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    Après un périple de 10 jours en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, le pape a acquis une stature internationale © Vatican Media

    Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir

    La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir quant il le faut ‘.

    Face aux attaques de Donald Trump tout comme au fil de ses discours en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, le pape a montré sa grande liberté face aux pouvoirs autoritaires et a rappelé le message chrétien aux populations. Ce nouveau cycle qui s’ouvre dans un pontificat perçu jusqu’alors comme discret est suivi avec un vif intérêt à Rome, notamment dans le milieu diplomatique.

    Le pape a demandé en particulier d’œuvrer pour «que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue
    Le pape a demandé en particulier d’œuvrer pour «que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue @ Vatican Media

    Léon XIV est «quelqu’un qui n’aime pas se mettre en avant, mais qui n’hésite pas à rugir s’il le faut», remarque Romilda Ferrauto, ancienne rédactrice en chef de la section française de Radio Vatican puis assistante francophone du Bureau de presse du Saint-Siège. Celle qui a servi quatre papes remarque que « la conjoncture a permis à l’opinion publique en général et aux médias en particulier, de découvrir des aspects jusqu’ici peu visibles et lisibles de la personnalité de Léon XIV, et d’un pontificat qui paraissait difficile à décrypter ».

    La polémique avec le président américain, qui aurait pu perturber la couverture médiatique du voyage, s’est finalement révélée un tremplin efficace. «Disons que Trump lui a offert un mégaphone et le contexte des pays visités lui a permis de se montrer tel qu’il était déjà. La glace est brisée», constate-t-elle. «Le clash avec Trump a rehaussé, involontairement, l’image du pape, surtout dans les pays du Sud du monde», souligne celle qui a traversé de nombreuses crises dans la communication papale.

    "Si Trump s’en prend à lui, c’est parce que ce pape est tout sauf insignifiant»



    Romilda Ferrauto

    Un ambassadeur d’un pays africain relève que face aux outrances du président des États-Unis, le pape a agi «très habilement, tout le monde l’a reconnu». «Certains disaient que c’était un pape lisse. C’était bien entendu faux, mais maintenant tout le monde le sait », relève-t-il.

    Un momentum favorable

    Un momentum très favorable pour l’image de la papauté semble ainsi émerger. «Ce clash a eu un impact formidable qui a donné une plus grande résonance au voyage du pape en Afrique. Il a aussi montré que si Trump s’en prend à lui, c’est parce que ce pape est tout sauf insignifiant», relève Romilda Ferrauto.

    Dans les quatre pays traversés, marqués par des contextes politiques et ecclésiaux très différents, «Léon XIV a mis en lumière les implications politiques et sociales de l’Évangile et la force morale du message chrétien», explique-t-elle. Ses mots ont été reçus favorablement sur place comme par ceux qui ont suivi ce voyage à distance, «aussi parce que l’Afrique est un continent d’avenir pour l’Église catholique. En Afrique, ces mots passent peut-être mieux qu’ailleurs. On a constaté une incroyable ferveur sur son passage», souligne-t-elle.

    Un pape intériorisé et  apaisé

    «Je crois que nous avons affaire à un pape très intériorisé, calme, apaisé, et qui a véritablement comme souci de porter le message d’amour du Christ», assure pour sa part l’ambassadeur de Monaco près le Saint-Siège, Philippe Orengo.

    "Léon XIV, c’est un style qui portera loin, parce qu'il n'est pas polémique, ni conflictuel" Philippe Orengo

    Après avoir accueilli Léon XIV dans sa Cité-État le 28 mars dernier, le diplomate monégasque a suivi ce voyage en Afrique avec beaucoup d’intérêt. «Le choix des pays était, je pense, particulièrement judicieux, compte tenu des différences. Mais partout, le dénominateur commun entre tous ces voyages, y compris le nôtre, c’est l’affirmation ferme de l’unité de l’Église. Il le dit avec beaucoup de force et de constance», explique-t-il.

    Un langage fort mais mesuré

    « On voit bien que le pape utilise toujours un langage fort, mais mesuré. Il n’y a pas de terme qui soit choquant, blessant ou agressif. C’est un style qui portera loin, parce que c’est un style qui n’est pas polémique, qui n’est pas conflictuel », relève Philippe Orengo.

