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    Charles de Foucauld va être canonisé le 15 mai 2022

    Vers la canonisation de Charles de Foucauld

    Le pape François a reconnu le 27 mai 2020 un miracle attribué au bienheureux Charles de Foucauld. Il ainsi ouvert la voie de la canonisation à l'ermite du désert africain.

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    Charles de Foucauld va être canonisé le 15 mai 2022
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    Vers la canonisation de Charles de Foucauld

    Charles de Foucauld en 1907
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    Charles de Foucauld: Une quête d'absolu jamais assouvie

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    Charles de Foucauld va être canonisé le 15 mai 2022 © domaine public

    Vers la canonisation de Charles de Foucauld

    Le pape François a reconnu le 27 mai 2020 un miracle attribué au bienheureux Charles de Foucauld. Il ainsi ouvert la voie de la canonisation à l'ermite du désert africain.

    Charles de Foucauld, né à Strasbourg le 15 septembre 1858 dans une famille d’aristocrates, explorateur au Maroc, prêtre béatifié en 2005 par Benoît XVI. Ce Français, après avoir mené une carrière de militaire, marquée par une vie dissolue, converti, a vécu ensuite une existence de foi et d’évangélisation par l’exemple d’abord chez les moines trappistes, en France puis en Syrie, en Palestine, et enfin comme ermite au milieu des Touaregs dans le Sahara algérien au début du 20e siècle. Ermite et linguiste, il deviendra une référence dans la connaissance de ces nomades en rédigeant «Dictionnaire touareg-français». Il est mort assassiné en 1916. En 2016, à l'occasion du centenaire de sa mort, cath.ch a publié un dossier sur ce modèle de sainteté.

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    Charles de Foucauld en 1907 © Domaine public

    Charles de Foucauld: Une quête d'absolu jamais assouvie

    par Maurice Page

    100 ans après sa mort, le 1er décembre 1916, il continue de fasciner et d'interpeller. Le vicomte Charles de Foucauld a connu mille vies, toutes plus romanesques les unes que les autres. Avec toujours le même fil rouge, une quête d'absolu jamais assouvie.

    Officier de cavalerie dissipé, explorateur et géographe brillant, moine trappiste en Ardèche et en Syrie, jardinier à Nazareth, prêtre, ermite au Sahara, spécialiste de la civilisation touareg, avant de mourir assassiné, Charles de Foucauld s'est beaucoup raconté à travers ses très nombreuses lettres à sa famille, ses amis, ses supérieurs, ses 'cahiers' où il consigne ses réflexions quotidiennes ou encore ses publications scientifiques.[timeline:1w-HAU0YQv8Ej5p6ozkr0M4WDEXEOjvifWybOBjVaVtY]Son existence hors du commun a suscité pas moins d'une trentaine de livres, plusieurs films et deux bandes dessinées. Sa dernière biographie, celle de Pierre Sourisseau, publiée pour le centenaire de sa mort, ne compte pas moins de 700 pages. Sa famille spirituelle rassemble aujourd'hui vingt groupes comprenant plus de 13'000 membres à travers le monde.

    Une famille aristocrate aisée

    Charles naît le 15 septembre 1858, dans une famille d'aristocrates fortunés les de Foucauld, à Strasbourg. Il racontera que son premier souvenir est la prière que sa mère lui fait réciter matin et soir: "Mon Dieu, bénissez papa, maman, grand-papa, grand-maman, grand-maman Foucauld et petite soeur". Sa mère meurt d'une fausse couche en 1864, suivie par son père et sa grand-mère, la même année. Charles, 6 ans, et sa sœur Marie, 3 ans, sont alors pris en charge par leur grand-père maternel. "J'ai toujours admiré la belle intelligence de mon grand père dont la tendresse infinie entoura mon enfance et ma jeunesse d'une atmosphère d'amour dont je sens toujours avec émotion la chaleur."Le 28 avril 1872, Charles fait sa première communion. Il est confirmé le même jour, mais il s'éloigne de la foi peu après. "Je demeurai douze ans sans rien nier et sans rien croire, désespérant de la vérité, et ne croyant même pas en Dieu, aucune preuve ne me paraissant assez évidente." écrira-t-il.

    Le 'Gros Foucauld' aime les plaisirs et les fêtes

    Intelligent et doué, quoique paresseux, Charles étudie facilement et développe un goût marqué pour la lecture. Il intègre l'école militaire de Saint-Cyr. Après deux ans d'études, il devient officier. Son grand-père vient de mourir et il reçoit un très confortable héritage. Il n'a pas 20 ans et rejoint alors l'école de cavalerie de Saumur où il mène une vie dissolue, cherchant son plaisir dans la nourriture et les fêtes.

    "J'étais moins un homme qu'un porc"

    On l'appelle le 'gros Foucauld'."Je dors longtemps. Je mange beaucoup. Je pense peu." Il s'emploie à dépenser son patrimoine en soirées agitées avec ses compagnons de chambrée, faisant venir des prostituées de Paris. Puni de nombreuses fois pour indiscipline et désobéissance, il termine dans les derniers de sa promotion. Le même style de vie se prolonge à Pont-à-Mousson au 4e régiment de Hussards, où il se met en concubinage avec une actrice parisienne. "J'étais moins un homme qu'un porc", se jugera-t-il plus tard.

    Emerveillé par l'Afrique du Nord

    Envoyé à Sétif, en Algérie, en octobre 1880, Charles est fasciné par l'Afrique du Nord. "La végétation est superbe: palmiers, lauriers, orangers. C'est un beau pays! Pour moi, j'en ai été émerveillé." Mais comme il a fait venir avec lui sa concubine, alors que le colonel le lui avait interdit, il est renvoyé dès février 1881. Il se retire à Evian, avant de demander quelques mois plus tard sa réintégration et pour cela de rompre avec son amie. Il rejoint ses camarades en Tunisie où il se révèle comme un meneur d'hommes remarquable. "C'est très amusant: la vie de camp me plaît autant que la vie de garnison me déplaît. J'espère que la colonne durera très longtemps; quand elle sera finie, je tâcherai d'aller ailleurs où on se remue."

    Explorateur clandestin au Maroc

    De retour en garnison, il s'y ennuie et démissionne de l'armée pour entreprendre un voyage d'exploration au Maroc, royaume alors complètement fermé aux étrangers. Déguisé en rabbin et accompagné d'un marchand juif, il entre dans le pays le 10 juin 1883 et le parcourt durant presque un an. "En marche, j'avais sans cesse un cahier de cinq centimètres carrés caché dans le creux de la main gauche ; d'un crayon long de deux centimètres qui ne quittait pas l'autre main, je consignais ce que la route présentait de remarquable." La publication de la masse considérable de renseignements rapportés, notamment géographiques et ethnologiques, valent à Charles de Foucauld la médaille d'or de la Société de géographie de Paris le 9 janvier 1885. À la Sorbonne, il reçoit les palmes académiques pour son travail.

    Confessez-vous!

    Mais cette gloire ne comble pas Charles qui s'est installé à Paris près de sa famille. "Je me mis à aller à l'église, sans croire, ne me trouvant bien que là et y passant de longues heures à répéter cette étrange prière: "Mon Dieu, si Vous existez, faites que je Vous connaisse!'" Il fréquente la paroisse Saint-Augustin, où officie l'abbé Huvelin.

    "Mon Dieu, si Vous existez, faites que je Vous connaisse!"

    Cherchant alors à rencontrer le prêtre, il se décide à le voir au confessionnal, le 30 octobre 1886. Charles de Foucauld exprime sa volonté de retrouver la foi. L'abbé Huvelin lui demande alors de se confesser, ce que Charles fait. "Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de vivre que pour Lui: ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi: Dieu est si grand. Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n'est pas Lui."

    Trappiste à Notre-Dame des neiges

    C'est décidé Charles se fera religieux. Mais l'abbé Huvelin lui demande de mûrir son projet. Fin 1888, il part pour un pèlerinage de quatre mois en Terre Sainte. Charles approfondit sa vocation religieuse. Il veut entrer dans un ordre qui "imite la vie cachée de l'humble et pauvre ouvrier de Nazareth", se sentant indigne d'être prêtre et de prêcher. Après plus de trois ans de discernement, l'ancien officier entre au monastère de la Trappe de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche. Il devient le frère Marie-Albéric. A sa propre demande, il rejoint quelques mois plus tard la trappe de Akbès, près d'Alexandrette, en Syrie, en plein pays musulman. Sa recherche de pauvreté et d'humilité se poursuit. "Nous sommes pauvres pour des riches, mais pas pauvres comme l'était Notre-Seigneur, pas pauvres comme je l'étais au Maroc, pas pauvres comme saint François."Le religieux entreprend alors des études de théologie. Mais peu à peu, il met en doute sa vocation de trappiste. Il tend vers quelque chose d'encore plus absolu. En 1896, sa fameuse prière d'abandon résume sa spiritualité. Envoyé à Rome pour poursuivre ses études, il mûrit son projet: "Je me suis demandé s'il n'y avait pas lieu de chercher quelques âmes avec lesquelles on pût former un commencement de petite congrégation. Le but serait de mener aussi exactement que possible la vie de Notre-Seigneur: vivant uniquement du travail des mains, suivant à la lettre tous ses conseils." Convaincu de la vocation personnelle de Charles de Foucauld, l'Abbé général des trappistes accepte de le laisser partir.

