«Le pape François a accepté la demande de Mgr Paskalis Bruno Syukur, évêque de Bogor, en Indonésie, de ne pas être créé cardinal lors du prochain consistoire» du 7 décembre 2024, a informé le Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, dans la soirée du 22 octobre. Mgr Syukur est mis en cause dans une affaire de mauvaise gestion d’un cas d’abus dans son diocèse.
Ce n’est pas la première fois qu’une personne annoncée comme futur cardinal par le pape obtient son autorisation d’y renoncer avant la date du consistoire. En effet, en 2022, Mgr Luc Van Looy, évêque émérite de Gand (Belgique) avait été choisi par le pape mais avait ensuite obtenu une dispense pour éviter que des victimes d’abus ne soient «blessées» par cette élévation.
Mgr Van Looy n’avait jamais été condamné pour des affaires d’abus ou de couverture d’abus sexuels. Cependant le groupe Mensenrechten in de Kerk («Droits de l’homme dans l’Église») avait protesté contre l’annonce de son cardinalat et reprochait à Mgr Van Looy «d’avoir fermé les yeux sur certains abus et d’avoir couvert leurs auteurs».
Concernant Mgr Syukur, I.MEDIA, qui a publié son portrait récemment, n’avait pas relevé de problème concernant les abus. Cependant, il existe en fait un incident, que la presse indonésienne a révélé en 2020.
Mgr Paskalis Syukur a été mis en cause dans sa gestion du cas d’un faux moine, Lukas Lucky Ngalngola, surnommé «frère Angelo». Ce dernier a finalement été condamné en 2022 à 14 ans de prison par la justice indonésienne pour l’agression sexuelle de jeunes garçons dans un orphelinat qu’il avait créé sur le territoire du diocèse de Bogor.
L’affaire avait en fait éclaté en 2019 quand trois victimes avaient porté plainte contre le faux moine. Dans un entretien avec la revue indonésienne Tempo en août 2020, Mgr Syukur avait affirmé avoir été trompé par cet imposteur, qui prétendait appartenir à un faux ordre philippin, les Missionnaires de la Charité du Saint Sacrement.
Tout en niant avoir intégré le faux moine à son diocèse ou avoir caché ses agissements, il avait reconnu ne pas avoir vérifié si la congrégation de frère Angelo avait reçu l’agrément du Saint-Siège. Il avait aussi affirmé l’avoir brièvement laissé enseigner l’anglais dans une école avant de l’écarter, puis n’être pas intervenu quand il avait créé son orphelinat.
Les renonciations au cardinalat de Mgr Syukur comme celle de Mgr Van Looy s’expliquent par le choix du pape François de ne pas prévenir les personnes qu’il sélectionne avant d’annoncer leurs noms lors d’un Angélus. Auparavant, notamment sous Benoît XVI et Jean Paul II, les personnes envisagées étaient sondées, ce qui permettait d’anticiper d’éventuels refus.
En raison de ce désistement, le collège comptera seulement 140 cardinaux électeurs et 114 cardinaux non électeurs après le consistoire du 7 décembre prochain. (cath.ch/imedia/cd/bh)