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  • DOSSIERS

    Vierge parturiente, Fribourg, XIVe siècle, Musée National Suisse Zurich

    Bible et stérilité: d'autres façons de donner et promouvoir la vie

    [Série de l'Avent] La naissance de Jésus est fêtée à Noël, au terme des quatre semaines de l'Avent, symbole de l'attente de cette naissance. Dans nos existences, l'attente d'un enfant peut parfois se prolonger indéfiniment. Comment la Bible met-elle en scène les naissances et le temps qui les précèd...

    Contenu du dossier
    Vierge parturiente, Fribourg, XIVe siècle, Musée National Suisse Zurich
    Actualités

    Bible et stérilité: d'autres façons de donner et promouvoir la vie

    Détail du tableau
    Actualités

    Samson, le "petit soleil" qui nous éclaire sur le Christ

    Sarah amène à Abraham sa servante Agar, toile de Matthias Stomer, 1638, Musée Condé de Chantilly
    Actualités

    Jean Pierre Rosa: "La Bible est une histoire de génération"

    Actualités

    Chantal Reynier: «Par le oui de Marie, Dieu prend chair»

    Crèche de la chapelle de Greccio Fresque d'un auteur giottesque du 14e siècle avec la Vierge allaitant Jésus et Joseph méditant
    Actualités

    La Nativité de Jésus et l'attente messianique

    Le repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Egypte - Orazio Gentileschi, XVIIe s.
    Actualités

    La Sainte Famille: un modèle non conventionnel

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    Vierge parturiente, Fribourg, XIVe siècle, Musée National Suisse Zurich © Maurice Page

    Bible et stérilité: d'autres façons de donner et promouvoir la vie

    Pour la bibliste Monique Dorsaz, la stérilité est une épreuve face à l’appel biblique à «fructifier et à se multiplier». Si le récit des femmes stériles, à qui Dieu accorde un fils, souligne le miracle de la vie et le don de Dieu, enfanter n’est pas la seule façon de donner et promouvoir la vie.

    Carole Pirker

    La maternité est-elle une condition fondamentale du statut de la femme?
    Si la question de la maternité est cruciale, le terme «mère» ne désigne pas seulement celle qui a enfanté. La juge Déborah, par exemple, est désignée comme «mère en Israël» (Jg 5,7) alors qu’on ne lui attribue aucun enfant. Dans un sens biblique, le terme «mère» est donc plus large et invite à d’autres façons de donner et de promouvoir la vie. C’est fondamental pour toute femme.

    L’homme semble ne jamais être considéré comme étant la cause de l’infertilité…
    Ce n’est pas le cas! La Bible évoque «la stérilité masculine» dans un texte du Deutéronome: «Il n’y aura chez toi pas d’homme stérile, ni de femme stérile» (Dt 7,14). C’est dire qu’à une époque ancienne, on avait peut-être des préjugés machistes, mais on n’ignorait pas qu’un homme pouvait avoir des problèmes de stérilité.

    Monique Dorsaz
    Monique Dorsaz @ B. Hallet

    Comment la stérilité est-elle considérée et vécue dans la Bible?
    Face au besoin de poursuivre la lignée et d’être reconnues comme femmes, l’incapacité à enfanter est vécue comme une véritable épreuve. Socialement, elle est aussi l’objet de mépris, d’opprobre et de souffrance. «Donne-moi des fils ou je meurs» (Gn 30,1), exhorte Rachel à l’encontre de son mari Jacob. Anne, elle, se laisse aller au chagrin, pleure et refuse de manger (1 S 1, 7). Les sentiments qui lui sont liés vont de la jalousie face aux autres femmes qui enfantent (Gn 30,1), à la honte (Gn 30,23 ; Lc 1,25).

    Y a-t-il à cet égard une différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament?
    Oui, le Nouveau Testament n’est plus focalisé sur la procréation. Il valorise davantage une fécondité plus large, tel un arbre qui porte de bons fruits, avec l’idée de faire fructifier la vie en nous et autours de nous (Lc 6, 44).

    La stérilité est le lot commun de figures féminines importantes. Comment le comprendre?
    C’est vrai qu’il y a une tension entre l’invitation à «fructifier et à se multiplier» et la difficulté d’enfanter. Stérile, Sarah doit attendre d'être âgée de plus de quatre-vingt-dix ans pour donner un fils à Abraham. Rachel, quant à elle, est jalouse de sa sœur Léa à la fécondité insolente. Anne, la future mère du prophète Samuel, est aussi dans ce cas. Leur récit renvoie à un thème récurrent de la Bible, un fils accordé par Dieu à une femme stérile.

    Que nous racontent aujourd’hui ces naissances tant attendues?
    Elles soulignent l’improbabilité, le miracle de la vie. Cette attente prolongée nous fait deviner qu’il va s’agir d’un enfant à la destinée exceptionnelle. C’est le cas d’Isaac, Jacob et Esaü, Joseph, Samuel, Samson puis Jean-Baptiste. Si la longue attente avive la «prise de conscience» que cet enfant est un don de Dieu, ces cas particuliers soulignent que toute naissance est extra-ordinaire. Elle est, cela dit, un don, et non un «dû» ou une possession, Anne en a clairement conscience. Elle qui n'avait vécu que dans le désir d'avoir un enfant, le «cèdera» à Dieu (1 S 1,27-28). C’est en présentant son enfant au temple, qu’Anne prononcera d’ailleurs l’un des plus beaux cantiques de la Bible.

    À quelles solutions ces femmes infertiles recourent-elles?
    Il y a la solution pragmatique : tout comme Sarah, Rachel et Léa envisagent une maternité de substitution en invitant leur mari à aller vers la servante (Gn 16,2 ;30,3.9). Une autre option est «la médecine naturelle»: Rachel et Léa se transmettent des «pommes d’amour», aux vertus soit aphrodisiaques, soit curatives contre la stérilité (Gn 30,14-17). Il y a aussi la solution croyante: Anne prie au temple et demande un enfant à Dieu.

    Stérile, Anne s'est rendue au temple pour demander à Dieu de lui donner un enfant (haut). Elle donna naissance à un fils (bas). William de Brailes, vers 1250 encre et pigment sur parchemin
    Stérile, Anne s'est rendue au temple pour demander à Dieu de lui donner un enfant (haut). Elle donna naissance à un fils (bas). William de Brailes, vers 1250 encre et pigment sur parchemin @ Domaine public

    Les hommes aussi cherchent des solutions à l’infertilité...
    Abraham pense d’abord à l’adoption, avant d’obéir à sa femme. Isaac intercède auprès du Seigneur (Gn 25,21). Quant au mari d’Anne, Elqana, il fait aussi un vœu (1 S 1,11.21).

    «Mères de substitution», nous ne sommes pas loin de la gestation pour autrui …
    Oui, il y a des ressemblances et aussi des différences. Les nouvelles techniques de procréation nous replacent face aux questions déjà présentes dans la Bible: que peut-on faire en respectant l’identité de chacun. La Bible ne donne pas de recette toute faite à ces questions actuelles. Elle prend en revanche soin de ne pas brouiller les identités. Elle ne dit par exemple jamais qu’Ismaël, fils d’Abraham et de la servante Agar, serait le fils de Sarah. C’est un élément important par rapport au droit de l’enfant de connaître ses géniteurs.

