"Carême: nourritures terrestres, nourritures célestes"
Série de carême Nourritures terrestres, nourritures célestes Le jeûne est l'une des démarches traditionnelles de Carême. Par la privation volontaire de nourriture, le fidèle veut davantage se mettre à l'écoute de Dieu, en remplaçant la nourriture terrestre par la nourriture céleste. Au fil de s...
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Quand jeûner sauve des vies humaines
"L'homme ne vit pas seulement de pain"
Les interdits alimentaires existaient dès avant les grandes religions
La diversité, une "assurance vie" physique et spirituelle
Il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière
Carême: le jeûne, une pratique à renouveler?
Mgr Lovey: «Le jeûne de l’eucharistie est très rude!»
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Quand jeûner sauve des vies humaines
Sauter un repas peut sauver la vie à vingt personnes qui meurent de faim. Avec "Des calories pour la vie", Marc Subilia propose une démarche simple et efficace: renoncer à un souper par semaine et lutter ainsi contre la malnutrition dans le monde.
"L'homme ne vit pas seulement de pain"
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Les interdits alimentaires existaient dès avant les grandes religions
L’existence d'interdits alimentaires – la consommation de viande bovine chez les hindouistes, du porc chez les juifs et chez les musulmans, de la viande de cheval chez les catholiques (*) jusqu’au XIXème siècle - n'est pas confinée aux grandes religions. Les tabous alimentaires sont présents depuis...
La diversité, une "assurance vie" physique et spirituelle
Face aux lourdes tendances sociales et économiques actuelles d'homogénéisation et de globalisation, la diversité est en perte de vitesse. Cette notion semble pourtant être essentielle à la vie, non seulement naturelle et humaine, mais aussi sociale et spirituelle.
Il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière
"Il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière". Ce verset de l'évangile de Matthieu (17,21), que certains exégètes ne jugent pas authentique, est néanmoins une référence récurrente lorsqu'il s'agit de décrire le pouvoir du jeûne, non seulement sur le corps et la matière, mai...
Carême: le jeûne, une pratique à renouveler?
L’historien Sylvio Hermann De Franceschi dresse l’évolution de la pratique du jeûne dans l’église catholique. Auteur de «Morales du jeûne»*, une étude sur les doctrines du Carême à l’époque moderne, il analyse l’impact de la perte de cette pratique et son éventuel renouveau.
Mgr Lovey: «Le jeûne de l’eucharistie est très rude!»
La pandémie de coronavirus a imposé, avec l'interdiction des rassemblements, le jeûne forcé de l'eucharistie aux chrétiens. Un carême inédit et difficile à vivre, mais l'évêque de Sion y voit une forme de pénitence et envisage des alternatives, notamment la communion spirituelle.
"Carême: nourritures terrestres, nourritures célestes"
Le jeûne est l'une des démarches traditionnelles de Carême. Par la privation volontaire de nourriture, le fidèle veut davantage se mettre à l'écoute de Dieu, en remplaçant la nourriture terrestre par la nourriture céleste. Au fil de sept épisodes, cath.ch dévoile sous un angle différent, chaque vendredi du temps de Carême, les liens que nous tissons entre alimentation et spiritualité
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Quand jeûner sauve des vies humaines
Sauter un repas peut sauver la vie à vingt personnes qui meurent de faim. Avec "Des calories pour la vie", Marc Subilia propose une démarche simple et efficace: renoncer à un souper par semaine et lutter ainsi contre la malnutrition dans le monde. Rencontre avec ce médecin et pasteur vaudois pour qui jeûner rime avec solidarité.
Davide Pesenti
Regard frétillant et sourire rassurant. Marc Subilia témoigne de sa démarche avec passion et conviction. Retraité, il a mis à profit ses deux vocations de vie, la médecine et l’engagement pastoral en faveur de la protection de la vie, ici et ailleurs.
Marc Subilia, vous êtes à l’origine du projet "Offrir des calories pour la vie". De quoi s’agit-il?
C’est une démarche extrêmement simple et concrète : renoncer à un souper par semaine et offrir l’argent ainsi économisé, chacun à son propre rythme, à une œuvre qui lutte efficacement contre la faim dans le monde. Notre brochure explicative en propose quatre digne de confiance: Caritas, Pain Pour le Prochain (PPP), Medair et Helvetas.
D’où est née l’idée de proposer une telle forme de jeûne à caractère social?
Déjà à l’époque où je travaillais en tant que médecin dans différents hôpitaux, j’étais très souvent frappé lorsque je rencontrais des personnes souffrantes à cause des excès de calories ainsi que d’autres qui étaient gravement dénutries. Il y avait là une souffrance de part et d’autre. Je ne pouvais pas seulement constater et je me demandais comment on pouvait rééquilibrer une telle situation.
Des années plus tard, quand je suis devenu pasteur, cette question a continué de m’habiter. C’est ainsi qu’a pris forme, il y a cinq ans, cette proposition de jeûne hebdomadaire, à laquelle tout le monde peut adhérer en toute simplicité et sans dépenses supplémentaires.
"Ceux qui rentrent dans cette démarche développent une joie intérieure face à la situation du monde."
Une proposition concrète qui est donc le fruit de votre parcours professionnel et de vie…
Oui, car les chiffres relatifs aux dérèglements nutritionnels m’ont toujours impressionné. Aujourd'hui, dans le monde, environ 36 millions de personnes décèdent chaque année à cause de la faim. Mais environ 26 millions meurent aussi des conséquences d’un excès de calories.
Avec plusieurs personnes qui ont cru à cette démarche, nous
avons d’abord créé une association, puis une brochure désormais disponible en
français, allemand, italien et anglais. C’est par le bouche à oreille que
l’idée s’est fait connaître. L’effet boule de neige a permis la diffusion de
cette proposition de jeûne.
Il s’agit par conséquent d’une démarche à la fois individuelle et sociale…
Oui, c’est exactement ce qui donne un certain attrait à cette démarche auprès de personnes de tout âge et de toute situation sociale. De cette manière, on se fait du bien à soi-même et, en même temps, on se réjouit du bien fait à des personnes qui peuvent être nourris à très bon compte. Car il ne faut pas oublier que dans un centre de distribution de nourriture, comme il y en a en Afrique ou en Asie, le prix d’un repas, le seul de la journée, est de 25 à 40 centimes. Cela signifie donc qu’un simple souper à 5 francs ici en Suisse permet de nourrir une petite famille dans les pays en voie de développement durant environ 2 semaines !
Faut-il comprendre cette démarche en relation avec un chemin de foi spécifiquement chrétien?
Non, pas nécessairement. Je me rends compte qu’elle trouve aussi un écho auprès de croyants d’autres religions, parce que là on se rejoint sur des valeurs humaines de solidarité et de souci d’autrui.
Pour ce qui me concerne, le point de départ a été cette
parole de Jésus adressée à ses disciples, lorsqu’ils s’inquiètent de nourrir la
grande foule rassemblée pour l’écouter : "Donnez leur vous-même à
manger", leur dit le Christ. Une réponse qui m’a frappé.
Et à partir du peu qui est offert, librement, joyeusement,
par un jeune garçon, finalement tout le monde est nourri. Et il y en a encore à
porter plus loin.
Votre démarche est donc comme la continuation de ce récit évangélique…
Exactement. Cette expérience continue encore 2000 ans après ! Lorsqu’on donne un petit peu, librement et joyeusement, le Seigneur peut accomplir des choses, infiniment au-delà de tout ce qu’on peut prévoir et imaginer.
