Abbé Jean-Marie Oberson - Eglise Notre-Dame de la Paix, La Chaux-de-Fonds, NE
La voici arrivée, la merveilleuse fête de Noël, tant attendue des enfants, tant préparée dans nos familles. Mais Noël, c’est aussi un moment difficile pour celles et ceux qui se sentent seuls, car un conjoint, un être cher n’est plus là ; car l’argent manque, la situation est précaire. Il y a quelques jours, une maman avec ses deux enfants me disait : « je suis triste ; je ne peux rien acheter pour mes enfants, même pas un sapin de Noël ». Elle m’a avoué avoir pensé mettre fin à ses jours. Les pleurs de son plus jeune enfant qui sans doute a perçu que quelque chose n’allait pas, l’ont sauvée. Je l’ai aidée comme j’ai pu avec des bons « caritas », une petite aide qui doit rester notre secret, car je ne veux pas me donner en exemple. Chacun fait comme il peut, comme il pense bien faire.
Oui, il y
a des mamans seules pour qui Noël signifie des jours encore plus difficiles. Je
pense aussi à vous qui passez ce Noël à l’hôpital, en EMS, en prison ou dans
tout autre lieu où vous n’auriez pas aimé être pour vivre cette fête. Dans les
institutions, finalement, c’est encore pas si mal, car il y a le plus souvent
quelque présence, un signe d’attention du personnel, une visite toute de
bienveillance. Merci à nos consœurs et confrères de l’Armée du Salut qui
chantent Noël dans les EMS dans nos Montagnes neuchâteloises en tout cas, et sûrement
ailleurs. Merci à toutes celles et ceux qui donnent simplement un peu d’amour
et d’attention à qui en a besoin. Là est le vrai Noël.
Noël, c’est la naissance, la vie. Tout ce qui célèbre la vie, c’est Noël !
Pourtant,
la pauvreté évoquée par la naissance du Fils de Dieu dans une crèche reste une
réalité de notre monde. Pour certains, il faut se contenter du strict nécessaire.
Alors, les ouvertures prolongées des magasins, les vitrines garnies et
scintillantes, les pubs à la TV et qui remplissent nos boîtes-à-lettres,
peuvent donner l’impression d’avoir été oublié des hommes, de Dieu ?
J’imagine
que certaines et certains parmi les auditeurs, écoutent cette messe seuls ou à
la maison, et que vous vous sentez un peu les oubliés de cette fête de Noël.
Mais
justement, cette fête, la vraie, la fête chrétienne est faite pour vous, les
premiers. Je remercie les services de la radio de me permettre de vous
rejoindre cette année. Avec vous tous, ce Noël, pour moi, gagne en authenticité.
Je dis au Seigneur : « plus que jamais, donne-moi la grâce de ne pas
décevoir celle ou celui qui m’écoute parce qu’il a allumé la radio par hasard
ou parce qu’il en sent le besoin et attendait ce rendez-vous. Sers-toi de mes
paroles, de mes pauvres paroles humaines pour le rejoindre et lui faire sentir
que tu l’aimes. »
« Mais si le Seigneur m’aime, ne devrait-il pas me tirer de ma solitude, de ma situation ? » penses-tu peut-être. Il le fait à sa façon. J’en suis sûr. Mais en même temps, il vient d’abord partager notre pauvreté. C’est le mystère de Noël.
Il vient partager notre pauvreté
Permets-moi
(le lien des ondes me permet de m’adresser à toi avec ce ton familier)
permets-moi de te lire un beau passage de l’abbé Maurice Zundel. Ce prêtre, né
à Neuchâtel en 1897 a reçu le don de bien parler de Dieu, au point que le pape
Paul VI lui avait demandé de prêcher une retraite spirituelle au Vatican en
1972, 3 ans avant que le Seigneur rappelle à lui cet abbé.
Donc, l’abbé Zundel écrit : "il y a deux manières d’aborder le mystère de Noël : Selon la première, Dieu, en se faisant homme, abandonne une part de ce qu’il est, sa grandeur, sa majesté, sa toute-puissance. Selon la deuxième, l’enfant nouveau-né dans une crèche, fragile, dépendant de Marie, tout petit, ne trahit pas le visage de Dieu, mais nous dévoile précisément quelque chose de ce visage, et quelque chose de fondamental : la fragilité, la pauvreté de Dieu."
