Un prêtre de l'archidiocèse de Detroit, aux Etats-Unis, doit fait face à une poursuite intentée par les parents d'un adolescent qui s'est suicidé l'an dernier. Les parents estiment que l'homélie du Père LaCuesta, lors de la messe de funérailles de leur fils, leur a causé "un tort et une douleur irréparables". Ils réclament 25'000 dollars de dédommagements.
Les parents du jeune homme qui s'est suicidé en décembre 2018 ont intenté
une poursuite contre le Père LaCuesta, ainsi que contre la paroisse et l'archidiocèse
de Detroit, réclamant 25'000 $ en dommages et intérêts, rapporte Catholic News Agency (CNA).
"Aucun parent, aucun frère ou sœur, aucun membre de la famille ne devrait
jamais, jamais, jamais avoir à subir ce que nous avons vécu ", a souligné la
mère dans une déclaration publiée par les avocats de la famille.
Dans son homélie, que l'archidiocèse a publié en entier, le prêtre avait certes
rappelé que le suicide est un acte contraire à la volonté de Dieu, mais il avait
aussi souligné la miséricorde divine face au suicide.
Respecter les vœux de la famille?
La famille avait rencontré le Père LaCuesta avant la messe des funérailles
pour discuter du service. Le couple lui avait alors dit qu'il voulait que les
funérailles soient une célébration de la vie et de la bonté de son fils. Ils n'avaient
pas dit au prêtre, ni publiquement, que leur fils s'était suicidé. Lors de la
messe, le père s'était approché du prêtre pour lui demander d'arrêter d'évoquer
le suicide de son fils. Ce que le prédicateur n'a pas fait. A-il dès lors
commis un délit canonique ou civil en ne respectant pas les demandes de la
famille?
Attentif à la douleur des personnes présentes
Les normes liturgiques de l'Église pour les funérailles stipulent que le
prédicateur doit être "attentif à la douleur des personnes présentes",
a rappelé à CNA Mgr Robert Dempsey, professeur de liturgie. Chaque fois que
c'est possible, il devra impliquer la famille dans la planification des rites
funéraires mais le contenu de l'homélie est finalement de sa responsabilité.
Selon Mgr Dempsey, "les demandes raisonnables d'intimité et de
sensibilité de la part d'une famille devraient être honorées; les demandes qui
sont contraires à la croyance de l'Église ou à la discipline liturgique ne
devraient pas l'être". "Personne n'a le droit d'entendre seulement
les aspects de la parole de Dieu qu'il accepte ou de recevoir les sacrements
selon sa préférence ou sa compréhension." "Dans le cas de Detroit, un
minimum de bon sens et de compassion aurait pu éviter une multitude de malheurs
pour tous les intéressés", a cependant commenté Mgr Dempsey.
Plainte à l'archidiocèse
Après les funérailles, la famille s'était plainte à l'archidiocèse de
Detroit, demandant que le Père LaCuesta soit retiré de la paroisse. L'archidiocèse
a annoncé qu'à l'avenir le Père LaCuesta ne prêcherait plus aux funérailles et
qu'il ferait réviser ses autres homélies par un prêtre mentor.
L'idée qu'il puisse s'agir d'une question judiciaire est impensable
Pour le Père Pius Pietrzyk, professeur de théologie pastorale, la poursuite
civile ne devrait pas avoir gain de cause, car " aucun tribunal, ni
au Michigan, ni au niveau fédéral, ni à la Cour suprême, n'appuiera ce genre de
poursuite délictuelle, et ils ne demanderont certainement jamais à l'Église de
destituer un prêtre.".
"Le couple peut avoir des désaccords légitimes avec l'homélie et la façon dont les funérailles ont été menées, mais l'idée qu'il s'agit d'une question judiciaire, l'idée que les tribunaux devraient s'en mêler, est tout simplement contraire à toute la jurisprudence constitutionnelle des Etats-Unis. Cela n'ira nulle part.", a-t-il commenté. (cath.ch/cna/mp)