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    Le pape François présidant la messe de clôture du Synode des évêques, le 29 octobre 2023

    Synode: comment les amendements ont modifié la synthèse finale

    La première version du rapport de synthèse du Synode, présentée le 25 octobre aux membres de l’assemblée a fait l’objet de 1'251 amendements. L’agence I.MEDIA, qui s’est procuré le brouillon du rapport de synthèse, revient sur les changements les plus significatifs.

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    Le pape François présidant la messe de clôture du Synode des évêques, le 29 octobre 2023
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    Synode: comment les amendements ont modifié la synthèse finale (1/2)

    Plus de 1200 amendements ont été apportés pour la synthèse finale du Synode
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    Synode: comment les amendements ont modifié la synthèse finale (2/2)

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    Le pape François présidant la messe de clôture du Synode des évêques, le 29 octobre 2023 © KEYSTONE/Mondadori Portfolio/Grzegorz Galazka

    Synode: comment les amendements ont modifié la synthèse finale (1/2)

    Le rapport de synthèse voté à Rome dans la soirée du 28 octobre 2023 par les membres du Synode sur l’avenir de l’Église est le fruit d’intenses discussions qui ont eu lieu dans les derniers jours de la session d’octobre. La première version présentée le 25 octobre aux membres de l’assemblée a fait l’objet de 1'251 amendements. L’agence I.MEDIA, qui s’est procuré le brouillon du rapport de synthèse, revient sur les changements les plus significatifs.

    Décisif pour la suite du Synode sur la synodalité, ce rapport doit servir de guide jusqu’à la session finale qui se tiendra à Rome en octobre 2024. D’ici là, les diocèses du monde entier doivent s’en emparer et faire remonter à Rome leurs impressions, répondant ainsi au vœu des organisateurs du Synode de poursuivre ce va-et-vient initié en 2021 entre le local et l’universel, pour prendre en compte les aspirations de tout le «peuple de Dieu».

    "Le retrait du terme LGBTQ+ est significatif"

    Long d’une quarantaine de pages, le rapport a été préparé durant le Synode par des experts sous le pilotage de deux secrétaires spéciaux. Une commission composée de 13 membres du Synode, dont le cardinal français Jean-Marc Aveline, était en charge de superviser sa réalisation. Le brouillon de ce texte, qui devait condenser les réflexions soulevées durant le mois de travail, a été présenté le mercredi 25 octobre à tous les membres de l’assemblée. En tout, 1251 amendements ont été déposés pour le modifier: 1.125 demandes de modifications collectives, venues des groupes linguistiques et 126 demandes individuelles. Selon les informations d’I.MEDIA, les demandes collectives ont naturellement été davantage prises en compte alors que certaines demandes individuelles n’ont pas eu d’échos dans le texte définitif.

    La version finale du rapport présente des modifications importantes. Entre contournements et reformulations, les variations expriment les tensions inhérentes aux travaux, notamment sur les questions de sexualité, les ministères des laïcs et en particulier des femmes, ou encore la conception du partage des responsabilités.

    Les questions sexuelles ne font pas l’unanimité

    L’une des différences les plus notables entre les deux textes est la disparition des mentions de «divorcés en deuxième union » et de « personnes qui s’identifient comme LGBTQ+». Elles ont été remplacées par une proposition plus générale parlant des «personnes qui se sentent marginalisées ou exclues […] à cause de leur situation matrimoniale, identité et sexualité».

    "Même en Occident, la question de la pastorale des personnes homosexuelles fait débat"

    Le retrait du terme LGBTQ+ est significatif puisqu’en plus d’être présent dans le brouillon, il faisait déjà partie de l’Instrument de travail du Synode, ce document public sur lequel ont travaillé les membres du Synode. Les questions liées à l’accompagnement des personnes homosexuelles sont très sensibles dans l’Église. Les catholiques allemands, par exemple, ont récemment officiellement exprimé leur souhait de revoir l’enseignement de l’Église à ce sujet et d’autoriser les prêtres à bénir les couples homosexuels. Une position réformiste que ne partagent pas d’autres régions du monde, comme l’Afrique ou le Moyen-Orient notamment.