    Ermite à Nazareth

    L'appel à la suite de Jésus amène Charles à Nazareth. Le 10 mars 1897, il se présente au monastère des clarisses, où il demande à être jardinier, avec pour seul salaire un morceau de pain et l'hébergement dans une cabane en planches. La supérieure l'encourage au sacerdoce et à la fondation d'un ordre religieux. En 1900, il rentre en France, dans le but de recevoir l'ordination sacerdotale. Il est ordonné prêtre à Viviers le 9 juin 1901.

    Le frère universel

    Charles de Jésus, ainsi qu'il se fait appeler désormais, part presque immédiatement pour Béni-Abbés, une oasis dans le Sahara occidental algérien. Il y édifie avec l'aide des soldats présents une "Khaoua" (fraternité), composée d'une chambre d'hôte, d'une chapelle, et de trois hectares de potager. Sa vie s'organise autour d'une règle stricte: cinq heures de sommeil, six heures de travail manuel entrecoupé de longs moments de prière. Il prend cependant le temps de recevoir et d'écouter les pauvres et les militaires qui viennent le voir. "Vivant du travail de mes mains, inconnu de tous et pauvre et jouissant profondément de l'obscurité, du silence, de la pauvreté, de l'imitation de Jésus. Je veux habituer tous les habitants à me regarder comme leur frère, le frère universel." Dans cette région, Charles découvre l'esclavage. Il est scandalisé et n'aura de cesse de vouloir le réduire.De Béni-Abbés, frère Charles effectue plusieurs tournées 'd'approvisionnement' dans le désert saharien avec les militaires français. Il commence à s'intéresser à la langue et la civilisation touareg et entame la réalisation d'un lexique de langue touareg. De juillet 1907 à Noël 1908 il séjourne à Tamanrasset au sud du Sahara. Cette même année, il obtient du pape Pie X l'autorisation de célébrer la messe sans assistant.

    Le projet de communauté échoue

    Toujours avec son projet de congrégation en tête, il passe quelques mois en France en 1909, où il espère recruter des frères. Mais la chose ne se fait pas et il reprend sa vie d'ermite à Tamanrasset. A partir de la fin de 1912, l'instabilité se développe dans le Sahara menacé par les razzias de tribus venues du Maroc et de Lybie. En septembre 1914, il apprend la déclaration de guerre en Europe.Face à la multiplication des raids de pillards, Charles sécurise son ermitage de Tamanrasset en construisant, entre l'été 1915 et l'été 1916, un fortin en briques pour donner à la population un refuge en cas d'attaque. Il contient des vivres, un puits et des armes. Des pillards venus de Tripoli entendent parler de Charles de Foucauld, et projettent alors de l'enlever, en espérant obtenir une rançon contre sa libération. Le 1er décembre, un Touareg connu de Charles de Foucauld trahit sa confiance et permet aux Senoussistes d'investir le fortin. L'arrivée de deux tirailleurs algériens les surprend et, dans la panique, l’adolescent auquel on avait confié la garde de Charles de Foucauld l'abat d'une balle dans la tempe.


    Cause de béatification ralentie par les guerres

    Au plus fort de la Grande Guerre, la mort de Charles de Foucauld passe quasiment inaperçue. Mais le rayonnement du 'frère universel' se répand rapidement après la guerre. Dès 1921, l'écrivain français René Bazin lui consacre une biographie: Charles de Foucauld, Explorateur du Maroc - Ermite au Sahara. Ce best-seller se vend à 200'000 exemplaires. Sa cause de béatification est ouverte en 1927. La complexité du personnage rend le processus difficile. La collecte des nombreuses lettres et écrits de Charles de Foucauld et leur transcription ne sont terminées qu'en 1947. Mais  la Deuxième Guerre mondiale puis la guerre d’indépendance de l’Algérie seront les deux principales causes rendant peu opportune la béatification d’un prêtre qui avait été officier de l’armée française et agent de la colonisation, avant sa conversion. L’étude a finalement repris en 1967, lorsque le pape Paul VI rend hommage aux efforts du Père de Foucauld pour sauver la culture touareg, alors que le gouvernement algérien semble enclin à étouffer les minorités du pays. Charles de Foucauld est béatifié par le pape Benoît XVI le 13 novembre 2015.Dès les années 1920 naissent les premiers groupements se réclamant de la spiritualité de Charles de Foucauld. Les petits frères de Jésus fondés en 1933 et les petites sœurs de Jésus fondées en 1939 ont développé le projet de congrégation religieuse imaginé par Charles de Foucauld. Aujourd'hui une vingtaine d'organisations sont regroupées au sein de l'association famille spirituelle Charles de Foucauld créée en 1955.La publication de ses œuvres spirituelles et autres écrits a contribué à modifier l'image de Charles de Foucauld, notamment celle de son apostolat. La modernité de sa vision, par la place importante que Charles donne aux laïcs, par son respect de la liberté de conscience, mais aussi son rapport avec d'autres religions, préfigure les enseignements du Concile Vatican II. (cath.ch/mp)

    Quelque part dans les parages de Tamanrasset, hanté par la présence et l’assassinat de Charles de Foucault.
    Quelque part dans les parages de Tamanrasset, hanté par la présence et l’assassinat de Charles de Foucault. @ Flickr/B. Djajasasmita/CC BY-NC-ND 2.0

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    Sœur Marie-Estelle Perrin, petite sœur de Jésus établie à Lausanne, au cœur du monde. © Grégory Roth

    Charles de Foucauld: une personnalité qui inspire aujourd'hui encore

    par Grégory Roth

    Marie-Estelle Perrin est une petite sœur de Jésus, établie en ville de Lausanne. Elle offre un regard contemporain sur l'héritage laissé par Charles de Foucauld.

    Qu'est-ce qui vous a particulièrement marqué dans la personnalité de Frère Charles?Son amour de Jésus. Un amour absolu qui représente le tout de sa vie. Il a écrit: "J'ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth, crucifié il y a 1900 ans et je passe ma vie à chercher à l'imiter autant que le peut ma faiblesse". Après avoir vécu la vie religieuse dans plusieurs traditions, il a cherché un mode de vie beaucoup plus proche de la simplicité de l'Evangile.C'est-à-dire?Il a choisi d'être au milieu des gens et de partager la dureté de leur vie. Profondément transformé par cette parole d'Evangile: "Tout ce que vous faites à un de ces petits, c'est à moi que vous le faites". Il s'est fait suffisamment proche des petits pour qu'ils se sentent aimés et qu'ils découvrent peut-être, à travers lui, quelque chose de Jésus. C'est cet amour absolu de Dieu et cet amour des humains qui m'ont le plus parlé.Quels aspects de sa vie peuvent encore nous inspirer aujourd'hui?Son choix d'une vie dans le désert. Nous avons tous une idée très claire de ce qu'est le désert. Pour moi, il a toujours représenté un lieu mythique. Comme dit le Petit Prince: "Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part".

    "Nous pouvons aussi vivre le désert à Lausanne".

    A partir du lieu physique qu'est le désert, Charles de Foucauld nous amène à un lieu spirituel. Il dit d'ailleurs qu'il faut passer par le désert pour se dépouiller et s'ouvrir à la présence de Dieu. Une expérience que fait Moïse, dans la Bible, lorsqu'il découvre la présence de Dieu dans un buisson ardent.Comment décrivez-vous cette expérience?Nous avons tous besoin de solitude et de silence pour être présents au "Présent". Nous sommes tous appelés à faire de l'espace et du vide dans nos vies. Quand, du matin au soir, nous sommes pleins d'images et de sons, il n'y a pas de place pour percevoir cette présence de Dieu. Lui, Il est là, mais nous pas, car nous sommes ailleurs. Pour vivre le désert, il n'y pas besoin d'être au Sahara. Nous pouvons aussi le vivre à Lausanne, ou n'importe où ailleurs. Tout simplement en croisant les visages dans la rue ou regardant autour de soi, c'est prendre conscience que l'on fait partie de la Création. Et cela dit déjà quelque chose de la présence de Dieu.Quel conseil demanderiez-vous à Charles de Foucauld pour aujourd'hui?Comme lui, qui a beaucoup lu et relu les évangiles, je dirais de savoir prendre le temps de relire les évangiles et de les accueillir afin de vivre selon ce qu'ils nous proposent. Mais surtout de pouvoir s'arrêter et se donner le temps. Car l'Evangile est le livre de chevet nécessaire pour nous remettre en piste et rectifier la trajectoire de nos vies si besoin.La foi absolue et presque excessive de Charles de Foucauld n'est-elle pas un obstacle pour s'identifier à lui?C'est vrai qu'il a écrit certaines choses radicales. Il fait partie de ces gens prophétiques, qui sont là pour nous bousculer et nous secouer. Ils ne sont pas là pour être imités, mais pour nous montrer une direction, que chacun va suivre ou non, selon sa personnalité et ses dons. Les prophètes ont été de tout temps un peu excessifs. Et Jésus le premier, à sa façon, l'a été. (cath.ch/gr)

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    Plus de 4'000 prêtres appartiennent à la Fraternité sacerdotale Jesus Caritas © DR

    Fraternité sacerdotale Jésus Caritas: le don de vivre ensemble

    par Pierre Pistoletti

    La personnalité et le rayonnement de Charles de Foucauld, décédé il y a 100 ans, continuent d'inspirer bon nombre de prêtres diocésains. Ils sont plus de 4'000 dans le monde à se réclamer de ce "frère universel". Parmi eux, l'abbé fribourgeois Jean-Marie Pasquier. Pour cath.ch, il revient sur cette fraternité ancrée dans le quotidien de leur vie sacerdotale.

