La Syrie, épuisée par neuf ans de guerre, ne sera pas en mesure de résister si la pandémie du Covid-19 se déclare dans le pays, met en garde le Frère Georges Sabé, de la communauté mariste d’Alep. Sur le site Vatican News, il déplore que l’embargo imposé à la Syrie frappe également le secteur sanitaire.
"C’est une situation dramatique. Nous manquons, à cause de l’embargo, de beaucoup de matériel", insiste le Frère Georges Sabé
La Syrie
a confirmé dimanche 22 mars 2020 un premier cas de contamination au
coronavirus, une personne arrivée de l’étranger, comme l’a annoncé le ministre
syrien de la Santé, Nizar Al-Yaziji. Certaines voix s’interrogent toutefois sur
le nombre réel de malades, en raison de la propagation du Covid-19 dans tous
les pays voisins, comme la Turquie, le Liban, l'Irak ou encore l'Iran, où plus
de 1'500 morts ont déjà été recensés. Dans une Syrie encore en guerre, il est
difficile de faire des dépistages, et certains médecins sonnent l’alerte face à
des syndromes qui seraient ceux du virus.
Premières mesures
Le
ministère syrien de la Santé affirmait encore le 23 mars que "toutes les
analyses de laboratoire des cas suspects de coronavirus durant ces dernières 24
heures étaient négatives et qu’aucun nouveau cas n’était enregistré en
Syrie".
Le
gouvernement syrien s’est toutefois lancé dans la prévention, annonçant dès
vendredi 20 mars une série de mesures, telles que la fermeture de tous les
établissements scolaires jusqu’au 2 avril prochain. Deux centres de
quarantaines seront aménagés et équipés dans chacune des provinces du pays.
Dimanche 22 mars, ces mesures ont été renforcées, et les transports publics
suspendus.
Craintes d’une pandémie
Le Frère Georges Sabé vit à Alep, la deuxième ville du pays. Il fait part de la situation actuelle et lance un appel à la solidarité entre tous les pays du monde. "Aujourd’hui, Alep ressemble beaucoup à une ville aux trois-quarts paralysée. On n’a pas encore été avertis par les autorités sanitaires de la ville ni du pays de rester confinés. Les écoles et les universités ont été fermées. Tous les gens ont invités à rester chez eux, mais c’est une invitation, ce n’est pas encore une décision obligatoire pour tout le monde".
Il est urgent et nécessaire de lancer un dialogue profond et sincère pour le bien du peuple syrien !
Les
hôpitaux essayent de se préparer. "On fait attention, et n’oubliez pas que
nous avons subi pendant neuf ans la guerre, alors tout cela augmente chez les
gens d’une part l’espérance qu’un jour tout va être terminé, et d’autre part
aussi les craintes d’une pandémie".
Avec la
menace qui s'étend dans la région, la situation désastreuse que vit le pays
depuis neuf ans montre l'urgence et la nécessité de lancer "un dialogue
profond et sincère pour le bien du peuple syrien", assène pour sa part le
Père Victor Assouad. D’origine syrienne, assistant du Préposé général des jésuites
pour l’Europe occidentale, le Père Assouad explique que la situation devient
actuellement insoutenable pour les plus faibles.
"Tout le monde essaye de partir !"
Le jésuite constate par ailleurs une sensible diminution des communautés chrétiennes dans le pays. Déjà en 2017, le nombre des chrétiens en Syrie avait diminué de moitié, passant de 10 à 5% de la population totale – laquelle était de 20 millions de personnes en 2011. Dans d’autres zones du pays, l’effondrement a été vertigineux.
"A
Alep, par exemple – indique le Père Assouad à l'agence d'information vaticane
Fides – les quatre années de siège et de bombardement ont réduit les chrétiens
de près de 200'00 en 2011 à 20'000 actuellement... 90% des chrétiens auraient
quitté la ville. Toute la population souffre en Syrie et tout le monde essaye
de partir !"
Les deux tiers forcés de quitter leur domicile
Le vieillissement des familles chrétiennes et l'émigration constituent un signal alarmant. En termes relatifs, elles ont perdu dans les différentes régions de 50 à 77 % de leurs membres par rapport à l’époque précédant le conflit. "Les blessures provoquées par ces neuf années de guerre sont énormes, indique encore le religieux jésuite. Les deux tiers de la population, soit environ 6,5 millions de personnes, ont été contraints de quitter leur domicile, se déplaçant à l’intérieur du pays, mais nombreux sont ceux qui – aux alentours de 5 millions – ont fui à l’étranger, au Liban, en Jordanie et en direction de l’Europe".
Le Père Victor
Assouad souligne que la situation économique pèse sur la population. "Alors
que le dollar américain continue à voir sa valeur augmenter par rapport à la
monnaie locale, l’ensemble de l’économie nationale est pénalisée par les
sanctions internationales qui frappent surtout les personnes les plus pauvres".
Désormais à bout de forces
Des
sources locales indiquent que plus de 80 % des Syriens vivent en dessous du
seuil de pauvreté, 11,7 millions de personnes dépendant en ce moment des aides
humanitaires.
Parmi
les données les plus alarmantes, il ressort en particulier que 85 % de la
population ne disposent d’aucun accès à des sources d’eau propre pas plus qu’à
des services hygiéniques et sanitaires alors que 6 millions de personnes sont
désormais à bout de forces. (cath.ch/vaticannews/fides/be)