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    L'armée israélienne annonce avoir ciblé des infrastructures appartenant au Hezbollah à Beyrouth le 6 octobre © Keystone/EPA/STR

    Liban: les chrétiens pris entre le Hezbollah et Israël

    Dans la majeure partie de la communauté chrétienne du Liban, si on n’aime guère le Hezbollah, on rejette Israël en bloc. Reportage auprès de cette communauté, un an après l’attaque du Hamas et alors qu’Israël a ouvert un deuxième front au Liban pour tenter d’éliminer le Hezbollah soutenu par l’Iran.

    Luc Balbont pour Cath.ch, à Beyrouth

    Sur les hauteurs d’Achrafieh, un quartier chrétien du centre de Beyrouth, Marc (*1), un jeune ingénieur en recherche d’emploi est catégorique: «Cette guerre contre Israël n’est pas la nôtre. Elle nous a été imposée par le Hezbollah, qui a décidé unilatéralement de déclarer la guerre à l’État juif, avec l’appui du régime iranien. Ce n’est pas une décision du gouvernement libanais, mais d’un parti politique confessionnel et d’une milice, qui se définissent comme le Parti de Dieu.»

    On n’aime guère le Hezbollah, on rejette Israël en bloc

    Une famille a passé 17h sur la route pour faire 80km
    Une famille a passé 17h sur la route pour faire 80km @ DR

    Pour ce garçon, fervent chrétien de confession maronite, «Le christianisme n’est pas un système religieux bourré d’interdits, mais un comportement de vie dont le commandement premier est d’aimer son prochain, et si possible, comme soi-même. Aujourd’hui, alors que l’armée israélienne a envahi notre territoire, je me sens totalement libanais et arabe.» Dans la majeure partie de la communauté chrétienne libanaise, si on n’aime guère le Hezbollah, on rejette Israël en bloc.

    Après avoir tué Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, le 27 septembre dernier dans une frappe ciblée sur son QG au sud de Beyrouth, l’armée israélienne a déclenché une offensive terrestre au Sud-Liban, poussant, selon les estimations, un million de Libanais à l’exil en quelques jours. Sur la route côtière qui longe la mer en remontant vers le nord, un embouteillage monstre paralyse le trafic. «Nous avons mis 17 heures pour rejoindre Beyrouth, avec nos deux jeunes enfants, qui ont heureusement dormi tout le long de cet interminable voyage, explique ce chrétien de la ville de Tyr, au sud de Beyrouth: 80 km bouclés habituellement en un peu plus d’une heure. «Les voitures roulaient au pas, pare-chocs conte pare chocs, témoigne le garçon. Nous ne voulions pas quitter la ville, malgré l’ordre que nous avait lancé Israël. Mais en voyant de notre fenêtre les premières maisons partir en fumée sous les obus, nous nous sommes finalement décidés.»

    A Debel, le Père Fady continue de célébrer la messe pour les habitants qui sont restés
    A Debel, le Père Fady continue de célébrer la messe pour les habitants qui sont restés @ DR

    A Debel, une petite ville d’environ 3000 habitants à 85% chrétienne, située à 3km de la frontière israélienne, le Père Fady Felfily, continue chaque dimanche de célébrer la messe: «Tout est fermé. Nous vivons sur nos réserves. Il reste environ un peu moins de 400 personnes, en majorité des gens âgés. Les jeunes sont partis en emmenant leurs enfants à Beyrouth. La semaine dernière, raconte le prêtre, une bombe est tombée sur une maison. Trois personnes ont été tuées, l’assassinat d’une famille qui pourtant n’avait rien à voir avec le Hezbollah. Nous n’avons aucune haine contre les Israéliens. Tout ce que nous voulons, c’est retrouver le rythme d’une vie normale, sans crainte, pouvoir cultiver nos champs en paix et envoyer nos enfants à l’école».

