Traitement des abus en Église: une mise en œuvre complexe
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Traitement des abus en Église: une mise en œuvre complexe
Abus: un an après l’étude de Zurich, au moins 270 signalements reçus
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Abus: un an après l’étude de Zurich, au moins 270 signalements reçus
Présenté le 12 septembre 2023 à Zurich, le rapport du projet pilote sur l’histoire des abus sexuels dans l’Église catholique en Suisse dénombrait 1’002 cas d’abus sexuels sur 921 victimes pour 510 auteurs entre 1950 et 2022. Un an plus tard, selon les données compilées par cath.ch, le nombre de sign...
J. Tricou: «Les mesures contre les abus restent très périphériques»
Un an après l’enquête sur les abus, l’Église catholique en Suisse a-t-elle posé les bonnes questions, donné les bonnes réponses face à ce fléau? Les réflexions de Josselin Tricou, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.
Abus sexuels: "Refuser le déni et la vengeance pour le pardon"
Dans les affaires d’abus sexuels en Eglise, le pardon est un chemin à trois voies (ou voix): celles de la victime, de l’auteur et de la communauté. Telle est la conviction de Guilhem Causse. Un pardon qui n’est pas oubli, mais chemin de libération. Le jésuite plaide pour une justice restaurative.
Traitement des abus en Église: une mise en œuvre complexe
Un an après la sortie du rapport préliminaire sur les abus sexuels dans l’Eglise en Suisse, où en sont les promesses de réformes annoncées? Si la conviction et la volonté des divers acteurs sont bien présentes, la mise en œuvre se heurte à des défis complexes.
1. Mise en place d’une instance indépendante pour les abus sexuels
Ces vingt dernières années, les institutions ecclésiales ont instauré leurs propres services à l’intention des victimes d’abus sexuels. Dans les diocèses, des structures de signalement et d’aide ont été créées. Mais elles s’avèrent insuffisantes à plusieurs égards: manque de compétences spécialisées, manque d’indépendance vis-à-vis de l’autorité ecclésiale, absence de séparation entre le signalement d’abus et l’aide aux victimes, etc.
La diversité des langues, des cultures, des capacités financières et des structures ecclésiales ne facilite pas cette tâche. Le 'fédéralisme’ de l’Église suisse n’est pas très agile car les régions et cantons jouissent d’une grande autonomie.
Collaboration avec les centres LAVI
Afin de pouvoir offrir aux victimes la meilleure aide et le meilleur soutien possible, les instances ecclésiales ont cherché à trouver un accord avec la Conférence suisse de l’aide aux victimes (CSOL-LAVI) et la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS). La direction de projet a entamé des discussions avec la CDAS fin 2023. Le concept a été présenté et discuté au sein de la CSOL-LAVI début avril 2024. Le principe de cette collaboration est aujourd’hui avalisé par tous les partenaires, a confirmé à cath.ch Roland Loos, président de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ). Reste à établir et à signer les diverses conventions.
La RKZ a approuvé le 4 septembre le financement de ce dispositif d'accueil. Celui-ci devrait voir le jour à partir de janvier 2025. Actuellement déjà, les personnes concernées par des violences sexuelles au sein de l’Église catholique peuvent faire appel aux centres LAVI cantonaux. Cependant, les services publics manquent souvent de connaissances sur les structures de l’Église. De même, ils ne disposent pas de suffisamment de personnel pour prendre en charge les cas supplémentaires.
C'est là que la Conférence centrale va intervenir avec son plan de financement. Elle versera un forfait par cas à l'association d'aide aux victimes concernée, afin de couvrir le surcroît de travail nécessaire à leur traitement.
En outre, la Conférence centrale créera un centre d'information national en collaboration avec la Conférence des évêques suisses et la KOVOS, l'organisation faîtière des communautés religieuses. Celui-ci fournira son expertise ecclésiale aux centres de consultation pour victimes.
Les instances diocésaines seront maintenues. Elles sont appelées à harmoniser leur pratique en se basant sur des normes communes, indique en outre Roland Loos. Par contre, la création d’une structure de signalement ecclésiale nationale n’est pas envisagée pour l’heure.
2. Protection des archives
Tous les évêchés, ainsi que toutes les Églises cantonales ont signé un engagement par lequel ils déclarent renoncer à détruire les documents en lien avec des cas d’abus ou documentant leur gestion. Du côté des communautés religieuses, le recueil des signatures n’est en revanche pas encore acquis. Les manques concernent principalement des communautés féminines ne comptant que quelques religieuses âgées, a priori peu touchées par la question des abus sur mineurs.
3. Normes pour les dossiers personnels et l’échange d’informations
Il n’existe pas à ce jour d’échange institutionnalisé d’informations entre les diverses instances ecclésiales chargées des engagements du personnel. L’objectif est donc que les dossiers personnels documentent, dans le respect des dispositions légales, toutes les informations concernant la question des abus sexuels. Toutes les instances devront veiller à obtenir et transmettre les informations utiles, en cas de changement de poste ou d’engagement.
Le groupe de travail national a confié à une entreprise spécialisée un mandat visant à dresser un état des lieux exhaustif. Après une analyse de la situation, des normes pour la tenue des dossiers personnels seront élaborées d’ici décembre 2024 et introduites en 2025.
4. Prévention
En matière de prévention, la mise en place d’entretiens psychologiques menés dans le cadre de la formation des prêtres et d’autres travailleurs en Église est projetée, avec, là encore, l’appui d’experts extérieurs. A noter que les diocèses ont déjà élaboré leur politique de prévention qu’il s’agit surtout d’améliorer et de professionnaliser. Les diocèses de Sion, Lausanne, Genève et Fribourg, ainsi que de Lugano ont par exemple rendu obligatoires les formations à la prévention des abus sexuels.
5. Indemnisation des victimes et poursuite de l’étude
Les financement du fonds d’indemnisation des victimes est assuré. Celui de l’étude principale sur les abus de l’Université de Zurich a été voté.
6. Tribunal pénal canonique national
Le gros chantier du tribunal canonique national doit être négocié avec Rome. La création de ce tribunal doit garantir une plus grande indépendance, pour éviter la partialité, les conflits de loyauté qui existent lorsque l’évêque est juge et partie. Une instance nationale pourrait également aborder les questions qui se posent, par exemple à propos de la réintégration d’un prêtre en cas de prescription, de non-lieu, etc.
Le président de la CES, Mgr Felix Gmür, et le responsable thématique, Mgr Joseph Bonnemain, ont mené fin 2023 des premiers entretiens avec le pape et les autorités compétentes à Rome. Début mai 2024, un entretien a eu lieu avec le Tribunal suprême de la Signature apostolique à Rome afin de déterminer la marge de manœuvre offerte par la législation de l’Église universelle. Roland Loos attend des progrès dans cette démarche dès cet automne. Le cas échéant, la RKZ pourrait participer à son financement. (cath.ch/mp)
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Abus: un an après l’étude de Zurich, au moins 270 signalements reçus
Présenté le 12 septembre 2023 à Zurich, le rapport du projet pilote sur l’histoire des abus sexuels dans l’Église catholique en Suisse dénombrait 1002 cas d’abus sexuels sur 921 victimes pour 510 auteurs entre 1950 et 2022. Un an plus tard, selon les données compilées par cath.ch, le nombre de signalements d'abus sexuels se monte à au moins 273 cas.
Même si plusieurs études historiques ponctuelles avaient été publiées depuis des années, le projet constituait la première démarche scientifique nationale commanditée par la Conférence des évêques suisses (CES), l’Union des supérieurs majeurs (KOVOS) et la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ).
A la différence d’autres études menées à l’étranger, les historiens se sont penchés non seulement sur les diocèses, mais aussi les corporations ecclésiastiques (Églises cantonales), les congrégations religieuses, les institutions catholiques, les mouvements de jeunesse ou les missions linguistiques.
Selon une compilation de cath.ch, au moins 273 signalements supplémentaires ont été enregistrés par les différents organismes d’accueil et les diocèses suisses depuis le 12 septembre 2023. Les résultats obtenus ne sont pas exhaustifs, mais ils complètent notre enquête parue en décembre 2023 et donnent une bonne idée de l’étendue du phénomène des abus. Les signalements sont venus des victimes, mais aussi de tiers pour des proches parfois décédés. Certaines victimes ont tenu à se signaler, mais ne demanderont pas d’indemnisation.
Au-delà des chiffres, se joue un élément très important. Des hommes et des femmes osent s’exprimer auprès des instances officielles après des décennies de silence. «Les victimes d’abus sexuels ne parlent pas du 'jour au lendemain’», expliquait en 2023 à cath.ch Marie-Jo Aeby, ancienne vice-présidente du Sapec. Souvent, l’appel téléphonique ou le mail que la personne envoie est l’aboutissement d’un long cheminement. Les personnes s’en sont parfois ouvertes à des proches qui leur conseillent de s’annoncer, précisait-elle, «et vous n’imaginez pas l’énergie qu’il faut pour franchir le pas!»
