Cinquante-huit évêques provenant de pays des trois rives de la Méditerranée sont réunis, du 19 au 23 février 2020, à Bari au sud de l'Italie pour débattre du thème 'Méditerranée, frontière de paix'. Le pape François les rejoindra dans le port des Pouilles le 23 février.
"On ne se connaît pas du tout". Ce simple
état de fait, exprimé par Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier, en
France, interrogé par I.MEDIA, explique l’importance de la rencontre réunissant
les "trois rives" de la Méditerranée. L’événement, organisé par la
Conférence des évêques d'Italie (CEI), vient répondre à un besoin exprimé par
de nombreux évêques du pourtour méditerranéen.
Les cinq journées de réflexion de partage et
d’ouverture sur le 'prochain' méditerranéen ont décidé le pape François à se
rendre lui aussi à Bari le 23 février pour apporter sa pierre à l'édifice. Il
prononcera un discours, suivi d'une messe et de l'Angélus sur l'avenue Victor
Emmanuel II.
Construire des ponts
Pour Mgr Carré, la nécessité d'entrer en contact
avec ses homologues est essentielle. "Tout d'abord parce qu’être évêque ne
signifie par être isolé mais apprendre à "connaître les expériences
pastorales, les solutions et les stratégies d'intervention adoptées par les
Eglises dans les différents pays" pour faire grandir son propre diocèse,
comme l’expliquait Mgr Pierbattista Pizzaballa, administrateur apostolique du
Patriarcat latin de Jérusalem, dans le quotidien italien La Stampa le 28
janvier dernier.
"Nous ne vivons pas seul", résume de son
côté le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Le prélat
insiste d’ailleurs sur l’importance de ce genre de rencontre : "sans
dialogue, il n’est pas possible de vivre ensemble". Il s’agit avant tout
de construire des "ponts" étonnamment absents entre des diocèses
pourtant géographiquement et culturellement voisins. Mgr Carré déplore par
exemple que des réunions annuelles existent entre le clergé français et leurs
homologues suisse ou allemand mais pas avec ceux d’Espagne ou d’Italie.
Une rencontre marquée par la synodalité
Les liens unissant les pays au-delà de la mer
Méditerranée sont au programme des discussions. La présence lors de l’événement
de nombreux évêques d’Afrique du Nord ou du Proche-Orient, tel Mgr Paul
Desfarges, archevêque d’Alger et en charge d'une communauté d'environ 1.500
fidèles, du cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens
(Irak), ou encore du patriarche des Coptes catholiques d'Alexandrie (Egypte)
Mgr Ibrahim Sedrak, sera l'occasion de confronter les situations et enjeux
différents qui unissent ce même espace géographique.
Dans la ville qui abrite le tombeau de saint
Nicolas de Myre, personnalité vénérée à l’Est comme à l’Ouest, le dialogue
œcuménique avec les Eglises orthodoxes est aussi au programme. Le 7 juillet
2018, le pape François avait déjà choisi Bari pour rencontrer les patriarches
des Eglises orthodoxes. Autre sujet: la question des migrants. Sur le site de
l'événement, l'archevêque de Malte Mgr Charles Scicluna a dénoncé, reprenant
les mots du pape François, le "cimetière bleu" qu'est devenue la
Méditerranée.
La rencontre a été initiée par le cardinal
Gualtierro Bassetti, président de la CEI et archevêque de Pérouse. Elle est conçue
sur les bases d’un Synode des évêques. En cela, elle semble répondre au souhait
de décentralisation de l'Eglise exprimé dès 2015 par le pape François.
La création d’une structure commune en ligne de mire
Le sommet de Bari discutera des grands enjeux
méditerranéens en fonctionnant par groupes de travail thématiques: conflits,
dialogue entre communautés religieuses, immigration, écologie, évangélisation,
etc. Ces tables-rondes seront organisées autour de deux axes principaux,
proclamation de l’Evangile et dialogue entre Eglise et société. Le mode de
réflexion synodal à l’œuvre dans ces rencontres permet d’échanger librement,
explique Mgr Carré. Il devrait aboutir à des propositions communes.
Concrètement, la réunion devrait proposer la création d’une "petite
structure" permettant de maintenir le dialogue et d’encourager les
échanges entre Eglises de la région sur le long terme.
Dans la droite ligne de Laudato si’ (2015)
et de la récente exhortation Querida Amazonia (2020), le but sera de
réfléchir à la cohérence de l’action de l’Eglise dans un espace où, malgré les
spécificités culturelles indéniables, ‘tout est lié’. En somme, comme le
rappelait Mgr Antonino Raspanti, vice-président de la CEI, c’est bien à Bari,
"ville orientale d’Occident" que la question centrale de cette
rencontre sera posée: "Que veut Dieu de la Méditerranée aujourd’hui
?" (cath.ch/imedia/cd/mp)