    Crispation africaine

    La disparition du terme «LGBTQ+» et de toute mention de l’homosexualité témoigne d’une crispation d’un nombre non négligeable de membres de l’assemblée. Durant le Synode, «l’Afrique a fait entendre sa voix, mais pas seulement, c’est aussi le fait de l’Europe et des États-Unis», confie un évêque. «La voix de certains Africains a pu porter, mais il faut nuancer. Même en Occident, la question de la pastorale des personnes homosexuelles fait débat et les épiscopats sont divisés», abonde un observateur.

    Il relève par ailleurs que le pape a donné une clé de lecture, avec une distinction entre les «personnes» homosexuelles, qui sont des «enfants de Dieu», et les «groupes» qui défendent les homosexuels. «Les lobbys, c’est autre chose», avait affirmé le pape, lors de son voyage au Soudan du Sud en février dernier.

    «Le terme 'LGBTQ+’ peut évoquer pour certains ces groupes de pression. Sans doute que, dans la salle, des membres ont ressenti cette pression», ajoute l’observateur.

    Entendre les personnes en “situations irrégulières”

    Un autre élément manifeste la volonté qu’a eue l’assemblée de pas renier l’actuel enseignement de l’Église sur certaines questions délicates. Les membres ont ainsi ajouté un paragraphe dédié aux personnes qui vivent une «solitude» en ayant fait le choix de «fidélité à la tradition et au magistère de l’Église en matière matrimoniale et d’éthique sexuelle». Cette mention, qui n’était pas présente dans la première version, est une façon d’encourager notamment les personnes divorcées qui font le choix de ne pas vivre une nouvelle union, ou bien les personnes homosexuelles qui vivent dans la continence.

    "On dénonce la condition des consacrées 'trop souvent considérées comme de la main-d’œuvre à bas prix'»

    En revanche, sur les questions «doctrinales, pastorales et éthiques» qui sont «controversées», le document final a ajouté la possibilité de recourir à «la voix des personnes directement touchées par les controverses» pour les affronter. À rebours des atténuations précédentes, on peut voir ici la volonté d’ouvrir la porte pour mieux entendre les personnes vivant dans des situations jugées irrégulières par l’Église.

    Les voix des femmes résolument plus actives

    En termes de nouveautés, la version finale est plus incisive sur le besoin de valoriser la femme dans l’Église catholique. Le texte a été énormément retravaillé. Ainsi, elles apparaissent davantage protagonistes et incluses que dans la première version qui faisait état de leurs «besoins», un mot supprimé. Dans le nouveau texte, c’est l’assemblée – et non plus seulement les femmes à part – qui demande pour les femmes qu’elles «dialoguent» avec les hommes pour être «ensemble protagonistes, sans subordination, exclusion, ni compétition».

    Les propositions réservées aux femmes sont un peu plus ambitieuses que dans la première version. On plaide ainsi pour qu’elles assument des «rôles de responsabilité», sans les conditionner à un précautionneux «où cela est possible». Dans un ajout très concret, le Synode demande de voir dès l’assemblée de 2024 les résultats d’une étude sur l’accès au diaconat pour les femmes que le pape avait commandée mais dont les résultats sont restés secrets.

    "Le 'langage inclusif' souhaité dans les textes liturgiques et les documents de l’Église a été corrigé"

    Encore en termes de nouveautés, on dénonce la condition des consacrées «trop souvent considérées comme de la main-d’œuvre à bas prix». Et on souhaite des femmes juges dans tous les procès canoniques, ou bien que «l’apport féminin» soit valorisé dans la formation des prêtres.

    Prêtrise des femmes au conditionnel

    En revanche, un paragraphe visiblement contesté a disparu, où il était fait mention de «points de vue différents sur la façon dont […] la différence sexuelle doit façonner l’ecclésiologie et l’approche aux ministères». L’ouverture vers de «nouveaux ministères» pour les femmes est tournée au conditionnel, dans une formule plus prudente que la première version.

    En outre, le «langage inclusif» souhaité dans les textes liturgiques et les documents de l’Église a été corrigé pour devenir «un langage qui tienne compte de façon égale des hommes et des femmes». Pour rappel, des paragraphes sur la place et le rôle des femmes dans l’Église ont été les plus débattus. Près de 20% des membres (69 sur 277) se sont par exemple opposés à l’article mentionnant des «positions diverses concernant l’accès des femmes au ministère diaconal».