Pour
l’abbé Zundel, on peut donc penser Noël de deux façons :
Selon la première façon : Dieu se fait pauvre pour nous rejoindre dans la
pauvreté. Il se fait solidaire. C’est gentil, mais ça ne me fait pas sortir de
ma pauvreté, pensera justement le pauvre.
La fragilité de Dieu
Selon la
deuxième façon : Dieu ne se fait pas pauvre, mais révèle sa vraie pauvreté
devant l’humanité qu’il vient sauver. Ecoutons encore l’abbé Zundel :
« Je crois à la fragilité de Dieu parce que, s’il n’y a rien de plus fort
que l’amour, il n’y a rien de plus fragile. Dieu fragile, c’est la donnée la plus
émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de
l’Évangile : un Dieu fragile est remis entre nos mains. » « La
grandeur de Dieu, c’est qu’il est tout Amour et la grandeur de Dieu, c’est
qu’il n’a rien. La grandeur de Dieu, c’est qu’il donne tout. (…) Et c’est
justement à cette grandeur que Dieu nous appelle. »
Dieu nous
appelle à cette grandeur : tout donner comme lui. Pour donner, il faut
qu’il y ait une raison de donner, il faut qu’il y ait un vide, une pauvreté à
combler. Alors, toi qui es pauvre, toi qui te sens seul, Dieu te donne à nous « les
riches », pour que nous apprenions à donner. Si tu restes dans ta
solitude, ta misère, c’est à cause de nos cœurs qui ne veulent pas entrer dans
la seule vraie richesse : tout donner par amour.
« Oui,
mais Dieu, tu aurais pu choisir quelqu’un d’autre pour vivre ce que je
vis ! » diras-tu. « Et tu aurais dû me donner les richesses, car
moi, je donnerais tout. » Ça c’est souvent notre lecture des choses :
on croit savoir. On croit qu’on est du bon côté. En fait, on a tous à apprendre
de Dieu. Saint Jean dit : Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout
homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu
par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui
et les siens ne l’ont pas reçu ».
Voilà la
pauvreté de Dieu. L’amour ne s’impose pas. L’amour se fait pauvre, l’amour est
pauvre par nature. Toi qui es pauvre, en fait, tu ressens la pauvreté du Dieu
d’amour. Toi qui es en colère particulièrement en ces jours, car tu vois que
l’humanité, loin de comprendre le vrai message de Noël, se jette encore plus dans
la consommation effrénée de tant de choses superflues alors que la planète crie
sa souffrance, en fait, tu éprouves la pauvreté du Dieu d’amour qui s’arrête
devant l’espace sacré de la liberté de nos cœurs.
Nous avons vu sa gloire
Mais saint
Jean voit aussi l’autre côté des choses, les choses que le Fils de Dieu fait
déjà renaître par sa présence d’amour accueillie : « à tous ceux qui
l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu… Et nous avons vu
sa gloire. »
Nous avons
vu sa gloire ! Pourtant, Celui qui vient manifester sa gloire ne naît pas
dans un palais embaumé de subtils parfums, mais dans une étable emplie de
l’odeur du fumier. Le pape Benoît XVI soulignait que « Dieu montre ainsi
qu’il vient pour redonner à chaque homme, mais aussi à la création, au cosmos,
sa beauté et sa dignité : c'est ce qui est engagé à Noël et qui fait jubiler
les anges » dit-il encore.
Oui, Noël, c’est déjà la fête de la création restaurée, car, depuis la naissance de l’enfant dans une étable, des hommes sont sortis de leur froideur, de leur dureté pour devenir des enfants de Dieu et ils savent qu’ils sont sur le vrai chemin de la vie, de la joie.
En regardant l’enfant de la crèche, demandons au Seigneur de savoir reconnaître les enfants de Dieu qui travaillent parmi nous pour plus que la sauvegarde de la création : pour son renouvellement dans la grâce de l’amour de Dieu capable de tout habiller de sa gloire.
LA NATIVITE DU SEIGNEUR, messe du jour
Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Psaume 97, 1.2-3ab, 3cd-4, 5-6; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18