    "Il y a 100 ans, le 1er décembre 1916, Charles de Foucauld, était abattu par erreur par un jeune soldat, à Tamanrasset, au cœur du Hoggar. Il mourrait seul, comme «le grain de blé tombé en terre pour porter beaucoup de fruit». Converti en 1886, moine trappiste, puis ermite à Nazareth, et finalement, après bien des résistances, ordonné prêtre «libre» dans le diocèse de Viviers en 1901. Mais c’est pour partir en Algérie, proche de la garnison de Béni Abbès. Là, son ermitage est rapidement envahi par tout un monde qui a recours à lui, soldats, voyageurs, pauvres et malades, esclaves…, à tel point qu’on a pu le comparer à un «curé de campagne». «Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulman et juifs… à me regarder comme leur frère, le frère universel. Ils commencent à appeler la maison‘zaouia’ (fraternité) et cela m’est doux.»50 ans plus tard, en France, un groupe de prêtres diocésains, curés et vicaires, aumôniers, professeurs, qui fréquentent les Petits Frères et Sœurs de Jésus, rêvent de se joindre à eux pour vivre à leur manière le charisme à la fois contemplatif et apostolique de Frère Charles au sein de leur ministère diocésain. Ce sera bientôt la naissance de «l’Union sacerdotale» que les membres fondateurs définissaient volontiers par des aphorismes qui datent, mais gardent toute leur valeur.

    "Sa matière première, ce sont nos vies, nos histoires de prêtres diocésains, avec leurs joies et leurs blessures"

    «La Fraternité, c’est des vies de prêtres.» Sa matière première, ce sont nos vies, nos histoires de prêtres diocésains, avec leurs joies et leurs blessures, notre «Nazareth» quotidien et nos traversées de désert. C’est toute cette vie, aux carrefours de l’Eglise et du monde, que nous relisons avec l’évangile, que nous portons dans l’adoration et partageons entre frères dans la «révision de vie».«La Fraternité, c’est Jésus». Cette affirmation apparemment prétentieuse, comme l’était la fameuse définition de Bossuet: «L’Eglise, c’est Jésus répandu et communiqué», dit bien notre conviction: la Fraternité ne se réduit pas à la totalité de ses membres individuels, mais c’est un don qui nous est fait de vivre ensemble «à cause de Jésus et l’Evangile». Jésus de Nazareth, en qui l’Absolu de Dieu se fait tout proche, chemin d’abandon au Père, aimé dans le plus petits de nos frères, celui que Fr. Charles appelait «mon bien-aimé Frère et Seigneur Jésus.»«Tout est dans la fraternité.» On pense d’abord au petit groupe qui se réunit chaque mois pour un partage de vie et d’amitié, mais c’est plus qu’un groupe de soutien, une sorte de béquille qu’on pourrait bientôt abandonner. C’est avant tout un lieu où nous faisons l’expérience de Jésus, dans l’Evangile et l’Eucharistie, mais aussi dans une relecture de notre vie exigeante, où nous nous interpellons avec courage pour y découvre les appels du Seigneur.La Fraternité Jésus Caritas n’est pas un club fermé, elle est en lien avec et au service d’un presbyterium «uni par une intime fraternité sacerdotale» (Vatican II). Plus largement encore en lien avec tout humain en quête d’amour et de fraternité. Comme le disait Frère Charles: le bon berger peut-il «laisser les 99 brebis égarées pour se tenir tranquillement au bercail avec la brebis fidèle?» Cette ouverture aux plus lointains et abandonnés nous est rappelée par la présence parmi nous de plusieurs «fidei donum», prêtres diocésains engagés, au moins pour un temps, en Amérique latine et en Afrique, comme aussi avec les minorités et les exclus de nos pays riches.Cette option pour le pauvre et le faible est inséparable de l’amour de Jésus dans l’Eucharistie. Peu de temps avant sa mort, frère Charles écrivait: «Il n’y a pas de parole de l’Evangile qui ait fait sur moi une plus profonde impression et transformé davantage ma vie que celle-ci: «Tout ce que vous faites à l’un de ces petits, c’est à moi que vous le faites.» Si l’on songe que ces paroles sont celles de celui qui a dit: «Ceci est mon corps, ceci est mon sang», avec quelle force on est porté à chercher et aimer Jésus dans ces petits, ces pécheurs, ces pauvres…» Le sacrement de l’Eucharistie est indissociable du sacrement du frère." (cath.ch/pp)

    L'abbé Jean-Marie Pasquier, ancien directeur du séminaire diocésain, est membre de la Fraternité Jésus Caritas
    L'abbé Jean-Marie Pasquier, ancien directeur du séminaire diocésain, est membre de la Fraternité Jésus Caritas @ Bernard Litzler

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    Charles de Foucauld honoré par la République française © domaine public

    Canonisation de Charles de Foucauld: une longue traversée du désert

    par Maurice Page, avec I.MEDIA

    En autorisant la publication d’un décret reconnaissant un second miracle le 27 mai 2020 attribué au bienheureux Charles de Foucauld, le pape François vient d’ouvrir la porte à une canonisation très prochaine de l’ermite du Sahara. Il aura fallu presque 100 ans pour que le procès en béatification entamé en 1926 aboutisse à la reconnaissance du prêtre français comme saint.

    Quand il tombe sous la balle d’un pillard en 1916, Charles de Foucauld laisse pour héritage une œuvre spirituelle abondante et une petite confrérie qu’il a fondé, l’Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, composée de moins de 50 membres. La guerre fait des ravages en Europe, et sa mort ne fait alors presqu’aucun bruit. Mais progressivement, la figure de l’ermite français va susciter de plus en plus l’admiration des catholiques du monde entier, amenant l’Eglise à reconnaître ses mérites, au point d’en faire prochainement un saint.

    Cependant, peu sont ceux qui, dans l’entre-deux guerres, se préoccupent du « Frère Charles de Jésus », nom qu’il a pris au milieu des Touaregs qu’il fréquente dans son ermitage de Tamanrasset (Algérie). Il faudra l’impulsion notable du grand orientaliste catholique Louis Massignon et de nombreux fidèles admiratifs de l’œuvre et de la vie de Charles de Foucauld pour que l’Union des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus puisse simplement se poursuivre.

    Dès lors, la spiritualité de Charles va susciter de nombreuses conversions et vocations, et inspirer de nouvelles initiatives, notamment des monastères et ermitages qui se mettent à l’école de l’ancien militaire mondain devenu prêtre et ermite dans le désert algérien.

    Charles de Foucauld souvent associé au colonialisme

    Dix ans après sa mort, son procès en béatification est initié. Cependant, la reconnaissance de ses mérites sera très longue, notamment du fait de la concomitance temporelle du procès avec la décolonisation, la figure de Charles de Foucauld étant très souvent associée au colonialisme. En 1956, la guerre d’Algérie fait rage, ce qui rend toute enquête particulièrement difficile à mener, et le procès est complètement arrêté.

    Jean Paul II sera l’artisan de la reprise du procès. En 1980, lors de sa célèbre allocution du Bourget (France), il montre son affection particulière pour l’ami des Touaregs en le classant parmi les grands chrétiens français qui l’ont influencé, ces hommes et femmes « tellement présents dans la vie de toute l’Eglise, tellement influents par la lumière et la puissance de l’Esprit Saint » ; un geste de reconnaissance très fort qui présage d’une réelle proximité spirituelle entre le Polonais et le Français. Le pontife ouvre dès lors la porte à une béatification prochaine, qu’il n’aura pas la joie de prononcer, faute de miracle. Mais ce sera bien lui qui déclarera le Père de Foucauld vénérable le 24 avril avril 2001.

    En 2005, la Congrégation pour la cause des saints le crédite enfin d’un miracle, avec la guérison inexpliquée d’une Italienne atteinte d’un cancer qui avait confié sa maladie à l’ermite français. Benoît XVI, qui célèbre la messe de béatification de Charles de Foucauld le 13 novembre 2005, déclare que la vie de l’ermite est « une invitation à aspirer à la fraternité universelle ».