    La conception virginale et de la naissance de Jésus est le point culminant d’une série biblique de guérisons de stérilités par miracle. Comment l’appréhender?
    Le fait qu’un enfant soit conçu trop tard ou trop tôt - ce qui le cas de Marie - est une sorte de signature de Dieu. La virginité de Marie est «signe» claire de son intervention. La prophétie d’Isaïe a aussi été lue ainsi: on attendait un tel signe sortant de l’ordinaire.

    Quel message la Bible offre-t-elle aux couples stériles?
    Elle donne des compagnons de route à ceux qui ont mené le parcours du combattant contre la stérilité. Elle invite surtout à voir plus large. Il est réducteur de ne penser la fructification que par rapport aux enfants. Il existe tant de façons de devenir un arbre qui porte de bons fruits (Ps 1,3), ou de porter les fruits de l’Esprit (Ga 5,22).

    Comment la nativité peut-elle être reçue par eux?
    Comme une très bonne nouvelle pour tous. Personne n’est le maître absolu de sa fertilité. Il y a cependant un appel adressé à tous à nous laisser engendrer d’en-haut. Chaque temps de l’Avent et de Noël est une occasion de lui demander comment il veut prendre chair en moi, s’incarner aujourd’hui parmi nous. (cath.ch/cp)

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    Détail du tableau "Samson et Dalila", par Matthias Stom (1615-1649)

    Samson, le "petit soleil" qui nous éclaire sur le Christ

    Naissance annoncée par un ange, vie consacrée, il existe des similitudes frappantes entre Samson et Jésus. Mais qu'est-ce que peut nous dire cette figure de l'Ancien Testament sur la venue du fils de Dieu et le temps d'attente qui la précède? Des éléments de réflexion avec Débora Kapp, pasteure et conteuse à Fribourg.

    Raphaël Zbinden

    "Je n'arrive pas encore à raconter entièrement

    l'histoire de Samson, parce qu'elle m'impressionne trop", confie Débora

    Kapp. La voix posée et sage, le cheveu grisonnant, la pasteure fribourgeoise a

    des airs de matriarche biblique. En parlant de Samson, on ressent que la

    conteuse se transporte dans la Palestine antique, dans les déserts brûlants,

    les cités vibrantes et les vergers d'oliviers gris argent. Et pour pouvoir transmettre

    au mieux la force de ces récits, elle tient à s'approcher de la palette de sens

    qu'ils peuvent déployer.

    Plus qu'un "gros bras"

    Dans ce paysage biblique, la figure de Samson tient une

    place particulière. Car le personnage est "fort", et même beaucoup

    plus symboliquement que physiquement. Débora Kapp estime que le guerrier

    chevelu, dont le nom peut vouloir dire "petit soleil" [shimshon] en hébreu, porte un éclairage

    inattendu sur l'Evangile.

    Il y a en tout cas beaucoup plus à voir en cette figure qu'un

    "Rambo" au service d'Israël, qui fait revoir leur copie à ces

    Philistins "non-circoncis"."Cela ressemble à une histoire pour

    les enfants, note Débora Kapp. Avec des éléments beaucoup plus évocateurs,

    romanesques et spectaculaires que dans d'autres parties de l'Ancien Testament.

    Au premier abord, le récit paraît simple, voire un peu ridicule. Mais en le

    travaillant, on constate que c'est plus complexe et que ce 'gros bras' aux

    allures de macho a plus d'un tour dans son sac".

    Débora Kapp s'exerce aux contes et à la narration biblique
    Débora Kapp s'exerce aux contes et à la narration biblique @ Raphaël Zbinden

    Samson nous renseigne sur la façon empruntée par Dieu pour

    se donner à voir et à comprendre, estime la pasteure. "Oser un

    rapprochement entre Samson et Jésus amène un relief peut-être différent à ce

    que nous pensons connaître de ce dernier". La Nativité est aussi une

    "histoire pour enfants", dont on découvre progressivement les

    multiples dimensions. La naissance de Samson, comme celle de Jésus, est annoncée

    par un ange. Pour Samson, l'envoyé de Dieu ordonne à sa mère d'avoir un régime

    particulier durant sa grossesse, détail inédit dans la Bible, puis d'élever

    l'enfant comme un nazir, c'est-à-dire mis à part pour une tâche spéciale qui consistera

    pour lui à "commencer à sauver" le peuple. Selon Nombres 6, les nazirs étaient des femmes ou des hommes qui

    s'engageaient, par vœu personnel et sur une période déterminée, à ne pas se

    couper les cheveux, ni à consommer le fruit de la vigne sous quelque forme que

    ce soit et à respecter les règles de pureté pour se consacrer durant ce temps

    choisi à Dieu.

    Comme Jésus, Samson naît avec une mission, il hérite d'une

    histoire. Les deux auront également une mort de type "sacrificielle".

    Et ils sont tous deux qualifiés de "sauveurs".

    Un sauveur qui "questionne"

    "Je me suis longtemps demandé en quoi Samson pouvait

    être 'sauveur', explique Débora kapp. Pour avoir écrabouillé quelques milliers

    de Philistins? Je ne crois pas. Pour moi, il ne sauve pas par le combat armé,

    mais par un 'repositionnement'. Les Philistins sont-ils des méchants? Lui dit:

    ce n'est pas si simple, je tombe amoureux de trois femmes de ce peuple et je

    fais la bringue avec trente Philistins à mon repas de mariage. Il a une

    attitude pour le moins paradoxale avec l'ennemi du peuple qui subit sa

    domination. Là se niche peut-être son œuvre salvatrice, dans l'acte de

    brouiller les pistes et de questionner les évidences. C'est un salut inattendu,

    imprévisible qui, transposé sur Jésus, nous interroge sur ce que nous entendons

    sous la phrase 'Jésus nous sauve'". Pour Débora Kapp, cette alliance avec

    un "ennemi héréditaire" rappelle les actes de Jésus, qui se rendait

    surtout auprès de ceux qui n'étaient pas forcément (en apparence) les plus

    proches de Dieu.

    Fort et doux

    Mais le fil rouge de Samson, c'est aussi ce rapport entre la douceur et la force. Cette tension entre deux opposées est symbolisée dans le fameux épisode où il tue un jeune lion et retrouve par la suite un nid d'abeilles dans sa carcasse et donc du miel, qu'il recueille à mains nues. "Du fort peut sortir le doux". "Cette relation force/douceur est aussi une manière qui désigne l'agir de Dieu, en Jésus et par ailleurs. Un agir où la douceur n'est pas de la mollesse et où la force n'est pas de la brutalité".

    "Dieu se donne à voir pleinement et de manière éphémère, perceptible et insaisissable"

    Comment comprendre l'attitude apparemment faible et soumise

    de Samson face aux femmes? "Sa tendance à succomber au charme féminin est

    plus une force qu'une faiblesse, estime Débora Kapp. Par le fait de se lier à

    des Philistines, il montre qu'il est un esprit libre, avec la capacité de

    s'abandonner, de se donner". Ce don de soi se retrouve en Jésus.

    "Peut-être que finalement, c'est lui qui dupe Dalila, en acceptant d'être

    mené où elle le veut".