Ceux qui rentrent dans cette démarche développent une joie
intérieure face à la situation du monde, grâce à leur partage dans le sens de
la vie. Et c’est un enthousiasme communicatif.
À ce propos, quelle est la motivation des participants?
Quelqu’un qui renonce à un repas par semaine, il n’a pas simplement des idées de ce qu’il faudrait faire, mais il expérimente quelque chose de nouveau. On ne souffre certes pas de la faim, mais oui, on a envie de manger. Et dans une telle situation on pense autrement à tous ceux qui souffrent de la faim et sont condamnés à mort.
Une prière de la pensée, mais aussi du corps, est une prière qui engage tout notre être. Cela met en jeu l’empathie. Et on réalise ainsi que c’est insupportable qu’autant de personnes crèvent de faim, alors qu’il est relativement facile d’éviter cela.
"Les personnes qui ont vraiment besoin de pratiquer une restriction de calories voient petit à petit les effets bénéfiques de leur choix"
Recevez-vous des feedbacks de la part de ceux qui se sont lancés dans ce chemin de jeûne régulier et solidaire?
Oui, j’ai régulièrement des feedbacks. La démarche fait écho à des ados jusqu’à des personnes d'âge avancé.
En général, ceux qui sont entrés dans ce parcours de jeûne me disent: "Je suis très heureux de mon choix. Ça me satisfait pleinement. Pourquoi je m’arrêterais maintenant?" Je m’aperçois en outre, avec bonheur, que la moitié de ceux qui essayent, ont vraiment envie de continuer, car ils se sentent bien.
Les personnes qui ont vraiment besoin de pratiquer une
restriction de calories voient petit à petit les effets bénéfiques de leur
choix, sans conséquences indésirables. Et celles qui n’ont rien à mettre de
côté en terme de poids, découvrent qu’elles ont une soirée de congé. Cette
liberté dans leur programme hebdomadaire leur offre un immense plaisir.
"Offrir des calories pour la vie" peut donc être compris comme une façon originale et particulière de vivre le temps de carême, en intégrant jeûne et aumône?
Oui, car les différents éléments qui caractérisent le temps du carême tiennent ensemble. À la fois, il y a un désencombrement personnel, un processus qui vise à nous alléger, ce qui est une belle expérience de liberté. En même temps, ce temps nous invite à vivre des formes des solidarité plus concrètes. Lorsque je renonce à la nourriture pour la donner plus loin à quelqu’un que je ne connais pas, je fais appel à l’empathie.
Ce n’est pas une collecte de plus, mais une décision qui me
met personnellement en relation avec ceux qui manquent de tout. Cette empathie
se fonde dans la confiance que le Seigneur peut multiplier le plus petit de ce
que je fais. Et ceci donne beaucoup de joie intérieure.
Finalement, qu’est-ce que vous vous souhaitez pour l’avenir de cette démarche dans 5 ou 10 ans?
Le thème sera toujours d’actualité. Dans la mesure où des personnes, de tout âge et de toute situation sociale, continueront à manifester leur intérêt et à s’engager pour cette démarche, elles démontreront qu’elles ont à cœur son développement futur.
Car chaque fois qu’une personne s’engage elle-même, par
l’empathie, le souci d’autrui et ce sentiment profond qui te fait dire oui, on
peut sauver des vies, c’est là que se produit quelque chose qui peut être
multiplié. Et je crois que la flamme de cette démarche va surtout être entretue
avec la grâce de Celui qui nous a dit: "Donnez-leur vous-même à
manger"… (cath.ch/dp)
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"L'homme ne vit pas seulement de pain"
Différentes nourritures co-existent pour alimenter l'humanité: les nourritures physiques qui alimentent le corps, les nourritures mentales qui accroissent la connaissance et les nourritures spirituelles qui touchent le plus profond de l'être. "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur" dit le Deutéronome.
Maurice Page
Dès le début de l'Eglise, le rapport entre nourritures
terrestres et nourritures célestes a interrogé les chrétiens. "L'alimentation
est centrale à la vie humaine. On ne mange pas n'importe quoi. Chaque culture
détermine ce qui est comestible, ce qui est bon, ce qui est mauvais",
relève Béatrice Caseau, professeure d'histoire byzantine à l'université de
Paris-Sorbonne et auteure d'une somme sur la culture alimentaire à
Byzance.
Ce qui change entre l'Antiquité et le Moyen Age entre la
société païenne et chrétienne c'est l'adoption d'une éthique alimentaire avec
une insistance sur la frugalité. Certes, des textes antiques notent ce
comportement, mais la frugalité est réservée aux philosophes, explique
l'historienne dans un entretien à France
Culture. Le christianisme démocratise ce principe de vie. Chaque chrétien
est concerné par une consommation contrôlée de l'alimentation et de la boisson.
Pas d'aliments interdits pour les chrétiens
La dimension religieuse est fondamentale, mais elle est
différente de celle du judaïsme puis de l'islam. Le lien ne se fait plus à
travers une liste d'aliments ou de boissons interdites, mais à travers un
rythme alimentaire qui se calque sur la passion du Christ. Les chrétiens établissent
un jour de jeûne le vendredi, jour de la mort de Jésus et un deuxième le
mercredi, jour de l'entrée dans sa passion. La Semaine Sainte est ainsi intégrée
dans la semaine de tous les chrétiens. On y rajoute ensuite des temps plus
spécifiques, en préparation des grandes fêtes, comme le carême et l'avent.
Jésus dépasse la loi juive
Le Christ lui-même suit la loi juive et donc est soumis à
ses interdits, mais les évangiles rapportent plusieurs épisodes où il prend de
la distance en prônant une loi supérieure à celle de l'Ancien Testament,
rappelle l'historienne. Dans les Actes des apôtres (10.10-16), Pierre a une
vision où il voit tous "les animaux quadrupèdes, ceux qui rampent sur la
terre et ceux qui volent dans le ciel" et une voix lui dit "Tue et
mange". Ce récit illustre très bien la difficulté des premières
générations chrétiennes de faire la transition d'un dégoût des aliments
interdits à une forme de liberté par rapport à l'alimentation. Jésus dit en
substance que ce qui passe par le ventre n'a pas de conséquences sur le
spirituel. L'éthique chrétienne se déconnecte ainsi de la question de la pureté
rituelle.
Lorsque Basile de Césarée, Père de l'Eglise du IVe siècle, interdit de manger du chien ou du vautour, c'est pour une raison d'hygiène et de santé et pas du tout parce que Dieu a interdit de les consommer, rapporte Béatrice Caseau. Raison pour laquelle, il n'y a plus d'exclusion de la viande de porc, ni de listes d'animaux à rejeter par définition. Le christianisme tient compte des éléments de la nature et rejette les aliments répulsifs ou nuisibles à la santé.
Les apologistes chrétiens expliquent que le judaïsme est
resté sur les interdits dans une interprétation très matérialiste de la loi,
alors que c'est le comportement des animaux qui est visé. Ainsi, le chrétien ne
doit pas se comporter comme un porc pour dire grossièrement les choses. Le
texte biblique est conservé, mais on lui donne une nouvelle exégèse.
