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    St-Maurice: l’Œuvre Saint-Augustin, 120 ans au service de la 'bonne presse'

    En fait l’histoire commence quelques années plus tôt autour du chanoine Louis Cergneux. Dès 1897, le jeune religieux de l’Abbaye de Saint Maurice développe l’apostolat par la presse. Il fait l’acquisition de deux machines et apprend la typographie. En juin 1899 paraît le premier numéro des «Echos de Saint-Maurice» qui relate la vie de la communauté.

    Le religieux met en place dans les sous-sols de l’Abbaye l’Imprimerie Saint-Augustin qui déménage l’année suivante dans un hangar loué aux Terreaux, à Saint-Maurice. En 1905, a lieu la constitution de la «Société de l’Oeuvre de Saint-Augustin SA à Saint-Maurice», avec l’ouverture d’une librairie / bibliothèque, et l’installation de la première communauté religieuse dans la bâtisse des Terreaux. En 1908, l’imprimerie et la communauté se déplaceront à la Grand-Rue.

    Née dans la clandestinité

    C’est dans un contexte de tension politico-religieuse, que les premières Sœurs de Saint- Augustin se sont engagées à Vernayaz en 1906. La cérémonie s’est déroulée dans la discrétion, car la Constitution fédérale interdisait de fonder de nouvelles congrégations religieuses. En fait, depuis deux ou trois ans déjà, celles qui se font appeler ‘Demoiselles de St- Augustin’ et qui ne portent pas de costume religieux s’adonnaient à des travaux de presse dans le cadre de la société anonyme, tout en ne vivant pas encore en communauté.

    Les bulletins paroissiaux

    «C’est ainsi que les ravages causés par la mauvaise presse suggérèrent aux promoteurs de l’Œuvre Saint-Augustin la pensée de réagir par l’apostolat de la Bonne Presse et d’organiser une Œuvre qui débuta très pauvrement,» écrira plus tard le chanoine Joseph Mariétan confrère et collaborateur du chanoine Cergneux et qui deviendra par la suite Abbé de saint Maurice.

    En 1908, le premier Bulletin paroissial est édité pour la paroisse de Vernayaz dont le chanoine Cergneux est le curé. «Le Bulletin, c’est l’Eglise qui vient vers les paroissiens», affirmait-il. «Il espère avoir fait aimer un peu plus le bon Dieu, connaître un peu mieux la religion, semé quelque bien chez tous.»

    En 1913 l’œuvre se lance dans un grand chantier pour la construction d’un vaste immeuble à la rue du Simplon, où elle réside encore actuellement. Suivent des années d’extension pour les Sœurs de St- Augustin: ouverture d’une librairie à Fribourg vers 1915, agrandie par un magasin d’objets religieux en 1918, fondation en 1917 d’une communauté à Lugano. La communauté s’investit aussi pour la fabrication et la vente de vêtements et d’objets liturgiques ainsi que de drapeaux.

    L’expansion des bulletins paroissiaux est assez fulgurante En 1925, ils atteignent déjà 130 paroisses de Suisse romande avec 35’000 exemplaires mensuels, auxquels il faut ajouter, 10’000 exemplaires pour la Suisse alémanique, qui les avait adoptés à son tour en 1924. Au printemps 1931, le Bulletin est utilisé par 175 paroisses de langue française et 60 de langue allemande.

    L’aventure duNouvelliste valaisan

    Une autre aventure du chanoine Cergneux et de Marie Sidler fut la création duNouvelliste Valaisan.AprèsLe Courrierde Genève (1868),La Libertéde Fribourg (1871) etLe Paysde Porrentruy (1873), le Valais catholique entend lui aussi disposer d’un journal capable de répandre la bonne parole face aux progrès du libéralisme, du socialisme et de l’anticléricalisme.Le Nouvellisteparaît pour la première fois le 17 novembre 1903.

    L’entreprise morale et éditoriale est aussi industrielle, car imprimer et diffuser un journal coûte cher. Le chanoine peut compter alors sur le soutien actif de son confrère Joseph Mariétan et d’un jeune journaliste Charles Haegler, revenu au pays après avoir travaillé dans divers journaux à l’extérieur. C’est lui qui sera rédacteur en chef et la plume duNouvelliste.

    Mais des dissensions apparaissent rapidement avec Haegler et le chanoine Cergneux en est écarté puisqu’il est envoyé comme curé à Bagnes. Un compromis est trouvé en septembre 1904, Saint-Augustin se chargera de l’impression et de la distribution du journal et Charles Haegler sera responsable de sa rédaction dont les bureaux seront séparés de l’imprimerie. Une situation qui se prolongera jusqu’en 1924.

    Pour remplacer les typographes en grève, les jeunes ‘demoiselles de Saint Augustin’ endossent le tablier d’ouvrières apprenant le métier d’imprimeur. Comme le firent quelque décennies plus tôt les sœurs de Saint Paul àLa Libertéde Fribourg.

