapport «ne va pas être complaisant», assure le sociologue Philippe Portier, autre membre de la Commission.
Si le président de la Ciase a divulgué le nombre d’agresseurs, celui des victimes ne sera connu probablement que le 5 octobre. Mais il s’annonce également beaucoup plus élevé que les premières estimations. Jean-Marc Sauvé avait évoqué au printemps 2021 environ 10'000 personnes.
Un travail de longue haleine
Le document compterait 2’500 pages, avec ses annexes regroupant des témoignages mais aussi les résultats des enquêtes sociohistoriques. Jean-Marc Sauvé avait déjà parlé, alors que l’enquête n’était pas encore achevée, d’un phénomène «massif» et parfois «systémique».
L’étude pluridisciplinaire, qui a engagé une vingtaine d’experts, a croisé les résultats venant aussi bien des témoignages que des recherches historiques ou encore de l’enquête en population générale, menée par l’Ifop et l’Inserm auprès de 28’000 personnes majeures, tout en procédant à 250 auditions longues ou entretiens de recherche. Elle a aussi examiné de nombreuses archives de l’Église, du ministère de la Justice, de l’Intérieur, de la presse. (cath.ch/cx/afp/arch/rz)
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Rapport Sauvé: retour sur la gestion des abus sexuels par François
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I.MEDIA
22 mars 2014 – Le pape François institue une commission pontificale pour la protection des mineurs
Près d’un an après son élection, le pape François met en place une commission chargée de lui proposer «les initiatives les plus opportunes pour la protection des mineurs et des adultes vulnérables, afin de réaliser tout ce qui est possible pour assurer que des crimes comme ceux qui ont eu lieu ne se répètent plus dans l’Église». Présidée par le cardinal américain Sean O’Malley, elle se compose de spécialistes – laïcs, clercs ou religieux – sur les questions d’abus sur mineurs qui viennent de divers pays du monde. Marie Collins, victime d’un prêtre pédophile et porte-parole de nombreuses victimes avait intégré la commission avant de la quitter, faisant valoir sa «frustration compte-tenu du manque de coopération d’autres bureaux de la Curie».
11 avril 2014 – Première demande publique de pardon du pape François
Trois semaines plus tard, le pape François prononce pour la première fois publiquement une demande de pardon aux victimes d’abus sexuels dans l’Église. «Devant Dieu et devant son peuple, j’exprime ma douleur pour les péchés et les graves crimes d’abus commis par le clergé contre vous, et je demande humblement pardon». Recevant des membres du Bureau catholique international de l’enfance (BICE), il demande des sanctions «très sévères» contre ceux qui se sont rendus coupables de viols sur des enfants. Quelques semaines plus tard, le 17 juillet 2014, il reçoit au Vatican un groupe de victimes de prêtres pédophiles.
27 septembre 2015 – Le pape rencontre des victimes aux États-Unis
«Je suis profondément attristé, car votre innocence a été violée par ceux en qui vous aviez confiance», déclare le pape François lors d’une rencontre avec des victimes d’abus sexuels à Philadelphie, à l’occasion de son voyage aux États-Unis. «Je regrette profondément que certains évêques n’aient pas assumé leur responsabilité de protéger les mineurs», se désole-t-il, leur assurant: «Sachez que le Saint-Père vous écoute et vous croit».
4 juin 2016 – Le pape permet la révocation des évêques coupables de négligences
Par une nouvelle loi, le pape François autorise la démission des évêques qui auraient fait preuve de négligences dans la gestion d’affaires d’abus sexuels sur mineurs. Il rappelle que les évêques doivent déployer «une particulière diligence dans la protection de ceux qui sont les plus faibles parmi les personnes confiées à eux». En cas d’indices sérieux, Rome peut ouvrir une enquête et donne la possibilité à l’évêque de se défendre.
8 avril 2018 – Le pape reconnaît s’être trompé dans l’évaluation de la crise des abus au Chili
«J’ai commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation», confie le pape dans une lettre aux évêques chiliens – qui présenteront tous leur démission quelques mois plus tard. Au cours de son voyage au Chili, en janvier 2018, le pontife avait défendu Mgr Juan Barros, un évêque soupçonné d’avoir couvert un prêtre pédophile. Le pape l’avait nommé en 2015 à la tête du diocèse d’Osorno, dans le sud du pays, provoquant déjà de vives critiques. Après s’être excusé, il avait demandé un rapport d’enquête. C’est à sa lecture qu’il s’est dit «submergé par la douleur», évoquant des «vies crucifiées».
20 août 2018 – Publication de la «Lettre du pape François au peuple de Dieu»
Quelques jours après des révélations accablantes dans le diocèse de Pittsburgh (États-Unis), le pontife argentin publie une Lettre au peuple de Dieu consacrée au fléau des abus sexuels dans l’Église. Il désigne le cléricalisme comme une cause majeure de la crise des abus et appelle les catholiques au jeûne et à la prière. Une semaine plus tard, lors d’un voyage en Irlande, il demande pardon aux personnes ayant été victimes d’abus sexuels.
21 février 2019 – Ouverture du sommet sur les abus sur mineurs
À l’initiative du pape, 190 participants venus de tous les continents – présidents de conférences épiscopales, chefs des Églises catholiques orientales, supérieurs de congrégations religieuses et prélats de la Curie romaine – se réunissent au Vatican pour mener une «bataille totale» contre les abus sexuels dans l’Église. Ce sommet historique – où des victimes ont pu livrer des témoignages glaçants – ne débouche pas immédiatement sur des annonces concrètes mais dresse des perspectives à mettre en œuvre.
9 mai 2019 – Le pape rend obligatoire la dénonciation des abus et responsabilise les évêques
Par le motu proprio Vos estis lux mundi, tous les clercs et religieux sont obligés de dénoncer à l’autorité religieuse supérieure les abus dont ils auraient connaissance, et ce sans délai. Parmi les autres mesures figure l’obligation pour chaque diocèse du monde de mettre en place un ou des «dispositifs stables et facilement accessibles» afin de permettre le signalement d’abus sexuels sur mineurs.
Un an après la publication du motu proprio, un évêque américain, accusé d’avoir couvert des abus entre 2013 et 2015, démissionne, après une enquête régie par Vos estis lux mundi. D’autres suivront, parmi lesquels plusieurs prélats polonais.
17 décembre 2019 – Le pape abolit le secret pontifical couvrant les procédures en matière de pédo-criminalité
Le pape François abolit le secret pontifical en matière de violences sexuelles commises par des clercs sur des mineurs, des personnes vulnérables ou placées sous leur autorité. Les procès canoniques étaient jusqu’alors couverts par le secret absolu, y compris vis-à-vis des victimes qui ne sont entendues que comme témoins. Ce degré très haut de confidentialité a été critiqué à plusieurs reprises lors du sommet sur la protection des mineurs, réuni quelques mois plus tôt. Le pape demande par ailleurs une collaboration renforcée avec les tribunaux civils.
28 février 2020 – Mise en place d’une task-force contre les abus
Un an après le sommet sur les abus, le Vatican met en place un groupe de travail formé d’experts pour aider les conférences épiscopales et instituts religieux à élaborer ou mettre à jour des lignes directrices en matière de protection des mineurs.
16 juillet 2020 – Publication d’un manuel pour lutter contre les abus
Autre fruit du sommet sur les abus, la Congrégation pour la doctrine de la foi publie un vademecum ayant pour objectif d’«accompagner et guider pas à pas quiconque doit chercher la vérité» face à un cas d’abus de mineurs. Non normatif, le texte de 17 pages est à la disposition des évêques, des supérieurs religieux, des tribunaux ecclésiastiques, des juristes et des responsables des centres d’écoute mis en place par les conférences épiscopales. Il vise à clarifier la législation du Saint-Siège afin de permettre aux différents responsables de réagir adéquatement s’ils viennent à devoir gérer une situation d’abus.