    Attendre "l'impossible"

    Par son sacrifice, Samson, comme le Christ, amène son peuple

    vers une nouvelle espérance. En cela, la mention de la stérilité de sa mère

    (qui n'est pas nommée dans le texte) a son importance. Cela fait peut-être écho

    à la stérilité du peuple, incapable de rester dans une relation vivante avec

    son Dieu. Mais une nouvelle aube point. L'ange lui annonce que dans cet

    impossible, elle aura un enfant.

    Lors de la seconde venue de l'ange répondant à la demande

    empressée du père, c'est la mère qui est à nouveau visitée. Et là, elle "shabbate"

    dans un champ. Là, elle est inactive, en suspens, disponible. Un champ est un

    espace intermédiaire: ni totalement sauvage, ni cultivé, plutôt en jachère, au

    repos, broussailleux, aux abords des habitations. "Cette mère me fait

    penser à Elisabeth par sa stérilité et à Marie par sa disponibilité", note

    Débora Kapp. Le père, Manoah, rappelle plutôt Zacharie dans son incrédulité. Il

    demande un signe. Mais dans le royaume biblique, les signes ne sont souvent

    donnés que de façon fugace et surprenante. Dieu se donne à voir pleinement et

    de manière éphémère, perceptible et insaisissable.

    Ces champs en jachère en nous-mêmes

    La naissance de Samson est tout le temps habitée par "ce qui est vu-qui n'est pas vu". L'ange apparaît un moment aux yeux des parents de Samson, mais disparaît très vite dans une flamme. "Le récit nous indique déjà ce mouvement de croire sans voir. Tout comme ce petit enfant sans défense dans la crèche est notre sauveur".

    La mère de Samson, visitée dans un champ, peut inspirer le chrétien pour le temps de l'Avent, assure la pasteure fribourgeoise. "Quels sont aujourd'hui ces champs, autour de nous et au-dedans de nous, où nous sommes comme vacants, ces espaces à la limite du sauvage et du maîtrisé où peut survenir un inattendu qui ouvre à un avenir inédit à vivre?" (cath.ch/rz)

    Débora Kapp est pasteur "généraliste" et francophone à la paroisse réformée de Fribourg, qui a la particularité d’être bilingue. En plus de ce ministère à plein temps, elle s’exerce aux contes et à la narration biblique, avec un intérêt marqué pour le répertoire dédié aux ados et aux adultes. Ainsi, lui arrive-t-il de conter divers récits mythologiques au musée romain de Vallon et à celui de Bible et Orient à Fribourg.

    Samson et Dalila

    L'histoire de Samson et Dalila est racontée dans le Livre des Juges aux chapitres 13 à 16, de l'Ancien Testament. Le récit se situe à une époque où certaines tribus israélites sont sous la domination des Philistins. Ce peuple était établi dans la région littorale sud de la Palestine, autour de la ville de Gaza.

    Samson est le fils de Manoah, de la tribu de Dan. La femme de Manoah, jusqu’alors stérile, apprend de l’ange de Dieu qu’elle enfantera un fils qui commencera à délivrer Israël des Philistins. Cet enfant devra être consacré à Dieu, avant même sa naissance. En tant que "Nazir", Samson est donc soumis à des lois qui impliquent notamment que le rasoir ne passe jamais sur sa tête et qu’il ne consomme jamais d’alcool.

    Samson est présenté comme un héros d’une force herculéenne, qu’il doit, selon la toute fin du récit biblique, à sa longue chevelure. Ainsi Samson tue un lionceau à mains nues. De même, il tue trente hommes d’Ashkelon pour les dépouiller de leurs habits. Trahi et livré par des membres de son peuple appartenant à la tribu de Judas, il est fait prisonnier par les Philistins. Il parvient à défaire ses liens et, armé d’une mâchoire d’âne, il défait les 1'000 Philistins.

    Mais l’épisode le plus célèbre est sa séduction par Dalila. Celle-ci est sollicitée par les Philistins, pour qu’elle les aide à découvrir le secret de la force de Samson. Elle séduit alors le guerrier et apprend que sa force lui vient de sa chevelure de nazir, car il est consacré à Dieu. Dalila le trahit et après avoir rasé les sept tresses de Samson elle appelle des Philistins pour qu’ils lui crèvent les yeux.

    Enfermé par ses ennemis à Gaza, Samson est sorti du cachot pour les divertir. Alors qu'il doit être sacrifié à leur dieu Dagon, ses cheveux ont commencé à repousser et sa force s'est en partie reconstituée. Il est placé entre deux colonnes et implore Dieu de le rendre assez fort. Il écarte les colonnes du palais à mains nues afin de le faire s’écrouler, tuant ainsi avec lui plusieurs milliers de Philistins. RZ

    Source: chrétiensaujourdhui.com

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    Sarah amène à Abraham sa servante Agar, toile de Matthias Stomer, 1638, Musée Condé de Chantilly

    Jean Pierre Rosa: "La Bible est une histoire de génération"

    La figure du fils premier né occupe une place centrale dans l'histoire de la Bible. D'Adam à Jésus en passant par Abraham et le roi David, tout se joue sur la filiation. La femme est considérée quasi exclusivement dans sa capacité à procurer une descendance à son époux, explique le bibliste Jean Pierre Rosa.

    Maurice Page

    La Bible s'inscrit très clairement dans une société patriarcale.
    C'est l'homme qui domine qui donne sens à l'existence de sa famille, de son clan. C'est l'univers tribal du Proche-Orient ancien et du bassin méditerranéen. Ce monde nous est aujourd'hui totalement étranger. Depuis les années 1960, la société est beaucoup plus égalitaire avec moins d'instance sur la généalogie au sens de statut social.

    Vous soulignez que dans la Bible la femme est considérée quasi-exclusivement dans sa capacité à procurer une descendance à son époux.
    On le voit bien avec Abraham, le père des croyants, et sa femme Saraï (Princesse). Saraï est stérile, elle ne peut pas donner d'enfant à son mari qui a pourtant reçu de Dieu la promesse d'une descendance "nombreuse comme le sable de la mer". Que fait-elle? Elle offre à son mari sa servante Agar pour qu'elle lui procure une descendance. Elle utilise le lien de domination sur sa servante pour satisfaire son seigneur. Nous avons là un exemple typique de la soumission de la femme et de l'ensemble du corps social à ce principe qui veut que la descendance masculine soit la chose la plus essentielle.

    "Une course à la procréation s'engage entre les deux sœurs Léa et Rachel"

    Saraï finira cependant par avoir un fils: Isaac.
    Saraï s'est soumise à l'idée que son mari fasse des enfants à sa servante. Quand, contre toute attente, elle conçoit elle-même, elle refuse d'y croire. Elle ne voit pas bien pourquoi Dieu s'intéresse à elle, alors qu'elle a fait son 'travail'. Elle trouve cela drôle et hors de propos.
    Une séquence du même genre se rejoue deux générations plus tard, autour de Jacob. Il a deux femmes: Léa et sa sœur Rachel, sa préférée. Comme ni l'une ni l'autre ne peuvent, au départ, avoir d'enfant, elles font comme Sarah. Elles utilisent leurs servantes pour servir de substitut à leur fécondité défaillante. Le bon Jacob ne fait ni une ni deux et engrosse successivement ces diverses femmes, dans une forme de multipartenariat sexuel. On peut parler d'une course à la procréation qui s'engage entre les deux sœurs Léa et Rachel très jalouses l'une de l'autre. Mais au bout du compte, la préférée reste Rachel qui donne tardivement à Jacob ses deux derniers fils, Joseph et Benjamin.

