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  • DOSSIERS

    A Madagascar, près de 80 % de la population  vit en dessous du seuil de pauvreté

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie - Madagascar (1)

    Covid 19 Les pays du Sud face à la pandémie Dans des contextes souvent fragiles, les pays du Sud doivent faire face à la menace du coronavirus. Outre le défi sanitaire, ils sont confrontés à un grand nombre d'autres risques économiques voire politiques.

    Contenu du dossier
    A Madagascar, près de 80 % de la population  vit en dessous du seuil de pauvreté
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    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie - Madagascar (1)

    Le couvre-feu strict décrété en Inde a renvoyé 1,3 milliards de personnes à la maison
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    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie - Inde (2)

    Aux Philippines, le confinement a privé beaucoup de gens de leur travail et donc de nourriture
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    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Philippines (3)

    Pour faire face à la pandémie, le Guatemala a imposé un couvre-feu de 16h à 4h
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    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Guatemala (4)

    Le Namaqualand est l'une des régions les plus pauvres d'Afrique du Sud
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    Le couvre-feu, entre 23h et 6h du matin a été décrété le 23 mars 2020 au Sénégal. Le port du masque est obligatoire à l'extérieur
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    De nombreuse familles qui ne peuvent plus se nourrir ont accroché des tissus rouges aux fenêtres de leur habitation pour interpeler le gouvernement
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    Pramod Dahal coordonne des projets d'aide au Népal
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    RDC: mare à Luilu, un quartier de la ville minière de Kolwezi. Ci-contre, la mine de Glencore KCC
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    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: le Congo RDC (13)

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    A Madagascar, près de 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté © photo domaine public

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie - Madagascar (1)

    Au 8 avril 2020, une cinquantaine de pays africains étaient touchés par le Covid-19, près de 11'000 cas étaient confirmés, et déjà plus de 500 morts déclarés, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Pays parmi les plus pauvres, Madagascar est aux premières loges.

    Alors que le président malgache Andry Rajoelina affirmait encore le 5 avril 2020 que la propagation du Covid-19 était "parfaitement contrôlée" à Madagascar, citant 93 cas confirmés, dont 5 nouveaux au cours des dernières 24 heures, la situation sur la Grande Ile risque rapidement de s'aggraver.

    Tout au long des prochaines semaines, cath.ch va publier les témoignages des partenaires d'Action de Carême – active dans 14 pays du Sud - pour répercuter notamment ce que signifie cette crise pour les personnes déjà les plus pauvres et les plus vulnérables du monde.

    Madagascar, d'une catastrophe à l'autre

    La ville portuaire de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, n'est pas épargnée en ce moment. A la mi-mars, les quartiers situés en basse altitude ont été inondés par le cyclone Herold. Dans de nombreuses maisons, l'eau montait jusqu'aux genoux. A peine les flots avaient-ils commencé à se retirer que les populations ont été informées de la prochaine menace: le Covid-19, une menace mondiale qui fait trembler même les pays industrialisés.

    Un grouped'animateurs et d'animatrices du projet de Toamasina
    Un grouped'animateurs et d'animatrices du projet de Toamasina @ Action de Carême

    Tous les projets d’Action de Carême sont ainsi confrontés à des défis supplémentaires et nouveaux. Le 24 mars dernier, Jean Célestin Heriniaina, responsable d'un projet d'AdC regroupant environ 1'500 groupes de solidarité, témoigne depuis Toamasina:

    Le premier cas de Covid-19 s’est déclaré à Madagascar le 17 mars. Les inondations et maintenant cette épidémie perturbent la vie et de nombreuses personnes réagissent dans la panique. Les habitants de Toamasina tentent de s’approvisionner en riz, légumes et autres produits de première nécessité, malgré la hausse soudaine des prix. Le prix de l’huile de cuisson a déjà augmenté de 5 %. Un sac de riz, qui coûtait auparavant 90'000 Ariary (23 francs suisses), se négocie désormais au double de ce prix. A Bazary Kely – le marché local – et dans les supermarchés, tout a été acheté, les étals vidés le 21 mars. Même les stations d’essence sont à sec, on n’y trouve plus ni essence, ni mazout, ni gaz.

    Mais pour combien de temps nos réserves suffiront-elles ? On peut supposer que la situation renforcera la pauvreté. Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec environ 80 % de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour.

    Le président malgache Andry Rajoelina
    Le président malgache Andry Rajoelina @ wikipedia Mmalembo CC BY-SA 4.0

    Le 22 mars, le président a déclaré l’état d’urgence et imposé un couvre-feu de 15 jours à la capitale et à Toamasina. Dans les rues de Toamasina, on peut sentir la panique des habitants, même si aucune contagion n’a été signalée jusqu’à présent.

    Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires, dans la mesure prévue, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. A Madagascar, il est possible d’assurer une partie de l’accompagnement des groupes de solidarité via les téléphones portables. Les prêts que les groupes accordent sans intérêt – ou à un très faible taux – restent possibles. Comme il n’y a, pour le moment, que peu de patients atteints de Covid-19, AdC espère que le virus ne se répandra pas de manière épidémique, "car  cela aurait des conséquences dévastatrices pour une population démunie".

    Le Covid-19, une bombe à retardement pour le régime

    Mais pour le journaliste Stefan Frey, qui vit entre Olten et Diego Suarez, dans le nord de Madagascar, le Covid-19 constitue une bombe à retardement pour le régime. Sur place, le Suisse a fondé l'organisation Mad'éole, qui approvisionne les villages en énergie éolienne et autres énergies renouvelables. Il relève que le 1er avril 2020, l’Observatoire de la vie publique (SeFaFi) de Madagascar a publié une évaluation critique du système de santé malgache et a exprimé de sérieux doutes sur capacité de celui-ci à faire face à la pandémie.

    Les régions autour de la capitale Antananarivo et de la ville portuaire de Toamasina sont en quarantaine, l’espace aérien est fermé depuis le 22 mars, tout comme les ports. Selon le président, le pays comptait 59 cas de Covid-19 le 2 avril.

    La corruption touche un système de santé sinistré

    "Personne dans le pays n’y croit, c’est pourquoi des milliers de personnes prennent d’assaut les points de distribution des colis alimentaires. Les images de cet afflux massif tournent en dérision celles du président – qui s’adresse désormais à la population un jour sur deux par l’intermédiaire des médias réquisitionnés par les mesures d’urgence".

    Dans sa dernière annonce, le SeFaFi fait référence à un phénomène devenu une culture: la corruption. Dans le système de santé également, les abus de pouvoir, les détournements de fonds et la corruption ouverte sont depuis longtemps devenus une menace existentielle. Les années de négligence du secteur de la santé ont pratiquement privé les hôpitaux de leurs possibilités de traitement. Par ailleurs, dans la population rurale, neuf personnes sur dix n’ont pas du tout accès au système de santé.

    Stefan Frey salue le projet d’Action de Carême, "particulièrement remarquable", qui permet l’auto-organisation de groupes de solidarités, dont les membres parviennent à sortir de la spirale de l’endettement et à se libérer des chaînes des usuriers. "Ainsi, plus de 100'000 personnes ont pu développer une perspective durable". (cath.ch/be)

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    Le couvre-feu strict décrété en Inde a renvoyé 1,3 milliards de personnes à la maison © Keystone

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie - Inde (2)

    Près de 1,3 milliard de personnes sont actuellement confinées en Inde en raison du Covid-19. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi veut proroger le confinement au-delà de la date de fin prévue, le 14 avril 2020. L’Inde pourrait demeurer en quarantaine pendant encore plusieurs semaines.