    A 12 dans un appartement

    La famille de Rouah a quitté Debel au début du mois pour venir se réfugier à Byblos, au nord, chez une sœur aînée. Une situation bien difficile à supporter, raconte cette mère de trois enfants. Antoine, 20 ans est le plus âgé de ses fils. Elève ingénieur, il continuera d’étudier en ligne, entre deux coupures de courant, et en partageant l’ordinateur de ses cousins. «A Debel, nous vivions entre autres de la vente de nos légumes, explique Rouah, mais les bombardements israéliens ont pollué nos champs, nos récoltes sont invendables, et une grande partie de nos oliviers est aujourd’hui calcinée. A Byblos, nous habitons à douze dans un petit appartement, serrés les uns contre les autres, sans intimité. Nous avons hâte de retrouver notre maison. Qu’avons-nous fait pour mériter une telle punition? Pour subir cette guerre que nous ne voulions pas, je prie chaque jour pour que le cauchemar finisse.»

    C’est sur la frontière israélienne, à Rmeich, une ville de 5000 habitants entièrement chrétienne que Sandy Jarjour, une jeune assistante sociale habite, avec son mari et sa fille de 5 ans: «60 % des habitants ont déjà fui vers le nord. Les rues sont désertes; les gens s’enferment chez eux, la peur au ventre. Pour le moment. Nous pouvons encore manger, et trouver des médicaments, mais pour combien de temps? Si nous partons, pourrons nous revenir et quand?» La conversation est rapidement coupée.

    «Ils ont tout perdu sauf la foi»

    Bien que provisoire, le bilan est déjà catastrophique: plus de 1000 morts dès les premiers jours d’octobre, dont de nombreux civils (*2). Aussi tragique qu’elle soit, cette guerre a au moins le mérite de montrer combien les habitants du Pays du Cèdre savaient s’unir à chaque catastrophe (*3). Une solidarité, où les chrétiens tiennent une place prépondérante. L’association «Mission-Village» en est l’exemple. Fondée il y a un an par Claude et Laudy Khoury pour recevoir des exclus, ce couple de maronites a immédiatement ouvert ses portes et mis sa dizaine de chambres doubles à la disposition des réfugiés. Des familles venues de différentes localités du sud, «Ils sont 26 en tout, mais il en vient continuellement. On a étendu des matelas entre les lits pour les recevoir», confie Laudy. «Chrétiens ou musulmans, nous les avons accueillis sans distinctions de confession. Claude mon mari, se rend tous les jours Place des Martyrs dans le centre de Beyrouth, aidé par des jeunes de notre association, pour porter des repas à ceux qui n’ont pas eu la chance de trouver à se loger. Ils ont souvent tout perdu sauf la foi.»

    Dans les locaux de
    Dans les locaux de "MIssion-Village", à Beyrouth. Chrétien et musulmans passent le temps en jouant aux cartes @ Luc Balbont

    A Amshit, non loin de Byblos, Jad, un jeune chrétien grec catholique a accueilli chez lui Hassan et sa femme. Musulman chiite, le couple vient de Nabatieyh au Sud. «Hassan est un ami, je n’aurais jamais pu le laisser dormir dans la rue. Si ce drame pouvait au moins permettre à certains de briser les murs entre les communautés et de sortir des ghettos confessionnels, véritable poison du Liban qui nous empêche de construire un Etat.» espère Jad.

    «La mort de Nasrallah ne me touche pas, confie cette chrétienne orthodoxe rencontrée à Tripoli, tout au nord du Liban. Il est mort en combattant. C’était son choix, mais les images d’enfants mutilés me bouleversent. La nuit, je me réveille, en me demandant ce que je répondrais à ma fille de 11 ans, si elle me demandait pourquoi elle a perdu ses jambes ou ses bras.»

    Les chrétiens sont toujours au Liban

    Au Liban, les mêmes questions ressurgissent. Quelle solution suivre pour que le cauchemar prenne fin? Combien de temps encore à passer dans l’angoisse? La région va-t-elle totalement s’embraser? Le Hezbollah va-t-il se reconstituer? Que vont faire l’Iran et Israël? Les analystes, spécialistes, journalistes, universitaires apportent leur expertise, mais peu se demandent si les chrétiens, qui émigrent continuellement, ne vont pas finir par disparaître de ce pays, où ils jouent un rôle capital: en assurant non seulement au Liban, mais au Proche-Orient, l’exemple d’une diversité, indispensable à la démocratie.