    Rachel et Léa, les deux soeurs sont les deux épouses de Jacob, Dante Gabriel Rossetti 1855
    Rachel et Léa, les deux soeurs sont les deux épouses de Jacob, Dante Gabriel Rossetti 1855

    Ce qui explique les dissensions et les jalousies entre les douze fils de Jacob.
    Cette ascendance un peu 'biscornue' est à l'origine de l'histoire de Joseph, le préféré, vendu par ses frères, comme esclave en Egypte où il deviendra, à force d'ingéniosité et de persévérance, l'intendant du pharaon. A la fin de l'histoire, Joseph finit par se réconcilier avec ses frères et avec leur père. Joseph est en quelque sorte une préfiguration du Christ.

    Les écrits bibliques livrent de très nombreuses généalogies, souvent longues et fastidieuses.
    C'est un trait typique de la mentalité biblique. On ne rencontre personne sans dire qu'il est le fils de untel. Quand apparaît, par hasard, quelqu'un qui n'est le fils de personne, comme le roi Melchisedek, on trouve cela tout à fait étonnant. La Bible établit ainsi des listes de généalogies qui essaient de combler les trous d'une histoire sainte qui voudrait relier directement Jacob à Adam, en passant par Noé. Ces généalogies démontrent que la seule chose qui importe dans la vie d'un homme est la naissance de son fils aîné. A tel point que l'âge de la personne est donné non pas à partir de sa propre naissance, mais à partir de celle de son premier né. (Ge 5,25-27). On ne retient absolument pas sa femme, ni ses autres enfants. La descendance patrilinéaire est exclusive.
    Certaines généalogies, par exemple dans le livre des Nombres, sont plutôt géographiques et servent à assurer l'extension des tribus d'Israël. La généalogie sert à légitimer le pouvoir du groupe qui découle du premier ancêtre. Toutes ces généalogies sont en outre truffées de préoccupations théologiques.

    "La naissance de Jésus une exception dans les généalogies"

    Jésus lui-même n'échappe à la règle. Les généalogies données dans les évangiles de Matthieu et de Luc participent de cet effort.
    La généalogie de Jésus donnée par l'évangile de Matthieu se tourne vers Abraham, en passant par le roi David, l'oint ou le messie de Dieu. Mais elle connaît une rupture puisqu'elle dit "Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie de laquelle est né Jésus que l'on appelle Christ." (Mt.1.16) C'est étonnant. Jésus n'est fils de Joseph que par l'alliance avec Marie. Joseph donne bien la filiation patrilinéaire, par laquelle Jésus est 'fils de David' mais c'est Marie qui engendre Jésus. Cette rupture laisse entendre une intervention divine. Ce qui fait de la naissance de Jésus une exception dans les généalogies. Nous avons donc une vision théologique. Jésus est fils de la femme, mais il est aussi par là fils de Dieu.
    Dans l'évangile de Luc, la généalogie de Jésus a une visée plus universaliste puisqu'elle remonte jusqu'à Adam. Elle se termine par: fils d'Adam, fils de Dieu.(Lc 3.38)

    Toujours à propos de la génération, dans l'évangile de Marc (Mc 10.1-12) nous retrouvons Jésus confronté à la question du lévirat.
    La loi de Moïse veut que si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais aucun enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Curieusement Jésus ne remet pas en cause cette norme qui nous semble d'une absurdité totale à nous modernes. Cela démontre, encore une fois, la force presque absolue de la primauté de la descendance. Certaines sociétés dans le monde connaissent d'ailleurs encore cette loi du lévirat.

    Vous soulignez que les récits bibliques de génération sont loin d'être exemplaires. Comment en tirer des enseignements pour nos questions contemporaines liées à la procréation? 
    Notre modernité est très éloignée de ces concepts bibliques, de cette manière de poser les problèmes. Je ne sais donc pas si la Bible peut nous éclairer directement. Je crois plutôt qu'il s'agirait d'échanger davantage entre chrétiens sur cet aspect décisif de nos vies. Le fait que nous avons des amours, des orientations sexuelles et que nous les vivons tantôt bien, tantôt mal, que nous sommes fidèles ou infidèles. Généralement on garde tout pour soi. Ce domaine a été presque totalement relégué au territoire de l'intime.

    Abraham et Sarah, James Tissot vers 1900
    Abraham et Sarah, James Tissot vers 1900

    "Notre modernité est très éloignée des concepts bibliques"

    La notion de 'désir d'enfant' est mise au premier plan du débat actuel.
    Ma génération des plus de 60 ans comprend mal cette notion. Nos parents, et même nous, prenaient les enfants 'comme ils venaient'. Maintenant, un couple a les enfants qu'il désire par suspension de la contraception. Cela induit un tout autre rapport à l'enfant.
    L'Eglise a trop laissé dans l'ombre toute la vie affective et sexuelle. Les gens se débrouillent. Pourquoi pas? Mais cela pourrait nous éclairer sur la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui). Ce genre de choses me fait plutôt frémir. Mais je connais des couples qui ont eu recours à la PMA. Je serais bien en peine de les condamner. Je voudrais comprendre ce qui se passe dans la tête et le cœur des personnes qui y ont recours et qui sont parfois des croyants.

    "La Bible ne nous donne pas un 'cahier des charges' ni même un guide de bonne conduite"

    Comment lancer ce dialogue?
    Je pense que nous devons en parler en nous mettant sous le regard de Dieu et de la Parole sans rester figer sur nos positions. Dans ma paroisse, nous avons pu commencé autour du Synode sur la famille et d'Amoris laetitia du pape François avec des gens dans des situations de vie très différentes. Cela nous a donné l'occasion de rencontres très intéressantes permettant de débloquer bien des préjugés. Il s'agit de réfléchir sur la manière d'évangéliser cet aspect de nos vies.
    La lecture de la Bible peut nous aider sur les grandes lignes et les grandes promesses, mais elle ne nous donne pas un 'cahier des charges' ni même un guide de bonne conduite. Elle nous indique où aller. S'y confronter sur ces questions épineuses, qui divisent aussi les chrétiens, peut être fructueux. C'est un défi que les fidèles laïcs devraient relever. (cath.ch/mp)

    Jean Pierre Rosa

    Jean Pierre Rosa est philosophe et bibliste. Il a été éditeur pendant 25 ans et délégué général des Semaines sociales de France. Il vient de publier: La Bible, le sexe et nous, libérer la parole, aux éditions Salvator. Il est l'auteur de plusieurs autres petits ouvrages notamment Jésus Christ ou la liberté (1999), Malcus le roi serviteur (2011). Il est également collaborateur des revues jésuites Etudes et Christus.

