Lors d’un briefing le 11 octobre 2024, plusieurs membres du Synode sur la synodalité ont expliqué à la presse comment était abordée la question de l’inclusion des LGBT dans les débats actuels. Les 368 membres du Synode ont «conscience» de l’importance de ce thème – controversé – ont-ils notamment indiqué.
Si les débats restent à huis clos, en marge de l’assemblée synodale, la question LGBT fait couler beaucoup d’encre. L’association Outreach a ainsi organisé le 8 octobre un dialogue entre des catholiques LGBT et des délégués du Synode – parmi lesquels plusieurs cardinaux –, au siège des jésuites, à deux pas du Vatican.
Autour des tables du Synode, a indiqué le cardinal américain Joseph William Tobin, archevêque de Newark, «la préoccupation pastorale autour des ministères pour et avec les personnes LGBT n’est pas si évidente – comme certains le voudraient –, mais cela ne signifie pas que les gens n’en parlent pas». Le prélat membre du Conseil ordinaire du Synode et de la Commission pour l’information a assuré que les 368 membres avaient «conscience des défis particuliers et des devoirs de réponse à ce que la communauté LGBT nous réclame».
L’approche a changé
Le document de travail du Synode ne fait pas explicitement mention de l’accueil des personnes LGBT ou de l’orientation sexuelle. Mais il fait référence aux «personnes qui, pour différentes raisons, sont ou se sentent exclues ou en marge de la communauté ecclésiale ou qui luttent pour obtenir la pleine reconnaissance de leur dignité et de leurs dons au sein de celle-ci». Des termes qui englobent les personnes homosexuelles, a fait observer Mgr Shane Anthony Mackinlay, évêque de Sandhurst, au sud-est de l’Australie.
Le prélat fait partie de la Commission de rédaction du Document final. Il estime que l’approche a changé depuis la première session mondiale d’octobre dernier. «D’abord on ne commence pas à zéro, on se connaît les uns les autres», a-t-il noté. «Il n’y a plus tant de surprise sur le fait que dans la culture occidentale les questions LGBTQ soient significatives et importantes […]. Et les occidentaux ne sont pas aussi surpris que cela se pose de façon différente et ait une priorité différente dans d’autres parties du monde», a-t-il indiqué.
Fiducia supplicans, «un pas en avant significatif»
En outre, a poursuivi l’évêque australien, la publication en décembre 2023 de Fiducia supplicans, le document du dicastère pour la Doctrine de la foi ouvrant la voie aux bénédictions de couples homosexuels, a représenté «un pas en avant significatif». «D’une certaine façon c’est une réponse à certaines discussions de l’an dernier… Le pape n’a pas attendu le document final, il a déjà agi sur des choses qui étaient présentes dans les discussions et dans le rapport de synthèse», a-t-il déclaré.
La réception de Fiducia supplicans est loin d’avoir fait l’unanimité. Le texte a provoqué une levée de boucliers en particulier en Afrique où les évêques d’une large partie du continent ont refusé de l’appliquer. Et la publication de ce document sans préavis avait été critiquée par certains pour son caractère non synodal.
Pas de solutions qui valent pour tous
La philosophe et théologienne italienne Giuseppina De Simone, engagée dans le processus synodal en Europe, a souligné que ces «thèmes si délicats» devaient être considérés en tenant compte de «la diversité des contextes culturels». «Un des principes fondamentaux est de ne pas prétendre qu’il y ait des solutions qui valent pour tous, ce serait une forme d’impérialisme», a-t-elle insisté.
Les membres du Synode «réalisent que ce problème particulier est compris de façon différente dans le monde», a abondé le cardinal Tobin. Il a plaidé pour «travailler ensemble» sans «présumer qu’un pays a une clarté absolue sur le type de réponse [à apporter]».
Le cardinal a conclu en citant le prédicateur officiel du Synode, le dominicain Thimothy Radcliffe, qui lançait hier dans une prédication: «Beaucoup de gens veulent que ce Synode donne un oui ou un non immédiat sur diverses questions. […] Restez, quelles que soient vos frustrations à l’égard de l’Église. Continuez à questionner!» (cath.ch/imedia/ak/rz)