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    Giovanni Maria Vian, ancien directeur de "L'Osservatore Romano". © Cyprien Viet - I.MEDIA.

    «Tintin est immortel!» pour l’ancien directeur de L’Osservatore Romano

    L’arrivée du pape François en Belgique, le 26 septembre 2024, donne l’occasion de se repencher sur l’identité catholique du Belge le plus célèbre du monde: Tintin. L’historien italien Giovanni Maria Vian a fait entrer le célèbre reporter belge au Vatican lorsqu’il a dirigé le journal du Saint-Siège, L’Osservatore Romano, entre 2007 et 2018.

    Son bureau tapissé de références à Tintin a suscité la curiosité de ses visiteurs. Dans le contexte de l’arrivée du pape en Belgique, Giovanni Maria Vian revient avec Cyprien Viet, d’I.Media, sur sa passion.

    Comment êtes-vous arrivé à découvrir Tintin?
    Je n’ai découvert Tintin qu’à 30 ans, avec un ami qui était en fait mon conseiller de banque, et qui, sachant que je me rendais fréquemment en France, m’avait demandé de lui ramener des albums de Tintin. J’ai alors commencé à les lire, et j’ai trouvé cela extraordinaire !

    Les premières histoires sont un peu naïves, mais on voit au fur et à mesure Tintin prendre du souffle, de l’épaisseur. C’est toujours passionnant de les relire, de 7 à 77 ans! Encore maintenant, je les relis régulièrement.

    C’est une façon de découvrir l’histoire du siècle passé, par exemple la Chine des années 1930 avec Le Lotus bleu. Pour moi qui suis né en 1952, cela m’a permis de découvrir autrement notre histoire récente. Je suis passionné par la ligne claire, qui est un style typiquement belge, avec Tintin mais aussi d’autres séries comme Blake et Mortimer. J’aimerais bien avoir le temps de tout lire, mais comme je suis très pris par mes activités d’historien et de journaliste, je dois choisir !

    J’avais été agréablement surpris par l’affluence et l’engouement médiatique en France lors de ma venue au Collège des Bernardins, en janvier 2017, où j’ai débattu sur Tintin avec Jean-Luc Marion, Rémi Brague et Jean Duchesne. Tintin est belge mais, pour moi, il incarne la langue française, la culture française. Je l’ai toujours lu en français, car je pense que les traductions italiennes ne peuvent pas vraiment coller au style d’Hergé: comment, par exemple, traduire les imprécations du capitaine Haddock, comme «Tonnerre de Brest»?

    Tintin est né dans un journal catholique militant, Le XXe Siècle. Le climat idéologique de ses premières aventures justifie-t-il une relecture critique aujourd’hui?
    Tintin est né dans les années 1920, dans le contexte de la montée des totalitarismes. Les catholiques belges se situaient dans le camp conservateur, avec un très fort anti-communisme qui se ressent évidemment dans Tintin au Pays des Soviets. Mais toutes les accusations de collusion de Hergé avec le fascisme sont très anachroniques.

    Il appartenait à une société traditionnelle, qui avait sa part de clair-obscur, mais il est simpliste de dire qu’il appartenait à un milieu ‘d’extrême-droite’. En tant qu’historien, je sais qu’il faut toujours aller aux sources, chercher à comprendre en fonction d’un contexte. Accuser Tintin de racisme à cause de Tintin au Congo me semble ridicule.

    Le scoutisme a été un facteur d’inspiration pour Hergé dans la création du personnage de Tintin. A-t-il contribué à la promotion de l’esprit scout?
    Certainement! Moi-même j’ai eu une expérience de scoutisme assez brève, car j’arrivais toujours en retard, et j’ai fini par être expulsé! Mais Tintin, lui, est en effet toujours resté un scout.

    Mais c’était surtout un reporter. Il a contribué à ma passion pour le journalisme. Tintin m’est apparu comme un modèle… même s’il faut reconnaître qu’on ne le voit que très peu écrire, seulement dans Tintin au Pays des Soviets, où on le voit écrire à la main. Mais il est toujours curieux, c’est un reporter du terrain. Il aime aussi les livres, les journaux, il se documente énormément. La curiosité c’est la caractéristique fondamentale pour un journaliste comme pour un chercheur, un historien. Et puis en voyant ma houpette sur les photos de mon enfance avec ma maman, je m’identifie à lui!