10 novembre 2020 – Publication du rapport McCarrick
Le pape François avait demandé en 2018 de faire la lumière sur la manière dont l’ex-cardinal McCarrick avait pu gravir les échelons dans l’Église catholique sans jamais être inquiété malgré de nombreux abus commis. Deux ans plus tard, le ”rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnaire du Saint-Siège concernant l’ex-cardinal Theodore Edgar McCarrick (1930-2017)” est rendu public.
Épais de 445 pages, ce document inédit retrace, depuis le pontificat de Paul VI, la façon dont l’ancien haut prélat américain a brillamment évolué dans la hiérarchie de l’Église malgré les allégations d’abus sexuels qui pesaient sur lui. On y apprend notamment que Jean Paul II avait bien été informé officiellement de soupçons importants à l’encontre de McCarrick par une lettre du cardinal O’Connor, archevêque de New York, en 1999. Pourtant, un an plus tard, celui qui s’appelait encore Mgr McCarrick était nommé archevêque de Washington puis élevé au rang de cardinal.
23 mai 2021 – Le pape durcit le Droit canon
Le pape François opère une révision majeure d’un chapitre du Code de droit canon portant sur les sanctions graves. Elle vise à adapter le droit de l’Église au monde contemporain et à rééquilibrer le rapport entre justice et miséricorde «qui a parfois été mal interprété», entrainant un climat de «laxisme». Les abus sur une personne mineure sont désormais clairement inscrits dans le code.
10 juin 2021 – Le pape refuse la démission du cardinal Marx
«Toute l’Église est en crise à cause du problème des abus», affirme le pape François dans une lettre de trois pages adressée au cardinal Reinhard Marx , le 10 juin 2021. Une semaine auparavant, l’archevêque de Munich-Freising avait rendu publique sa lettre de démission, par laquelle il souhaitait assumer l’échec collectif de l’Église catholique en Allemagne dans la gestion de la crise des abus.
Sa démission est refusée par le pape, qui invite toute l’Église à reconnaître ses erreurs et son péché. «En tant qu’Église, nous devons demander la grâce de la honte», confie-t-il, estimant notamment que «chaque évêque» doit assumer la crise «et se demander: “Que dois-je faire face à cette catastrophe ?“»
1er octobre 2021 – Le pape François parle du contenu du rapport Sauvé comme d’une «croix»
Alors que l’Église en France se prépare à découvrir le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels présidée par Jean-Marc Sauvé, le 5 octobre, le pape François, recevant des évêques français à l’occasion de leur visite ad limina, parle des abus comme d’une «croix» et d’un «nécessaire» travail de lumière à faire.
La semaine précédente, devant un autre groupe d’évêques de France, il avait confié que «quel que soit le nombre [des victimes dans le rapport Sauvé], c’est très grave pour l’Église». (cath.ch/i.media/hl/cmc)
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Raphaël Zbinden
Trois mille prêtres agresseurs, 330'000 victimes estimées… l’Église de France découvre abasourdie l’ampleur des dégâts. Coup de massue ou électrochoc salutaire? Suite à la publication du rapport Sauvé, c’est la seconde réaction qu’Astrid Kaptijn appelle de ses vœux.
Vous avez œuvré pendant presque trois ans au sein de la Ciase. Que retenez-vous en particulier de cette expérience hors du commun?
La dignité des victimes. Lors des auditions auxquelles j’ai assisté, aucune ne s’est apitoyée sur son sort. En apportant leur témoignage, la plupart voulaient nous aider à lutter contre ce phénomène des abus sexuels. D’autres avaient des motivations plus personnelles. Elles désiraient notamment savoir si leur agresseur avait fait d’autres victimes. Mais toutes ces personnes m’ont touchée, d’une manière ou d’une autre.
Jean-Marc Sauvé, le président de la Ciase, est un habitué des tribunaux et des histoires sordides. Il a cependant avoué avoir été très perturbé par les témoignages. Est-ce aussi votre cas?
Oui, bien sûr. On ne peut pas sortir tout à fait indemne d’une expérience comme celle-là. Il faut bien se rendre compte que les personnes abusées en souffrent en général toute leur vie et dans de nombreux domaines, aussi bien professionnel qu’affectif ou familial... J’ai notamment été frappée par un homme qui pendant longtemps n’a pas voulu avoir d’enfants parce qu’il pensait qu’une victime devenait forcément à son tour un abuseur. C’est terrible d’être soumis à de telles angoisses.
D’autres éléments vous ont marquée?
La durée de l’abus, parfois. Certaines victimes ont subi des agressions pendant de nombreuses années, qui ont même continué après leur majorité. J’ai été choquée par l’emprise énorme que les prêtres avaient sur ces personnes.
"On a facilement tendance à mettre un prêtre sur un piédestal"
Le caractère systémique de certains cas a également été perturbant. On peut réellement parler de «système» lorsqu’un jeune garçon est «recruté» dans un contexte de retraite, qu’on le culpabilise et qu’on l’effraye avec la menace de l’enfer pour le faire venir en confession, où il est abusé. Et qu’ensuite, une fois au séminaire, il passe d’un enseignant à l’autre.
Certains agresseurs n’hésitent pas à «instrumentaliser» le discours religieux.
Oui, on assiste parfois à une perversion de ce discours. Des abuseurs disent à leurs victimes des choses du genre : «tu es mon élu(e)», «nous avons un lien spirituel particulier» …. Ils utilisent des représentations bibliques et religieuses présentes dans l’esprit de la personne pour lui faire croire que leurs agissements sont acceptables.
L’aspect particulièrement choquant de ces cas va-t-il susciter, selon vous, une prise de conscience plus profonde dans l’Église de France?
Je l’espère. Dans le rapport, nous signalons un grand nombre de choses qui peuvent être améliorées. Je dirais que pour les religieuses et religieux de France, la prise de conscience est déjà assez forte. Pour les évêques, c’est plus variable, et cela dépend beaucoup de la personne. Certains sont déjà très sensibles à la problématique, d’autres ont mis du temps mais y sont parvenus, et il y en a toujours quelques uns qui ont plus de mal à admettre les choses.
Vous parlez de l’emprise de certains prêtres, pensez-vous que la «sacralité» du prêtre joue un rôle?
Tout à fait, cela a été constaté. On a facilement tendance à mettre un prêtre sur un piédestal, à l’identifier à la personne du Christ. Cela peut mener à une augmentation de son sentiment de pouvoir, qui peut mener à des abus, qu’ils soient spirituels ou sexuels.
Faudrait-il changer la théologie en ce sens?
L’idée que le prêtre agit dans certains contextes dans la personne du Christ est en effet très présente dans la théologie. Je pense qu’il faut garder ce qu’il y a de positif dans cette idée, tout en l’articulant avec les faits et la réalité: c’est-à-dire que les ministres de l’Église restent malgré tout des êtres humains, qu’ils ont des défauts, qu’ils peuvent faillir à leur vocation, à leur mission, à leur déontologie.
A mon avis, le défi pour l’Église est de prendre en compte ces deux dimensions qui peuvent paraître contradictoires, en n’oubliant pas de les honorer l’une et l’autre.
Le rapport Sauvé a rendu un certain nombre de préconisations à l’égard de l’Église. Quelles étaient-elles sur le plan du droit canon?
Nous avons vu deux grands problèmes sur le plan juridique. Le premier est le rôle central de l’évêque dans le traitement des cas d’abus. C’est lui qui reçoit les signalements, lance une enquête préliminaire, transmet le dossier à Rome…Etant le principal rouage du processus, il a la difficulté d’être considéré comme le père de ses prêtres et d’être en même temps aux côtés des victimes. C’est donc un rôle quelque peu contradictoire, qui peut s’avérer compliqué à tenir. Nous pensons que l’évêque devrait avoir une position plus «neutre» et pouvoir déléguer certaines tâches.
"Il faut aussi des changements de fond dans l’Église"
Un autre grand problème est le rôle de la victime dans le processus de traitement. Il y a un manque important de transparence et de communication. Après que la victime ait fait son signalement à l’évêché, elle n’est pas forcément informée de ce qui se passe. Et en cas de procès, elle n’a pas un grand rôle à jouer. Elle n’a pas accès au dossier, n’est pas confrontée à son agresseur et même pas obligatoirement informée de l’issue du procès. Tout reste en fin de compte une affaire entre l’Église et l’agresseur. Nous pensons que beaucoup de choses peuvent être améliorées dans ce domaine.
