Rita Sacramento: "Noël, c'est redécouvrir le sens du partage"
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Rita Sacramento: "Noël, c'est redécouvrir le sens du partage"
Marie-Joëlle Andrey, un bénévolat nourri de prière et de rencontres
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Noël Constant, un "social" axé sur la liberté de l’autre
Président fondateur de Carrefour-Rue & Coulou, Noël Constant est l’une des figures les plus connues du social genevois. Depuis plus d’un demi-siècle, il arpente les rues du canton, et les bureaux de l’État si nécessaire, pour porter une aide concrète aux sans-abris.
Rita Sacramento: "Noël, c'est redécouvrir le sens du partage"
Gérante de l'épicerie Caritas à Renens (VD), Rita Sacramento évoque ses souvenirs de Noël durant son enfance au Brésil. Pour elle, cette fête n'a pas changé en 2022. Elle est toujours une occasion de rappeler ce que veut dire le mot 'partager'.
"Au Brésil, il n'y a pas de sapins. Les sapins de Noël sont uniquement artificiels. Sauf chez nous. Ma maman préférait aller en forêt pour ramener un petit tronc d'arbre et de belles branches qu'elle recouvrait de tissus et que nous décorions en famille".
Née en 1962 au Brésil, dans l'État de Bahia, Rita Sacramento est l'ainée de huit enfants. "J'ai le souvenir d'une enfance très heureuse, dans la Chapada Diamantina. Nous n'avions pas beaucoup d'électricité dans notre village d'Andaraí, la génératrice s'éteignait en fin de soirée. Nous n'avions pas beaucoup d'argent, mais nous étions riche d'amour et d'expérience. Avec les scouts, nous étions toujours fourrés à l'église. Avec notre 'padre', nous y chantions, nous sonnions la cloche, et nous partions aussi en camping".
Les gens partageaient ce qu'ils avaient préparé
A Noël, la maman de Rita préparait plein de gâteaux et la porte était toujours ouverte, les voisins passaient. Les gens allaient les uns chez les autres, et partageaient ce qu'ils avaient préparé. Puis tout le monde se rassemblait à la traditionnelle messe de minuit.
"Les fêtes de familles sont calmes. Alors je me donne à fond à l'épicerie. Je me déguise même en Mère Noël."
Lorsqu'elle arrive en Suisse en 1988, Rita Sacramento découvre la tradition protestante vaudoise. "Avec mes enfants, mon compagnon et sa famille, je retrouvais une certaine tradition: le culte de longue veille, le sapin, la musique, les cadeaux, mais surtout la famille. Aujourd'hui, mes 'beaux-parents' étant décédés et les enfants ayant tous leur propre famille, les fêtes de Noëls sont plus calmes. Alors je me donne à fond à l'épicerie, et je me déguise volontiers en Mère Noël." Depuis 2021, Rita Sacramento est gérante de l'épicerie Caritas à Renens, après avoir été huit ans à la tête de celles de Vevey.
De caissière à cheffe de produit
Lorsqu'elle s'installe en Suisse, ses études universitaires en économie ne sont pas reconnues. Rita commence comme caissière à la Migros, une entreprise dans laquelle elle travaillera plus de vingt ans, passant de vendeuse à assistante cheffe caissière, puis cheffe de produit avec, à la clé, un brevet fédéral de commerce, une formation d'assistante RH et de comptabilité.
"Le bureau m'ennuyait. J'avais besoin du contact humain. Alors je suis retournée en caisse"
"Mais le bureau m'ennuyait. J'avais besoin du contact humain. Alors je suis retournée en caisse. Mes collègues avaient toutes vingt ans de moins, mais on s'est bien entendu", explique la Latino-vaudoise. Deux ans plus tard, elle s'oriente comme responsable de télévente dans une PME. "Ce fut une belle expérience, mais je n'en pouvais plus de travailler seize heures par jours et j'avais envie de donner davantage de sens à mon travail".
Professionnaliser le personnel des épiceries
Dans la même période, en 2013, Caritas cherche à professionnaliser le personnel de ses épiceries. C'est ainsi qu'elle intègre l'organisation caritative, se forme pendant un mois à Renens et devient gérante à Vevey. En 2021, en pleine pandémie, une nouvelle épicerie ouvre à Renens et on lui en confie la responsabilité. "Dans les jours qui précèdent Noël, notre épicerie reçoit des peluches du LHC (Lausanne Hockey Club), des anciens jouets de la Migros, des cabas de nourriture de Nestlé et des entrées pour plusieurs musées de la région, entre autres. Nous pouvons ainsi les distribuer à nos clients et leurs enfants."
Rita Sacramento insiste beaucoup sur le terme 'clients'. "Oui. Parce qu'ils payent tout ce qu'ils achètent. Ce sont des clients, non des mendiants. Je refuse que les épiceries Caritas soient considérées comme un ghetto pour miséreux. Et de mon côté, je m'assure que tout soit prêt, propre et parfait, lorsque j'ouvre la boutique à 10h".