    «Durant le Synode, des hommes ont pris la parole, des cardinaux par exemple, pour parler de la valeur de la femme dans l’Église», témoigne un observateur. «La place de la femme me semble en effet être le thème qui a suscité le plus d’échanges pendant les discussions de préparation du document», confirme un évêque ayant participé aux discussions. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

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    Plus de 1200 amendements ont été apportés pour la synthèse finale du Synode © Vatican Media

    Synode: comment les amendements ont modifié la synthèse finale (2/2)

    Le rapport de synthèse voté à Rome dans la soirée du 28 octobre 2023 par les membres du Synode sur l’avenir de l’Église est le fruit d’intenses discussions qui ont eu lieu dans les derniers jours de la session d’octobre. La première version présentée le 25 octobre aux membres de l’assemblée a fait l’objet de 1'251 amendements. L’agence I.MEDIA, qui s’est procuré le brouillon du rapport de synthèse, revient sur les changements les plus significatifs.

    Les rédacteurs affirment dans le document officiel que la synodalité représente «l’avenir de l’Église». Mais une première version contenait l’assertion: «toute marche en arrière semble impossible». Une rhétorique utilisée par certains évêques allemands – eux-mêmes engagés depuis trois ans dans un Synode national aux allures de grande réforme – qui pourrait avoir fait grincer des dents dans l’aile opposée. L’expression a donc sauté.

    Le brouillon envisageait par ailleurs la constitution d’une commission d’étude théologique pour affiner la compréhension de la synodalité; une suggestion également supprimée. Semblant épargner les susceptibilités, le texte renvoie à des travaux déjà effectués par la commission théologique. En revanche, l’idée d’une commission est conservée pour les «implications canoniques» de la synodalité. Sur ce sujet technique, un paragraphe entier a été introduit, assurant que «semble être arrivé le moment d’une révision du Code de droit canonique», et demandant à ce sujet «une étude préliminaire».

    Ne pas institutionnaliser un «mouvement d’interrogation perpétuelle»

    Selon les informations d’IMEDIA, un cardinal membre du C9 a fait une intervention remarquée durant les débats à huis clos. Il a assuré que le Code de droit canon pouvait être modifié et n’était pas un critère de discernement à lui seul.

    Autre suppression qui mérite d’être soulignée: la possibilité d’un “Synode permanent d’évêques élus par les conférences épiscopales en soutien au ministère pétrinien». Cette formulation a disparu, pour faire place à la requête de «valoriser et renforcer l’expérience du C9 comme conseil synodal au service du ministère pétrinien». Ce conseil de cardinaux (moins d’une dizaine) est une création du pape François qui, dès le début de son pontificat en 2013, a voulu s’entourer de cardinaux venus des quatre coins du monde pour l’assister dans son gouvernement et la réforme de la Curie romaine.

    "Le partage des responsabilités entre laïcs et clercs reste sujet à controverse"

    Pour un observateur, trois éléments pourraient avoir poussé les membres de l’assemblée à retirer le projet d’un Synode permanent autour du pape. D’abord, la peur de «bureaucratiser» et «d’alourdir» davantage les processus de consultation et de décision dans l’Église, alors que des structures existent déjà. Ensuite, la crainte de constituer une sorte «d’élite» parmi les catholiques, avec des personnes expertes de la synodalité qui finiraient par ne plus être représentatives du peuple de Dieu. Enfin, la volonté de ne pas institutionnaliser un «mouvement d’interrogation perpétuelle» dans l’Église.

    Le rapport entre le rôle des laïcs et des clercs approfondi

    Le partage des responsabilités entre laïcs et clercs reste sujet à controverse, et a subi des nuances avec les amendements. Par exemple, sur la question délicate des «ministères», certains usages de ce mot ont été changés au profit de son étymologie, sans doute plus parlante: «service». Un nouveau paragraphe demande d’éclaircir «d’éventuelles ambiguïtés» sur le terme «une Église toute ministérielle» utilisé dans l’Instrument de travail de ce Synode.

    Dans la même veine, on note que des précisions ont été apportées sur la participation des laïcs. Ainsi la première version parlait simplement de la mission conférée par le «baptême», alors que la version finale préfère parler de «sacrements de l’initiation chrétienne» (baptême, communion, confirmation). En d’autres termes, pour les décisions, les évêques souhaitent s’entourer de laïcs qui vivent concrètement leur foi, comme l’avait expliqué un participant à I.MEDIA. Il s’agit de confier le discernement à des personnes formées et préparées.

    Nouveau ministère?