Pensez-vous que l’Église de France va mettre en place vos préconisations?
La difficulté de l’Église en France, c’est que de tels changements dans le droit canon ne peuvent être réalisés que par les instances romaines en charge. Mais j’ai entendu dire qu’il y avait des réflexions à Rome concernant certains aspects des procès. J’ai donc bon espoir.
Le rapport Sauvé peut selon moi avoir une influence au Vatican. D’autres documents du même type venant d’autres pays y ont trouvé un écho par le passé.
Ce que l’Église en France peut changer rapidement et facilement, ce sont ses propres structures, notamment concernant la prévention. Ce serait bien, mais j’espère qu’on ne s’arrête pas là. Il faut aussi des changements de fond dans l’Église concernant la formation des séminaristes, la doctrine, la théologie, la mentalité. (cath.ch/rz)
Les victimes au centre des travaux
Vous êtes de nationalité néerlandaise et habitez en Suisse. Pour quelle raison la Commission a-t-elle fait appel à vous?
La raison principale a été, conformément à la vocation d’indépendance de la Commission, que l’on voulait un expert laïc pour ce mandat. Or, toutes les personnes spécialisées dans le droit canon pénal en France sont des prêtres. De plus, je connais tout de même bien le contexte français puisque j’ai vécu 20 ans en France, où j’ai étudié et enseigné. Mon nom était ainsi connu dans certains cercles.
J’étais en fait la seule non-française dans la Commission.
Quel y a été votre rôle?
C’était principalement l’expertise en droit canonique. Mais pas seulement, car l’esprit du mandat était que nous travaillions tous avec une vue large de la problématique. Nous avons examiné les choses pas uniquement sous l’angle sociologique ou historique, mais aussi théologique ou structurel.
Notre mandat était en trois volets: Tout d’abord faire l’inventaire de ce qui s’est passé dans la période étudiée.
Un deuxième volet concernait l’étude du traitement des cas en plaçant les choses dans leur contexte. Avec l’idée que l’on ne peut pas évaluer les événements du passé avec les critères d’aujourd’hui.
Le troisième volet consistait en l’évaluation des mesures prises par nos mandataires, soit la Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) et à faire des préconisations pour l’avenir.
Comment était composée la Ciase?
Nous étions une vingtaine de membres. J’étais la seule canoniste. Les autres membres venaient d’horizons très différents, il y avait des sociologues, des psychiatres, des juristes, des responsables en matière de travail social…La diversité existait aussi au niveau des convictions, il y avait des catholiques, mais aussi des protestants, des juifs, des musulmans, des agnostiques et des athées.
Avez-vous eu l’impression de travailler en toute indépendance?
Oui. Mais c’était une question très disputée, surtout lorsque nous allions en province. On nous disait souvent: «Comment pouvez-vous être indépendants, alors que vous êtes mandatés et payés par l’Eglise?» Jean-Marc Sauvé répondait alors: «Dans l’Etat, c’est pareil, la justice est nommée et payée par l’Etat, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas indépendante».
Cette question se ressentait au sein de la commission avec chaque démarche que l’on faisait. Il fallait toujours s’assurer du caractère indépendant de ce que l’on faisait.
Nous avons eu aussi quelques difficultés à consulter les archives, notamment diocésaines. Parfois les évêques ne voulaient pas ou disaient qu’il n’y avait rien à trouver. Il a fallu lutter un peu, mais finalement tout le monde a participé, sauf un diocèse.
Les victimes ont-elles été impliquées dans vos travaux?
De façon délibérée, aucune victime n’a été intégrée dans la commission, afin de sauvegarder son caractère indépendant. Mais dès le début, Jean-Marc Sauvé a voulu qu’elles soient au centre des travaux. Cela s’est fait de différentes manières. Les auditions de victimes ont ainsi été au cœur du processus. Nous avons fait appel aux témoignages par téléphones. Elles ont été longuement écoutées. Et nous sommes allés dans plusieurs endroits de France pour venir à leur rencontre, étant conscients que certaines victimes ne peuvent pas se déplacer ou n’osent pas téléphoner. Cela est en partie tombé à l’eau à cause de la pandémie. Mais, à mon sens, nous avons tenu notre engagement à intégrer les victimes et à laisser nos travaux se faire guider par leurs témoignages. RZ
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Rapport Sauvé: 330'000 victimes, les évêques disent leur «honte»
La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE) en France a rendu le 5 octobre 2021 un rapport accablant. Face au chiffre de 330'000 victimes estimées depuis 1950, la Conférence des évêques de France (CEF) a exprimé sa «honte» et sa détermination à faire en sorte qu’un «tel scandale» ne se reproduise pas.
Raphaël Zbinden
Les mots «séisme» ou «déflagration» avaient été utilisés en perspective de la publication du rapport de la Ciase, présidée par Jean-Marc Sauvé et commanditée par la CEF et la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF). Les chiffres présentés le 5 octobre sont effectivement qualifiés «d’accablants» par la presse. Ils sont beaucoup plus élevés que les premières estimations qui en avaient été faites. Jean-Marc Sauvé avait évoqué par le passé environ 10'000 cas d’abus sexuels commis par le clergé.
80% des victimes sont des garçons
En se basant sur un sondage commandé par l'Institut national de la santé et de recherche médicale (INSERM), le rapport estime ainsi que 216’000 personnes ont été victimes d'abus sexuels par des clercs sur une période de 70 ans. En élargissant à l’ensemble des personnes en lien avec l’Église (professeurs de l’enseignement catholique, catéchistes, aumôniers laïcs, etc.), le nombre de victimes s’élèverait à 330'000.
Ces chiffres sont le résultat d’une évaluation réalisée pour le rapport de la CIASE par l'INSERM sur la base d'un sondage réalisé par l'IFOP auprès d'un échantillon représentatif 28’000 personnes.
D’après l’étude, les violences sexuelles commises dans l'Église représenteraient 4% du total des violences de ce type dans la société française.
Apparaît également une différence notable quant au sexe des victimes. Alors que dans l'Église, les abus portent à 80% sur des garçons, dans le reste de la société, 75% des victimes sont des filles.
Plus de la moitié des agressions dans les années 1950
L’Inserm rappelle que la moitié environ des agressions sexuelles sur mineurs se produisent dans le milieu familial. Mais le nombre des victimes mineures dans le milieu clérical apparaît comme deux fois supérieur à d’autres milieux sociaux, telles que les écoles publiques, les colonies de vacances, ou encore le sport.
Dans l’Eglise, la majorité des agressions se sont produites entre 1950 et 1970, 22 % entre 1970 et 1990, et 22 % entre 1990 et 2020. La part des abus dans l'Église par rapport aux abus sexuels commis dans la société sur les mineurs a en outre graduellement baissé. De 8% entre 1950 à 1970, elle est tombée à 2,5 % entre 1970 et 1990, et à 2 % entre 1990 et 2020.
A côté de l’étude de l'Inserm fondée sur sondage, la Ciase a reçu les témoignages de 6'400 victimes, et en a auditionné 243.
Les Eglises catholiques aux États-Unis, en Irlande, en Allemagne, en Australie et aux Pays-Bas ont déjà réalisé ce type d'enquêtes. Au regard de ces résultats, la France aurait ainsi le taux de prêtres abuseurs le moins important, entre 2,5 % et 2,8 %. Il a été placé à 4,4% en Allemagne, 4,8 % aux États-Unis, 7 % en Australie, 7,5 % en Irlande. Chacune de ces études ayant travaillé avec des méthodes différentes, la prudence est de mise sur ces interprétations, note le journal Le Figaro.
