Coutumier des attaques contre les Eglises aux Philippines qui dénoncent de façon réitérée sa guerre sanglante "contre la drogue", le président Rodrigo Duterte a mis le Conseil national des Eglises des Philippines (NCCP) ainsi que 17 autres organisations de la société civile, sur la "liste rouge" des organisations "terroristes".
Duterte affirme
qu'il s'agit d'organisations de façade de groupes terroristes locaux, voire de
la Nouvelle Armée du Peuple (NPA), la branche armée du Parti communiste. Tant
le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève que les évêques de l'Eglise
épiscopalienne des Philippines, membre du NCCP, ont vivement critiqué le
gouvernement philippin pour avoir mis le Conseil national des Eglises des
Philippines sur cette liste. Les Eglises sont ainsi désignées comme cibles des
forces armées.
L'évêque Rex Reyes, du diocèse épiscopalien de Central Philippines, membre de la Communion anglicane, a qualifié ce geste du gouvernement d'action "irresponsable et malveillante". La déclaration de l'ancien secrétaire général du NCCP a été soutenue par l'Eglise épiscopalienne des Philippines, qui fait partie du Conseil national des Eglises. Le NCCP a été qualifié de "groupe terroriste communiste" par un chef du renseignement philippin lors d'une audience publique au Congrès des Philippines.
Profonde inquiétude du COE
Le COE,
par le biais de son secrétaire général, le pasteur Olav Fykse Tveit, a fait
part de sa profonde inquiétude et s'est dit
"gravement
préoccupé" par le dangereux "étiquetage" du Conseil national des
Eglises. Dans le contexte politique actuel aux Philippines, une telle
désignation comme "rouges" donne en fait le feu vert au harcèlement
et aux attaques meurtrières des forces de sécurité et des milices contre les
personnes figurant sur la liste.
Le
Conseil national des Eglises des Philippines n'a cessé de s'élever contre la
"guerre contre la drogue" menée sous l'égide du président Duterte. "Le
NCCP a également toujours défendu les droits des pauvres, des peuples
autochtones et de nombreux autres groupes marginalisés et vulnérables",
relève le secrétaire général du COE.
Amnesty International dénonce l'impunité des tueurs
"Des
évêques, des membres du clergé et des fidèles, ainsi que de nombreux autres
défenseurs des droits humains aux Philippines, ont déjà été pris pour cible,
arrêtés et menacés de représailles", a déclaré dans un communiqué Olav
Fykse Tveit.
Depuis
l’arrivée au pouvoir du président Rodrigo Duterte en 2016, des milliers de
personnes ont été tuées dans une vague de violence cautionnée par l’Etat et sans
que les auteurs de ces exécutions extrajudiciaire de trafiquants et d'usagers
présumés de drogue ne soient inquiétés.
En
juillet 2019, Amnesty International a
publié un rapport intitulé "They
just kill": Ongoing extrajudicial executions and other human rights
violations in the Philippines ‘war on drugs’, dans lequel l’organisation
de défense des droits humains expose comment de hauts gradés de la police qui
supervisaient des opérations brutales à Manille ont été mutés dans la région de
Luçon centrale pour continuer d’y diriger une violente campagne d’homicides. Amnesty International considère que ces
homicides ont atteint un tel niveau qu’ils constituent des crimes contre
l’humanité. (cath.ch/coe/be)