    L'Etat indien d’Odisha [l'ancien Etat d'Orissa, sur la côte Est], a déjà annoncé l’extension officielle de son confinement jusqu’au 30 avril.

    Si le sous-continent indien a été touché par la pandémie plus tard que l’Europe et si on n’y dénombre officiellement que 6'000 cas pour moins de 200 décès au 8 avril 2020, ces chiffres doublent tous les quatre jours. La contagion se répand comme un feu de brousse dans les quartiers les plus pauvres.

    Distribution de repas à New Delhi au temps du Covide-19
    Distribution de repas à New Delhi au temps du Covide-19 @ Vatican Media

    Le couvre-feu menace la survie de la population

    Pour les hommes et les femmes du secteur informel, en Inde, la vie est actuellement plus menacée par cette situation de crise que par la maladie elle-même, note Action de Carême (AdC), dont tous les projets sont confrontés à ce nouveau défi. La situation est particulièrement dramatique dans le sous-continent, note Tobias Buser, responsable du programme d’AdC en Inde:

    La situation est difficile et ne cesse de s’aggraver, car personne n’a eu le temps de se préparer au couvre-feu. Cela est particulièrement vrai pour celles et ceux qui travaillent dans le secteur informel et pour les plus démunis des zones rurales.

    Un exode massif qui contribue à la propagation du virus

    Partout, des émeutes éclatent et la faim se fait ressentir en raison du chômage soudain des travailleuses et travailleurs journaliers dû au couvre-feu strict. Du jour au lendemain, la plupart d’entre eux ne peuvent plus se loger et se nourrir et tentent de rejoindre la campagne malgré le manque de moyens de transport. Cela entraîne un exode massif qui, bien entendu, contribue à la propagation du virus.

    Il est devenu très difficile d’obtenir de la nourriture ou une aide médicale, car celles et ceux qui ne respectent pas l’interdiction de sortie sont victimes de brutalités policières.

    Tobias Buser, responsable du programme d’Action de Carême en Inde
    Tobias Buser, responsable du programme d’Action de Carême en Inde @ Jean-Pierre Grueter

    Tobias Buser explique comment AdC poursuit son travail en Inde: "Dans notre programme en Inde, nous collaborons avec des groupes d’Adivasis [tribus aborigènes] très défavorisés et sans terre, qui parviennent à obtenir un accès aux terres forestières et sont formés aux techniques agro-écologiques. Cette stratégie porte déjà ses fruits. Grâce à cela, les bénéficiaires des projets disposent de leur propre nourriture et ce, même dans les périodes les plus difficiles, comme celle traversée actuellement."

    Sensibiliser les gens au danger des fausses nouvelles

    Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances.

    En Inde, certaines organisations transmettent déjà à la population, via Whatsapp, de courtes vidéos avec des informations sur la façon de se protéger contre le virus. Elles prévoient également de diffuser des émissions de radio sur le sujet afin de sensibiliser les gens au danger des fausses nouvelles [les 'fake news']. Dans de nombreux endroits, les partenaires d'AdC peuvent conseiller les bénéficiaires des projets par le biais du téléphone portable – sur les questions agricoles, par exemple – et de maintenir ainsi le contact. Dans des cas exceptionnels, une aide d’urgence aux familles souffrant de la faim peut également être fournie.

    Paysannes aux champs en Inde
    Paysannes aux champs en Inde @ Action de Carême

    Une situation déjà très précaire

    AdC relève que la pandémie de Covid-19 ne fait qu'aggraver une situation déjà très précaire pour des millions de personnes qui, en Inde, luttent aujourd’hui encore contre la faim. Ces populations défavorisées reçoivent l’appui de nombreuses organisations, mais le gouvernement a retiré en 2014 le statut légal aux deux tiers des ONG actives en Inde en vertu de la Loi sur la réglementation des contributions étrangères (FCRA – Foreign Currency Regulation Act).

    Sans ce statut, ces dernières ne peuvent obtenir d’aides financières de l’étranger. Créant un climat politique et social toujours plus répressif, des idéologies nationalistes hindoues veulent assimiler les minorités par la contrainte. Jusqu’ici, tous les partenaires d'AdC ont pu poursuivre leurs activités, bien qu’ils doivent désormais faire preuve de beaucoup de discrétion. (cath.ch/be)

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    Aux Philippines, le confinement a privé beaucoup de gens de leur travail et donc de nourriture © Keystone

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Philippines (3)

    Aux Philippines, plusieurs millions de travailleurs à la journée restent sans revenus ni travail parmi les habitants des bidonvilles de la région métropolitaine de Manille. La situation tend à s'aggraver depuis le confinement décidé le 16 mars 2020 par le président Rodrigo Duterte.

    À l’origine, le confinement avait été annoncé pour quatre semaines, mais le 6 avril, le président Duterte a annoncé à la télévision que le confinement serait prolongé jusqu’au 30 avril.

    Le confinement de Manille et de ses 12 millions d’habitants avait été décrété le 12 mars avant d’être étendu à l’ensemble de l’île de Luzon. Plus de la moitié des 104 millions de Philippins vivent sur cette île. Tous les déplacements par voies aérienne et maritime y ont été interdits tandis que ceux par voie terrestre ont été drastiquement restreints. Et, par la suite, la plupart des autres régions de l’archipel ont suivi cet exemple.

    Au 8 avril, les Philippines avaient enregistré plus de 3’800 infections confirmées, dont 182 décès. Ainsi que l’explique au site Eglises d’Asie, le père Leo, directeur du département de langue chinoise de Radio Veritas Asia, beaucoup de Philippins gagnent leur vie avec des emplois précaires comme chauffeurs de tricycles ou de jeepneys (transports en commun). Ils n’ont aucune épargne.

    Le Père Leo précise que malgré l’annonce faite par le gouvernement philippin le 3 avril, qui a assuré que des aides seraient distribuées aux familles précaires, ces dernières n’ont encore rien reçu. Selon le prêtre, certaines rumeurs affirment que des fonctionnaires ont détourné des dons destinés aux pauvres.

    Aggravation de la crise alimentaire

    La circulation des marchandises dans le pays a été considérablement restreinte en raison du blocus gouvernemental. Dans les villes, l’approvisionnement en nourriture est déjà alarmant dans de nombreux endroits. Il est à craindre que la crise alimentaire ne s’aggrave dans les prochains mois si le blocus venait à être prolongé.

    Delia Badillo et son mari Teodulo
    Delia Badillo et son mari Teodulo @ Action de Carême

    L’agricultrice Delia Badillo et son mari Teodulo ont leur propre ferme sur l'île philippine de Mindanao, à Molave, Zamboanga du Sud. Dans cette période de pandémie, l'autosuffisance de la famille grâce à des méthodes de culture agro-écologiques est d'une importance capitale pour diverses raisons.

    «Nous nous en sortons plutôt bien, malgré le blocus du gouvernement. Notre ferme nous fournit tout ce dont nous avons besoin», affirme Delia. Elle et son mari Teodulo cultivent leurs champs avec des méthodes de culture agro-écologiques, ils innovent constamment et adaptent leurs semences. Ils partagent également volontiers leurs connaissances avec les agriculteurs et agricultrices de la région de la péninsule de Zamboanga et de plusieurs régions de Mindanao.

