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    Le Monument international de la Réformation, à Genève (domaine public)

    Catho, le logo des réformés suisses?

    La nouvelle Église réformée de Suisse (EERS) arbore un logo en forme de croix rouge depuis le 1er janvier 2020. Une identité visuelle pleine de promesses passée au crible.

    Par Marie Destraz, Protestinfo

    On ne saurait être dupé. Avec un logo en forme de croix

    rouge, la référence ne peut être que chrétienne. Depuis le 1er janvier, en

    effet, l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) est née et a soigné son

    entrée. Présentée comme une "croix en lumière", à la sobriété toute

    protestante, l’identité visuelle de l’institution sert sa visibilité et sa

    lisibilité autant que sa pérennité.

    Si le centre de la croix reste mystérieusement vide, au

    premier coup d’œil pourtant, le logo n’évoque pas une identité réformée, mais

    évoquerait plutôt le symbolisme catholique. Et pour cause, "à l’heure où

    les distinctions confessionnelles s’estompent dans la vie publique, ce logo en

    forme de croix a force de lien. Il est le symbole qui rassemble les chrétiens

    partout dans le monde", lit-on dans le communiqué de l’EERS, qui signe

    ainsi sa volonté "d’être Église ensemble" autant que de son ouverture

    sur une société aujourd’hui plurielle.

    La
    La "croix en lumière" est le logo de l'Eglise évangélique réformée de Suisse (EERS) (capture d'écran EERS)

    La croix s’est donc rapidement imposée dans le processus de création du logo. Le visage des membres de l’EERS n’y est pas étranger. "Il y a une grande diversité de logo dans les Églises cantonales. Mais la croix, même cachée, est une systématique", commente Esther Gaillard, vice-présidente du Conseil de l’EERS. Quant au centre vide, à remplir pour certains, il l’est déjà du mystère de la foi pour d’autres. "On peut y voir la présence de Dieu 'lumière du monde'. La croix est le symbole du Christ qui nous réunit dans une identité commune nous invitant à aller vers le monde. Il y a donc dans ce logo, autant l’idée d’un recentrement que d’un mouvement vers la société", ajoute Esther Gaillard.

    2000 ans à simplifier

    Il aura tout de même fallu plusieurs mois pour réinterpréter

    le symbole chrétien par excellence. C’est l’agence zurichoise "CI Programm",

    spécialisée dans la "corporate identity" et la gestion de l’image de

    marque depuis trente ans, et à qui l’on doit par exemple le logo actuel de la

    Confédération, qui était aux commandes. Ou presque. L’agence a travaillé main

    dans la main avec le Conseil de l’EERS, à tel point "qu’on ne sait plus

    qui a décidé quoi, tant les réflexions et décisions ont été communes", se

    souvient Manuela Zaugg, de "CI Programm".

    Pour point de départ, l’agence s’est vu servir les quarante-trois principes de la nouvelle constitution de l’EERS. "L’Église s’y définit dans un monde multireligieux. Mais la constitution est plus qu’un ensemble de règles écrites. En son cœur, il y a la proclamation de l’Évangile en paroles et en actes et la volonté d’être Église ensemble." L’identité visuelle est aussi porteuse d’une histoire vieille de 2000 ans et d’une complexité théologique, qu’il a fallu comprendre avant de simplifier. "Notre croix en lumière, fortement épurée, devait être appuyée par un contenu théologique. Et c’est un expert venant de l’intérieur même de l’EERS qui a trouvé les mots pour démontrer la pertinence de ce nouveau symbole. L’identité ne vient pas de l’extérieur. C’est un processus. Elle se forge de l’intérieur." Au final, "le logo est originel plus qu’original", résume Manuela Zaugg. Avec la volonté, dès le début, de le décliner à l’échelon cantonal et paroissial pour les vingt-six membres de l’EERS qui souhaiteraient l’utiliser.

    Coup de chapeau de la profession

    "Si la croix n’est pas propre aux réformés, avec ce

    visuel, on sait enfin de quoi on parle: de foi et de chrétienté", lâche

    Jean-Henri Francfort, conseiller en communication. D’expérience, le

    professionnel rappelle qu’un logo ne dit rien d’autre que ce qu’il est. "Les

    messages, les attentes et les sentiments que les clients placent dans un logo

    sont tels que les gens ne les imagineront jamais. Face aux milliers de stimuli

    quotidiens, un logo doit être immédiatement compris dès lors qu’il surgit

    devant nos yeux." C’est le cas de la "croix en lumière": "En

    plus de son élégance et de sa finesse, ce sont sa simplicité et son univocité

    qui lui vaudront de durer. Ce logo est réussi", conclut Jean-Henri

    Francfort.

    Un constat partagé par le sociologue des religions à l’Université

    de Lausanne Jörg Stolz. "Le besoin de clarté et de visibilité notamment au

    niveau national et dans les médias est un point commun que j’ai pu relever au

    sein des Églises cantonales membres de l’EERS dans mes précédentes recherches.

    De ce point de vue, nous pouvons saluer non seulement le fait que les réformés

    soient parvenus à créer une Église nationale, alors que ses membres ont

    toujours craint de perdre ainsi de leur pouvoir, mais aussi un logo

    commun."

    La croix est-elle pour autant une identité visuelle

    suffisante? "La culture du débat et de la libre pensée fait partie

    intégrante de l’ADN réformé. Ainsi, parvenir à un tel logo commun, c’est

    peut-être un minimum, mais c’est déjà beaucoup!", souligne le sociologue.

    Derrière le coup de chapeau, Jörg Stolz relève tout de même que le logo était

    certainement la chose la plus facile à faire. "Il y a actuellement

    d’autres préoccupations structurelles au sein des Églises réformées, par

    exemple le fait que la moyenne d’âge des pratiquant-e-s soit relativement

    élevée. Et ces questions ne sont pas résolues." (cath.ch/protestinfo/md/rz)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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