Un changement long à se faire
Le changement se fait sur une longue période par la
prédication des responsables religieux qui définissent un comportement et des
normes, souligne l'historienne. Le contrôle de soi et la frugalité visent surtout
une aristocratie habituée aux banquets antiques qui servent aussi à faire
étalage de sa richesse. Même si la surabondance est ensuite redistribuée. Face
à l'ostentation, se développe aussi la notion de partage qui se manifeste
notamment dans la création d'hospices ou de maisons de charité confiées à
l'Eglise.
Au fur et à mesure que s'impose cette éthique alimentaire
chrétienne, on considère comme barbares ceux qui ne la respectent pas. L'ennemi
est décrit comme celui qui est vorace, qui mange mal ou qui se gave.
A l'exemple des moines
Béatrice Caseau note en outre l'influence du régime des
moines qui sont considérés comme les plus proches de l'idéal chrétien. Ce
régime combine les connaissances de la médecine de l'époque avec le souci
ascétique. La théorie des 'humeurs' classifie et répartit ainsi les aliments en
chauds-froids, secs-humides. La viande et le vin sont par exemple des aliments
qui 'échauffent' le sang et donc qui stimulent la sexualité. Raison pour
laquelle, il y a chez les moines un contrôle voire une interdiction de la
consommation de viande et de vin. Se crée aussi une aspiration à se libérer de
la matière et de la nourriture pour vivre comme des anges. On le retrouve chez
Siméon le stylite qui, à la fin de sa vie, ne se nourrit plus que de
l'eucharistie.
Ce modèle est l'idéal pour les moines, mais le paysan qui
travaille au champ a besoin de nourriture consistante pour y parvenir, avertit
l'historienne. L'aristocratie est, elle, peu encline à abandonner la pratique
du banquet comme signe de supériorité sociale. L'influence de l'Eglise reste donc
relative. Elle demande par exemple que les tavernes soient fermées les veilles
de fête pour éviter que des gens n'arrivent saouls à l'église
Pas de viande mais le meilleur des poissons
La démarche du jeûne mettra encore plus de temps à se mettre
en œuvre. L'année compte un très grand nombre de jours de jeûne. L'aristocratie
s'y soumet, mais en biaisant, en contournant la loi. On mangera certes du
poisson au lieu de viande, mais on s'efforcera d'avoir le meilleur, on se
gavera de crustacés. Et finalement on remplace par l'abondance ce qui est sensé
être un moment de contrôle alimentaire.
Du vin pour célébrer les saints
L'historienne française relate un autre phénomène
intéressant: le passage d'un christianisme plutôt festif, en particulier autour
du culte des saints, à un christianisme nettement plus ascétique. Sainte
Monique, la mère de saint Augustin, arrivait avec des jarres de vin et des
paniers de victuailles pour faire la tournée des tombes des saints. A la fin
les gens n'étaient plus très frais. Le concile de Carthage, à la fin du IVe
siècle, doit interdire les banquets organisés à l'intérieur des églises.
Augustin, puis Ambroise, vont protester avec vigueur contre
ces pratiques et chercher à les éliminer. En Orient, Clément d'Alexandrie et
Basile de Césarée sont très opposés aux excès alimentaires et même à la
gastronomie. Au lieu de festoyer pour les fêtes des saints, on introduit un
jeûne préparatoire en partageant la nourriture avec les pauvres.
Pourquoi jeûner?
"Nous
pouvons nous demander quelle valeur et quel sens peuvent avoir pour nous,
chrétiens, le fait de se priver de quelque chose qui serait bon en soi et utile
pour notre subsistance" s'interrogeait le pape Benoît XVI en 2009 dans son
message pour le carême. Se référant explicitement à saint Augustin, il
soulignait que "le jeûne est d'un grand secours pour éviter le péché et
tout ce qui conduit à lui" […] Le jeûne est sans nul doute utile au
bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une
'thérapie' pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de
Dieu."
Pour le pape,
"la pratique fidèle du jeûne contribue en outre à l’unification de la
personne humaine, corps et âme. […] Se priver de nourriture matérielle qui
alimente le corps facilite la disposition intérieure à l’écoute du Christ et à
se nourrir de sa parole de salut. Avec le jeûne et la prière, nous Lui
permettons de venir rassasier une faim plus profonde que nous expérimentons au
plus intime de nous: la faim et la soif de Dieu." (cath.ch/mp)
Béatrice Caseau: Nourritures terrestres, nourritures célestes,
la culture alimentaire à Byzance, Paris, 2015, 390 p.
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Les interdits alimentaires existaient dès avant les grandes religions
L’existence d'interdits alimentaires – la consommation de viande bovine chez les hindouistes, du porc chez les juifs et chez les musulmans, de la viande de cheval chez les catholiques (*) jusqu’au XIXème siècle - n'est pas confinée aux grandes religions. Les tabous alimentaires sont présents depuis la nuit des temps.
Jacques Berset
Les premiers hommes, des chasseurs-cueilleurs
nomades, se déplaçaient au gré des saisons en fonction des ressources
alimentaires disponibles, végétales ou animales. Il leur était interdit de tuer et de manger l’animal fétiche de la
tribu, celui qui était l’emblème du peuple lui-même. Tuer l’animal sacré d’une
tribu était considéré comme tuer des membres de cette tribu. Ainsi, assez rapidement, dans le cours de l'histoire,
se sont installés des tabous concernant l'alimentation, des pratiques que l'on
retrouve aujourd'hui fortement implantées dans divers continents.
Interdit de manger les animaux totems
Ainsi dans certaines cultures d'Afrique noire, l'adoption d'un interdit alimentaire peut correspondre à une attitude de reconnaissance envers certains animaux ou parfois des plantes. Ils sont considérés, d'après les mythes d'origine, comme ayant, par exemple, rendu un service appréciable à un ancêtre en difficulté. C'est le cas chez les Nyabwa.
Dans ce petit groupe
ethnique de l'ouest de la Côte d'Ivoire, parmi les nombreux interdits concernant un large éventail d'animaux et de
plantes, c'est la panthère qui vient au premier rang. Elle est accompagnée de
toute une gamme de mammifères, de poissons, d'oiseaux, de reptiles, d'insectes,
sans compter une liste de plantes comestibles, légumes secs et tubercules.
L'animisme ancestral comporte,
ailleurs aussi, des tabous alimentaires. Ainsi les Aborigènes d'Australie, qui
ne peuvent manger les animaux de leurs totems, tout comme dans la sagesse amérindienne.
Les peuples indiens de la plaine
américaine fournissent de multiples exemples de tels tabous alimentaires.
Aucune société humaine sans interdits alimentaires
De fait, il n’existe aucune
société humaine qui n’ait pas d’interdits alimentaires, qu'ils soient religieux,
comme l'interdiction de manger du porc, ou culturels, comme ceux qui consistent
à ne pas manger d’insectes, de serpents ou encore de chiens.
"Chaque culture fait des choix parmi l’ensemble de ce qui est comestible, qu’elle tient pour moralement bons. Dès lors, la tentation est grande de réprouver les habitudes alimentaires d’autrui et de les tenir pour absurdes, inefficaces, voire de les rejeter du côté de la sauvagerie", écrit Isabelle Bouard dans Regard anthropologique sur les interdits alimentaires. Pour l'ethnographe, ce ne sont pas les qualités intrinsèques, réelles ou supposées de l’aliment, qui justifient son interdiction, "mais la nécessité pour toute culture d’établir des catégories et de classer de ce qui est bon ou mauvais, pur ou impur".