    La diversité porte ses fruits

    Sur leur ferme d’un hectare, ils cultivent du riz, des légumes, des arbres fruitiers et des herbes aromatiques et élèvent des chèvres, des poulets indigènes et des canards. Ils sont accompagnés du savoir-faire agricole d’Agro-Eco, une organisation partenaire d’Action de Carême.

    L'Eco-agriculture permet une flexibilité des cultures
    L'Eco-agriculture permet une flexibilité des cultures @ ©

    Agro-Eco a déjà reçu un prix international d’agroécologie pour son engagement. Grâce à des méthodes de culture agroécologique, la famille Barillo dispose d’aliments de bonne qualité, de médicaments et d’engrais naturels tout au long de l’année. Le fait de miser sur de nombreux types d’aliments différents leur garantit également un revenu régulier et même un rendement plus important que s’ils n’avaient planté que du riz.

    «L’agroécologie rend notre famille plus flexible pour faire face à une telle situation. Des méthodes de cultures diversifiées sont un élément essentiel pour la survie des agriculteurs et agricultrices ainsi que de l’économie locale», déclare Delia Badillo. (cath.ch/com/eda/ag/bh)

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    Pour faire face à la pandémie, le Guatemala a imposé un couvre-feu de 16h à 4h © photo d'illustration © Matt Stabile/Flickr/CC BY 2.0

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Guatemala (4)

    Dès le 16 mars 2020, suite au premier cas de Covid-19 au Guatemala, un couvre-feu a été imposé entre 16h et 4h du matin. Ces mesures touchent particulièrement les personnes qui travaillent dans le secteur informel. Certaines ne peuvent pas respecter le couvre-feu.

    Le président guatémaltèque Alejandro Giammattei a annoncé le 13 mars 2020 le premier cas de coronavirus du pays. Les frontières terrestres, aériennes et maritimes ont été fermées trois jours plus tard, ainsi que les écoles.

    Les rassemblements de plus de trois personnes sont désormais interdits. Les processions de Pâques ont donc été annulées. Les transports publics sont suspendus et les centres commerciaux sont fermés, de même que les bars, les clubs et les restaurants. Les exceptions sont les pharmacies, les stations d’essence et les services de base.

    Les personnes de plus de 60 ans, celles à risque et les femmes enceintes n’ont pas le droit de sortir de chez elles.

    Système de santé précaire

    Le règlement est censé s’appliquer jusqu’au 20 avril, les écoles restant fermées jusqu’à la fin du mois. Quiconque ne respecte pas le couvre-feu ou enfreint d’autres règles s’expose à des sanctions très sévères: des amendes s’élevant au minimum à l’équivalent de 850 francs suisses ou l’emprisonnement jusqu’à 6 ans.

    Le 8 avril, le gouvernement a indiqué qu’une vingtaine de cas d’infection s’ajoutaient chaque jour et que 11'000 personnes avaient été mises en quarantaine. Sachant parfaitement que le système de santé n’est pas préparé à une telle crise, le président a menacé de ne retirer les mesures de prévention que si les nouvelles infections étaient inférieures à 12 par jour. Avant Pâques, les mesures ont ainsi été encore renforcées. Tout voyage à l’intérieur du pays a été interdit.

    Dans le même temps, le président a promis de mettre à disposition 11 milliards de quetzales, soit environ 1,35 milliard de francs suisses. Deux millions de familles vont recevoir 1'000 quetzales, soit environ 120 francs suisses, pour trois mois chacune. La question de savoir si et comment cela sera mis en œuvre reste cependant ouverte.

    Le problème de la violence domestique a également été soulevé et les femmes ont été invitées à se manifester si elles en étaient victimes.

    Le bilan de la pandémie au Guatemala au 16 avril faisait état de 196 personnes infectées, parmi lesquelles 5 sont décédées et 19 considérées comme guéries.

    Bientôt un manque de nourriture?

    Mais les mesures imposées par le gouvernement touchent particulièrement les personnes qui travaillent dans le secteur informel et qui ne peuvent pas respecter le couvre-feu. "L’économie informelle est au point mort", confirment Inés Pérez Hernández et Yojana Miner, coordinatrices de du programme d'Action de Carême (AdC) au Guatemala. "C’est difficile pour ceux qui vivent au jour le jour. On s’inquiète beaucoup de la manière dont on peut se procurer de la nourriture lorsque les gens ne sont pas autorisés à quitter leur maison et qu’il n’y a pas de ressources financières".

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    Les transferts d’argent destinés aux familles qui ont des parents aux États-Unis ou dans d’autres pays ne fonctionnent plus correctement, car les banques ont cessé 75 % de leurs services. Les coordinatrices de l'œuvre d'entraide catholique suisse craignent une augmentation importante des problèmes liés au manque de nourriture et à la malnutrition. Environ 60 % de la population vit déjà en dessous du seuil de pauvreté.

    "La population rurale et indigène, notre principal groupe cible dans les projets, sera particulièrement touchée et cette crise leur laissera probablement de profondes cicatrices", relèvent Inés Pérez Hernández et Yojana Miner. Les organisations partenaires d’AdC ont dû réduire une grande partie de leurs activités en raison de l’interdiction de rassemblement. Cependant, elles utilisent des canaux de communication alternatifs tels que le téléphone et les médias sociaux, et informent les personnes participant aux projets sur la manière dont elles peuvent se protéger.

    "Nous travaillons nous-mêmes à domicile depuis la mi-mars et sommes en contact permanent avec les organisations partenaires, que nous soutenons du mieux que nous pouvons, assurent les coordinatrices d'AdC. Nous espérons que, entre octobre et décembre, le retard sur les activités prévues au sein des projets pourra être rattrapé".

    La pression du gouvernement sur la société civile se poursuit

    Outre les inquiétudes économiques, certains ont des craintes pour la démocratie. Le fait que le Congrès n’ait pas encore cessé de fonctionner pourrait constituer un risque majeur, car des lois qui violent les droits de la population pourraient être adoptées pendant les couvre-feux. "Nous espérons que la loi sur les organisations non gouvernementales, qui restreindrait fortement nos possibilités de travail, ne sera pas traitée maintenant", notent Inés Pérez Hernández et Yojana Miner.

    Mais au Guatemala, la disponibilité de la nourriture et son accès seront les défis centraux de cette crise. "Cela montre une fois de plus combien il est important de mettre l’accent sur le droit à l’alimentation et combien il est nécessaire de tenir compte des préoccupations de la population rurale et indigène, relèvent les coordinatrices d'AdC. Notre programme au Guatemala s’inscrit dans cette vision". (cath.ch/com/rz)

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    Le Namaqualand est l'une des régions les plus pauvres d'Afrique du Sud © Claudia Führer/Action de Carême

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Afrique du Sud (5)

    En Afrique du Sud, la pandémie de coronavirus inquiète, mais ne semble pas se propager à grande vitesse. Le strict confinement néanmoins mis en place est dur à vivre pour une partie de la population, rappelant à certains les heures sombres de l'Apartheid.

    Les trois premiers cas de Covid-19 ont été identifiés en Afrique du Sud entre le 6 et le 12 mars 2020. En date du 23 avril, 3'6358 cas ont été confirmés et 65 personnes sont décédées de la maladie. Jusqu’à présent, 903 personnes se sont rétablies. Le gouvernement sud-africain a décrété à partir du 23 mars un strict confinement de la population. Une mesure qui n'est pas sans poser de problèmes, surtout dans les régions les plus pauvres du pays.

