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    "Le pape est un chef d’État différent des autres, qui n’a rien à vendre, qui n’a pas de contrat à faire", estime Le cardinal Vesco, ici en janvier 2025, © Bernard Hallet

    Cardinal Jean-Paul Vesco: «Le pape va rencontrer tout le peuple algérien»

    «Le nombre d’Algériens qui veulent voir le pape est très important. […] Ils sont honorés par cette visite», affirme le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, à l’approche du voyage apostolique de Léon XIV en Algérie, du 13 au 15 avril 2026.

    Saint Augustin, martyrs algériens, colonisation, panorama de l’Église catholique… dans un entretien à I.Média, le dominicain franco-algérien revient sur les principaux enjeux de ce déplacement – le premier d’un pape dans ce pays.

    Que peut-on attendre principalement de ce voyage papal selon vous?
    Jean-Paul Vesco: Il y a d’abord un enjeu facile à cerner: la visite d’une petite Église différente. Pour moi il s’agit surtout de faire comprendre le sens de cette petite Église en pays musulman. Le pape va rencontrer une Église, certes, mais il va rencontrer tout le peuple de cette Église. Et le peuple de cette Église est très majoritairement musulman, avec aussi des chrétiens.

    Votre Église, c’est donc tout le peuple algérien?
    Oui, c’est tout le peuple. Il y a toute une partie de la population qui me voit comme «leur» cardinal. Je ne me considère absolument pas comme l’archevêque des seuls baptisés catholiques. C’est pour tout le peuple que je suis envoyé. C’est ce peuple que le cardinal Léon-Étienne Duval (ancien archevêque d’Alger, ndlr), en 1962, a choisi de servir en restant dans le pays après l’Indépendance. Pour lui, il était important que le Christ soit présent dans son Église en Algérie, dans ce pays indépendant qui était en train de naître.

    "Je ne me considère absolument pas comme l’archevêque des seuls baptisés catholiques."

    Y aura-t-il un rendez-vous du pape avec le peuple algérien?
    Une rencontre est prévue sur l’esplanade du Monument des Martyrs. Le pape est un chef d’État différent des autres, qui n’a rien à vendre, qui n’a pas de contrat à faire, qui n’a pas d’alliance à conclure. Mais il a cette dimension spirituelle: il vient pour tout le monde.

    | © Bernard Hallet
    | © Bernard Hallet

    Cette rencontre avec ce peuple est essentielle. Le nombre d’Algériens qui veulent voir le pape est très important. Beaucoup pensent que le voyage n’intéresse que les chrétiens mais c’est faux. Évidemment, on ne peut pas attendre d’un peuple musulman qu’il prépare la venue d’un pape comme un peuple chrétien le ferait. Mais de toute façon, les enjeux ont été «gagnés» dès que le pape a accepté de venir.

    Quoi qu’il se passe, ce sera beau. Le peuple algérien porte cette dimension d’accueil, d’hospitalité, d’ouverture à l’autre, la bienveillance algérienne est dans le cœur de l’Algérie. Ils sont honorés par cette visite. Ils l’ont voulue dès le départ.

    Le pape vient aussi pour saint Augustin…
    Saint Augustin sera naturellement au centre du voyage. D’ailleurs, après la venue du pape, il y aura un colloque sur cette figure organisé par le ministère de la Culture. C’est une dimension vraiment importante parce que cela permet de redéployer l’histoire de ce peuple, qui a été régulièrement niée.

    À l’arrivée de l’islam, tout ce qui était pré-islamique est passé au second plan. De même ensuite avec la colonisation. Le mensonge colonial, c’est de s’approprier «une terre sans peuple». Mais il y a un peuple qui précède tout cela, c’est-à-dire une histoire, des traditions, des généalogies, des rites, une mémoire collective.

    Mon message, c’est que ce peuple est grand et qu’il a une grande histoire. Mettre en valeur Augustin, d’une certaine manière, lui redonne une profondeur.

    Pensez-vous que le délicat sujet de la colonisation sera abordé pendant ce voyage?
    J’ai un rêve: qu’effectivement, il y ait une parole sur les blessures coloniales. Je ne sais pas si cela aura lieu. Durant cette tournée d’ailleurs, le pape va en Afrique dans des pays qui ont été colonisés et qui le portent encore. Et il vient du Pérou, où il a forcément perçu les marques de la colonisation.

    J’aimerais qu’un pape puisse avoir cette parole: «J’ai entendu votre souffrance. Je sais ce que vous avez vécu. Maintenant, il faut aller plus loin. Il faut avancer.» La colonisation appartient à un monde ancien qui est en train de se fracturer. Avant d’en finir avec cet ordre du monde, ayons une parole de réalité. Ayons une parole de justice.

    | © Bernard Hallet
    | © Bernard Hallet

    Y aura-t-il aussi une dimension de commémoration des 19 martyrs d’Algérie, béatifiés en 2018?
    Dans le programme officiel, Léon XIV rendra visite aux sœurs Augustines missionnaires à Alger. C’est la maison où ont vécu les deux religieuses espagnoles sœur Esther Paniagua Alonso et sœur Caridad Alvarez Martín, et d’où elles sont parties pour mourir assassinées à Bab El Oued.
    Un deuxième signe se trouvera dans l’église où le pape rencontrera la communauté chrétienne: il y a là une chapelle latérale, une abside, où a été gravé le nom de tous les bienheureux martyrs béatifiés.

    "Les catholiques sont en minorité: nos communautés et nos célébrations sont complètement œcuméniques."

    Quel est le panorama de la communauté catholique en Algérie aujourd’hui?
    Si l’on parle du nombre de ceux qui fréquentent nos églises, il s’agit de quelques milliers de personnes. Si l’on parle du nombre de gens baptisés, c’est difficile à dire. L’Église en Algérie compte au moins une quarantaine de nationalités, et tant de confessions différentes. Les catholiques sont en minorité: nos communautés et nos célébrations sont complètement œcuméniques. Par exemple une messe qui rassemblera une centaine d’étudiants comptera une quinzaine ou une vingtaine de catholiques, et les autres appartiendront à toutes les Églises d’Afrique.
    À Alger, nous avons aussi des expatriés, des diplomates, des entrepreneurs. Et puis une partie des catholiques sont nés en Algérie, et sont des convertis.

    Comme sont regardées les conversions du côté des autorités dans ce pays où l’islam est religion d’État?
    La liberté de culte est garantie, une personne a théoriquement le droit d’être chrétienne. En revanche, les actes de prosélytisme sont poursuivis. En réalité ce n’est pas une question de loi mais de mentalité: la conversion depuis l’islam n’est pas acceptée, y compris dans le cercle familial.

    Nous travaillons à ce que l’Église catholique et ses membres puissent être considérés comme ayant vraiment part à la vie de la société dans le respect de ses valeurs et de la religion qui la porte. Cette visite du pape peut contribuer à montrer que la différence religieuse a toute sa place en Algérie. (cath.ch/imedia/ak/bh)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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