Dès les premiers pas de l'homme
Les prescriptions alimentaires font leur apparition dès les premiers pas de l'homme, dès les premières pages de la Bible. A la fin de la Création, Dieu dit à l'homme qu'il vient de créer: "Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence: telle sera votre nourriture". (Genèse 1, 29)
Mais c'est avec Noé, après le Déluge, qu'intervient le premier commandement alimentaire de la Bible: l'interdiction de manger un animal encore vivant. "Alors qu'à la fin de la Création, l'homme ne semble devoir être que végétarien et frugivore, il lui est permis, après le Déluge et sous condition, de manger de la viande".
"Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es!"
L’existence de prescriptions alimentaires
d’origine religieuse est un fait universel et constant. Plus encore que la
façon de s'habiller, les interdits alimentaires sont un fort marqueur social et
culturel auquel les sociétés se réfèrent pour identifier les croyances et
distinguer les croyants: "Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es!"
Ainsi, se détachant de la
tradition hébraïque, le christianisme, pour naître et se développer, va rompre
les structures qui isolaient les Hébreux des autres peuples. L'une des ruptures
décisives porte sur la nourriture. Dans l'Evangile selon saint Matthieu (XV, 11),
on lit que "ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme
impur; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur".
"Jésus déclare purs tous les aliments"
Dans l'Evangile de Marc (VII, 19), on découvre que "c’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments". Au début, l'apôtre Pierre était persuadé qu'il fallait suivre les règles alimentaires des juifs, mais il comprit ensuite que la réforme amenée par Jésus ne s'adressait pas qu'aux seuls juifs, mais aussi bien aux païens, à tous les autres peuples. Il partagera ainsi à Césarée le repas d'un non-juif, celui du centurion romain Corneille, qui sera le premier non-juif converti au christianisme.
Cette abolition de la
distinction entre aliments "purs" et "impurs" signifiait,
pour les premiers chrétiens, l'abolition de la distinction entre juifs et
non-juifs. Mais après Jésus, les juifs ont continué à respecter leurs lois et leurs
coutumes concernant les interdits alimentaires, et faisaient de durs reproches
aux premiers chrétiens convertis du judaïsme.
Chez les Hébreux, aliments "purs" et "impurs"
Chez les Hébreux, le code
alimentaire prescrit aux enfants d'Israël est la "cacherout", qui désigne
l'ensemble des règles alimentaires juives, dont la source se trouve dans la
Torah. Elle constitue l'un des principaux fondements de la Loi, de la pensée et
de la culture juives. Les aliments en conformité avec ces lois sont dits casher, "aptes" "convenables"
à la consommation. Le Lévitique, le
troisième des cinq livres de la Torah, définit les aliments selon deux
catégories: tahor (pur) et tamè (impur).
Le livre du Deutéronome,
au chapitre 14, met en garde les Hébreux: "Tu ne mangeras rien
d’abominable !" Les prescriptions sont claires et le texte mentionne toute
une liste d'animaux que l'on peut consommer: cela va du bœuf au mouton et au
chevreau, à tout animal qui a le sabot fourchu, fendu en deux ongles, et qui
rumine. Mais il est interdit de manger le chameau, le lièvre et le daman, car
ils ruminent mais n’ont pas le sabot fourchu: ils sont considérés comme "impurs".
De même pour le porc, "car il a le
sabot fourchu et fendu, mais il ne rumine pas".
Le livre du Deutéronome
précise également que l'on peut manger tout ce qui vit dans l’eau et qui
possède nageoires et écailles, mais ceux qui en sont dépourvus sont également
"impurs". Les "oiseaux purs" peuvent être consommés, mais le
livre exclut un grand nombre d'espèces, dont la chauve-souris. Tous les
insectes ailés sont également considérés comme impurs.
Les musulmans classent les aliments en halal - licites - et haram - illicites
Pour les musulmans, se
référant au Coran, les seuls aliments explicitement interdits sont la viande
d'animaux qui meurent d'eux-mêmes, le sang, la viande de porc et toute
nourriture dédiée de façon blasphématoire à un autre Dieu.
La jurisprudence
islamique, qui se base sur le Coran et les hadiths (recueil des actes et
paroles de Mahomet et de ses compagnons) spécifie quels aliments sont halal, c'est-à-dire licites, et ceux qui
sont haram (illicites). En islam, la distinction licite/illicite ne
concerne que les aliments carnés et jamais les autres, à l'exception des
boissons fermentées et des drogues.
Un chrétien peut, a priori, manger de tout
Aujourd'hui, les chrétiens
ne sont plus soumis à des interdits alimentaires, mais sont appelés à respecter
des recommandations de tempérance et d'abstinence. Elles sont cependant davantage
respectées en Orient et dans les couvents d'Occident. Les seules restrictions
alimentaires peuvent être liées au jeûne et à l’éthique: par exemple, ne pas
manger d’espèces protégées, non pas parce que tel animal ne serait pas
mangeable en soi, mais par respect pour la Création. C’est seulement en temps de carême que l’Eglise
demande à ses fidèles de jeûner et de s’abstenir de viande le Mercredi des
Cendres et le Vendredi Saint. On peut aussi jeûner les autres vendredis de
carême en s’unissant aux souffrances du Christ. (cath.ch/be)
(*) C'est en 732 que le pape Grégoire III interdit officiellement l’hippophagie, à savoir le fait de manger de la viande de cheval. "Il n’est pas question ici de pureté: il s’agit de distinguer les chrétiens des barbares, ces Mongols et autres peuples cavaliers d’Europe du Nord qui mangent leurs montures", indique le sociologue Jean-Pierre Poulain, directeur de l'ISTHIA, l'Institut Supérieur du Tourisme, de l'Hôtellerie et de l'Alimentationde l'Université de Toulouse.
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La diversité, une "assurance vie" physique et spirituelle
Face aux lourdes tendances sociales et économiques actuelles d'homogénéisation et de globalisation, la diversité est en perte de vitesse. Cette notion semble pourtant être essentielle à la vie, non seulement naturelle et humaine, mais aussi sociale et spirituelle.
Raphaël Zbinden
Un million de morts. Tel a été le bilan des famines
provoquées par la propagation du mildiou, qui a détruit, à partir de 1845, les
cultures de pommes de terre en Irlande et en Europe du Nord. Une catastrophe
due en particulier au manque de variété génétique dans les cultures de patates,
une denrée de base des populations à cette époque.
La diversité est scientifiquement reconnue comme un élément essentiel de la perpétuation de la vie. Une donnée que nos sociétés ont parfois tendance à oublier, en particulier dans le domaine de l'agriculture, face aux avantages pratiques et économiques de la standardisation.
"La diversité, c'est comme l'amour, cela doit circuler librement"
La problématique a été mise en avant dans le cadre de la campagne de Carême 2020, menée par les œuvres d'entraide chrétiennes Action de Carême (AdC, catholique romaine), Pain pour le prochain (PPP, protestante) et Etre partenaire (catholique chrétienne). L'action, inscrite sous le slogan "Ensemble pour une agriculture qui préserve notre avenir", met l'accent sur les menaces pesant, au niveau mondial, sur le marché des semences. Alors qu'elles sont, avec les savoirs traditionnels, "les garants d’une alimentation et d’une agriculture écologiques et diversifiées".