    La réponse du journaliste Michel Touma, directeur, co-fondateur et éditorialiste du site d’information Ici Beyrouth est on ne peut plus claire. Rapportant les paroles que Mgr Nasrallah Sfeir (*4), le défunt patriarche maronite, lui avait tenues lors d’une rencontre au Patriarcat maronite de Bkerké, au lendemain de la guerre civile en1990, où beaucoup craignait la disparition des chrétiens: «On annonce régulièrement la mort des chrétiens d’Orient, mais vous pouvez constater qu’aujourd’hui(il lui avait alors désigné de la main le Patriarcat dominant la montagne et la mer )nous sommes toujours là avec nos églises, nos prêtres et nos écoles.»… Toujours là aussi avec leurs penseurs, leurs écrivains, leurs poètes, leurs artistes et leurs universitaires. (cath.ch/lbo/bh)

    Chrétiens libanais et Hezbollah: un sujet explosif
    Comment les chrétiens libanais supportent-ils une guerre que le Hezbollah leur a imposée, et se sentent-ils victimes du parti de Dieu. C’est un sujet sensible au sujet duquel les Libanais sollicités, responsables politiques, journalistes, intellectuels, écrivains, universitaires ont refusé de répondre, excepté Marc le premier témoin, au début du reportage, dont j’ai dû, à sa demande, masquer l’identité, avec la promesse de lui redonner à lire ses propos. Mais pourquoi donc les chrétiens sollicités se défilent-ils? Parmi eux, seule une personnalité libanaise connue a eu le courage de m’en donner la raison, en me demandant surtout de préserver son anonymat:Pour elle,«cette question déclenche chaque fois bien des conflits, car les chrétiens majoritairement opposés à cette guerre considèrent que le Liban a suffisamment donné pour la cause palestinienne, (*5) et qu’il fallait en finir, avec les allégeances négatives syriennes et iraniennes pour construire enfin un État libanais de droit indépendant.
    «Le problème c’est que le camp d’en face (celui du Hezbollah et de ses alliés, ndlr) sort aussitôt l’argument de l’unité et de la solidarité. Il est donc difficile de s’exprimer sur ce sujet sans retomber dans les éternelles polémiques, nuisibles au Liban, et même de risquer de se faire lyncher.»Tout est dit. LBO

    Un an de guerre entre le Hamas et Israël
    Le 7 octobre 2023, le Hamas lançait une série d'attaques sans précédent dans le sud d'Israël depuis la bande de Gaza, faisant 1'189 morts et capturant 214 personnes et 37 corps sans vie, dont 44 au festival musical Nova et au moins 74 du kibboutz Nir Oz, selon les chiffres des autorités israéliennes. Depuis, la guerre fait rage dans l'enclave palestinienne. À ce jour, on compte 42'000 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas. La guerre s'étend désormais au Liban voisin. 63 personnes considérées comme vivantes et les corps de 33 autres sont toujours aux mains du Hamas.

    (*1) Beaucoup de noms ont été changés à la demande des interviewés pour des raisons de sécurité.
    (*2) Estimations en l’absence d’un bilan officiel.
    (*3) Crise économique à partir de 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020, et guerre entre le Hamas et l’armée israélienne depuis le 7 octobre 2023.
    (*4) Le Cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, fut patriarche de l’Eglise maronite de 1986 à 2011. Décédé en 2019.
    (*5) pour rappel: la guerre civile qui a frappé le Liban de 1975 à 1990 avait été déclenché, près de Beyrouth, par des affrontements entre l’Organisation de Libération de  la Palestine (l’OLP de Yasser Arafat)  et les combattants de la milice chrétienne  des Kataëb,  le 13 avril 1975.

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