De plus en plus de gens dans la nécessité
Entre 2021 et 2022, la clientèle de Renens est passée de 3'200 à 6'000 personnes. "Notre chiffre d'affaire a augmenté également… ce qui n'est pas très bon signe. Parce que cela veut dire qu'il y a de plus en plus de gens dans la nécessité, notamment chez les retraités, les jeunes et les familles. Mais de voir la somme moyenne par panier augmenter, cela veut dire aussi que beaucoup plus de personnes peuvent se nourrir correctement grâce aux épiceries".
Pour Rita, ce sont les petits gestes qui font les grandes choses. "Chez nous, tout le monde doit se sentir à l'aise. Le magasin est pour tous. Il n'y a pas de couleurs, d'ethnies ni de religion, qui passent d'abord", prévient-elle. Et à Noël, encore davantage. "Je trouve magnifique lorsque des clients musulmans viennent me tendre la main ou me prendre dans les bras en me souhaitant un Joyeux Noël. Je fais pareil pendant le ramadan et j'essaye de me procurer en rayon ce dont ils ont besoin, comme des fruits secs, par exemple".
Les frontières sont dépassées
C'est cela que la gérante apprécie dans son métier: les frontières sont dépassées. "Mais cela suppose aussi qu'il y a des règles à respecter, précise-t-elle, avec autorité. Les profiteurs sont peu nombreux, mais ils existent aussi, comme partout. Bien que nous indiquions des limites sur certains articles, ils tentent de prendre tout le stock d'un produit en action, au-delà de ce qu'ils ont réellement besoin, et sans tenir compte des autres clients qui n'auront plus rien… Mais chez moi, ceux-là ne profitent pas deux fois. Je les convoque dans mon bureau et on règle très vite le problème".
"Il faut apprendre à partager, car nous ne sommes pas tout seuls"
"Il faut apprendre à partager, car nous ne sommes pas tout seuls", plaide Rita Sacramento, pour qui "la fête de Noël, c'est aussi cela: retrouver le sens du partage et du respect. Et lutter contre l'égoïsme. C'est cet état d'esprit qui m'habite lorsque, déguisée en Mère Noël, je distribue équitablement les cadeaux qui nous ont été fournis… Le regard de ces enfants n'a pas de prix!" (cath.ch/gr)
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Marie-Joëlle Andrey, un bénévolat nourri de prière et de rencontres
Dans le petit village de Cerniat (FR), l’engagement de Marie-Joëlle Andrey au service du Seigneur a de multiples visages. Elle s’efforce de partager sa foi aussi bien dans sa famille que dans sa paroisse, dans le journal local, la vie villageoise, ou encore dans son métier d’ergothérapeute.
En ce début mars, une pluie dense tombe sur la vallée gruérienne du Javroz. La brume couvre les sommets encore enneigés. Malgré cela, la vue sur les Préalpes est impressionnante depuis la maison de la famille Andrey. C’est dans son intérieur boisé simple et chaleureux que Marie-Joëlle reçoit cath.ch.
La demeure, un ancien entrepôt, a été construite en bonne partie par son mari Julien, menuisier de profession. La maison tire son énergie d’un chauffage à bois et de panneaux solaires. L’autonomie énergétique est importante pour ce couple attaché à la sauvegarde de la Création.
“Ensemble, on va plus loin”
Marie-Joëlle et Julien se sont installés à Cerniat en 2011, trois ans après leur mariage, à Siviriez (FR) (son village d’origine). Dans cette petite communauté, entourés de nature, ils ont trouvé un lieu privilégié pour élever leurs trois filles, aujourd’hui âgées de 13, 11 et 8 ans.
La petite famille tente de concrétiser au quotidien une phrase qui leur sert de leitmotiv: «Tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin». «C’est également comme cela que je vois l’engagement en paroisse», note Marie-Joëlle. Qu’on ne s’y trompe pas, la vocation principale de la Lausannoise de naissance est d’être épouse et mère. Mais au-delà, sa foi en Dieu et en l’humain l’amène à donner de sa personne dans de nombreuses autres activités.
"Nous ne sommes que les instruments de l'amour de Dieu"
Car le service aux autres fait depuis longtemps partie de sa vie. Durant leurs deux premières années de mariage, alors qu’ils vivaient au Pâquier, ce couple aujourd’hui dans la quarantaine faisait office de sacristains à l’église locale. Ils ont aussi accompagné spirituellement des confirmands. «Une très belle expérience, qui nous a donné envie de continuer dans la voie de l’engagement», assure Marie-Joëlle.
L’Esprit Saint qui agit
Après leur arrivée à Cerniat, Julien se retrouve trop occupé pour poursuivre un engagement. A partir de 2013, alors qu’elle est déjà jeune maman, Marie-Joëlle se lance dans l’éveil à la foi. Une activité qu’elle arrêtera en 2018. «Il y a un temps pour tout, c’était l’occasion de passer le relais à une autre maman». Suite à cela, ses engagements dans la paroisse sont plus ponctuels. Elle donne des petits coups de main, notamment pour les soupes de Carême, se rend disponible en tant que ministre de la communion.
A la rentrée scolaire 2021, ses enfants sont devenus plus autonomes et elle dispose de davantage de temps. Elle assiste alors la mise en place de l’adoration pour les enfants. Il s’agit d’un mardi par mois, après l’école. Un goûter est partagé sur le parvis de l’église, avant un temps de prière devant le Saint-Sacrement. “Il s’agit d’ouvrir le coeur de l’enfant à ce grand et beau mystère qu’est la présence de Jésus dans cette hostie. En fait, il ne se passe pas grand chose durant ce temps, qui est plutôt dans le calme et la douceur. On met un peu de musique, on confie quelques intentions...C’est quelque chose de simple, mais je pense de beau”.
Marie-Joëlle Andrey est consciente que beaucoup de familles au village sont éloignées de l’Eglise. Malgré le désintérêt répandu pour la foi, des signes lui montrent pourtant l’action discrète et intime de l’Esprit Saint. “Un enfant du village, qui veut tout le temps venir avec moi à l’adoration, a des parents qui ne s’intéressent pas à la religion. Je trouve ça très beau, parce que ça prouve qu’à travers ce que nous faisons, le Seigneur arrive tout de même à rejoindre les coeurs, nous ne sommes que des instruments de son amour, c’est lui qui agit”.
Vierge pèlerine
Des impulsions que la mère de famille s’efforce également de transmettre dans le journal du village, dénommé Les reflets de Cerniat , dont elle est depuis quelques années la rédactrice en chef. Dans sa publication, qui existe depuis plus de cent ans, elle s’occupe en particulier de la rubrique “paroisse”. “C’est une opportunité pour moi de dire les belles choses du monde, les rencontres, les personnes, la joie d’être ensemble, dans notre vallée”. Le journal présente ainsi régulièrement des portraits d’habitants de ce coin de Gruyère. Un aspect essentiel pour Marie-Joëlle, passionnée par la découverte de l’autre, des vies, de la richesse des intériorités. “Parce que chaque personne est une merveille de Dieu”.
"Le monde n’est pas tendre. Notamment avec les personnes et les familles qui vivent leur foi"
La bénévole évoque plusieurs “pôles” qui nourrissent son engagement. Il y a en premier lieu l’Eucharistie et l’oraison. Mais également l’accueil de la Vierge pèlerine, une démarche réalisée dans le cadre du “Mouvement de Schönstatt”, une communauté catholique fondée en 1914 qui regroupe des laïcs et des personnes consacrées.
Une icône de Marie voyage ainsi de foyer en foyer. Dans la vallée de Javroz, onze familles l’accueillent à tours de rôle, chacune environ trois jours par mois. “Ces trois jours ont vraiment une couleur différente. Nous mettons d’habitude l’icône sur la table à manger, parce que c’est le lieu du repas et du partage. Mais elle voyage avec nous dans la maison. Le soir, les enfants la prennent à tour de rôle dans leur chambre. Les filles aiment bien dormir avec”.
Prière de mères
Une autre source de nourriture spirituelle est “la Prière des mères”. Il s’agit d’un mouvement mondial lancé en Angleterre en 1995, maintenant répandu dans plus de 120 pays. Marie-Joëlle se réunit avec cinq autres mamans, un vendredi matin sur deux environ. Elles prient pour leurs enfants et ceux du monde entier. Un temps qui lui permet notamment de confier à la Vierge les souffrances qu’elle peut rencontrer en tant que mère.
“Parce que le monde n’est pas tendre. Notamment avec les personnes et les familles qui vivent leur foi. Mes deux aînées sont à un âge où elles se questionnent. Elles se sentent parfois aussi isolées parmi leurs camarades. Elles ont déjà essuyé des moqueries, du genre: 'Ta maman c’est celle qui fait l’adoration, c’est vraiment trop nul!’ Pour moi c’est une grande douleur de savoir que mon engagement, le feu qui m’anime, peut être une pierre d’achoppement, socialement parlant, pour mes enfants”.
Pour une Eglise ouverte
Le jugement des autres n’arrête cependant pas l’énergique mère de famille. C’est ainsi qu’elle organise, depuis trois ans, avec son mari et ses enfants, un spectacle théâtral devant leur maison. Une démarche qui a connu dès le début un joli succès. “C’était très beau parce que les gens du village sont venus”. Si bien que les années suivantes, la troupe théâtrale s’est élargie à d’autres foyers. La troisième représentation aura ainsi lieu en juillet 2023, avec des membres de cinq familles.