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    "L'annonciation", tempera sur bois. Par Fra Angelico, vers 1425 © Domaine public

    Chantal Reynier: «Par le oui de Marie, Dieu prend chair»

    La naissance de Jésus est précédée par l’annonce à Marie et – en parallèle – l’annonce à Zacharie pour la naissance de Jean Baptiste. Tour d’horizon de cette fièvre annonciatrice avec la bibliste Chantal Reynier.

    Bernard Litzler

    La naissance de Jésus est précédée par l’Annonciation. Quels sont les personnages importants dans l’annonce de Celui qui va venir?
    Chez Marc, qui ne parle pas de la naissance de Jésus, c’est Jean Baptiste qui annonce le Messie. Dans l’Evangile de Jean, c’est pareil. Les seuls Evangiles qui évoquent la naissance du Christ, ce sont ceux de Luc et de Matthieu. Car on a eu besoin de situer la naissance de Jésus et de ne pas se contenter des premiers pas de son ministère…
    Chez Matthieu les annonciateurs, c’est toute la généalogie de Jésus, au début de l’Evangile. L’idée est de montrer l’enracinement dans le peuple hébreu et dans la famille humaine. Il y a aussi Joseph, le fiancé de Marie. Chez Luc, Zacharie est un personnage annonciateur, comme Elisabeth… Ces personnages sont ancrés dans l’humanité, avec leurs problèmes humains. Zacharie ne peut pas avoir de descendance, à Joseph qui va épouser Marie on annonce que Marie est enceinte. Il y a aussi les annonciateurs que sont les anges. Le personnage annonciateur par excellence, c’est Jean Baptiste.

    Zacharie, le prêtre du Temple, est-il déjà un ‘ascendant spirituel’ de Marie?
    L’annonce à Zacharie est parallèle avec l’annonce à Marie. Zacharie, qui doute face à l’annonce, demande: «Comment vais-je savoir que cela arrivera?» et il est réduit au silence. Tandis que Marie qui pose un peu la même question, «Comment cela va-t-il se faire?», ne doute pas. Elle entre dans le dessein de Dieu. Elle adhère, tout en restant interrogative.

    «L’inouï de Dieu fait irruption dans l’histoire»

    En quoi, Jean-Baptiste est-il le Précurseur, qui précède le Christ?
    Il constitue le couronnement du prophétisme et, en même temps, il doit s’effacer devant celui qui vient. Comme le dit l’Evangile de Jean, «derrière moi vient un homme qui est passé devant moi, parce qu’avant moi il était». Le Précurseur est avant dans le temps, mais Jésus le précède parce qu’il vient d’en haut.
    Jean-Baptiste est une figure d’humilité. Et il est toujours situé par rapport à Jésus. Même s’il est le dernier de l’Ancien Testament, il ne ferme pas, mais au contraire ouvre. Il annonce et ensuite, il va désigner Jésus comme l’Agneau de Dieu.

    Chantal Reynier
    Chantal Reynier @ Bernard Litzler

    Chez Luc, l’ange vient visiter Zacharie dans le Temple, puis Marie à Nazareth. En quoi ces annonces sont-elles attestées par des signes?
    Dans les deux cas, l’ange annonce la personne qui va venir. Le signe pour Zacharie est qu’il va perdre la parole. Autrement dit, devant la Parole absolue qui vient, il va se taire. Dans le cas de Marie, le signe est qu’Elisabeth sa parente attend aussi un enfant.
    L’intervention de l’ange est déjà du merveilleux. Mais le fait qu’Elisabeth attende un enfant désigne l’inouï de Dieu, ce qui dépasse l’entendement. Ce n’est pas un conte de fées, mais un signe qui s’inscrit dans l’existence. Marie découvre que sa cousine est enceinte, comme elle, et Zacharie est réduit au silence. L’inouï de Dieu fait irruption dans l’histoire.

    L’ange est le messager qui visite Zacharie et Marie et est présent à la naissance de Jésus. L’inattendu surgit, autour de la naissance de Jésus…
    Aujourd’hui, on emploie volontiers le terme de merveilleux. Dans le contexte des récits évangéliques, la présence de l’ange est normale, car il est le messager qui parle aux prophètes, à Marie, aux bergers. Les anges ne sont pas des dieux, mais sont supérieurs à l’homme.
    Dans la foi du peuple d’Israël, l’ange n’est pas tant dans l’ordre du merveilleux que de l’ordre de la création. Il est une créature comme nous, mais il est supérieur à nous du fait de son immatérialité. Toute la création est prise dans le dessein inouï de Dieu et donc Dieu peut faire irruption dans la vie au plus intime. L’humain est remis à sa place, dans sa pleine valeur de créature. L’ange qui vient, c’est Dieu qui fait connaître son projet à des humains dans le concret de leur existence.

    «Le terme de l’histoire, c’est le retour du Seigneur. Nous n’avons donc pas à voir l’avenir en noir»

    Le oui de Marie fait basculer l’histoire du salut, car Jésus vient. Le Messie est mis «en route» par l’adhésion de Marie?
    L’annonce est efficace, immédiatement. Par le oui de Marie, Dieu prend chair. On est dans le domaine de l’insaisissable. Cela touche à l’acte de foi, une foi qui repose sur l’événement historique qu’est la naissance du Christ.
    Aujourd’hui, il est encore plus important d’insister sur l’historicité du Christ car sa vie terrestre est remise en question. Il est important de montrer son ancrage dans l’histoire et en quoi cet homme est unique et singulier, car il vient de Dieu.

    La réception doit toujours encore se faire?
    Si on insiste sur l’historicité du Christ, ce n’est pas pour en faire un personnage comme Jules César, mais parce qu’il a pris notre condition humaine. Et du fait de sa résurrection, tout prend une autre dimension. Si Jésus n’est pas ressuscité, il n’est qu’une figure historique. L’extraordinaire, c’est le Dieu unique qui, se révélant dans l’histoire en Jésus, va au-delà du Messie qu’attendait Israël. Il ne va pas faire une conquête, mais vient rejoindre tout homme quel qu’il soit. Et, pour cela, il naît dans un lieu pauvre de Palestine. Nous n’avons jamais fini de nous laisser toucher par un Dieu qui nous rejoint de cette manière.

    Et l’Avent, temps d’attente, correspond l’accueil du Seigneur qui vient…
    A l’Avent, en se rappelant que le Seigneur va revenir, on creuse le désir de son retour. Les premiers chrétiens vivaient déjà cela. Aujourd’hui, on occulte cet aspect. Et on vire vers le millénarisme ou le catastrophisme. On est plus sensible au contexte des catastrophes, par peur de ce qui peut arriver. Or le terme de l’histoire, c’est le retour du Seigneur. Nous n’avons donc pas à voir l’avenir en noir, même si nos sociétés proposent peu de perspectives réjouissantes. Alors, osons témoigner de ce monde nouveau sans nous laisser décourager. (cath.ch/bl)

    Bibliste et enseignante
    Chantal Reynier est diplômée d'histoire ancienne de l'Université Lyon II (1976-1977), et titulaire d'une licence de théologie biblique de l'Université grégorienne à Rome (1984). Docteure en théologie biblique du Centre Sèvres à Paris, elle s’est spécialisée dans les commentaires de saint Paul.
    Laïque consacrée dans la Fraternité O.A.S.I.S. (Œuvre pour un Apostolat Spirituel, Intellectuel et Social), elle vit en communauté à Bulle (FR), dans l’ancien couvent des capucins, Notre-Dame de Compassion. BL

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    Crèche de la chapelle de Greccio Fresque d'un auteur giottesque du 14e siècle avec la Vierge allaitant Jésus et Joseph méditant © Vatican Media

    La Nativité de Jésus et l'attente messianique

    Seuls les évangélistes Matthieu et Luc, dans ce qu'on appelle les "Evangiles de l'enfance", parlent explicitement de la conception, de la naissance et de l'enfance de Jésus de Nazareth. Ni Marc ni Jean n’offrent de récit lié à la Nativité, confie la bibliste Isabelle Donegani, qui nous reçoit dans le cadre enchanteur de La Pelouse sur Bex.