La logique de "l'accaparement"
Une situation préoccupante confirmée par François Meienberg, directeur de projet à ProSpecieRara. Cette association, dont le siège se trouve à Bâle, se bat depuis 1982 pour la diversité patrimoniale et génétique liée aux animaux et aux végétaux, en Suisse et dans le monde.
"Nous assistons à une perte immense, actuellement, de l'agrobiodiversité globale", prévient l'activiste. "Il y a de plus en plus de gros producteurs et les petits ont tendance à disparaître". Les lois se multiplient, au niveau international, qui interdisent le libre échange des semences. Trois multinationales possèdent 50% de ce marché. "Beaucoup pensent que l'on peut préserver et continuer à développer la diversité par la propriété, mais c'est faux, prévient François Meienberg. Seul un système ouvert d'échange le permet".
Le modèle traditionnel d'échange des semences entre petits
paysans tend ainsi à disparaître dans de nombreux endroits du globe. Ce qui
entraîne un déclin important de la diversité animale et végétale et de la
transmission des savoir-faire agricoles ancestraux, avertit le responsable de
ProSpecieRara. Aujourd'hui, en Suisse et ailleurs, il est important de
sauvegarder les obtenteurs agricoles indépendants, qui sont également des
garants de l'innovation dans ce domaine, précise-t-il.
Car la diversité, notamment végétale, est une
"assurance vie" pour l'humanité. "Ce qui s'est passé en Irlande
au 19e siècle doit nous servir de leçon".
Pour François Meienberg, ce qui est nocif, c'est "l'accaparement". "La diversité, c'est comme l'amour, souligne-t-il. Elle doit circuler librement, se donner, si on la garde pour soi-même, elle dépérit".
L'unité dans la diversité
Des thématiques que l'on peut retrouver dans la vie
chrétienne. L'accaparement, en particulier des terres, par une seule personne
est souvent fustigée dans l'Ancien Testament, souligne Vincent Lafargue, vicaire
dans le secteur d'Aigle (VD). Le chiffre 'douze' symbolise cet aspect de
diversité vécue comme essentielle. Ainsi les douze tribus d'Israël, qui se
partagent douze territoires en Palestine. "Les douze apôtres composent
également un groupe de personnalités très différentes", souligne le
prêtre.
C'est Paul qui met spécialement en avant l'importance de la
diversité dans la Bible. Aux Corinthiens, il explique qu'il y a variété de dons,
de ministères et d'opérations. "Mais cette diversité se conçoit toujours
dans l'unité", relève Vincent Lafargue. Car Paul note bien que "c'est
le même Esprit" qui anime ces différents charismes. De même pour les douze
apôtres qui constituaient un seul groupe, les douze tribus d'Israël une même
nation…Une diversité dans l'unité que l'on retrouve aussi dans l'Eglise, à la
fois multiple et une.
Pour Vincent Lafargue, la Bible elle-même reflète cette
notion: composée de plus de septante Livres, de nombreux styles, types de
récits et auteurs, elle n'en est pas moins une, "parce qu'inspirée par le
même auteur, qui est l'Esprit Saint". De même, la Bible couvre des siècles
d'histoire, mais nous parle toujours dans l'aujourd'hui de notre vie.
La diversité dans l'ADN de la création
Le prêtre d'Aigle distingue pourtant "unité" et
"unicité". En cela, la Parabole du semeur, la seule expliquée par
Jésus, est éclairante. "Le Christ montre que la graine peut tomber dans beaucoup
d'endroits différents, la bonne terre, la terre aride…Le geste du semeur est le
même, mais la récolte ne lui appartient pas, ce qui va ensuite germer, c'est
l'affaire de Dieu." Il ne s'agit donc pas des semences "uniques"
que les multinationales veulent imposer, mais des semences d'union dans le
Christ. "Unifie mon cœur", dit le psalmiste (86,11).
Pour Vincent Lafargue, "si la Bible met en avant cette
diversité , c'est qu'il s'agit d'un aspect essentiel de la création". Il
n'y a pas un flocon de neige pareil à un autre et même les jumeaux ne sont
jamais totalement semblables, remarque-t-il.
Il y a certainement aussi une mise en garde contre la
tendance humaine à l'homogénéisation, à la standardisation, à la
simplification. "La Bible nous rappelle, par exemple, que le pouvoir n'est
valable que s'il est partagé. C'est le cas également dans l'Eglise. Le pape
François l'a bien compris en créant le Conseil des cardinaux (C8) et en
s'attaquant au cléricalisme".
Carême et coronavirus
Vincent Lafargue relève aussi que la pensée est mortifère
quand elle est "unique" et non pas "unifiée". "Dans la
vie politique, c'est un risque, actuellement, avec la polarisation des débats.
Et avec le populisme qui se nourrit de la généralisation, qui est une forme de
déni de la diversité. Le discours de bien des gens aujourd'hui est exclusif et
mène à l'exclusion".
Sans tomber dans le relativisme,
on constate de plus en plus que la vérité est complexe, note le vicaire. Une
complexité qui mène vers un inconnu qui déstabilise et fait peur.
Aujourd'hui, la crise du coronavirus bouleverse nos habitudes. "Notre économie basée sur la globalisation est remise en question. Serons-nous forcés d'aller vers une diversification plus conforme au message de la Bible?" Pour le prêtre, il est peut-être significatif que cela arrive durant le temps de Carême, qui appelle le chrétien à changer son mode de vie, à voir au-delà de son quotidien. "Il n'est pas inintéressant de nous confronter à cet inconnu, qui est la dimension de Dieu qui surgit dans nos vies", relève Vincent Lafargue. (cath.ch/rz)
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Il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière
"Il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière". Ce verset de l'évangile de Matthieu (17,21), que certains exégètes ne jugent pas authentique, est néanmoins une référence récurrente lorsqu'il s'agit de décrire le pouvoir du jeûne, non seulement sur le corps et la matière, mais aussi sur l'esprit du mal, en l'occurrence le démon.
Maurice Page
Après l'assassinat du Père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016 par deux jeunes musulmans fanatisés, Mgr Georges Pontier, alors président de la Conférence des évêques de France, invita solennellement à une journée de prière et de jeûne en réponse à la barbarie. "Ce sont nos armes à nous, celles de la prière et de la paix, en refusant d'amplifier la réaction normale et première de peur", expliquait l'archevêque de Marseille. "Le jeûne, une arme contre le terrorisme", titra alors l'agence France-Presse (AFP).
Une arme contre le terrorisme
Face au meurtre particulièrement odieux d'un vieux prêtre de 86 ans alors qu'il célébrait la messe, l'évocation de Satan comme puissance du mal a ressurgi de manière forte et spontanée. "Va-t-en Satan, va-t-en Satan!" aurait crié le Père Hamel face au couteau de son agresseur.
Le jeûne est un outil de lutte personnel et social
Après la tuerie, la réponse de l'Eglise a associé la prière et le jeûne. Dans le jeûne, l'aspect de refus du démon est bien présent. Dans l'évangile, Jésus passe quarante jours de jeûne au désert avant d'affronter Satan. A ses disciples, il explique qu'il est des démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière (Mt.17.21 Mc 9.29). Le jeûne doit aider à résister aux envies de violence et de vengeance. C’est également l’occasion de ressentir ses propres faiblesses, de réfléchir à sa vulnérabilité.