    C'est ce que constate l'œuvre d'entraide catholique suisse Action de Carême, par l'intermédiaire de NAMKO, son organisation partenaire sur place. Elle est l'une des rares ONG encore actives dans la région du Namaqualand, dans la province du Cap Nord. La courbe d’infection au Covid-19 y est extrêmement plate, avec 16 cas signalés. Dans le reste du pays, la province de Gauteng présente le taux d’infection le plus élevé avec 1'148 cas, suivie par la province du Cap-Occidental et le Kwa Zulu Natal avec respectivement 868 et 617 cas signalés.

    Brutalités policières

    Comme le rapporte Quinta Titus, l’une des coordinatrices de projet au sein de NAMKO, la population du Namaqualand, une région pauvre et isolée, était convaincue que le coronavirus ne concernait que les gens riches, étant donné qu’ils sont les seuls à pouvoir voyager à l’étranger. La population pensait donc ne courir aucun danger.

    Les habitants ont été d’autant plus surpris lorsque le président a annoncé l'imposition d'un confinement strict à tout le pays. Le sentiment que ces ordres ne les concernaient pas a continué à prévaloir parmi les citoyens de la région. Cependant, lorsque la police et la force de défense nationale sud-africaine ont commencé à patrouiller au sein des communautés, cela a douloureusement rappelé le régime de l’Apartheid, en particulier aux personnes âgées. La jeune génération a, quant à elle, été frustrée par les restrictions, le couvre-feu et la fermeture des petits magasins. Les mouvements de résistance contre ces mesures ont conduit à une augmentation des brutalités policières.

    Les écoles sont fermées, les enfants meurent de faim

    Le confinement rend impossibles les activités habituelles telles que rendre visite aux voisins, jouer au football ou encore se regrouper pour échanger des points de vue et partager des inquiétudes. Quinta Titus déclare: "Nous sommes habitués à nous emprunter des denrées alimentaires de base en cas de besoin, mais nous devons pouvoir circuler librement pour le faire. Les circonstances actuelles ne font qu’aggraver les difficultés que rencontrent notre peuple pour assurer sa survie".

    Les sources de revenus de la plupart des habitants viennent des prestations de l’aide sociale ainsi que des petits travaux tels que les nettoyages, qui ne peuvent plus être effectués. Par conséquent, les membres des communautés les plus démunies se couchent souvent le ventre vide.

    La fermeture des écoles a également eu un terrible impact sur les enfants. Ils avaient en effet droit à un repas gratuit par jour à l’école. Désormais, certains peuvent passer la journée sans un seul vrai repas. Les pleurs des enfants affamés du Namaqualand brisent le cœur des habitants.

    Augmentation de la violence domestique

    Le sentiment de frustration augmente, surtout chez les hommes, et entraîne un accroissement des violences domestiques. Les femmes et les enfants, n’ayant plus la possibilité de quitter leur foyer, sont obligés de faire face à cette situation dramatique, souvent au péril de leur vie. Les collaboratrices et collaborateurs de NAMKO tentent d’aider les femmes concernées via Facebook, mais la charge émotionnelle est immense, car ils ne sont actuellement pas en mesure de leur offrir une aide directe.

    Quinta Titus présente clairement les faits : "Dans la situation actuelle, notre peuple n’a plus aucun espoir. Les programmes d’aide du gouvernement ne sont destinés qu’à un petit nombre de personnes et plusieurs éléments démontrent des cas évidents de corruption au sein du programme de distribution des colis alimentaires. Notre peuple a besoin de soutien pour survivre, aujourd’hui plus que jamais." (cath.ch/com/rz)

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    Le criquet est une grave menace pour les cultures © wikimidia commons CC-BY-2.0

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie – Kenya (6)

    Depuis fin 2019, le Kenya, comme toute l’Afrique de l’Est, souffre d’une invasion de criquets La situation est toujours extrêmement alarmante. Le coronavirus représente un défi supplémentaire majeur. Les restrictions sanitaires imposées mettent en danger, l'approvisionnement des populations, témoigne Stellamaris Mulaeh, coordinatrice du programme de l'Action de Carême (AdC) au Kenya.

    Les marchés ont été fermés, les déplacements par voie terrestre sont interdits et un couvre-feu nocturne a été instauré. Dans les zones rurales du Kenya, 35% de la population souffre déjà d’insécurité alimentaire. 40% de la population rurale vit avec moins d’un franc par jour, souvent sans revenu régulier. Ces personnes sont gravement touchées par les mesures visant à contenir le coronavirus, note Stellamaris Mulaeh.

    De nouveaux essaims de criquets continuent de proliférer, menaçant l’alimentation et les moyens de subsistance, car c’est maintenant le début de la longue saison des pluies et la saison des semailles, écrit Stellamaris Mulaeh. Les criquets sont arrivés à Nyandurua, et la région a déjà une récolte de 75% inférieure à la normale.

    Groupes de solidarité

    Pendant les pluies, les partenaires accompagnent généralement les agriculteurs dans les champs pour y mettre en pratique ce qu’ils ont déjà appris. Mais Aujourd’hui, le travail collectif dans les pépinières est menacé, parce que les gens y travaillaient habituellement en groupes, explique la coordinatrice d'AdC. Or, les gouvernements des districts ont limité les réunions à un maximum de trois personnes. "Nous avons donc adapté le travail collectif dans les champs : les paysans se divisent en petits groupes afin de garantir le respect de la distanciation sociale. Ensemble, nous veillons à la bonne mise en œuvre des règlements et à prendre des mesures pour en atténuer les conséquences".

    "Les groupes de solidarité peuvent néanmoins contribue à apporter une solution aux perturbation dans les chaînes d’approvisionnement, car les membres peuvent s’acheter mutuellement de la nourriture. Nous veillerons à ce que les bénéficiaires continuent à faire preuve de solidarité et à utiliser leurs jardins de manière intensive et biologique", conclut la  coordinatrice du programme AdC au Kenya.

    Action de Carême continue à soutenir ses organisations partenaires, dans ses 14 pays d’intervention, afin qu’elles qu’elles puissent adapter leur travail aux situations nouvelles. (cath.ch/com/mp)

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    Le covid 19 paralyse le Burkina Faso © AdC

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: Burkina Faso (7)

    Face à la pandémie de coronavirus, le gouvernement du Burkina Faso a réagi en fermant ses frontières et en instaurant un couvre-feu qui pousse les habitants encore plus dans la pauvreté. Le Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes intègres », est en effet l'un des pays les plus pauvres du monde. Plus de la moitié de la population survit avec moins d'un dollar par jour.

    Les premières personnes atteintes du Covid-19 au Burkina Faso ont été des ministres, des ambassadeurs, un pasteur et son épouse de retour d’un voyage en France ainsi que l’archevêque de Ouagadougou, la capitale du pays. Depuis l’apparition de ces cas début mars, tout le pays retient son souffle.

    Le nombre de cas déclarés est de 632 malades du Covid-19, 42 morts, 453 personnes guéries. Le nombre réel des personnes infectées n’est cependant pas connu en raison du manque de kits de dépistage et de la quasi-inexistence des soins médicaux.