Tous les organismes n’ont pas communiqué leurs données. Il faut admettre une marge d’erreur, l'une ou l'autre victime ayant pu s'annoncer auprès de différents organismes. Les données entre parenthèses renvoient à notre enquête parue le 14 décembre 2023.
Commission «Abus sexuel en contexte ecclésial» du diocèse de Sion:
La commission annonce avoir reçu 12 signalements (7 en décembre 2023). «En partie de la part des victimes présumées elles-mêmes, en partie de la part de tiers», précise son président Claude Bumann. Quatre cas ont déjà pu être clos après que la commission de réparation morale a versé aux victimes une somme à titre d’indemnisation sur la base des rapports de l'organe spécialisé. Dans les huit cas restants, les enquêtes de l'organe spécialisé sont encore en cours, mais toutes les victimes ont déjà été entendues. Tous les cas sont prescrits sur le plan pénal. Dans un cas, les faits se sont déroulés dans le diocèse, mais le prêtre étant d’origine étrangère, le dossier est instruit à l’étranger.
Commission «Abus sexuels en contexte ecclésial» du diocèse de LGF:
La commission annonce 20 signalements (13 en décembre 2023), dont huit cas ont été transmis ou sont suivis par la justice. Au moins 8 personnes mises en cause sont décédées. Les abus signalés se sont étendus de 1953 à 2003. Au 27 août, deux cas sont en cours de traitement par la commission diocésaine.
Diocèse de Bâle (inclus le Jura Pastoral):
Depuis la publication de l’étude-pilote, le 12 septembre 2023, le service indépendant d’annonce des abus sexuels dans le diocèse de Bâle, l’étude d’avocats Hess Advokatur AG, a reçu 120 signalements. Ce chiffre englobe les données pour le Jura Pastoral – la région francophone du diocèse de Bâle. Le diocèse de Bâle n’a pas souhaité communiquer sur la seule région du Jura pastoral où l’on dénombrait déjà 8 signalements en décembre 2023.
105 dossiers relatifs à du personnel, des personnes victimes, des paroisses et des ordres religieux ont été examinés avec, dans 76 dossiers, des recommandations détaillées à l’intention de Mgr Felix Gmür. Le diocèse de Bâle a suivi intégralement ces recommandations d’action. A la date du 27 juin, 44 dossiers sont actuellement en traitement. 95% des signalements déposés qui relèvent de la compétence diocésaine concernent des personnes accusées déjà décédées, des abus sexuels prescrits de la période 1930-2010 – soit avant l’entrée en fonction de Mgr Felix Gmür – ainsi que des signalements pour lesquels ni la personne accusée, ni la victime présumée ni le déroulé des événements ne sont connus ou identifiables.
Diocèse de Lugano:
Après la publication du rapport de l'Université de Zurich et l'invitation de l'évêque aux victimes à signaler les cas d'abus, il y a eu entre 10 et 15 signalements dans le diocèse de Lugano. «Nous ne savons pas combien de signalements sont parvenus au centre LAVI cantonal», précise le diocèse. L’administrateur apostolique, Mgr Alain de Raemy, avait invité les victimes qui ne souhaitaient pas s'adresser directement à l'Église à utiliser ce service de signalement externe.
La CECAR:
La Commission Écoute Conciliation Arbitrage Réparation a reçu 36 requêtes (il y en avait 18 en décembre 2023) de 17 femmes et 19 hommes qui avaient entre 6 et 17 ans au moment des faits, indique Brigitte Ansermet. Concernant les faits: 10 abus se sont produits en Valais, 7 dans le canton de Fribourg, 6 dans le canton de Vaud, 5 dans le canton de Genève, 4 dans le Jura, 2 dans le canton de Neuchâtel et 2 en Suisse allemande. Selon les témoignages, la majorité des auteurs sont des prêtres, précise Brigitte Ansermet. «Nous observons que chaque nouvelle annonce dans les médias (comme pour l’Abbaye de St-Maurice) a un impact et génère l’arrivée de nouvelles requêtes», ajoute Brigitte Ansermet.
Diocèse de St-Gall:
Depuis la publication de l'étude pilote, l'évêché de Saint-Gall a reçu, à la date du 20 août, environ 30 signalements d'abus. Le nombre de signalements concernant des accusés décédés ne peut pas être déterminé avec certitude. «Ce qui est sûr, c'est que dans six cas, l'auteur présumé est encore en vie, et qu'il s'agit quatre fois du même auteur présumé», précise le diocèse. Cela signifie que trois auteurs présumés sont encore en vie.