    La « fraternité » : un thème essentiel du pontificat de François, qui devrait donc faire de celui qui savait si bien faire briller sa foi auprès des musulmans un saint. Le fruit d’une longue et humble traversée du désert pour la candidature du Père de Foucauld. (cath.ch/imedia/aqj/cd/mp)

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    Charles de Foucauld en 1907 © Domaine public

    La canonisation de Charles de Foucauld, pour le dialogue avec l'islam

    par Jacques Berset

    Le pape François a reconnu le 26 mai 2020 l’attribution au bienheureux Charles de Foucauld (1858 - 1916) d’un deuxième miracle, ce qui ouvre la voie à la canonisation de "Frère Charles", abattu le 1er décembre 1916 dans son ermitage de Tamanrasset, au cœur du Sahara algérien. Ce geste de Rome pourrait servir le dialogue avec le monde musulman.

    Ce "frère universel", comme on l'appelle souvent, a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie auprès de ceux qui ne connaissaient pas le Christ, laissant un héritage spirituel fort. Sœur Elodie Blondeau, religieuse de la congrégation des Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Charles-de-Foucauld, a relevé pour cath.ch  le désir du futur saint de porter la Bonne Nouvelle du salut aux "brebis les plus délaissées".

    "Se laisser sauver" par les Touaregs

    La perspective de la canonisation de Charles de Foucauld est aux yeux des Petites Sœurs une occasion de mieux faire connaître sa vie et son message susceptibles de rejoindre de nombreuses personnes dans leur quête humaine et spirituelle. Et de souligner "son amour passionné du Christ… son désir profond de porter la Bonne Nouvelle du salut aux 'brebis les plus délaissées'… sa recherche continuelle de la volonté de Dieu le conduisant sans cesse à se déplacer, géographiquement mais aussi et surtout intérieurement… le passage de son idéal de la 'vie de Nazareth' à l’acceptation de la réalité de ce qu’il avait à vivre au milieu des Touaregs…  le passage aussi de son désir de les 'sauver en leur apportant l’Evangile'  au consentement à 'se laisser sauver' par eux, en vivant au milieu d’eux".

    Un 'grain tombé en terre' qui a porté du fruit

    Ce sont, pour Sœur Elodie, autant d’éléments qui peuvent faire résonance et éclairer les questionnements de nos contemporains quant à la manière d’incarner l’Evangile aujourd’hui au cœur d’un monde complexe. "Encore davantage que ses écrits, c’est sa vie qui nous semble être un témoignage à faire connaître… La canonisation, dans ce sens peut être une belle mise en valeur de cette vie cachée, du 'grain tombé en terre' qui a porté du fruit… un fruit vivant incarné aujourd’hui de multiples manières dans de nombreux disciples".

    Charles de Foucauld n'était pas parfait

    N'ayant pas toujours eu une vie exemplaire, Charles de Foucauld n'était pas parfait... Mais sa canonisation "peut-être une occasion pour les fidèles catholiques d’approfondir ce qu’est la vraie sainteté. En effet,  elle n’est pas de l’ordre d’une quête de perfection (dans le sens de perfection morale) mais plutôt d’une vie qui se laisse traverser, purifier et transformer par la Lumière de Dieu en consentant à offrir sa pauvreté. Elle n’est pas non plus à relier à une efficacité, une réussite qui se chiffrerait à un nombre de conversions à la foi catholique qu’aurait suscité notre vie. C’est ce que Charles de Foucauld a découvert, chemin faisant en se laissant purifier dans son désir de perfection et en apprivoisant sa pauvreté d’être".

    Au-delà de l’image idéalisée

    "Si nous acceptons de découvrir Charles de Foucauld au-delà de l’image idéalisée que nous en donnent les récits hagiographiques, nous le découvrons très 'humain', y compris après sa conversion: un homme avec ses défauts, ses ambivalences, ses traits de caractères… mais ses 'imperfections' sont les brèches à travers lesquelles l’Esprit s’est engouffré pour faire son œuvre de salut… Ce sont ses 'pauvretés' bien plus que ses 'richesses' qui ont permis à l’Esprit d’agir en lui et à travers lui…"

    Pour Sœur Elodie, le bienheureux nous laisse non "une vie exemplaire", mais l’exemple d’une vie toujours en chemin, en évolution, en mouvement qui se laisse façonner et déplacer par les rencontres et les événements... une vie qui se laisse sauver continuellement.  "N’est-ce pas cela une 'figure de sainteté' ?"

    Un homme touché par la foi des musulmans

    Charles de Foucauld, dans son parcours spirituel, a été touché par la foi des musulmans, ce qui a suscité sa quête spirituelle et son retour à la foi catholique. "Il s’est ensuite senti poussé à vivre au milieu des musulmans, dans un désir de les convertir, animé par les idées sur l’islam qui étaient répandues de son temps dans le monde catholique. Mais l’expérience de partage de la vie des Touaregs et l’impressionnant travail linguistique qu’il a réalisé, l’ont fait entrer dans la dynamique du dialogue. Il n’a pas vécu le dialogue interreligieux tel que nous pouvons le concevoir aujourd’hui mais ce qu’il a vécu est un trésor pour penser ce dialogue…  il a lâché son désir de traduire l’Evangile pour entrer dans un recueil des mots des Touaregs et s’adonner pendant plus de dix ans et jusqu’à sa mort à mettre en valeur leur langue alors insignifiante et inconnue…. Sans en être conscient il a vécu une expérience de dialogue et en a ouvert le chemin pour d’autres…"

    La religieuse estime que sa canonisation servira le dialogue avec les musulmans dans la mesure où c’est cette facette de Charles de Foucauld comme 'homme en chemin de dialogue' qui sera mise en avant et communiquée.

    Espion défenseur de la civilisation française et chrétienne

    "Nous savons combien l’image de l’espion défenseur de la civilisation française et chrétienne est celle qui prime encore beaucoup dans la tête des Algériens, et aussi dans la tête de certains catholiques… si cette image peut être quelque peu déplacée, alors oui, la canonisation pourra servir grandement le dialogue…"

    Il ne faut pas, en s’appuyant seulement sur certains de ses écrits sans prendre en compte l’ensemble de sa vie dans son évolution, que l’avancée du dialogue soit compromise. "Face aux craintes qui pourraient surgir nous est donné un signe d’espérance dans la béatification des martyrs d’Algérie (à Oran, le 8 décembre 2018) où le message qui désirait être passé a bien été reçu tant dans le monde chrétien que dans le monde musulman. Et ce message sert aujourd’hui le dialogue !" (cath.ch/be)

    Elodie Blondeau, des Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Charles-de-Foucauld
    La religieuse française, qui vit dans la communauté des Petites Sœurs du Sacré-Cœur à L'Île-St-Denis, en Seine-Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, est engagée depuis 2013 dans le Service diocésain pour les relations avec les musulmans (SDRM). Sa première expérience de rencontre avec l'islam a eu lieu au cours d'une période de coopération au Mali, qu'elle a effectuée après ses études. C'est Sœur Isabel Lara Jáen, prieure générale des Petites Sœurs du Sacré Cœur de Charles de Foucauld, une religieuse d'origine espagnole, qui l'a chargée de s'en faire la porte-parole. JB

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    CharlesFoucualt

    "Charles de Foucault peut inspirer le monde", estime Mgr MacWilliam

    L’exemple et la spiritualité de Nazareth de Charles de Foucault "pourraient inspirer davantage de monde», estime Mgr Jonh MacWilliam, l’évêque de Laghouat, en Algérie. Il évoque la future canonisation de Charles de Foucault.

    Mgr John MacWilliam
    Mgr John MacWilliam @ DR

    Que représente pour vous dans votre situation actuelle la perspective de la canonisation de Charles de Foucauld?
    Mgr Jonh MacWilliam: Charles de Foucauld a vécu les derniers 15 ans de sa vie ici au Sahara, à Beni Abbès, à Tamanrasset et un peu à l’Assekrem. Plus tard il sera enterré à El Golea. Depuis presque cent ans, l’Eglise missionnaire au Sahara vit beaucoup de la simplicité et de la fraternité qui ont marqué le ‘frère universel’. Jusqu’ici, il est connu dans le monde francophone, surtout en sa France natale. Devenant ‘saint’ de l’Eglise universelle il sera mieux connu dans le monde entier; son exemple et sa spiritualité de Nazareth et du Sahara pourraient inspirer davantage du monde.

    Charles de Foucauld n'a pas toujours eu une vie exemplaire. Il n'était pas parfait; comment, à votre avis, peut-il être une figure de sainteté?
    Comme saint Paul, comme saint Augustin et comme saint Thomas Becket parmi beaucoup, Charles de Foucauld est passé par une conversion qui lui a permis d’abandonner son passé pour s’abandonner à Dieu notre Père. La sainteté n’est pas la perfection de toute la vie. Notre saint patron du Sahara, Jean-Baptiste, nous a appelés à la conversion, non?