    Les histoires sont très bien construites, elles ont d’ailleurs suscité une littérature abondante, avec de véritables exégèses de Tintin. J’aime particulièrement les albums centraux, où l’on retrouve bien la maturité de Tintin, dans des ambiances très différentes.

    Il vous inspire donc dans votre propre vie d’historien et de journaliste?
    En effet ! J’avais mis longtemps mis en exergue sur mon profil Whatsapp la première phrase prononcée par Tintin, quand il s’adresse à Milou dans la deuxième case de Tintin au Pays des Soviets: «Allons Milou, fais tes adieux à tous ces messieurs». Mais je l’ai finalement changée pour mettre, au contraire, la dernière parole de Tintin dans L’Alph-Art, alors qu’il est prisonnier et menacé de mort à Ischia. «Milou ! attends… je vais te donner un message… et tu le donneras au capitaine… au capitaine, bien compris?».

    J’y vois un signe d’ouverture vers l’avenir, vers l’espérance. Cette aventure inachevée, qui est d’ailleurs la seule à se dérouler en Italie, peut laisser libre cours à toutes les interprétations. Mais pour moi, Tintin ne peut pas mourir ! Il est immortel.

    Est-il légitime de considérer Tintin comme un héros catholique?
    Il est fascinant de chercher à repérer les traces du catholicisme de Tintin. Je suis helléniste et j’ai travaillé sur les textes des Pères de l’Église: Tertullien disait que l’âme est «naturellement chrétienne», et pour moi, Tintin est «naturellement chrétien». Il est chrétien mais n’a pas besoin de le dire! Certains dessins en dehors des albums présentent des symboles religieux explicites, comme certaines couvertures de Noël du journal Tintin, mais les albums sont plus discrets sur ce plan. Ce qui ne veut pas dire que Tintin ne soit plus chrétien, au contraire! Il l’est naturellement, notamment dans son rapport aux plus faibles, et dans sa fidélité à ses amis.

    Il n’a pas de famille connue mais il a de grands amis, à commencer par Milou, puis le capitaine Haddock, le professeur Tournesol… Certaines analyses le présentant comme un homosexuel habité par des pulsions cachées, sous prétexte qu’il n’a pas de fiancée, me semblent stupides.

    Le fait qu’il n’ait pas de famille lui donne la liberté, une ouverture au monde et à l’univers, avec ses aventures sur la Lune. J’ai même dans ma bibliothèque une reproduction de la fusée de Tintin qui m’a été offerte par Gérard Larcher, votre actuel président du Sénat, qui était venu me rencontrer lorsque je dirigeais L’Osservatore Romano et que lui était à la tête du groupe France-Saint-Siège.

    Savez-vous si des papes ou des cardinaux ont lu les albums de Tintin?
    Je ne sais pas si des papes ont connu Tintin… Mais il est probable que Jean XXIII, qui avait été nonce en France, et Paul VI, très attentif à la culture contemporaine, aient pu être en contact avec ses albums. C’est une hypothèse qui m’amuse beaucoup, moi qui suis un “montinien tintinien”!

    Je n’ai pas eu l’occasion d’en parler ni avec Benoît XVI, ni avec François. Par contre, j’ai développé une complicité tintinophile avec l’archevêque de Barcelone, le cardinal Omella, qui est très francophile et qui m’a offert une collection complète de ses albums.

    La bande dessinée doit-elle être considérée comme une forme de littérature à part entière?
    Absolument! Il ne s’agit pas du tout d’un art mineur. La bande dessinée classique, la ligne claire, c’est un sommet de la littérature. Hergé aurait très bien pu recevoir le prix Nobel de Littérature. Si Dario Fo et Bob Dylan l’ont reçu, pourquoi pas lui? (cath.ch/imedia/cv/gr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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