Contre la guerre en Irak
De toutes les époques, et
pas seulement chez les chrétiens, le jeûne est un outil de lutte personnel et
social, notamment chez les musulmans, lors du ramadan. Il a toujours été un instrument
pour la non-violence, que ce soit chez Gandhi, à travers plusieurs grèves de la
faim, ou chez nombre d'activistes religieux, mais aussi sociaux ou politiques.
Au début du carême
2003, alors que s'amplifie chaque jour la menace de guerre sur l'Irak, le pape
Jean Paul II invite au jeûne pour demander à Dieu "avant tout la conversion
de notre cœur dans lequel s’enracine toute forme de mal et toute inclination au
péché; nous devons prier et jeûner pour la cœxistence pacifique entre les
peuples et les nations". "Il existe un lien étroit entre le jeûne et
la prière. Prier c’est se mettre à l’écoute de Dieu et le jeûne favorise cette
ouverture du cœur", expliquait le pape polonais.
Le jeûne comme combat spirituel
Jeûner c'est participer à l'expérience du Christ lui-même, "par laquelle il nous libère de notre entière dépendance envers la nourriture, la matière et le monde, relève le théologien orthodoxe le Père Alexandre Schmemann. Jeûner ne signifie qu’une chose: avoir faim, jusqu’à la limite de la condition humaine qui dépend entièrement de la nourriture, et là, ayant faim, découvrir que cette dépendance n’est pas toute la vérité au sujet de l’homme, que la faim elle-même est avant tout un état spirituel et que, finalement, elle est en réalité la faim de Dieu".
"Le jeûne permet de restituer au désir son élan originel,
c’est-à-dire de le retourner vers Dieu afin d’aimer Dieu et d’aimer la Création
en lui", complète le Père Nicolas Buttet,
fondateur de la communauté Eucharistein, en Valais. "Il s’agit d’une lutte spirituelle, qui est
dirigée contre le péché, et, en ultime analyse, contre Satan. C’est une lutte,
au cours de laquelle sont utilisées les 'armes' de la prière, du jeûne et de la
pénitence et qui exige une vigilance attentive et constante".
"Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable"
Le jeûne "assure la maîtrise de
la volonté sur les instincts et affranchit ainsi le légitime plaisir que
procurent les biens matériels. Mais l’ascèse n’est pas en elle-même une vertu.
Autrement dit, si l’on ne devient pas saint sans ascèse, ce n’est pas l’ascèse
qui fait le saint, poursuit Nicolas Buttet. L’orgueil est toujours à l’affût."
"On ne dialogue pas avec le diable, on le combat"
Dans le verset de l'évangile de Matthieu, le jeûne est explicitement considéré comme un moyen de chasser les démons. Si les évangiles parlent abondamment de Satan, si le Moyen Age est friand de représentations du diable, la plupart des théologiens et des chrétiens d'aujourd'hui restent frileux sur le sujet… sauf le pape François. "Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le diable", soulignait-il dès la première messe après son élection, en mars 2013.
Pour le Catéchisme de l'Eglise catholique, le diable n'est pas 'une vieille superstition'. Satan ou diable se réfère à l'ange déchu qui a désobéi à Dieu: "La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l'homme à désobéir à Dieu" (394). "Dans ce péché, l'homme s'est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu."(398)
De fait, la
vie spirituelle a toujours été représentée comme un combat. Saint Antoine du
désert face à des masques grimaçants, saint Benoît face à un diablotin aux
pieds fourchus, le curé d’Ars confronté à des esprits frappeurs... Sans oublier
l’archange Michel qui ferraille avec les armées démoniaques.
Sainte Thérèse d'Avila, au XVIe siècle, s'en explique à la fois avec pertinence et humour: « Si le Seigneur est aussi puissant, comme je le sais et comme je le vois; si les démons ne sont que ses esclaves, […] quel mal peuvent-ils bien me faire si je suis la servante de ce Seigneur et Roi ? […] je n’aurais pas craint de descendre dans l’arène pour lutter contre eux tous, et je leur criais: "Approchez, maintenant que je suis la servante du Seigneur, je veux voir ce que vous êtes capables de me faire ! […] aujourd’hui, je ne les crains pas plus que les mouches. […] Savez-vous quand les démons nous effraient ? Quand nous nous soucions vivement des honneurs, des plaisirs et des richesses de ce monde." (cath.ch/mp)
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Carême: le jeûne, une pratique à renouveler?
L’historien Sylvio Hermann De Franceschi dresse l’évolution de la pratique du jeûne dans l’église catholique. Auteur de «Morales du jeûne», une étude sur les doctrines du Carême à l’époque moderne, il analyse l’impact de la perte de cette pratique et son éventuel renouveau.
Carole Pirker
Les faits l’attestent, le jeûne observé durant le carême a cessé d’être massivement respecté dès le 18e siècle et la majorité des catholiques ne le pratiquent plus aujourd’hui. Si l’Eglise a tenté de sortir de la vision doloriste dans laquelle était inscrite sa pratique, le carême reste considéré dans la mémoire collective comme une période de pénitence, selon l’historien Sylvio Hermann De Franceschi.
Directeur d’études en sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études à Paris, il analyse l’évolution de la pratique du jeûne mais aussi l’impact de son arrêt sur le sentiment d’appartenance à la communauté catholique. Auteur de «Morales du jeûne»*, ce spécialiste de l’histoire des idées politiques et religieuses de l’époque moderne questionne enfin un renouveau de sa pratique.
Quelles règles de jeûne devrait suivre tout catholique pratiquant durant le carême?
Sylvio Hermann De Franceschi: Aujourd’hui la discipline du jeûne est assez restreinte. Il doit jeûner seulement le Mercredi des cendres et le Vendredi-Saint. En théorie, il devrait faire un seul repas complet par jour, en maigre, soit uniquement avec des légumes, des fruits, et du poisson, ainsi qu’une collation, le soir.
Ces règles étaient-elles plus strictes, avant?
Oui, entre le 16e et le 18e siècle, les fidèles jeûnaient durant les quarante jours du Carême. Lors du repas quotidien, ils avaient donc intérêt à bien manger pour tenir le coup, car le régime prescrit était non seulement maigre, mais aussi sans œufs et sans laitage. Cette règle a duré jusqu’au début du 20e siècle. Cela dit, en pratique et dérogeant à cette règle, l’évêque accordait quasiment tout le temps l’usage des œufs et des laitages par ce que l’on appelait l'indult quadragésimal, une autorisation spéciale de carême. En revanche, la consommation de viande était proscrite.
Quand se sont rajoutés d’autres formes de privations?
Lors d’une réforme du carême menée en 1966 par Paul VI, au lendemain du Concile Vatican II. Le pape a laissé aux conférences épiscopales nationales la possibilité de demander d’autres privations. On peut ainsi avoir des jeûnes de télévision, on peut se priver de sucreries, de cigarettes, ou de réseaux sociaux.
Quelle est la signification de ce jeûne dans le cadre du carême?
À l’époque moderne et encore au début du 20e siècle, le jeûne avait pour but de «macérer le corps», selon l’expression que l’on trouve dans de nombreux textes. Il faut faire souffrir le corps pour expier les péchés. Les relations sexuelles étaient notamment interdites. L’idée était d’aider le corps à réfréner les pulsions charnelles pour s’élever vers Dieu et se préparer à la Semaine-Sainte
"Croyants ou pas, nous avons tous mangé du poisson à la cantine le vendredi."
Que signifie l’abstinence, dans ce contexte?
