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    Le pape François s'exprime devant les autorités belges © Vatican Media

    Pape François: «L’Église doit avoir honte des abus et demander pardon»

    Dès le premier discours de son voyage en Belgique, ce 27 septembre 2024, le pape François a déploré les scandales des crimes sexuels et des « adoptions forcées », dont les révélations ont décrédibilisé fortement l’Église catholique de Belgique ces dernières années.

    Hugues Lefèvre, à Bruxelles, I.MEDIA

    Au lendemain de son arrivée à Bruxelles, le pape François s’est rendu au Château de Laeken. Il y a d’abord rencontré le roi Philippe en privé, avant de retrouver quelque 300 représentants des autorités politiques et religieuses, du monde de la culture et de l’entreprenariat, dans la Grande Galerie aux lustres raffinés. Les anciens monarques belges, le roi Albert II et la reine Paola, étaient également présents.

    Signe que la parole du pape était attendue sur le sujet des abus, le roi des Belges a évoqué dès son discours introductif les enfants « horriblement meurtris, marqués à vie » par les abus. « Il en va de même pour les victimes d’adoption forcée », a-t-il déclaré. « Il a fallu tellement de temps pour que leurs cris soient entendus et reconnus. Il a fallu tellement de temps pour chercher des chemins de ‘réparation’ de l’irréparable », a déclaré le roi, reconnaissant le travail de l’Église en la matière.

    En 2023, le média flamand Het Laatste Nieuws a publié une enquête de grande ampleur estimant que des milliers d’enfants de mères célibataires – souvent victimes de viols ou d’incestes – avaient été arrachés à leur mère et placés dans des familles, voire vendus, avec l’appui de religieuses belges, entre 1945 et les années 1980.

    Prenant également la parole devant le pape, le Premier ministre libéral Alexander de Croo a souligné sur un ton plus revendicatif que ces cas avaient « gravement entamé la confiance ». Il a assuré que les mots « ne suffisent pas », plaidant pour que les « atrocités » soient reconnues et que justice soit rendue. « La dignité humaine doit primer sur les intérêts de l’institution », a-t-il glissé à l’Église.

    L’Eglise peut être défaillante

    Le pape n’a pas fait l’impasse sur cette thématique brûlante, et alors que, selon nos informations, des victimes d’abus avaient été invitées par le Palais à cette rencontre avec le chef de l’Église catholique. D’emblée dans son premier discours au Plat Pays, il a reconnu que l’Église pouvait être « fragile et défaillante dans ses membres ». Évoquant les « contre-témoignages douloureux » des catholiques, le pontife argentin a mentionné les « événements dramatiques des abus sur mineurs ».

    François a assuré que l’Église s’attaquait à ce « fléau » avec « détermination et fermeté, en écoutant et en accompagnant les personnes blessées et en mettant en œuvre un vaste programme de prévention dans le monde entier ».

    Le pape est alors sorti de ses notes pour confesser la « honte » de l’Église pour les abus sur mineurs. « C’est une honte que nous tous devons prendre en main aujourd’hui, [nous devons] demander pardon et résoudre le problème », a-t-il déclaré. « Certains me disent que selon les statistiques, la grande majorité des abus ont lieu en famille, dans le quartier, dans le monde du sport, de l’école… mais s’il y a un seul cas, c’est suffisant pour en avoir honte ! », s’est exclamé le chef de l’Église catholique, en levant un doigt. « Dans l’Église, a-t-il insisté, il nous faut demander pardon pour cela – et laisser les autres demander pardon de leur côté. C’est notre honte et notre humiliation ».

    Preuve de la grande tension dans le pays autour des abus dans l’Église : l’évêque de Hasselt, Mgr Patrick Hoogmartens, qui a reconnu avoir manqué de prudence dans un hommage à un prêtre coupable de violences sexuelles, décédé le 12 septembre, a dû renoncer à participer aux célébrations publiques entourant la visite du pape. Le “Magnificat” composé par ce prêtre connu pour ses compositions liturgiques, qui devait être chanté lors de la messe de dimanche au stade Roi-Baudoin, sera remplacé par une autre mélodie.

    Ce soir à la nonciature, le  pape devrait recevoir 15 victimes, six hommes et neuf femmes. « Il y a parmi elles des personnes d’une grande misère et dont la vie a été détruite », a indiqué un prêtre belge à I.MEDIA.

    Les histoires douloureuses des adoptions forcées 

    Dans son discours, le pape François a exprimé également sa tristesse pour le phénomène des « adoptions forcées ». Dans ces histoires douloureuses, a déclaré François, « s’est mélangé le fruit amer d’un crime avec ce qui était malheureusement le résultat d’une mentalité répandue dans toutes les couches de la société, à tel point que ceux qui agissaient conformément à cette mentalité croyaient en conscience faire le bien, tant de l’enfant que de la mère ».

    « Souvent, la famille et d’autres acteurs sociaux, y compris l’Église, pensaient que pour éliminer l’opprobre négatif, qui frappait malheureusement à l’époque la mère célibataire, il était préférable pour le bien des deux, de la mère et de l’enfant, que ce dernier soit adopté », a noté François. « Il y a eu même des cas où certaines femmes n’ont pas eu la possibilité de choisir entre garder l’enfant ou le donner en adoption », a-t-il regretté, avant de glisser : « Et cela arrive aujourd’hui dans certaines cultures, dans certains pays ».

    Le pontife a souhaité « que l’Église trouve toujours en elle la force de clarifier ». Il a aussi prévenu qu’elle ne devait pas « se conformer à la culture dominante, même lorsque celle-ci utilise – en les manipulant – les valeurs dérivées de l’Évangile pour en tirer des conclusions indues, avec leurs lourdes conséquences de souffrance et d’exclusion ».

    Le respect des frontières

    Dans le reste de son discours, le pape s’est adressé à la Belgique comme siège des principales institutions européennes. « Située sur la ligne de fracture entre le monde germanique et le monde latin », elle représente « presque une synthèse de l’Europe », a-t-il souligné, affirmant que le continent avait « besoin de la Belgique pour avancer sur la voie de la paix ».

    Il a exhorté à « vaincre l’hiver démographique et l’enfer de la guerre ». « Faites des enfants », a-t-il martelé, comme il l’avait fait la veille au Luxembourg.

    Le pontife a aussi prêché pour le respect des frontières : « Lorsque, sur la base des prétextes les plus divers et les plus insoutenables, on commence à ne plus respecter les frontières ni les traités et qu’on laisse aux armes le soin de créer le droit en contournant la loi en vigueur, on ouvre alors la boîte de Pandore », a-t-il prévenu.

    Sortant de ses notes, le pape a alors craint le spectre d’une guerre « quasiment mondiale », sans toutefois viser de conflits en particulier, alors que le Premier ministre avait parlé de la guerre en Ukraine dans son discours. Le pontife a prié pour que les gouvernants « craignent le jugement de la conscience, de l’histoire et de Dieu ». (cath.ch/imedia/hl/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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