"Chaque personne a quelque chose à apporter au monde"
Les répétitions et les spectacles sont des occasions de rencontre, de joie et de partage entre les habitants. “L’engagement en paroisse, c’est très bien, mais je crois qu’il faut rejoindre les personnes où elles sont. J’ai été très touchée par l’appel du pape François d’aller vers les périphéries. C’est quelque chose qui semble presque un peu 'bateau’ aujourd’hui, mais qui pourtant ne va pas de soi. L’Eglise, pour moi, ce n’est pas rester seulement entre nous, c’est s’ouvrir au monde. Les apôtres sont-ils restés où ils étaient?”
Voir la beauté en chacun
La conviction selon laquelle la vérité de l’Evangile doit se refléter dans la vie quotidienne et profane est fortement ancrée en Marie-Joëlle. C’est ainsi toujours en ayant le Christ au coeur, qu’elle pratique son métier d’ergothérapeute. Elle exerce deux jours par semaine cette profession qui consiste à accompagner des personnes en situation de handicap, en améliorant notamment leur autonomie. “Bien sûr, je n’arrive pas vers les gens en parlant de Dieu, précise-t-elle. Mais si on me demande, je ne cache pas mes croyances et je parle volontiers de mon espérance. Il n’y a pas une Marie-Joëlle dans l’Eglise et une autre à l’extérieur, je porte ma foi partout avec moi”.
Un métier qui la comble, en particulier parce qu’elle y rencontre régulièrement la beauté qui existe en chacun, même en ceux que la vie a durement malmenés. “Chaque personne a quelque chose à apporter au monde, nous avons tous reçus des talents, et nous sommes responsables de les faire fructifier là où nous sommes”. (cath.ch/rz)
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Jean Claude François et l’expérience communicative du don
Il est des événements qui influent sur toute une vie. Pour Jean Claude François, fondateur il y a 30 ans de Haïti Cosmos, une ONG de développement, ce furent une jeune enfance passée dans la rue et la conversion de sa belle-mère au christianisme qui lui permit de trouver un foyer stable. «J’ai eu faim, j’ai reçu, et ça me pousse à donner aux autres.»
Jean Claude François vit à Genève, mais passe quatre mois par an environ en Haïti, son pays d’origine, pour superviser les projets de développement, éducatifs et de santé principalement, de Haïti Cosmos. Cette association, qu’il a co-fondée à Genève en 1993, doit pour beaucoup son existence à la foi en Dieu et en l’humanité portée par cet Haïtien de souche. Et à toutes les personnes qu’il a croisées au fil du temps, de manière providentielle ou insolite parfois, qui lui ont tendu une main secourable au bon moment.
Certaines d’entre elles sont devenus des partenaires inébranlables, comme les membres du comité de l’Association suisse des Amis de Sœur Emmanuelle (ASASE), qui finance depuis plus de 25 ans Haïti Cosmos, à hauteur de 80%.
La motivation de la faim
Tout commence il y a 72 ans à Maïssade, un village du plateau central d’Haïti, non loin de Hinche. C’est là que voit le jour le petit Jean Claude, un enfant naturel. Son père, marié par ailleurs, refuse de le reconnaître. Sa mère part s’établir alors avec lui dans le nord-est. La région s’est développée grâce à l’exploitation du sisal, une fibre végétale avec laquelle on fabrique la ficelle, et elle espère y trouver du travail. Mais c’est la misère qui les attend.
La mère envoie néanmoins Jean Claude à l’école. Les heures passées le ventre vide sur les bancs sont trop difficiles pour lui. Âgé d’à peine six ans, le garçonnet préfère passer ses journées dans la rue, où il mendie et rend des petits services contre un peu de nourriture. Un jour, un grand négociant de Cap-Haitien de passage à Hinche le remarque et propose de l’emmener avec lui pour le former à son travail. Sa mère accepte cette «manne du ciel», sous condition que Jean Claude puisse aller à l’école. «Moi, j’étais d’accord. Pouvoir manger, c’était très important», explique le vice-président de Haïti Cosmos.
L’enfant est logé dans la famille, sert au magasin la journée et est envoyé le soir à l’école. Des doubles journées bien lourdes. «Je n’étais pas considéré à l’école car j’étais toujours en retard et mes vêtements étaient sales, comme je vendais du gaz et de l’huile.» Le couple ne le maltraite pas à proprement dit, mais il ne lui donne pas d’affection et le fait beaucoup travailler.