    Jacques Berset

    C'est à la lumière de Pâques qu'il convient de lire ce que les évangélistes nous disent de cette naissance. Matthieu et Luc ne le font pas de la même manière (ils utilisent des sources autres et s’adressent à des communautés autres) et fournissent ainsi des éclairages différents sur l’événement de la Nativité.

    La bibliste Isabelle Donegani, de la congrégation des Sœurs de Saint Maurice
    La bibliste Isabelle Donegani, de la congrégation des Sœurs de Saint Maurice @ Jacques Berset

    Avant Noël, mémorial de

    la naissance de Jésus, c'est bien Pâques, où est célébrée la résurrection du

    Christ, qui est au cœur de la foi chrétienne, précise la religieuse de la

    congrégation des Sœurs de Saint Maurice.

    "Et cette annonce se fait sur fond de difficile reconnaissance, comme lorsque deux disciples, sur le chemin d'Emmaüs, ont de la peine à reconnaître en l’étranger qui marche à leurs côtés la personne de leur maître, Jésus". Ils ne peuvent croire à la résurrection et sont en plein désarroi, car la mort de Jésus a détruit leur espoir de délivrance pour Israël. Le récit de la naissance d'un Sauveur à Bethléem, dans l'étable d'une hôtellerie, est une œuvre plus tardive que celle des récits de résurrection.

    La première allusion dans les années 50-51

    C'est l'apôtre Paul qui

    fait, le premier, une simple allusion à la naissance de Jésus, dans l'Epître

    aux Galates: "Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de

    Moïse". A cette époque – on est dans les années 50-51, soit une vingtaine

    d'années après la crucifixion de Jésus –, on peut penser que la liturgie

    célébrant la naissance du Christ n’en est qu’à ses premiers balbutiements,

    assure Sœur Isabelle Donegani. Elle semble être alors d’abord centrée sur le mystère

    de Pâques, sommet du salut donné au monde en la personne du Christ Jésus.

    Dans l'Epître aux Galates (4, 4 7), note la bibliste, on trouve chez saint Paul la plus ancienne allusion à ce que l'on pourrait appeler la Nativité. Il est vrai que les premiers chrétiens ont su ensuite interpréter l’événement de la Nativité comme accomplissant les oracles prophétiques de l'Ancien Testament, notamment celui d’lsaïe (7,13). Le prophète y annonce la venue d'un Messie: "C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe: Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et on lui donne le nom d'Emmanuel". "Ici, le Messie est attendu comme un roi venant délivrer les petits, redonner espoir à un peuple soumis à des pouvoirs iniques", assure-t-elle.

    MadonneDelParto
    MadonneDelParto

    Espérance messianique chez Isaïe et Jérémie

    "Cette espérance

    messianique se lit aussi chez Jérémie (23,5-8): "Voici venir des jours,

    déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste: il régnera en vrai

    roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la

    justice". On retrouve encore ce type de parole messianique notamment chez

    le prophète Zacharie (9, 9-10).

    Ce n'est donc que plus tard, dans les années 70-80, soit vingt à trente ans après l'Epître aux Galates, que Matthieu et Luc écrivent ces "récits de l'enfance". Il s'agit des deux premiers chapitres de leur "Evangile de l'enfance". "Il n'y a pas chez eux de bœuf ou d'âne gris autour de la crèche.

    Dans les "apocryphes"

    Ces ajouts proviennent non des Evangiles 'canoniques', mais des Evangiles dits 'apocryphes' (*), écrits non reconnus comme inspirés par les Eglises chrétiennes, et donc non retenus dans le Canon des écrits bibliques".

    La naissance comme la petite enfance de Jésus ont la part belle en plusieurs "apocryphes", comme dans l'Evangile du Pseudo-Thomas, où l'on voit un Jésus bénéficiaire de multiples dons miraculeux. Ainsi, à cinq ans, Jésus modèle-t-il des moineaux avec de la terre glaise, puis, dénoncé par un juif d’avoir agi un jour de sabbat, Joseph son père le gronde, mais Jésus, frappant dans ses mains cria aux oiseaux de partir, et ceux-ci déployèrent leurs ailes et s’envolèrent en pépiant (1,2). Dans l'Evangile arabe de l'Enfance, Jésus aide son père, charpentier, en imposant les mains sur les planches pour qu'elles se mettent à la bonne longueur!

    Jésus fait s'envoler les oiseaux d'argile de ses camarades, Klosterneuburger Evangelienwerk, XIVe siècle
    Jésus fait s'envoler les oiseaux d'argile de ses camarades, Klosterneuburger Evangelienwerk, XIVe siècle @ www.e-codices.unifr.ch

    Les Evangiles de l'enfance selon Luc et Matthieu

    Dans l'Evangile selon Luc (2,1-18), on lit : "En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. (...) Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte".

    Luc poursuit ainsi: "Marie enfanta son fils premier-né, elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie" (2,7). "Joseph, qui était là, et les bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les champs, avertis de l’événement par l’Ange du Seigneur, sont les premiers témoins de la naissance", selon l'évangéliste Luc. On ne parle pas chez Luc d'autres témoins: "Il n'y a que les bergers, seulement d'humbles bergers, l'une des catégories sociales les plus méprisées à l'époque. Ces gens peu respectés ont pourtant été chargés d'une grande mission: annoncer la naissance du Sauveur. Chez Luc, il n’est pas fait mention de la présence de mages ni même d'étoile au-dessus du lieu de la naissance".

    Le songe de Joseph

    Dans son Evangile,

    Matthieu (1,18-25 et 2,1-13) donne à lire un récit différent de celui de Luc:

    il évoque le songe dont Joseph est bénéficiare, lui qui voulait rompre

    secrètement avec Marie, sa fiancée, qui se trouve enceinte avant qu'ils aient

    habité ensemble. "Un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit:

    Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car

    l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint Esprit; elle enfantera un fils, et tu

    lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses

    péchés".

    Des mages venus d'Orient

    Matthieu évoque l'arrivée

    à Bethléem de mages venus d'Orient, guidés par l'étoile. "Ils entrèrent

    dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et

    l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent

    de l'or, de l'encens et de la myrrhe" (2,11). A ce moment du récit,

    Matthieu n'évoque ni ange ni bergers. Il ne parle pas de rois-mages, mais de

    mages seulement, censés symboliser les nations païennes. Il n’indique pas leur

    nombre, ni les noms de ces sages, leur nomination en tant que Gaspard, Melchior

    et Balthazar n’apparaissant pour la première fois qu’au cours du VIIIe siècle,

    commente Sœur Isabelle Donegani.