Les évêques indignés
Suite à la publication du rapport Sauvé, la CEF qualifie les résultats «d’extrêmement lourds». «Ils montrent une réalité effroyable que nous ne pouvions imaginer», assurent les prélats français dans un communiqué. «Devant tant de vies brisées, souvent détruites, nous avons honte et sommes indignés».
Les évêques redisent leur détermination à mettre en œuvre les orientations et les décisions nécessaires «afin qu’un tel scandale ne puisse se reproduire». Ils encouragent l’ensemble de l’Église catholique en France à prendre connaissance du rapport de la CIASE et à inviter leurs membres à en parler les uns avec les autres.
«C’est là notre devoir moral pour les personnes victimes et leurs proches et aussi pour les générations à venir, déclarent les évêques français: regarder cette terrible réalité pour pouvoir ensemble y faire face et travailler à une Église plus digne de l’humanité et du Christ qu’elle annonce». (cath.ch/ag/rz)
05/10/2021
Astrid Kaptijn: «La dignité des victimes m’a frappée»
Astrid Kaptijn, professeure de droit canon à l’Université de Fribourg, est l’une des membres de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui a rendu un rapport explosif le 5 octobre 2021.
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Rapport de la Ciase: Le pape François exprime sa "douleur"
C’est "avec douleur" que le pape François a pris connaissance du contenu du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) en France, a annoncé le Bureau de presse du Saint-Siège le 5 octobre 2021.
I.Media
Remis le même jour au président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins Beaufort, le rapport estime que 216'000 personnes ont été abusées par des clercs ou des religieux depuis 1950 en France.
"Le Saint-Père a été informé de la sortie du rapport de la Ciase, à l’occasion de ses rencontres, ces jours derniers, avec les évêques français en visite ad limina. Et c’est avec douleur qu’il a pris connaissance de son contenu", peut-on lire dans le communiqué du Bureau de presse envoyé quelques heures après la publication des 500 pages du rapport et de ses 2'000 pages d’annexes.
"Entreprendre la voie de la rédemption"
"Ses pensées se tournent en premier lieu vers les victimes, avec un immense chagrin pour leurs blessures et gratitude pour leur courage de dénoncer. Elles se tournent aussi vers l’Église de France, afin que, ayant pris conscience de cette effroyable réalité et unie à la souffrance du Seigneur pour ses enfants les plus vulnérables, elle puisse entreprendre la voie de la rédemption", est-il encore écrit.
"Par ses prières, le pape confie au Seigneur le Peuple de Dieu qui est en France, tout spécialement les victimes, pour qu’Il leur accorde le réconfort et la consolation et afin que, avec la justice, puisse s’accomplir le miracle de la guérison".
Le rapport de la Ciase estime qu’environ 216'000 mineurs ont été victimes de clercs et de religieux dans l’Église catholique depuis 1950 en France. Et le nombre des victimes monte à 330'000 en comptant les laïcs engagés dans les missions ecclésiales. (cath.ch/imedia/hl/gr)
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"Il faut réformer le droit de l’Église", assure Jean-Marc Sauvé
Parmi les 45 recommandations du rapport la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), rendu le 5 octobre 2021, une réforme du Droit canonique est préconisé par Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase.
I.MEDIA
Après trois ans d’enquête, le rapport de près de 500 pages estime que 216'000 personnes ont été abusées par des clercs ou des religieux depuis 1950 en France.
"Il faut réformer le droit de l’Église", a insisté Jean-Marc Sauvé lors de la présentation du rapport à Paris. Le droit canonique "n’a pas contribué, comme il aurait pu, comme il aurait dû, au traitement approprié des violences des agressions sexuelles dans l’Église", a poursuivi celui qui venait d’annoncer qu’environ 330'000 mineurs avaient été victimes de clercs, de religieux ou de laïcs engagés dans l’Église catholique depuis 1950.
Des peines correspondantes aux infractions
Certes, la Ciase a pris acte "avec beaucoup d’intérêt et de satisfaction" de la réforme du Droit canonique qui doit entrer en vigueur le 8 décembre prochain. Cette modification, engagée par le pape François, fera notamment passer les agressions sexuelles de la catégorie des offenses à la chasteté à la catégorie des atteintes à la vie et à la dignité des personnes. "C’est un premier pas", a salué le haut fonctionnaire français mandaté par la Conférence des évêques de France en 2018 pour faire la lumière sur des décennies d’abus.
Mais dans son rapport, la Ciase préconise d’aller plus loin encore, recommandant à l’Église de définir dans le droit canonique "l’ensemble des infractions sexuelles commises sur un mineur ou une personne vulnérable, en faisant ressortir les éléments constitutifs de chacune des infractions et les peines correspondantes". L’objectif visé: "accroître la lisibilité de ce droit", "faire ressortir l’échelle de gravité des manquements" et "harmoniser l’interprétation des normes de référence".
Une autre recommandation suggère en ce sens de "créer et diffuser un recueil des décisions anonymisées rendues par les juridictions appliquant le droit canonique" sur les questions d’abus sexuels sur mineurs.
Mettre en place des règles pour "un procès équitable"
Dans son propos sur le droit canonique, Jean-Marc Sauvé a aussi mis en évidence la "trop grande confusion des responsabilités" qui règne dans l’exercice de la justice ecclésiastique et a plaidé pour l’introduction de règles pour "un procès équitable".
Selon lui, l’évêque d’un diocèse endosse trop de fonctions et de rôles. Et le président de la Ciase de lister les fonctions de "direction des ressources humaines", le fait d’être "à la tête du presbyterium" mais aussi d’être "promoteur de justice", de pouvoir nommer indirectement les juges, de potentiellement être l’autorité de jugement et puis encore d’être chargé de l’application des peines.
"Cette multiplicité de fonctions et de rôles est génératrice de conflits d’intérêts", a pointé du doigt le chef de la commission. Reconnaissant que la création annoncée d’un tribunal pénal canonique national en France représentait un "pas en avant considérable", il a toutefois assuré qu’il devrait être complété par d’autres mesures.
Par exemple, la Ciase estime que l’Église doit désormais ouvrir la procédure pénale aux victimes. Celles-ci sont "les grandes absentes" dans les procès, a déploré Jean-Marc Sauvé.
La question du secret de la confession
Le président de la commission indépendante s’est aussi exprimé sur le "secret de la confession" qui, selon l’Église catholique, ne peut en aucune circonstance être violé. Ainsi, un prêtre qui entendrait une victime ou bien un agresseur dans le cadre de la confession n’a pas le droit de divulguer ce qui lui est confié.
En France, ce secret de la confession est aussi garanti par la justice civile au titre du secret professionnel. Cependant, le rapport de la Ciase met en avant le fait qu’au niveau civil, l’obligation juridique de signalement de violences sexuelles commises sur des mineurs ou des personnes vulnérables prime sur ce droit au secret.
Le rapport préconise dès lors que l’Église résorbe "les dilemmes moraux, voire théologiques, susceptibles de résulter du conflit de devoirs entre respect du droit divin révélé (le secret sacramentel) et respect du droit divin naturel (l’obligation de protéger l’intégrité des personnes)".
Lors de la conférence de presse, Jean-Marc Sauvé a en ce sens déclaré que "le secret de la confession ne peut pas être opposé à l’obligation de dénoncer des atteintes graves sur mineurs". Reconnaissant la "sensibilité" de cette recommandation pour l’Église catholique, il a confié y être favorable à titre personnel.
La question du célibat des prêtres
Si elle n’a pas été directement abordée dans la présentation, la recommandation portant sur la réflexion autour du célibat des prêtres figure dans les quelque 500 pages du rapport. La Ciase recommande à l’Église d’identifier "les exigences éthiques du célibat consacré au regard, notamment, de la représentation du prêtre et du risque qui consisterait à lui conférer une position héroïque ou de domination".
Le rapport suggère par ailleurs que l’Église en France évalue "les perspectives ouvertes par l’ensemble des réflexions du Synode d’Amazonie"; en particulier, la demande que soient ordonnés prêtres des hommes mariés ad experimentum.
Cette perspective ouverte à l’occasion du Synode sur l’Amazonie n’avait pas été reprise dans l’exhortation post-synodale du pape François Querida Amazonia en 2020.