Quand une rencontre change le cours d’un destin
Deux ans plus tard, la vie de Jean Claude bascule encore une fois grâce à une autre rencontre improbable. Il a 10 ans. Un client l’interroge et découvre qu’il connait son père, qui vit toujours à Hinche avec sa femme et ses autres enfants. Alerté, le père mène son enquête et envoie finalement quelqu’un pour les ramener, lui et sa mère, à Hinche. «Je ne connaissais pas cette personne, mais j’aurais suivi n’importe qui tellement je n’étais pas bien!» Après une première entrevue rocambolesque avec son père, l’enfant est reconnu par ce dernier.
«C’est grâce à ma belle-mère que j’ai été accepté dans le foyer de mon père…Elle était devenue une vraie chrétienne et c’est sa foi qui a changé ma vie.»
«C’est grâce à ma belle-mère que j’ai été accepté dans le foyer de mon père. Quand je suis né, elle l’avait poussé à me rejeter. Mais entre-temps, elle avait abandonné les rites vaudous et elle s’était convertie au protestantisme via une Église évangélique américaine. Elle était devenue une vraie chrétienne et c’est sa foi qui a changé ma vie.»
Enfin sur les bancs de l’école … et de l’église
La belle-mère l’accueille comme un fils et fait son éducation. «On était huit à la maison et elle cuisinait au feu de bois. Quand elle distribuait le repas, qu’on prenait tous ensemble par terre, elle donnait la même part à chacun. C’était une femme extraordinaire! C’est ainsi que j’ai enfin été à l’école à 11 ans [grand rire] et c’est aussi comme ça que je me suis rendu chaque dimanche au culte. Elle nous a tous élevés dans la foi protestante. Je chantais dans la chorale de l’Église baptiste à laquelle nous étions affiliés.»
À l’école, Jean Claude apprend vite. «J’étais tellement motivé!» Des années studieuses s’enchaînent. Il passe sa maturité et débute l’université du soir. Le jour, il travaille comme réceptionniste dans un hôtel à Port-en-Prince, et la providence prend à nouveau le visage d’un client de passage. Un Suisse cette fois, qui l’encourage à venir étudier dans son pays. «C’était en 1976. J’ai pris un stylo, une feuille de papier et j’ai envoyé une lettre à l’Université de Genève dans laquelle j’ai mis toutes mes notes, primaires et secondaires [rires]. Je l’ai adressée à Université de Genève, Genève, Suède! Un mois après j’ai reçu une réponse positive! C’était une autre époque… J’ai emprunté de l’argent pour le billet d’avion et j’ai acheté un joli costume crème… que je n’ai jamais porté et que j’ai revendu aux puces [rires].»
Des investissements tournés vers la population de Hinche
Les réussites se suivent: diplôme de l’Institut d’études du développement, maîtrise de la Webster University, doctorat de l’Université de Grenoble. «Je travaillais en même temps dans le milieu bancaire. Je voulais retourner bien loti dans mon pays, tant sur le plan professionnel que financier, pour m’investir et investir dans son développement. Je me rendais régulièrement à Haïti, mais c’était compliqué à concilier avec mon travail.» Il choisit alors de créer sa propre entreprise, une fiduciaire, afin d’avoir les coudées franches. Ainsi débute l’aventure de Haïti Cosmos: Haïti, comme un tout petit pays, et cosmos, comme le plus grand…
Son travail en Suisse permet à Jean Claude François de bien gagner sa vie et de lancer, avec quelques amis de Genève, des projets de développement à Hinche. Le premier - comment s’en étonner? - sera la création d’un école secondaire sur un terrain qu’il achète. S’en suivront, sur le plan éducatif, une école primaire, une école polytechnique et finalement, en 2010, après le séisme qui a durement frappé le pays, l'Université Jean Price-Mars. La première université de Hinche!
«J’ai acheté les terrains au fur et à mesure. D’une certaine façon, la terrible situation économique du pays m’a servi. Quand j’ai quitté Haïti, un franc suisse valait 15 gourdes, aujourd’hui 150. Mes terrains ont aussi pris de la valeur, car le plateau central est la zone la plus sûre sur le plan sismique et la diaspora haïtienne cherche à y acquérir des terres. En plus, l’État m’a acheté deux fois, et à un très bon prix, une bande de terre pour agrandir une route et c’est en partie grâce à ça que Haïti Cosmos a pu faire construire le bâtiment qui abrite notre université.»
À Hinche, Jean Claude vit simplement, sans eau courante ni électricité, à l’instar de la population. Il a toutefois fait installer sur son toit deux panneaux solaire pour bénéficier d’un peu de lumière le soir. «J’ai vécu dans la privation. Je connais la valeur des choses. C’est indécent de vivre dans le luxe à côté de gens qui crèvent de faim.» Pas question non plus de dépenser inutilement à Genève. La sobriété reste de mise et toute son énergie est tournée vers Haïti.
