Les imams officiant en Suisse se forment le plus souvent à l’étranger, alors qu'aucune formation standardisée pour les imams en Suisse n’existe à ce jour. C'est le constat d’une étude du Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg, publiée en novembre 2019.
Le parcours de formation des 130 imams engagés en Suisse a été passé en revue dans une étude réalisée par Noemi Trucco, doctorante du Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg, avec son directeur, le professeur Hansjörg Schmid, théologien catholique allemand.
L’étude, financée par le Département fédéral des affaires
étrangères (DFAE), montre comment les imams de Suisse sont recrutés au sein des
différentes communautés linguistiques. Un des défis majeurs pour ces
communautés consiste à trouver des personnes qui répondent aux diverses
exigences sociales et religieuses imposées aux imams. Alors que les premiers
imams ayant grandi en Suisse sont désormais en fonction.
Outre l’orientation théologique, le choix du lieu des
études est déterminé par les incitations économiques (bourses), les
possibilités d’apprentissage de l’arabe et les motivations personnelles de
l’intéressé.
Des profils de formations divers et variés
Les institutions de
formation les plus fréquentées se situent dans les Balkans, en Turquie, en
Egypte et en Arabie saoudite. Elles présentent différents profils. Tandis qu’en
France les études de théologie sont largement déléguées aux pays d’origine et à
des institutions privées, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, des
filières de théologie musulmane sont proposées par des universités d’Etat.
Dans plusieurs
pays, on assiste à une "académisation" du métier d’imam. Alors qu’une
partie des filières combinent délibérément enseignements théologiques et cursus
interdisciplinaires, d’autres se caractérisent par des délimitations claires et
des formes d’apprentissage peu interactives.
De manière
générale, l’offre de formation professionnelle pratique est insuffisante pour
les imams. Les communautés musulmanes privilégient d’ailleurs le plus souvent
des diplômés d’institutions de formation classiques issus de pays musulmans. Tel
sont les résultats de cette étude menée par Hansjörg Schmid, directeur général
du CSIS, et Noemi Trucco, qui effectue son doctorat à l’Université de Fribourg
dans le cadre d’un projet du Fonds national suisse (FNS) sur les imams en
Suisse.
Un parcours à l'étranger et en Suisse compatible
L’étude montre que les exigences concernant une formation complète des imams dans le pays se heurtent à la réalité complexe de voies de formation fortement internationalisées. "Les jugements à l’emporte-pièce basés sur le lieu où un imam a suivi ses études ne font pas avancer le débat, déclarent Hansjörg Schmid et Noemi Trucco. Une combinaison d’offres d’études et de formation continue est envisageable à l’étranger comme en Suisse. Et sur cette base, il convient de mettre en place des incitations à la formation continue".
Un tel modèle, plus
ouvert, peut être une bonne base pour entamer un vaste dialogue sur le thème de
la formation des imams, qui implique des processus de négociation entre les
intérêts sociaux, politiques et des communautés religieuses. (cath.ch/com/gr)
Le Centre Suisse Islam et Société
Le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) a été créé en 2015. Il est le résultat d’un dialogue entre les autorités fédérales, les communautés musulmanes et les hautes écoles. Il propose notamment des formations continues pour les imams et d’autres groupes cibles. Depuis le semestre d’automne 2019, un programme de Master intitulé «Islam et Société» est également disponible. GR