    Le bœuf et l'âne, des rajouts tardifs

    La nativité de Gentile da Fabriano (1370_1427)
    La nativité de Gentile da Fabriano (1370_1427)

    C'est tout ce que l'on trouve dans les Evangiles, note Sœur Isabelle Donegani. La présentation traditionnelle de l'Enfant Jésus dans une crèche, réchauffé par le souffle d'un bœuf et d'un âne, sont des rajouts tardifs.

    "Ils ont été

    popularisés dans la mise en scène de la crèche vivante par saint François

    d'Assise, en décembre 1223, à Greccio, en Italie centrale. C’est une manière

    très incarnée et touchante de représenter la Nativité, avec l'âne et le bœuf,

    un troupeau de moutons et des bergers. C’est l'humanité du Fils de Dieu venu

    dans la chair qui est ainsi valorisée. Et c’est bien ce à quoi un récit comme

    celui de la Nativité nous invite: non pas d’abord croire en Dieu, mais croire

    en l’homme, en sa valeur inaliénable et sa haute dignité".

    C’est aussi ce que

    souligne le Prologue de l’Evangile selon saint Jean (1,1-18), proclamé dans la

    liturgie du jour de Noël. Si la Loi a été donnée par Moïse, la grâce et la

    vérité, elles, sont venues par Jésus Christ, car "Dieu, personne ne l’a

    jamais vu; un Dieu, Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait

    connaître". Littéralement: il en est l’exégète, il nous raconte Dieu. Pour

    connaître Dieu, il faut regarder, contempler et écouter le Verbe fait chair, et

    cela dans la lecture des Evangiles notamment. (cath.ch/be)

    (*) Quatre Evangiles sont reconnus comme canoniques par les Eglises chrétiennes: les Evangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ils forment la partie la plus longue du Nouveau Testament. Les autres Evangiles, non reconnus, sont dits apocryphes ("apókryphos", c'est-à-dire "cachés").

    Isabelle Donegani, de basketteuse à théologienne
    Après une carrière sportive – Isabelle Donegani a joué au basketball en ligue A à Fribourg, lorsqu'elle étudiait la théologie à l’Université – elle obtiendra à Fribourg un doctorat en 1995 avec une thèse intitulée "Le témoignage selon l'Apocalypse de Jean". Elle fréquentera également l'Université catholique de Lyon (UCLy).
    Isabelle Donegani, née en 1961, entre le 12 avril 1987, jour des Rameaux, dans la communauté des Sœurs de Saint Maurice, qui a sa Maison-Mère à La Pelouse, au-dessus de Bex. La communauté compte actuellement 55 religieuses en Suisse et autant de religieuses malgaches, à Madagascar. JB

    L'évangile de l'enfance avec Marie-Christine Varone
    La bibliste Marie-Christine Varone a donné sur cath.ch un cours vidéo sur les évangiles de l'enfance:

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    Le repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Egypte - Orazio Gentileschi, XVIIe s. © LDD

    La Sainte Famille: un modèle non conventionnel

    La famille de Jésus, fêtée le dimanche après Noël, est loin d'être un "modèle de perfection", d'un point de vue catholique. Réflexions sur les familles "imparfaites", des temps bibliques à nos jours, avec Sœur Marie-Paule, du monastère des Bernardines à Collombey (VS).

    Grégory Roth

    Que représente la fête de la Sainte Famille, proposée par l'Eglise catholique le dimanche après Noël?
    Il faut d'abord préciser que cette fête est récente. Elle n'a lieu que depuis la fin des années 1960. Je pense qu'elle permet à la fois de rester dans le mystère de Noël, tout en introduisant à un autre mystère: celui de Jésus-Christ. Car les trois textes bibliques proposés pour cette même fête vont avant tout traiter de l'enfance de Jésus.

    Si nous entendons souvent des homélies élogieuses par rapport à la famille – avec un Jésus très obéissant à son papa et sa maman–, je crois qu'aujourd'hui, il est de bon ton de déconstruire cette image-là.

    Sœur Marie-Paule au pied de la Vierge à l'enfant
    Sœur Marie-Paule au pied de la Vierge à l'enfant @ Grégory Roth

    La Sainte Famille devrait-elle davantage correspondre à la réalité humaine?
    Il y a, au contraire, beaucoup de hiatus dans cette famille. Le papa, ce n'est pas le papa. La maman est enceinte avant d'être mariée. Dans l'Evangile, Joseph ne dit pas un mot et Marie garde tout dans son cœur. Ce n'est pas vraiment top, le dialogue dans la famille. En plus, une famille qui n'a qu'un enfant, c'est quand-même un peu chiche. Le constat est clair: ce n'est pas un modèle idéal que l'on veut nous présenter.

    D'ailleurs, la

    famille papa-maman-enfants n'a pas toujours existé de cette manière-là.

    Autrefois, il y avait souvent plusieurs générations qui vivaient sous le même

    toit. Ce n'est que tardivement, en milieu urbain, que nous avons connu ce modèle

    nucléaire, papa-maman-enfants. Tandis qu'aujourd'hui, le couple papa-maman

    n'est même pas forcément évident pour tout le monde… (rire)

    Vous parliez de non-communication familiale, ce n'est pas déjà un problème rencontré par Adam et Eve?
    Le premier couple de la Bible, Adam et Eve, et le premier couple du Nouveau Testament, Marie et Joseph, sont souvent présentés comme des modèles antagonistes. C'est comme dans la vie de tous les jours, nous avons les modèles, et nous faisons ce que nous pouvons avec ce que nous avons. Mais ces modèles peuvent quand-même nous enseigner quelque chose.

    Adam et Eve vont se laisser influencer complètement par le serpent et leur décision va en découler [Genèse 3]. Or dans l'Evangile [de cette année, Matthieu 2,19-23], Joseph va justement se laisser influencer par Dieu et tout son agir aussi. Ce qui ne va l'empêcher de réfléchir ou de douter. Mais il va décider de retourner à Nazareth, bien que le roi Hérode soit mort.

    Sœur Marie-Paule, bernardine du monastère de Collombey (VS)
    Sœur Marie-Paule, bernardine du monastère de Collombey (VS) @ Grégory Roth

    L'obéissance de

    Joseph est primordiale. A qui vais-je obéir? C'est le dilemme de toute vie. Et

    pourtant, ce n'est pas toujours flagrant: le serpent qui divise ou Dieu qui me

    protège. Des fois, c'est difficile de discerner pour notre propre existence.

    Et dans la Bible, Dieu joue parfois aux destructeurs de familles…
    Je ne pense pas que ce soit Dieu, mais l'homme qui est aux manœuvres dans la famille. Nous le voyons dès le début, la difficulté du vivre ensemble en famille. Dans la première famille, cela se finit par le meurtre d'Abel. C'est une immense problématique que de vivre en couple, mais en plus si les enfants ne s'entendent pas...

    Puis, Abraham et Sarah, à qui Dieu promet un enfant, vont essayer plein de combines avant que cela se passe. Sarah va même demander à son mari d'aller coucher avec la servante. Nous sentons bien que nous nous éloignons du plan de Dieu. Même pour aujourd'hui, ce genre d'attitude est choquante.

