Abbé Claude Pauli - Café du Col de Torrent, Villa, Evolène, VS
Mes frères et mes sœurs bien-aimés,
Même s’ils captivent l’imaginaire des enfants, ces mages venus d’orient, viennent en ce jour solennel éclairer notre vie et notre foi d’une lumière nouvelle.
Après avoir fait un si long voyage, guidés par une étoile, les voilà tombant au pied de l’enfant Jésus et l’évangile de préciser qu’ils se réjouirent d’une très grande joie.
A l’instar de toutes les personnes présentes autour de Jésus, ils se sont mis en route non pas touchés par une révélation divine manifestée par un message angélique mais en suivant un astre qui les a guidés jusqu’à l’endroit où se trouvait l’enfant.
L’universalité du salut
La longue marche qu’ils ont accomplie à la lumière de la raison humaine et en s’appuyant sur leur connaissance du monde nous montre que l’acte de foi n’est pas opposé à la raison lorsqu’elle se passionne pour la vérité. Ils passent par Jérusalem parce qu’ils cherchent le roi des juifs. Ils ont recours à la connaissance des Écritures qu’ils n’ont pas eux-mêmes. Voilà ce que Dieu veut nous faire comprendre dans cette merveilleuse page d’évangile : l’homme de bonne volonté fidèle à sa conscience et guidé par son intelligence peut être conduit vers Dieu parce que, frères et soeurs, Dieu a créé l’homme à son image et cette image de Dieu qui repose en lui ne le rend pas seulement capable de rencontrer Dieu mais désireux de le rencontrer. L’universalité du salut est manifestée en ce jour de l’épiphanie et confirmée par Paul dans la 2ème lecture : « Dans le Christ, les païens sont associés au même héritage, au même corps et à la même promesse. » Cette universalité nous invite à être solidaire d’une mondialisation divine !
Une joie qui met dans une béatitude indescriptible
L’évangile
nous livre encore un autre secret qui doit être pour chacun de nous motivant.
Lorsqu’ils ont trouvé l’Enfant Roi, les mages se réjouirent d’une grande joie.
Ce pléonasme volontaire ne signifie pas simplement la joie de la fin de leur
voyage.
C’est
la joie de l’homme qui découvre Dieu en ayant pré-senti quelque chose au plus
profond de son être. Vous savez ce genre d’état qui nous met dans une béatitude
indescriptible.
C’est
la joie du chrétien qui découvre la Parole de Dieu et qui comme Marie la médite
dans son coeur.
Ils
sont nombreux, frères et soeurs, nos contemporains qui ne se laissant pas
envahir par une routine étouffante et à long terme guère épanouissante, comme
les mages ont accepté que leur coeur soit provoqué par des questions qui en définitive
cherchent une solution à une seule inquiétude profonde : Que dois-je
devenir? Mieux encore : Qui dois-je
devenir ?
Trouveront-ils
en nous des êtres habités par cette joie, respectueux et désireux de découvrir en eux le visage même
de Dieu, capables de les aider dans leurs recherches en sachant d’abord ECOUTER
leurs attentes avant de vouloir y répondre ?
L’étoile
n’a rien dit, elle n’a fait que désigner le lieu de la rencontre….
Tirer les rois !
Permettez
moi de poursuivre cette méditation avec
une touche d’humour.
Ces
jours, pour la plus grande joie des commerçants qui jubilent devant ce massacre
culinaire : nous allons tirer les rois !
Etrange
expression qui heureusement n’a rien à voir avec la solennité de ce jour
puisque les mages n’étaient en aucun cas des rois. A ce petit jeu païen la
chance ou le hasard mais en aucun cas la providence veut que l’un des convives
ayant la perle rare dans sa tranche de gâteau ou de frangipane soit couronné !
Quelle supercherie ! Pourtant je me plais à penser que l’on peut faire de cette
dégustation une démarche spirituelle si nous revenons au message de l’évangile
:
La couronne que nous recevrons
La
couronne, nous la tirerons pas, nous la recevrons peut être un jour et cela par
pure grâce divine.
Elle sera la récompense pour avoir, en étant humble dans notre quotidien, su nous mettre à genoux devant le Christ en l’ayant aimé et servi, nourris de ses sacrements.
Elle sera la récompense pour toutes les couronnes d’épines que nous aurons portées avec courage à sa suite.
En cette fête de l’Epiphanie elle sera la récompense pour notre charité universelle qui nous impose à voir en tout étranger venu chez nous, par choix ou par survie, un enfant de Dieu.
Oui cette récompense sera le fruit d’une vie nourrie par l’Écriture Sainte ouvrant nos yeux aux innombrables signes de la présence de Dieu
Frères et sœurs bien-aimés, toi mon ami à l’hôpital, au home, dans ta voiture, en voyage ou chez toi, quelque soit ton orientation religieuse, ton origine, la couleur de ta peau : MERCI d’être là ! Ne te sens pas seul : ce qui est beau ce matin, c’est qu’à genou devant la crèche avec nous, quelque soit ton parcours de vie et de foi, Dieu seul peut en mesurer toute la valeur qui ne peut être à ses yeux qu’amplifiée, parce qu’Il t’aime.
Sois
sûr de cela et repars toi aussi par un autre chemin, celui d’une confiance renouvelée
qui te permettra d’éviter les Hérodes d’aujourd’hui, ceux là même qui veulent
nous faire croire que Dieu est mort et donc que le visage de l’Enfant Dieu qui est en chacun de nous n’existe pas.
Face à ces tristes sires, en ce jour de fête, il n’est de plus bel hommage que celui de vouloir être un mage ! Mon frère, ma soeur en humanité de partout et pour toujours, puisses-tu désirer avec moi que Dieu couronne notre Foi dont la quête amoureuse, à l’instar de celle des mages, n’aura de fin qu’au jour de la rencontre avec le Christ Sauveur. AMEN.
SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE
Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13; Ephésiens 3, 2-3a.5-6; Matthieu 2, 1-12