Le 20 octobre 2024, le pape François présidera la messe de canonisation de 14 bienheureux, les reconnaissant officiellement comme saints. Il s’agit de onze martyrs, assassinés en Syrie au XIXe siècle, ainsi que de deux religieuses et d’un prêtre, tous les trois fondateurs d’ordres religieux.
Les onze «martyrs de Damas»
Au début du mois de l’été 1860, la ville majoritairement chrétienne de Zahlé, dans la vallée de la Bekaa, réputée imprenable, tombe entre les mains des milices druzes qui l’incendient. Voyant l’action impunie par l’Empire ottoman, pourtant censé protéger les minorités religieuses, les Druzes poursuivent leur massacre pendant plusieurs jours dans tout le Liban.
Le pogrom se poursuit à Damas en juillet, où de 4’000 à 6’000 chrétiens sont lynchés par les milices musulmanes. Parmi eux, les membres du couvent franciscain de Bab Tuma sont pris pour cible les 9 et 10 juillet.
Le supérieur de la communauté est alors le Père Emmanuel Ruiz, un carme déchaux espagnol. Quand éclate la révolte, il comprend que la mort est inévitable, et craignant que le tabernacle ne soit profané, se rend à l’église pour consommer les Saintes Espèces (les hosties consacrées). Il est interrompu par les assaillants et est décapité sur l’autel.
Sept autres religieux franciscains sont tués lors du massacre de Damas : les Espagnols Carmelo Bolta Bañuls, Nicanor Ascanio Soria, Nicolás María Alberca Torres, Pedro Nolasco Soler Méndez, Francisco Pinazo Peñalver, Juan Jacob Fernández et l’Autrichien Engelbert Kolland.
Trois maronites qui avaient pris refuge dans le couvent sont aussi tués: il s’agit de François, Abdel Mooti et Raphaël Massabki, un marchand de soie et ses deux frères qui soutenaient financièrement les franciscains. Ils furent jetés du haut d’une tour par les Druzes. Les 11 martyrs de Damas ont été béatifiés en 1926 par Pie XI.
Une religieuse canadienne
Marie-Léonie Paradis est née en 1840 dans une famille particulièrement pieuse d’Acadie (qui compte plusieurs évêques et un cardinal-archevêque de Québec). La jeune fille rejoint très jeune la Congrégation des sœurs marianites de la Sainte-Croix, un ordre enseignant et hospitalier, et fait sa profession religieuse à l’âge de 17 ans.
Elle travaille ensuite pendant huit ans dans un orphelinat de New York, période pendant laquelle sa congrégation connaît une douloureuse scission. Marie-Léonie est ensuite envoyée à Memramcook, où on l’encourage à fonder son propre ordre en 1880 : les petites sœurs de la Sainte-Famille. Sa communauté déménage à Sherbrooke au Québec, où elle connaît une forte croissance, avant de se répandre aux États-Unis, au Nicaragua et en Italie.
Marie-Léonie meurt d’un cancer en 1912. En 1984, après un premier miracle, elle a été béatifiée par le pape Jean Paul II lors d’un voyage au Canada. Le second miracle qui permet la canonisation est la guérison miraculeuse d’un enfant né prématuré avec de très graves problèmes de santé en 1986 au Québec. La miraculée est aujourd’hui enseignante de langues.
Fondateur des missionnaires de la Consolata
Le père Giuseppe Allamano (1851-1926) est un prêtre du Piémont connu pour être le fondateur de l’Institut des missions de la Consolata en 1901 et de sa branche féminine en 1910, deux ordres missionnaires spécialisés dans la première évangélisation. Sans jamais avoir quitté son diocèse, il a formé et envoyé des centaines de jeunes prêtres et de jeunes religieuses porter l’Évangile partout dans le monde.
Le prêtre italien est à l’origine de la Journée mondiale missionnaire, instituée par Pie XI en 1926. Son ordre, qui comptait 907 prêtres et 519 religieuses en 2023, a connu un coup de projecteur en 2022 avec la création cardinalice de Giorgio Marengo, préfet apostolique d’Oulan-Bator.
Le Père Allamano a été béatifié en 1990 par Jean Paul II. La guérison miraculeuse qui ouvre les portes de la sainteté au Turinois s’est déroulée en Amazonie en 1996. Sorino Yanomami, un indigène, est attaqué par une femelle jaguar qui d’un coup de patte lui fracture le crâne, faisant jaillir une masse encéphalique. Sans soins médicaux pendant huit heures, il est finalement transporté en avion à un hôpital.
À son chevet, six religieuses de la Consolata et un prêtre et un frère de la Consolata prient à côté de l’épouse du blessé, implorant le bienheureux Giuseppe Allamano. L’homme finit par se réveiller dix jours après l’opération. Il a pu ensuite reprendre sa vie, n’ayant subi aucune séquelle neurologique.
«L’Apôtre de l’Esprit-Saint»
Elena Guerra (1835-1914) est la fondatrice en 1911 de la Congrégation des oblates du Saint-Esprit, dites ‘sœurs de Sainte Zita’. Cette Italienne est entrée dans la vie religieuse après avoir assisté à une session du Concile Vatican I en 1870, et a fondé en 1882 les Oblates du Saint-Esprit à Lucques.
Par de nombreux courriers, la religieuse a ensuite encouragé le pape Léon XIII à renforcer la dévotion des catholiques pour l’Esprit-Saint. Jean XXIII, qui l’a béatifiée en 1959, la surnommait « l’apôtre de l’Esprit-Saint ». Son ordre était originellement consacré à l’éducation des jeunes filles, et une de ses premières élèves est sainte Gemma Galgani, mystique morte à 25 ans et canonisée en 1940. La congrégation d’Elena Guerra comptait 216 religieuses en 2023.
Le second miracle qui ouvre la porte à sa canonisation est la guérison miraculeuse d’un Brésilien tombé du haut d’un arbre qu’il élaguait. Devant un patient atteint d’une très grave lésion au cerveau compliquée par une pneumonie et une hépatite, les médecins interrompent la sédation pendant une journée et le déclarent en mort cérébrale. Des membres du Renouveau charismatique ont alors prié Elena Guerra : après 21 jours, la santé du patient s’est finalement améliorée, et il a pu reprendre une vie normale quelques semaines plus tard. (cath.ch/imedia/cd/mp)