    Mais au-delà de la maladie, les mesures prises par le gouvernement pour ralentir et stopper la propagation du virus affectent particulièrement durement les plus démunis qui représentent 61 % de la population. Les villes sont mises en quarantaine et la pénurie de masques de protection, de savon et de produits désinfectants frappe tout le pays. Les marchés, les lieux de culte, les écoles et les gares sont fermés.

    Mettre en œuvre au mieux les mesures de prévention

    "Le couvre-feu fixé de 19 heures à 5 heures du matin est respecté, même si de nombreuses personnes dans la région estiment que cela n’est pas justifié, puisque ce sont les villes, en particulier Ouagadougou, qui sont les plus touchées.", explique Aimé Sawado, coordinateur de L’AKOFED (Association Koglzanga féminine pour le développement), organisation partenaire d’Action de Carême, dans la communauté rurale de Tikaré, à 140 km de la capitale.,

    "L’organisation des événements sociaux n’a guère changé, voire pas du tout, puisque des rassemblements funéraires et des événements heureux comme les mariages continuent d’avoir lieu. Bien que certaines familles pratiquent le lavage des mains, il est difficile pour chacun·e de garder ses distances car cela ne s’inscrit tout simplement pas dans le contexte socioculturel. Se serrer la main, discuter en groupe, passer du temps ensemble fait partie de la culture burkinabé."

    De graves revers pour les projets

    Les habitants de Tikaré vivent dans la crainte constante de l’évolution de la crise sanitaire. Les informations diffusées par les médias internationaux et les carences du système de santé – il y a cinq ventilateurs dans tout le pays pour plus de dix millions de personnes – alimentent la peur.

    Les autorités sont conscientes de cette situation, mais elles n'ont guère les moyens de réagir si la catastrophe se produit ? Aimé Sawado illustre avec humour l’état d’esprit dans son pays : "À Tikaré, le médecin-chef du centre médical et un de ses conseillers se sont rendus à la préfecture le 1er avril 2020 pour transmettre les dernières informations. « Monsieur le Préfet, nous venons d’accueillir un premier cas confirmé de Covid-19 et souhaitions vous en informer ». Le maire a gardé le silence pendant un long moment, un silence qui en disait long. Les porteurs du message ont alors compris qu’ils étaient allés trop loin et se sont empressés d’annoncer qu’il ne s’agissait que d’une mauvaise blague. Il n’est pas difficile d’imaginer le soulagement général."

    La faim menace

    Mais, dans les faits, Aimé est inquiet. "En raison de l’interdiction de rassemblement et des mesures de distanciation sociale, nous ne sommes plus autorisé·e·s à rencontrer les bénéficiaires. Plusieurs de nos activités sont au point mort. Cela touche particulièrement les personnes qui sont organisées dans les 'calebasses de solidarité'. Elles se réunissent généralement chaque semaine pour échanger des informations et collecter de l’argent afin de se préparer aux moments difficiles. Cela est désormais interdit. Heureusement, le travail dans les champs est encore autorisé. Cependant, si la fermeture des marchés et les autres mesures se poursuivent au-delà de la saison sèche, nous courons le risque de mourir de faim", conclut Aimé Sawado. (cath.ch/com/mp)

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    Les organisations partenaires d'Action de Carême informent sur les dangers du virus et sur les mesures d'hygiène à adopter © AdC

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: Haïti (8)

    En Haïti, les changements climatiques et la corruption au sein du gouvernement ont rendu la situation dramatique. Le pays souffre. La menace du coronavirus s'ajoute au chaos. Pour tenter de faire face, les organisations partenaires d’Action de Carême informent leurs groupes de solidarité et distribuent du matériel d'hygiène.

    L'île de la Caraïbe a connu ses premiers cas le 19 mars 2020 et comptait le 7 mai 12 décès, selon les données de l'Université américaine Johns Hopkins. Mais ce qui inquiète le plus aujourd'hui c'est la famine. Avec le coronavirus, Haïti qui connaît déjà une crise politique majeure depuis des mois pourrait ne pas se relever.

    Fin avril, les organisations humanitaires ont sonné l'alarme. Le Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire (CCFD) a rappelé qu'"Haïti a fait le choix d’importer massivement des denrées au lieu de renforcer sa production locale. En pleine pandémie de Covid-19, la paysannerie est aujourd’hui dans l’impossibilité de constituer des stocks pour nourrir la population". Avec la fermeture des frontières, les difficultés pour s'alimenter se sont accrues.

    En une décennie, Haïti a connu un tremblement de terre dévastateur, une épidémie de choléra meurtrière, une corruption endémique et des soubresauts politiques qui génèrent colère et frustration de la population.

    Risques de famine

    Au-delà de la peur de mourir du coronavirus, celle de mourir de faim préoccupe les Haïtiens. Les céréales constituent deux tiers des apports énergétiques quotidiens des plus pauvres. Or le prix du riz a plus que doublé sur certains marchés par rapport à 2019.

    Cette forte hausse des prix ne fait qu'amplifier la récession dans le pays. "Avec la crise qui se profile, on s'attend à un repli de près de 4% du Produit intérieur brut. Cela résulterait principalement d'un quasi effondrement du secteur agricole, qui verrait sa demande effective chuter considérablement", a reconnu le Premier ministre, Joseph Jouthe. Le secteur agricole ne pèse que 21% dans le PIB mais il concentre la moitié des emplois.

    Avant la pandémie, les Nations-Unies avaient déjà estimé que 40% des Haïtiens auraient besoin d'une assistance humanitaire d'urgence cette année. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé le versement d'une aide d'urgence de 111,6 millions de dollars.

    Les organisations partenaires d'Action de Carême fournissent également des seaux munis de robinet ainsi que du savon pour se laver les mains
    Les organisations partenaires d'Action de Carême fournissent également des seaux munis de robinet ainsi que du savon pour se laver les mains @ AdC

    Quelles mesures sanitaires?

    Compte tenu de l'extrême faiblesse du système de santé du pays, la diffusion du coronavirus suscite de vives craintes. Pour endiguer sa propagation, le gouvernement a annoncé que le port du masque serait obligatoire dans tous les lieux publics à partir du 11 mai, sous peine de sanction. Mais des mesures de confinement, comme celles instaurées en Europe, seraient difficiles à mettre en œuvre car la grande majorité des habitants dépend de l'économie informelle pour survivre au jour le jour et les gestes barrières sont difficiles à faire appliquer.

    Haïti a reçu le 7 mai, le premier des cinq avions cargos avec du matériel médical commandé à la Chine. "Dans le meilleur scénario possible, nous prévoyons environ 2'000 décès mais, suivant l'évolution de la situation, nous pouvons prendre ces prévisions et les multiplier par cinq ou par dix", estime l'épidémiologiste haïtien Patrick Dely.

    Les personnes atteintes du coronavirus sont stigmatisées

    On craint en outre qu'une flambée de l’épidémie de coronavirus ne conduise à une augmentation des violences. Des personnes présentant des symptômes ont déjà été attaquées, de même qu’un hôpital qui soignait des patients atteints du Covid-19.

