”Lorsque j'entends certains discours, de certains responsables des forces de l'ordre ou de gouvernements, me viennent à l'esprit les discours d'Hitler en 1934 ou 1936”, a déclaré le pape François le 15 novembre 2019. Le pontife s'est exprimé lors d'une audience avec les membres d'une association de droit pénal à l'occasion de son congrès international sur le thème 'Criminal justice and corporate business'.
Dans certains pays, a déploré le pape, certaines
réformes permettent à présent de ”justifier” des crimes commis par des forces
de l'ordre. Il est important que la communauté internationale s'élève contre
ces dérives afin d'empêcher une certaine ”démagogie punitive”, a-t-il
considéré. Ces comportements inadmissibles pour un Etat de droit s'accompagnent
généralement de préjugés racistes et du mépris de certains groupes.
La culture du déchet devient culture de la haine
Ces attitudes sont caractéristiques de la ”culture
du déchet”. Combinée à d'autre facteurs, celle-ci peut dégénérer en une
”culture de la haine”, a averti le pape. Selon lui, certaines actions et emblèmes
du racisme renaissent aujourd'hui. On l'observe notamment à travers les
persécutions contre les juifs, les gitans ou encore les personnes homosexuelles,
a-t-il égrené. ”Je dois confier que lorsque j'entends certains discours,
certains responsables des forces de l'ordre ou de gouvernements, me viennent à
l'esprit les discours d'Hitler en 1934 ou 1936”, a-t-il alors lancé
spontanément.
Par ailleurs, l'évêque de Rome s'est élevé contre
l'usage arbitraire de la prison préventive. Selon lui, son recours s'est
aggravé ces dernières années dans beaucoup de pays. Le nombre de détenus sans
condamnation, a augmenté de 50% au sein des centres pénitentiaires, a-t-il
relevé. Ce procédé contribue selon lui à détériorer encore davantage les
conditions carcérales et favorise les interventions illicites des forces de
l'ordre.
Macro-délinquance des entreprises
Le pontife romain a également attiré l'attention
des participants sur les délits économiques, en particulier sur la
”macro-délinquance des entreprises”. La finance mondiale est responsable selon
lui de graves délits non seulement contre la propriété mais aussi contre les
personnes et l’environnement. Le droit pénal ne peut se détourner de ces délits:
ceux-ci atteignent même le degré de ”crimes contre l'humanité” lorsqu'ils
conduisent à la faim, à la misère, à la migration forcée, et à la mort en
raison de maladies évitables ou encore au désastre écologique et à l’ethnocide
des peuples indigènes.
L 'écocide' dans le catéchisme?
Le pontife a donc appelé à traiter juridiquement ce
qu'il qualifie d'“'écocide”. Il a exhorté l'ensemble des leaders à
assurer ”une protection juridique adéquate” de la maison commune. ”Nous sommes
en train de penser à introduire [cette notion] dans le catéchisme de l'Eglise
catholique”, a confié le pape. Pour lui, l''écocide' constitue en effet la
cinquième catégorie des crimes contre la paix.
En conclusion, le pape a plaidé pour
l'établissement d'une justice 'restaurative' ou 'réparatrice', qui consiste
à faire justice à la victime et non à ”exécuter l'agresseur“.
”L’accomplissement d’un mal ne justifie pas l’imposition d’un autre mal comme
réponse”. ”Les prisons doivent avoir des fenêtres”, a-t-il encore lancé,
sortant de son discours. Ce modèle carcéral fondé sur le dialogue n'est pas une
”utopie” mais bien un défi pour la société. (cath.ch/imedia/cg/mp)