Diocèse de Coire:
Depuis septembre 2023, 21 personnes concernées se sont annoncées auprès du diocèse, rapporte le service de communication du diocèse de Coire. Les personnes concernées se sont adressées à l'organe diocésain spécialisé dans les abus sexuels mis en place dans le cadre de l’Église. Dans certains cas, les victimes ont directement contacté l'évêque.
Tous les cas ne concernent pas le diocèse de Coire. En raison de la responsabilité ministérielle de Mgr Bonnemain au sein de la CES, des victimes d'autres diocèses se sont également adressées à lui.
Tous les signalements concernent des abus sexuels, du harcèlement au viol. Dans presque tous les cas, les faits remontent à 70 ans. Un seul cas est récent. Trois cas concernent des mineurs. Un soutien, un accompagnement et une réparation morale sont proposés aux victimes.
Dans tous les cas où un délit a été commis, une plainte a été déposée auprès de la police ou des autorités judiciaires concernées, sauf si l'auteur présumé est déjà décédé, ce qui rend les poursuites pénales caduques. (cath.ch/ag/bh)
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J. Tricou: «Les mesures contre les abus restent très périphériques»
Un an après l’enquête sur les abus, l’Église catholique en Suisse a-t-elle posé les bonnes questions, donné les bonnes réponses face à ce fléau? Les réflexions de Josselin Tricou, sociologue des religions à l’Université de Lausanne.
Le 12 septembre 2023, les résultats du projet pilote de l’Université de Zurich sur les abus sexuels dans un contexte ecclésial provoquaient un véritable électrochoc dans l’Église et le grand public, écornant de façon encore inédite l’image de l’institution. Suite à cela, les responsables de l’Église ont entrepris un certain nombre de démarches de lutte et de prévention. Mais les réponses sont-elles appropriées? Josselin Tricou, qui a notamment travaillé pour la Commission française indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), pose sur la question son regard de sociologue.
Comment jugez-vous l’avancement des actions entamées par l’Église en Suisse depuis le 12 septembre?
Josselin Tricou : Les mesures annoncées vont, me semble-t-il, dans le bon sens. Mais on a le sentiment que cela se fait très (trop?) lentement. En partie parce que les responsables cherchent une adhésion aussi large que possible parmi les fidèles et le clergé. Ce qui est compréhensible et assez juste en un sens. Cette large adhésion peut faire en sorte que les mesures soient réellement effectives. Mais pour les personnes concernées et le public, cette lenteur est facilement perçue comme une marque de mauvaise volonté de la part de l’institution.
"Du côté des catholiques plus 'progressistes', ces révélations viennent renforcer l’idée qu’un changement structurel s’impose"
De plus, au vu des réactions très contrastées face aux révélations au sein des milieux catholiques, on peut se demander dans quelle mesure une large adhésion est envisageable, et par conséquent, à quel point il est réaliste de conditionner la mise en œuvre de véritables réformes à une telle adhésion.
Que voulez-vous dire?
Globalement on observe deux types de réactions: dans les milieux conservateurs, surtout, on a tendance à contester les chiffres, à dire que c’est pareil voire pire ailleurs, à nier le caractère systémique des abus, et in fine à considérer que l’Église est persécutée par un monde séculier qui lui est hostile. Du côté des catholiques plus «progressistes», ces révélations viennent renforcer l’idée déjà admise depuis longtemps que quelque chose ne va pas dans l’Église, et qu’un changement structurel s’impose.
"En France, il y a eu davantage d'abus dans l’Église catholique que dans les autres secteurs de la société"
L’Église, au niveau suisse comme à Rome, est obligée de composer avec ces deux tendances, qui traversent également ses dirigeants. Ce qui complique considérablement le processus de résilience institutionnelle.
Comment jugez-vous la réaction des évêques en Suisse?
Les mesures de l’Église en Suisse me paraissent encore très «périphériques» par rapport au problème. Mais elles reflètent ce qui se passe au niveau de l’Église universelle. On ne touche pas au cœur du réacteur, si j’ose dire. C’est-à-dire aux structures-mêmes de l’Église, celles qui ont pu faire que les violences sexuelles ont été qualifiées, par le rapport de la Ciase, de «systémiques».
L’une des principales avancées de la Ciase a été de démontrer que la fréquence du phénomène n’était pas la même dans tous les secteurs de la société. Oui, en France, il y a eu davantage de violences sexuelles sur mineurs commises dans l’Église catholique que, par exemple, dans le sport ou dans l’Éducation nationale. Le seul secteur où ces violences sont plus fréquentes est la famille. A partir de là, il s’agit de se demander pourquoi l’Église est un milieu plus “à risque”.