    Les fidèles enthousiasmés par le pape Léon XIV, ici lors de la messe au stade de Malabo, en Guinée équatoriale
    Les fidèles enthousiasmés par le pape Léon XIV, ici lors de la messe au stade de Malabo, en Guinée équatoriale @ Vatican News

    Selon lui, plutôt que de parasiter le voyage, les critiques de Donald Trump ont au contraire permis au pape de tracer une ligne de démarcation claire quant à la dignité de sa fonction. «Le président américain a eu tort de vouloir abaisser le pape à un niveau politique. Je crois que le pape a eu raison de rester au niveau du message de l’Évangile », insiste le diplomate monégasque.

    Il relève que Léon XIV a réagi « d’une manière intelligente, posée, calme, refusant les conflits, refusant les clivages. Et d’ailleurs c’est aussi le message qu’il a lancé un peu partout: on ne peut pas avoir de paix dans le monde en suscitant les clivages », explique l’ambassadeur.

    Pour Philippe Orengo, une continuité s’est donc dessinée entre le voyage du pape à Monaco et sa grande tournée africaine, avec une volonté du pontife de parler à tous les publics et de tisser des liens entre des personnes de toutes nationalités et catégories sociales. «Sa perspective d’unité est celle d’une Église inclusive. Il n’y a pas de distinction entre les riches et les pauvres, les bien-portants et les malades, les croyants et les non-croyants. En vérité, il a cette volonté de fraternité générale », souligne-t-il.

    Correction de trajectoire par rapport au pape François

    Certains diplomates voient aussi dans ce pontificat la marque d’une «continuité corrigée» avec le pape François, qui a ouvert de stimulants chantiers de réflexion, notamment sur la justice sociale, mais a aussi créé des tensions avec des déclarations parfois confuses. Dans ses voyages internationaux comme à Rome, l’esprit de synthèse, l’efficacité et le «classicisme» de Léon XIV sont ainsi vivement appréciés.

    «Son premier discours au corps diplomatique était un bijou», s’enthousiasme un diplomate européen, qui relève un changement de ton du pape vis-à-vis de l’Europe et du reste du monde. «François n’aimait pas les riches. Léon XIV, lui, à Monaco, a dit aux riches qu’ils ont une responsabilité. C’est totalement autre chose », relève-t-il. De nouvelles solidarités peuvent ainsi se tracer entre les pays du Nord et ceux du Sud, où les appels du pape à plus de justice internationale reçoivent un écho très fort.

    Le pape a rencontré des prisonniers pour la première fois à la prison de Bata, en Guinée équatoriale
    Le pape a rencontré des prisonniers pour la première fois à la prison de Bata, en Guinée équatoriale @ Vatican News

    L’ambassadeur d’un pays africain remarque ainsi que Léon XIV est «moins spectaculaire» que François mais «meilleur diplomate, conscient des enjeux de pouvoir et des conséquences de ses paroles». Dans les pays traversés, y compris devant des dirigeants autoritaires, «les mots forts qu’il a prononcés ne sont pas passés inaperçus, il a désigné clairement des problèmes réels, notamment sur le pouvoir», souligne-t-il.

    Léon XIV est «moins spontané, plus en contrôle de ses gestes», mais aussi « plus direct dans ses constats, même s’ils sont critiques». «Le pape utilise le protocole et la distance qui va avec pour souligner sa fonction et porter une parole institutionnelle qui est moins critiquable qu’une parole émotionnelle et spontanée», analyse cet ambassadeur.

    «Léon XIV ne fait pas de coups de com’. Mais il prêche la vérité, sans détour. Et ça marche ! » Romilda Ferrauto

    Le pape du Nouveau monde

    Cette percée du pape sur la scène internationale ouvre ainsi des perspectives fortes pour les mois et les années à venir, certaines sources diplomatiques traçant même un parallèle avec Jean Paul II, lui aussi pape polyglotte, qui fut au cœur des bouleversements internationaux de la fin du XXe siècle.