Les évêques français s’apprêtent à analyser les préconisations
La publication du rapport de la Ciase "dépasse ce que nous pouvions supposer", a réagi Mgr Éric de Moulins Beaufort, président de la Conférence des évêques de France. Il a fait part de sa "honte" et de son "effroi" face à ces révélations mais aussi de sa "détermination à agir" pour que le "refus de voir, le refus d’entendre, la volonté de cacher ou de masquer les faits, la réticence à les dénoncer publiquement disparaissent des attitudes des autorités ecclésiales".
Saluant le "travail formidable" de la commission, il a assuré que les évêques de France consacreraient du temps pour étudier "les analyses proposées et les préconisations faites" ainsi que pour évaluer les mesures déjà entreprises. (cath.ch/imedia/hl/gr)
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Abus sexuels: tous les pays n’avancent pas au même rythme
Lancée en France en 2018, la commission sur les abus sexuels dans l’Église a été précédée par d’autres initiatives, depuis les années 1990, à travers le monde. Etats-Unis, Irlande, Australie, Allemagne entres autres ont délivrés des rapports plus ou moins étendus.
Maurice Page
Les rapports les plus complets, en Irlande et en Australie, ont été à produits à l’initiative des gouvernements et se sont intéressés à de nombreuses institutions, dont l’Église, rappelle le quotidien La Croix. .
Pour la Ciase, le ‘rapport John Jay’ publié en 2002 aux États Unisest un modèle d’indépendance et de pluridisciplinarité. Il s’est intéressé également aux aspects psychologiques et sociologiques. Ses résultats ont été concrets. Plus de 250 prêtres ont été condamnés à la suite de ses révélations.
La Conférence des évêques d’Allemagne a présenté le 25 septembre 2018 une étude sur les cas d’abus dans l’Eglise catholique au cours des dernières décennies. Ce rapport documente 3’677 cas d’enfants et d’adolescents victimes d’abus sexuels entre 1946 et 2014 pour 1’670 prêtres coupables.
Le rapport de 350 pages est le résultat d’une vaste enquête interdisciplinaire lancée en 2013. Des 38’156 dossiers évalués dans les 27 diocèses allemands, il ressort que 1’670 membres du clergé (4,4%) ont fait l’objet d’allégations d’abus sur des mineurs. 3’677 enfants et adolescents victimes d’abus sexuels entre 1946 et 2014 ont été recensés.
La Suisse et la Belgique ont pris assez tôt des mesures pour l’accueil et le soutien aux victimes, mais elles ne disposent pas pour l’heure d’enquête historique complète quant à l’ampleur du phénomène sur une longue période.
Dans plusieurs pays, les abus restent considérés comme marginaux
Si le phénomène n’est plus guère contesté en Occident, ailleurs dans le monde, cette reconnaissance n’est pas aussi avancée. De l’Italie à la République démocratique du Congo, les faits médiatisés restent souvent considérés comme marginaux. Selon le prêtre et psychothérapeute Stéphane Joulain, le sujet demeure tabou dans certains pays. Les victimes sont peu écoutées par une institution qui reste très puissante, explique-t-il dans La Croix.
Un an après le sommet des évêques au Vatican sur la protection des mineurs, en 2019, le Père Hans Zollner,directeur du Centre pour la protection de l’enfance de l’Université pontificale grégorienne, constatait en 2020 un «changement général assez visible» dans les efforts des conférences épiscopales pour s’assurer de la bonne mise en œuvre du message du pape François.
Impressionnés par les échanges avec des victimes d’abus, nombre de responsables ecclésiaux ont pris conscience de l’interpellation, notait le jésuite allemand. Les conférences épiscopales ont développé des efforts non seulement pour revoir leurs lignes directrices mais aussi pour s’assurer de la bonne mise en œuvre du message du pape: «écouter les victimes, rendre justice et s’engager dans la prévention des abus».
Les progrès sont lents
Malgré quelques progrès récents, on pense entres autres à la Pologne, l’évolution reste assez lente. On peut rappeler au passage qu’en France, après la condamnation judiciaire de Mgr Pican en 2001, pour non-dénonciation d’abus sexuels, il a fallu attendre le milieu des années 2010 pour que la prise de conscience se généralise dans l’épiscopat et 2018 pour qu’un enquête nationale soit lancée.
En Italie, malgré un certain nombre de scandales et de condamnations, il n’y a pas de mobilisation générale pour dénoncer les abus sexuels. Les cas restent souvent dissimulés et conclus par des arrangements extra-judiciaires. Il n’y a pas de volonté de les porter devant la justice.
En Afrique aussi, les lignes ont du mal à bouger. Dans de nombreux pays, comme en République démocratique du Congo, les actes d’abus sexuels sur mineurs restent considérés comme des cas isolés et non comme un problème systémique.
Dans nombre de pays, l’Église catholique reste très puissante. Elle occupe une place fondamentale non seulement dans l’existence des croyants, mais aussi dans la vie politique sociale et économique. A travers ses nombreuses institutions caritatives, éducatives ou sanitaires elle pallie les carences des Etats. On ne veut pas salir l’institution qui constitue l’instrument du salut de chacun, commente Le Père Joulain.
L’abus sexuel est ainsi une source d’une grande honte pour les victimes et leur famille. Révéler avoir été abusé peut entraîner une forme de mort sociale. Les victimes sont donc incitées à ne pas parler, ou même blâmées dans certains cas.
Un changement est en marche mais il dépend aussi des moyens mis en oeuvre pour affronter le problème. Les Eglises africaines ne peuvent pas faire autant que les conférences épiscopales occidentales. Elles ne disposent ni des ressources financières ni humaines et ont d’autres priorités, liées à la précarité ou à l’insécurité dans lesquelles vivent de nombreuses populations. (cath.ch/cx/arch/mp)
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La Suisse prépare une étude sur les abus sexuels
La Conférence des évêques suisses (CES) veut faire face aux abus sexuels. A l’instar de l’Allemagne et de la France, elle prévoit le lancement en automne 2021 d'une étude à grande échelle, a indiqué à kath.ch, en juin dernier, l’évêque responsable, Mgr Joseph Bonnemain.
Maurice Page
Ancien secrétaire du groupe ‘abus sexuels dans le contexte ecclésial’ de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Bonnemain s’attend à ce que de nouvelles affaires,bloquées par la prescription,soient mises au jour. Il faut souvent 30 à 40 ans pour qu’une victime se manifeste.
Pour que l’étude repose sur des bases solides, il faut créer les conditions appropriées. «Nous sommes sur la bonne voie, expliquait-il. Les contrats correspondants avec des scientifiques indépendants sont en cours. Au préalable, il a fallu motiver les diocèses, les ordres religieux, les autres communautés religieuses ainsi que la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) à participer. Cela a demandé beaucoup d’énergie, mais c’est très important pour l’étude. J’ai bon espoir que nous puissions donner le feu vert à un projet pilote à l’automne.»
L’étude n’a de sens que si tout est mis sur la table et que les chercheurs peuvent travailler de manière totalement indépendante, insistait l’évêque de Coire.
«J’ai beaucoup appris et ressenti beaucoup de douleur au cours des dernières décennies en tant que secrétaire du groupe d’experts ‘Abus sexuels dans le contexte ecclésial’, a précisé Mgr Bonnemain. L’abus a élargi ma foi. Et m’a renforcé pour faire ce qui est juste pour les personnes et ne pas épargner l’institution. J’espère que ma foi a mûri.»
«Nous ne devons pas nous contenter de ce qui a été fait auparavant. Les théories du repentir, de la contrition et de la reconnaissance de la culpabilité ne suffisent pas. Nous devons passer aux actes et continuer résolument à mettre au jour et à prévenir», concluait l’évêque de Coire. (cath.ch/kath.ch/mp)
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"Le pape a fait des choses importantes dans la lutte contre les abus"
Suite à la publication, le 5 octobre 2021, du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) Jean-Marc Sauvé, le président de la Ciase, revient sur les relations entre l’Église en France et le Saint-Siège en matière de lutte contre les abus sexuels. Après trois ans d’enquête, la Ciase a rendu un rapport dans lequel il est estimé que 216’000 personnes ont été abusées par des clercs ou des religieux depuis 1950 en France.
Pour Jean-Marc Sauvé, si le pape François est clairement engagé dans ce combat, le manque de fermeté de Rome sur ces questions jusqu’au début des années 2000 a pu jouer un rôle dans l’ampleur de la crise en France.
Comptez-vous venir à Rome pour présenter au pape François votre rapport?
C’est une possibilité qui est sur la table. Nous sommes à la disposition du Saint-Père pour le rencontrer. Nous verrons ce que le Saint-Siège peut faire. Il est possible qu’il y ait un déplacement à Rome dans un délai qui n’est pas déterminé à ce stade.
Lors de la conférence de présentation du rapport, une victime a estimé que le pape François était aux “abonnés absents“ sur les questions des abus. Selon vous, le pape François a-t-il pris la mesure de la crise dans l’Eglise?
Mon sentiment est que le pape François a dit et fait des choses importantes dans la lutte contre les abus sexuels dans l’Église. Je pense notamment à la Lettre au peuple de Dieu d’août 2018 et à la réunion qu’il a organisée en février 2019 avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier. Il y a d’autres exemples, comme la réforme du droit canonique qui entre en vigueur le 8 décembre prochain et qui est l’aboutissement d’un long travail.
Il n’y a pas de doute au sein de la commission que j’ai présidée sur la volonté du Saint-Siège de s’attaquer à ce problème et sur l’engagement du pape François sur ces questions. Il se situe dans le prolongement du pontificat de Benoît XVI qui avait pris beaucoup de mesures dans ce sens. Il faut comprendre le fait que les victimes expriment une grande radicalité et une forme d’impatience qui peut les conduire à des accusations que, pour ma part, je ne partage pas.
"Jusqu’au début des années 2000, le Saint-Siège n’a pas été extrêmement attentif à ces questions. Les premières mesures sont apparues en 2001."
Vous avez pointé du doigt l’aveuglement des responsables de l’Église en France jusqu’au début des années 2000 concernant les abus sexuels. Cette passivité a-t-elle pu découler d’un manque de fermeté de la part de Rome?
Je pense que oui. Jusqu’au début des années 2000, le Saint-Siège n’a pas été extrêmement attentif à ces questions. Les premières mesures sont apparues en 2001 sous le pontificat de Jean Paul II. Un basculement s’est donc opéré avec le siècle nouveau. En France, c’est à ce moment là qu’on constate une plus grande sensibilité sur ces questions.
Mais on remarque que les institutions civiles, elles-aussi, ont évolué à cette période. En France, c’est seulement en 1998 que le Ministère de l’Éducation nationale décide de passer à la tolérance zéro. Les deux basculements s’opèrent donc dans une même temporalité. Le problème est que le “basculement” à l’Éducation nationale s’est fait assez vite, sans état d’âme. Dans l’Église, les choses se sont opérées avec beaucoup plus de difficultés, ce qui a conduit à retarder la mise à niveau des procédures pour lutter contre les abus sur mineurs.
Dans les préconisations que vous faites à l’Église en France, il y a celle de la réforme du Droit canon. Mais celui-ci s’applique à l’Église universelle. Demanderez-vous au pape de prendre en considération cette préconisation?
Nous sommes bien conscients qu’une réforme du Droit canon est une décision qui relève du pape et qui a une portée universelle. Pour ce type de recommandations, nous mesurons bien que la Conférence des évêques de France ne peut rien. C’est la responsabilité du pape et du Saint-Siège. Je l’ai dit, la réforme du droit canon qui entre en vigueur le 8 décembre va dans le bon sens.
"Dans l’Église, les choses se sont opérées avec beaucoup plus de difficultés, ce qui a conduit à retarder la mise à niveau des procédures pour lutter contre les abus sur mineurs."
Dans la commission que je préside, il y a un certain nombre de juristes. J’ai moi-même été le vice-président du Conseil d’État de France. Nous sommes sensibles au fait que la procédure devant les juridictions canoniques en matière pénale n’est aujourd’hui pas une procédure équitable. Au sens où on l’entend par exemple dans la Convention européenne des Droits de l’Homme, elle ne l’est pas. Il semblerait extrêmement utile pour l’Église que cette procédure soit réformée.
Le simple fait qu’on crée un tribunal pénal inter-diocésain va contribuer à régler beaucoup de problèmes. C’est une mesure qui va aussi dans le bon sens.
Sur la question du droit canonique, je voudrais soulever un point très important, celui de l’accès des victimes à la procédure. À la commission, nous avons tous été extrêmement choqués de ce constat, et spécialement quand on regarde la situation de femmes, des religieuses, qui ont porté plainte dans l’Église. Les processus se sont déroulés sans qu’elles ne soient entendues. À la fin, elles ont appris avec stupéfaction que la procédure était terminée, qu’une peine avait été prononcée et qu’elles n’en étaient même pas informées.
Sur ces questions, je suis prêt à déployer tout ce qu’il faut en termes de convictions pour dire qu’il faut bouger.
À l’initiative du pape François, tous les diocèses du monde commencent ce dimanche un vaste processus synodal sur le thème de la synodalité. Pour vous qui avez présidé la CIASE et qui êtes catholique, est-ce le moment de profiter de ce synode pour mettre sur la table la question de la crise des abus dans l’Église et chercher à y remédier?
La Commission pense que la gouvernance de l’Église catholique gagnerait à être révisée, du sommet à la base. Parmi les orientations qui nous semblent utiles et prioritaires, il y aurait la recherche d’une meilleure articulation entre la dimension verticale et la dimension horizontale, c’est-à-dire entre la hiérarchie et la synodalité.
Nous pensons que plus de délibérations protégeraient davantage l’Église catholique et lui permettraient de répondre de manière plus efficace et pertinente au problème des abus. Lorsqu’une décision est prise seule, le risque de se tromper est plus grand que lorsque la décision est collégiale. Cela vaut pour tous les aspects du gouvernement. Au sein de la commission, si je prends seul les décisions, c’est rapide et pratique. Si nous en discutons, nous prenons des décisions plus éclairées.
"La Commission pense que la gouvernance de l’Église catholique gagnerait à être révisée, du sommet à la base."
Nous pensons donc que le développement de la synodalité et l’association des laïcs, hommes et femmes, au pouvoir de décision dans l’Église est une réponse parmi d’autres pour un traitement plus approprié des violences sexuelles.
Pour vous donner un exemple, nous avons découvert en travaillant au dépouillement des archives de l’Église catholique que, dans les années 1990, il y avait un travail souterrain de germination qui s’est opéré. Nous nous sommes rendus compte que ce sont des femmes qui ont réfléchi à ces sujets, qui ont posé les bonnes questions et qui ont poussé les évêques à agir.
Avoir des personnes éclairées qui sentent des choses que par exemple des hommes ne sentent pas et les associer au processus de décision, c’est prendre de meilleures décisions. (cath.ch/imedia/hl/bh)
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Rapport Sauvé: un apport important pour l’étude des abus sexuels
Si le chiffre de 330’000 victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise catholique en France, entre 1950 et 2020, a suscité l’effarement, il ne pourrait bien être que l’arbre qui cache la forêt. Les données du rapport de la Ciase, publié le 5 octobre 2021 dépassent en fait largement le cercle de l’Eglise en France.
Maurice Page
En parallèle à ses recherches propres, la commission Sauvé a commandé à une équipe de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) une enquête réalisée par internet auprès d’un échantillon de 28’000 personnes, à fin 2020. Cette enquête ‘en population générale’ permet d’estimer le nombre de personnes ayant subi des violences sexuelles, non seulement au sein de l’Église catholique, mais dans l’ensemble de la société, familles, proches, institutions publiques et privées.
