Le Saint-Siège autorise le culte lié au sanctuaire de Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine, mais les éventuels futurs «messages» des apparitions mariales présumées devront être approuvés avant leur publication, a indiqué le préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF), le cardinal Victor Manuel Fernández, lors d’une conférence de presse ce 19 septembre 2024.
Depuis les premières «apparitions» à six enfants en 1981, le sanctuaire de Medjugorje, dont la renommée s’est répandue partout dans le monde, a suscité des avis contradictoires de la hiérarchie catholique. Outre les mises en garde de divers évêques du lieu – situé sur le territoire du diocèse de Mostar –, une commission d’enquête lancée sous le pontificat de Benoît XVI avait émis des réserves notamment sur l’authenticité du phénomène et sur la vie personnelle des «voyants».
Si l’Église catholique a autorisé officiellement les pèlerinages en 2019, le pape François a critiqué à plusieurs reprises l’idée d’une Vierge Marie qui ressemblerait à un «chef de bureau de poste». Les voyants de Medjugorje disent continuer encore aujourd’hui à recevoir des manifestations de la mère de Jésus, pour certains de façon quotidienne.
Rome a donné aujourd’hui son feu vert à la dévotion de la «reine de la paix», estimant que le message de Medjugorje est globalement «positif» et «édifiant». Mais la vigilance reste de rigueur. Le Vatican ne se prononce pas sur le caractère surnaturel des présumées apparitions de la Vierge. Il émet aussi quelques réserves sur certains messages, invitant à la prudence dans leur interprétation.
Vigilance pour l’avenir
«Le nihil obstat ne résout pas tout pour l’avenir», a souligné le cardinal Victor Manuel Fernández en présentant la note de son dicastère, assurant que Rome comptait intervenir «s’il y avait un scandale qui puisse créer la confusion chez les fidèles».
«Le nihil obstat ne résout pas tout pour l’avenir»
Cardinal Fernández
En l’occurrence, a prévenu le cardinal, les textes du passé non encore publiés et les textes futurs doivent être «évalués» et recevoir l’autorisation du «visiteur apostolique» nommé par le pape en 2018 – actuellement Mgr Aldo Cavalli – avant toute publication. «Tant qu’ils ne sont pas approuvés, on déconseille aux fidèles de les considérer comme des textes édifiants. […] Il pourrait y avoir des erreurs dans les nouveaux messages», a-t-il ajouté.
Si le visiteur apostolique aperçoit dans ces messages «quelque chose qui soulève un doute, peu clair, qui peut susciter la confusion, il nous appellera et nous essaierons de répondre […] dans la semaine», a assuré le préfet du DDF.
Discrétion vis-à-vis des voyants
Pour formuler son verdict, le dicastère pour la Doctrine de la foi n’a pas contacté les voyants. Le préfet a révélé en revanche leur avoir adressé «quelques suggestions» dans une lettre qui leur sera lue par le visiteur apostolique et restera «confidentielle».
Répondant à la presse, le prélat argentin a déclaré que les relations avec les voyants n’étaient «pas interdites» mais «pas conseillées». Une prudence qu’il a justifiée notamment pour l’équilibre psychologique de ces personnes qui ont pu parfois être assaillies par des pèlerins désireux de les approcher.
Le cardinal a noté que de nombreuses critiques avaient circulé sur les voyants, accusés de mensonge, ou de s’être enrichis dans cette affaire. Mais même en supposant que les apparitions soient d’origine divine, cela ne donnerait aucune garantie sur leur «sainteté», a-t-il souligné. «Ils peuvent pécher gravement […], ils sont faibles comme tout le monde».
Les six «voyants» de Medjugorje ont été «laissés un peu seuls face à une situation qui les dépassait», a encore reconnu le préfet. Il a évoqué la figure problématique de leur premier directeur spirituel, l’ancien franciscain croate Tomislav Vlasic, excommunié en 2020 pour diffusion de doctrine douteuse et désobéissance à Rome. Les jeunes voyants, qu’il a pu influencer, n’ont pas bénéficié «d’un vrai accompagnement», a-t-il commenté, en invitant cependant à ne pas diaboliser Medjugorje à cause de ces vicissitudes.
Une saine distance
Le préfet du dicastère «gardien du dogme» a convenu par ailleurs que Medjugorje ne posait pas de «problèmes doctrinaux» comme d’autres lieux d’apparitions présumées, mais qu’il existait toujours le risque «d’être trop fanatique du message». «Même si la Madone te donne un message, cela ne veut pas dire que tu es une marionnette […], tu gardes ta responsabilité», a-t-il glissé.
Le cardinal argentin, qui s’est rendu une fois à ce sanctuaire, a aussi écarté la possibilité que le pape François reconnaisse l’éventuel caractère surnaturel du phénomène. D’après les nouvelles normes d’enquête sur les phénomènes surnaturels, seul le pontife peut décider de se prononcer à ce sujet. «Le pape m’a dit explicitement [qu’il ne le ferait] 'pas du tout’», a-t-il confié, assurant que François considérait le nihil obstat «amplement suffisant».
Les franciscains rebelles
Enfin, le cardinal Fernández a précisé que la reconnaissance du culte de Medjugorje ne légitimait pas les «franciscains rebelles» vivant sur place, une communauté qui entretenait un conflit de pouvoir avec le diocèse déjà dans les années 1970.
Interpelé par ailleurs sur les «apparitions de Garabandal», en Espagne, le préfet du DDF a laissé entendre que ce cas pouvait correspondre à la mention «curatur» du barême de verdict. Selon ce critère, Rome, ayant relevé des éléments critiques, n’encourage pas le culte public mais admet une discrète dévotion privée. (cath.ch/imedia/ak/bh)
19/09/2024
Le pape François donne son feu vert au sanctuaire de Medjugorje
«Rien ne s’oppose» à la spiritualité liée au sanctuaire marial de Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine.