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    Au Japon, le pape François a souligné les dangers du nucléaire civil © photo: la centrale de Fukushima accidentée | © naturalflow/Flickr/CC BY-SA 2.0

    Ce qu’il faut retenir du voyage du pape en Thaïlande et au Japon

    Jusqu’au bout de son 32e voyage apostolique, en Thaïlande et au Japon, le pape François aura frappé fort dans les consciences. En particulier dans ce second pays, en multipliant les déclarations sur le nucléaire militaire mais aussi civil. Encore dans l’avion qui le ramenait à Rome, le pontife a eu des mots marquants, notamment sur le Conseil de sécurité des Nations unies.

    Certes, ce voyage apostolique mêlait deux réalités, celle de la Thaïlande et celle du Japon, “totalement différentes“ selon les propres mots du pape. Mais la réalité thaïlandaise, locale et missionnaire, a sans doute permis de mettre en relief la dimension plus politique et internationale de la partie japonaise du voyage. Sans délaisser la dimension pastorale du Japon évoquant les problèmes de harcèlement avec les jeunes, ou lors de messes spectaculaires dans les stades de baseball, le pape François a consacré son énergie à interpeller la communauté internationale. Ceci a été particulièrement visible à Nagasaki et Hiroshima, situées à plus de 400 kilomètres l’une de l’autre. Une journée intense au cours de laquelle il a pris la parole quatre fois, délivrant deux messages cruciaux de son pontificat.

    Tout d’abord à l’Hypocenter Park de Nagasaki, l'endroit même

    où la bombe atomique a explosé en 1945, tuant 75'000 personnes presque

    instantanément. “Ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de

    l’horreur que nous, les êtres humains nous sommes capables de nous infliger“, a

    lancé le pape.

    Sous une pluie battante accentuant encore un peu plus

    l’aspect dramatique de ses propos, le pontife a condamné non plus seulement

    l’usage de la bombe atomique comme l’Eglise s’y employait jusque là, mais toute

    possession d’armes nucléaires. Autrement dit, le pape François ne dénonce plus

    seulement les essais nucléaires, les bombardements passés, ou d’éventuels

    futurs, mais aussi la production et le stockage, ainsi que la stratégie qui

    l’accompagne: la dissuasion.

    L’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est un “crime“

    Cette dissuasion ne constitue pas, selon lui, une “réponse

    appropriée au désir de paix“. Elle suscite dans le monde une “mentalité de

    crainte et de méfiance“ qui envenime les relations entre les peuples et empêche

    tout dialogue“. Le pontife a alors suggéré de répondre à la menace des armes

    nucléaires de façon collective et concertée, sur la base d’une confiance

    mutuelle. Il devient crucial de créer des instruments qui assurent la

    “confiance et le développement mutuel“, a-t-il souligné, et de compter sur des

    “leaders qui soient à la hauteur des circonstances“.

    Dans un discours moins technique mais plus ferme encore, le

    pape François a pu déployer son raisonnement au cours de la soirée à Nagasaki,

    entouré de survivants de l’attaque atomique. Après un long moment de silence

    entrecoupé de bruits de chaînes et d’un gong, le pontife a redit avec

    conviction que “l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est

    aujourd’hui plus que jamais un crime“ non seulement contre l’homme et sa

    dignité, mais aussi contre “toute possibilité d’avenir dans notre maison

    commune“.

    “Comment pouvons-nous proposer la paix si nous utilisons

    l’intimidation de la guerre nucléaire comme recours légitime pour résoudre les

    conflits?“ La véritable paix, a-t-il estimé, ne peut être que désarmée. Une

    position délicate puisque, comme il l’a déclaré dans l’avion aux journalistes à

    son retour, il ne balaye pas malgré tout le principe de légitime défense

    présent dans la doctrine sociale de l’Eglise. “C’est une hypothèse qui est

    envisagée par la théologie morale mais comme dernier recours“, a-t-il insisté.

    Préoccupations vis-à-vis du nucléaire civil

    Dans un souci de cohérence, François s’est attaqué le jour

    suivant au nucléaire civil, en présence de nombreux rescapés de l’accident de

    la centrale nucléaire de Fukushima cette fois. Outre les préoccupations

    scientifiques et médicales, “il y a aussi l’immense travail pour restaurer le

    tissu social“, a-t-il dit. Tant que les liens sociaux ne seront pas rétablis

    dans des communautés locales, et que les personnes n’auront pas retrouvé une

    vie sûre et stable, l’accident de Fukushima “ne sera pas complètement

    surmonté“.

    Ce qui implique, a-t-il alors affirmé, comme l’ont “si bien signalé mes frères évêques du Japon, de se préoccuper de la persistance de l’utilisation de l’énergie nucléaire“, demandant la “fermeture des centrales nucléaires“. En approuvant à demi-mot l’appel des évêques japonais de se détourner de l’énergie nucléaire, le pontife engage dès lors l’Eglise sur un nouveau chemin. Jusqu’ici le Saint-Siège condamnait seulement l’usage de l’énergie atomique à des fins militaires.

    Ne restait plus qu’à livrer le fond de sa pensée aux

    journalistes présents dans l’avion à son retour vers Rome. “J’ai une opinion

    personnelle : je n'utiliserais pas l'énergie nucléaire en l’absence d’une

    totale sécurité de son utilisation“.

    Une évolution du catéchisme de l’Eglise catholique ?

    Sur l’arme nucléaire, le successeur de Pierre a également

    réalisé un bond en avant en annonçant qu’il allait inscrire dans le Catéchisme

    de l’Eglise catholique le caractère immoral de l’usage et mais aussi de la

    possession de cette arme, parce qu’un incident dû à “une possession ou à la

    folie d’un gouvernant peut détruire l’humanité“.

    Le pontife est allé encore plus loin dans sa dénonciation,

    en visant les pays européens, chrétiens au moins de culture, producteurs

    d’armements et qui se font hérauts de la paix. Troisième producteur d’armes au

    monde, premier du continent européen, la France est directement concernée par

    ces propos. “Arrêtez avec l’hypocrisie!“, a lancé le pape, allant jusqu’à

    remettre en cause le veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de

    l'ONU: la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Russie et la Chine.

    “S’il y a un problème avec des armes, tout le monde est

    d’accord pour le résoudre pour éviter un incident belliqueux, tous votent pour

    le “oui“, et un seul, avec droit de veto, dit “non“ et tout s’arrête (…)

    peut-être les Nations unies, d’ici peu, pourraient faire un pas en avant en

    renonçant au droit de veto au sein du Conseil de sécurité pour certaines

    nations. (…) Je ne sais que dire mais ce serait beau que tous aient le même

    droit dans l’équilibre mondial“.

    Jamais le pape François ne se sera à ce point livré sur sa

    vision du monde au cours d’un voyage. Par le caractère clair et sans concession

    de son discours, il a ainsi fait de son déplacement au Japon une véritable

    prise de position sur l'échiquier géopolitique. Comme sur le thème du dialogue

    interreligieux à Abou Dabi en février, le pontife semble avoir porté sur le

    sujet antinucléaire, au Pays du soleil levant, au plus haut ses convictions les

    plus profondes. (cath.ch/imedia/ah/rz)

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