    Comment la canonisation de Charles de Foucauld peut-elle (ou pas) servir le dialogue avec les musulmans?
    En Algérie le ‘dialogue’ entre les musulmans majoritaires et les chrétiens se fait par une rencontre de vie. Chacun reconnaît chez l’autre une personne ou une communauté qui prie Dieu, qui cherche à faire la volonté de Dieu tel qu’elle la comprend, qui a une sollicitude pour les plus démunis et les ‘petits du monde’. C’est précisément ce que Charles de Foucauld a vécu. Nos communautés qui accueillent leurs prochains dans les quatre lieux saints du ‘Frère Charles’ en témoignent.

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    Charles de Foucauld parmi les Touaregs © Postulation de la cause de canonisation du bienheureux Charles de Foucauld

    Charles de Foucauld, une vie d'abandon

    Le 15 mai 2022, le bienheureux Charles de Foucauld sera proclamé saint par le pape François à Rome. Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque émérite de Bayeux-Lisieux et auteur de La prière d’abandon – Un chemin de confiance avec Charles de Foucauld (Artège) fait découvrir ce futur saint.

    «Charles de Foucauld est à l’origine de mon appel au sacerdoce», confie avec émotion Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque émérite de Bayeux-Lisieux depuis juin 2020, et auteur de plusieurs ouvrages consacré à Charles de Foucauld.

    «Quand on songe à la phrase de Paul VI selon laquelle «l’homme contemporain croit plus les témoins que les maîtres, l’expérience que la doctrine et les faits que les théories» (Evangelii Nuntiandi), en quoi Charles de Foucauld offre-t-il un modèle à suivre dans le monde actuel? Comment suivre ce modèle?
    Charles de Foucauld est passé, de sa jeunesse jusqu’à ses vingt-huit ans, par une période qui l’a ébranlé profondément, une “nuit de la foi” mystique. C’était un jeune sans repères depuis la mort de ses parents et de son grand-père. Il était en recherche de sens, comme beaucoup de nos contemporains et en particulier les jeunes générations. Il avait plus de moyens de vivre que de raisons de vivre – là encore, parmi les jeunes, c’est souvent le cas. À ce titre, il parle beaucoup aux jeunes d’aujourd’hui. Il nous apprend à ne pas désespérer de Dieu. Il dira même: «Dieu se sert des vents contraires pour conduire sa barque au port».

    Le grand enseignement de Charles de Foucauld, dites-vous à propos de sa prière d’abandon, est cet acte d’offrande, de confiance et de soumission à l’action divine. En quoi cette attitude est-elle difficile aujourd’hui pour nous modernes qui aimons avoir le contrôle sur tout? Dans une situation qui prête parfois au désespoir, comment passer, comme Charles de Foucauld, du «père pourquoi m’as-tu abandonné?» au «père, je m’abandonne à toi»?
    Alors qu’il est dans une période incertaine de sa vie, Charles de Foucauld avait médité sur la dernière parole du Christ en croix. Il avait tout donné à Jésus et sa vocation lui semblait, subitement, remise en cause, parce que le Père abbé lui avait dit qu’il n’était pas fait pour être moine. Cette parole de Jésus devient la prière de tous les témoins. Il ne sait pas que cette prière va devenir le symbole et l’image de ce qu’il va vivre. Il va s’abandonner à Dieu, au Père abbé, à l’abbé Huvelin.

    "Il avait plus de moyens de vivre que de raisons de vivre – parmi les jeunes, c’est souvent le cas."

    Bien souvent, on voudrait être en contact direct avec Dieu. Or, Charles de Foucauld a toujours fait confiance à ceux que l’Église mettait sur son chemin. Même si parfois, il réagissait de manière abrupte: quand Huvelin (son accompagnateur spirituel) lui a dit qu’il n’était pas fait pour conduire les autres ni pour fonder une congrégation, Charles de Foucauld lui a fait confiance tout en montrant son étonnement. Dieu se sert des médiations humaines si l’on fait confiance à l’Église pour nous conduire sur le chemin de la sainteté. Ce chemin, en ce qui concerne Foucauld, fut long: il a eu l’impression que Dieu l’avait abandonné, notamment lorsqu’il n’a plus eu de disciples. Il se considérait comme l’olive oubliée sur l’arbre après la cueillette.

    On ne dit pas immédiatement: «Père, je m’abandonne à toi». C’est un combat spirituel. Il nous faut prendre le chemin qu’a tracé Charles de Foucauld.

    Vous insistez, à propos du recours au terme de «Père» dans la prière d’abandon, sur la disparition du père dans le contexte culturel actuel, voire de sa mort. Vous écrivez aussi que «l’homme pécheur est celui qui refuse la paternité de Dieu». Comment concevez-vous cette «crise de la paternité» et de l’autorité paternelle dans notre société actuelle? Pourquoi la figure du Père nous est nécessaire aujourd’hui?
    Depuis plusieurs années, j’accompagne un foyer de charité dans ma paroisse et je constate qu’il y a une crise profonde. La crise que nous vivons réside en ceci que les pères sont devenus des pairs. Ils n’acceptent pas la paternité, veulent être des amis de leurs enfants, semblables à eux. Ils restent parfois d’éternels adolescents. Pour devenir père, il faut accepter d’être dépossédé et mourir à son ego. Ce qui réjouit le cœur d’un père, c’est de voir ses enfants grandir, prendre leur autonomie, s’affirmer et parfois le contester.

    "Charles de Foucauld a eu cette chance de rencontrer à travers l’abbé Huvelin un véritable père. À sa mort, il a pu dire: «c’était un père»."

    Charles de Foucauld, lui qui a été abandonné dans son enfance (il perd son père et sa mère à l’âge de 5 ans), a reçu la grâce, en contemplant Jésus, de le contempler comme Père: père avec un cœur de mère. «Dieu est paternellement maternel», dit saint François de Sales.

    Beaucoup de parents n’existent que par leurs enfants aujourd’hui, ils attendent tout d’eux. Leur couple est souvent fragile. Ils acceptent mal que leurs enfants prennent de la distance, se construisent à partir d’eux-mêmes. Charles de Foucauld a eu cette chance de rencontrer à travers l’abbé Huvelin un véritable père. À sa mort, il a pu dire: «c’était un père».

    Vous rappelez le décès de Charles de Foucauld, retrouvé mort d’une balle dans la tête, le 1er décembre 1916 à Tamanrasset, martyr en quelque sorte de fanatiques islamistes mais ami des musulmans. Quel enseignement nous donne Charles de Foucauld sur ces questions?
    Charles de Foucauld a toujours, un peu comme les moines de Tibhirine, voulu être l’ami des musulmans mais aussi des incroyants: militaires, chercheurs, touaregs. À cet égard, il a toujours fait la distinction entre l’Islam et les musulmans, à qui il doit beaucoup parce que ce sont eux qui, depuis son exploration du Maroc, avaient réveillé en lui cette soif d’absolu. Il n’était pas dupe face au mélange politique d’un certain Islam qui cherchait la domination. Il a compris combien c’était difficile pour eux de rompre avec leur mode de vie. Il faut se rappeler qu’il a été très proche des haratins, des esclaves noirs au service des touaregs, pauvres parmi les pauvres.

    Au moment de sa mort, à Tamanrasset, les pillards avaient l’intention de l’enlever. Il était un otage précieux au moment de la Première guerre mondiale pour l’échanger contre d’autres djihadistes arrêtés. Le symbole de cette nuit est magnifique. Quand on a retrouvé son corps, l’Évangile était jeté à même le sable: il était en train de méditer la parole de Dieu. À côté, on a retrouvé le saint-sacrement qu’il était en train d’adorer, Dieu fait si petit et silencieux.

    Pour lui, l’évangélisation dans le monde musulman passe par l’eucharistie célébrée et le Saint-Sacrement. Il ne parlait pas de proximité eucharistique mais de présence. C’est Jésus qui se donne à ceux parmi lesquels on vit. Enfin, il était en train d’écrire une lettre à sa sœur avec la phrase suivante: «On n’aimera jamais assez».

    La spiritualité de Charles de Foucauld repose sur «trois E»: Évangile, eucharistie, évangélisation. Il a vécu dans un contexte particulier, au milieu des musulmans chez qui le mot «Dieu» est présent dans toutes les phrases. Notre contexte est différent, peut-être plus difficile que celui dans lequel il se trouvait: c’est un contexte de sécularisation où le mot «Dieu» a disparu. Il a voulu donner sa vie, malgré le danger, comme le grain de blé qui tombe en terre. Il n’a jamais douté qu’un jour les musulmans reconnaîtront Jésus comme Fils de Dieu. Il n’a pas renié les musulmans.

    "Il ne parlait pas de proximité eucharistique mais de présence."

    En quoi Charles de Foucauld est-il aussi une figure éclairante pour établir une saine laïcité?
    Charles de Foucauld a compris qu’on n’impose pas aux autres une civilisation ou une religion. Ce n’est pas par la force, mais par «l’apostolat de la bonté, de la proximité». Ce ne sont pas nos lois qui imposeront aux croyants leur mode de vie. Charles de Foucauld a beaucoup souffert de la présence coloniale de la France, en particulier en Algérie, où l’on imposait par la force notre culture. On imposait aux chefs touaregs d’apprendre le français et de parler cette langue avec les responsables administratifs. Charles de Foucauld a passé 11 ans à écrire un dictionnaire touareg-français et parlait la langue de ses peuples dans la perspective que l’Évangile puisse être traduit dans leur langue.