Des résultats effrayants
Les données récoltées extrapolées sur l’ensemble de la population donnent des résultats effrayants. Peu de chercheurs n’avaient jusqu’à présent envisagé une telle ampleur du phénomène des abus sexuels en France.
3,9 millions de femmes et 1,5 million d’hommes, c’est-à-dire près de 5,5 millions de personnes ont ainsi subi des agressions sexuelles pendant leur minorité, relève le rapport de la Ciase (& 0577). Le pourcentage global des victimes est extrêmement élevé:14,5% des femmes et de 6,4% des hommes.
6% des cas dans le cadre ecclésial pour 330’000 victimes
Toujours à partir des données de l’enquête,il ressort que 0,17% des femmes et 0,69% des hommes ont été agressés sexuellement pendant leur minorité par des clercs et des religieux ou religieuses catholiques. Dans l’ensemble, 6% des cas d’abus ont eu lieu dans le cadre ecclésial d’où un nombre de victimes estimé à 330’000.
La pointe émergée de l’icerberg?
Dans son rapport, la Ciase s’interroge longuement sur l’énorme écart entre les résultats de cette enquête de l’Inserm et les données récoltées par elle-même, au travers des signalements reçus, des auditions de témoins et des recherches d’archives ecclésiales et judiciaires.
Elle avance plusieurs hypothèses d’explications. Ne sont repérés dans les archives que les faits portés à la connaissance de l’Église ou de la justice, et qui ont fait l’objet d’une documentation. Il ne s’agit donc que d’une petite minorité. D’après l’enquête générale, seules 4% des victimes ont informé un représentant de l’Église des violences subies. (0570)
Tout chercheur s’intéressant aux violences sait en outre que des écarts majeurs existent entre les chiffres réels, les chiffres déclarés et les condamnations judiciaires. (0571). Forte de cette conviction, la commission s’avance avec prudence sur le terrain du dénombrement des victimes et des auteurs d’agressions sexuelles.
Pas seulement les prêtres
Les violences sexuelles dans l’Église ne sont pas, contrairement aux idées reçues, l’apanage des seuls clercs, religieux et religieuses, relève d’abord la Ciase (0586). Ils sont certes responsables de 65,4% des agressions au sein de l’Église; mais les laïcs sont, quant à eux, à l’origine de 34,6% des agressions, soit plus d’un tiers. 6,8% des enfants agressés par une personne en lien avec l’Église l’ont été par une femme. (0610)
Un nombre d’agresseurs difficile à établir
La commission se garde de se prononcer sur le point de savoir quel est, pour l’Église, le plus grave des constats: un pourcentage élevé de prêtres et de religieux ayant commis de manière occasionnelle un petit nombre d’agressions ou un pourcentage réduit de grands prédateurs qu’elle aurait, par absence de vigilance, laissé agresser un très grand nombre de victimes, par exemple plus de 100, au cours d’une carrière ecclésiastique. (0583)
La Ciase reste très prudente face à ces deux hypothèses extrêmement difficiles à étayer. Déterminer un nombre d’agresseurs en partant du nombre de victimes établies par l’enquête ‘de population générale’ n’est pas fiable.
A partir de ses recherches auprès des diocèses, des congrégations et des archives judiciaires, la Ciase a établi une fourchette de 2’900 à 3’200 agresseurs. Cela signifierait que le nombre de victimes par auteur homme s’élèverait à 63. Un nombre très élevé, au regard de ce que révèlent les études médicales et psychiatriques et les enquêtes d’autres pays. On considère habituellement plutôt un ratio de 2 à 3 victimes par agresseur. (0587).
Parfois jusqu’à 150 victimes
On sait néanmoins que le nombre de victimes d’un pédocriminel peut parfois être extrêmement élevé et atteindre 150, à l’image de Bernard Preynat, à Lyon, ou de Joël Allaz, en Suisse. Ce qui rejoint l’expérience acquise par des membres de la CIASE qui ont retrouvé sur plusieurs décennies la trace des méfaits commis par un même prêtre sur de nombreux enfants, dans des lieux et des ministères différents (0588).
Le rapport présente trois hypothèses correspondant à 2,8%, 5%, et 7% d’agresseurs parmi les prêtres et religieux, ce qui donnerait respectivement 3’200, 5’800 et 8’100 auteurs environ. À chacune correspond un nombre de victimes moyen par agresseur de 63, 35 et 25. (0608)
En conclusion, la commission estime qu’un taux de 3 % de prêtres et de religieux auteurs de violences sexuelles sur mineurs constitue un plancher et une base de comparaison pertinente avec les pays étrangers. (0612)
L’Eglise plus touchée que l’école et le sport
Autre révélation importante du rapport Sauvé: après la famille et les proches, l’Église catholique est, proportionnellement, le premier milieu concerné par les violences sexuelles sur mineurs. (0616). Elle devance ainsi assez nettement l’école, le sport ou la culture.
La CIASE invalide ainsi la thèse «relativiste» selon laquelle la situation propre à l’Église catholique n’aurait été que le reflet des moeurs du temps. (0614) 1,2% des personnes ayant pratiqué des activités liées à l’Église dans l’enfance (scoutisme, mouvement de jeunesse, catéchisme, aumônerie, établissement scolaire ou internat) déclarent avoir subi une agression de la part d’une personne en lien avec l’Église. Cette proportion se réduit à 0,82% si l’on se limite aux membres du clergé.
Deux fois plus de garçons que de filles
La Ciase souligne que dans le cadre ecclésial (contrairement à celui de la famille), les garçons sont presque deux fois plus agressés que les filles. Selon l’Inserm, il y aurait là surtout un effet d’opportunité. Durant au moins la moitié de la période concernée, les institutions ecclésiales (internats, écoles, enfants de choeur, scouts) n’étaient pas mixtes et les prêtres s’occupaient surtout des garçons. La Ciase n’évoque qu’en termes excessivement prudents la question de la pédérastie ou de l’attirance homosexuelle: «on ne saurait non plus exclure que la prévalence des abus sexuels dans l’Église catholique soit liée à la présence en son sein de profils psychologiques atypiques, portés sur cette paraphilie particulière qu’est l’inclination sexuelle vers les enfants de sexe masculin.»
32% de viols
Les actes perpétrés dans un cadre ecclésial, souvent euphémisés sous les termes de «gestes déplacés» ou de «difficultés avec les enfants», ne se distinguent pas significativement de celles commises par d’autres types d’agresseurs. Dans l’enquête réalisée de l’Inserm générale, pour les personnes mineures agressées par un clerc ou un religieux, 32% des violences sexuelles sont des viols. En revanche, les agressions sexuelles commises par des clercs se distinguent en ceci qu’elles sont bien plus souvent des violences répétées que celles commises par d’autres types d’agresseurs. (0625)
La Ciase admet clairement que des travaux ultérieurs permettront de corroborer ou d’infléchir ces résultats. (cath.ch/mp)
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Ciase: les sociologues expliquent leurs chiffres
Les chiffres du rapport Sauvé sur les abus sexuels commis par le clergé en France ont été mis en cause dans certains milieux. Dans une tribune du journal Le Monde du 14 décembre 2021, deux sociologues ayant participé aux travaux défendent leur méthodologie.
Avec La Croix
Huit membres de l’Académie catholique de France, une institution réunissant des intellectuels catholiques, ont récemment signé une critique du rapport Sauvé, issu de l’enquête menée par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase). Le document, adressé au Vatican, a provoqué la démission, le 25 novembre 2021, de nombreux membres de l’Académie.
Des résultats pas contradictoires
Des critiques ont émergé depuis la publication du rapport, le 5 octobre dernier, en particulier dans les milieux traditionalistes. Elles se sont focalisées sur l’écart, jugé invraisemblable, entre les dénombrements statistiques commandés par la Ciase à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE).
Alors que l’Inserm a donné le chiffre de 216'000 cas d’abus sexuels commis par des prêtres en France, l’EPHE n’en a en effet évalué que 28'000.