Et pourquoi?
Ça c’est justement la question de la systémie. Des éléments de types très divers de la structure de l’Église et de la culture catholique entrent en synergie pour faciliter les abus et leurs impunités. Ces facteurs ont pu, par exemple, être situationnels. Pendant très longtemps, des clercs, notamment enseignants, ont eu accès hors de la surveillance d’autres adultes à un très grand nombre d’enfants et d’adolescents dans des lieux fermés, tels que les internats.
Ceux ayant trait à la structure et à la culture cléricale jouent un grand rôle. L’exclusion des femmes, la culture d’obéissance, notamment. Cette dernière peut mener à une infantilisation des fidèles et les rendre plus facilement manipulables et vulnérables aux abus de pouvoir. La «sacralisation» de la figure du prêtre, également, apparaît comme un facteur systémique fort, pas seulement dans le cadre de la perpétration des actes, mais aussi dans leur dissimulation. Combien de fois n’a-t-on pas entendu des récits de victimes dans lesquelles le prêtre n’a pas été inquiété parce qu’il était considéré comme au-dessus de tout soupçon, voire tout simplement intouchable quand bien même «on savait».
Et la morale sexuelle?
Cela joue également un grand rôle. Il y a une importante difficulté dans le catholicisme à simplement parler de sexualité, à définir ce que peut être une relation sexuelle éthiquement correcte - si ce n’est bonne - hors mariage hétérosexuel, à distinguer - y compris dans cette configuration seule jugée non-peccamineuse - les notions de consentement et de non-consentement.
"L'Église craint qu’en touchant aux 'murs porteurs', tout l’édifice s’écroule"
L’histoire de l’Abbé Pierre est à ce titre exceptionnelle mais significative. Il a plusieurs fois parlé en public de ses agissements comme des infractions à la discipline du célibat. Son inquiétude était uniquement portée sur cet aspect mais jamais sur le fait de savoir si la personne en face avait les mêmes attentes que lui. Dans cette logique, c’est la discipline qui est perçue comme la victime de ses agissements, pas la personne en face.
En ce sens, l’obligation de célibat joue, mais certainement moins comme cause des violences elles-mêmes que comme cause de confusion et de non-dénonciation des pratiques sexuelles violentes. Confusion puisque toute pratique sexuelle – consentie entre adultes ou violente – est déjà une atteinte à la chasteté à laquelle on s’est engagé. Non-dénonciation parce que cette discipline empêche le corps clérical d’aborder collectivement, publiquement et avec sérénité la question de l’existence d’une sexualité active en son sein et de faire le tri.
Pensez-vous que l’Église peut, à terme, “réduire” ces facteurs systémiques?
Certains de ces facteurs le sont assez facilement. Je pense à ceux qui sont les plus pratiques, tels que les facteurs situationnels. J’ai en revanche plus de doutes concernant les éléments qui touchent à la structure même de l’Église, à son système hiérarchique, à ses principes moraux. Il me semble que l’Église y voit un certain nombre de «murs porteurs». Elle craint qu’en y touchant, tout l’édifice s’écroule. Donc, elle s’y engage avec beaucoup de réticence. Et je n’ai pas l’impression que le Synode osera réellement s’y attaquer de front.
"Le 'verrou romain' fait que seul le pape peut théoriquement décider des changements structurellement importants"
Mais au niveau suisse, que serait-il selon vous judicieux de mettre en place?
Difficile de dire aux évêques ce qu’ils doivent faire, surtout dans le cadre d’une interview média. Je peux juste exprimer ici un regret en tant que chercheur qui s’est engagé sur le sujet: ils ont refusé de financer une enquête de type sociodémographique sur les abus. Depuis que je suis en Suisse, je milite pour, sans résultat. Une enquête sur archives, telle que celle menée par l’Université de Zurich, si importante soit-elle, est par principe lacunaire. Notamment parce qu’un très petit nombre de victimes se manifeste à l’institution ou la justice. Une enquête de victimation en population générale, croisée avec des entretiens intensifs, permettrait au contraire, de tracer les grands contours du phénomène indépendamment des biais inhérents à une enquête sur archives et d’en comprendre les mécanismes facilitateurs avec finesse.
Un autre avantage d’une telle enquête serait celui de la comparaison avec les autres Églises. Surtout que la Suisse, au regard de son pluralisme confessionnel, est un terrain idéal pour ce faire, ce que n’était pas la France. Dans quelles Églises ou communautés religieuses les cas sont-ils les plus fréquents? S’il y a des différences de fréquence, quels sont alors les mécanismes spécifiques en jeu? Ce sont là des questions auxquelles la science n’a pour l’instant pas assez d’éléments pour se faire une idée absolument claire, au-delà d’intuitions partagées ou d’hypothèses de travail.