    Imposer notre vision aujourd’hui à nos frères musulmans est néfaste. Il y aura toujours des intégristes, mais croire que la loi pourra imposer un mode de vie, c’est toucher à la conscience de l’être humain. Il ne peut qu’être invité à faire la démarche, mais on ne peut pas l’imposer par coercition. Charles de Foucauld a été meurtri de voir que les laïcistes de la fin du XIXe imposaient de construire des chapelles et de détruire des mosquées. Il y a une souffrance de voir comment la France de l’époque (années anticléricales) se comportait culturellement mais aussi religieusement.

    Le pape François a conclu son encyclique Fratelli tutti (2020) par une mention faite à Charles de Foucauld. Vous qui êtes passionné de Charles de Foucauld, avez-vous retrouvé l’esprit du bienheureux dans l’encyclique? Le pape est-il un héritier de Charles de Foucauld? 
    J’en ai déjà parlé avec lui. Il aime beaucoup saint François d’Assise, qui disait que pour être frère des pauvres et des petits, il faut accepter de l’être soi-même. C’est le chemin de Charles de Foucauld: la première des Béatitudes concerne le pauvre de cœur. Comme saint François, Charles de Foucauld aura eu besoin de temps pour accepter sa pauvreté et devenir petit. Sans être petit, on ne peut devenir ami des petits. Le pape François traduit bien cette expression: seul le petit est capable de devenir un frère, répète-t-il, avec Charles de Foucauld. (cath.ch/imedia/at/hl/bh)

    Mgr Jean-Claude Boulanger: La prière d’abandon – Un chemin de confiance avec Charles de Foucauld Ed. Artège.

    Une campagne pour Charles de Foucauld
    Mgr John Gordon MacWilliams, évêque de Laghouat, le diocèse algérien où est enterré Charles de Foucauld, se réjouit de l’annonce de la canonisation et espère pouvoir se rendre à Rome pour l’événement.
    «Charles de Foucauld n’est pas très connu en Algérie où les chrétiens sont une toute petite minorité, moins d’1%», rappelle Mgr MacWilliam. Mais, si la plupart des Algériens ne le connaissent pas, «certains le voient d’abord comme un ancien soldat de l’armée française. Il rappelle donc l’époque coloniale. Pour d’autres, qui le connaissent un peu mieux, il apparaît comme une sorte de marabout, de sage; un homme de prière.
    Il est en revanche très connu chez les missionnaires, mais aussi les migrants, les étudiants chrétiens subsahariens, et de quelques ouvriers ou d’expatriés. «Maintenant que la date est fixée, nous allons lancer une campagne pour faire davantage connaître la figure de Charles de Foucauld, assure Mgr MacWilliam.
    Malgré les tensions diplomatiques actuelles entre la France et l’Algérie, l’évêque de Laghouat ne pense pas que la canonisation risque de poser problème, «Car la canonisation est l’affaire de l’Église catholique et il est important de le rappeler. Charles de Foucauld est proclamé saint en tant qu’homme d’Église et homme de prière.» HL

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    Charles de Foucauld va être canonisé le 15 mai 2022 © domaine public

    La famille de Charles de Foucauld présente à sa canonisation le 15 mai

    Le futur saint Charles de Foucauld (1858-1916) a laissé derrière lui une grande famille spirituelle. Mais le prêtre ermite français avait aussi une famille de sang, dont 350 membres seront présents à sa canonisation le 15 mai 2022 à Rome. I.MEDIA s’est entretenu avec deux descendants qui se confient sur leur lien avec leur aïeul hors du commun.

    "J’aimais très tendrement ce que le bon Dieu m’avait laissé de famille… Une famille qui faisait tout mon bonheur… Une famille adorée", écrivait Charles de Foucauld qui, orphelin, avait d’autant plus conscience des liens familiaux. Les générations se sont succédé jusqu’à Anne de Blic, qui est aujourd’hui l’arrière-petite-fille de Marie – l’unique sœur de Charles de Foucauld – et la petite-fille de Charles de Blic, neveu et filleul de celui que tout le monde appelait "oncle Charles".

    C’est Anne qui a hérité des lettres que le saint a échangées avec sa parentèle. "Il y a environ 300 lettres, il écrivait énormément", explique celle qui en a hérité avec un brin d’appréhension, pour ensuite découvrir un patrimoine "très précieux". "Avec le temps, comme maillon d’une chaîne familiale, j’ai développé un attachement profond à nos racines qui sont exceptionnelles à travers cet homme", confie-t-elle. Étudiées par le Petit Frère de l’Évangile Xavier Gufflet, toutes ces missives écrites entre 1893 et 1916 ont fait l’objet d’une publication.

    Anne de Blic est également dépositaire d’un certain nombre d’objets qui lui appartenaient et qui ont pu marquer sa vie, notamment un crucifix, sa timbale de collégien, et son sextant avec lequel il est parti à la découverte du Maroc. Après être entré déguisé en juif dans le pays alors interdit aux Français, Charles de Foucauld en a dessiné la topographie. Son livre Reconnaissance au Maroc, qu’il publia à son retour, connut un grand succès.

    La prière d’abandon du Père de Foucauld

     "J’ai l’impression d’être née en parlant de Charles de Foucauld", plaisante Anne de Blic, qui ressent la "présence très forte" de son aïeul imprégnant la famille. "On peut ressentir un mélange d’admiration, confie-t-elle, avec la conscience d’avoir une chance incroyable de descendre d’un tel homme. Mais on aussi la tentation de se demander si l’on va être à la hauteur… ce qui est une impasse. Chacun est qui il est."

    Charles de Foucauld a un an sur les genoux de sa mère en 1859
    Charles de Foucauld a un an sur les genoux de sa mère en 1859 @ postulation de la cause de canonisation du bienheureux Charles de Foucauld

    Anne de Blic se sent particulièrement touchée par son "humilité" et son "abandon". "Pour moi sa prière d’abandon est extraordinaire, cela va très loin sur un plan spirituel et psychologique", explique la psychothérapeute. "Lorsqu’on est pris par une vague dans l’océan Atlantique, la réaction “normale” est de se battre contre le courant. Or c’est épuisant et l’on se noie. Au contraire si l’on se laisse aller, le courant va nous ramener plus loin sur le rivage. C’est le symbole de la confiance et de l’abandon dans la Foi, que vivait Charles de Foucauld : dans l’épreuve, ne pas entrer dans la panique mais faire confiance".

    Une spiritualité vivante

    "Charles de Foucauld, c’était quelqu’un dont on parlait, il y avait des liens familiaux forts", se souvient pour sa part Damien de Blic, maître de conférences en science politique à Paris VIII, lui-même apparenté à la famille de Raymond de Blic, époux de Marie et beau-frère du bienheureux. "Marie a passé beaucoup de temps dans la maison de mes arrière-grands-parents à Grasse, rapporte-t-il. On avait chez nous des plaques photographiques qui représentaient le Père de Foucauld. J’ai reçu assez tôt un Évangile qu’il avait dédicacé à mon grand-père et que j’ai toujours chez moi. Nous avons aussi son memento mori et des échanges épistolaires."

    L’universitaire s’est intéressé assez tôt à la figure de Charles de Foucauld. Il se dit surtout inspiré par la perpétuation de son œuvre à travers les congrégations fondées sur sa spiritualité. "Au cours de ma vie, j’ai eu l’occasion de réaliser l’extraordinaire travail que font ces communautés, poursuit Damien de Blic. J’ai connu notamment trois frères dans le sud de l’Inde au Tamil Nadu, des personnes très humbles qui faisaient un vrai travail d’inculturation du christianisme. Ils réalisaient un service social discret mais très important – ils avaient réussi à éliminer la polio dans leur région. J’ai aussi rencontré trois sœurs vivant dans les quartiers nord de Marseille, exemplaires de cette spiritualité."

    "Pour moi le Père de Foucauld, conclut-il, c’est aussi tout ce visage du christianisme tourné vers les plus pauvres, avec souvent une dimension de dialogue interreligieux."

     Un carré familial place Saint-Pierre

    Quelque 350 membres de la famille, descendants à divers niveaux, seront présents à la canonisation que célèbrera le pape François place Saint-Pierre, dans un carré réservé. Organisé avec les Petites sœurs de Jésus de Trefontane, le programme prévoit une veillée de prière Saint-Louis-des-Français le 14 mai au soir, une messe d’action de grâces à Saint-Jean-de-Latran le 16 mai au matin, ainsi qu’un one-man-show sur la vie du néo-saint.