    Le pape a invité le Cameroun à prendre soin de ses enfants et de ses jeunes
    Le pape a invité le Cameroun à prendre soin de ses enfants et de ses jeunes @ Vatican Media

    Après le passage du pape en Algérie, la forte couverture médiatique de sa tournée africaine par les médias arabes, et notamment par Al-Jazeera, montre une évolution très positive de la perception de la figure papale par des publics encore rétifs il y a quelques années. Des sources liées aux pays du Golfe jugent désormais plausibles des visites du pape au Qatar, dans un horizon proche, mais aussi, à plus long terme, en Arabie saoudite. Des territoires autrefois inaccessibles, mais marqués par une présence chrétienne de plus en plus visible, pourraient ainsi s’ouvrir à une expression publique de la foi catholique.

    Pas de ‘coup de com’, mais la vérité sans fard

    Si Jean Paul II avait contribué à abattre le rideau de fer entre l’Europe occidentale et les pays de l’Est, Léon XIV, le pape «des deux Amériques», pourrait ainsi combler les brèches ouvertes par le pape François, pour rapprocher l’Église catholique romaine et le «Sud global». En ce printemps 2026, en visitant Monaco puis l’Afrique du Nord et les profondeurs de l’Afrique subsaharienne, Léon XIV a déjà tracé des ponts entre des mondes qui pouvaient sembler inconciliables. De nombreux observateurs soulignent qu’il concrétise ainsi pleinement sa vocation de «pontife», à contre-courant des polarisations qui rythment l’actualité internationale.

    Le pape joue ainsi sa partition, avec un style et un rythme très différents des autres leaders internationaux actuels, comme le remarque Romilda Ferrauto : «Léon XIV ne fait pas de coups de com’. Mais il prêche la vérité, sans détour. Ce n’est pas très courant actuellement sur la scène publique. Et ça marche ! », se réjouit-elle. (cath.ch/imedia/mp)

    Dix citations marquantes
    Algérie
    « Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout  dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération. »
    Visite du Monument aux Martyrs Maqam Echahid, à Alger, le 13 avril.
    La Méditerranée, d’un côté, et le Sahara, de l’autre, constituent en effet des carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable. […] Malheur à nous si nous en faisons des cimetières ou meurt même l’espérance !
    Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, à Alger, le 13 avril.
    « Je pense […] aux 19 religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui ont choisi d’être aux côtés de ce peuple dans ses joies et dans ses peines. Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit. » 
    Rencontre avec la communauté catholique algérienne, à la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, le 13 avril.
    Cameroun
    « Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie.»
    Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, à Yaoundé, le 15 avril.
    « Investir dans l’éducation, dans la formation et dans l’esprit d’entreprise des jeunes est donc un choix stratégique pour la paix. C’est le seul moyen d’endiguer l’hémorragie de talents merveilleux vers d’autres régions de la planète. » 
    Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, à Yaoundé, le 15 avril.
    « Les seigneurs de la guerre font semblant de l’ignorer, mais il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas pour reconstruire. Ils font semblant de fermer les yeux sur le fait qu’il faut des milliards de dollars pour tuer et dévaster, mais qu’on ne trouve pas les ressources nécessaires pour soigner, éduquer et relever.»
    Rencontre pour la paix, à Bamenda, le 16 avril.
    Angola
    « Il existe de mauvaises raisons de rechercher le Christ, surtout lorsqu’il est considéré comme un gourou ou un porte-bonheur.»
    Homélie de la messe sur l’esplanade de Saurimo, le 20 avril.
    « Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns. Face à ces maux, le Christ écoute le cri des peuples et renouvelle notre histoire : de chaque chute, il nous relève. »
    Homélie de la messe sur l’esplanade de Saurimo, le 20 avril.
    Guinée équatoriale
    « Une société véritablement grande n’est pas celle qui cache ses faiblesses, mais celle qui les entoure d’amour. […] C’est là un principe de civilisation qui a des racines chrétiennes. »
    Visite d’un hôpital psychiatrique à Malabo, le 21 avril.
    « Que le Seigneur vous aide à devenir de plus en plus une société où chacun, selon ses différentes responsabilités, œuvre au service du bien commun et non d’intérêts particuliers […]. Que les espaces de liberté s’accroissent, que la dignité de la personne humaine soit toujours préservée »
    Homélie de la messe à la basilique de l’Immaculée Conception de Mongomo, le 22 avril.

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