La stratégie se révèle payante. «Les gens dans la région de Hinche savent que Haïti Cosmos emploie 130 personnes et que nos écoles et dispensaires sont accessibles aux pauvres pour trois fois rien. Que nous n’exploitons pas les gens mais que nous les aidons. Les bénéficiaires de nos programmes sont reconnaissants et nous protègent. Ils m’informent de possibles problèmes.» Ainsi, sur les conseils avisés de personnes sur place, Jean Claude François a renoncé cet hiver à se rendre à Hinche, les enlèvements par des gangs se produisant aussi dans le plateau central.
Un pacte passé avec Dieu
Pour le vice-président de l’association suisse, le don entraîne le don, dans une sorte de chaîne de transmission. «Je le fais pour les autres car j’ai moi-même beaucoup reçu. Des gens, mais aussi de Dieu. Depuis ma rencontre avec ma belle-mère, je me suis mis à prier. Déjà enfant, je passais des pactes avec Dieu: "Si tu m’aides à faire ça, je ferais telle chose qui me demande un effort", toujours du bien évidemment, et je continue aujourd’hui dans une certaine mesure à discuter comme ça avec Dieu, et avec des résultats à la clé!»
D’une certaine façon, son engagement actuel envers la population de Hinche a couvé sous les braises d’un pacte passé avec Dieu durant son adolescence. «J’étais bon à l’école, mais pas en maths. Quand j’ai réussi à entrer au secondaire, j’ai dit au Seigneur: "Si tu m’aides à comprendre ces choses, je vais travailler à former les autres gratuitement." Et ça a marché! Si je n’avais pas reçu d’aide de Dieu, je serais comme les autres, voire pire. C’est un devoir d’aider quand on a reçu, mais en même temps, cela reste un choix, à accomplir dans la liberté, sinon ce n’est plus un don! En Haïti, j’ai montré à certains une sorte de chemin et j’espère que d’autres se joindront encore à nous. Je crois en la valeur de l’exemple.»
Il évoque pour sa part le modèle que fut pour lui Sœur Emmanuelle, qu’il a rencontrée plusieurs fois à Genève dans le cadre de ses liens avec ASASE et qui a soutenu l’engagement de Haïti Cosmos. «C’était une personne extrêmement courageuse, qui aimait les gens. Et elle a dit une fois une chose qui m’as beaucoup interpellé. "Je crois en Dieu, mais je crois aussi en l’Homme. Fends le cœur de l’Homme et tu y trouveras un soleil."» Une pensée en accord avec la propre philosophie de Jean Claude François.
La résistance par le travail
Le vice-président de Haïti Cosmos nourrit peu d’espoir d’amélioration pour son pays, à moins qu’une révolution ne vienne redistribuer les cartes… «La corruption s’est généralisée de père en fils. Elle a mangé le pays.» Mais il refuse de se laisser entraîner par le mouvement.
«Avec les 100 dollars que je pourrais donner à quelqu’un pour un service quelconque, je paye trois mois de salaire à quelqu’un d’autre. Le choix me paraît évident. Pour moi, le travail c’est la vie. Depuis tout petit, j’ai appris que sans travail, on sombre dans la mendicité ou la corruption. Mon plus grand bonheur reste de voir un de mes étudiants réussir ses études et trouver un emploi.» (cath.ch/lb)
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Noël Constant, un "social" axé sur la liberté de l’autre
Président fondateur de Carrefour-Rue & Coulou, Noël Constant est l’une des figures les plus connues du social genevois. Depuis plus d’un demi-siècle, il arpente les rues du canton, et les bureaux de l’État si nécessaire, pour porter une aide concrète aux sans-abris. Dans sa besace, un goût prononcé pour la liberté et un profond humanisme.
À l’entrée de la gare de Genève, une conversation s’engage avec un mendiant. Depuis un accident de travail survenu il y a sept ans, il vit dans la rue. Connaît-il Noël Constant? La réponse fuse: «Évidemment! Un homme intelligent et qui a beaucoup fait pour Genève.» Peu le contesteront dans le canton. Certains le comparent même à l’abbé Pierre. «Toutes les villes ont un personnage dans mon genre», commente pour sa part tranquillement l’intéressé.
La rue, Taizé, l’Afrique et la guerre d’Algérie
Né en 1939 à Mâcon, Noël passe une partie de son enfance dans la rue, avant d’être recueilli par les Frères de Taizé. À 18 ans, il part pour Abidjan. Un séjour initiatique. Ce sera ensuite trois années, très dures, d’engagement obligatoire en Algérie au sein d’un bataillon de parachutistes français en tant que radio. De retour en France, il accompagne un temps Frère Axel, de la Communauté de Taizé, dans sa mission d’aumônier de prison. Puis, par l’intermédiaire de celui-ci, il débarque à Genève en 1964 pour travailler à La Clairière, un centre de détention pour mineurs, et se former à l’Institut d’études sociales. Un univers professionnel dans lequel il finira par se sentir trop à l’étroit, préférant celui de la rue, ouvert sur le ciel.
