Après la démission du président bolivien Evo Morales, le Conseil National des Églises chrétiennes du Brésil (Conic), regroupant plusieurs organisations chrétiennes, a exprimé son inquiétude sur l’instrumentalisation de Dieu pour justifier la prise de pouvoir autoritaire et néolibérale en Amérique latine.
"'Dieu au-dessus de tout' a été utilisé par
des extrémistes tout au long de l’histoire pour implanter des régimes
économiques et politiques autoritaires et violents, rappellent d’abord les
signataires du communiqué du Conic,
publié le 12 novembre 2019. Les nazis ont ainsi utilisé pendant des années le
nom de Dieu et les éléments de la foi chrétienne pour justifier leur idéologie
et leurs crimes. Dans le manifeste du parti nazi, Hitler a même été jusqu’à
demander à Dieu de bénir les armes allemandes".
Le scénario a été identique avec les membres de
la secte fondamentaliste d’extrême droite du Ku Klux Klan, en Amérique Nord. "Pour
adhérer au groupe, les membres devaient être chrétiens, en plus d’être blancs
et nés aux Etats-Unis, soulignent les membres du Conic. Une Bible était
utilisée lors du baptême d’un nouveau membre, et les versets des Romains 12
étaient notamment lus durant les cérémonies".
Quelques décennies plus tard, le problème touche
désormais le continent latino américain. "En Amérique latine, nous
assistons à l’instrumentalisation du christianisme pour que des groupes de
vieilles oligarchies se réapproprient les espaces politiques et mettent en
place des programmes autoritaires et néolibéraux au détriment des peuples",
dénonce le communiqué.
Au-dessus de tout et tous
L’exemple souvent cité est celui du président Jair Bolsonaro, élu à la tête du Brésil en janvier 2019. Cet ancien catholique désormais membre de l’Église évangélique 'Igreja Batista Atitude' est en effet devenu, durant sa campagne, le symbole de l’instrumentalisation de Dieu, exprimé à travers sa devise: "Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous".
Avec un gouvernement qui compte aujourd’hui une demi-douzaine de ministres proches de différentes églises évangéliques, un parlement où de nombreux membres affichent ouvertement leurs convictions chrétiennes –au point d’en faire parfois un argument électoral– et des représentants au sein de différentes instances des pouvoirs législatifs et juridiques, ce sont des pans entiers de l’État brésilien qui servent une politique ouvertement assumée de "libéralisme économique" et de "sécurité".
Un putsch, "Bible à la main"
La Bolivie pourrait bien prendre un chemin semblable
dans les mois à venir.
"L’entrée avec la Bible à la main, dans le Palais du Gouvernement, du
groupe politique qui a forcé Evo Morales à renoncer à son mandat de président
et à s’exiler au Mexique, illustre le lien dangereux entre la politique
autoritaire et l’instrumentalisation de la religion", ont souligné les
membres du Conic.
Et de rappeler que la Bolivie est un pays
plurinational, formé par une population indigène qui maintient sa culture et
ses traditions de manière vibrante. "Imposer la Bible de force et réaliser
des actions violentes contre les personnes pauvres et la population indigène,
au nom du Dieu chrétien, revient à répéter les pratiques colonialistes du
passé, ont estimé les signataires du communiqué. La différence, c’est que
cette fois, le colonialisme est néolibéral et que le Dieu qui motive cette
pratique est le Marché, pas le Dieu aimant et miséricordieux que nous
connaissons dans l’Évangile". (cath.ch/jcg/gr)