    Pour Anne de Blic, coordonnatrice du rassemblement familial, la canonisation du "Frère universel" revêt un caractère très actuel. L’ermite de Tamanrasset, qui vivait chez les Touaregs, "était très proche des musulmans, mais il ne voulait pas les convertir, il voulait donner l’exemple d’une vie chrétienne tournée vers Dieu", souligne-t-elle. Cela a "du sens pour aujourd’hui". (cath.ch/imedia/hl/mp)

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    Charles de Foucauld en 1907 © Domaine public

    Charles de Foucauld, "le saint des périphéries"

    Charles de Foucauld sera canonisé par le pape François lors d’une messe place Saint-Pierre le 15 mai 2022. Le Père Bernard Ardura, le postulateur de la cause en canonisation du Père de Foucauld, revient sur le miracle qui a préservé un jeune charpentier. Il a travaillé sur la reconnaissance du miracle qui va permettre au bienheureux français de devenir saint.

    À quelques jours de la canonisation, Le Père Ardura revient sur ce miracle qui a préservé un jeune charpentier, Charle, ayant fait une chute de plus de 15 mètres sur un chantier en 2016. Il se confie sur le fait que le miraculé n’a, pour l’heure, pas demandé le baptême et explique pourquoi le pape François considère Charles de Foucauld comme un saint pour notre époque.

    En quoi la postulation de la cause de Charles de Foucauld a-t-elle été particulière pour vous?
    Bernard Ardura: Le miracle qui va permettre à Charles de Foucauld de devenir saint est tout à fait singulier. Il appartient à une catégorie peu fréquente de miracles. Il ne s’agit pas d’une «guérison», mais d’un cas qu’on appelle en Italie «Scampato pericolo», que l’on peut traduire par «Danger évité».

    Mgr Bernard Ardura préside le Comité pontifical des sciences historiques depuis 2009
    Mgr Bernard Ardura préside le Comité pontifical des sciences historiques depuis 2009 @ Nouvelle Cité

    Il a donc fallu techniquement prouver que le jeune Charle a échappé à un drame qui aurait dû le conduire à la mort ou à la tétraplégie. Un ingénieur en aérodynamique a étudié le cas, prenant en compte la durée de la chute ainsi que la vitesse à laquelle le jeune charpentier a touché le sol. Les médecins, statistiques à la main, ont déduit de ces informations les effets attendus. Il en ressort que ce qui s’est passé ne correspond pas aux effets prévus par la science. Charle est tombé et un accoudoir a transpercé son côté. Aucun organe vital n’a été touché, il n’a eu aucune séquelle, ni psychique, ni physique. Le jeune chirurgien qui l’a opéré m’a dit: «C’était très impressionnant à voir, mais j’ai tout de suite su que ce n’était pas grave».

    Comment peut-on être certain que ce miracle est dû à l’intercession de Charles de Foucauld?
    Toute ma démonstration a consisté à mettre en lumière les coïncidences providentielles autour de cet événement. D’abord, une coïncidence temporelle. Ce miracle a eu lieu pendant l’année du centenaire de la mort de Charles de Foucauld, une année durant laquelle toutes les familles spirituelles du bienheureux ont prié, sur divers continents, pour obtenir des grâces et un miracle.

    Or, l’accident s’est produit le 30 novembre 2016, la veille du 1er décembre, jour anniversaire de la mort de Charles. Vous savez que la liturgie fait commencer le jour avec les vêpres, quand le jour baisse. Dans la soirée, François Asselin, le patron de l’entreprise de Charle, a envoyé des dizaines de SMS pour demander à des proches de prier Charles de Foucauld pour son ouvrier. On peut donc dire que le miracle a eu lieu le jour de l’anniversaire de la mort. Autre coïncidence, la paroisse Charles de Foucauld de Saumur achevait sa neuvaine de prière en préparation de la fête.

    Charle, le jeune charpentier est sorti indemne d'une chute de 15 mètres
    Charle, le jeune charpentier est sorti indemne d'une chute de 15 mètres @ I.Media

     Ensuite, il y a des coïncidences troublantes au niveau des lieux. La chute s’est déroulée à Saumur, là où Charles de Foucauld est passé, à l’école de cavalerie. Cela a eu lieu sur le secteur de la paroisse Charles de Foucauld, créée quatre ans auparavant. C’est une paroisse où l’on a invoqué le bienheureux toute l’année par une prière récitée après la communion, à la fin de chaque messe.

    Charle est tombé alors qu’il travaillait sur le chantier de la chapelle de l’Institution Saint-Louis, un collège-lycée qui allait accueillir les célébrations paroissiales du centenaire.

    Charle, le jeune charpentier miraculé, n’est pas baptisé. Il ne semble pas avoir pris aujourd’hui ce chemin. Est-ce surprenant?
    C’est une chose qui interpelle… Mais qui est peut-être un clin d’œil et un enseignement de Charles de Foucauld. Il se considérait comme un missionnaire, mais un missionnaire qui ne prêche pas par la parole. Il disait: «Je veux prêcher par l’accueil de la charité.»

    Ce miracle étonnant auquel nous avons assisté me confirme dans l’idée que le bon Dieu ne veut faire exception de personne. Quand il donne, il donne totalement, sans rien exiger en retour. Dieu ne délivre pas ses dons en considérant un retour possible.

    "Ce miracle étonnant auquel nous avons assisté me confirme dans l’idée que le bon Dieu ne veut faire exception de personne."

    Charles de Foucauld n’a pas généré beaucoup de vocations en Algérie. On pourrait dire qu’à vue humaine, sa mission est un échec. Et pourtant: son charisme est tellement puissant qu’il s’est diffusé dans le monde entier. Quand on rencontre des Petites sœurs de Jésus à Bangalore, on se demande: «Mais comment Charles de Foucauld est-il arrivé jusqu’ici!». Le pape Benoît XVI avait une parole qui pourrait bien expliquer ce qui se passe avec Charles de Foucauld: «La foi ne se propage pas par persuasion mais par attraction».

    On aurait en effet pu imaginer que le jeune Charle soit persuadé de l’existence de Dieu après s’être sorti indemne de sa chute…
    Eh oui… Cela semble évident dans un schéma classique. Beaucoup me posent d’ailleurs la question de savoir si Charle a demandé le baptême. Mais je crois qu’il faut que nous prenions conscience de la réalité. Il y a cinquante ans, 90% des enfants étaient baptisés, et Charle l’aurait vraisemblablement été. La situation du catholicisme en France a été bouleversée. Une naissance sur deux advient hors mariage et seulement 30% des enfants sont baptisés. Nous vivons dans une société où Dieu n’existe plus. Nous ne sommes plus éveillés à Dieu.

    "On pourrait dire qu’à vue humaine, sa mission est un échec. Et pourtant son charisme est tellement puissant qu’il s’est diffusé dans le monde entier."

    Pour le pape François, que représente Charles de Foucauld?
    Pour lui, c’est le frère universel, et puis c’est le saint pour aujourd’hui, le saint de la fraternité universelle. Sa canonisation intervient dans un climat de souffrances et de déchirures cruelles. Toutes les guerres sont fratricides, mais celle qui se déroule en Ukraine l’est plus encore!

    Le pape François aime beaucoup Charles de Foucauld. Après avoir lu sa biographie écrite par Pierre Sourisseau, il a fait ajouter un petit paragraphe à la fin de son encyclique Fratelli tutti. Il souligne la foi profonde de cet homme qui a su faire l’expérience de Dieu et devenir le frère de tous les hommes et femmes. Le pape a d’ailleurs offert aux membres de la Curie ce livre sur Charles de Foucauld.

    Quel message l’Église veut-elle envoyer avec la canonisation de Charles de Foucauld?
    Quand Charles de Foucauld rencontre Dieu, il comprend que toute sa vie doit être entièrement donnée à Dieu. Cherchant à imiter le Christ, il va d’abord se rendre à la trappe de Notre-Dame-des-Neiges. Certes, il s’agit d’un lieu austère, mais Charles se rend compte qu’en vivant en communauté, il ne manquera finalement de rien. Alors il part pour la Terre Sainte. Il s’enfouit à Nazareth jusqu’au moment où il comprend qu’imiter le Christ ne nécessite pas de le suivre géographiquement. Le Christ, il va le rencontrer dans ceux qu’il considère comme les plus pauvres, les plus démunis, abandonnés, méprisés. Il choisit alors de partir pour le Sahara et vivre avec les Touaregs.

    Charles de Foucauld parmi les Touaregs
    Charles de Foucauld parmi les Touaregs @ photo: postulation de la cause de canonisation du bienheureux Charles de Foucauld

    C’est le témoignage et le parcours de Charles de Foucauld que l’Église veut proposer au monde par cette canonisation. François est le pape des périphéries et il va canoniser Charles de Foucauld, le saint des périphéries.

    Durant la messe de canonisation, quelle place le pape accordera-t-il à Charles de Foucauld?
    En général, le pape ne fait qu’effleurer la vie des personnes canonisées, d’autant plus lorsqu’elles sont nombreuses. Le 15 mai, il y aura neuf autres nouveaux saints. Le pape François devrait bâtir son homélie sur l’Évangile du jour, comme c’est le cas la plupart du temps.