Plus qu'une prise de conscience, un tel travail comparatif permettrait d’objectiver par contrastes et loin de tout fatalisme des leviers concrets pour réduire les risques dans chacune de ces Églises. Mais le débat médiatique montre bien que, d’un côté, l’invocation d’une spécificité catholique des abus sert le plus souvent l’attentisme des Églises issues de la Réforme sur la question chez elles. De l’autre, le refus d’objectiver cette probable spécificité au sein de l'appareil catholique sert à éviter toute réforme effective au profit de solutions cosmétiques.
Quels sont selon vous les principaux freins à la mise en place des réformes?
Comme je l’ai dit, c’est d’abord l’illusoire recherche d’une adhésion unanime parmi les catholiques. C’est aussi le «verrou romain», c’est-à-dire le fait que seule Rome, et même seul le pape peuvent théoriquement décider des changements structurellement importants. Mais en pratique, le pape lui-même est limité en cela par le souci de préserver l’unité de l’Église. Un exercice fort compliqué lorsque l’on sait que toute une frange des catholiques est hostile aux changements.
"L'Église doit décider ce qui fait son ADN, sa raison d’exister, et définir ses priorités en conséquence"
Au niveau suisse, les évêques sont bien sûrs conscients de cette limite institutionnelle et ils veulent respecter les règles hiérarchiques. Donc on assiste à une sorte d’exercice d’équilibriste pour savoir jusqu’où on peut aller dans les réformes locales.
La peur joue enfin certainement un rôle. En ce qui concerne l’absence d’une enquête en population générale, l’exemple de la Ciase, qui a produit une estimation de 300'000 personnes abusées mineures dans un contexte ecclésial, a créé un choc, mais a aussi suscité des rejets voire des critiques à l’égard des évêques français qui en étaient les commanditaires indirects. Je ne suis pas sûr que les évêques suisses veuillent se retrouver avec des chiffres aussi impressionnants, qui effriteraient encore plus l’image de l’Église, leur propre autorité, en interne comme en externe.
Avez-vous de l’espoir que l’Église parvienne tout de même à devenir un lieu sûr?
C’est une question qui dépasse mes prérogatives en tant que scientifique. Mais dans cette affaire, il me semble que l’Église est finalement face au choix suivant. Elle doit décider ce qui fait son ADN, sa raison d’exister, et définir ses priorités en conséquence. Veut-elle préserver sa forme, sa structure et sa culture cléricale, qui la distinguent des autres Églises chrétiennes certes, qui font historiquement sa signature et son exceptionnalité, mais qui aujourd’hui apparaissent comme une «pierre d’achoppement» à sa crédibilité? Ou choisira-t-elle de relativiser cette forme et de privilégier le fond, les principes évangéliques qui sont au cœur de son message, qui notamment enjoignent à protéger les plus faibles, au risque de décevoir ceux qui, en son sein, sont attachés à sa forme, la jugeant essentielle à son identité, plus que l’Évangile? C’est le dilemme du messager qui finit par se prendre pour le message, en somme. (cath.ch/rz)
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Abus sexuels: "Refuser le déni et la vengeance pour le pardon"
Dans les affaires d’abus sexuels en Eglise, le pardon est un chemin à trois voies (ou voix): celles de la victime, de l’auteur et de la communauté. Telle est la conviction de Guilhem Causse. Un pardon qui n’est pas oubli, mais chemin de libération. Le jésuite plaide pour une justice restaurative.
Professeur aux Facultés Loyola de Paris, (ex Centre Sèvres) le jésuite Guilhem Causse a suivi de près la question des abus sexuels dans l’Eglise catholique en France, en collaborant notamment avec diverses instances chargées de la lutte et de la prévention. Il s’est intéressé en particulier à la notion du pardon qu’il a développé dans un ouvrage paru en 2019: Le pardon ou la victime relevée.
Depuis plus d’une vingtaine d’années la crise des abus sexuels dans l’Eglise a connu plusieurs phases. Après la dénonciation, la libération de la parole des victimes, la reconnaissance des faits, l’Eglise aborde aujourd’hui la phase de la réparation. Pour la pensée chrétienne, qui dit réparation dit pardon.