    Dans le premier texte, l’assemblée s’inquiétait du manque de participation des prêtres – peu représentés parmi les participants – dans le Synode, préoccupation qui s’élargit dans le document final aux diacres et aux évêques, en appelant clairement à «comprendre les motifs de la résistance à la synodalité de la part de certains d’entre eux».

    "L’idée d’une liturgie spécifique pour les mariages mixtes a été écartée"

    Pour rappel, le rapport de synthèse plaide pour «une plus grande créativité dans l’institution de ministères sur la base des exigences locales». Il suggère d’élargir les charges du ministère de lecteur – que le pape François a ouvert aux femmes en janvier 2021 –, qui pourrait devenir «un véritable ministère de la Parole de Dieu» pouvant inclure «la prédication». En outre, les pères et mères synodaux envisagent un nouveau ministère dont les couples mariés pourraient être investis, afin de «soutenir la vie familiale» et «accompagner les personnes qui se préparent au sacrement du mariage». Ces perspectives étaient bien présentes dans la première mouture.

    Abus et cléricalisme, les focus de l’assemblée

    La crise des abus a également fait l’objet d’amendements. Dès l’introduction, au paragraphe 1/a, les rédacteurs ajoutent une phrase affirmant qu’il reste à accomplir «un long chemin vers la réconciliation et la justice, qui demande d’affronter les conditions structurelles qui ont permis de tels abus et de réaliser des gestes concrets de pénitence».

    La partie sur les diacres et les prêtres, plus développée, porte des propositions nouvelles pour promouvoir la «transparence» et le devoir pour les clercs de «rendre des comptes». On peut y lire aussi un ajout sur le cléricalisme «qui peut se manifester non seulement chez les ministres mais aussi chez les laïcs».

    "En plus des indigènes, le texte parle de 'descendants afros' et des victimes du racisme"

    Autres initiatives nouvelles: dans la partie sur les évêques, il est demandé de vérifier les critères de sélection des candidats à l’épiscopat, et ce «en équilibrant l’autorité du nonce apostolique avec la participation de la conférence épiscopale». Et l’assemblée a glissé le projet de «services pastoraux» à attribuer aux prêtres qui ont quitté le sacerdoce. Ce paragraphe est l’un de ceux qui a fait le moins l’unanimité dans les votes.

    Dans le domaine œcuménique, le document a été aplani. Une première version, supprimée, parlait de «résistance au dialogue, à la rencontre, et au travail commun» entre confessions chrétiennes. Et l’idée d’une liturgie spécifique pour les mariages mixtes a été écartée.

    Les voix du Sud plus présentes

    À la lecture de la version finale, il semble que de nombreux amendements aient fait droit aux voix du Sud. Plusieurs éléments viennent appuyer cette impression. Dans la partie sur les pauvres comme protagonistes dans l’Église, beaucoup plus détaillée que la première version, plusieurs catégories de personnes marginalisées ont été introduites. En plus des indigènes, le texte parle de «descendants afros» et des victimes du racisme. Ce mot et ses dérivés, qui n’était présent qu’une seule fois dans le brouillon, revient à cinq reprises dans le rapport final. Un paragraphe entier a été ajouté sur la lutte contre «les systèmes qui créent ou maintiennent l’injustice raciale au sein de l’Église».

    "La mention nominative de pays en guerre – Ukraine, Terre sainte et Moyen-Orient – a été supprimée"

    Dans ce qui semble également faire écho aux voix de pays du Sud, les rédacteurs soulignent que «dans certains lieux l’annonce de l’Évangile a été associée à la colonisation et même au génocide», ce dernier terme étant ajouté.

    L’Afrique entendue

    La mention nominative de pays en guerre – Ukraine, Terre sainte et Moyen-Orient – a été supprimée pour ne garder que le terme générique de «nombreux pays sur divers continents», laissant supposer une protestation de pays africains notamment en proie à de nombreux conflits oubliés.

    Enfin, alors que le terme LGBTQ+ a été évacué de la mouture initiale, l’ajout dans la synthèse finale d’un paragraphe sur une thématique spécifiquement africaine montre comment ce continent a su se faire entendre lorsqu’il a fallu amender le texte. Dans le rapport final, il est demandé aux conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) de «promouvoir un discernement théologique et pastoral sur le thème de la polygamie et sur l’accompagnement des personnes en union polygame qui se rapprochent de la foi». (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

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