Dans la tribune du Monde, les responsables des deux enquêtes - Nathalie Bajos, sociologue-démographe et directrice de recherche à l'Inserm et Philippe Portier, directeur d'études à l'EPHE – s’efforcent de «montrer toutes les limites de cette critique». Les deux enquêtes produisent ainsi, selon les spécialistes, «des résultats quantitatifs qui ne sont pas contradictoires», car n’étant «pas du tout de même nature».
Enquête «historique» contre enquête «sociologique»
Face à l’absence de données sociologiques sur les personnes abusées dans l’Eglise, l’équipe de l’Inserm a conduit une enquête en population générale auprès d’un échantillon de 28’000 personnes. Les chiffres ont ensuite été extrapolés à l’ensemble de la population française, comme cela se fait pour les sondages.
Quant à l’EPHE, elle a mené une analyse des archives à partir de plusieurs fonds explorés sur sept décennies (1950-2020). L’étude a été réalisée à partir d’un échantillon de 32 diocèses et de 15 ordres et congrégations, sélectionnés sur le fondement des réponses à un questionnaire adressé en juin 2019 à l’ensemble des évêques et supérieurs majeurs.
Finalement, 1’800 abuseurs ont été dénombrés «nominativement», auxquels s’ajoutent 1’400 autres dont l’identité n’a pas pu être établie. C’est à partir des dossiers des abuseurs, des témoignages des victimes et des enquêtes judiciaires que l’estimation du nombre de victimes a été réalisée, sur la base de ces seuls agresseurs recensés, expliquent les experts.
Caractère structurel confirmé
L’enquête de l’Inserm porte donc sur une criminalité «déclarée», et celle de l’EPHE sur une criminalité «enregistrée». Pour les sociologues, il n’est donc pas étonnant que les chiffres diffèrent entre une «enquête anonyme» réalisée «dans un contexte social plus favorable à la déclaration des violences», par rapport à une étude sur des «données conservées» portant sur une époque où «les victimes informaient peu l’Église, qui d’ailleurs ne prenait guère en compte leur parole».
Nathalie Bajos et Philippe Portier soutiennent aussi l’une des conclusions controversées du rapport Sauvé, selon laquelle, les abus avaient dans plusieurs cas un aspect «systémique». Pour eux, les enquêtes «se rejoignent pour relever le caractère structurel des violences sexuelles dans l’Église, en montrant qu’elles surviennent sous l’effet de processus sociaux qui interagissent pour en faciliter la production». (cath.ch/lemonde/cx/rz)
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Enquête sur les abus sexuels: entre attentes et frustrations
Pour les victimes d’abus sexuels commis dans le cadre de l’Eglise en Suisse, l’annonce d’un étude nationale suscite des sentiments mitigés. Soulagement d’avoir une vision plus globale du phénomène, mais profonde frustration de ne pas y être associées directement. Jacques Nuoffer, président du groupe SAPEC s’en explique à cath.ch.
Du côté de l’Eglise et des évêques suisses, la reconnaissance des abus sexuels sur mineurs a été assez rapide et la question de l’indemnisation des victimes a été traitée, reconnaît Jacques Nuoffer président du groupe SAPEC (Soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse). La recherche par contre a traîné les pieds. Même si des études ponctuelles ont été réalisées, il manque une vue d’ensemble.
«Le refus de nous inclure est un non-sens»
Face au projet d’étude présenté le 6 décembre 2021 par la Conférence des évêques suisses, (CES) l’Union des supérieurs majeurs et la Conférence centrale catholique romaine (RKZ), Jacques Nuoffer dénonce deux lacunes principales: «La définition du projet s’est faite dans un «entre-soi» du magistère de l’Eglise catholique, sans consultation des premières intéresssées, les victimes. Le refus de nous inclure, est un non-sens.
"Si la CIASE a fait en France un si bon travail, c’est parce qu’elle a permis à des chercheurs de disciplines très différentes de travailler ensemble."
En sciences humaines, on reconnaît aujourd’hui les principaux intéressés comme des acteurs réels dans l’élaboration des méthodes, du cadre et des contenus des recherches.» La deuxième est que le projet piloté à l’Université de Zurich n’intègre pas dans son équipe de base au moins un chercheur académique de Suisse latine. Pour Jacques Nuoffer, «ce refus et cette absence sont indignes d’une étude que l’on attend depuis plus de dix ans».
Pour une démarche pluridisciplinaire
Face à cette situation , le groupe SAPEC présente plusieurs revendications. S’il ne remet pas en cause le fait que l’étude soit pilotée par des historiennes, Jacques Nuoffer insiste pour qu’elle soit menée de manière pluridisciplinaire dans les champs de la psychologie, de la psychiatrie, de la sociologie, de la criminologie, de l’histoire, du droit, de la théologie, etc. «Si la CIASE a fait en France un si bon travail, c’est parce qu’elle a permis à des chercheurs de disciplines très différentes de travailler ensemble.»
Dans le même ordre d’idée, le président de la SAPEC souhaite que la commission «soit présidée par une véritable personnalité suisse, une figure rassembleuse de haute valeur morale.»
«Le dossier de mon prêtre abuseur était un véritable 'chenit'"
Pas d’espoirs disproportionnés
Jacques Nuoffer évoque aussi le risque de mettre trop d’espoir dans cette étude. «Cela permet d’éclairer certains aspects, mais cela ne résoud pas grand chose». Il n’en attend rien de bien nouveau que les recherches antérieures n’auraient pas révélées: sacralisation du prêtre, aspect systémique, rôle de la confession, pouvoirs de l’évêque, déplacements au lieu de sanctions etc.
La nouveauté viendra d’un état de la situation plus complet et global. Dans ce sens, une étude ‘en population générale’ telle que l’a commandée la Ciase devrait aussi être faite.
Jacques Nuoffer, citant son propre cas, met en garde aussi contre les attentes disproportionnés sur les recherches d’archives dans les diocèses ou les congrégations religieuses. «Le dossier de mon prêtre abuseur était un véritable ‘chenit’ avec en fin de compte peu de renseignements précis.» De même, le dossier obtenu après moultes démarches auprès des supérieurs généraux des Missionnaires de Saint François de Sales à Rome, était à peine plus explicite contenant essentiellement des lettres échangées entre divers responsables religieux».
Le défi de la communication
La communication est également un élément décisif pour le président du groupe SAPEC: «Nous demandons que la commission mise en place communique régulièrement par la publication du nom des chercheurs et leurs spécialités, les thèmes étudiés et les méthodes utilisées». A priori cependant, selon l’annonce des mandataires, rien ne devrait être publié avant le rapport final. (cath.ch/mp)
Quelques études antérieures
L’étude commandée par l’Eglise Suisse vient compléter diverses recherches ponctuelles parues antérieurement. On peut retenir entre autres:
En 2013-2014, le groupe SAPEC a publié un Mémoire sur les Abus sexuels au sein de l’Église catholique en Suisse et dans le monde contenant de nombreux témoignages et analyse sur les abus en Suisse romande.
Commandée en 2015 par Mgr Charles Morerod, le rapport sur les abus sexuels au sein de l’Institut Marini, à Montet, dans la Broye fribourgeoise a été une étape importante dans la recherche sur le sujet. Rédigé par deux historiennes et un sociologue, il a été synthétisé sous forme de livre en 2018: Les murs du silence abus sexuels et maltraitance des enfants placés à l’Institut Marini (Editions Alphil).
Le cas du capucin pédophile Joël Allaz a également fait l’objet d’une enquête indépendante publiée en 2018. En 2016, le témoignage de Daniel Pittet, (Mon Père, je vous pardonne) victime du capucin a jeté une lumière crue sur la réalité des abus sexuels.
En Suisse alémanique, en 2013, les soeurs d’Ingenbohl ont commandé une étude sur les abus commis dans les instituts tenus par leur congrégation.
En 2014, un rapport d’historiens a dénoncé les abus au collège des bénédictins de Fischingen, en Thurgovie.
Parmi les très nombreux reportages médiatiques, on peut signaler l’enquête de Pierre Pistoletti, journaliste de cath.ch «Lorsque le berger est un loup» publié en 2017. MP
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