La notion d’abstinence est souvent le lieu d’une confusion. Techniquement, elle n’a qu’une seule signification, celle de s’abstenir d’une nourriture grasse (la viande, ndlr). La notion d’abstinence a souvent pris aujourd’hui une connotation sexuelle, mais ce n’est pas le cas ici. On peut penser par exemple à l’abstinence du vendredi. Croyants ou pas, nous avons tous mangé du poisson à la cantine le vendredi.
À quand remonte la pratique du jeûne dans l’Eglise?
À l’Antiquité. Selon les textes des Pères de l'Eglise, le carême est observé dès l’époque primitive.
Comment cette pratique a-t-elle évolué au fil des siècles ?
L’évolution va se marquer par l’introduction de la collation vespérale, qui se met en place de façon généralisée après le 13e siècle. Ce petit repas du soir s’est en effet imposé dès le moment où l’heure de l’unique repas quotidien, qui se prenait à l’époque ancienne à la tombée du jour, a progressivement remonté dans la journée, vers 15h puis finalement à la mi-journée. Dès lors, comme les fidèles avaient très faim le soir, l’Eglise les a autorisés à manger quelque chose pour tenir le coup.
Ce deuxième repas faisait-il débat ?
Oui, et la question de savoir quelle était la quantité autorisée a été très houleuse. La doctrine qui s’est imposée dès la fin du 17e siècle, formulée par saint Alphonse de Liguori (1696 -1787), indique que la quantité de nourriture permise pour cette collation est de 8 onces, soit 240 grammes, l’équivalent d’une baguette de pain en France.
"C’est à l’époque de Louis XV que le carême cesse d’être massivement respecté."
À partir de quand observe-t-on un recul de la pratique du jeûne?
En France, mais cela diverge peu des autres pays de la catholicité, c’est à l’époque de Louis XV (1710 -1774) que le carême cesse d’être massivement respecté. L’indice chiffré le plus clair est celui de la consommation de viande. Elle cesse de baisser drastiquement durant le carême, ce qui montre que les fidèles cessent d’observer massivement le jeûne.
Il devient donc de plus en plus compliqué d’interdire la viande?
Oui, et c’est l’autre indice de cette évolution: on voit apparaître des indults de carême qui l’autorisent de plus en plus facilement. En Italie, à partir des années 1760, le Saint-Siège, pour le diocèse de Rome, va accorder quasiment chaque année l’usage de la viande une fois par jour pour le repas de midi, en général jusqu’au Mardi-Saint.
C’est une concession de taille, non?
En effet, car cela signifie que même dans le diocèse de Rome, on a cessé de faire carême. Cela dit, les évêques italiens ne vont pas forcément tous suivre Rome. Entre la fin du 18e et le début du 19e siècle, certains continuent à appliquer un carême assez exigeant.Dans les années 1820, Rome va tenter de re-discipliner le carême, mais sans succès, et dès la fin des années 1820-1830, le Vatican revient à une discipline plus indulgente.
"Les gens des campagnes descendaient à Milan juste après le Mardi gras pour continuer à faire gras jusqu’au dimanche".
Ce recul est-il le même dans tous les pays catholiques?
Non, en France, par exemple, les évêques étaient très réticents à accorder l’usage de la viande, alors que le pape l’accordait déjà. Mais il existait aussi des différences de pratiques à l’intérieur d’un même pays. À Milan, qui possède son rite propre dit ambrosien, le carême ne commence que le lundi qui suit le dimanche de la quadragésime (le premier dimanche du carême, en 2020, le 01.03, ndlr) alors que dans les territoires de rite romain, il débute par le Mercredi des Cendres (en 2020, le 26.02, ndlr). Comme vous gagnez quatre jours, les gens des campagnes environnantes descendaient à Milan juste après le Mardi gras pour continuer à faire gras jusqu’au dimanche. Certains prédicateurs s’emportaient contre ces transhumances temporaires de fidèles …
Quand le combat a-t-il été perdu?
Dès le milieu du 19e siècle. A partir de là, les évêques, qui s’étaient obstinés à défendre une morale stricte du carême, vont désormais s'attacher à défendre la pratique du repos dominical. Le fait qu’ils changent leur priorité montre que le combat est perdu. Cela dit, certains pays comme l’Irlande ont mis beaucoup plus de temps à introduire un adoucissement de cette morale alimentaire.
"Si vous supprimez cette observance même minime de privations alimentaires, vous perdez un marqueur religieux et confessionnel important."
En matière de discipline alimentaire, où placer le curseur entre le trop et le pas assez?
À partir du moment où vous supprimez cette observance même minime de privations alimentaires, vous perdez un marqueur religieux et confessionnel important. De façon assez éclairante, Rodney Stark, un sociologue américain des religions, illustre ce principe: «quand la religion devient trop bon marché, il n’y a plus personne pour en payer le prix».
Dans une société multiculturelle où nombre de musulmans, par exemple, observent de façon stricte le jeûne du ramadan, le renouveau d’une pratique du jeûne peut-il offrir un marqueur identitaire et religieux pour les catholiques?
Oui, j’ai l’impression qu'un certain nombre de catholiques envisagent avec faveur un retour à une certaine forme de discipline alimentaire, car ils constatent que le jeûne du ramadan, pas facile à supporter, est aussi un facteur d'appartenance à leur communauté. Certains catholiques sont nostalgiques, non pas du carême ou du jeûne, mais de pratiques qui renforcent ce sentiment d’appartenance à une communauté. Donc je ne serais pas étonné si on revenait à une pratique moins «diluée» qu’aujourd’hui.
"C’est cette idée du péché et des pratiques expiatoires pénitentielles, qui font que le jeûne chrétien est moins attractif."
Comparé à d’autres formes d’ascèse liée aux religions orientales, la forme chrétienne du jeûne semble moins attirante que sa forme «new age» ...
C’est cette idée du péché et des pratiques expiatoires pénitentielles, qui font que le jeûne chrétien est moins attractif, comparé au jeûne spiritualiste, orientalisant, qui peut séduire davantage.
L’Eglise a pourtant essayé de changer le sens du carême, après Vatican II ...
Oui, mais le problème, c’est que dans la mémoire collective, le carême est encore trop vu comme une période de pénitence. Cette vision doloriste et mortificatoire qui était la forme du catholicisme dans laquelle ont été élevés nos grands-parents, fait qu’il y a eu une coupure très nette de la pratique du jeûne, à la génération de nos parents.
Pourtant, il y a encore une minorité de catholiques qui pratiquent le jeûne …
Oui, et c’est la raison pour laquelle je trouve que c’est un beau défi de faire un vrai carême, aujourd’hui. (cath.ch/cp)
«Morales du jeûne, essai sur les doctrines du jeûne et de l'abstinence dans le catholicisme latin : XVIIe-XIXe siècle», Sylvio Hermann De Franceschi, éd. Beauchesne, 2018, 568 p.
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Mgr Lovey: «Le jeûne de l’eucharistie est très rude!»
La pandémie de coronavirus a imposé, avec l'interdiction des rassemblements, le jeûne forcé de l'eucharistie aux chrétiens. Un carême inédit et difficile à vivre, mais Mgr Jean-Marie Lovey, l'évêque de Sion, y voit une forme de pénitence qui nous fera retrouver "un goût plus fort" à la communion et la joie des retrouvailles dans les communautés, une fois la crise passée.
Ce carême s’achève d’une manière inattendue: avec l’annulation des messes, les fidèles se sont vus imposer le jeûne de l’eucharistie.