Depuis les années 1980, Noël Constant concentre l’essentiel de son énergie à chercher des solutions concrètes aux problèmes de personnes mal ou non-logées. Sous son initiative, s’ouvre en 1986 la Coulou (à la rue de la Coulouvrenière), un lieu emblématique de l’accueil d’urgence. Dix ans plus tard, l’association Carrefour-Rue voit le jour. Ses réalisations depuis se sont enchaînées: distribution de repas au Jardin de Montbrilliant, édition du journal La feuille de trèfle, Point d’eau pour répondre aux demandes d’hygiène… et, derniers nés, hameaux d’habitation constitués de studios mobiles équipés.
C’est dans le jardin de la Villa Baulacre, siège de la Fondation Carrefour-Rue & Coulou, qu’il reçoit cath.ch à la mi-août 2023. Tantôt doux et taquin, tantôt concentré et sérieux, Noël Constant revisite volontiers son parcours.
Vous avez la réputation d’avoir la liberté chevillée au corps, ce qui vous permet de comprendre les besoins des personnes vivant dans la rue. Ce besoin d’espace semble remonter très loin chez vous.
Noël Constant: J’ai eu beaucoup de chance, j’ai vécu très libre. J’ai passé une partie de mon enfance dans la rue avec deux frères et une sœur à la mort de notre père. Ma mère ne pouvait pas s’occuper de nous. Nous allions de maison en maison pour manger. Les gens avaient tendance à vouloir nous garder chez eux. Nous, on se tirait, on n’avait pas envie de rester, ni de retourner à la maison. J’ai toujours eu peur d’être coincé. Par contre je n’ai pas peur de la liberté.
"J’ai toujours eu peur d’être coincé. Par contre je n’ai pas peur de la liberté."
Et du manque?
Non plus. C’est peut-être ce qui m’a permis de vivre avec des populations complètement hors contrôle. Et à me sentir si bien en Afrique, où je me suis rendu jeune avec un frère de de Taizé. La façon des Africains de se lever tôt le matin, sans s’en faire, et de s’endormir avec l’espoir m’a vraiment plu. Ils me disaient: «Demain le soleil sera encore là!»
Comment vous définissez-vous par rapport aux règles institutionnelles?
Je n’ai jamais trop aimé les encadrements institutionnels qui veulent guider la vie de gens, celles des jeunes en particulier. Quand je travaillais à La Clairière, les éducateurs logeaient avec les gamins. Je savais dans quel bistro aller pour les remonter. J’étais très inspiré par la philosophie éducative d’Alexandre Neill, développée dans Libres enfants de Summerhill. Il dit que l’humain doit vivre libre, quel que soit le chemin qu’il choisit. Il faut qu’on arrête d’imposer des manières de vivre, de travailler.
Il y avait en Afrique un pasteur médecin. Il courait les campagnes pour visiter des églises et des dispensaires dispersées, et je l’accompagnais sans être attaché à une Église quelconque. Il avait fait écrire sur tous les bâtiments: «Je ne te demande ni ton nom ni d’où tu viens, mais dis-moi ton mal.» Cette phrase m’a fortement impressionné et me marque encore.
Partout où je suis allé, et c’est encore plus vrai aujourd’hui, il faut commencer par donner son identité, dire d’où on vient, pourquoi on est là… Dans tous les organismes que j’ai mis en place, j’ai fait en sorte de ne pas me laisser avaler par ces règles, pour permettre à ceux qui y passent de rester libres. Le Bureau des habitants (ndr: aujourd'hui Office cantonal de la population et des migrations) voulait que je remplisse des fiches sur les gens qui logeaient à la Coulou. J’ai été voir son directeur et je lui ai dis: «Non. Je ne demande ni leur nom ni d’où ils viennent, je sais juste qu’il leur faut un coin.» Et c’est passé! Parfois cependant on marche sur les œufs, car ces gens de passage n’ont pas toujours des papiers en règle.
Vous avez été recueilli à 8 ans, avec deux de vos frères et une vingtaine d’autres enfants, par les Frères de Taizé, en Bourgogne. Quel souvenir vous reste-t-il de ces années? Ont-elles influencé votre vie spirituelle?
Pas vraiment, même s’il reste un fond. Leurs chants m’ont porté et j’entends toujours les cloches sonner! Par contre, j'en garde un souvenir mitigé. Je suis resté en manque là-bas sur le plan affectif. Les frères voulaient créer une maison des gosses. Mais ils étaient préoccupés à construire leur communauté et nous offraient peu d’attention. Et les gens qui passaient pour s’occuper de la maison et nous faire l’école ne restaient jamais deux ans de suite.
En même temps, c’est ce qui m’a vraiment aidé à me développer à Taizé. Nous étions libres. Je pouvais dormir le soir sur un arbre à côté de la maison sans que cela ne pose problème. La seule chose que je ne voulais pas, c’était être en cage, être pris par une famille.