    Tensions et départs

    A l’interne la congrégation connaît aussi de nombreuses préoccupations. 1914 marque un tournant avec l’élection du chanoine Mariétan à la tête de l’Abbaye. Devenu évêque Abbé de St-Maurice, il entend bien prendre et garder la main sur l’œuvre de saint Augustin. Les tensions avec le chanoine Cergneux et Mère Marie-Thérèse Sidler s’accumulent. L’Abbé finit par envoyer le chanoine au Tessin pour accompagner la fondation d’une nouvelle maison. Cet ‘exil’ et les difficultés de cette installation pèseront lourd sur la relation entre les deux fondateurs. A partir de 1918, le chanoine Cergneux se retirera peu à peu de l’œuvre et sera nommé curé de Salvan en 1920. Le contact sera cependant renoué quelques années avant sa mort en 1931.

    En 1926, sur les injonctions de Mgr Mariétan, Mère Marie-Thérèse doit renoncer à sa charge de supérieure générale et partir à Lugano. En 1928, face aux disputes sur l’orientation et la gestion de l’œuvre, une enquête est demandée à Rome. Elle se termine en 1930 par une réhabilitation de Mère Marie-Thérèse dans sa charge de supérieure et le retrait de l’autorité de Mgr Mariétan sur l’œuvre qui dépendra alors directement du pape.

    La maison d’édition

    Dès le départ, l’imprimerie de Saint Augustin produit aussi des brochures et des livres et endosse dès les années 1930 le métier d’éditeur. En 1934, le premier livre publié sous sa marque est un ouvrage de l’abbé Maurice Zundel. Parmi sa riche collection figurent entre autres de nombreux documents pontificaux dont saint Augustin est l’imprimeur et le diffuseur pour la Suisse romande. On décide alors d’agrandir la maison et la dotant notamment d’une nouvelle chapelle qui sera bénite en 1938. Mère Marie-Thérèse meurt le 29 février 1944 laissant un réputation de sainteté au sein de la communauté.

    En 1960 départ en mission

    A l’instar de plusieurs autres congrégations féminines suisses, saint Augustin se lance dans l’aventure de la mission en Afrique. En 1960, trois sœurs rejoignent Lomé au Togo pour prendre en charge l’école professionnelle de l’imprimerie de la mission. Une graine qui portera ses fruits puisque de nombreuses jeunes Togolaises entreront dans la congrégation dont elle prendront la relève.

    Restructurations: les années 1990 et 2000

    Les années 1990 sont marquées par la restructuration des activités de l’œuvre. Trois filiales sont issues en 1994 de la SA-mère: les Editions, les Librairies et l’Imprimerie. Les Sœurs se retirent de Fribourg en 1995 tout en maintenant, jusqu’en 2025, la librairie et le magasin d’objets religieux. Cette même année, elles quittent également Lugano et fondent une communauté au Burkina Faso.

    Les années 2000 seront marquées par d’importantes transformations, avec notamment la vente de l’imprimerie en 2003, la transformation de plusieurs bâtiments à Saint-Maurice. Une aile du bâtiment de la rue du Simplon est louée à la Médiathèque Valais, alors que le dépôt est transformé en salle de classe pour la Haute Ecole Pédagogique.

    Une supérieure togolaise

    En 2011, Sœur Marie-Reine Amouzou, du Togo est élue Supérieure générale de la Congrégation. C’est la première africaine à diriger la communauté. Après sa mort du Covid-19, elle est remplacée en 2022 par Soeur Evelyne Agbegninou. (cath.ch/mp)

    Trois questions à Soeur Franzisca HuberAncienne assistante générale, aujourd’hui responsable de la communauté de saint Maurice qui compte encore une dizaine de religieuses Sœur Franzisca Huber se réjouit de célébrer ce 120e anniversaire.Dans quels sentiments êtes-vous à la veille des 120 ans de l’œuvre?En tournant mon regard vers le passé, je suis très impressionnée par tout ce que les sœurs ont vécu et tout le travail accompli. Elles ont commencé dans les difficultés et la pauvreté, mais sont toujours restées fidèles à la mission donnée par leurs fondateurs, à savoir l’apostolat de la presse. Ce passé nous porte et nous encourage à poursuivre notre mission. Nous sommes aussi fidèles à la spiritualité de saint Augustin qui nous appelle à rester constamment à la recherche de la vérité et à la proclamer dans notre monde actuel.L’œuvre de Saint Augustin est une communauté religieuse, mais aussi une entreprise.Oui, nous avons été fondées comme une société anonyme (SA). Les sœurs ont toujours maintenu une activité professionnelle comme des employées rémunérées au sein de l’entreprise dans les métiers de l’imprimerie et de la librairie. Ce qui est assez unique dans la vie religieuse féminine et qui nous caractérise.Aujourd’hui la relève vient du Togo et Afrique.C’est un grand motif de joie, de satisfaction et de consolation de voir de jeunes Africaines reprendre la mission avec le même feu qui animait les fondatrices, en Europe, au Togo et au Burkina Faso. Cela nous permet de nous asseoir un peu dans la sérénité. MP

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