Guilhem Causse: La perspective du pardon reste compliquée pour les victimes. Surtout parce que le pardon a été instrumentalisé par l’Eglise pour leur demander de se taire. Or le vrai sens du pardon transmis par l’Evangile est exactement l’inverse. Il s’agit précisément de dénoncer le mal en vue d’une libération. J’ai été sollicité par quelques victimes qui s’étaient manifestées auprès de l’INIRR* ou de la CRR** pour en parler. Mais le pardon reste une démarche personnelle qui demande un long processus.
Le pardon est un chemin à trois voies (ou voix): la victime, l’auteur et la communauté. L’une ne va pas sans l’autre. Il s’agit de retrouver un équilibre entre les trois entités. Il s’agit d’éviter les deux écueils du déni et de la vengeance.
Pour les victimes l’abus est irréparable...
Je compare volontiers la situation à celle du deuil, car le processus de sortie est analogue. La dimension irréparable est certaine, mais la colère ou le ressentiment ne doivent pas bloquer le processus. La restauration ne se limite pas à rétablir un état antérieur, mais elle consiste à ouvrir de nouvelles portes.
On peut aussi faire la comparaison avec les athlètes paralympiques. Malgré leur handicap de naissance, par maladie ou par accident, ils ont pris un chemin différent, mais pas moins bon que le précédent et qui leur a ouvert de nouveaux horizons. Beaucoup témoignent dans ce sens.
Et pour les auteurs d’abus?
Pour eux, le travail de réparation commence avec la reconnaissance des faits et de leurs effets. Beaucoup sont d’abord dans le déni ou la minimisation. Ensuite ils devront le dire aux victimes et entreprendre de se soigner. Le but est la réparation du lien social. Il s’agit de redevenir des partenaires dignes de respect et de confiance. (pas forcément des amis). C’est ce que la justice restaurative peut construire.
"A un moment donné, il faut objectiver les faits et établir leur nature délictuelle ou non."
Dès 2016, les évêques de France sont posé la question de la prise en charge des auteurs. Mais il fut bien reconnaître que concrètement très peu de choses ont été faites à part quelques structures d’accueil très modestes et finalement peu sollicitées. Il n’y a pas de vue d’ensemble sur des problèmes comme la stigmatisation pouvant conduire à la dépression ou au suicide. La réflexion sur l’emprise et l’abus de pouvoir reste insuffisante. Le thème de la réintégration dans un service pastoral reste ignoré. Ces éléments ne sont pas intégrés dans les accompagnements.
Vous déplorez aujourd’hui le risque de tout placer sous le regard des victimes.
Avoir uniquement ce regard risque d’être traumatisant. A un moment donné, il faut objectiver les faits et établir leur nature délictuelle ou non. Je connais des exemples de prêtres violemment sanctionnés par la hiérarchie pour des 'gestes déplacés’, mais dont le caractère sexuel n’était pas établi. Les responsables agissent parfois précipitamment par peur des réactions de l’opinion publique ou par souci d’être proches des victimes.
"La société dans son ensemble est encore au début du processus de prise de conscience des abus."
Je me souviens d’un cas d’un prêtre qui avait serré dans ses bras une personne. Cette personne s’est sentie agressée parce que par le passé elle avait été victime d’autres abus commis par quelqu’un d’autre. Entendre le ressenti de la victime est essentiel, mais l’auteur doit être jugé sur son geste le plus objectivement possible.
Je déplore par ailleurs que depuis quelques années on constate des jugements nettement plus sévères en matière d’abus sexuels commis par des personnes avec des troubles psychiatriques.
On s’aperçoit de plus en plus que les abus sexuels sur mineurs concernent l’ensemble de la société, le sport, la culture, l’école et surtout les familles.
La société française dans son ensemble est encore au début du processus de prise de conscience des abus. Un des effets directs du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise) paru en octobre 2021 a été la création par l’Etat de la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE). Son président, un juge très militant pour le droit des enfants, a fait un très bon travail. Mais son intransigeance a fini par le desservir et il n’a pas été reconduit dans ses fonctions.
"Les fidèles sont souvent des victimes 'secondaires' des abus. Ils sont affectés par la faute des autres."
A mon avis, il y avait effectivement un double problème. D’une part son impossibilité à considérer que les auteurs d’abus pouvaient s’amender et, lié à cela, une crique violente et injuste de la justice restaurative. Tout en donnant la priorité à la parole des victimes, il faut veiller ne pas étouffer toutes les autres paroles.
Du côté des fidèles catholiques, beaucoup ont envie de voir la page tournée.
Il faut l’entendre. Les fidèles sont souvent des victimes 'secondaires’ des abus. Ils sont affectés par la faute des autres. Ils ont été choqués d’appendre les comportements de certains clercs en qui ils avaient confiance. D’où parfois la tentation du déni ou de la minimisation. Le besoin de clarifier les choses concerne les victimes et les auteurs, mais aussi la communauté.