    Informations sur le virus et matériel d'hygiène

    Les organisations partenaires d'Action de Carême concentrent leur efforts sur des activités de sensibilisation. Elles informent sur les dangers du virus et sur les mesures d'hygiène à adopter pour s’en protéger. Elles fournissent également des seaux munis de robinet ainsi que du savon pour se laver les mains. (cath.ch/com/ag/mp)

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    Le couvre-feu, entre 23h et 6h du matin a été décrété le 23 mars 2020 au Sénégal. Le port du masque est obligatoire à l'extérieur © Keystone

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: le Sénégal (9)

    Le Sénégal touché par la pandémie de coronavirus est en éta d'urgence depuis le 23 mars 2020. La pénurie de réserves alimentaire et le manque de pluie font craindre la famine. Les groupes de solidarité et d'épargne (les calebasses) connaissent cependant un grand succès et de nombreux villages profitent de leurs compétences pour faire face à la crise du coronavirus.

    Le premier cas de Covid-19 a été enregistré le 2 mars dernier. Dès lors, la courbe n'a cessé d'augmenter. Le pays fait état, le 11 mai, de 1’709 personnes infectées, 18 morts et 650 guérisons. Le coronavirus a principalement touché la population urbaine alors que celle des villages a été épargnée jusqu’à présent. Ces dernières semaines, la pandémie gagne du terrain dans le pays, avec notamment l’apparition de plusieurs cas communautaires.

    Depuis le 23 mars, le pays est en état d'urgence. Toutes les frontières sont closes et un couvre-feu a été instauré entre 20 heures et 6 heures du matin. Les marchés sont fermés et, dès 16 heures, les autres magasins doivent l’être également. Le port du masque est obligatoire à l'extérieur de la maison. L’impact du coronavirus touche plusieurs secteurs comme le tourisme, les transports ou la pêche.

    Production «maison» de désinfectant

    L’interdiction de voyager à l'intérieur du pays met en difficulté de nombreuses personnes, telles les femmes membres de la calebasse de Thialane. En effet, ces dernières vivent au milieu du delta du fleuve Saloum et leur seul moyen de transport est la pirogue. Elles attendent donc impatiemment la levée de l’interdiction, car les ingrédients pour fabriquer de l’eau de Javel commencent à manquer. Jusqu'à présent, elles ont pu produire 186 litres de désinfectant et de produit de nettoyage qui bénéficient aux 800 habitants de leur village.

    Les calebasses ont contribué à la lutte conter le virus en favorisant la fabrication de savon et d 'eau de javel
    Les calebasses ont contribué à la lutte conter le virus en favorisant la fabrication de savon et d 'eau de javel @ Action de Carême

    Les femmes membres de la calebasse de Soukouta ont produit elles-mêmes 700 litres d'eau de Javel et 150 pots de savon ces dernières semaines. Avec l'apparition du coronavirus, le besoin en savon pour le lavage des mains et en eau de Javel pour la désinfection régulière des sols, des étagères et des installations sanitaires s'est accru. Les femmes ont produit en grande quantité, de sorte que ni les membres du groupe ni la population du village ne souffrent de pénurie.

    Ces dernières années, les groupes d'épargne et de solidarité sont devenus une institution importante dans tout le pays et ont permis d’améliorer la qualité de vie d’un grand nombre de communautés. Pour la plupart des membres, le renforcement de la cohésion sociale et de la solidarité constitue la plus grande réussite des calebasses. L'épargne communautaire n’est que secondaire.

    Crainte d'une famine

    En raison des nombreuses restrictions en vigueur pour éviter la propagation du virus, la vie est devenue très difficile pour la population. Les prix des denrées alimentaires augmentent et les réserves, déjà faibles, sont presque épuisées. En 2019, les précipitations ont été peu abondantes et, par conséquent, la récolte a été mauvaise.

    Il est à craindre que le Sénégal ne soit confronté à une famine. Le gouvernement a distribué des aides alimentaires à un million de foyers à travers le pays, qui compte 16 millions d’habitants, mais en raison de l'interdiction de voyager dans le pays, la manière dont ces colis parviendront aux personnes dans le besoin reste incertaine. L'interdiction de quitter le pays et de se rassembler signifie que même la tradition de déposer de la nourriture destinée aux plus démunis dans les mosquées pendant le Ramadan ne pourra être maintenue cette année.

    Les organisations partenaires d'Action de Carême sont également soumises à des restrictions, étant donné qu’il est actuellement impossible de se rendre dans les villages. Cependant, elles soutiennent leurs bénéficiaires du mieux qu'elles le peuvent en ayant recours au téléphone. Elles diffusent des informations ainsi que des règles de conduite et conseillent les groupes, voire servent de médiatrices en cas de difficultés. Elles collaborent également avec les autorités locales et soutiennent les mesures d'hygiène, notamment par la distribution de savons artisanaux.

    Action de Carême prévoit de continuer à soutenir ses organisations partenaires dans ses 14 pays d’intervention afin qu’elles ne soient pas contraintes de licencier du personnel et qu’elles puissent adapter leur travail aux circonstances. (cath.ch/com/ag/bh)

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    De nombreuse familles qui ne peuvent plus se nourrir ont accroché des tissus rouges aux fenêtres de leur habitation pour interpeler le gouvernement © Keystone/L. C. Ayala

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: la Colombie (10)

    Le coronavirus a paralysé la Colombie qui déplore plus de 570 morts au 17 mai 2020. Les mesures de confinement établies par le gouvernement pour enrayer la propagation du virus ont des conséquences dramatiques dans un pays où six personnes sur dix survivent grâce au travail informel.

    Sans le revenu quotidien ou hebdomadaire que de nombreuses familles tirent de ces activités, il n'est plus possible de se nourrir. Ces derniers ne bénéficient d’aucune protection sociale et ne peuvent subvenir à leurs besoins en raison des mesures de confinement. Le secteur informel rassemble 46% de la population masculine et 48% des femmes.

    La population démunie redoute plus la faim que le virus. De nombreuse familles qui n’ont plus de quoi se nourrir ont accroché des chiffons rouges à leurs fenêtres pour exprimer leur détresse et interpeler le gouvernement. D’autres protestent contre l’absence de soins de santé en suspendant des tissus blancs.

    Dans les quartiers surpeuplés, il est compliqué de respecter le confinement et de maintenir un mètre de distance avec ses voisins. La propagation du virus – où plus de 15'550 cas ont été confirmés à ce jour - y est donc particulièrement favorisée. De plus, le couvre-feu a entraîné une recrudescence des abus et violences faites aux femmes: les appels à l'aide ont augmenté de près de 80 %. Pour contrer cette autre épidémie, aucune mesure de prévention n’a été mise en place.

    Précarité du système de santé

    Dans certaines régions, d'autres maladies frappent la population. C’est le cas dans le département de Caquetá, zone de projet d’Action de Carême, où la dengue fait des ravages. Le système de santé, en particulier dans les zones rurales, n’est pas assez solide pour faire face à la pandémie de coronavirus ou aux autres maladies. Le personnel médical, qui manque du matériel le plus élémentaire pour se protéger et ne perçoit plus son salaire, démissionne.

    Les mesures économiques prises par le gouvernement profitent principalement aux banques et aux grandes entreprises. L'aide allouée au secteur agricole est destinée en priorité aux exploitations agro-industrielles et seule une infime part est versée aux familles paysannes qui en ont le plus besoin.

    Le prix des denrées alimentaires a augmenté, alors que parallèlement les agriculteurs et agricultrices peinent à écouler leur production. Les participants aux projets d’Atucsara, organisation partenaire d'Action de Carême,fournissent à l'Université de Cauca les fruits de leurs chontaduros (pêchers), qu'elles n'ont pas pu vendre. Cette dernière les transforme ensuite en farine, qu'elle distribue aux familles touchées par la pandémie.