Mgr Jean-Marie Lovey: La pandémie de coronavirus nous empêche de célébrer l’eucharistie et pour les chrétiens, ne pas participer à la messe dominicale, plus particulièrement pendant le temps pascal, est plus qu’une frustration. C’est un drame, tant la participation à la messe est essentielle pour les chrétiens!
«Pour nous, disaient les premiers chrétiens, sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre». Le dimanche est au cœur de l’expression la plus forte de la vie chrétienne, une communauté qui se rassemble pour célébrer le Christ mort et ressuscité. C’est essentiel! Je dirais avec confiance, qu’il faut accueillir cette crise comme un signe possible d’une autre forme de présence de Dieu. Il ne nous abandonne pas.
Le jeûne alimentaire s’accompagne cette année d’un jeûne spirituel avec la privation de l’eucharistie. Peut-on parler d’un carême total?
La privation de l’eucharistie est une forme de jeûne extrêmement rude. Mais il faut dire qu’il y a, en parallèle de l’eucharistie, des lieux de ressourcement possible, des lieux où Dieu se dit et se donne et où le chrétien peut se ressourcer. Je pense notamment à la prière. D’autres formes de prière ont pris beaucoup d’ampleur durant ce carême. La Parole de Dieu est une richesse. Elle est nourrissante, le Christ se transmet, se donne à travers l’eucharistie mais aussi à travers l’Evangile. C’est une nourriture réelle de retrouver ce chemin-là comme un chemin nourrissant. Cela a du sens.
"Je dirais qu'il faut accueillir cette crise comme un signe possible d’une autre forme de présence de Dieu."
Mais ne dit-on pas que l’eucharistie est le sommet de la vie chrétienne?
Quand tout va bien et qu’on peut célébrer l’eucharistie, dans le meilleur des cas, sans juger les personnes, la célébration nous fait du bien et nous conforte car il y a une réelle présence du Christ et puis on se gargarise de vivre bien ce temps de célébration. Mais est-ce que j’y mets ma propre vie, dans l’eucharistie? Elle est d’abord l’offrande du Christ pour l’humanité à son Père, il se donne totalement, corps et sang. Ce sacrifice, ce corps du Christ ne le sera pas totalement si je n’y mets pas mon propre sang, ma vie. Le sang du Christ sera encore exsangue si je ne mêle pas à la célébration de l’eucharistie ma propre existence. Actuellement, alors que la communauté est privée de cette célébration, il reste la possibilité d’offrir son corps, son sang, sa personne, son humanité à Dieu et cette démarche est eucharistique.
Est-ce que vous faites allusion à la communion de désir?
Oui, et il est important, lorsqu’on suit une messe à la radio ou à la télévision, de pouvoir participer au plus juste en disant à Dieu notre désir de le recevoir alors que nous sommes dans l’incapacité de le faire. Notre cœur est disposé à le recevoir et on le lui demande comme une grâce. Il y a quelque chose de très spécifique qui est offert. Non pas une grâce sacramentelle en tant que telle, mais un signe de la bienveillance de Dieu qui nous vient en retour. Il est facile à comprendre qu’il peut y avoir communion sacramentelle sans une grande présence consciente et engagée de la part de celui qui reçoit l’eucharistie, tout comme il peut y avoir absence de communion physique mais un immense désir qui s’exprime dans le cœur de la personne. Sans doute le cœur de Dieu est-il davantage touché dans le second cas.
Le jeûne est censé nous rapprocher de Dieu, celui de l’eucharistie nous en éloignerait-il?
Il faut appeler les choses par leur nom: nous vivons un réel éloignement puisque la démarche n’est pas possible. Ce qui est important: que fait-on dans ces circonstances? Les événements se présentent les uns après les autres, totalement imprévisibles. Qu’est-ce que je deviens à travers ces événements? Si je suis accablé ou écrasé et si je perds toutes mes facultés, c’est destructeur. Mais si à travers cette épreuve, je peux grandir, je peux confirmer des potentialités de ma foi demeurées enfouies, cela peut me renouveler.
Il faut envisager qu’à travers le jeûne, étant privé de l’eucharistie, mon désir de recevoir le Christ peut s’approfondir. Si ma faim et ma soif s’aiguisent, mon cœur se tourne encore davantage vers Dieu et que ma prière devient plus suppliante, plus reconnaissante pour les petits cadeaux que je ne vois pas habituellement, je pense que ce jeûne est fécond. Il ouvre des pans entiers de notre vie humaine qu’on met assez facilement de côté. Alors que si je participe à l’eucharistie et que je le fais sincèrement, sans plus, cela peut être assez stérile.
"Il faut envisager qu’à travers le jeûne, étant privé de l’eucharistie, mon désir de recevoir le Christ peut s’approfondir."
Peut-on parler d’une pénitence pour nous redonner goût à l’eucharistie?
Oui. J’ai connu un prêtre qui avait vécu quelques temps avec une communauté pastorale en paroisse et ce groupe avait décidé de ne plus célébrer la messe pour avoir ensuite plus de goût à la célébrer quand la communauté serait présente. Une espèce de pénitence pour approfondir le désir et le goût de l’eucharistie. Si l’on peut accueillir cette pandémie comme un temps de privation et donc de pénitence par apport à l’eucharistie, on y retrouvera un goût plus fort.
Le jeûne de l’eucharistie n’est-il pas aussi le «jeûne» de la communauté?
Oui, d’ailleurs quand les chrétiens du premier temps disaient ne pas pouvoir vivre sans le dimanche, ils parlent aussi de la communauté. On parle de privation de l’autre qui est aussi un lieu de nourriture. Nous nous nourrissons les uns des autres et nous avons réellement besoin du témoignage de nos frères et sœurs qui participent à la même célébration.
L’Eglise est un corps qui se construit et dont chaque pierre est appelée à être pierre vivante et avoir sa place et sa fonction dans l’ensemble. Si cette période pouvait faire jaillir des trésors d’amitié des trésors de simplicité dans les relations humaines, ce serait magnifique! Peut-être nous faut-il découvrir d’autres lieux, d’autres moyens de vivifier ces liens. Il faut les nourrir, les réseaux sociaux permettent cela. Il faut prendre des nouvelles les uns des autres. C’est porteur. Nous en avons besoin.
"Si l’on peut accueillir cette pandémie comme un temps de privation et donc de pénitence par apport à l’eucharistie, on y retrouvera un goût plus fort."
Comment vivez-vous cette situation en tant que prêtre qui célébrez face caméra sans assemblée?
Devant les caméras, nous devons prendre conscience de la présence multiple et nombreuse de gens qui sont chez eux, devant la télévision et en prière. C’est un petit exercice mental et intellectuel de se dire que je ne suis pas seul dans la chapelle vide. Je suis en lien et en communion avec une immense paroisse à travers les ondes et notre prière monte vers Dieu.
On imagine la joie des retrouvailles, une fois la crise sanitaire passée...
Je crois qu’il y aura beaucoup d’émotion, dans la mesure où on a creusé le désir; il y a une attente qui sera comblée par la présence des uns aux autres. Nous allons reconnaître que l’autre nous est indispensable, qu’il nous est important dans la vie spirituelle, à l’opposé d’un pan culturel marqué par l’individualisme. Nous nous dirons les uns aux autres ce que Dieu dit à son peuple: «Tu as du prix à mes yeux». (cath.ch/bh)
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