D’où l’idée de justice restaurative.
En France cette justice restaurative rencontre une forte résistance. Je mets cela sur le fait que l’esprit communautaire y est assez faible, contrairement à d’autres pays. Cela prévaut également en Eglise.
Là où le sentiment d’appartenance est fort, la justice restaurative peut se développer beaucoup plus facilement. Dans certains endroits, on a pu mettre en place en parallèle des groupes de victimes et des groupes d’auteurs, dans des affaires qui n’étaient pas liées, et les réunir pour un échange. Ce qui a permis une humanisation des victimes et des auteurs. En France cela n’existe pas.
"Les gens sont fatigués, parfois découragés ou plus simplement toujours plus âgés."
En France, la justice restaurative reste dans un système de confrontation entre la victime et son abuseur.
Il faut d’abord que tous les deux acceptent. Les deux personnes étant liées par le crime, la démarche est difficile, car très intime. Surtout que, dans la majorité des cas, les deux personnes se connaissaient auparavant, voire étaient des proches. C’est toute la question de l’emprise et de son ambiguité qui peut faire ressortir d’autres choses indépendantes de l’abus lui-même. Il n’est donc pas rare que cette démarche s’interrompe avant le terme souhaité de la réconciliation.
Quel rôle les associations de victimes peuvent-elles jouer dans les démarches de réparation?
Elles ont joué un rôle essentiel pour dénoncer des crimes et obtenir des mesures pénales et de prévention. Elles ont été très importantes pour sortir les victimes de leur isolement et leur ouvrir l’accès à une réparation. Mais elles sont effectivement confrontées aujourd’hui à la question de leurs buts et de leurs ressources. Elles ont investi beaucoup de temps et de forces dans leur combat face à de profondes résistances. Les gens sont fatigués, parfois découragés ou plus simplement toujours plus âgés.
Avec un regard optimiste, on peut dire que les associations ont joué leur rôle et que le relais a été repris par les institutions. Si on est plus pessimiste, on dira qu’elles ont fini par lâcher face à trop de résistances. (cath.ch/mp)
La situation actuelle en France
Après le rapport de la CIASE, l’Eglise de France a créé deux commissions: *l’INIRR (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (pour les prêtres diocésains) et la **CRR (Commission Reconnaissance réparation) (pour les congrégations religieuses).
Au départ elles ont un peu tâtonné dans leur fonctionnement pour recevoir les victimes, évaluer le préjudice et fixer une réparation financière selon un barême. Mais elles se sont vite aperçu que les victimes avaient d’autres attentes, relève Guilhem Causse. Elles ont dû développer la qualité d’écoute et d’accompagnement avec des démarches mémorielles et restauratives.
On a vu apparaître aussi quelques démarches collectives, par exemple une école qui avait été le cadre de nombreux abus commis par des religieux enseignants a organisé une cérémonie mémorielle. La palette des réponses se diversifie.
La question de la pérennité de ces deux instances se pose. Elles ont été conçues pour mener une mission dans un temps déterminé. Mais l’accueil des victimes par une entité indépendante reste nécessaire à plus long terme. Pour ce qui est de instances diocésaines, elles existent pratiquement partout, mais leurs modèles de fonctionnement restent très différents.
Tribunal canonique national
Le tribunal canonique national qui remplace les tribunaux diocésains est un progrès réel, même s’il reste limité dans ses prérogatives. Le fait que l’évêque ne soit plus plus juge et partie est important. Il reste le problème de l’accès des victimes à la procédure, mais cela demande une réforme du droit canon.
La plupart des diocèses et des congrégations religieuses ont en outre signé des protocoles avec les autorités judiciaires pour le signalement des cas d’abus.
Célébret électronique
La création d’un 'célébret’ électronique sous forme de carte de crédit est aussi un outil d prévention utile. Cette carte d’identité muni d’un QR code permet au responsable de connaître le 'pédigrée’ d’un prêtre. C’est précieux par exemple pour les mouvements de l’enfance et de la jeunesse, estime le jésuite. Il reste pour l’heure difficile de juger de son utilisation mais symboliquement cela montre que la question est prise au sérieux.
Qualité et intensité
L’Eglise a fait beaucoup de choses, mais pas partout avec la même qualité et la même intensité. Il reste des poches de résistance avec un réflexe de protection de l’institution ou des membres du clergé. On le retrouve d’ailleurs aussi dans la société en général, conclut Guilhem Causse. MP
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