    Les droits humains ignorés

    Pendant l’état d’urgence, de nombreux décrets, qui n’ont pas pu être contrôlés par la société civile, ont été adoptés par le gouvernement. Les permis environnementaux pour les projets d'extraction de matières premières ont été délivrés plus rapidement, par exemple. La population, directement impactée par ces projets, n’a pas eu droit à la parole.

    En raison du couvre-feu, le peuple colombien ne peut actuellement pas protester. Le gouvernement en profite donc également pour réintroduire des mesures telles que la pulvérisation aérienne de glyphosate. Lorsque le vent souffle, le désherbant toxique se répand aussi dans les champs avoisinants appartenant à des petits agriculteurs. Cela met en danger non seulement la production alimentaire des familles touchées, mais également leurs revenus.

    Les assassinats se poursuivent

    Il existe une autre pandémie qui ne reçoit que peu d'attention de la part de l'opinion publique mondiale et contre laquelle le gouvernement ne prend pas non plus de mesures efficaces: l'assassinat de dirigeants politiquement et socialement engagés. Des hommes et des femmes qui élèvent la voix pour défendre leurs droits et ceux de tous les Colombiens.

    Indepaz, l'Institut d'études pour le développement et la paix, rapporte qu'au moins 95 personnes ont été assassinées en Colombie entre le 1er janvier et le 5 mai de cette année. Selon les médias, 19 personnes ont été tuées depuis le 23 mars, malgré le couvre-feu. Le département de Cauca, où travaillent les organisations partenaires d’Action de Carême est le plus touché.

    La crise du coronavirus en Colombie a mis en relief une situation qui était déjà problématique avant le début de la pandémie. La majorité de la population colombienne, qui souffrait déjà de violations massives des droits humains, continue d'être confrontée à des défis de taille. (cath.ch/com/bh)

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    La favela de Cantagalo à Rio de Janeiro © wikimedia commons Hmaglione10 CC BY-SA 3.0

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: Le Brésil (11)

    'Capitaine Coronavirus' ou 'Trump Tropical'. Les deux sobriquets dont le peuple brésilien affuble son président Jair Bolsonaro pourraient être le titre du feuilleton tragique qui se joue actuellement au Brésil. Avec plus de 20'000 morts, le pays est désormais le troisième le plus touché au monde

    On ne peut pas dire que depuis le début de la crise du coronavirus Jair Bolsonaro fasse figure de modèle. Très attentiste dans sa gestion de la pandémie, il a laissé aux gouverneurs des États le soin de prendre des mesures qu’il critique aujourd’hui ouvertement. Entre-temps, il a limogé deux fois son ministre de la santé et celui de la justice a claqué la porte, explique Emilie Ridard pour swissinfo.ch

    À l’instar de Donald Trump aux États-Unis, le président brésilien a commencé par minimiser la gravité de la crise. A la mi-mars, il n'avait encore ordonné aucune mesure d’ampleur pour endiguer la propagation du coronavirus. Face à cette inaction, les gouverneurs des différents États du Brésil ont pris les devants.

    Le serpent qui se mord la queue

    Dans l’État de Rio, on voyait déjà début mars les problèmes arriver, indique à swissinfo.ch Marcio Folly, un Suisso-Brésilien qui réside dans le nord de la région. «L’État a donc pris la décision de fermer les commerces, les écoles, les théâtres et les cinémas. Il a aussi imposé le port du masque.» Selon ses informations, sept hôpitaux de campagne ont été construits, mais «le matériel manque. Conséquence: les soignants tombent malades à leur tour et meurent. C’est le serpent qui se mord la queue», explique le professeur d’université en microbiologie vétérinaire.

    Jair Bolsonaro remet régulièrement le confinement en cause publiquement et est opposé au gel des activités économiques non essentielles imposé par plusieurs États. «Il a publié le 19 mai un décret selon lequel les coiffeurs, les salons de beauté et les salles de sports pouvaient reprendre le travail. Mais les États ont répondu qu’ils ne l’appliqueraient pas. On assiste à une lutte incessante", explique Marcio Folly.

    Une crise sanitaire et politique

    Au 21 mai, le Brésil recensait officiellement 310'000 cas et franchissait le seuil des 20'000 morts. Il dénombre actuellement plus de 1'000 morts par jour et il est devenu ainsi le 3e pays le plus touché au monde. Selon une étude de chercheurs brésiliens, le nombre de cas de contamination serait quinze fois plus élevé que les chiffres officiels.

    Devant l’ampleur de la crise sanitaire, la désinvolture de Jair Bolsonaro passe mal. Un climat délétère règne au sommet de l’État. Après s’être mis la majorité des gouverneurs à dos, c’est toute la classe politique qui critique les mesures et l’attitude du président. Y compris l’extrême droite.

    Le gouvernement a prévu d’injecter 147 milliards de réais (un peu plus de 24 milliards de francs suisses) pour soutenir l’économie, mais l'ampleur de la crise économique risque d'être bien supérieure.

    Comme dans nombre de pays, les travailleurs de l'économie informelle et notamment les employées domestiques font notamment les frais de la crise. Le Brésil en compte plus six millions. La plupart ont été licenciées du jour au lendemain. Ces emplois précaires sont souvent occupés par des mères célibataires ou des habitantes des favelas. Elles doivent désormais faire face à la pauvreté et au risque accru de contamination. «Dans les favelas, les gens vivent les uns sur les autres dans une grande pauvreté. De plus, les Brésiliens sont très tactiles, ce qui n’arrange rien», estime Marcio Folly.

    Pas de répit pour la forêt amazonienne

    La crise est également une catastrophe pour la forêt tropicale et les peuples indigènes. Selon le système d’alerte satellitaire de l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE), la déforestation aurait augmenté de 30% en mars 2020 par rapport à l’année précédente.

    Depuis le début de la pandémie, la police environnementale a réduit ses patrouilles au strict minimum. Officiellement, ce serait dans le but de protéger ses agents. Pour les ONG, il s’agirait plutôt d’une manœuvre du gouvernement climato-sceptique brésilien pour faciliter l’exploitation de la forêt.

    Femmes indigènes de l'Amazonie
    Femmes indigènes de l'Amazonie @ AdC

    Droits des indigènes menacés

    Dans l’État fédéral du Mato Grosso, le gouvernement abuse de la procédure d’urgence pour tenter de faire passer, à la faveur de la pandémie de coronavirus, une loi qui porterait gravement atteinte au droit des peuples indigènes sur leurs propres terres. L'organisation autochtone OPAN (Operação Amazônia Nativa) partenaire de longue date de l'Action de Carême, a alerté l’opinion publique.

    La constitution brésilienne prévoit la création de zones réservées aux communautés indigènes, qui doivent toutefois entreprendre de longues démarches administratives avant que ces zones puissent être délimitées. Il faut également savoir qu’un individu peut acquérir des droits d’utilisation sur un terrain simplement en déclarant en être le propriétaire. L’État est alors tenu de vérifier si cette demande est légitime et si la législation environnementale s’applique dans le cas d’espèce. Or, ces derniers temps, un nombre croissant de dossiers ont été exemptés de cet examen.