    Parmi les neufs autres futurs saints que vous mentionnez, il y a deux français, César de Bus et Marie Rivier. En quoi sont-ils des modèles pour les chrétiens d’aujourd’hui?
    César de Bus est un homme du 16e siècle qui a vécu dans la région d’Avignon. Il y a de nombreux parallèles à faire entre lui et Charles de Foucauld. Il évolue dans un milieu aisé, mène une vie dissipée, manie les armes. Et lui aussi va connaître une conversion, ou plutôt, un recommencement car il était déjà baptisé. Il entre de plain-pied dans ce qu’est la réforme catholique, issue du Concile de Trente. Il va consacrer toutes ses forces à l’enseignement du catéchisme, considéré comme l’instrument privilégié de la formation des fidèles. Il fonde ainsi la Société des Prêtres de la doctrine chrétienne et des ursulines de France.

    Comme Charles de Foucauld – baptisé à la naissance -, il est un recommençant dans la foi. Je pense même qu’on peut dire qu’ils sont deux saints pour les recommençants. César de Bus a réalisé que la foi apprise avec les mots de l’enfance devait s’actualiser au cours de la croissance, qu’il y avait un processus de maturation à enclencher. Sinon, elle finit par ne plus rien dire. Il a donc beaucoup insisté sur un aspect fondamental: la transmission. Certes, la foi se transmet par attirance, mais à condition qu’on puisse aussi en dire quelque chose. Or, on peut déplorer aujourd’hui le manque de transmission culturelle ou spirituelle.

    Marie Rivier est quant à elle une petite dame mais une forte femme! Au moment de la Révolution française, alors que ferment toutes les maisons religieuses, Marie Rivier fonde une congrégation! Elle a confiance dans la Providence et n’hésite pas à aller à contre-courant. Elle me fait penser à Jean-Baptiste Fouque, cet abbé bienheureux dont j’ai porté la cause. On dit de lui qu’il est le téméraire de la charité. Je crois qu’on pourrait dire de Marie Rivier qu’elle est la «téméraire du bon Dieu». (cath.ch/imedia/hl/bh)

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    Charle, le jeune charpentier est sorti indemne d'une chute de 15 mètres © I.Media

    Charle: «Je suis content d’avoir servi à la canonisation de Foucauld»

    Aujourd’hui âgé de 26 ans, Charle, charpentier, est le “miraculé” de Charles de Foucauld. Sorti indemne à la suite d’une chute de 15 mètres, le jeune homme sera présent à Rome, à la canonisation le 15 mai prochain. Il revient sur le miracle reconnu par l’Église.

    Propos recueillis par Agnès Pinard Legry pour I.Média

    Le 30 novembre 2016, Charle travaillait sur la charpente d’une chapelle à Saumur, lorsdqu’il a fait un chute de 15 mètres et a fini empalé sur un banc, un morceau de bois lui transperçant le côté. Sorti totalement indemne de ce drame, le jeune homme, non croyant, a accepté que l’Église lance une procédure de reconnaissance de miracle. Il raconte cette journée de novembre 2016 et se confie sur son rapport à Charles de Foucauld et à Dieu.

    Que s’est-il passé le 30 novembre 2016?
    Charle: C’était une journée tout à fait habituelle. Je travaillais à la restauration de la charpente de la chapelle présente à l’intérieur de l’institution Saint-Louis de Saumur, un établissement scolaire. La matinée s’était passée normalement. Mais alors que j’étais sur la charpente, en fin d’après-midi, j’ai marché au mauvais endroit et j’ai chuté d’une quinzaine de mètres avant de m’empaler sur le pied d’un banc qui était retourné.

    À quoi avez-vous pensé lors de votre chute?
    J’ai surtout pensé à me protéger, je ne voulais surtout pas me casser les jambes donc je me suis mis sur le côté et j’ai protégé ma tête. J’ai fermé les yeux, les ai ouverts une première fois lorsque j’étais au milieu de la chute et les ai refermés. En arrivant au sol, je me suis tout de suite relevé et je n’ai pas immédiatement vu que j’avais un morceau de bois en moi qui dépassait pourtant d’une quinzaine de centimètres des deux côtés!

    "En arrivant au sol, je me suis tout de suite relevé et je n’ai pas immédiatement vu que j’avais un morceau de bois en moi qui dépassait."

    Que s’est-il passé ensuite?
    Je n’ai pas voulu sortir par la porte principale car la chapelle donne sur la cour de l’établissement scolaire et je ne voulais pas choquer les enfants. J’ai donc pris une porte latérale, sur la droite, et j’ai demandé à deux professeurs d’appeler les secours. Un hélicoptère est également venu mais je n’ai pas pu rentrer dedans à cause du morceau de bois. C’est en ambulance que je suis arrivé au CHU d’Angers mais je n’étais plus vraiment conscient à ce moment-là.

    Avez-vous eu peur pour votre vie?
    C’était très bizarre: je n’ai pas eu conscience sur le moment que j’avais eu de la chance. J’ai minimisé la chose, comme si je me m’étais foulé la cheville. Mais c’est en voyant la réaction des gens, alors que je me promenais dans le couloir de l’hôpital, que j’ai commencé à réaliser. Et puis la réaction de mon chirurgien, de mes proches et de mon employeur, François Asselin, pour lequel je travaille toujours et qui est venu me voir à l’hôpital, m’ont fait réaliser qu’une telle chute est mortelle.

    Comment avez-vous réagi lorsqu’on vous a parlé de miracle, de Charles de Foucauld, et puis aussi de la procédure à suivre pour que ce qui vous est arrivé soit reconnu comme un miracle?
    Je ne connaissais pas Charles de Foucauld, c’est François Asselin qui m’en a parlé lorsque j’étais à l’hôpital. Il m’a donné une bande-dessinée sur lui en me disant que ce qui m’était arrivé n’était pas banal et pour que je découvre ce personnage.

    "Si ce que j’avais vécu pouvait servir à Charles de Foucauld je me suis dit: “Essayons alors!”".

    Concernant la procédure à suivre pour voir si ce que je venais de traverser pouvait être reconnu comme un miracle je n’ai pas hésité. Quand François Asselin est venu me demander si cela m’intéressait – en m’expliquant que cela pouvait éventuellement servir à la canonisation de Charles de Foucauld -, je me suis dis pourquoi pas, cela ne me dérange pas. Étant donné que je n’avais rien, si ce que j’avais vécu pouvait servir à Charles de Foucauld je me suis dit: “Essayons alors!”.

    N’étant pas croyant est-ce que cela a surpris votre entourage?
    Certains me posent encore la question de pourquoi j’ai accepté. Mais je n’ai jamais eu de réaction négative, mon entourage m’a soutenu en me disant que si j’avais envie de le faire, il fallait que je le fasse, sinon non.

    Comment cela s’est passé concrètement?
    Cela a démarré réellement début 2018. On est allé voir mon médecin, c’est Mgr Ardura, postulateur de la cause auprès du Saint-Siège, qui m’a accompagné. L’idée était d’analyser la chute, les séquelles, etc. Nous sommes également allés voir d’autres médecins d’Angers, des chirurgiens et des psychiatres. L’idée était vraiment d’étudier si ce qui m’était arrivé était scientifiquement explicable ou pas.

    "Je n’étais pas croyant avant ma chute et ne le suis toujours pas."

    Est-ce que cela a changé quelque chose dans votre rapport à Dieu?
    Je n’étais pas croyant avant ma chute et ne le suis toujours pas. Ma mère l’est un peu, mon père non, et ma grand-mère oui. J’ai été dans une école privée en primaire mais pas au collège. Après, j’étais déjà rentré dans une église, que ce soit pour le travail ou pour des événements familiaux, des enterrements… J’ai apprécié mieux connaître Charles de Foucauld mais ne me suis pas pour autant rattaché à cette figure.

    Y a t il eu un avant et un après miracle?
    Pas vraiment. J’ai fait abstraction de tout ce qui s’est passé et j’ai repris ma vie, mon métier.

    Vous êtes donc un miraculé qui ne croit pas?
    Il y a toujours une part de questionnement, forcément. Mais je ne me définirai effectivement pas comme un croyant. Peut-être que Charles de Foucauld m’a aidé à ce que je n’ai pas de séquelle, peut-être pas. Je ne sais pas. En tout cas, je suis content d’avoir pu servir modestement à sa canonisation.

    Viendrez-vous à la canonisation de Charles de Foucauld le 15 mai prochain?
    Bien sûr! J’y serai avec mes deux parents.

    "Peut-être que Charles de Foucauld m’a aidé à ce que je n’ai pas de séquelle, peut-être pas. Je ne sais pas."

    Qu’en attendez-vous?
    De passer un bon moment! On m’avait prévenu que la reconnaissance d’un miracle pouvait durer deux ans comme dix ans, donc je suis heureux de pouvoir y assister. Ce sera peut-être l’occasion de rencontrer le pape, de découvrir ce milieu religieux, Rome, le Vatican, comment ça se passe…

    Si vous aviez l’occasion de lui adresser un mot, que souhaiteriez-vous lui dire?
    Je ne sais pas vraiment, je pense que je serais surpris. J’aimerais peut-être simplement discuter et c’est peut-être lui qui aura des questions (cath.ch/imedia/apl/bh)

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