Vous êtes pourtant une personne de relations. Vous avez d’ailleurs créé des espaces de vie commune pour des personnes très précarisées.
C’est vrai, je me suis toujours mis dans des situations où je devais être avec des autres. Le monde s’est fragilisé au niveau humain avec nos nouveaux outils, comme les smartphones. Ils nous accaparent et nous éloignent d’une vie que l’on mènerait ensemble. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est une vie collective. La ville est devenue une prison. Les nouveaux immeubles sont verrouillés de l’extérieur.
Avec Carrefour-Rue, on a mis en place des studios mobiles. Ce sont des lieux d’accueil pour les plus précarisés, où ils peuvent avoir à la fois un logement individuel et des contacts avec d’autres. On leur offre aussi le temps de rebondir à leur propre rythme. Même s’il ne faut pas rêver. Certains n’y arriveront pas. Demander au voisin s’il n’a pas du sel, ça ne se fait pas du jour au lendemain.
"Ce que je souhaite, c’est que dans chaque quartier il y ait des antennes où les gens puissent boire un café, sortir un moment de chez eux."
Mais collectif ne veut pas dire entassés. Il ne faut surtout pas mettre les gens «hors circuit» les uns au-dessus des autres, comme dans les cités en France. Prenez le Jardin de Montbrillant, où 300 personnes viennent manger gratuitement les midis, dans un brassage perpétuel. Certaines ne s’en sortiront jamais, mais il faut leur permettre de vivre dignement. L’idée du repas, c’est comme un rendez-vous. Le problème, il y a toujours plus de monde. Et quand il y a trop de monde, on perd le contact, on tombe dans l’anonymat. Ce que je souhaite, c’est que dans chaque quartier il y ait des antennes où les gens puissent boire un café, manger gratuitement, sortir un moment de chez eux.
Vous semblez très patient…
Sans patience, il n’y a pas de vie. J’ai vu des mendiants dont certains étaient de vrais artistes, des petits génies. On ne prend pas le temps de connaître ces gens qui tendent la main. On les met de côté, en disant «ils sont précaires». Si on prend le temps, on peut trouver ce qui leur fait du bien, comme le Monsieur que vous avez croisé tantôt. Il donne un coup de main au jardin et ça le rend heureux. Il faut accepter ces gens avec leur marginalité, même si ce n’est pas simple.
Comment vous ressourcez-vous?
Je me prends des moments de solitude, pour m’arrêter, réfléchir. Ici, quand il y a beaucoup d’entretiens, je vais marcher un moment dans le parc. Quand je reviens, je suis libéré, à nouveau disponible. J’ai un slogan, que j’ai transmis à mon équipe pour faire un social différent: «Ce n’est pas du boulot!» C’est une participation à la vie. C’est une disponibilité intérieure qui dépasse le côté obligatoire du travail.
Un social principalement basé sur un accueil humaniste, qu’on pourrait aussi qualifier d’évangélique. Au vu de votre expérience à Taizé, êtes-vous en froid avec les Églises?
Pas du tout. Les premiers locaux de Carrefour-Rue se trouvaient d’ailleurs à la Mission intérieure de l’Église réformée, à la Salle centrale de la Madeleine. Ma femme était secrétaire au Conseil œcuménique des Églises (le COE, basé à Genève). Et il y a un clocher juste à côté de la Villa Baulacre (sourire). (Ndr: celui de l'espace Montbrillant qui accueille quatre communautés chrétiennes sous un même toit, dont la Pastorale des milieux ouverts de l’Église catholique de Genève).
J’ai aussi été impliqué dans l’aventure du Caré, aux côtés de l’abbé Jean-Marie Viénat, dont les locaux se trouvent sous l’église Sainte-Claire aux Acacias. J’ai interpellé à l’époque l’Église. Je voulais qu’on inverse les locaux, l’accueil en haut, l’église en dessous. Il y a tellement peu de paroissiens qui viennent pour la messe le dimanche! Et je trouvais aberrant que l’on nourrisse les gens dessous, comme si on voulait cacher la misère. Il faut les mettre dans la lumière. Mais je n’ai pas été suivi. C’était peut-être un peu innocent de ma part…
Je suis croyant, mais je n’ai pas besoin d’une croix, d’une église. Une présence suffit. Il faut arrêter de croire en un Dieu qui peut tout faire. Il nous laisse plutôt faire, je crois. Je suis en perpétuelle recherche, je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante. Mais je me dis qu’avec tout ce qu’on fait, ce qu’on vit, l’amour qu’on se donne, ce n’est pas possible qu’il n’y ait rien qui nous attende après. J’ai d’ailleurs senti parfois que je n’étais pas tout seul. (cath.ch/lb)
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