    "La famille, c'est compliqué et c'est tout sauf irénique"

    Chez Isaac,

    Rebecca va usurper le droit d'ainesse pour son préféré. Chez Jacob, c'est la

    guerre avec son frère Esaü, et son fils Joseph sera vendu par ses frères. La

    famille, c'est compliqué et c'est tout sauf irénique: loin d'une image

    d'Epinal. La famille, c'est une construction de choix à faire, et pas toujours

    les bons. Mais cette famille nous marque pour la vie.

    Toutes nos

    familles, qu'elles soient unies ou non, nous laissent

    des traces pour la vie. Certaines vont nous donner pleine confiance en nous et vont

    nous aider à avancer. D'autres vont nous laisser des blessures profondes, qu'il

    faudra essayer de transcender afin de pouvoir avancer, malgré peut-être des

    drames et des horreurs vécues dans l'enfance. La famille n'est pas garante du

    bonheur. Qu'est-ce que chacun va faire de ce vivre ensemble…

    Pourtant, dans l'Eglise catholique, ne sont-ce pas justement la Sainte Famille ou le mariage sacramentel qui sont faits pour donner du bonheur?
    Ce n'est pas de se marier et d'avoir des enfants qui nous rendent heureux. Le bonheur reste à construire, en maintenant ce double commandement de l'amour: à la fois l'amour de Dieu, qui est vertical, et l'amour des hommes, qui est horizontal. Et être heureux ne veut pas dire sans larmes. J'ai entendu trop de témoignage pour savoir qu'une vie toute lisse n'existe pas. Mais paradoxalement, c'est aussi du chaos que peut sortir le beau.

    "Le mariage et la famille: une construction de tous les instants"

    Le mariage et la

    famille ne sont pas des cases à cocher pour une belle vie. C'est une

    construction de tous les instants. Et il n'y a pas d'état où je peux exiger

    d'être heureux. Car les événements viennent quelques fois contrecarrer ce que

    j'ai mis en place péniblement et il va falloir reconstruire… C'est ça qui fait

    que nous sommes hommes et femmes: cet équilibre jamais acquis, qui est toujours

    à chercher et trouver.

    Comment réagir face à ce Dieu qui laisse parfois des drames familiaux se produire, comme quand le roi David fait tuer le mari de la femme qu'il convoite?
    Raison pour laquelle il faut se méfier de trop de morale sur la famille, car tous les cas de figure existent dans la Bible. Mais malgré ses nombreux et horribles péchés, David reste un roi selon le cœur de Dieu. D'ailleurs la Bible ne va pas passer sous silence les travers de David, ni plus tard, les travers de Pierre.

    Et ce sont pourtant

    ces défauts qui donnent de la chair, car nous ne sommes pas tout lisses non

    plus. Nous pouvons davantage nous identifier à des personnages et nous insérer

    dans leur histoire, s'ils ne sont pas parfaits. Nous sommes loin des hagiographies

    du Moyen-Âge, dans lesquels les saints étaient parfaits dès leur plus jeune âge

    – certains refusaient déjà le sein de leur mère le vendredi. Par contre, nous

    pouvons nous insérer plus facilement dans un modèle imparfait, mais qui malgré

    tout, va trouver l'assentiment de Dieu et une certaine harmonie.

    Pour moi, nous sommes plus proche de la vraie vie, quand nous entendons le parcours de David, plutôt que celui de notre fondateur Bernard de Clairvaux, aussi saint soit-il.

    Avec cette terminologie de "Sainte Famille", c'est comme si nous avions 'hagiographié' la famille modèle?
    C'est peut-être ce que nous en avons fait. Parce qu'à travers cette famille modèle qui nous est présentée – où le papa ce n'est pas le papa, où la maman est enceinte avant le mariage, etc. – c'est autre chose qu'on nous montre. Une signification théologique derrière qui est bien plus grande que la famille comme modèle, qui se traduit par trois attitudes: l'obéissance à la Parole, le respect infini de la vie et la protection.

    Vous avez déjà évoqué l'obéissance, qu'en est-il du respect infini de la vie?
    Dans le sens de l'émerveillement total face à l'accueil de la vie. Quand j'entends des femmes me dire: "au moment où j'ai eu mon premier né dans les bras, je me suis dit que ça venait forcément d'ailleurs, car je ne serais pas capable de faire des choses si parfaites".

    Saint Joseph protecteur de Jésus, Cathédrale Notre-Dame de Nîmes -
    Saint Joseph protecteur de Jésus, Cathédrale Notre-Dame de Nîmes - @ Wikimedia / Daniel Villafruela / CC BY-SA 4.0

    Ces débuts,

    justement, nous présentent un ailleurs, un Autre. La perfection de cet enfant

    que l'on regarde vient d'un autre. Tout fonctionne et tout s'est fait dans le

    secret, sans que nous ayons agi et mis notre patte là-dedans. Il y a quand-même

    de l'ordre d'un mystère dans une naissance.

    Et la protection?
    Joseph est très protecteur. Il a le souci de faire grandir la vie. Si je reprends le texte de l'Evangile…  Quand on dit à Joseph de revenir en Israël, il va en Galilée. Il sent que la situation politique est compliquée et il a le souci d'offrir un cadre favorable pour l'épanouissement de sa famille.

    C'est ça aussi

    que nous montre la Bible à travers ce récit: c'est du bon sens, tout parent va

    chercher un cadre. Nous comprenons aujourd'hui pourquoi les réfugiés syriens ou

    africains fuient. Ils ont envie d'offrir à leurs enfants un cadre où il y a un

    minimum de sécurité.

    Comment fait-on pour accueillir dans nos paroisses toutes ces familles qui foirent?
    Trop souvent, les critères de l'Eglise ont été très rigides: il n'y a qu'un seul mariage, avec beaucoup d'interdits. C'est toujours très difficile de mesurer ou quantifier l'amour, mesurer l'espérance, la charité, la foi, etc. et derrière les gens qui viennent, ce sont des personnes, ce ne sont pas des divorcés-remariés, mais ce sont des personnes qui cherchent, et si elles approchent, c'est déjà magnifique.

    Il y a tellement des gens qui se sont sentis rejetés par l'Eglise, parce qu'ils sont en situation dite irrégulière. Mais ils sont de plus en plus nombreux aujourd'hui, et s'ils sont là, c'est qu'il y a une quête. Il faut les accompagner dans cette quête, les accueillir et les intégrer. Leur quête est aussi notre quête, car nous cherchons tous le bonheur, malgré nos chutes et nos relèvements. Nous sommes tous tombés, certes à différents niveaux, mais nous avons tous besoin d'une main pour nous relever. Y compris le roi David. (cath.ch/gr)

    Sœur

    Marie-Paule est moniale au monastère des Bernardines, à Collombey

    (VS) et occupe la fonction de cellérière au sein de la communauté. Elle est

    entrée dans la famille cistercienne en 1999 et a prononcé ses vœux définitifs

    en 2008. Elle anime également “L’étoile sonore“, une sonothèque pour personnes

    aveugles et malvoyantes. Passionnée de Bible, Sr Marie-Paule est commentatrice

    de l'Evangile de dimanche pour cath.ch depuis septembre 2018.

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