    Le gouverneur du Mato Grosso a en outre proposé au Parlement régional de modifier la loi pour que quiconque puisse faire valoir ses droits sur un territoire déjà utilisé par des indigènes, à condition que les démarches administratives concernant ce territoire n’aient pas encore abouti.  "Cette révision se heurte de plein fouet à la Constitution brésilienne et aux arrêts de la Cour suprême", dénonce Andreia Fanzeres, d'OPAN. Suite à l'intervention de l'organisation indigène, le parquet fédéral de Brasilia est intervenu pour demander au gouvernement du Mato Grosso de suspendre l’examen du projet de loi tant que toutes ses conséquences n’auront pas été établies. (cath.ch/swissinfo.ch/com/mp)

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    Pramod Dahal coordonne des projets d'aide au Népal © Action de Carême

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: le Népal (12)

    Bien que peu touché par la pandémie de Covid-19, le Népal a malgré tout dû prendre des mesures qui ont affecté la population. La fermeture provisoire des frontières a empêché les Népalais travaillant à l'étranger de rentrer chez eux et les limitations de déplacement ont entravé les actions humanitaires dans le pays.

    Le Népal a pour l'instant été largement épargné par le coronavirus. Au 27 mai 2020, il enregistre officiellement 886 malades et 4 décès. Mais la situation évolue rapidement. Le 11 mai 2020, Katmandou n'annonçait encore que 134 cas et aucun mort. Le gouvernement a donc pris un certain nombre de mesures de sécurité.

    L'une d'elles a été la fermeture des frontières, notamment avec l'Inde, où la pandémie se propage à rythme soutenu. Le 30 avril, 2'000 Népalais encore bloqués à la frontière entre le grand voisin et le Népal ont pu entrer dans le pays. Mi-mars, le Népal avait fermé ses frontières aux travailleurs migrants qui avaient perdu leur emploi en Inde et tentaient désespérément de retourner dans leurs familles et leurs villages pour échapper à la faim.

    Le village de Mugu Muhuba, au Népal
    Le village de Mugu Muhuba, au Népal @ Action de Carême

    Certains d’entre eux avaient parcouru plusieurs centaines de kilomètres à pied et devaient attendre dans des camps de quarantaine avant d’être autorisés à entrer dans le pays, note Pramod Dahal, coordinateur de CAED, une organisation partenaire de l'œuvre d'entraide catholique suisse Action de Carême (AdC). Tous les travailleurs bloqués veulent retourner dans leurs familles et leurs villages, car c’est l’assurance de ne pas mourir de faim. L’exode massif de ces migrants représente cependant un risque majeur de prolifération du virus dans les zones rurales.

    Personnel soignant débordé

    Le gouvernement a également suspendu les vols intérieurs et internationaux, au moins jusqu’au 31 mai. Le trekking dans la région himalayenne n’est plus autorisé. Il a en outre instauré un couvre-feu. Cela a empêché la circulation sur les routes et aucune visite des projets partenaires d'AdC dans le pays n'a été possible. Les personnes participant aux projets qui vivent dans des régions reculées ont malgré tout pu continuer à travailler dans leurs champs, note AdC.

    Le gouvernement de la province de Karnali, où travaille principalement Pramod Dahal, a fourni des médicaments et du matériel au district par hélicoptère. Mais, cela ne sert pas à grand-chose car le personnel soignant est débordé. "Nous espérons que l’augmentation des températures contribuera à réduire la propagation du virus", lance le coordinateur de CAED. (cath.ch/com/rz)

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    RDC: mare à Luilu, un quartier de la ville minière de Kolwezi. Ci-contre, la mine de Glencore KCC © Action de Carême/Meinrad Schade

    Covid-19: les pays du Sud face à la pandémie: le Congo RDC (13)

    Dans les pays du Sud, les défis liés au Covid-19 sont conséquents. La République démocratique du Congo (RDC) ne fait pas exception, malgré un taux relativement bas d’infections confirmées depuis le premier cas détecté sur sol congolais le 10 mars 2020. Au 5 juin, on comptabilisait dans le pays 3643 infections et 77 décès.

    Les conséquences des mesures barrières pour lutter contre le Covid-19 sont bien réelles et ont un terrible coût humain pour la population congolaise, relate l’ONG chrétienne Action de Carême, ceci à de nombreux niveaux. Mourir de faim plutôt que du coronavirus est ainsi devenu une menace pour les travailleuses et travailleurs employés dans l’économie informelle, qui jouent quotidiennement leur survie. On s’attend également à ce que le probable ralentissement économique au niveau mondial impacte fortement la RDC, dont l’économie est très dépendante de l’extraction et de l’exportation des matières premières.

    A temps de travail identique, baisses de salaires

    En RDC, les conséquences liées au Covid-19 été étudiée par Afrewatch, une ONG de droit congolais spécialisée dans la gouvernance des ressources naturelles. Cette ONG, partenaire d'Action de Carême, a sorti le mois dernier un bulletin spécial qui explore l'impact de la crise sanitaire sur l'emploi dans le secteur minier de la RDC, en se focalisant sur les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba (Sud-Est du pays).

    Vue de la mine de cuivre Glencore Kamoto Copper Comapny (KCC)
    Vue de la mine de cuivre Glencore Kamoto Copper Comapny (KCC) @ Action de Carême/Meinrad Schade

    Selon son rapport, Afrewatch recommande aux gouvernements provinciaux du Lualaba et du Haut-Katanga de "faire respecter les droits des travailleurs et travailleuses, de s’assurer que les entreprises améliorent les conditions de vie et de travail de leurs employés sur les sites de confinement et de mettre en place un mécanisme transparent pour la gestion des fonds récoltés dans le cadre de la riposte contre la pandémie".

    Parallèlement, l'ONG congolaise demande les entreprises minières d'"observer les lois nationales en matière de travail et d’investir dans l’amélioration des conditions de vie et de travail sur les sites de confinement".

    Pour un respect des droits humains et de la liberté d'expression

    Au cours des dernières semaines, le Réseau européen pour l'Afrique centrale (EurAc) basé à Bruxelles, dont Action de Carême est membre, a analysé l’impact du Covid-19 au niveau des libertés et droits fondamentaux, du genre, de la sécurité alimentaire, de l’efficacité des chaînes d'approvisionnement en minerais et des questions humanitaires.

    À Musonoi, un district de la ville minière de Kolwezi au Congo, des châteaux d'eau défectueux sont utilisés comme mâts de téléphonie mobile. Musonoi est directement voisin de la mine de cuivre Glencore Kamoto Copper Comapny (KCC)
    À Musonoi, un district de la ville minière de Kolwezi au Congo, des châteaux d'eau défectueux sont utilisés comme mâts de téléphonie mobile. Musonoi est directement voisin de la mine de cuivre Glencore Kamoto Copper Comapny (KCC) @ Action de Carême/Meinrad Schade

    Dans son rapport d’analyse (en anglais), l'EurAc recommandent à l'Union européenne (UE), et à ses États membres, de "garantir le soutien aux organisations locales et internationales de défense des droits humains et des droits des femmes" dans la région des Grands Lacs (RDC, Burundi, Rwanda). Les restrictions imposées à la liberté d'expression et à la liberté de la presse "devraient être remises en question" et le soutien à la presse indépendante devrait être renforcé.

    De même, "les diplomates européens doivent pouvoir assister aux procès des journalistes, des défenseurs des droits humains et des prisonniers politiques, et leur rendre visite en prison conformément aux lignes directrices de l'UE sur les défenseurs des droits humains". Les prisonniers politiques et les personnes en détention provisoire "devraient être libérés de manière immédiate et inconditionnelle", précise encore le rapport. (cath.ch/com/gr)

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